CHAPITRE XVHI
Dn puiMancM de Piaie ralMontbte. <]u'i1 giranttr ton aneademnit de toute vxIdp cunocHé. A i|arile leieoce oo le doit prindpalnttral appliquer. Combira l'eiudedet defauli d’autrui cal blAmable. Qu'il faut ae mettre peu en peine drt JoRtinroa dea boraniea. Qu’on doit renoncer à u propre Tolonté.
1. Dieu nous a donné rintelligmce , afin que nous le connaissions, et qu'en le connaissant nous venions à l'aimer. Mais le péché a détmlt cet ordre en répandant sur notre âme l'ignorance et l'aveuglement. On se trompe presque toujours dans la connaissance de la vérité , et l'on ne sait souvent ce qu'il est i propos de faire ou de fiiir. Comme on use d'une extrême vigilance pour arrêter le cours d'un mal contagieux, on pour empêcher qu'il n'entre des personnes suspectes dans une ville assiégée , on doit fermer soigneusement la porte de l'entendement aux objets dangereux que les sens lui présentent; caries sens offrent les images, l'intelligence les retoit , le jugement les examine et les propose â la volonté. Or, ces images étant bonnes ou mauvaises, c’est à l'esprit il les admettre ou à les rejeter.
3. Surtout gardez votre âme de toute vaine curiosité; elle est née pour le ciel ; elle est capable d'une sagesse solide; ne l'occupez pas d'amusemens frivoles. Il arrive ordinairement â ceux qui veulent savoir ec qui ne les regarde |ias, de périr dans celle reclirrcfic, comme en avalant un poison fort subtil , on meurt presque avant qne d'en connaître le goût. Il y a |>eu de dilforence entre ne rien savoir cl .savoir ce qu'il n'importe pas d'apprendre. Celui qui aspire â la véritable sagesse n'étudie point pour paraître savant , mais pour régler ses inonirs cl se rendre meilleur. U cherche moins dans les srieners ce qui orne l’esprit que ce qui réforme le cenir. ^'oos observez le ciel et vous voudriez connaître le pouvoir des planètes sur les corps sublunaires; mais que vous serviront toutes ces coonais.sances , si vous ignorez votre propre ftiblesse ? \'oas voudriez parler avec grâce ?
Apprenez qu'il y a quelque chose au-dessus de la plus sublime éloquence, et qne c'est desavoir se taire à propos. Les nouveautés vous plaisent? Pratiquez des vertus toujours nouvelles et foitesvous un cœur nouvean. Vous ne ponvez soaffirir les erreurs? Combattez vos vices et vos égaremens. Vous trouvez du plaisir â parcourir les histoires et à voir tant d'actions illustres comme si elles se passaient sous vos ycnx? A la txmne heure, pourvu que vous n'ignoriez pas ce que vous avez à faire dana les occasions qui se présenteront à TOUS. Vous savez tenUincT les diffiérens et accommoder les querelles ? Que ne savezvous apaiser le trouble que vc» passions excitent dans votre âme? Si vous ne vous répandiez pas tant au dehors , et si vous ne recherchiez pas tant de choses inutiles, vous deviendriez habile dans la seule science qu'il importe de savoir, et vous parviendriez enfin â être bon.
3. Pourquoi sécher sur des questioot qu'il y a plus de sagesse à mépriser qu'â résosidre? Pourquoi tant d’efforts pour apprendre ce que vous devriez oublier si vous l'aviez appris ? II est une intempérance de lecture et une convoitise de savoir. On amasse des livres sans fin , et l'on fait même vanité d'avoir de grandes bibliothèques qui servent de spectacle à la curiosité , plutôt que de retraite pour l'étude. Ij plus longue vie suffirait à peine â parcourir les tables de tuus les IIntts qu'on a faits. Les uns sont mauvsis et dangereux , les antres ne renferment que des bagatelles et ne méritent |>as d'étre Ins. Il y en a une infinité qui n'apprennent rien , et qu'il ne faut ouvrir que pour en faire moins de cas. Ceux dont la lecture est utile sont en fort petit nombre. Pour avoir do la sagesse et de la raisim , il n'est pas besoin de tant de lecture et de savoir.
i. O vanité des pensées des hommes ! ô aveoglnnenl déplorable! on apprend plusieurs arts, ün acquiert de vastes connaissances et une érudition profonde, comme si oo avait â vIxtc plusieurs siècles ; et on se met peu en peine de se procurer la vie étemelle qni est le fhiit des vertus, et non des sciences. A quoi bon rechercher les actions des prinres de l'antiquité, et écrire les guerres des peuples et 1rs révolutions des états? Ne vaudrait-il pas mieux viius appliquer â éteindre vos propres maux qn’à représenter 1.1 déeacirnre des empires. Au lieu de mesurer
LE CHEMIN DU CIEL
üvcc le Mcours delà géumiStrie de vntei posses- M(HU, apprenez i connaître l'étendue de vue iuatet bcâuins. L'ariüunétique enseigne à supputer de iptMsea sommes, et est en liaison avec l'avarice. Si vous apprenez cet art , apprenez en luéme temps à mépriser les richesses , et à perdre sans regret ce que l'on compte avec tant de soin. Vous êtes touché de la musique et de la juste liarmunie de scs tons ; soyez-le davantage de la douceur que goûte une âme , lorsque la raison et les sens sont parfaitement d'accord. S'il est beau d’inventer des tons tristes ou gais, il est plus beau de oc se pas dissiper en de tulles joies durant la prospérité , et de ne se pas laisser abattre dans la disgrâce. Je ne Uâme pasles arts, les sciences et les talens ; mais ils doivent céder à la connaissance de nous-même et de notre dernière 6n. liC plus savant de tous les hommes sait peu de chose , s'il ne se connaît pas luimême.
6. Observer continuellement les autres, et se Caire une étude de censurer leur conduite et de démêler leurs mauvaises qualités, est un vice bas ctbonteuz.Qui êtes-vous pour Juger le serviteur d'autrui ? sS'il tombe ou s'il est debout , c'est l'aCfaire de son maître, t Ix souverain .Seigneur de toutes choses s'est réservé à lui seul le droit de le juger. Comment osez-vous usurpereequi n'appartient qu'l lui ? Jetez vos yruz sur vousmême , entrez dans votre cceur, considérez vos imperfections, vos misères et vus fausses vertus; sans aller plus loin, vous trouverez de quoi piquer votre critique et exercer votre censure, ^ngez d’ailleurs qu'on peut douner un mauvais tour aux actions les plus innocentes. I>es Juifs osaient bien condamner les u'uvres de Jésus - Clu'ist , et les hérétiques donnent aux livres sacrés un mauvais sens. Comme les corps mal constitués tournent en humeurs vicieuses la plus saine nourriture, un esprit mal fait empoisonne tout ce qu'il voit et tout ce qu'il entend. Il veut pénétrer les motifs et juger les intentions que celui-U seul connaît, qui sonde les reins et les coeurs. Mais je veux qu'une action ne se puisse défendre; quel droit avez-vous de la décrier ? Comment ne rougissez-vous pas d'exhumer des choses honteuses, et de produire au grand jour ce qui était enseveli dans le silence ? Plus méchant que ceux que vous usez blâmer , exercez votre médis.:me sur vous-même; jugez-vous
en secret , condamnez-vous , vous méritez moins de grâce que le reste des hommes. Plus vous serez sévère à vous - même , plus Dieu vous sera propice au jour du jugement.
6. Comme un est ingénieux à démêler les défauts d'autrui , et qu'on trouve même une sorte de prudence dans ces observatioas délicates, on est aussi fort porté â croire que les hommes sont dans les mêmes dispositions â notre égard , qu'ils pensent mal de nous, qu'ils en parlent désavantageusement, qu'ils n'uot pour nous nul attachement sincère, et qu'ils nous méprisent au fond de leur cœur. Celte défiance continuelle de la part des hommes est un grand défaut que vuus vaincrez, en surmontant l'envie que vuus avez d'être estimé et de plaire. Vous devez rejeter jusqu'à la pcnsi'e de vouloir approfondir ce que l'on pense et ce que l'on dit de vous, et vuus souvenir que vous avez souvent de pareilles inquiétudes, lorsque les hommes ne songent â rien moins qu'â s'eutreteuir sur votre sujet. Dites-vous â vous-même avec l'apâtre : « .Si je plaisais aux hommes, je ne serais pas serviteur de Jésus- Christ. > Dites au monde : « Il m'importe peu que vous me jugiez en celte vie. » hài effet , vous n'étes réellement que ce que vous paraissez aux yeux du Seigneur, discours et les pensées des bomiues ne peuvent ni donner les vertus, ni ôter les vices. Il vaut mieux être bon que de le paraître.
7. Il n'y a qu'un moyen de satisfiiire ses désirs, qui est de renoneer â sa propre volonté et de la transformer en celle du Seigneur, l'ous jouirez d'une paix solide, et tout ce que vous voudrez arrivera, si vous ne souhaitez que ce qui plaît â la Providence. Iz' bonheur de la vie consiste â vouloir ce que le ciel ordonne plutôt que ce qui semble nous Haller. Dieu nems mène â la fin â laquelle il nous a de tout temps destinés par des cliemins ài.sés ou difficiles, par la prospérité nu bien par la disgrâce. Suivez avec joie la main céleste qui vuus guide; Aussi bien vos murmures ne changeront point l'ordre de la Providence; ils ne feront que vous rendre plus ampable. Dieu conduit dans ses sentiers celui qui .veut bien y marcher, et y entraîne l'hoinme rebelle, qui refuse de le suivre.
PAR LE CARDINAL BONA