CHAPITRE XX
Dm a«uiM0e« de la ioUtude. Qa‘il faut éviter la oonpayaie drt Diédijas. De la comiplioa ef det vices du moode. Qu'on doit travailler à acquérir ks vertus. A qoelks marques oo rccoonatt qu’on ks a acqaisea.
1 . C'est le caractère d'un esprit bien réglé et exempt de toute affection corrompue, de pouvoir demeurer avec soi-même. Comme Dieu se suffit à lui seul et jouit dans une profonde paix de ses perfections infinies, vous approcherez en quelque sorte de la Divinité en sadiant être seul. Si vous appelez Jésus-Christ dans votre retraite, et que vous ne vous en sépariez jamais , vous serez moins solitaire. St vous vous sentez si pressé de l’envie naturelle de parier, entretenez-vous avec vnus-mème ; mais prenez garde d'entretrnir alors un méchant homme. Mais que me dirai-je à moi-même? Dites-vxms ce que les hommes se disent si volontiers dans Icina conversations ordinaires; entretenez-vous de vos propres dêfouts; représentez-vous vos faiblesses et vos misères, et censurez sans ménagement tout ce qui est digne de censure. Une vaste carrière s’ouvre à voas; vous ne pouvez manquer de vices i détruire et de plaies 1 guérir. Vivez caché , et cachez même voire retraite. C’est une ridicule vanité que de vouloir se foire honneur d'être solitaire. Que la solitude du ccrur accompagne celle du corps , et vous la rende agréable et utile. Renoncez aux vains amusemens , et séparez-vous des choses qui ne vous regardent jias , comme vous vous êtes séparé des hommes. Ne tenez plus désormaisaox créatures, et bannissezcn même les idées dangereuses. Eloignez les inquiétudes du siéde et les pensées frivoles , et dans un profond recueilirmrnt jiensez uniquement à Dieu rt é votis-méme. C'est dans ce silence de l'âme, dans cet oubli et ce dépouillement de toutes choses, que ronsisie la paix du ccrur et la vraie tranquillité. Aspirrz à cette double solilude ; entrez-y fort avant. On trouve Dieu oô l’on ne trouve plus de créatures.
2. Si vous voulez être bon , fuyez le commerre des méchans: évitez aussi le tumulte et la fbulo si contraires aux lionnes inirurs. On sort presque
PAR LE CARDINAL BONA
Uxyoun de Ui compagnie des hommes pire qu'on n'y Mail entré. Notre esprit peu aFFmni dans le bien ne peut soutenir les assauts de tant de vices qui l'attaquent à la fuis ; et rien ne lui est plus ordinaire que de leur donner entrée à tous. Un convive sensuel et délicat amollit votre cœur; un voUin opulent et magnifique allume votre convoitise; un eicmplcseul d'incontinence ou d'avarice est capable de vous perdre. Tout entraîne vers le mal. Les proches, les compagnons, les domestiques; partout des pièges, partout des périls. A peine est-on né que la malignité de ce monde entre par tous les sens, et que mille opinions corrompues se glissent dans l'esprit. Vous trouverez peu d'bommes qui ne louent quelque vice, qui ne l'impriment ou qiii ne l'insinuent. Retiré dans une Emilie chrétienne vous conserviez votre innocence; vous goAtiez loin du monde nne paix et une joie toujaurs inséparables de la vertu. Quelqu'un vous a appelé , vous l'avez suivi; plusieurs se sont mis de la partie; la société est devenue nombreuse; chacun s'est communiqué ses pas.sions et ses vices; tous ont dramé dans d'étranges excès : vous revenez chez vous vicieux et corrompu. Le pis est que vous ne pouvez connaître tous vos maux si vous ne rentrez dans votre première solitude. Retirezvous donc autant que votre état le permet , de peur que la multitude drs hommes ne vous imprime scs erreurs et ses vices. Vous éprouverez d'ailleurs que moins l'esprit est dissipé , plus il se trouve satisfit.
3. Supposons pour un moment que vous soyez sur une haute qiontagnc , et que de là vous puissiez découvrir toute la face de la terre ; qu'y verriez-vous qui ne vous Rt détester le monde et qui ne vous portât à le fuir? Vous verriez les chemins remplis de voleurs, les mers couvertes de pirates, des guerres allumées de toutes parts, de vastes campagnes teintes du sang des hotnmes, lecrimecouronné et les vices heureux ; vous verriez des infamies qui sont en horreur à ceux mêmes qui 1rs commettent ; vous découvririez des actions inseasées qui déshonoreraient devant les hommes ceux qui les font, si 1rs témoins de oes folies n'en étaient eux -mêmes coupables. On viole la justice jusque dans son sanctuaire, et l’innocence n'est pas toujours en sûreté dans les lieux qui lui sont destinés pour asile. Arec de grandes richesses, un os.' mépri-
ser les lois et se croire au-dessus d’elles. Ici on déchire le prochain par des médisances, là on le corrompt par drs flatteries; ici des haines implacables , là les trahisons des bnx amis ; l'un ne pense qu'à se remplir de viandes et de vin, l'autre languit dans une indigne mollesse ; celuici est en proie à l'avarice , cct autre l'est à 1 ambition, et fait dépendre son bonheur drs jugemens d'autrui. Jetez les yeux sur cette multitude d'hommes assemblés pour des affaires di' commerce; ils pèchent presque tous parle tort qu'ils se font l’un à l'autre, par le mépris des lois du Seigneur et par le mauvais usage de leurs biens, et amas.sent ainsi un trésor d.' colère pour le jour du jugement. Comment donc pouvoir mai^ cher au milieu de tant de précipices.’ comment conserver son innocence parmi tant de pécheurs? Si on ne la souille pas entièrement, peut-on ne ne la point ternir? Le seul moyen d'éviter tant de pièges rst de vivre loin du commerce des hommes; car une âme séparée des créatures rt renfermée en elle-même a une force invincible; elle regarde le monde comme une prison, rt la solitude comme un jardin de délices.
4. àlaLs c'est peu de quitter le monde , si on ne travaille dans la retraite à se connaître soimème et à pratiquer la vertu. Sans la vertu il n'y a pour l'homme ni joie, ni repos , ni bonheur. Trois choses ont ensemble de grands rapports : Dieu, la lumière et ia vertu. Dieu est la lumière même , et la vertu de toutes choses ; la lumière est comme la vertu du monde et l'image de Dieu ; la vertu est la lumière de l'âme, et nous ^it enfans de Dieu. Pour arriver au plus haut point de la vertu il faut bannir de son cœur tous les vices. La vertu rend l'homme parfait , répare l'innocence perdue et répand la joie dans une âme; elle soutient la nature incapable de s'attacher d'ellemème aux biens surnaturels; elle rend aisée la pratique du bien; elle inspire une sage conduite; elle dissipe les ténèbres; elle fait résister au péché; elle comble de mérites, et procure enfin la vie étemelle. Au reste, pour acquérir la vertu il faut étudier la nature et les actes de chaque vertu particulière , parce qu'on doit connaître avant que d'aimer. 11 faut se fortifier continui Ilement dans l'exercice des vérins; et si on manque d'occasions , imiter les guerriers qui , dans un temps de paix, ne laissent pas de combattre sans ennemis et de s'éprouver dans de feintes
I,K CHEMIN DU CIEL
batailles. FiBurcz - vous , par exemple, qu'on votis impute les plus (p^nds crimes , qu'on vous déchire par les plus noires calomnies, qiir l'on vous ravit tous vos biens , et vous considérant en cet état , affermissn votre opur par la patience, comme si vous enduriez en effet tous ces maux. S'ils viennent iin jour à tomber sur vous, vous aurez le plaisir de vous trom-er préparé eontre eux. L'u soldat qui a vu plusieurs bataiiles sait se comporter vaiilamment dans l’occasion.
5. Comme ce n'est que par des exercices kmj's et pénibles qu’on peut acquérir les vertus, voici les marques auxquelles vous pourrez reconnaître que vous en avez quelqu'une : Si vousavez éteint ou considérableincut affaibii le vice opposé à cette vertu; si vous soumettez vos affections déréglées au joug de la raison , et que vous trouviez de la focilité k les vaincre ; si vous pratiquez cette vertu sans peine, et si vous goûtez, même en la pratiquant, de la douceur et du plaisir ; si, méprisant les di-scours des hommes lüches et timides, vous faites sans contrainte ce qui rebute les imparfaits; si vous vous sentez du dégoût et même de l'horreur pour ces mêmes vices auxqueis une longue habitude vous tenait attaché; si jusque dans le sommeil vous êtes alanné de ce qui blesse la pudeur, et choqué de ce qui est opposé à la justice; si vous faites tous vos eflôrts pour imiter ce que vous louez dans les autr, s, et si vous vous éloignez de ce qui vous y parait digne de bUme; si les plus petites fautes vous paraisaent considérables , et que vous évitiez les moindres défauts avec une étude et une vigilance continuelles ; si vous apprenez sans émotion et sans trouble les avantages de vos égaux, et si vous ne leur enviez point ces riches.ses et ces honneurs dont ils viennent d'être comblés ; si vous avouez ingénument vos fautes, et si vous êtes bien aise que tous les hommes vous reprennent et vous corrigent ; si content du témoignage de votre conscience, vous cachez acrupuleusement vos bonnes œuvres, et que vous ne cherchiez dans le bien que vous ^tes d’autre récompense que le plaisir d'avoir bien fait ; si vous cultivez enfin la vertu sans relâche , persuadé que la vraie vertu est agissante et ennemie de toute langueur.
CIIAPITIIE XXI.
lin mim ibéoloM)»* Qu'U faat jiulifkr m fol par actaurm. Qu'un ftoil nwtliT M cotiKaiice damt Dini «rat. Dn iiK4il'!i qui tiout fwrtnit à l'aimfr. Qne raïuoor do proehaia w moetre par lea bienforu. Exbortalioo i raidaflaa.
1. On ne peut plaire k Dieu sans la fiii. Elle est le fondement de la vie chrétienne et de toutes les vertus. Cest à cette sagesse, qui a dompté le monde, que l’on doit fortement s'attacher, rejetant tout raisonnement superbe et toute curiosité vaine. Mais ce n'est pas assez de croire, si on ne vit conformément â sa croyance, puisque la foi sans les o'ovres est une foi morte. N’allez donc pas démentir par vos mœurs ce que vous pnifes.sez par vos discours. Si vous croyez à l'Ëvangile, pourquoi ne le suivez-vous pas? Si vous attendez une vie immortelle, pourquoi lui préférez-vous une félicité qui passe? Que vous sert-il d'avoir une religion si vraie et si sainte , si votre cœur est faux et plein de malice? Il est même fort difficile de bien croire en vivant mal, et l'on peut dire que celui-là seul a une véritable foi , qui pratique ce qu'eiie enseigne.
2. Comme Dieu gouverne tout par sa ptovi • dcnce , et que sans son ordre il ne tombe pas un seul passereau sur la terre, ni une fcuiiie des arbres, abandoimez-vous à lui avec un cœur plein de confiance et détaché des choses sensibles, et ne faites nul doute qu'il ne vous accorde tout ce qui vous sera nécessaire. Persuadé que les vues et les prévoy ances des hommes sont presque toujours fausses et trompeuses , lai.ssezvous conduire par la divine sagesse sans inquiétude et sans trouble. Que s'il arrive des accidens imprévus, qui semblent interrompre ou même détruire vos desseins; s'il vous survient des maladies, si on vous suppose des crimes et que vous tombiez en d'horribles malheurs, ne perdez pas pour cela courage, mais, plein d’espérance et de fui, soumettez-vous à la volonté du Seigneur. Croyez que par ces disgrâces et ces maux la divine Providence vous conduit à la fin qu'elle vous a destinée de toute étemité. Une vive espérance des biens à venir empêche de ressentir les misères de la vie. la mesure de notre foi et de notre confiance au Seigneur, est celle de notre fermeté et de notre patience.
3. La charité, cette reine des vertus et l'Ame des bonnes œuvres, a Dieu et le prochain pour otqet. Ou doit aimer Di.'u d« tout son cœur, de
PAR LE CARDINAL BONA
toute «on âme et de toutes ses forces. On doit l'aimer pins que toutes choses â cause de luimême et de sa bonté infinie. Cest lui qui vous a donné l’étre, la vie, Ica sens, l'intelliqence ; c'est lui qui vous a délivré de la servitude du démou , qui a enrichi votre âme de dons si esceilens, et qui vous a préparé un bonheur éternel , sans aucun éfjard â vos mérites. I>c ciel , la terre, l'air, les eaux, et tout ce que ces vastes corps renferment , publient ses louanf'es et vous avertissent d’aimer infiniment celui qui les a créés pour votre usage. Pourquoi cherchez-vous de toutes parts à remplir votre âme de biens? Aimez l’unique bien qui comprend toutes sortes de biens. Aimez ce bien si simple, ce bien souverain, le plus grand et le plus aimable qu’on puisse imaginer. Vous n’avez qu’un moyen de reconnaître les bienfiiils du Créateur : c’est de l'aimer. L’amour n'est point oisif, il n'eSt point intéressé II se porte aux grandes choses, nulle difficulté ne le rebute. Si on peut 6ter la vie â celui qui aime, on ne peut lui ravir son amour.
4. La nature semble nous avoir disposés â la société par ce penchant mutuel que nous avons les uns pour les autres. Nous sommes tous membres d'un même corps; nous sommes tous appelés â une même foi et â un même héritage. On ne peut aimer Dieu en haïssant son frère. Un pratique au reste l'amour envers le prochain en foisant du bien â tous les hommes, et en les prévenant par des marques de bienveillance et d'estime. Mais lorsque voas donnerez, failrsle avec joie, et que rien ne retarde les effets de votre libéralité, que la modestie de celui qui re^t. Pour soulager la misère , contentez-vous de la connaître, et n'attendez pas que celui qui est dans le besoin vous dise cette parole qui coûte tant â prononcer ; « Je vous prie. » F.n prévenant la demande, et même le désir d'un ami, vous multipliez le bienfait , au lieu que vous ne l’obligez pas gratuitement, si vous souffrez qu’il SC déclare. Que si vous n’avez pu deviner son besoin , interrompez-le lorsqu'il commencera de vous en instruire. Ëpargnez-lui la honte de tout dire, et laissez-lui croire par votre vivacité â le secourir, que vous l'eussiez fait sans en être prié. Aaoiningnez le bienfiiit de discours obligrans, et craignez de le gâter par des retardemens, par un air chagrin , par des reproches et eu voue eu faisant un lionneiir devant les liuin-
mes. Qu'il vous suffise d’avoir rempli votre devoir , et Dieu qui pénètre les choses les plus cacliées sera lui-même votre récompense.
6. L’aumône est l’effot le plus noble de la libéralité chrétienne. Elle justifie la fiii, elle rachète les péchés et noos assure l’héritage du ciel. Ne méprisez pas le pauvre dont l'indigence peut vous enrichir â jamais. Vos péchés vous ont rendu l'esclave du démon , délivrez-vous de cette captivité par vos richcs,ses, et que l'objet de l'avarice devienne entre vos mains un insirument de miséricorde. Tandis que vous récompensez le vil bouffon qui vous fait rire , ne donnerez-vous rien â Jésus-Christ qui vous offre le royaume des deux ? On paie le tribut au prince , même dans les années stériles, et on refix'e ù Jésus-Christ, le roi des rois, un morceau de pain , lorsqu’on a tout en abondance. Craignez de vous rendre coupable du sang de votre frère par une cruelle épargne, puisque c'est le tuer que de ne le pas nourrir. Quelle folie de procurer â ceux qui viendront après soi une vie commode et heureuse, en leur lais-sant de grands biens, et de s'exposer par-lâ soi-même à une mort éternelle! Ne vaudrait-il pasmieuxqiie vus héritiers eussent moins et que vous vous trouvassiez â l'heure de la mort riche en bonnes œuvres? Supputez vos richesses, voyez ce que vous possédez ici -bas et quel est le trésor que vous avez dans le séjour céleste, et as.surez-vmis que de tous ces biens il ne vous restera après cette vie que ce que vous avez em'oyé au ciel par le canal des pauvres. Confondez -vous sur votre extrême dureté, vous souvenant qu'un ennemi peut percer votre maison , et que ce qui est dans les deux ne peut vous être ravi.