CHAPITRE XXII
De U prndracr. Contbieo cette Tcrtti nt oécMMfrr» et en
rotow tempe <bf8dle. Des ànoén de rbonu» pniÂm.
1. Comme un architecte ne peut réussir dans les auvTages qu'il entreprend sont la ligne et le plomb, nous ne saurions nous bien conduire si nous n’avons la prudence pour r^le. Elle est comme la mesure des autres vertus, la raison qui nous guide, l’œil de l'âme et l'art de bien vivre. Mais il est triste qu'une vertu qui assaisonne toutes nos actions, pour ainsi dire, soit d'un usage si diffidieet si obscur. Ce qui en fiiil la difficulté, c'est qn'elle embrasse toutes choaes
m LE CHEMIN DU CIEL
par son étendue, et que les é>’énemens étant d'ordinaire douteux et liés à des circonstances diverses , peu d'i sprits sont capables de s'y conduire avec ordre, d'accorder ce qui parait se contredire, et de trouver en tout le meilleur Irnipérament. La prudence a des routes peu connues, parce qu'on ignore presque toujours les causes de ce qui arrive, et qu'en découvrant la face des choses, onn'en voit pas les lôndemens. O'aillriirs, comme on ne peut pénétrer les desseins delà Providence sur l'avenir, on ne saurait presque déterminer ce qui convient davantage.
3. I J prudence est le fhiit d'un long usage et d'une heureuse mémoire. Vous avez peu i craindre si vous suivez votre expérience et celle d'autrui , et si vous évitez de marcher en des lieux élevés d'où il est facile de tomber. Il fiiut aussi s'éprouver soi -même, puis examiner les affaires qui se présentent et étudier enfin le caractère de ceux avec qui l'on s'engage et pour qui l'on agit. Vous ne sauriez trop fiiire d'attention sur vous-méme et être trop en garde contre les illusions de l'amour-propre qui fiiit «oqjours oser plus qu'on ne peut. Celui-li a perdu sa réputation, pour trop avoir présumé de son éloquence; celui-ci s'csl embarrassé dans des dépenses qu'il n'a pu soutenir; cet autre a ruiné sa santé pour avoir entrepris ce qui était au-dessus de ses fttrees. Mesurez-vous donc avec ce que vous voulez entreprendre. .Songezqu'un fardeau trop pesant accable. K'entreprenez que ce que vous pouvez achever, ou dont le succès est possible et même probable. Sachez aussi connaître les hommes. Observez leurs inclinations. Voyez s'ils méritent que vous leur donniez une partie du temps de votre vie, et craignez de vous sacrifier inutilement h autrui. Examinez enfin si voua avez du penchant pour ce qui se présente, et si vous vous y trouvez propre. Avec de la répugnance on travaille sans aucun Fruit.
3. L'homme prudent évite de rien entreprendre, lorsqu'il sent au dedans de lui-même de l'émotion et du trouble. 11 est convaincu qu'une âme hors de son assiette et transportée par la passion n'est pas capable de discerner le vrai du faux , et ce qui est honnête de ce qui ne I est pas. Il sait aussi que la précipitation nuit souvent aux plus sages di-sseins, et qu'elle engage quelquefois dans de grands embarras. Cest pourquoi il n'agit que par de fortes rai-
sons et qu'après avoir soumis ses sentimeu aux lumiêresd'autrui. Les pensées des hommes sont changeantes, leurs vues peu justes, les événemens sont douteux et l'expérience trompeuse. Le seul moyen de ne se pas égarer est de suivre de sages conseils. U est encore de la prudence de regarder les choses en dies-mêmes et séparées de l'éclat qui les environne. Mettant à part les richesses, la réputation et la dignité, examinez précisément ce qni se présente. Doit-on Faire attention à des Fantômes et à des ombres ? Prévoyez de ioin et découvrez comme si vous étiez en un lieu éminent tout ce qui peut arriver, afin de n'être pas obligéde dire avec honte : Je n'y avais pas pensé. Délibérez long-temps, examinez mûrement ce qui s'oHre, jugez- en avec solidité, regardez-le sous plusieurs jours et craignez que quelque mauvaise circonstance ne gâte l'action que vous êtes sur le point de fiiire, que votre sagesse ne dégénère en finesse et en subtilité, et que trompé par la ressemblance du bien et du mal , vous ne tombiez dans le vice en croyant embrasser la vertu. Mais lorsque vous vous serez une fois déterminé, exécutez promptement ce que vous avez résolu avic maturité. On ne doit jamais suspendre une bonne résolution, laquelle n'est louable que lorsqu'elle est accomplie.