CHAPITRE XXV
Or II TCriM. ne l'nMSV qn’oo m dotl raife. ftosr de la ilmplicilé. üe la maaiere de rraliquer ta Bdelilé
1 . Que vos discours , vos gestes , vos écrits et tout votre extérieur soient pleins de vérité. I.e langage trompeur est indigne d'un Chrétien. Avoir d’autres sentimens dans la bouche que ceint qu'on a dans le cœur, c’est le vice dn peuple et do sexe le plus ^iUe. Un homme qui a le cœur grand et élevé, expose naturellement les choses telles qu’elles sont, évitant dans ses discours toute enflure, tonte restriction, tonte obscurité , tout détour et toute mauvaise fiii. la vérité si simple aime les paroles simples et sans fard. Comme elle est innocente, elle ne craint pas rie SC montrer toute nue. Au contraire, le menlenr et le fourbe tiennent des discours pleins d'obscurité et de déguisement , et ne craignent pas moins le grand jour que le scélérat lorsqu’il commet un crime. Prenez donc garde de parler d’une façon et de penser d’une autre, comme vous portez en public des habits difffrens de ceux que vous mettez dans votre maison. Songez qu’il ne finit que suivre l’instinct de la nature pour avoir ce vice en horreur. Les enfans , dans un âge encore tendre et incapables de raison, se reprochent leurs mensonges les uns aux autres, et condamnent déjà par un sentiment naturel ce qu’ils font par légércté ; et c’est en quoi nous ne saurions trop admirer la divine Providence, qui fiiit naître en nous les vertus qui font tout le fondement de la société civile. Mais le
I plus horrible et le plus condamnable des men- I songes est celui des mœurs et des actions. Si I vous croyez avec raison qu’il est indigne d’un I homme généreux de menfir dans scs discours,
I devez-vous avoir moins horreur de paraître auj tre que vous n’étes ? C’est un grand point que d'étre un et indivisible, si j'ose parler ainsi.
2. la simplicité, cette vertu si peu connue des hommes, est d'un grand mérilc devant Dieu. Le Seigneur se complaît avec les .simples et daigne s’entretenir familièrement avec eux. Comme il est une substance très simple , il aime à voir dans les âmes une image , quoique imparfaite , de sa simplicité. Être simple au reste , c’est être exempt de toute hypocrisie; c'est .se montrer au dehors tel que l'on est au dedans; c'est dans les occasions avouer ses défauts avec candeur et franchise; c’est être enfant parla bonté de son cœur; c'est détester toutes vues et toutes démarches politiques ; c’est supposer dans tous les hommes de la probité et de la foi , sans s'écarter néanmoins des régies de la prudence; c'est ne pas craindre de paraître insensé aux yeux du monde, afin d'étre sage devant Dieu ; c'est faire enfin tontes ses actions dans le seul dessein de plaire au Seigneur. Prudence de la chair, politique malheureuse, tu te tourmentes vainement et te dissipes en plusieurs soins. Une seule chose est nécessaire : une voie unique conduit an vrai bonheur et à fat possession d'un être très pur et très simple. On s’en éloigne en tenant plusieurs routes.
3. On doit respecter la fidélité comme le plus grand bien qui soit parmi les hommes, puisque sans elle le commerce ne se pourrait soutenir , que les amitiés et les alliances seraient de courte durée , et que les états tomberaient dans d’effroyables désordres. Cependant une vertu si néces.sairc est fort rare dans le monde. Ces contrats où l'on apporte tant de précautions, où l'on appelle tant de témoins, ne sont -ce pas autant de preuves de notre (icrfidie? Ces actes mêmes si solennels ne sont-ils pas quelquefois d’un faible secours contre la mauvaise foi? la plupart des hommes ont une àme de Iwne, et ont les sentimens assez bas pour préférer un vil intérêt à la parole et à l’ honneur. O aveu de notre infidélité et de notre malice, honteux au genre humain ! On n'ose se fier à autrui sans témoins et sans garans, et on croit trouver plus
SSW LE CIIEMLN DL CIEL,
de sûieM dana dei écrita que dans le .«anctnaire du iirur des bomrma. Au reste, Itiomme Adèle a'acqnilte constammeul de re qu'il a promis, il cache iusiolablcm ‘nt un secret qui lui est confié, et garde la foi même à ses ennemis, dût-il perdre une couronne et la vie. Il est véritablement tre> leiii à promettre, parce qu'il sait qu'une promesse indiscièle est bientût suivie du r. pentir. Mais quand une fois il a engagé sa parole , rien au monde ne peut l'empècher d'y être fidèle, i moins que des circonstances étrangérts n'en rendissent l'eaécution impossible et qu'il n'y eût du mal à la tenir. On est délié natim'llemeiit d'une promesse qu'on ne peut accomplir ^ans crime.
CIlAPlTnE XXVI.
üp rimiiié. etdndevoinaaqneUeilenisise. QurV|iiMooDMila luurbant le« riilrrlkiia de» homoK*.
1 . Il n'est rien dans le commerce de la vie de plus utile et de plus doux que l'amitié. On la définit l'unioo de deux personnes fondée sur la vertu, et entretenue par une mutuelle communication des biens. Quel bonheur n'est-ce pas de rencontrer un ccrar dans lequel on puisse verser son secret, dont on ait moins à se défier que de soi-méme, dont la conversation adoucisse l'ennui de la solitude , dont les conseils nous éclairent, dont la joie bannisse nos chagrins, et dont la présence nous console? Qu'y a-t-il de plus doux que d'avoir quelqu'un auquel on puisse avouer librement ses foutes et qu'on entretienne toujours avec fhiit? Comme on ne sent pas d'abord les blessures que font les plus petits animaux , et qu'on ne s'en aperçoit que par la tumeur qui parait dans la suite, les avantages qu'on retire de la conversation ü'un ami, bien qu'imperceptibles dans le moment, se reconnaissent peu après. Au reste , quoiqu'il n'y ait point de véritable amitié sans une afléction réciproque, il est plus essentiel d'aimer que d'être aimé. Aimer est le fondement de l'amitié, être aimé en est la principale circonstance. Après tout , la vraie amitié est celle dont Jésus-Christ est le lien , et qui n'e.'-t point formée par un vil intérêt , par une présence agréable, par de basses complaisances et par d'indignes flatteries; mais par la crainte du Seigneur et par l'amour de la vertu. Il ne peut y avoir de solide amitié entre des mécluuis.
3. On ne saurait user de trop de précautions dans le choix d'un ami , suivant ce proverbe si trivial, qu'avant que de foire amitié avec quelqu'un il fout avoir mangé plusieurs mesures de sel avec lui. Le véritable ami doit avoir quatre qualités cs.sentielles : la fidélité, cette vertu si rare , dont on trouve û peine quelques vestiges sur la terre, et sans laquelle on ne peut avoir de juste confiance ; de bonnes intentions , afin que l'amitié ait un but honnête, et qu'un sentiment tout divin ne dégénère pas en une affection corrompue ; de la discrél ion , afin qu'on n'exige pas de vous des choses impossibles, et que vous sachiez à quoi vous 'en tenir; il doit enfin avoir de la patience pour souffrir courageusement, s'il le fout, toutes sortes de disgrâces pour son ami. Informez-vous d'ailleurs de la conduite qu'il a tenue dans ses premières amitiés, et as.surez-vous qu'il sera tel à votre égard qu'il a été envers les autres. Un ami fidèle est un trésor qu' on ne saurait comserver avec trop de soin, et dont on ne peut regretter la perte avec trop de larmes. Vous serez mille fois heureux si vous pouvez rencontrer un homme qui aime votre personne plutôt que vos richesses , que votre table et que les agrémens de votre esprit; qui vous reprenue de vos foutes, qui vous soutienne lorsque vous serez sur le point de tomber, et qui vous encourage dans vos peines. Un tel ami n'a peut-être pas de second sur la terre. De tant de gens qui se disent nos amis , il y en a bien peu qui le soient en effet. Presque personne n'aime gratuitement. Quelle sorte d’amitié est-ce que celle que règle l'intérêt , qui n'est fondée que sur l'activité qu’elle reçoit, et qui finit dès qu'elle n'a plus rien à prétendre. Il y a une grande indigence de vrais amis dans les lieux oû f on croit en voir un très grand nombre.
3. Comme un médecin emploie, s'il est nécessaire , le fer et le feu pour guérir un malade dont la santé lui est chère , vous devez reprendre courageusement et constamment un ami plein de défouts, saus rien négliger ni feindre. C'est une mauvaise et fausse complaisance que celle qui entretient 1rs vices. Mais vos avis doivent être secrets et exempts de toute amertume et de toute aigreur. Délibérez long-temps avant que d'admettre quelqu'un dans votre confidence. Mais quand une fois vous l'en aurez jugé digne,
PAR LE CARDINAL BONA
ourm-lal le fond de votre cœur et mlrctcnczvous aussi librement avec luique vousforiezavec vous-même. Véritablement on doit vivre de sorte qu'il n'y ait rien au dedans de soi qu'on ne pùt découvrir même à ses plus (p^nds ennemis. Mais comme il est établi par l'usaf;r d'être réréservé sur beaucoup de choses , communiquez à votre ami vos inquiétudes les plus cachées et vos sentiinens les moins connus. Quelques-uns disent aux premiers qu'ils rencontrent ce qui est de nature à n’ètre révélé qu'aux .seuls amis. D'autres sont si dissimulés qu'ils dérohent la connaissance de leurs secrets aux personnes qui leur sont les plus chères, et qu'ils se les déroberaient à eux-mêmes s'il était possible. Évitez le double défaut d’être trop ouvert ou trop résen'é. L'un est peu sAr, l'autre est peu honnête. Mais, après tout, le moyen de parler A tous les hommes sans se commettre n'est pas de leur cacher ce qu'on fait , mais de ne rien faire qui leur doive être caché.
4. Rien ne ressemble plus à l’amitié que l'affabilité, qui règle la manière de s'entretenir avec les liommes. Elle doit être accompagnée de discrétion et de modestie; car un homme de bien doit écouter beaucoup et parler peu, et se souvenir que c'est un grand défaut que de chercher à se faire connaître plutôt qu'à connaître les autres , que de se produire au lieu d'observer, et que de prodiguer vainement ce qu'on possède au lieu de s'enrichir innocemment du bien d'autrui. Accoutumez-vous à souffrir les discours et les mœurs de ceux avec lesquels vous avez à vivre, et comme il est fort ordinaire d'entendre plusieurs choses vaines , fausses, ridicules, puériles et contraires au bon sens, dissimulez sagement que vous vous en êtes aperçu. Ne cherchez pas non plus à être flatté. C'est le caractère d'un esprit lâche et efféminé de ne se plaire qu’avec ceux qui lui cèdent et qui lui applaudis.scnt. Pariez peu de vous-même et de ce qui vous concerne. Nesoyez point trop attaché à vos propres sentimens, et évitez de vouloir imposer par un air important et par l'enflure des paroles. Si vous apercevez des fautes contre la bienséance , pensez si vous ne tombez pas quelquefois vous-même dans de pareilles b^ucs, et sachez tirer toujours quelque avantage de ce que l'on dit et de ce que l'on foil. Vos affoires lont en bon chemin , si les dé-
fàuts d'autrui sont comme autant de leçons qui servent à vous instruire et à vous corriger.
5. Lorsque vous voyez des manières et des mœurs qui ne vous étaient pas connues, et qui vous semblent opposées à celles du pays oA vous êtes né, gardez-vous bien de les condamner. C'est le caractère d'un petit génie de trouver ridicules des coutumes qu'il n'a point vu pratiquer. Il faut regarder les choses telles qu'elles sont en elles-mêmes, et n'en pas juger par l’impression qu’elles font d'abord sur nous. Le vulgaire fait cas de la nouveauté, de la pompe, du bruit , des dehors fastueux et brillans, de ce qui est rare et de ce qui coAte beaucoup. Le sage, au contraire, élevé au-dessus des opinions du peuple , considère le mérite et le prix de chaque chose indépendamment de l'estime ou do blâme qu'on en fait. Vous pouvez vous instruire vousmême par des réflexions sensées sur tout ce qui se présente. Ne renoncez pas à cet avantage. Imitez aussi les comédiens qui pleurent sans être tnstes, qui achètent et ne possèdent pas, qui commandent sans orgueil et qui s'emportent sans colère. PIAt à Dieu que vous puissiez vous conduire ainsi dans le commerce de la vie, vous prêtant au monde et ne vous y livrant pas, et n'ayant nulle attache pour lui. Le monde est un grand théâtre oA chacun joue un rôle différent. Mais que vous seriez heureux si vous pouviez regarder le spectacle sans entrer sur la scène ! Tandis que le comédien sue et s ’agite^ le spectateur se réjouit tranquillement.