‹ Choix d'ouvrages mystiquesChapitre 613 sur 684 · CHAPITRE XXVfl · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVfl

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1. Je n'appellerai jamais liliéral un forieux qui hait les biens que Dieu lui a confiés, qui ne I .sait ni les retenir ni les donner, et qui ne les distribue pas, mais qui les dissipe. Celui-là seul est libéral qui donne avec raison, qui proportionne scs bienfaits à son pouvoir, qui les répand avec mesure, qui foit de justes choix, qui connaît les temps propres pour obliger, et qui considère en cela les avantages d'autrui plutôt que les siens propres, lai libéralité s'occupe au reste de la distribution des bienfoits, et a pour objet les richesses données ou reçues. Mais comme il est plus noble de donner que de reenoir, sa fiii

51)8 LE CHEMIN DU CIEL

priaci|Mle est de faire du bien. Que s'il n'était pas en notre pouvoir de faire des largesses, avec de la bonne volonté nous ne lai-sserions pas d'ètre libéraux. Cela est si véritable que ceux qui ixHis donnent le plus ne sont libéraux que parce qu'ils ont un dessein ftirmé de nous obliger. Se sent -on redevable aux fleuves ou à la merde [wrler des vaisseaux chargés de riches.ses , oir aux vents de les conduire heureusement au port? Non .sans doute ; parce que ces chos: s , quoique idenfaisantes, n’ont pas la volonté de nous enrichir. lairsque vous donnerez, faites-le promptement et sans délai. La dili|;encc redouble le prix du bienfait. Plusieurs gâtent leurs dons par un air chagrin et sévère, et en différant de donner. Ils lassent leurs amis par des retardemens, et les troublent par l'espérance et le désir. Si on donne promptement, lorsqu’on donne volontiers , QU peut Juger que celui qui n'oblige que lard , oblige malgré lui. Du bon co'ur court en quelque sorte au-devant du besoin , persuadé qu'il est que le présent le plus agréable aux hommes est celui qui les vient chercher.

‘î. Rapporter tout à son avantage particulier, vouloir .seul être heureux, c’est le moyen de ne l'élre jamais. Si vous voulez vivre commodément pour vous-méme, vous devez vivre pour autrui. Pourquoi craindre tant de dépenser ces revenus dont vous n’étes que l'économe ? Ces richesses , que vous enfermez sous tant de clefs, et qui sont peut-être le prix du sang des hommes, ne sont pas à vous. On vous les a seulement confiées pour un temps , après lequel elles passeront en d'autres mains. Rlles deviendront la proie d'un ennemi ou d'un héritier qui vous hait. L'unique moyen de vous les rendre propres est de les donner. Vous vous croyez riche , parce que vous possédez de l’argent , des maisons et des terres -, mais si vous savez vous défaire de tout cela pour secourir le prochain , vous convertirez des biens fragiles en de bonnes œuvres qui demeureront éternellement. L’or et l'argent ne sont des métaux précieux que lorsqu'on s'en dépouille pour soulager le prochain.

3. Comme la libéralité régie les dépenses communes , ta magnificence conduit les extraordinaires. Voilà la différence qui se trouve entre ces deux vertus , d'ailleurs si semblables. L’une se fait voir jusque dans les plus petites choses ; l’autre ne parait que dans les grandes. On peut

pratiquer relle-là sans être riche, au lieu que celle-ci suppose de grands revenus. Cest surtout dans la construction des grands édifices que la magnificence éclate. Celui qui donnerait un diamant de grand prix pour orner les autels ne serait peut-être que libéral , mais on le nommerait magnifique s’il employait la valeur de cette pierre précieuse à élever un temple ou quelque autre édifice superbe. Il sied bien de dépenser de grandes sommes à construire des maisons destinées au culte de Dieu ou à la commodité du public , pourvu qu’en cela on sache se mesurer à sa fbrtunc; car enfin, donner plus qu’on ne peut , et emprunter pour éblouir les yeux des hommes , ce n'est pas être magnifique. Celui-là seul est libéral et . magnifique qui se prive de ce qu'il donne au prochain.

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