CHAPITRE XXVIII
De U tijtxx. Qurifi en kni( Irt dmiir*. Qiio l'homnie cotmgan
ne doit point craiadre la rourt.
1. L’esprit humain étant natur.ll ment faible , nous devons le munir par la force , afin que la crainte des périls ne le détourne pas de l'honnêteté et de l'exacte vertu. La force a deux parties. La première et la plus essentielle est de souflrir les travaux et d'essuyer les périls qui se présentent. La seconde est de courir même audevant, s’il est néces.saire. L’homme courageux ne s’expose point témérairement aux maux de la vie; mais il soutient constamment ceux qui lui arrivent. Il ne cherche point le danger, il le méprise ; il a de la force où les autres n’en ont plus , et est debout où tous sont tombés. Les refus, les affronts, les injures ne peuvent l’abbattre. La pri.son , les toiirmens ni la mort même ne p,-uvent l’ébranler; étouffant tous murmures et toutes plaintes par la magnanimité de son eœur, il est incapable de se détourner jamais du bon chemin , quoiqu'on le prie , quoiqu’on le menace. A-t-il entrepris une chose louable f nuis obstacles ne peuvent le faire reculer; il avance à grands pas autant qu’il est en lui , et ne s'arrête qii'après être arrivé à son but. loin de succomber sons le nombre et .sous le poids des affaires , il les soutient avec une contenance ferme et assurée. Ni force ni puissance ne le feront plier. Sa vertu s'animant au milieu des plus grands périls , et paraissant même alors avee plus d’éelal , il pense uniquement .à la fin
PAR LE CARDINAL BONA
qu'il «'eu proposée , et non i ce qu’il «oufFTe pour y parvenir.
2. Comme durant le calme on prépare sur le mer des secours contre la tempête, il faut dams la bonne fortune faire provision de vertu et de force contre la mauvaise. Imaginez-vous que tous les malheurs qui vous peuvent accabler vous sont en effet arrivés ; que vous avez perdu vos enfans et les personnes qui vous sont les plus clières; que le naufrage, l'exil, les plaies, les maladies, les iqjures, les calomnies et les supplices sont des maux présens et inévitables pour vous : et mettez-vous dans la disposition où vous voudriez être si vous étiez véritablement en prise avec eux. Ainsi préparé par de sages réflexions , vous pourrez dire dans les divers événemens : J'ai prévu tout cela, je m’y suis disposé, j'ai appris à le mépriser. Ce qui vous donne de la joie ou du chagrin est résolu de toute éternité. D'ailleurs, quoique nos vies soient distinguées par tant d'événemens divers , on peut dire qu’elles se ressemblent toutes en général , puisque les jours de tous les hommes sont limités, et que les biens ou les maux qui leur arrivent ont une mesure et une fin. Pourquoi murmurer? pourquoi vous plaindre? Quand on vous ravirait tout ce que vous possédez, vogs ne perdriez rien qui fût véritablement à vous. Rendez de bon çceur ce que Dieu vous redemande, et ne faites pas par votre résistance aux ordres du ciel qu'il vous soit enlevé malgré vous. Épicure soutient que le sage peut être heureux au milieu des tourmens. Qu'il soit , qjoute-t-il, dans le taureau de Phalaris, il dira qu'il s'y trouve doucement et qu'il se met peu en peine de la douleur qu'il endure. C'est là, ce semble, une étrange doctrine, mais dont là pratique ne nous doit pas paraître impossible, à nous qui avons les exemples de tant de mart)TS qui ont fait voir de la comstancc dans les plus vivi'S douleurs, et de la joie au milieu des flammes. On les cAt crus insensibles anx tourmens. Cest que les maux se changent en délices pour celui qui aime Dieu et qui souffre volontairement pour lui.
3. La mort est une épreuve où la fiarce parait dans toute son étendue. Car rien n’est plus difficile que de mépriser la vie, dont l'amour est naturel à tous les hommes et qu'ils regardent romme ce qu'ils ont au monde de plus précieux
cl de plus cher. Si vous avez la vTale sagesse , vous n'envisagerez point comme un mal la mort , qniestlafinde nos misères et le commencemer* d'une meilleure vie. Quittez sans peine ce corps , que vous devez un jour reprendre. Il y a de la folie à craindre ce qu’il est impossible d'éviter. On doit appréhender ce qui est douteux et attendre ce qui ne peut être incertain. Voyez les enfans et les imbéciles, ils ne craignent point la mort. Pourquoi la raison ne fera-t-elle pas ce que la faiblesse de l'àge ou de l'esprit fiiit en eux? Souvenez-vous que la vie ne vous a été donnée qu'à condition de la terminer par la mort; et que ne vouloir pas mourir, c’est en quelque sorte avoir voulu ne pas vivre.
é. Remercions la nature de nous avoir permis de jouir pour un temps du spectacle des choses de ce monde et d’en user; et partons sans répugnance lorsque le terme de notre demeure sera expiré. D'ailleurs, s'il était donné à un sage prêt à mourir de vivre une seconde fois, voudrait-il accepter un tel présent? Voudrait-il revenir dans une prison de neuf mois , s'exposer cncorell rimbécillité et aux craintes de l'enfonce, aux i^arcmcns et aux fulies de la jeune.'-se, aux inquiétudes de l'àge viril et aux infirmités de la vieillesse? Quelque heureuse que sa vie eût été, il refuserait .sans doute de renaître. Pensez aux maux que vous quittez et au bonheur qui vous attend. Pour ne pas craindre la perte de cette vie, il faut désirer rétemelle. Ce qui cau.se vos frayeurs, c'est que vous vous trouvez vide de bonnes oeuvres et que vous ne concevez le désir de foire le bien que sur le point de mourir. Si vous aviez vécu saintement , vous verriez avec joie l'étcmité s'approcher. Il n’est point de juste qui ne regardât la naissance de l'iMtmmc comme un supplice , si elle n'était pas nécessairement suivie de la mort.
S. Pour se trxHiver tranquille et content à l'heure de la mort , il fout s'y être long-temps préparé. Familiarisez-vous donc avec elle par une méditation fiéquente, afin que quand elle arrivera vous puissiez l'envi.sagersans trouble. Ce n'est pas le nombre des années qui persuade que l’on a assez vécu , c'est le désir de quitter ce corps pour sc rejoindre à son principe. Celui qui a appris à bien mourir trouve toujours qu'il a long-temps vécu. Mais pour bien mourir, il fout avoir mené une vie innocente.
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LE CHEMIN DU CIEL
Voulez-vous vous procurer une douce mort? Rompez tous les jours quelques-uns de ces liens qui vous attachent i ce misérable monde. La mort est peu redoutable lorsqu'il ne nous reste presque rien qu'elle nous puisse enlever. Voulezvous vivre heureusement ? >'e crai|piez point la mort et prcparez-vons-y, de quelque nature qu'elle puisse être. Mettez-vous peu en peine si vous devez finir votre vie par le fer ou par le feu. Vivez de manière que vous puissiez dire chaque jour ; J'ai vécu. Celui-là vit et meurt tranquillement , qui creuse tous les jours son tombeau et qui se mpt en droit de prétendre à une meilleure vie. Pour bien vivre, il fiiut mourir à tous momens.