‹ Choix d'ouvrages mystiquesChapitre 615 sur 684 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

De U ntsDvumité. Caractère de rbomoie a»saa&ime.

1. La magnanimité est une vertu sublime, dont le nom seul a quelque chose de grand , qui a un ))ouvoir fort étendu et qui tend à ce qu'il y a de plus élevé; sans elle les autres vertus ne poiuraient atteindre à leur but ; car comme il se rencontre toqjours mille difficultés dans leur pratique, on doit fortement se raidir contre ces obstacles, jusqu'à ce qu'on ait acquis le bien que l'on s'était proposé : c'est ce que fait la magnanimité. Elle porte aux actions les plus héroïques et à entreprendre sous la protection du Seigneur les desseins b s plus difficiles. Il faut oser .si on veut parvenir à quelque chose de sublime. Ce qui est parfait ne se donne pas à vil prix, t'n homme vraiment homme est ce qu'il y a an monde de plus grand.

2. L'homme magnanime a des vues si élevées qu'il mrpri.se les choses où le commun des hommes trouve le plus de grandeur; faisant des actions dignes de la plus haute estime, il dédaigne la gloire qui y est attachée, incapable de se troubler si on lui refuse les honneurs qu'il mérite , et rejetant même ceux qui lui sont offerts , hors les oecasions où l'intérét de Dieu et l'obéissance due aux supérieurs semblent exiger le contr.iirc; craignant de blesser sa conscience, et nullement de déplaire aux hommes, et se proposant pour récompense de .ses actions le plaisir de faire le bien et non celui d'étre applaudi; placé comme sur un lieu éminent et supérieur aux événemeiisde la vie, on ne peut

l'abattre ni le vaincre. Toqjours égal et seraj Mable à lui-méme, il est content de l'état où U se trouve , et ne pense point à s'élever plus haut Maître de son coeur et de ce qu'il possède , il ne prie point, il ne se soumet point lâchement, parce qu’il trouve en lui toutes les ressources dont il a besoin. Rien ne l’épouvante, rien ne le peut faire plier. S'il se montre en public, ce n'est pas pour s'attirer une vaine estime, c'est pour foire éclater les dons qu'il a plu à Dieu de répandre sur lui. On le voit au milieu des applaudissemens conserver une profonde humilité, parce qu 'il rapporte à Dieu seul tous ses talens et la gloire qui en est le fruit, et qu'il est fortement convaincu que de lui-méme il n'a rien , qu'il ne peut rien et qu'il est un pur néant. Avoir d'humbles sentiinens de soi-mème et recevoir les honneurs qu'il rend au mérite sans intéresser sa modestie, c'est se renfermer dans les justes bornes de la vertu. Car enfin , s'il est défendu de courir après la gloire , ce n'est pas un crime que d'en être comblé.

3. L'homme magnanime s'expose volontairement aux traits de ses ennemis ou de ses envieux, s’il ne peut arriver qu'à ce prix à un haut degré de vertu. Comme il n'a ni fierté ni hauteur. pour ses inférieurs, il ne s'insinue point auprès des riches et des grands par de basses flatteries , et II respecte leur puissance sans leur sacrifier sa liberté. Il laisse voir à tous les hommes l'amour ou la lutine qu'il a dans le cœur pour ce qui est digne d'étre aimé ou d'étre haï ; et comme il ne craint ni n'espère, il dit et foit hautement ce qu'il est à propos de ne pas cacher. Agissant comme le reste des hommes, il se conduit par des motifs dilférens des leurs. Il est extrêmement réservé et craint la foule et le tumulte du monde. Oubliant les injures, souffrant ce qui ne se peut éviter, dédaignant les plaintes et les .soumissions inutiles. Il loue peu , et content de lui -même de mériter des louanges, il ne cherche (joint à être loué. U suit les avis d'un supérieur ou d'un ami prudent. Du reste il ne régla jamais sa conduite sur les maximes d'autrui. Ne trouvant presque rien d'extraordinaire et de grand, U admire peu de choses. Sa démarche est lente, sa voix grave, ses discours fermes et modérés. Comme ses passions lui sont soumises, il ne se précipite jamais ; et comme il se suffit à lui-méme, il est

PAR LE CARDINAL BONA

fort éloigné de t'emprcMer pour lea choses du monde.

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