‹ Choix d'ouvrages mystiquesChapitre 617 sur 684 · I.K CHEMIN DU CIEL · texte numérisé non relu

I.K CHEMIN DU CIEL

coa

avoir. Si vous n’aviei pas un amour déhfglé pour les choses de la vie, vous ne souffririez pas si impatiemment d'en être privé. Les biens extérieurs ne sont jamais des occasions de cha- (P'in et de trouble pour un sage, parce qu'il ne s'y est jamais attaché.

4. Ivorsque vous êtes sur le point de Faire quelque clmse , considérez*eu toutes les circonstances. Vous en trouverez plusieurs qui seraient capables de vous troubler dans la suite , si vous ne les aviez pas prévues. Vous appelez un domestique? Il se peut faire qu'il ne vienne pas dans le moment, ou qu'il s'acquitte mal de ce que vous lui ordonnerez. Vous êtes sur le point d'aller trouver quelqu'un? Il peut arriver qu'il SC fasse celer citez lui , qu'on vous refuse l'entrée de sa maison, ou qu'il vous traite avec dédain. Attendez-vous à de pareils contretemps , et rien ne pourra vous troubler. Mais cet homme ne m'a point reçu chez lui, quoiqu'il ait reçu tout le monde! Il m'a écouté avec froideur ! Il m'a donné une place peu bouorable ! VoiUi les plaintes ordinaires de ces âmes superbes qu'un long bonheur a rend nés fansaement délicates et sensibles. Geini qui sait que ces inconvéniens et ces dégoûts sont inséparables du commerce du monde, loin d'en être mortifié, ne daigne pas seulement y prendre garde. Il est persuadé qu'il n'est point de maxime plus utile dans l'usage de la vie, que de souffrir ce qu'on ne peut réformer. Lorsque vous vous sentez blessé par la malice d 'un Immme sans pudeur, songez, qu'il n'est pas possible, qu'il n'y ait dans le monde ni fourt>es ni mécbans ; et puisqu'il est vrai que ceUt ne peut être , ne soyez pas surpris de voir un scélérat s'abandonnerâ son penebant. Craignez vous-même d'avoir fait une faute, en ne prévoyant pas qu'il en userait ainsi i votre ^ard. Le monde a toqjoors été tel qu'il est aujourd'hui , et il y a des vices partout où l'on rencontre des hommes.

6. Lorsque vous avez â souffrir quelque accident fâcheux, pensez moins à ce que vous endurez qu'à vos iniquités passées. Si 'vous savez vous rendre justice, vous oonvieudrez que vous méritez encore de pins grands châtimens. Le sage dispensateur des biens et des maux vous frappe pour vous guérir, pour vous éprouver , pour voua fortifier et pour vous rendre digne de lui. Il réserve à des peines étemelles ceux qn'il

semble épargner en cette vie. Commmt saurai-je d'ailleurs si vous êtes capable de supporter la pauvreté « tant que vous aurez tout en abondance? Comment connaîtrai-je avec quelle fermeté et quelle con.stancc vous savez soutenir les insultes de tout un peuple, si les applaudissemens vous suivent jusqu'à une extrême vieillesse? Je vous ai entendu plus d'une fois consoler des malheureux avec beaucoup d'éloquence ; je veux voir comment vous vous prendrez à voie constder vous-même et à modérer votre douleur. Si vous récqmpensez le médecin qui vient d'appliquer le fer et le feu sur vos plaies, pourquoi ne recevez-vous pas avec soumission les remèdes que Dieu vous envoie? 11 faut être insensé pour regarder comme des maux des châtimens si salutaires à notre âme. Si la pauvreté, les maladies et toutes ces choses que vous nommez des maux, pouvaient disputer avec vous, elles vous reprocheraient votre lâcheté et vous diraient : x O homme, pourquoi noos regardes-tu avec horreur? Est-ce nous qui t'ùtoas la prudence, la justice et la force? Tient-il â noos que tu ne soistoqjours tranquille et content? Les prétendus maux de la vie se changeraient en bien pour toi, si tu savais t'élever au-dessus d'eux par la solidité de ton esprit et par la fermeté de ton cceur. Le plus grand de tous les maux est de ne pouvoir souffrir le mal.

6. 11 vous est permis de laisser voir quelque faiblesse dans le malheur d'autrui et non dans le vôtre. Pleurez avec les misérables; mais que leur diagrin ne perce pas votre cceur. Courbezvous doucement vers eux pour les amener jusqu'à vous, ll.fiiut se baisser pour relever celoi qui languit couché sur la terre. Souvenez -vous de plus que toutes les choses de la vie ont deux faces, l'une triste et fâcheuse, et l'autre supportable, et que vous êtes le maître de choisir. Ainsi , lorsqu'un homme vous a fait une injure, ne le regardez pointoomme on ennemi qui vous hait, car c'est là le mauvais côté; mais envisagez-Ie par un endroit favorable, songez qu'il est racheté du sang de Jésus-Christ aussi bien que vous, et qu'il est appelé à la même gloire. Si vous faites réfieiion d'ailleurs que la voix de l'amitié est bien faible, lorsqu'il s'agit de remontrances et d’avis, vous devez être bien aise d’entendre la vérité ^ la bouche d’un ennemi. Toujours attentif sur votre conduite , fl ne vous

PAR I.F. CARDINAL BONA

passera nuldéftiut, et il saura démêler en vous des vices que vous eussiez difficilement aperças. Il vous décriera dans les assemblées, et il découvrira dans sa colère les maladies secrétes de votre âme. Tirez avantage de ces mauvais offices , et faites les servir â votre salut, lorsqu'on se voit exposé aux regards d'un censeur mal intentionné , on devient extrêmement circonspect.

7. La persévérance met comme le sceau aux vertus, et les couronne. Le prix qu'on promet à ceux qui commencent n'est dtmné qu'à ceux qui achèvent. Cest pourquoi, faites en sorte de ne vous point démentir. Pensez que les meilleures pratiques sont peu utiles si l'on n'y fait tous ies joursquelques progrès, qu'on recule, lorsqu'on ne fait pas tous ses effbrts pour avancer , et que pour peu qu'on s'arrête on se sent entraîner par le poids de la concupiscence. Faites- vous une règle de vie et suivez-la jusqu'à la mort. Le caractère d'un esprit léger est de changer tous les jours ses exercices , et de chercher des lieux et des emplois différens. Il importe peu qne vous soyez ailleurs , pourvu que vous soyez autre. Un arbre que l'on transplante souvent , sèche fort vite, et l'usage des différens remèdes est contraire à la santé. Si l'apôtre, ce vase d'élection , oubliant ce qu'il avait fait , ne pensait qu'à ce qui lui restait à faire, et ne croyait jamais être arrivé à un but , comment faut-ii que vous vous conduisiez , vous qui devriez souhaiter de finir comme il a commencé? L'amour de l'étude des lettres dure en nous jusqu'à la mort. Rien ne peut apaiser la soif des richesses et le désir des honneurs. On court sans fin après des choses qui doivent bientôt finir; et on a goôté à peine les eaux delà sagesse divine , qu'on ne se soucie plus de puiser dans ses sources. Jésus^luist a condamné le peu de soin que l'on a de sa propre perfection, lorsqu’il a Æt : c Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » Un but élevé vous est ouvert , pour vous faire connaître qu’à quelque haut point de vertu que vous soyez arrivé, il vous reste toqjours beaucoup de cbeminàiaire.

Page 1