CHAPITRE XXXL
De U lempiraiice. Du eeeoar* quVIle tire de modeelle et de U pudeur. De l'ifactlckeficc et de le diaileté.
1. La tempérance modère le plaisir du goôt et du toucher; elle rejette les voluptés super- Sues et étudiées , et admet les nécessaires autant que la droite raison le permet. Sa grande règle est de satisfaire aux besoins et de ne rechercher jamais le plaisir pour le plaisir. Cette vertu est très élevée, puisqu'elle conserve à l'homme la dignité de sa nature, et qu'elle l'empêche de s'abaisser à la condition des bêtes. Elle tire un grand secoursde la pudeur, laquelle est le fiteia des passions, la preuve non équivoque d'un bon naturel, la gardienne delà pureté, et le témoin de l’innocence. Si cette vertu est fortement imprimée dans votre àme, eile vous apprendra à éviter toute action basse et honteuse , à respecter la présence de Dieu, à vous respecter vousmème, et à aimer constamment cette beauté qui est inséparable de la tempérance. Vous connaîtrez au reste que vous avez de la pudeur, lorsque le seul nom de l'intempérance saura vous alarmer, lorsque pour être seul chez vous vous ne vous croirez pas sans témoin , et lorsque vous aurez horreur de ces hommes corrompus qui regardent leurs maisons moins comme un asile contre les iiqures de l’air que comme un lieu propre à cacher leurs débauches. Après tout , que vous servirait-il de vous dérober aux yeux des hommes? Dieu vous voit partout où vous êtes , et vous ne pouvez échapper aux reproches d'une conscience qui vous suit et qui vous accuse en tous lieux.
2. L'abstinence et la sobriété règlent l’usage de ce qu'on prend pour sa nourriture , et la chasteté regarde le toucher. Il est véritablement très difficile de demeurer dans les bornes du besoin , en usant des alimens qui entretiennent la vie. Le corps demande incessamment, et n'écoute point les remontrances. On peut néanmoins le soutenir à peu de frais , et l'accoutumer peu à peu à une vie frugale et modérée ; mais teile est notre corruption. Mous assujettissons la nature à nos vices, et nous irritons, par des mets recherchés et des iiqueurs peu naturelles, la faim et la soif qu'il est facile d'apaiser. On cunserve malaisément la chasteté au milieu de tant d'objets qui .nllument la convoitise, si la
«Ot LE CHEMIN DU CIEL
crainte du Seif^eur, ta fuite des occasions, la vigilance sur nos sens et ie respect de nousmêmes ne nous retiennent sur les bords du précipice. liorsqu'on ne se craint pas soi-méme, on ne craint guère ordinairement les autres. Voulez-vous être chaste? veillez sur vos yeux , de peur que vous ne veniez à aimer malgré vous ce que vous aurez imprudemment regardé. Pourquoi êtes-vous si épris d’une beauté fragile et de peu de durée? Attendez un peu , et elle ne sera plus. Des rides couvriront bientôt ce Iront si serein ; un nuage obscur se répandra sur ces yeux si pleins de fieu ; la blancheur de ces dents sera ternie. Fbyez la compagnie des hommes corrompus , craignez une vie molle et oiseuse , abattez votre corps par le jeône, et en le traitant durement. Celoi qui aime ce misérable tombeau, où il est renfermé durant cette vie, se perd, et court i la mort étemelle.