CHAPITRE XXXII
neUUoyocurtlUelacIteeticr. DndminKStUdisuu de ccevcrbu.
1. On a besoin de la douceur pour retenir les saillies de la colère cl pour demeurer dans les bornes que la vertu nous prescrit. In colère est comme une épée que nous a donnée la nature, |K)ur reprendre et corriger ceux qui nous .sont soumis, pour repous.ser nos iqjiires ou celles d'autrui, et pour empêcher que l’impunité n’autorisât la malice des méchans ; car il y a autant de cruauté, si je l’ose dire, â pardonner toujours qu’â ne pardonner jamais, lorsque la justice vous forcera de châtier un coupable , adoucissez sa rigueur par votre clémence. Punissez en quelque sorte malgré vous, et usez-en envers les méchans comme Dieu en a usé à votre égard. Il a long-temps souffert vos crimes , afin que sa patience louchât votre cœur, et le convertit enfin â fui. De même montrezvous indulgent envers les hommes dans la vue de les rendre bons. La guérison des malades dépend presque toujours de la modération et de la douceur du médecin, et on ne le congédie que lorsque le mal est sans espérance. Un homme doux, qui ne connaît ni le trouble ni la colère, est semblable â un rocher fort élevé , au pied duquel les flots viennent se briser : le repentir l'apaise plutôt que le châtiment. Écoutez le
Sauveur du monde qui élève ta voix , et qui dit â tous les hommes : • Venez tous , et apprenez de moi. » n n’ajoulc pas qu’il leur veut enseigner à guérir les malades , â purifier les lépreux , â donner la lumière aux aveugles et la vie aux morts ; mais il leur dit : «Apprenez de moi que je .suis doux. » Ne dirait-on pas qu’il renfcrme dans le seul précepte de la douceur tous les trésors de sa science et de sa sagesse? tant il est \xai que celte vertu est d'un prix inestimable.
2. Comme la douceur apaise la colère, la démence modère les châlimens dus aux coupapables ; celle-lâ doit être la vertu de tous les hommes, au lien que celle-ci ne convient proprement qu’aux supérieurs, aux magistrats et aux princes. Elle sait adoucir les peines ordonnées par les lois , et celte indulgence n’est point un effet de l’amitié, de la crainte, du désir du gain ou de quelque autre motif semblable ; mais elle est une suite de la bonté et de la douceur qui régnent dans une âme. Pourquoi bâtir des forleres.ses sur le sommet des montagnes, et couper les avenues qui y conduisent? lâ clémence seule met un prince en sftrelé ; elle est la plus fidèle garde de sa personne et la meilleime citadelle qui défende ses Étals. l!n méchant prince veut être craint, parce qu’il .sait combien il est odieux , et ses sujets le craignent d’ordinaire autant qu’ils le hais.scnt. L'horreur qu’on a pour lui fait désirer sa mort, et tout homme est maître de la vie d'autrui , lorsqu’il abandonne la sienne. En vain donc un prince se fait un rempart de sa puissance, s’il ne s’en est fait un de la bienveillance de ses sujets. Un roi qui sait mépriser les offenses, qui punit quelquefois les injures faites à scs sujets , et qui ne venge jamais les siennes, est XTaiment digne du trône. C’est le caractère d’une grande âme d’être douce, modérée et tranquille.