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CHAPITRE XXXIII

De U modreiif , de l’amour de Tétiidr et des precsutioiif qn na doit y apporter. De la néceidM et de la puni^ de doaucr quoique reUdie A rcapht.

I. La modestie est le plus bel ornement des qualités de l’âme; elle réprime les vices, et est comme le dehors de l’honnête homme. Quoique vous gardiez le silence, votre contenance et voa gestes vous font connaître lâ vertu éclate jus -

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PAR LE cardinal BOAA.

que dant tea moiodrrs cboies. L'air du visage, le rire, ia démarche et les regards, sont des signes peu équivoques de ia disposition intérieure de i'âine. Vivez donc de manière qu'on vous juge digue de la conversation des anges ; que ia bienséance règle vos gestes , vos rqjards , le Ion de votre voix et tout votre extérieur. Évitez ies manières molles et efféminées, aussi bien que les dehors grossiers et rustiques. Surtout souvenezvous que la vraie modestie a sa .source dans le ceeur, d'oit elle se répand sur toute la personne, pour y paraître d'une làçon sensible. Cn homme modeste est une vive image de la Divinité, puisque sa seule présence est capable de retenir chacun dans le devoir. Qu'il est beau de faire du bien en se montrant seulement ! Il est du ressort de la modestie de régler la dépense et d'empécher qu'on ne sorte des bornes de son état par le luxe des habits, des équipages, des meubles, et par le nombre des valets. A dire le vrai , tout cet attirail ne fait qu'embarrasser votre âme, et loin de l'embellir, ne sert qu'à orner vainement ce qui vous est étranger. Pourquoi êtes-vous si éprisdes vanités du monde? pourquoi vous glorifiez-vous dans une suite nombreuse de domestiques? Cette foule qui vous accompagne est comme une troupe ennemie dont vous ne sauriez trop vous défier. Peu attentifs à exécuter vos ordres, ils portent leurs regards curieux sur ce que vous faites. Humbles et soumis en entrant chez vous, ils s'y conduisent avec insolence , et en sortent presque toujours d'une manière odieuse.

2. L'amour de l'étude doit être accomp^né de deux conditions essentielles : il faut qu'il soit modéré, car le désir de savoir passe presque toqjours les justes bornes; il doit aussi réveiller la paresse de l'àme , et la porter à apprendre des clKtses nécessaires et utiles. La nature a donné à l’homme un esprit curieux. Sûre de la beauté et de la perfection de ses ouvrages, elle l'a fait naître afin qu'il en fht le spectateur et le témoin ; car des choses si grandes et si sublimes seraient en quelque façon perdues, s'il n'y avait des hommes sur la terre pour en connaître l'excellence et le prix. Mais nous abusons des bienfaits de la nature en recherchant, par une curiosité vaine , ce qu'il serait utile d'ignorer. Celui qui sait une infinité de choses n'est pas le plus sage : c'est celui qui s'est instruit de bonne heure de ce qu'il lui convient de savoir. D faut

commencer par apprendre ce qui regarde le salut. Du reste, si vous vous appliquez à d'antres études , que ce soit toujours dans la vue de devenir meilleur. Prenez garde au.ssi que la lecture d'un grand nombre de livres ne produise en vous de la confusion sans aucun fhiit. Il faut en lisant un ouvrage s'attacher à l'esprit de l'auteur, s'en nourrir en quelque sorte , et le tourner en sa propre substance, si on veut en tirer quelque chose de solide qui s'imprime fortement dans le cœur. On trouve de l'agrément dans une lecture variée, et de l'utilité dans une étude fixe et certaine.

3. Il est à propos quelquefois de donner relâche à son esprit , et de faire succéder le repos au travail , parce qu'une fiirle application ne peut long-temps durer. Les législateurs ont établi de certains jours où les hommes pussent prendre entre eux quelques divertissemens honnêtes, et réparer leurs forces par 1e repos et par la joie. Plusieurs choses égaient l'esprit et le délassent : telle est une promenade dans un lieu agréable et découvert, afin que l'esprit puisse s’élever dans l'air libre et pur , et le corps s'y fortifier ; tel est le séjour des maisons de campagne, où l'on vit innocemment loin du faste et du tumulte des villes; telles sont les différentes espèces de chasse où vous pouvez vous divertir, pourvu qu'elles ne choquent pas la bien.séance de votre état; telles sont : la pèche, cet amusement si permis , les lectures agréables , les concerts et la musique , un jeu honnête , et une conversation délicate et polie, où les lois de la charité et de la pudeur ne soient en rien blessées. Quelques-uns, par une sévérité outrée, haïssent le commerce des hommes. Ils se cachent dans les ténèbres, et ne savent ce que c'est que de badiner avec grâce. D'autres dissipés par de vains amusemens , et continuellement répandus dans le monde , sont incapables de toute élude sérieuse. Fuyez ces extrémités, et faites succéder une chose à l'autre. L'éloignement des hommes vous fera désirer de les voir, et leur commerce vous disposera bientôt à vouloir jouir de vous-même dans la retraite. C'est ainsi que la solitude et la société s'aideront l'une l’autre. la: repos vous empêchera de haïr le travail, et le travail viendra vous guérir de l'ennui inséparable d'un long repos. On en voit plusieurs qui , ne ménageant nullement leurs forces , prennent toujours sur eux-mêmes, et ne

LE CHEMIK DU CIEL

Hveat jamais s'arrêter où il faut. Ceux-iù ne peuveul ni quitter leurs études, ni ies reprendre quand ils les ont laissées. Se donnent-ils au trarail P Us joignent les nuits aux jours, et ne se reposent qu'après qu'ils se sont épuisés. Sont - ils engagés dans les divertissemens et les plaisirs ? Us se dissipent si fuUement qu'ils ne peuvent plus reprendre leur premier travail. Si le délassement est utile à l'esprit , le relâchement lui est extrêmement contraire. Cest en cela qu'on a besoin de la prudence pour connaître les justes bornes où l'on doit s'arrêter ; car les choses les plus permises deviennent erbnineUes dês-lâ qu'on les pousse trop loin.

CHAPITHE XXXIV.

De rbumlHté. Bq quoi HIe ooodite. De U connalMaace d»-

•oi'iDèBie. Le cancre d’itD boraine vrabneat kvsaiÀt.

I. L’humilitéapouranteur Jésus-Christ, qui l'a enseignée par ses paroles et par son exemple. Après les vertus théologales et inteUectuelles, eUe tient le premier rang entre les autres, puisqu'elle bannit l'orgueil qui est la source de tous les maux. Elle noos rend agréables â Dieu, qui prend plaisir à se communiquer aux humbles ; elle est le fondement de toutes les vertus , sans lequel l'édifice spirituel ne pourrait long-temps durer ; encore que son nom ait quelque chose de bas et d'abject, elle est le don des forts et des parfoits, et élève l'âme à ce qu'il y a de plus grand ; elle tait pratiquer les actions les plus élégantes sans orgueil , et les plus difHciles sans craiute , et se porter aux entreprises les plus nobles sans sortir de sa situation naturelle. Au reste , elle ne consiste pas seulement, comme le croit le commun des hommes , dans le mépris de soi-même ; elle peut aussi se rencontrer avec le désir modéré des honneurs. L)n homme vraiment humble peut souhaiter la gloire comme la récompense des actions louables; et peut, en pratiquant le bien , chercher â faire honorer la vertu sans aucun retour sur soi-même. U sait que toute gloire cpii n’est pas le fruit de la vertu est fausse et trompeuse ; mais, connaissant d'ailleurs sa bassesse et son peu de mérite, il a beaucoup d’aversion pour les honneurs. Il sait qu'ils contribuent bien peu aux bonnesmuvres que Dieu lui inspire de faire, et il craint avec raison que le désir d’une gloire juste et légitime ne le concise inseosiblcmentâ en re-

chercher une qn’il n'auralt pas méritée ; car , après tout, le parti le plus sùr est de mépriser les honneurs. On les augmente même en Iss rejetant, et on les redouble par le refus qu’on en fait.

3. Pourquoi n'étes-vouspas humble? C'est que vous ne vous connaissez pas voas-mème. L'amourpropre amoins de peineâ vous tromper sur votre siqet que n’aurait un imposteur qui vous ferait une fausse relation d'un pays éloigné. Qu’est-ce que l'homme? Un corps faible et fragile, naturdlemeot sans défense , dépendant de mille secours étrangers, et exposé aux iujures de l’air; une masse de boue , un animal plein de malice, ennemi de tout bien, et assez fou pour préférer la terre au ciel, et les choses périssables aux éternelles. < Tout homme vivant n’est que vanité. » Il n’est point d'animal sur la terre dont la vie soit plus fragile, qni soit plus furieux dans sa colère , plus troublé dans tes craintes, et plus emporté dans tes plaisirs. D'où vous vient donc tant d'orgueil , misérable créature ? S’il vous reste quelque peu de raison , reconnaissez vos défoots si honteux, et vos misères si profondes ; pour être parfaitement humble, vous n’avez qu'à vous connaître.

3. L'homme vraiment humble a un parfoit mépris de soi -même ; il se plaît â paraître vil aux yeux du monde , et non pas humblé. Rapportant â Dieu seul les honneurs qu'il reçoit, se défiant continuellement de s» faiblesse, aimant â être compté pour rien , il n'a d'orgueil que pour dédaigner les louanges. Gonune il a toujours devant les yeux ses défauts , et qu'au contraire il n'envisage dans les autres que les grâces dont Dieu les a comblés, il se croit le plus médiant de tous les hommes. Et voilà en quoi l’humilité est ingénieuse. Elle sait comparer ses misères à ce qu'elle voit de bien dans les antres, d'où il arrive que l’homme le plus parfoit se peut dire sans mensonge le plus imparfait des hommes. On le voit obéir avec une soumissioa entière à ceux que la Providence a placés au-dessus de lui ; on le voit résister â ses passions , avouer sans peine ses défauts, souffrir constamment les affronts , et s’acquitter avec joie des fonctions les plus humiliantes et les plus viles. Ennemi de toute singularité, circonspect et retenu dans ses discours, aimant à demeurer obscur et caché, il se met au-dessus de tout , en se croyant inférieur à tout et un pur néant.

PAR LE CARDl^AL BÜNA.

Plein de ditcrétionet de modestie, il oe parie que | par nécessité ; éloigné des joies immodérées, il est moins porté i rire qu’à verser des larmes. L’humilité de son cœur se répand sur toute sa personne. Il a la démarche grave, les yeoi baissés , et tonte la contenance d’un criminel prêt à comparaître devant le tribunal du souverain juge. .Se représentant sans cesse les crimes qu’il a commis, incertain s’ils lui sont pardonnés, doutant de son salut étemel , il n’osc lever les yeui au ciel ; mais s’humiliant avec le publicain, il demande par de ferventes prières la rémission de ses fautes; enfin il ne marche qu’avec crainte, et méprise infiniment les biens de la vie et le ftstc du monde. Celui qui est vil à ses propres yeux , est bien éloigné d’avoir de l'estime pour les choses de la tenc.

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