CHAPITRE VI
La radiie et l'rnhatoRncnt dM Tertu».
Puisque la certitude de la foi nous apprend que ce Dieu tout-puissant est au dedans de iKxis, et qu'il est même plus proche de nous que nous-mêmes., d'oO vient que nous ne le sentons point du tout ? C'est parce que sa grâce ne peut agir en nàus. Et pourquoi sa grêce ne peut-elle agir en nous? C'est parce que nous ne la dêsirom pas avec un coeur humble et un profond sentiment de dévotion. Et pourquoi ne la désironsnous pas avec un cœur humble? Cest parce que nous n'aimons pas Dieu de tout notre cœur et de tous nos sens. Et pourquoi n'aimons-nous pas Dieu de tout notre cœur et de tous nos sens ? C'est parce que nous ne le connaissons pas. Et pourquoi ne le connaissons-nous pas? C'est parce que nous sommes inconnus à nous-mêmes. Et pourquoi sommes-nous inconnus à nous-mêmes? C’est parce que nous négligeons de Faire une réflexion exacte sur notre vie. Et pourquoi ne Faisons-nous point de réflexion exacte sur notre vie? C'est parce que l'œil de notre esprit est aveuglé. Et pourquoi l'œil de notre esprit rst-il aveuglé ? C est parce qu'il est rempli de la liüue et de la |ioussiére des choses périssables. Dar la Ituue et la poussière , j'entends le dérèglement de l'amour que nous avons pour nousmêmes, pour les créatures, pour le monde et pour notre propre chair , et le plaisir que nous prenons dans toutes ces choses. Et pourquoi l'œil de notre esprit est-il couvert de boue et de poussière? C'est parce que nous ne voulons pas HMHirir à notre sensualité , et nous élever à Dieu de toute l'étendue de notre cœur. Voilé pourquoi la lumière de la grOce n'agit point en nous.
Considérons aussi d’un autre cOlé l'enchaînement des vertus. Tous ceux qui désirent que Dieu répande sur eux les rayons de la grâce et du véritable discernement doivent mépriser et fuir l'amour du monde , le plaisir et la prudence; car autant que je guOtc et que je dis-
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cerne les choses de Dieu , autant je me p'ais â trouver du dégoût et de l'amertume dans celles du monde. Autant que j'aime â ressentir cette amertume et ce dégoût , autant ai-je de joie dans l'obéissance que je rends â mon Dieu. Autant que je lui rends d'obéissance et de soumission, autant ai-je de paix dans mon cœur et de tranquillité dans ma conscience. A proportion de cette paix intérirtire et de celte sérénité d'une conscience nette , mes sens sont retenus et gouvernés par la sages.se, et mon entendement se trouve épuré. A proportion de celle pureté d'esprit, s'accroît et se piTFectionnc la connaissance que j’ai de mon Dieu. A proportion de l'avancement que je Fais dans la connais.«ancc des choses de Dieu , je m'avanre aussi dans la crainte clia.stc et respectueuse envers lui. Selon les progrès que je fais en marchant devant Dien dans cette crainte cliasie et filiale , je me sens embraser de son amour. Suivant la mesure et la quantité de cet amour divin qui m'enflamme, je garde les comuiaiidemeais , j'embrasse la doctrine , et j'exécute les ordonnances de mon Dieti. Autant que j'ai d'aFfoction pour observer ses réglemens et ses préceptes , autant prends-je de soin pour é\ '>er les péchés. Autant de soin que je prends pour m’en abstenir, j'en prends autant pour me recueillir en moi-méme et y demeurer renformé. Autant que je me retire dans moi et que j'habite en mon intérieur, autant me rcconnais-je tel que je suis. Autant de prx>grés que je Fais dans (relie ronnais.sancc de nloiméme , autant com;oi«-je de mé|u-is pour nvoiméme. Autant que j'ai de mépris pour moi. autant suis-je éloigné de la (lonrsuile des honneurs et de toutes les choses passagères. A mesure que je m'éloigne de la recherche de l"hoiineur et des autres biens de la terre , j’entre en possession d'une pauvreté volontaire et spirituelle. Autant que j'embrasse volonlaimncnl celte pauvreté, autant suis-je éloigné de me plaindre du besoin des choses qui me manquent. Autant que j'éloiilTe en mon âme ces .sortes de plaintes, autant m'exercé-je â la patience. Je suis humble autant que je suis iialirnt. A proportion de cette humilité, je m'empêche de mépriser ceux qui me méprisent. Autant que je m'abstiens de mépriser ceux qui me traitent avec mépris , autant suis-je pauvre selon l'esprit et tes affoctiuDS du cœur. A pm(iorlion de relie
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pauvreté spirituelle, je me trouve dépouillé de ! toute propre volonté. Autant que je suis dé- ‘ pouillé de tome volonté propre, autant suis-je | au.s.si dis(iosé à ne vouloir autre cliose que ce I que Dieu veut. Enfin, selon que je n'ai point d'autre volonté que la sieune , Dieu veut ce que je veui ; et de celle façon , je participe it sa luluiérc,qui m'éclaire cl nie fait être un même esprit avec lui. Mais il est besoin pour cela d'un dé);af;rnienl entier et d'une séparation des créatures. L'Iiomme est véritablement un composé d'éternité et de temps; plus il s’attache aux choses temporelles et s'y repose, plus il s'éloi- {;nc des choses éternelles qui lui semblent petites. comme un objet semble petit à celui qui le regarde de loin ; et il ne peut jamais arriver ^ la véritable )>aix , au contraire, il est aveujrié et .se refroidit dans l'amour divin, cl il devient inconstant avec les choses inconstantes qu'il |H)ursuil, sans pouvoir jamais contenter cette insatiabilité quelles lui causent.
Que celui donc qui désire se défçager de tout vice et de tout défaut se dépouille premièrement de toute sorte d'amour et d'attachement |iour les créatures périssables. L'amour de Dieu et l'abondance des choses temporelles ont de la l>eine à .se souffrir dans un même sujet; car l'amour est un feu qui consume toutes les choses terresires, cl qui Fait une heureuse désolation en l'bommc. la; manquement et la privation de toutes les clioses temporelles est donc la porte et l'entrée des choses éternelles et divines.