CHAPITRE VII
De U nuwère qur nous <*«vons rctoarimr à DO(r« premiiro
ungtoc. qui CM Uk-u ; et coiniiictil nous dcrous surinoot«r
nos
Quiconque veut sortir des chaînes du péché et marcher dans la voie des vertus et de son salut, et s'y avancer, aura soin de prendre bien f^arde aux choses suivantes et de s'y exercer soigneusement.
la; premier exercice où il doit s'occuper est un dégagement libre et un divorce avec les plaisirs du siècle, et gc'iiéralcmcnt avec tous les vices. Il en fera une rcchcrclie fréquente et exacte en luimème, il en découvrira l'origine et la source; U s'en rendra l'humble accusateur devant Dieu ; il s'élèvera vers le Seigneur de toutes les puissances de son ame, par une oraison continuelle ,
par un dégagement véritable, par des occupations sages et vertueuses, et par un châtiment sévère du corps, afin de l'assujettir à l'esprit.
le second exercice est qu’il s’offre soi-même de bon conir cl avec joie h .souffrir patiemment le nombre innombrable de toutes les peines, de toutes les afiliclions et de tontes les disgrJees qui lui peuvent arriver de Dieu nu de la pan des créatures.
Le troisième est qu'il grave en son Sme les souffrances et la mort de son Sauveur, qui a été crucifié pour lui; qu’il suive infatigablement les instructions pleines de douceur, les entretiens édifians et la sainteté de la vie dans laquelle il nous a précédé, et qu'il s'efforce de s'avancer de plus en plus par les rmites (|u'll noos a marquées. Ensuite, abandonnant toutes sortes d'occupations extérieures , il se retirera dans le .silence et dans le secret de .son .Imc , avec une fime résignation et une abnégation parfaite de sa propre volonté en toutes choses, et s'anéantissant dans une humilité profonde , comme s’il était mort, il ne se recherchera lui -même en quoique ce puisse être; mais il aura toujours devant les yeux, en lotiie sa condnile , l’honneur et la gloire de Jésus- Christ et de son Père, qui est dans les deux , et .se montrera également doux et humble avec tout le monde, tant à scs ennemis qu'à ses amis.
Lorsque l'homme qui est arrivé à cct état vimi à agir, il trouve une espèce de tranquillité et de quiétude qui ne se peut exprimer dans ses sens extérieurs, qui auparavant se portaient au dehors vers les objets sensibles avec trop d’empressement et d’activité. Et c'est alors que l’esprit, comme par un dernier effort de ses puissances , dont la nature est si relevée , sortant et se dérobant du corps, arrive à une certaine expérience sumaturelle des choses divines, et s’efforçant de |)énétrer et de percer tmijours plus avant, à mesure qu’il se dépouille et ,se sépare en quelque sorte de la nature terrestre qui lui est unie, il s'élève au cimible des richesses spirituelles et de la perfection, par un cercle qui représente l'éternité de Dieu; car les richesses de l’àmc les plus précieuses consistent A sortir de dessous le poids des vices pours’élever par le secours de la grâce dans une intelligence lumineuse de soi-même, où elle reçoit sans cesse les influences des consolations célestes , et
INSTITUTIONS DE
où cUc *oit tootet choses par les yeux de la vertu, et les exécute par les règles de la prudence. Ainsi elle demeure heureusement aflranchie dan-s le Fils par le Fils, e’est-i-dire dans la vérité par la vérité; quoique revenant aux eréatures, elle ne laisse pas de les voir sous leur propre nature, et c'est lù ce qu'on peut appeler comme une sortie et un ravissement de l'esprit, lequel , passant les homes du temps et du lieu, s’envole jus(|ue dans le sein de Dieu, même par une contemplation fervente et amoureuse.
Mais avant qu'un puisse arriver jusqu'ù ce parfait dégagement , il faut avoir dompté et vaincu la nature par bien des sortes de mortihcatiuns, de manière que rtiumiiie spirituel ne fasse plus aucune action que par un pur sentiment de vérité et de bonté , et qu'il connaisse parfiitement comment l'homme sensuel et immortitié vit encore en lui , quand bien même il aurait un grand désir de se sanctifler dans une manière de vie qu'il aurait choisie par son propre esprit, et qui montrerait quelque apparence de sainteté , comme il en parait d'ordinaire dans plusieurs grands ; car tant que l'homme ne mortifie pas son propre sens, son entendement et sa volonté, et ne s'exerce pas au dedans et au dehors, dans le corps et dans l'esprit, il demeure imparfait et ne mérite pas d'être éclairé et d'être baptisé dans le feu du Saint-Fisprit ; c'est pourquoi il n'a de goût pour la justice et pour la vérité que suivant les sens et le déréglement des sens. Que si Dieu permet qu'il lui arrive pour l'éprouver quelque avantage, ou quelque déplaisir, dans le corps ou dans l'esprit , ou bien même que ses proches soient dans ï'afBiction et dans l’opprobre, il juge de tout cela suivant les maximes de sa justice sensuelle et corrompue, et il s’imagine bien faire.
Il tombe ensuite dans l'ignorance de ses vices et de soi-même, et condamne son prochain par un jugement présomptueux et téméraire. Et si quelqu'un entreprend de lui contredire, il s'emporte à l'instant dans des excès de colère, de querelles et d'iniquité, et la paix, qui est entre Dieu et lui , est troublée autant de fois que quelqu'un choque le moins du monde sa volonté; et quoique Dieu, par sa miséricorde infinie, redonne son amoureuse paix à cette ùme inconstante lorsqu'elle rentre dans la connaissance desoMnéme,
FRÈRE J. TAULKR. I!27
avec une sensible douleur, toutefois pendant qu’elle demeure encore attachée aux choses qui lui appartiennent , elle n’entre point en possession du fonds de toutes les vertus, et elle ii’a point un goût parfait pour la vérité qui lui est si proche. Mais les personnes humbles et soumises s’assujettissent elles -mêmes ù Dieu et ù toutes les créatures pour l’amour de Dieu , avec une véritable résignation. Quiqu'il y en ait quelques-unes, qui dans l’adversité ne sont pas maîtresses des premiers mouvemens. Dieu permettant souvent que ces personnes y soient sujettes durant un long temps , afin que le sentiment de cette misère les porte i s’humilier profondément , cl leur soit une occasion de plusieurs autres biens que Dieu en vent tirer par sa providence ; car malgré tout ce qui leur arrive , et dans le corps et dans l’esprit , sitôt qu’elles sont rentrées au fond d’elles -mêmes, elles deviennent douces , humbles et patientes et s’élevant à Dieu sur les ailes de leur espérance, elles résistent ù tous les vices par un principe de véritable amour, elles meurent en toutes choses au dérèglement des sens, cl elles se retirent et se cachent en elles-mêmes pour y exercer des actes de piété, de patience , d'amour et d'humilité. C’est la que l'Esprit saint les remplit d'une science solide , ou plutôt d'une .sages.se qui les fortifie, qui les dirige et qui les conduit à la pcrfpetion de toutes les vertus, en leur apprenant de quelle façon elles doivent se comporter à l’égard de Dieu, 4 l'égard d’elles- mêmes et 4 l'égard de toutes les créatures , tant bonnes que mauvaises.
Elles sont si profondément enracinées dans l'hiimililé qu’il n'y a point de mouvement ni de pensée de vaine gloire qui leur puisse nuire; car s’il s’en élève quelqu’une dans leur esprit , elles se plongent aussitôt dans leur néant , et ta .sur montant sans lieaucoup de difficultés, elles l’étouffent entièrement , et comme elles ne combattent que pour la seule vérité. Dieu prend lui-même les armes pour les défendre. Elles prennent toujours la dernière place, en sorte qu’on ne saurait les faire tomber plus bas, ainsi elles sont toujours plutôt ru état de s'élever ou de monter que de déchoir ou de descendre. Elles ont de très médioerrs sentimens d'rllesmêmrs, et elles se garantissent par-14 de plusieurs violentes tentations, et échappent |iar
62« 1^ST^ i; rio.NS ük
celte iubtiliti sainte les pièges du démon, tout de même que les petits poissons s'échappent aisément des filets, à cause de leur petitesse, pendant que les plus grands y demeurent enfermés. Elles résistent et meurent aus affections de la nature et à la pente qu’elle a au péché , au plaisir et i la recherche eicessive des commodités de la chair, et elles ne s'occupent liendant toute la durée de leur vie qu'à la mortihcalion,à l'anéantissemenl et à l'abnégation d'elles -mêmes. Voici donc les trois principaux points de la conduite qui les rend victorieuses et triomphantes dans toute sorte de rencontres.
Premièrement, elles veillent soigneusement à la garde de leurs sens , et ne leur donnent aucune liberté ; mais elles les lient et les retiennent comme avec un frein perpétuel , si ce n'est que l'honneur de Dieu demande qu'elles en usent autrement.
Secondement , elles s'exercent eontinucllcment et avec ferveur à l'oraison , qui est comme une .source d'eau vive qui lave et purifie leur intérieur.
Troisièmement, elles entrent dans la passion de Jésus-Christ , elles impriment l'esprit de ses souffrances sur leur cceur embrasé d'amour et elles détruisent par ce moyen toutes les mauvaises pensées et étouffent les désirs criminels de la chair; car si elles ressentent quelque affection sensuelle , ayant aii.ssitôt recours à Jésus-Christ , elles se retirent promptement dans la profondeur de scs plaies , où tous les mauvais désirs étant forces de s'éloigner d'elles , ils ne peuvent leur nuire en aucune sorte. Et ainsi ces personnes, après s'être dépouillées de toutes sortes d'intages et de fantômes , obtiennent une véritable paix par la pureté de leur conscience: et c'est là comme elles sont environnées du souverain bien d'une façon simple , cachée et surnaturelle comme mus un nuage de résignation et une sainte obscurité , exempte de toute illusion , et dans laquelle elles se sont ensevelies elles-mêmes pour plaire à Dieu , par un parfait renoncement d'elics-mêmes , dans le temps et pour l'éternité. l’Iongeons-nous donc sans cesse dans les plaies sanglantes du Sauveur, imprimons intérieurement au fond de notre ctrur l'excès de scs souffrances , de ses douleurs et de son amour, et gravons extérieurement sur nos fronts et sur nos poitrines la marque salutaire
FIIEKK J. TAL'LER.
de la croix ; car on ne saurait trouver pendant cette vie de plus fortes armes pour vaincre toutes sortes de dangers et de tentations.