‹ Choix d'ouvrages mystiquesChapitre 631 sur 684 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

CoQtinujilion dii sujet.

Cest pourquoi tous ceux qui désirent acquérir l’humilité vraie et parfiiite, qui est le chemin le plus droit et le plus sûr pour nous conduire A l'amour de Dieu et à toute sorte de sainteté, comme j'ai déjà remarqué auparavant , doivent reconnaître qu'ils ne peuvent rien sans la grâce de Dieu. Qu’ils considirent donc d'un côté sa grandeur infinie, et la fidélité qu'il a pour eux ; et de l'autre, leur néant et l'infidélité avec laquelle ils l'abandonnent ; qu'ils apprennent à faire un parfait mépris d'eux-mémes, et qu’ils se persuadent qu’il n'y a personne qui puisse s’humilier et sc mortifier assez, quand même il souffrirait autant lui seul que toutes les créatures eusemhie ont jamais souffert.

Ces sentiinens feront naître en celui qui est vraiment huinhic une liberté sainte et une forte confiance en Dieu, car plus l’humilité est profonde, plus cette liberté est grande. Il élévera aussi son esprit de toutes ses forces pour le glorifier et lui rendre grâces de toutes les faveurs qu'il en a reçues, et quand il pourrait If combler d'autant de louanges et d'actions de grâces lui seul chaque moment de sa vie que toutes les créatures ensemble l'en ont comblé depuis le commencement de leur être, il doit néanmoins estimer tout cela ou fort peu de chose, ou même rien du tout, et ce lui sera un moyen de se croire toujours dans l'impuissance de s’abaisser autant qu’il le doit , et d’honorer et de glorifier Dieu autant qu’il y est obligé, et il se trouvera rempli d’une joie très sensible de voir que ce défaut et cette impuissance où il se trouve â l’égard de Dieu ne viendra que de la majesté et de la (p'andeur infinie de cet être suprême; car il ne faut point chercher à se contenter soi-même, et â trouver sa consolation en quelque sorte d’exercice que ce soit , mais il doit fhire tout ce qu’il fait pour la seule gloire de Dieu, et lorsqu'il sent quelque peine et qu’il éprouve des difficultés en le servant, il faut qu’il les reçoive de la main du Seigneur, et qu'il croie que Dieu permet que cela arrive de la sorte afin de l’humilier et de le rendre solidement humble ; et ainsi , par un véritable esprit d'abaissement, il s’estimera indigne de toute joie spirituelle et de toute consolation divine, il s’aban-

donnera â la conduite que Dieu a résolue sur lui dans le lentpset pour l'étemité, et cette résignation lui sera plus agréable que le pouvoir d'user éternellement de sa liberté.

Eu effet , quoiqu’il n'y ait point d’actioa qui nous donne tant de ji 'e que de publier les louanges de Dieu , il y a néanmoins bien plus de plaisir et de satifaction à lui appartenir et à être tout â lui , puisque cette qualité semble nous faire entrer plus avant en Dieu , et fbnne en nous, par manière de dire, plutôt une passion de Dieu qu’une action de notre âme qui s’abandonne entre ses mains. Au reste , si on veut faire passer cette humilité en habitude, il faut être soigneux de la pratiquer souvent, car il n’y a que l’assiduité de l’excrcice qui fasse une autre nature, c’est-â-dire qui change et qui corrige les inclinations de la nature ; et si l’exercice a la vertu de le fal-c, combien â plus forte raison le fera la grâce qui agit en cet exercice?

Enfin le soleil étemel et divin peut répandre immédiatement les rayons de sa lumière sur cet homme humble, parce qu’il s’est comme absorbé lui-même dans son propre néant, qu’il se tient immédiatement assujetti â Dieu , et que sans regarder ni devant ni derrière lui , il ne lève les yeux en haut que pour y voir cet unique objet. Et ce qui nous sert le plus pour arriver â cet heureux état , c’est un respectueux silence et une retraite de corps et d’esprit dans la solitude.

De plus, cet homme s’abaisse et se prosterne au-dessous tant de Dieu que de toutes les créatures jusqu’au moindre ver de terre qui n’a jamais offensé Dieu , quoiqu’il n’en ait pas reçu de si grands bienfaits que lui. Il a un profond resitect et une extrême révérence pour le Créateur son Dieu et pour tout ce qui vit en Dieu . comme la très glorieuse mère de Jésus-Christ , tous les anges et les bienheureux, l’Eglise sainte et les sucremens.

L'humilité chasse toute sorte de douleurs et de tristesse , il n’y a que celui qui est vide de cette excellente vertu qui soit assujetti aux peinev et aux souffrances qui sont les filles de l’orgueil : car si l’ange de lumière eût été humble, il ne fût jamais devenu l’ange des ténèbres, et sa chute n’est qu’une punition de son orgueil. Marie , au contraire, celte glorieuse mère de Dieu, n'a jamais été souillée de la moindre tache du péché parce qu’elle était parfaitement buiublc : et

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