I.^STITUT10^8 DE
ccries criui qui serait rempli d'une véritable humilité ne commettrait jamais aucun crime , et Dieu pourrait opérer et accomplir en lui sans aucun obstacle toutes ses volontés. C'est ce qui a Fait dire à saint Aui'uslin ; «Si on me demandait lequel de tous les hommes est le meilleur, je répandrais que c'est le plus humble ; et si on me faisait cent finis la même demande , je fierais cent fois la même répomie. »
Mais considérons maintenant les actions et la conduite du vrai humide , c'est-à-dire de quelle façon il agit en toutes choses
Premièrement , commençant par soi-même, il reconnaît parfaitement sa propre indignité, son abjection et son néant , comment il s'est rendu indigne par ses péchés de toutes les grâces et de tous les bienfaits qu'il pouvait recevoir de la liMralité de Dieu , et coupable de tous les supplices, de toutes 1rs afflictions et de tous les tounnens que Dieu lui -même avec toutes les créatures lui peuvent faire ressentir; il confesse qu'il ne mérite point que Dieu l'ait tiré du néant par la création ; il ne cesse jamais de lui rendre grâce de tout stin pouvoir, et avec beaucoup d'humilité de sa conservation et de sa subsistance; il avoue aussi qu'il n'a aucunement mérité tous les effets de la grâce et tous les biens dont Dieu l'a comblé ; il fait doue une offrande à la gloire du Dieu tout-puissant et de sa propre personne et de toutes les choses du monde , comme étant autant de ruisseauiqui sont sortis de la source féconde de ses miséricordes infinies ; il ne devient point enflé pour aucune grâce ni pour aucun droit de Dieu, soit de science ou de sagesse, de force, de beauté, de richesses, ou de quelqu'autrc avantage que ce soit; mais au contraire, il s'estime indigne de toutes ces faveurs, et il n'en reconnaît point aucune autre cause que la seule bonté de Dieu. J'ose donc assurer hardiment que Dieu ne trouve en cet homme aucune résistance â ses dons et J ses richesses , et que c'est pour cela qu'il le conduit au comble de la perfection; car lorsque Dieu veut agir en lui , il y trouve une liberté entière et un parlait dégagement ; cet homme reçoit l'impression de Dieu, il la suit, et coopère avec elle comme fait l'instrument à la production de l'ouvrage. Il pubb'e pareillement qu'il est indigne du lieu qu'il occupe, soit lorsqu'il est assis ou debout , ou même lorsqu'il est cou-
FRERE J. T.AULER.
ché, et il ne s'attribue rien que ce qu'il lient de lui-même, c'est-à-dire le péché, et toutes sortes de défauts, et quoiqu'il s'humilie sans cesse, il estime son humiliation même ou rien du tout, on du moins très peu de chose. Soit donc qu'il boive ou qu'il mange, ou qu'il fasse quelqu'autrc action , il cherche le lieu le plus abject de la maison , il prend la dernière place â table , et se contente des moindres mets qui s'y servent ; en un mot , il désire que dans toutes les choses dont la nature ne se peut passer, le partage le plus vil et le plus dé.savantageux lui arrive, et il reçoit avec joie le rebut et le mépris de tous les autres, et ne croit jamais en avoir trop peu; mais se croyant indigne de cela même , il avoue qu'il ne l'a ni mérité, ni pu mériter de Dieu.
Il est humble , doux, et court en ses discocs, il est sincère et véritable en ses réponses, il est simple et modeste dans sa conversation et dans son vêtement, il est prêt à rendre service à tout le monde sans déguisement, il pratique l'humilité dans tous ses exercices , et dans toutes ses ceuvres intérieures et extérieures, devant Dieu et devant les hommes, en sorte qu'il ne peut être siget de chute et de scandale à personne. Ainsi , il citasse , il surmonte , il abat l'orgueil, qui est la source, l'origine, et la cause de toute iniquité; car l'humilité brise et dissipe toutes les clialnes et tous les pièges du démon , du monde et du péché; elle règle et modère toutes les facultés de l'homme; elle le place dans le trône de la vertu et lui ouvre la porte du royaume des deux , et Dieu , écoutant flivorablement ses prières , le comble abondamment de ses grâces. Notre Seigneur Jésus-Christ même, qui est la maîtresse pierre de l'angle , lui sert de fondement , sur lequel il bâtit avec une profonde humilité l’édifice de toutes les vertus qui ne peut plus aisément tomber ensuite.
Enfin, cet homme demeure sans plainte et sans douleur en toutes choses, parce que recevant tout ce qui lui arrive de la main du Seigneur, il ne murmure contre aucune créature, quelque honteux et quelque indigne traitement qu'il en reçoive; au contraire, quand il serait troublé, banni, battu, percé de coups, et même livré à la mort par les autres, il ne croirait point qu'ils lui eussent fait d'iqjustice, et il ne les accuserait en aucune manière du tort qu'il en au-
INSTITUTIONS DE
mil reça, et linsi il souffrirait la mort sans peine ; car , comme il rei^it tout de la main de i)ieu , il croit que tout lui est utile et avanla(;eui, Dieu ne donnant rien à personne que ce qui lui est convenable , ce qui est une chose aussi certaine qu'il est certain que Dieu est vivant. L'humilité est donc le chemin le plus court , le plus droit et le plus sAr pour arriver sans peine à l'amour de Dieu et à la pcrfn-lion de toutes les vertus.
CHAPITBE XI.
Dp U patience et de la r«a%natioa extérieure dan* toutes sortes d'adversités et de teolalions.
La patience, la résignation, l'obéissance, et toutes autres vertus , sont les Hiles de l'humililé. Or la résignation accompagnée de patience est de deui sortes , l’ une estérieure et l'autre intérieure. Vous pourrez connaître par ces marques si vous possédez la première ; car vous recevrez de la main de Dieu tout-puissant tout ce qui vous arrivera an dehors de vous, comme des épanchemens de la source inflnie de charité qui est dans son cceur paternel, et non pas comme l'ouvrage des créatures , et ainsi vous entrerez bientât dans une union parfaite avec la volonté de Dieu, et serez re^u dans la compagnie de ses amis qu'il a prédestinés. Vous apprendrez que c'est lui qui permet que toutes Icsdisgràces, dont vous êtes combattu , vous arrivent par un effet de sa bienveillance paternelle, et de cette charité suprême qu'il a eue, et qu'il aura encore pour vous, et par laquelle il a Hiit souffrir à son Fils bien-aimé, lorsqu'il vivait dans le monde, tout ce qu'on peut s'imaginer de plus rude et de plus inhumain; car il n'y a point d'autre cause qui l'oblige de permettre les maux qui nous accablent. Ne souffrez donc pas quota grandeur de votre affXction, ni le ressentiment de l'iqiure qu'on vous Fait, vous ravisse le fruit de votre humiliatiou, et ne dites point en vousméme , c'est la méchanceté et l'aveuglement des hommes qui me causent tous ces maux; mais dites plutôt, c'est Dieu par sa miséricorde et par son amour de père qui se sert de ces organes pour me procurer ces grands avantages, et quoique l'utilité que J'en reçois me soit inconnue. elle est très manifeste i celui qui me comble de ces Hiveurs. Cest pourquoi je souffrirai de bon cœur tout ce qui m'arrivera, et je
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n'aurai d'autre soin dans mes afflictions que d'accomplir sa volonté , et quand même il me donnerait la mort |>ar la rigueur de ses instrumens, je ne cesserai jamais d'espérer en la tendresse et en la charité de ce Père qui vit éternellement , et qui est dans une heureuse impuissance de mourir.
Ce sont là les sentimens dont était transporté Job , ce saint exemple de patience , qui n'attribuait point aux voleurs la perte et le pillage de ses biens, mais qui se consolait plutôt en ces termes : v Le Seigneur me les avait donnés et le Seigneur me les a ôtés. Cet accident s'est accompli par l'ordre et le bon plaisir du Seigneur ; que son saint nom soit béni. >
Au reste, il s'en rencontre plusieurs qui, par la bonne constitution de leur nature et de leur tempérament , sont si fort portés au repos et à la modération que la moindre grâce leur fait souffrir avec patience et soumission toutes les adversités qui leur arrivent. Les humeurs dont ils sont composés sont dans une juste proportion , leur sang est d'une qualité propre â leur inspirer une humble résignation , et Irur appétit irascible est dans le calme et dans le repas. Cest pourquoi ils n’ont aucune peine â mener une vie paisible et accommodante avec toutes sortes de personnes. Et véritablement de semblables inclinations sont bonnes et avantageuses, mais ne méritent pas beaucoup devant l)ieu , si elles ne sont parées et enrichies d'une grâce abondante.
Cette sorte de résignation est faible et languissante, mais la résignation de l'homme de bien doit être forte et vigoureuse, afin qu'elle mérite de recevoir pour récompense la vie éternelle. C'est aussi par elle que la raison devenant la maîtresse dompte avec un engagement tout divin les soulagemens d'un appétit irascible ; et quoique le feu de la colère que causent les choses extérieures lui fosse bouillonner le sang, l'eau céleste et rafraîchissante de la grâce doit éteindre cet embrasement, et parce moyen la nature reprend la place et le rang dans lequel Dieu l'avait établie après lui avoir donné l'ètre.
Et certainement cette foculté qu'on appelle irascible est une excellente puissante de l'âme, pourvu qu'elle ait de la vigueur et de la fermeté; car elle est un secours et une aide eonsidérable