‹ Choix d'ouvrages mystiquesChapitre 646 sur 684 · CHAPITRE XXllI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXllI

CocBineit Bow dpTMM faiir ni Dira o« adiooi cnMnirfn,

MM OMW rawuir i hii . ft cknu y arrfler par ufl humble

rmoorciueut ilc tuulea choaea.

Tuutes les fois que noos sommes obligés, par qnelqoe juste raison , de faire l’office de Mari lie , |

et d'étre occupés au deinrs , nous devons promptement rentrer en nous-mêmes, et reprendre l'exercice de Madeleine. R faut empêcher la dissipation extérieure de nos sens ; et il ne Faut garder aucune idée ni aucune image des choses qui flattent secrètement notre nature et notre sensualité , et oû elle prend plaisir à s'arrêter en SC couiTant du voile de quelque excuse frivole. Je conseille â cliacun de quitter au plus tût tous CCS amusemens, et de rentrer au plus profond de son âme , où Dieu est toqjours présent , et lâ d'attendre ses ordres avec une persévérance courageuse, une respectueuse craime et un humble mépris de soi-méme, abaissant continuellement son esprit, et l'arrêtant en Dieu , et observant sa propre nature avec beaucoup de soin et de vigilance; car l'enlcndement et la nature ont toujours mille raisons : c'est pourquoi nous devons tâcher de toutes nos forces d'assujettir le premier au service de Jésus-Christ , de le rabaisser entièrement , de l'aveugler et de le soumettre â Dieu , comme un pauvre ignorant qui ne sait pas même la prière du Seigneur, et ne portons jamais aucun jugement du grand nombre de différentes lumières qui se présentent â notre esprit.

Ne recherchez point en vous-même, par des raisonnemens curieux , A âme fidèle, quelle est la lumière de la grâce , et quelle est celle de la nature, et ne vous reposez qu'en Dieu seul et en Diru inconnu. N'aimez que lui , et ne tendez qu'â lui seul. Cet amour et celte poursuite sont â couvert du mélange de toute erreur. Et quand il y aurait peut-être même quelque excès, ce qui peut arriver, il est facile d’y apporter du remède , si vous persévérez seulement dans cette intention unique et pure. On a bien de ces aortes de croix â porter; mais si dans le grand nombre des faiblesses qui vous environnent , vous avez loin de renouveler vos sainles résolutions et de rentrer souvent et promptement en vous-même, vous découvrirez enfin la vérité. Or ce recueillement et ce retour en soi-mèine se doit faire avec toutes les puissances supérieures et inférieures, avec la nature et sans la nature . et généralement de toutes les forces de l'âme ; et alors il nous proctum une perfection et un avantage qu'il n'est pas possible d'exprimer ; car si on poi>v.iit le réitérer mille fois le jour, on acquerrereit toujours â chaque fois nouvelle pureté , itouvelle

6f8 liSSTlTDTlONS DE

gricc, nouveUe lumière, oouveHe vertu. Que cbacun prenne seulemeol garde de ne pratiquer ce recueiUement quedaos l’unique vue de Dieo, qui est l'olyet de la foi , sans se soucier de tout ce qui se jvésente à lui , ou de hunin'e ou de joie intérieure.

O que si quelqu'un voulait s'abandooner i une laiote folie tant au dedans qu'au dehors de luHnéme , et devenir sourd aux jugrmens des hommes, certes ce serait un avantage incomparable , psrticaliérenient à ceux qui ont l’esprit vif et perçant , qui goûteraient en très peu de temps, par expérience, des douceurs admirables, qu'on ne peut comprendre ni expliquer par des paroles, et ils les ressentiraient bien mieux que ceux qui ont l'esprit plus simple et plus tardif, et qui par conséquent ont plus de peine et sont obligés de travailler davantage.

Il làut outre cela destiner de certaines heures convenables pour toutes les actions que nous avons! faire au dehors, et nous en acquitter lorv quenous ne saurions nous occuper! rien de meilleur. C'est ainsi que nous devons nous employer ! lire, ! écrire et ! travailler des mains, sans nous y arrêter pourtant beaucoup sans nécessité, mais rentrant aussitôt en nous-mêmes et retournant ! Dieu qui est présent au fond de notre !me.

Ntms devons aussi, dans toutes nos actions extérieiH-es , cun.sulter notre nrur pour connaître la volonté de Dieu et ce qu'il noos permet de faire, et il ne làut rien entreprendre sans avoir cherché soigneusement dans nous -mêmes ce qu'il désire; et l'ayant connu , ne manquons pas de l'acoomptir hdèlemont, et ne nous y opposons jamais. O mort , A anéantissement , que tu renformes une vie et une grandeur admirables! .\yons soin aussi de méditer tous les jours sur l'amertume de la pa.ssion du Sauveur, non par une coutume tiède et languissante , mais par un ainonr fervent qui nous plonge dans scs douleurs , qui ne nous fasse chercher que Dieu seul et soupirer après lui de toutes les forces de notre !ine. Si nous ne sentoas point pour lui ces désirs, priuns-lc particulièrement qu'il nous les donne. Si notre amour se refroidit et est prêt ! s'éteindre , il faut le rallumer dans cette fournaise de charité toujours brfilanle dans laquelle vous précipitant , résignez-vous sans feinte et sans déguisement aux ordres de Dieu, etdc-

FRÈRE J. TAULEfi.

maudez-tui instamment qu'il daigne tu|qiléer par son amour au défaut du vôtre. Tout ce qui I vous viendra ensuite de sa part, suit lumière, soit ténèbres, soit per des discours, soit dans le silence, recevez -le avec une même égatifo d'esprit, ayant tuujours ces paroles ! Ia bouche: «Seigneur, que tout ce que vous voulez soit foit et de la façon que vous le vouiec •

Ce que je désire donc mainteiiint de tout mon oeeur, mes chers frères, et ce que je vous amjurc de désirer avec moi , est que je sois le dernier de tons les hommes , et que j’occupe partout le moindre rang et la pbee la pins basse. Que s'il arrive que je sois jamais élevé ! quelque degré on peu éminent, plaise ! Dieu que j’en sois précipité dans le lieu le plus abject et le plan honteux , et que je sois mis au-dess«is des pins vils et des plus méprisabtes. Quoique je soaaaette cedésirménie et celte vohmté, quelque joie et quelque allégresse que je pusse avoir de la voir aocooiplie, et la sacrifiant à la volonté divine, je suis disposé ! aller vohinliers partout od il lui plaira , ne considérant , quand il est question de lui obéirque comme une même chose lagraudenr et faboissement , le bonheur et l’infbrtune , l'honneur et l'ignominie.

C'est pourquoi je souhaite, je prie et j* demande avec ardeur , non pour moi seul , mais pour tous vous autres qui êtes mes amis, que rien ne vous touche et ne vous plaise que Faccomplissement de la volonté divine. J'avoue qu'il me vient souvent des volontés, et des désirs même, de foire de bonnes œuvres et de pratiquer de saints exercices , comme par exemple d’aller en quelque lieu, de foire telle ou telle chose; mais abandonnant , sur l'heure tous ces desseins, je me remets entièrement sous la conduite de Dieu , et je n’ai pas laissé d’accomplir à ses yenx les eflets de la bonne volonté, si tontefois elle est bonne, quoique je demeure au lieu qu’il lui plaît , trouvant en lui tous les lieux également agréables. Ainsi je vous conjure, vous autres qui désirez d’èlre et de passer pour mes amis, de renoncer absolument ! la propriété de vousniémes, de tout ce que vous poæédez et de tout ce que vous pouvez acquérir, et de détacher votre cœur des clioses créées et de rafifection des hommes et des femmes , sinon en tant qu'on y recherche et qu’on y trouve Dieu, il fout nécessairement de deux choses l’une, un quitter

GoOgIc

mSTlTDTlONS DE

la contaniaik bDaturecomimpae, oaabindonner Dieu.

J'aiiBcnU sam doute beaucoop nieu, et roos le devriez faire aasi, Hre inooceat, qnoique noirei, par la caloainie da hoounea du plua énorme a du plus liorrible crime, que d'ètrc coupable devant Dieu de la bute la plua légère. Apprenoaa toi», je voua prie, à n'aimer dana Doua que loi aenl du fboddenolrec(rur,a pour le defaora aoyona bien aisa d'embraaser une bfon de vivre abjecte et méprisée. Mais, bêla! parce que toid te monde a banni rerercke de cette vie humiliée, les amis de Dieu doivent le rétablir par leur léle, le biaant paraître sur leurs babils, dans leur équipage et dans toutes leurs actions , s'efforçant de n'y bire éclater que la vraie humilité et le parbit mépris du monde I Que cbæun s'assujettisse oon-seulcmeat i Dieu , nmis encore à toutes les créatures, et qne personne ne condamne et ne reprenne ce qui n'est point commis à ses soins, de peur que , voulant guérir imprudemment une seule plaie , il n'en fasse dix antres. Qu'il ne juge peranme sur quelque début qae ce soit , mais qu'il croie phi ■ tôt qu'il égaie en vices les pfau imparfaits des hommes ; car s'il s quelque vertn plus que lui, y but qu'il avoue qu'eUe ne hn appartient point et qu’elle ne vient pas de lui , mais de Dieu seul auquel il la doit rapporter, et lui en rendre gréées avec toutes sortes de reconnaistanccs et avec un abaissement re.spectiienx.

Qu'il procure et conserve la paix avec tout le monde autant qu’il lui est posible, et qu'il pardonne 1 tous ceux qui l'ofbiisent comme il désire que Dieu hii pardonne. Qu’il se dégage au dedans et an dehors des créatures mortelles et de toute autre occupation pour ne penser qu'à se cecuedUr en sor-méme. Qu'il laisse aux autres le soin de leurs affaires, et que pour lui il ne travailh: en tant que pour son avancement et .son salut. Qu’il aime nniquemnit Dieu de tout son oœur sans le partager. Qu'il néglige la (nmipe et b magnificence des panées et méprise les curiosités de Tesprit , de peur qu'il ne tombe dans rertenr -, mais qu’il demeure inébranlablement attaché à la vraie bomilité et à la résignation. Qu’il reçoive de h main du Seigneur tout ce qui lui arrive de déplaisir et d’amertume dans sa personne et dans celle des autres, et le souffre sans murmurer, pourl'amuur el la gloire de Dieu,

FRÈRE J. TADLER. «7»

jusqu’au dernier soupir de sa vte. Qu'il ne te défêode point qusmd on l’accuse, si ce n’est peutêtre en peu de paroles et avec beaucoup de simplicité; mais que, se renonçant soi-même, il s'aocoutuine à supporter tous les reproches avec égablé d’esprit.

CH.4PrrRE XXIV.

CooMwal DM drroM Are nnit i J<«u> - Qïrtfl . «l ne nou» colretcoir que ik* rbom du ocl.

« Je connais, (ht l’apétre, un homme enJésus- Cbrist. D Peu de personnes prennent eoromc il but le sens de ces paroles. Certes , il est absolnment nécessaire , si nous venions n’élre qu’une^ même chose avec Jésus-Christ, d'abandonner entièrement toute multiplicité, et tout ce qui porte noa regards vers un autre objet que lui, soit au dedans de nous, soit hors de nous. Tous les esprits bienheureux qui sont dans la gloire soot si inséparablement un» quediacun en parlicniier ressent les mêmes roouvemens de joie et d’allégresse du bonbenr et de fa félicité des autres que delà sienne propre, et leur vohmié est UdlemenC d’accord avec la divine que celui qui est le moindre de tous ne désire et n’ambitionne point b béatitude du plus élevé. Il serait à souhaiter que notre volonté fttt ainsi mie b celle de Dieu ; « car Dien ne met point de diffitrence entre le Juif el le Gentil, s Et il est sans doute (pie si saint Paul, ce vase d'élection , vivait encore, ilauraft peut-être ph» d'affêctiDa et de bmiliarité pour une personne que pour une autre; mais ce plus once moins d'affection et de bmiliarité n'aurait pour règle en toutes choses que Jésus- Christ , et il ne considérerait personne qu'aubnl qu'il serait à Jésus-Christ ou qu'aulant qu'il voudrait le ramener à Jésus-Christ , et non aolrcmcnt. De meme, il ne but pas qu'il y ait rien en nous qui ne soit conforme à la volonté divine ; nous ne devons pas même avoir de Famoor et du désir pour notre propre bonheur éternel qu'en Jésus-Christ, ni vouloir être dans le ciel plus haut ou plus bas, plus prés ou plus loin de Dieu qne le Très-ibut l’a résolu de toute éternité el le veut maintenant; et cette résignation nous doit être si chère et si agréable, que nons ne puissions pas .souhaiter autre chose.

Or il me semble qu'il n'y a rien qui contribue davantage à nous mettre en cet état , que de vivre comme si l'action de tons nos sms était

Digilizec! : j< ;It

BHO I.NSTITI TlüNS DE

«iwprndue; que de nous rrnfmner en nonsnitmes liors du monde et de la chair , que de bannir entièrement de notre esprit les soins et les inquiétudes des choses passagères; que de nous entretenir assidhment avec notre Créateur et avec nous-mêmes ; que d'entendre toqjours parler avec joie des ch<»es invisibles; que d'élever notre esprit au ciel, qui doit être un jour notre possession et notre héritage , afin de ne remplir les facultés de notre iine que d'idées célestes et divines, et la purifier des illusioas terrestres et matérielles , pour la rendre un miroir sans tache qui représente l'image de la Divinité , qui soit sans cesse éclairé de sa lumière, et qui trouve en elle comme un commencement du siècle avenir. Et encore que notre corps soit parmi les choses d'id-bas, notre esprit s'offorcera , par la ferveur et l'assiduité de ses prières, d'ètre admis , comme par quelque sorte de jouissance , dans la compagnie et la familiarité des bienheureux , en sorte que renonçant et méprisant les vanités de la terre, il se porte aux biens solides qui sont dans le ciel.

Il n'y a que celui qui est assez heureux pour godter ces délices et sentir en lui - même l'agréable odeur qu'elles répandent , qui comprenne ceci parfaitement. D'où vient que nous lisons que le Seigneur a dit â saint Augustin ;

< O homme , si vous voulez m'acquérir, abandonnez-vous pour moi, et alors, vous ouvrant les bras, je me rendrai moi-mèhie à vous en échange, et m'arrachant comme i moi - même , je me donnerai effectivement ù vous. >

Une personne éminente en savoir s'informait d'une fille dont la vie était très parfaite , par quelle voie elle était arrivée i une si grande sainteté. Elle lui répondit , avec une obéissance humble et simple, quelle y était parvenue en pratiquant les maximes qui suivent.

• Premièrement, dit-elle, dès lors que je m'apercevais avoir quelque complaisance pour moi , i l'heure même, en quoi que ce pût être, j'y renonçais.

2. Je n'al jamais cherché d'excuse i opposer aux calomnies qu'on inventait contre moi ; ■nais j'ai laissé i la vérité le soin de m'excuser.

3. J'ai toujours chéri la pauvreté et rejeté la coasolatioD des créatures périssables.

A. J'ai toujours refusé les honneurs qu'on m'a voulu rendre , et j'ai pris plaisir à demeurer

FRÈKE J. TAÜLER.

dans le mépris et dans les opprobres qui m'arrivaient.

â. Je n'ai jamais été tdlement accablée de peines, de douleurs et de traverses que je n’en aie souhaité encore de plus grandes, et ne me sois crue itidigne que Dieu me les envoyât avec le don de les supporter.

6. Je ne me suis jamais arrêtée avec satisfaction sur aucune lumière ni sur aucune vérité qui m'ait été infuse de Dieu , et je ne me suis point reposée sur aucun don de sa grâce , mais sur lui seul , qui est le dispensateur de toutes les grâces.

7. Je me tournais et me portais sans cesse avec un amour violent vers le bien souverain et infini , qui est Dieu même.

8. Lorsque je connaissais des personnes qui commettaient quelque chose par leurs pandes ou par leurs ceuvres contre la vérité, les voyant ainsi courir â leur perte et à leur damnation éternelle, je les reprenait de leurs défauts par une pure charité.

9. Depuis que j'ai commencé à marcher dans la voie du salut , je n’ai jamais retourné les yeux vers les créatures inconstantes.

10. J’ai tâché de m'exercer au dedans et au dehors dans toutes les vertus de la manière la plus parfoitc; car je me suit tenu en esprit parmi les anges et les saints, dans le ciel et sur la terre, comme en la compagnie de personnes qui me sont aussi femilières que l’est à un bonnèle homme sa propre Famille.

C’r.st pourquoi toutes les fois que je rentre en moi-même, j’y trouve gravée, l'image de la Trinité dans laquelle je me trouve, comme toutes les créatures, n'ètre ensemble qu'une même chose avec Dieu , et je n’ai pas une moindre connaissance de eeci que de tous les articles de ma foi. >

Après que celte sainte hile eût parlé de la sorte , cet homme savant , qui l'avait interrogée, rendit des actions de grâces et de louanges â Dieu , pour les foveurs dont il l’avait comblée. Alors elle lui dit : « Enseignez-moi , monsieur , comment il faut que je vive. Vous traiterez, lui répliqua-t-il, plus doucement votre corps, ahix qu'il n’appporte aucun empêchement aux fonctions de votre esprit.» Mais celle vierge extrêmement sage lui répartit: lA Dieu ne plaise que j'en use delà sorte, il est bien plus juste

INSTITUTIONS DE

que je suive jutqo'i la mort dans la pauvreté, dans la misère, dans la fiiim, dans la soif, dans le froid , dans le chaud , dans les tourmens et dans les affronts, Jésus-Christ mon Sauveur, qui n’a jamais goûté aucune douceur dans la vie.

Page 1