CHAPITRE XXVI
de* iartrtutigfM de Twier reuteiwé co troii pMol^ Commeot ooiie devooi dou* quitirr Doue-mtniei pour dou» ckMmer parfaileinefU à Diea.
Voici trois points qui comprennent comme ea abrégé tout ce ipii est traité plus au long dans cet ouvrage.
Le premier estque quicwique désire de s'éleverà un degré sabhine de sainteté et d'élre reçu au nombre dea amis particuliers de Dieu, quiconque veut l’aimer de toutes les puissances de son àme et le prochain comme soi-méme, et le goûter véritaUement dès ce mande-ci , il faut qu'il étouffe en son cœur toute la joie cl le plaisir fhlif qu'il pourrait prendre hors de Dieu dans les créatures mortelles qurhes qu'dlcs soient; car on doit rejeter absolument quoi que ce puisse être qui Halte la nature, (t en quoi elle cherche, eUc trouve et se procure à ellemême, soit au dedans ou au dehors, un contentement déréglé dont Dieu n'est point U véritable cause, et dout on peut de plus se passer : et il ne faut point s'étudier à satisfaire en rien du monde noire sensualité. Ce point comprend toutes les choses que l'amour seul du plaisir et non la loi d'uue nécessité légitime nous fait poursuivre.
Le second point est que ceUti qui voudra parvenir dans ce inonde ou dans l'autre à la counaissauce de la vérité souveraine, doit se retrancher les plaisirs même de l'esprit dans toutes les chos<-s pour lesquelles il pourrait avoir niieluHe allachcmenl ou quelque complaisance;
INSTITUTIONS DB FRERE J. TAULER
or «orent pendant qn'on ae quitte au ddiora, on K biase aller au dedans i de certaias plaiain d'esprit qui naiaaent des idées et desoecaputkos de l’entendement qui ae cherche et se contente aoi-mème, et qui æ prenant pourano objet et pour sa fln, ferme la porte de sa connaiasam» à la véritable lumière, en aorte qu'elle ne peut plus répandre en lui ses rayons purs et ériatans , à canse du plaisir qu'il trouve dans ses eiercices, et qu'il cherche avec déréyjlement dans sa propre nature et dans tous ses ouvra(pu , soit lorsqu'il contemple ou qu’il médite, soit en recevant des formes et des images qui l'émeuvent et le Hattent en quelque sorte, ou enfin en a’oocupani même d'objets intelletluela, ou eu foisaut quoi que ce puisse être qui contrihoe de telle sorte au contentement et an repos de l'esprit , qu'il ne prend pas Dieu parement pour son premier objet et pour sa véritable fin, et qu'il ne le cherche ni ne le possède pas lui seul , avec an cour simple, sincère et dégagé de tous autres objets.
Ce dénflment et cette mortification de l'esprit est tans comparaison plus difficile que celle du corps; car les grands exercices de cdui-ci , comme prier beaucoup, se tenir à genoux, jebner , veiller et autres semblables oeuvres de piété, sont douces et agréables aux yeux de l'esprit, parce que c'est la nature qui y préside, qui est ravie de s'en occuper et qui souvent se réserve quelque intérêt dans ces sortes de pratiques avec assez de dérèglement.
Mais dans la mortification de l'esprit, H font dire adieu aux plaisirs, il fout les bannir et les renoncer, et mourir entièrement à la propre complaisance; il fout se dépouiller de toute image, de toute idée, de toute volonté, de toute satlsfoction, de toutes manières d'agir qui accompagnent les bonnes oeuvres de cette nature; en sorte néanmoins qu'on ne pense pas qu’il soit permis d’en négliger aucune.
Cest lâ proprement se mortifier et s'anéantir aoi-mème; c'est là une espèce demort,de délaissement et ifabnégationqui foitque l'homme ne se propose que Dieu seul et nese reposequ'en lui ; H ne s'appuie et ne se fonde en nulle autre chose ni sur nulle autre chose que purement et uniquement sur son néant, afin que Dieu puisse accomplir en lui et avec lui tout ce qui plaît à sa divine volonté, et que Dieu seul veuille, opère.
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Ulumioe, existe en cet homme, qui par cooséquent n'ait plus de volonté , d'action , de lumière ni même d’existence , non pas absolument et à l'égard de sa nature propre, mais en une ccplaine manière en tant qu'il est tout absorbé en Dieu, qu'il n'a de lui-même ni mouvement, ni action , ni désirs , et qu'il ne cherche rien en son particulier ni pour le temps, ni pour l'éteriiité.
Le troisième point est qu'aprte que l'homme a enttèrement brisé tous les liens qui l'attachaient an dehors ou au dedans, et qu'il a appris à ne s'appuyer que sur son propre néant , de la façon que j'ai déjà dit , il est en liberté de s'unir à ce bien pur et sans mélange, qui n'est autre que Dieu infiniment bon et infiniment puissant. Mais cette union doit être en quelque aorte essentielle; car l'esprit se retire tout entier en Dieu et non pas setderaent à l'égard d’une de ses parties; c’est pourquoi il est vrai de dire que cette uuiOD est essentielle, entière, indivisible et parfoite; car l'esprit de son côté ne s'en détache jamais, et Dieu du sien y K'pnnd toujours essentiellement : l’Iiomme en cet état reçoit Dieu d'une façon essentielle, non sous cpKiqnes images on dans des méditations; non. par qiidqne méditation d'esprit ni sons quelle sorte degoôt ou de lumière, mais il le reçoit luiméme d'une manière qui surpasse de beancoup toute raison, tout transport, tout goAt et toute lumière qu'il puisse avoir, ou loi on quelque autre créature. L'homme sc trouve alors comme enveloppé d'un sacré nuage, mais Dieu nilumine lui -même par son essence, hii qui est incffoble et infiniment au-dessus de tous les noms qu'on lui peut donuer et qui ne subsiste proprement et simplement qu'en Iniméme; car l’essence divine considérée en ellemême ne peut être désignée par aucun nom , et si on lui en donne qnelqn'nn, ce n’est que par rapport aux créatures. Par exemple, à cause qu'il est le créateur de toutes choses, nous l’appelons Dieu , et 1rs Allemands l'appellent Goll, qui veut dire bon, comme il l'est effcclivement. Et de ce que la créature a besoin de lui, nous l'appelons miséricordieux , doux, iixlulgent , fovorahle. Mais comme cette même créature, étant sujette aux vices, tombe souvent en des offenses que Dieu punit, nous lui donnons à cet égard le nom de juge et la qualité de vengeur, et ainsi nous lui imposons plusirurt
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autre* neois et attributs qui ne lui conviennent point proprement suivant sa nature, étant en sol sans nom, sans imaqe, sans iorme, sans qualités et dégagé de toutes sortes d'actidens.
Si on connaît Dieu de la sorte , la conversion qui nous attache à lui se peut dire véritable et essentielle . qui toute Ibis se forme en un moment, et ne s'eiprime par aucun discours: et celui qui est parfoit la peut renouveler mille fois durant l'espace d'un jour et d'une nuit, en sorte que par chacune des ces conversions il sera uni essentiellement i Dieu , et méritera la jouissance de la béatitude essentielle. Oh ! que cette conversion est désirable, et que chacun devrait prendre plaisir à se délivrer de tout embarras, et à sortir de sa captivité pour ne tourner les affoctions et les regards de son âme que vers cette aimaMe lumière , afin de recevoir et de sentir le vif éclat de scs rayous, quoiqu'ils ne durent qu'un moment I Les hommes parfaits, et qui par conséquent sont dégagés des choses de la terre, étant une fois entrés dans cette voie n'en sortent plus après, qu'autant que la faiblesse humaine et la révolution des temps les oblige d'interrmnpre pour un moment le cours de cette sptendeur passagère. Mais ils ne s'en aperçoivent pas plus tôt, qu'abandonnant toute autre chose, soudain ils rentrent de nouveau dans l'union de cette essence, et n'occupent toutes les forces de leur esprit qu'à ce seul exercice , n'ayant d'autre attente ni d'autre désir que de Faire toujours place aux épanchemens amoureux de la Divinité, et de préparer à Dieu même une voie dans leur cceur,afin qu'il aceomplisse eu eux son «luvre avec plaisir, que le Père céleste y puisse produire immédiatement son verbe qu’il a engendré de toute éternité , et qu'il puisse exécuter les ordres de sa volonté divine, dans la plus pure, la plus excellente et la plus secrète partie de rame en tout lieu, en tout temps ei en la manière qu'il lui plaît.
A peine l'homnac peut-il arriver à cet état par un chemin plus court que par un a.ssujettissement perpétuel à la volonté de Dieu, par une profonde humilité d'esprit, par un véritable abaissement de soi-méroe , et par une almégation entière et sincère, se plongeant avec connaissance dans son luopre néant , et da ns son origine étemelle, qui n'est autre que Dieu dont la bonté et la grandeur sont infinies, dans lequel il a été
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de toute éternité, en oubliant et soi-méme et tons les hommes, et généralement tout ce qui n'est point Dieu; en se dégageant des idées et de* images de toutes lù choses étrangères, ayant sans relâche Dieu seul pour objet essentiel jusqu’à ce qu'il l'ait tellement attiré et uni à soi , que tout autre objet quel qu’il puisse être, soitd’essence, soit de connaissance, soit de plaisir, lui échappe et lui devienne inconnu , et qu’oifln U ne connaisse que Dieu seul, tant par l'exp^ence que par la raison.Véritablement ceux qui vivent delà sorte sont les plus parfiiils de cette vie, et ils servent plus à l’élise sainte durant l’espace d’une heure, que ne font tous les autres qui vivent autrement pendant plusienrs aoi^; car un seul recueillement en nous-mêmes, et un regard de cette sorte vers Dieu, vaut beaucoup mieux qu'un grand nombre d'oeuvres et d'exercice* qu’on pratique sans être dans cette disposition. C’est dans cette sainte pratique qu'on trouve une paix assurée, et une vie vraiment semblable à celle de Dieu. Et c'est en elle qu'est l'abrégé de tout ce qui est contenu plus au long dans ce livre, tant de ce qui précède, que de ce qui suit. Ce qu’il sera focile de comprendre par ce qui s'est passé dans une certaine apparition que je vais ici rapporter en peu de paroles.
lin homme d’un rare mérite vit en esprit deux femmes d'une probité extraordinaire, et il apprit au même temps par révélation quel était l'état et la perfection de l'une et de l'autre. Elles étaient occupées toutes deux à contempler immédiatement Dieu. Mais il en voyait une s'envoler si haut , qu'à peine pouvait il la remarquer ni la reconnaître, ne paraissant plus à ses yeux que comme un petit rayon qui sort d'un flambeau : pour l'autre , il la vo) ait dans un lieu bien plus bas. Et étant Frappé d'admiration à la vue de ces deux objets, parce qu'il voyait que les yeux de ces deux personnes étaient également tournés vers Dieu , Dieu l'éclaira et lui fit connaître que celle qui s'élevait le plus haut , était arrivée à ce degré de |>erfvction, qu'elle ne s’attribuait pas le moindre de tous les dons quelle recevait de lui (juels qu'ils pussent être; mais qu'aussitôt qu'elle les avait reçus , elle les lui rapportait sincèrement , et que comme elle acceptait les consolations divines sans s'y attacher ni se le.s approprier, aussi recevait-elle immédiatement delà main du .Seigneur toules les souIlTanccs,
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les inoommodiUs, les mépris et tout ce qui lui arrivait de rude et de Adieux, et Aiaant ainsi rejaillir les dons de Dieu sur Dieu même, elles'y élevait aussi par ce moyen, ne souHrant aucun obstacle, ni aucun retardement, par aucune usurpation particulière, et ne s'attachant uniquement qu'a l'essence divine toute simple et toute pure.
Il connut que la cause pour laquelle l'autre demeurait dans une région plus basse , était qu'elle prenait du plaisir et de la satisAction aux dons qu'elle recevait de Dieu , et qu'elle y avait un attachement qui l'empêchait de monter à leur source et de prendre l'essor jusqu'à Dieu. David dit : <t Si mes ennemis ne régnent point dans mon àme, alors je serai pur et exempt de tous les grands crimes ; et il arrivera que les paroles de ma bouche , les désirs et les pensées de mon cœur vous seront agréables. O mon Dieu! vous êtes ma force et mon libérateur ! Bienheureux l'homme que vous instruisez. Seigneur, et auquel vous enseignez votre loi. » Car, ô mon doux Sauveur, vous êtes un amour plein de charmes, sans bornes, ineffable et étemel; et vous conddisez comme par unflux et reflux dans vota» cœur paternel , qui est notre origine éternelle, toutes les âmes qui s'abandonnent à une pauvreté remplie de patience, de souffrances, de résignation et d'humilité. Ainsi soit-il.