‹ Choix d'ouvrages mystiquesChapitre 652 sur 684 · CHAPITRE XXLX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXLX

Ile la tnaaloa du Saigueur et de quelquea aolm eiemetu dapMM.

Jésus-Christ , notre Seigneur, parla au cœur d'nnccertaine personne, de cette sorte: «Premiérciueiit , lui dit-il , lors(|ue vous priez avec ferveur vous me faites de.vendre du plus haut des deux jusqu'à vous, et j'agis dèscc moment avet: autant de Familiarité que fait un ami avec celui qu'il aime.

« 2. lairsquc, dans quelque chose que ce soit , qui regarde ou votre romuKKlilé particulière ou le scnicc du prnrliain, vous sortez de votis-

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même et y renoncez absolument pour l’amonr de moi seul , vons vous rendez semblable i moi en ccqiiejeme suis offert volontairement 1 la mort afin de voua seamrir et de vons fitire entrer dans une réconciliation parfaite avec mon Père céleste.

3. « lawscpie vous me regardez avec les yeux invisibles de votre âme, de même que tous les saints ont fait, vons paraissez devant les miens comme un bel arbre qui est couvert de (leurs au printemps.

d.sIiOrsquc me rendant qrâcesdecequcjesuis sorti d’une façon admirable du sein de mon père , pour souffrir un exil très honteux sur la terre, et une mort très iqnuminiriise sur la croix , vous vous représentez une iroaqe aussi vive de moiméme que si vous me voyiez présentement dans cet état,et(|ue vous voudriez non-seulement partager ces tourmens avec moi , mais souffrir encore tous ceux que mes amis ont endurés, sachez que j'habite dès ce moment en vous, comme fait un roi puissant dans son [>alals, qui entretenant la paix de son royaume par l'équité de ses jugiemens, délivre ses sujets de tous les troubles et de tons les désordres que cause la ipierre.

6. « lorsque éloignant de vons toutes sortes d'empéchcmrns, et mettant en oubli toutes les créatures mobiles et passagères, vous vous élevez de toute l'étendue de vos forces, et vous vous envolez au-dessusdu temps jusqu'à moi par vos ravissemens et vos transports, vous me faites tellement perdre le souvenir de ma grandeur et de ma majesté, que vous m'obligez i descendre dans votre âme, oA étant engendré par mon |ière d'une manière ineffoblc,, je vous adopte tout ensemble pour mon fils, et du milieu de votre cœur ma providence dispose, conduit et gouverne le ciel et la terre. •

Un auge de lumière avait accoutumé d'apparallre â un ami de Dieu, et dans les entrctiins que ce saint homme eût avec lui, il lui demanda, entre autres chose.s, quel était le moyen le plus parfait et le plus infiiilliblc pour arriver â la fm dernière. Cet Esprit saint lui répondit que c’était de porter partout en soi-méme, avec un amour et une reconnaissance extrême, le souvenir de la passion du Sauveur, et d’avoir soin de l'exprimer par .sa vie cl par ses mœurs, soit dans l'intérieur, soit dans l’cxlérieur, ronsidé-

KRÈRE J. TAIT.KR. OIM

rant avec attention en quoi on commet plus de foutes, en quoi on ne se amforme pas â la vie du Seigneur, et en quoi un est susceptible de haine ou d'amour, afin de mourir à ces imperfections par un sentiment de tendresse et de rceonnaissance par la mort adorable de son Sauveur. Et parce qu’il n'y a point de nécessité présente qui oblige le fidèle â dnnnrr publiquement sa vie |)Our Jésu.s^lhri.st , comme noua appre. Dons que les saints martyrs l'ont fait par Texcès de l'amour qu'ils portaient â Dieu, il faut au moins rpi’il renonce, tant au dehors que dans le fond de son co’ur, â sa volonté et à sa propre satisfoction ; car c'est ce que Dieu demande particulièrement de nous et ce qui lui est le plus agréable. Et il n'y a point de doute que la mi.séricnrde du Sauveur ne conduise ceux qui ' tiendront cette mute, à ses voies les plus courtes et les plus cachées, et aux communications les plus secrètes, les plus fomilières, les plus douces et les plu.s intimes de sa Divinité; mais il n'y a personne qui puisse s'y appliquer sfirement, personne qui puisse aspirer au repos de la contemplation, s'il ne passe par cette voie, c'est-à-dire par la mortification de son corps et de son esprit , de son intérieur et de son extérieur. Enfin relui qui se quille et qui s'abandonne plus vérilablnnmt et plus parfoilement dans ce châtiment volontaire qu’il exerce sur .soi-méme, voit paraître en son âme avec plus d'éclat la vérité éternelle, qui le conduit dans une obscurité secrète , dans un silrm-e tranquille et dans l'ablmc profond de la Divinité, où il trouve un repos solide.

CIIAIMTRE XXX.

Dr ta diatlnctioa dra puiMancrtrierAuicn df Inir t|ipttralk>n à Dica , al opnimaoi cbaean doit auifra w vaeaiioo.

Il font, avant toutes choses, que chacun I examinr .sa vocation cl considère solipicusement I quelles occupations et quelles pratiques font naître en lui un plus fervent amonr de la Divi. nilé , et l'unissent à Dieu de plus prés et avre plus de force, afin d'embras.ser ces exercices I préféraldemenl â Ions les autres. Que s'ils consistent .seidcnicnt dans l'action , dans des idées et des images qn'il se représente des choses divines , il doit .savoir que ce n'est pas le moyen le plus propre pour arriver à oet état sublin.c qui est au-dessus des fintdmes et des images.

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re rqxK tranquille et cette union secrète où Dieu proinel d'élever ses élus, et de leur parler au cœur. Ce second état est beaucoup plus eirelient que le premier ; mais si l'on se sent trop faible pour y pan'enir, il faut s'appliquer ù l'autre avec intention pure et sincère, puisque le Seijpieur nous dit : «Il y a beaucoup de demeures différentes dans la maison de mon Père. »

Saint Denis, cet homme tout divin , nous apprend que l'homme est composé de quatre parties, qu’il est à pro|)Os de bien considérer, si l'on veut parvenir à l'état de vie le plus parfait. Iji première et la moins noble est l'homme extérieur. qui comprend un 5rand nombre de sens , d'organes et de puissances sensitives , qui ont toutes chacune leurs propriétés et leurs fonctions. La seconde, qui surpasse la première en excellence, estl'ime même, revêtue de ses facultés différentes et de ses opérations. lai troisième, qui est au-dessus des deux autres et qui est indépendante du temps, est l'intelligence. Et la quatrième, qui vaut mieux que toutes les autres précédentes, est l'unité de l'homme avec Dieu , qui eonsiste dans une ressemblance parfaite et dans une proximité incompréhensible et ineffable de l'ùme avec le .Seigneur, où ceux qui veulent arriver doivent en quelque sorte transformer leurs autres parties et châtier tellement leur corps , qu'il passe pour ainsi dire à la nature de l'ùiiic , l'àme a celle de l'intelligence , et rintelligence à celle de l'unité avec Dieu. Nous allons maintenant apprendre de quelle manière se peut faire ce changement.

Il faut donc en premier lieu que chacun examine .son homme extérieur, comme l’Écriture l'appelle , c'est-à-dire qu'il sonde et reconnaisse ses inclinalHms, ses habitudes, ses déportemens, ses paroles , scs actions , sa conversation, sa contenance, pour voir si toutes ces choses sont domptées et réduites dans les liens et dans la captivité, cuminr l'apùlre l'ordonne lorsqu'il dit : «Qu'on n'entende pas seulement parmi vous parler de fornication, d'impnrrté, d'avarice, d'actions déshomiétes, de bouffonnerie, etc., tomme on n'en doit point ouïr parler | parmi les saints; » car c'est ainsi que le corps, avec toutes ses puis-sances, ses sens et ses finntions, deviendra spirituel autant qu'il le peut être dans toutes ses actious extérieures, qu'il

acquerra les propriétés de l’esprit, et qu’il paraîtra être plus res étu de cesqualités que deeelles de la chair : comme nous lisons dans saint Dominique que son corps était souvent élevé dans l'air, comme si la chair eût dit : « Je ne me souviens plus du fordeau ni du poids de ma nature, je jouis des avantages des esprits.» Nous apprenons encore touchant ce même saint , que revenant tard au monastère, lorsque toutes les portes étaient fermées et les religiexix peut-être endormis, il passa lui et son compagnuo au travers des portes ; il fallait bien sans doute que la pesanteur de son corps eût acquis dans cette occasion la subtilité et la pénétration des esprits.

la seconde partie de l'homme que j'ai appelée àme ou esprit , peut être subdivisée en deux autres; la première, qu'on nomme la partie supérieure de l’àme, est une substance simple et pure , à qui on donne aussi simplement le nom d'esprit, lequel se porte toujours en haut par son action; et la seconde, qu’on appelle la partie inférieure et qui retient aussi promptement le nom d’àme, regarde le corps. C'est suivant cette partie que l'àmeagit sur les choses matérielles, qu'elle communique la vie et le mouvement au corps, qu'elle l'éclaire, qu'elle rend ses sens raisonnables , qu’elle a une prtidencr chamelle , qu'elle agit et travaille sur sa fantaisie et qu'elle met en lui le discernement des choses extérieures ; mais la partie supérieure surpasse de beaucoup celle-ci , elle ne tourne jamais les yeux sur les objels Icrreslres; et comme elle est nne pure substance, elle lève toujours ses regards vers les choses d'en haut. Elle n'a besoin ni de lieu ni de temps, ni d'organe corporel pour agir. C’est un être tout spirituel et dégagé de tonte matière qui s'occupe de l'intelligence.

Pour la partie inférieure de l'âme, qui reg.nrdant en bas flatte et care,sse la nature par les images et les fantômes des choses sensibles , et par les charmes des créatures, elle devrait enl iêrement se porter de toute l'étenduede scs forces vers rintelligence et vers la partie supérieure, où elle n'aurait de goût ni de connaissance que I pour les biens spirituels, célestes et étemels; eu sorte que tout son entretien serait comme celui de saint Paul dans le ciel, et qu'elle pourrait dire hardiment comme cet a[iôtre; « Ce n'est plus moi (|ui vis, mais c'est Jésus-Christ qui vit

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rn moi. > Certes , lorsque la partie inférieure de notre âme s'élève ainsi jusqu'à la supérieure, c'est-à-dire jusqu'à l'intelUgence, nous nous rendons iudéprndans du temps, et nous ressentons une pureté et une simplicité qui n'est propre qu'aux purs esprits.

Mais la ressemblance et l'unité avec Dieu surpasse beaucoup , comme j'ai déjà dit , toutes ces clioees. ly'intclligenec doit se retirer dans cette sublimité suressentielle, .si on peut parler de la sorte; elle doit obscurcir sa lumière, suspendre son action, y renoncer et se plonger tout entière comme si elle était aveugle et muette dans la vaste obscurité de l'immensité divine où l'entendement devient muet lui-mème, la raison ne pouvant comprendre ni les paroles expliquer ce que l'on sent en cet état, parce qu'on n'en peut former de portrait ni d'idée, ni trouver de termes pour l'exprimer. Toutes les fois que , par une faveur singulière de Dieu , l'bomme s'élève à cette extase , il affranchit la plus noble partie de soi -même des liens du siècle et du temps , et jouit en quelque sorte du bonheur de l'éternité , c'est-à-dire qu’il ressent alors un avant- goût de la vie étemelle, et qu'il voit l'accomplissement de cette sentence du buveur : « Demandez , afin que votre joie toit pleine et entière ; » car la joie de ces sortes de personnes, selon saint Bernard , est entière , quoiqu'elle ne soit paf absolument parfaite. Cette perfection est un bien que l'on n'espère que dans la vie étemelle, où la joie demeure constante, invariable et sans inlerruption , comme dans un certain point immobile de l'éternité, an lieu que le temps où nous sommes ici n'est que comme un point qui coule et qui passe continuelleroent. Or celui qui emploie dans le temps toutes les forces et les actions de sou esprit pour arriver à ce point fixe et arrêté , possédera Dieu dans l'éternité d'une façon sans doute plus simple, plus véritable et plus élevée, et qui l'unira plus intimement à la Divinité. Enfin, quoique cette élévation soit simple, et qu'on puisse dire qu'elle est comme un épanchement en Dieu , elle a pourtant plusieurs degré.s différens qui se surpas.sent les uns les autres en excellence, eu sorte que celui qui y monte avec plus de zèle , d'ardeur et de sincérité, s'approche le plus près de Dieu, pourvu qu'il ail quitté tout sentiment d'amour-propre, et qu'il n'ait que

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Dieu seul pour fin dans toute sa conduite. Au reste , ou ne peut pas avancer plus sûrement dans cette voie que par la méditation du Sauveur et par l'eolrcBiise de sa passion , qui passe tout mérite , c'esl-é-dire qu'on ne peut aller au Père que par la foveur du Fils.

Les théologiens disent quedans les personnes divines le Père est le principe et l'origine, parce que le Verbe étemel sort de lui comme une lumière, et le Saint-Esprit en procède; et ces trois clartés, s'il est permis de parler de la sorte, brillent et subsistent dans la simple et unique essence divine. Or, il fout queceluiqni veut recevoir les rayons de cette divine lumière , obscurcisse en lui toute autre lumière que, celui qui désire la regarder soit aveugle pour tout autre objet, car Dieu étant une essence pure et indépendante, il faut que l'esprit qui vent s'unir à lui soit pur et indépendant, eSque s'il veut pénétrer les secrets et les mystères de ta sainteté infinie , il soit dégagé de tout ce qui peut entretenir sa sensualité. C'est ce qui foit dire à saint Denis , écrivant à Timothée son coévèque : c Puisque noua ne pouvons pas maintenant , mon très cher ami , entendre les paroles charitaUes et pleines de consolation de Paul , notre instituteur hien-aiiné , méprisons toutes choses pour nous approcher sinoèreroent de Dieu. même, mais nous ne le pourrons foire qu'en fermant les yeux à tout autre objet , et recueillant intérieurement tous nos sens ; sC'est ainsi que nous arriverons à cette unité qui surpasse toute connaissance, à l'exemple du dévot Hiérotée qui , en recevant les impressions de Dieu, acquit l'mtelligcoce des divins mystères que noos ne pouvons pas acquérir par la seule force de notre esprit.

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