CHAPITRE XXXI
Uiraiioas pour triqucUcs U Ciul siraer ta eooemte.
Il y a sept raisons qui ont oMigé Jésos-CbrisI, notre rédempteur , à souffrir avec bonté auprès de lui le perfideJudas,quiélajt son plus grand ennemi.
La première a été , afin que l'ayant continuel lement devant ses yeux , il renouvelât et rafnilchlt sans cesse l'image des souffrances et des douleurs qui lui étaient préparées : car encore ipie sa sagesse divine < t étertielle sçùt avant le temps tous les totumens qu'il devait endurer ,
n:)i i.NSriTL'TIOAS DE
Il vuuhiit nÿaninoim ifie li Mturc humainr dont il «'était rcTétu , cii rcnoontrtt partout la vhre iinafp;, pour 1rs ressentir par avance.
I.a Tiecondr , afin que ce ipi'il enaei|piail par set paroles , de l'smour que nous devons porter à nos ennemis , fin conftnnc par son eiemplc.
La troMltme, afin qu'il nous apprit qn'il n'y a ancoue occasion où nous devions éviter de fiiire (laraltre la dasrilé dans nos opuvres.
ij quatrième, afin que tout le nnndc, qoi est Iris porté par sa corruption ù la perte des fi;eiis de bien , fût détourné, par cette conduite , de détruire et d'raterniiner les bons avec les niécbans, lorsqu'il verrait renaître des iniitateurs de Judas, dont le Sauveur n'ignorait pas que le Duinbre devait être très graud.
I,a cinquième , afin que s'il se rencontre d'avculura parmi une troupe de véritables amis , quelque perfide comme Judas, qu'ils ne perdent point pour cela l'espérance et ne tombent point dans le découragement , mais qu'ils le supportent avec la même bonté que JésusObrisl suppnrla Judas.
La siiième, aftu qu'étant venu dans oe monde par l'amour qu'il a eu de toute élemité pour les hotrones, et y accomplissant l'tnivre de sa charité et de sa miséricurdc infinie , il en donnât des marques dans celui qui le trabissait , lui faisant beaucuiip de fatrur, cuiume à ses amis et à sesélus,da peur de lui duunersitjcl deaimmeltre l'attentat abominable qu'il avait ctnvu dans son ctrur par la malice de sa votonlé ; car le Sauveur avait prévu, avant tous les temps, qu'il le livrerait à la uncl.
I,a septièoiea été, qu'enourc qu’il sçùl detoule étémité que Judas le Irabirall. et <|u'il commettrait par sa propre iiiéeliancelé un crime si énorme, il ne l'a pas clioisi néanmoins pour le pou.s.srr i comnicllrc ce crime; car autremciil il en serait lui-méme la cause, ce qu'on ne peut croire sans offense, puisqu'au conlraire , Judas en était la cau.se et le principe. Mais il l'a supporté avec leudresse aussi bien que ses élus, afin que sa bonlé au lieu de le jeter dans le désespoir lui donnât de l’encuoragcmenl cl de l'espérance , comme un le connaît cl.-iireinent par les paroles qu'il proféra la uuit qu'il fut arrêté, en disant k Judas ; «Munami, qu'étcs-vuus venu faire ici ?> et lâcbaul par ce discours, qu'il lirait du Fond de la rturité toujours fidèle, de le fairr rrnlrrr en
FRERE J. TAULER
mi-méme , et esptHrr en sa miséruvirtlc divme.
Certes, cet excès d'smour de Jésus -Christ nntts«iseigne,nonpardes diseuurs, mais par la vérité et par les (ruvres, que nous devons avoir les mêmes entrailles de cliarilé envers nos amis, et nus ennemis; et voici encore d'aulres raisons qui nous y obligent :
I . Parce qne nos ennemis sont auni bien que nos amis lavés dans les eaux sacrées du baptême, et qne |)ar eonséquent un doit respecter en eux la dignilé de la foi.
3. Que nous sommes tons les enfons d'un même Père qui nous a loua créés.
3. (^e noos sommes tous farmés â la resMmblance de la très auguste Trinité.
4. Que noos sommes tous représentés dans l'idée fixe et permanente de la sagesse divine.
â. Que le Seigneur qui nous a créés brûle sans cesse pour noos tous du feu de suo amonr.
II. Que dans rcmbrasemcnl de sa charité éternelle, il nous a témoigné à tous une égale aHéo tiup , en se revètanl de la oature humaine.
7. Que cette même affcclioa lui a fait accepter de bon cœur pour nous mutes les amett unies de la mort.
8. Qu'il y a sujel d’espérer, et de supposer même , que nos ennemis sont déjà ou seront nn jour, par la grâce de Uieu , dana la disposition requise pour participer au mérile infioi de la mon précieuse de Jésus -Christ, et â son lulri- Uge éternel.
9. Que le fils de Dieu même, et tous ses amis nous ont bissé un grand nombre d'iUustrea exemples de cet amour.
10. Que le Seigneur qui nous a rachetés . a daigné nous commander cet amour, et nous l'a enseigné par lui-méme.
1 1 . Que nous devons craiiulre que l'amour que nous ponons â nos amis, ne suit un instinct de la nature, au lieu que nous pouvons croire avec assurance que U cliarilé que nous avons pour nos euucmis , et les services que nous leur rendons, sont des rffels de b grâce.
13. Que celui qui commet une iiyure contre son Crèalcur uffeuse et méprise pareillement luiiteslcscrcaturc.s; d'oi'i il s'ensuil, quelursque nous làiauu.s |iar une maliie vuloiilairc , comme il arriic souvent, quelque uutrage à cct auteur de noire être , uiiu.s (levons avant toutes clioses , avoir de l'avrrsiuu pour nous-uiètiics , et regar-
INSTITUTIOINS DE
der ensuite avec humilité nos enaemis , comme un cbàtimcnt légitime qui nous est envoyé de la )>art de Dieu , et que nous nous sommes justement attiré par nos iniquités.
13. Qu'encore que nous ne nous sentions coupables d’aucun péché nous devons néanmoins , par un abaissement véritable, être dans la crainte et dans l'appréhension que peut-être Dieu n'en conna issc en nous, et avoir soin dans cette pensée de recevoir de bon cceur la persécutiom de nos ennemis, telle qu'elle puisse être, comme une punition très éiiuitable que Dieu exerce sur nous , et comme un témoignage de sa charité.
14. Qu'encore que nous crussions être dans riimocciKc devant Dieu, nous recevrons la haine de uos ennemis comme un fléau qu'il nous envoie pour nous chétier par un effet de l'amour inflni qu'il nous porte, étant eertains qu'il veut par-li réveiller notre prudence afln que veillant sans cesse i la garde de nous-mêmes avec humilité, circonspection et tremblement, nous méritions de ne pas éprouver la vengeance de sa juste colère.
là. Que nous ne pouvons point gagner nus ennemis d’une fj(;un plus sainte, qui leur soit plus avantageuse, qui nous soit plus utile, et qui suit plus glorieuse à Dieu, que par la ferveur d'une cliarilé toute divine.
1 6. Que nous ne |h>uvuus point les apaiser plus vérilaljlemcnt , ni mettre mieux notre liomme cxlérieur en repos, ni acquérir une plus profonde |>aix de l'esprit , ni unir notre âme plus fortement à Dieu , que par les nœuds de cet amour divin qui nous fait chérir nos ennemis comme nos amis.
17. Qu'il est delà nature de l'amour divin d'aimer, et que par conséquent, si vous lui demandez pourquoi il aime, il vous répondra ; ■ Je suis l'amour; » et si vous couliouez de lui demander pourquoi il aime même son ennemi, il vous dira : <ij'embras.sc dans l'étendue démon affection mes amis et mes ennemis, parce que je suis l'amour divin , qui trouve en moi-même de quoi aimer tout ce que j'aime dans toutes les choses que j’aime, et je les aime parce que je ne puis pas m'empêcher de les aimer, a
Une vierge qui avait mené une sainte vie, étant interrcq;ée au moment de sa mort à quels exercices elle s'était occupée, elle répondit ipi'ellc s'élail particiüiêrcmeut appliquée à qua-
FHÈRE J. TAULER. 01)0
tre choses qui lui avaient donné devant Dieu tout le crédit qu'elle avait souhaité. • La première, dit-eile, est que je Uchais de oomblô' de quelque bienfait ceux qui me causaient quelque itxjure ou quelque déplaisir, ce que je u’eusse pas fait sans doute s'ils ne m’avaient auparavant offensée. La seconde, j’ai aimé tout le monde avant moi-même. La troisième, mes plaintes n’ont jamais découvert mes afflictions qu'à Dieu seul qui me soutenait aussitôt par ses consolations. La quatrième, j'ai toujours en le cœur libéral, et je donnais au moins de volonté quand je ne le pouvais faire autrement. ■