CHAPITRE XXXVI
Commeiit on prat ooonalln il nouv TolooU «t eatUicnicttl détruite et ir«i»niufe eo celle de Dieu.
Comme dans les chapitres précédens nous avons amplement traité de la parfaite résignation et du renoncement de la volonté propre , qui sont les véritables voies qui eonduisent à la perfection et à la sainteté, nous nous contenterons d'y ajouter ici quelques points, par lesquels cbacun pourra focilemeut connaître si sa volonté
INSTITUTIONS DE CM entièraneot détruite et transmuée en celle de Dieu.
1. S'il ne vent consentir à aucnn péché , soit grand, soit petit ; mais si en les évitant et y résistant sans cesse , il en détourne sa voimilé ; car tout homme qui vit selon sa volonté propre , ne peut pas être sans péché.
2. S'il se trouve disposé à pratiquer toutes les vertus auxquelles il est obligé , et que Dieu demande de lui ; car nul ne peut avoir cette disposition par soi-méme.
3. Si. n'ayant aucune aj^réhension des tourmens ni de la mort , il est prêt i endurer tontes < choses pour l'amour de Dieu.
4. S'il renonce et abandonne tontes les choses, soit corporelles , soit spirituelles , qui peuvent empêcher en quelque sorte son nnion avec Dieu, puisque c'est Dieu même qui est le plus excellent ouvrage qui y opère, en lui ôtant l'attachement à toutes choses.
5. Si sa volonté est confbrme i la volonté divine, s'il a continuellement pour objet et pour ftn dans tontcequiluiarrive, l'honueuret la gloire de Dieu, n'ayant d’aRéction ni d'attachement que pour ce qui est le meilleur et le plus propre 4 honorer son Créateur; car lorsque quelqu’un est poussé d'un tel désir qu'il ne souhaite rien antre chose que de voir triompher partout la gloire et la volonté de Dieu, et de voir détruire et fouler aux pieds la sienne propre, déjà son âme est remplie de la lumière et de la clarté des bienheureux. En vérité, il est bien aisé dé dire: Je souhaite et je désire que la giottre de Dieu s’aooompliase en moi et en toutes les créatures ; mais ne travailler que pour cela par des exercices continuels, et le mettre en pratique, c'est ce qui est très difficile , et il n'y a que les pariàits qui en soient capables, lesquels étant entièrement morts à eux-mêmes, demeurent tottjouis dans toutes sortes d'événemens, soit dans la prospérité ou dans l'adversité, dans l'indigehce ou dans les richesses , dans la vie ou dans la mort , coutens et immobiles dans l'essence immuable de la vérité.
6. Si, persistant ainsi dans cette vérité essentielle , il se relire sans cesse dans la volonté cacliée, céleste et inconnue de sou Dieu , et s'y dépouille trllement de la sienne propre qu'il n'en ail plus du tout , autant qu'il lui est passible de n'eu point avoir , en sorte que daus ce dénô-
FRÈRE J. TAUI.ER. 70.5
ment il ne veuille ni le bien ni le mal , ni quoi que ce puisse être au monde ; alors le néant devient l'objet de la volonté humaine, qui ne connaissant point la volonté divine qui est toute simple, et n'exerçant aucun vouloir propre, laisse à Dieu de foire en elle ce qu'il veut. Et c'est IJ l'union suprême de la volonté humaine avec la divine, et comme l'anéantissement de l'une dans l'autre.
Or la seule cause principale de tous ces cffrls n'est autre que la passion de Jésus-Christ, dans laquelle celui qui entre se lave et se purifie de tout ce qui est hors de Dieu. Il s'attache et s'unit d'une foçon parfaite et accomplie à ce souverain être dansce trésor inestimable qui est caché dans les soufféanccs du .Sauveur, et monte ainsi au plus haut degré de la perfection , oô il peut aisément obtenir tout ce qu'il demande J Dieu; car il répond en toutes choses àce que Dieu exige de lui : et c'est ce qui fait que Dieu réciproquement ne peut rien rchiser à scs demandes, puisqu'il ne refuse jamais rien à celui qui accomplit parfaitement ses ordres ; et que lorsque la capacité du corur est remplie de bonne volonté, la main do Créateur tout-puissant ne s'épuise jamais en la comblant de ses dons et de ses grâces.