CHAPITRE XXXVII
Combien Im «mb leerHi de Dim «ont utiiee dane ce monde; le moyea de les rvroanattre.
Tous ceux qui sont devenus tels que je viens de dire , quoique cachés et inconnus au monde , sont les véritables amis de Dieu , qui par la ferveur de leurs prières appuient et soutiennent la religion chrétienne. Ils sont touchés d'nne si grande compassion envers tous les pécheurs, qu'ils seraient tout prêts J endurer la mort pour eux, s'ils pouvaient, par ce moyen, les ramener à Dieu. Et pour quel sqjet croyez-vous que ce juste juge tolère si long-temps les pécheurs , et n'en tire pas vengeance sur-le-champ, si ce n'est que ces itersonnes .saintes étant tniijours attachées en esprit aux plaies du Sauveur, y puisent une grâce abondante qui , leur .servant pour remonter à Dieu , elles le fléchissent â l'égard des pécheurs? Or comme la grâce les fait prier et les rend obéissans ru tout aux ordres de Dieu, elles l'obligent au.ssi, pour ain.si dire, à leur tour, de les exaucer et de rondesrrndre à leur volonté. Et parce que dans rAnden- fes-
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lameiit. sous la rigueur Oc la lui, la grâce ne di'coulait pas avec une si grande abondance des plaies de Jésus-Clirist que dans la loi nouvelle , la vengeance divine ne manquait point de pour* suivre les criminels immédiatement après leur crime ; mais maintenant , dans la nouvelle alliance , il coule un ruisseau parfait de la grâce de Jésus-Cbrist , qui , arrosant tous les ctrurs purs , et les obligeant par amour de s'attadier â leur Créateur, engage Dieu réciproquement â faire la même chose à l'égard de la créature.
O que si quelqu'un était éclairé d'une assez grande sagesse pour pouvoir connaître ces hommes parfaits dont nous parlons , ces secrets amis de Dieu, et entrer dans leur familiarité, ils ne manqueraient pas d'accomplir aussitôt tout ce qu'ils souhaiteraient de lui, et même tout ce qu'ils lui commanderaient; en quoi certes il ferait très sagement, puisqu’ils obtiennent sans peine tout ce qu'ils demandent à Dieu ! Mais il n'y a que ceux qui leur ressemblent qui les puissent bien connaître, parce que leur sainteté est comme un or caché dans le sein de la terre qui ne parait point , et que ceux dont le cœur est accablé du poids des choses de ce monde ne «auraient découvrir. Tous leurs trésors sont renfermés dans le fond de leur âme, les yeux charnels ne les sauraient apercevoir, leur sainteté est an-dessus des fantômes et des images ; c'est pourquoi ils sont inconnaissables â «eux qui ne voient les choses que par ces «ortes d'images. Ils ont pris dans les plaies de Jésus-Christ tout ce qu'ils possèdent , et ceux qni n'ont pas puisé dans les mêmes sources ne peuveitt pas comprendre leur vie ; ils conservent tout ce qu'ils ont dans un certain repos paisible rt tranquille, sans qu'il sorte de leur bouche une seule parole d'emportement, d’oO il arrive •pie ceux qui sont travaillés d'inquiétudes et de pensées impures ne les connaissent point; ils ne sont attachés à aucune dévotion , ni â aucune pratique trop parlicniiêre; c'est pourquoi ils sont inconnus'à ceux qui se plaisent â ces particularités : et c'est ce qui fait que ces personnes qui sont très pieuses selon la vérité , passent pour méprisables aux yeux dn inonde, parce qu’on ne peut pas aimer ce qu'on ne connaît point. Enfin leurs exercices sont au-dessus de tonies sortes de discours , et ceux qui veulent juger de leur vie par leurs paroles se trompent souvent.
FRERE J. TADLBR.
Il n’appartient qu'â une grande sagesse de pénétrer ces personnes , et cette vartu ne s'apprend point dans les collèges de Paris, mais dans la passion dn Sauveur, où tous ceux qui font réflexion se rendent savansdans ta sagesse divine.
Mais quoique ces amis de Dieu soient inconnus et méprisables au monde, ils ne laissent pourtant pas de connaître, de savoir les vices qui le dominent et le jugement effroyable dont il est menacé s'il ne sort de ses désordres, et c'est là le sujet de leur plus sensible compaaskni ; c'est ce qui les tourmente le pins, c'est leur affliction et leur croix la plus fâcbeuse; surtout, ils ne s'arrêtent et ne pensent qu'à un certain moaumt qni est toujours présent, sans s'inquiéter par des soins immodérés pour le passé ni pour l'avoiir; mais ils adorent Dieu dans les moindres choses comme dans les plus grandes. Enfin, ils n’agis.sent point comme étant assnjettis au joug de la loi ; car ce que les antres font à regret, comme y étant forcés par l’obéissance qu'ils doivent à l'Eglise sainte, ceux-ci l'exécutent par un sentiment d'amour et par une résignation volontaire, avec beaucoup plus d'bumiUté et d'abaissement; mais c'est à quoi on n'arrive guère qu'après avoir consumé toutes ses forces, parce que le long exercice de la mm^ tification atténue le corps et le dessèche jusque dans la moelle des os.
Ceux donc qui arrivent à cet état de langueur observent les coutumes et Ita pratiques de l’Eglise , plus ou moins à proportion de leurs forces. Toute leur action consiste dans l'assiyettissement, et ils ne font autre chose que de conserver leur volonlé libre, dégagée et tout appliquée à obsen’cr ce que Dieu demande d'eux. Ils entrent de vrai en société avec les autres hommes; mais c’est sans en graver l’imâge dans leur esprit pour s'occuper d'elle. Ils les aiment, mais sansa voir pour eux d'attachement ni d'affection. Ils compatissent à leur misère, mais sans .s'abandonner eux-mêmes au chagrin ni à l'inquiétude. Ils se confessent des défauts qu'ils remarquent dans leur charité, et cette confession est bien plus noble que celle qu'on fait des fautes ordinaires. Pendant qu'ils prient, ils tiennent tous leurs sens dans le recueillement; car • Dieu est esprit • rt ils prennent bien iranle de ne point mettre de séparation entre eux et lui , en se cherclunt eux - mêmes en quelque
iT
diüse que ce putsie èlre. Alors une certaine lumière ae répandant dans la partie supérieure de leur âme, leur fait connaître que Dieu leur tient lieu d'essence, de vie et d'action, et qu'ils ne sont rien autre chose que ses adorateurs. Ils mangent, ils boivent et dorment eitérieurement ; mais leur esprit ne s'occupe point i ces actions animales, et leur sommeil, leur boire et leur manger se rapporte à la gloire de Dieu , qui est leur tin, en cela aussi bien qu'en toute autre cliosc. Us ne pratiquent pas beaucoup d'exerdees extérieurs, et parlent très peu, et tout ce qu'ils font, ils le font dans une grande simplicité; ils gardent l'honnêteté dans la conversation , et un peut dire que tout ce qu'Us font vient d'eux sans eux. Leurs sens sont exempts de troubles. Us ne vivent pas tous d'une même manière, mais leur conduite extérieure est diflércnte suivant la diversité des circonstances et des événemens; le fond de leur âme, leur intérieur et le centre de leur esprit, pour ainsi dire demeure pourtant toiyours le même. Lorsqu'ils s'arrêtent à eux-mémes Us y trouvent des opinions incertaines et des pensées douteuses; mais sitôt qu'Us retournent à Dieu , tous leurs doutes s'évanouissent, |>arce que dit lors ils connaissent avec certitude la vérité même, et ne s'attribuent la propriété d'aucune chose. Mais c'en est assez dit; aussi bien ce n'est pas par la multiplicité des paroles qu'on arrive A cet état, mais par une vie sincère, une humilité profonde et nne ardente charité.
Enbn , comme ils n'ont rien qui les empêche de se recueiUir en Dieu A toute heure, ils conservent aussi toqjoura une union libre et entière avec Dieu par leur amour, et ils regardent toujours vers lui , en quoi il y en a plusieurs qui se perdent misérablement , en s'occupant A des objets frivoles et inutiles, et en se causant une perle qu’ils ne peuvent Jamaisréparer. En effet , celui qui vient à se relâcher de celte application amoureuse et de cet attachement A Dieu, fait une perte plus considérable dans les biens spirituels durant une heure seulement, que s'il perdait l'empire de tout le monde. Rien davantage, quand quelqu’un posséderait toute l'Écriture sainte, et qu'en l’enseignant aux autres il les conduirait A la vie étemelle, quand il soulagerait l'indigence de tous les hommes, tout cela lui servirait à lôrt peu de chose s'il se séparait
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de Dieu, et s'il demeurait le mahreet le propriétaire de soi-mème, et était ainsi em|)éché de recourir A Dieu , de se ré.signer à lui et de se consacrer A son boniieur , puisque toute l'Écriture sainte ne nous a point été donnée A d'autre intention, que de nous apprendre A être et demeurer toujours le sacrifice intérieur et vivant que Dieu veut de nous.
CIIAPITRE XXXVIII.
Üete prépcralioa pour remoir «liHoeinrat reurbartttMs U*
grÂm c( icft avaotiget qu'dl« irol^nDe. •
De tous les exercices que l'on peut pratiquer, je crois qu'il n'y en a point de plus excelleut, de plus divin, déplus propre, et de plus assuré pour acquérir le souverain bien et nous unir étroitement avec lui , que de recevoir souvent , avec un cœur plein de foi et brôlant d'amour, le sacrement du corps du Seigneur. Une personne demandant A Dieu par la prière, qui est-ce qui pouvait s'approcher d'un si redoutable mystère , et quand et comment un le pouvait ; voici ce que Dieu lui fit connaître. aCelui qui n'a point ce qu'il doit avoir, uni désire ce qu'il ne possède pas encore , et qui trouve bon tout ce que je fais, me peut recevoir quand il le juge A propos, et il n'est pas absolument nécessaire d’attendre qu’il se trouve rempli de l'abondance d'une dévotionsensible; mais qu'il prenne garde, et qu'il considère soigneusement combien est grande sa volonté , son zèle , et son amour envers moi : je le dis encore une fois; qu'il ne se mette pas beaucoup en peine de ce qu'il sent, mais de ce qu'il veut, et de ce qu'il désire. >
Celui donc qui souhaite de s'approcher avec as surimee de ce sacrement doit, avant toutes chose^ avoir la conscience pure et nette de tout péché ; il doit ensuite porter sa volonté, son affection et ses désirs vers Dieu, en sorte qu’il ne cherche, qu’il ne souhaite, qu’il ne poursuive que lui seul et sa grâce. Enfin, il renoncera A tout ce qui déplaît A Ilieu, en soumettant bunibiement sa volonté A la volonté divine, qui lui doit être plus clièreqne toute autre cliose. Chacun pourra connaître com- ’bien il est proche de Dieu, ou combien il eu est éloigné,parée qu’il .sentira qneson amour et son rca pectenverscetaugustcsacrements’augmenterunt par l’usage frt’quent de la communion , et que sa crainte filiale ne s’amoindrira ni diminuera en rien. Celui qui trouvera ces dispositions en lui ,
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fkitd'aulanl mieux qu'il s'en approclic plus souvent, qu'il ne se laisse pas fecilement priver d’une si ffrande grâre ; « car les délices du Dieu tout-puissant sont de demeurer avec les enfàns des hommes. >
Mais si quelqu'un te sent dans la tiédeur et dans la né{;li|;ence, sans dévotion et sans désir de prendre celte sacrée nourriture, qu’il ne s’en abstienne pas pour cela, pourvu que sa conscience ne soit tourmentée du remords d’aucun péché ; car c'est alors qu’il a plus grand besoin de ce don précieux, et de ce secours céleste , dans lequel il trouve le comble de la sainteté, de l’amour, et généralement de tout ce qui lui est nécessaire; s’il s’en approche, et s’il le reçoit avec un coeur libre et dégagé de toutes les choses du monde , et qui soit uni et appliqué uniquement à Dieu. Cest proprement aussi dans ce sacrement adorable qu’on trouve la grâce avec plus d’abondance que partout ailleurs , d’autant que les sens et les puissances de l'âme, qui étaient dissipés , s’y amassent et s’y réunissent, par la vertu agissante de la présence corporelle de notre ligueur Jésus-Christ. Mais principalement ceux que leur faiblesse fait tomber plus facilement , sont relevés et ramenés à eux-mêmes , ils sont délivrés des embAches de toutes les choses de la terre; ils sont embrasés du désir de celles du ciel ; ils sont excités i la pratique des choses saintes par Dieu même qui habite en eux. Enfin, leur corps est renfermé et renouvelé dans le corps adorable de Jésus-Christ. D fânt ajouter â cela que ce sacrement nous transforme en Dieu et nous unit heureusement à lui , en sorte que nous devenons maîtres de tout ce qui lui appartient , et que son corps et son cmnr ne sont plus qu'un même corps et un même coeur avec le nôtre. N'os sens , tons nos membres , notre amour, notre volouté, nos désirs et toutes nos puissances, lui sont tellement soumises , et se rapportent si immédiatement â lui , que nous le sentons dans toutes les facultés de notre âme et de notre corps. Lors donc que quelqu'un se trouve couvert de misère et chargé du poids de ses péchés, qu'il courre avec une humble reconnaissance de' sa bassesse et de son néant, â ce transport rempli de toutes sortes de richesses , et â cette source féconde en délices, et il éprouvera sans doute en soi-même qu'il est capable de l’enrichir, et de suppléer abondamment à tonte son indigence.
i RÉRE J. t,\i:ler.
Qu'il fasse cette réflexion , et qu'il dise ainsi en lui-même , en s'en approchant : » Mon charitable Seigneur et mon Dieu , voilà que la multitude de mes iniquités est venue â un tel excès que je ne puis plus les effacer; c’est pourquoi je désire recevoir votre Fils bien-aimé , et vous l’offHr pour mes péchés, lui qui s'est offert lui-même â vous comme une hostie parlâile sur l'autel de la croix , afin qu’il satisfasse lui-même pour moi à votre justice, puisque vous n'avei rien de plus cher ni sur la terre ni dans le ciel , et qu'il n'y a que lui seul qui soit capable de faire ma paix avec vous par cette .satisfaction. Je veux aussi recevoir, ft Père céleste ! ce même Fils bien aimé, afin de vous rendre par lui des actions de louanges et de grâces, et de vous l’offrir pour tous les dons , toutes les faveurs et toutes les grâces dont vous m’avez comblé, moi qui suis un pauvre pécheur indigne, et qui ne puis jamais reconnaître dignement tant de bienfiiits.i Qu’il reconnaisse ensuitecombien ilade pente au mal, et combien il est paresseux â fiiire le bien, et qu’il dise ; • O Père éternel ! je veux recevoir votre Fils bien-aimé pour vous en faire nn sacrifice, afin de surmonter par lui le monde , la chair et le démon, qui sont mes ennemis mortels. Je désire aussi , 6 Père de miséricorde , recevoir ce même Fils, afin que ses richesses surviennent â ma nécessité , que sa bonté infinie dissipe ma malice, et que sa divinité incompréhensible répare les pertes de mon humanité, soulage sa faiblesse, remplisse son vide , et lui communique la perfection qui lui manque.
< Enfin , ô Père de consolation ! je désire recevoir ce même Fils, qui est l’objet de votre amour , afin que vous m’affermissiez aussi solidement en vous que vous avez permis qu'il fôt attaché fixement sur la croix, d'oû il n’a point voulu descendre jusqu’à ce qu’il m’eht pleinement racheté , et qu’il m’eût reconcilié avec vous. Je vous prie, par l’excès de sa charité infinie, de me faire la grâce de demeurer toujours si fortement attaché à vous , et de persévérer dans cette union avec tant de fermeté , que je ne puisse jamais vous quitter, quand je vous verrais abandonné de tout le monde. Et je vous fais aussi cette prière, mon Dieu, pour tous ceux pour lesquels j’ai une obligation particulière de vous prier, et même pour tous les vivans et les morts. • Après cela , qu’il médite profondément sur la
f^niideur de celui qu'il va recevoir, et combien U en est iiuiigne, lui qui mériterait plutôt de servir de victime aui flammes étemelles que de loger en son sein le Dieu de miqesté. Qu'il se souvienne que Marie, cette vierge sainte et très digne mère de Dieu, qui n'avait jamais péché, fut saisie de crainte lorsque l'ange lui porta la nouvelle qu'elle devait concevoir le Fils de Dieu. Qu'il pense comment saint Jean, le précurseur de Jésus-Christ, trembla lorsqu'il fut obligé de toucher de ses mains l'humanité sacrée du Sauveur et de la plonger dans les eaux du Jourdain. Avec combien plus de raison, nous qui sommes des malheureux et abominables pécheurs, devons-nous apporterautant de respect, de crainte et d'amour qu'il nous est passible, en recevant le Dieu de gloire.
Quiconque donc désire se détacher et se délivrer de tous les vices et de tous les défauts , qui veut être paré magniflquement des grlces et des vertus, et qui s'efforce de retourner i sa première origine, doit mener une vie quile rende digne de participer souvent au sacrement adorable du corps du Seigneur, par lequel il sera uni h notre grand Dieu , aussi intimement qu'une petite goutte d'eau avec le vin quand on leverse dans un grand vase plein de cette liqueur; de sorte que toutes les créatures ensemble ne sauraient rien trouver qui divise et qui sépare de Dieu une ème qui est en cet état. Que si elle ne sent pas celle union au dedans de soi, elle ne doit pas perdre courage pour cela, mais elle doit avoir une ferme confiance aux paroles de Dieu, iwisque si lorsqu'elle sent moins Dieu elle croit plus fortement , sa fui en est d'autant plus vive et lui donnera une récompense plus abondante , pourvu qu'elle fasse tout son possible. A dire le vrai , il n'y a presque personne parmi nous qui ait une foi ferme, constante et véritable.
Quelqu'un me dira sans doute ; Mais cominent pounai-Je espérer ou croire quelque chose de grand , moi qui me sens si défectueux , si fautif et si flirt enclin au péché ? Que chacun distingue donc deux choses en soi , qui ont aussi été effectivement eu Jésus-Christ, les dctix parties de l'ilme, la supérieure et l'inférieure, la partie supérieure du .Sauveur était continuellement occupée a la possession et à la jouissance véritable du bonheur étemel , qiioiqii la ]>artie
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Inférieure fot accablée en même temps, d'un grand nombre d'afflictions, et fût obligée de combattre pour ainsi dire avec les travaux et les souHranccs; et cependant l'une de ses parties n'empèchait point l'autre de se porter vers son objet , ni de foire ses fonctions. C'est de la sorte que nous en devons user. Il faut que les puis.sances supérieures de notre âme s'élèvent â Dieu , et s'attachent fortement à lui, tandis que les puis.sances inforieures seront avec le corps dans l'affliction et dans les tourmens. Oui , il fout que l'esprit se porte â Dieu avec beaucoup d'effort et de courage , et y demeure dans la simplicité et le dégagement : car les puissances supérieures n'ont rien du tout de commun avec tes puissances inférieures; et ces dernières, qui sont les sens , ne concernent que les impressions du corps , telles que sont la foim , la soif, le froid , le déplaisir , le tremblement , 1rs soins , et les autres choses de cette nature, qui sont ou agréables ou fâcheuses.
Au reste, plus le combat que ces ennemis nous livrent est rude , et plus la victoire que nous remportons sur eux est honorable; plus l'attaque des vices que nous surmontons est violente, et plus notre vertu est ferme et agréable â Dieu. Si nous voulons donc recevoir dignement le sacrement au|piste du corps do Seigneur, prenons garde si nos puissances supérieures sont tournées vers Dieu, si notre volonté le cherche; voyons ce que nous aimons et ce que nous cherchons en lui avec une attention pure, et combien est gra.ide la fidélité qui nous attache â son service ; mais examinons toutes ces choses suivant lessentimeus sincères que nous trouvons au fond de notre cœur. Certes , celui qui est disposé de U sorte , ne re<;oit jamais durant celte vie le sacrement du corps du Seigneur, qu il n'y trouve des grâces toutes singulières; et plus il le rc^it souvent, plus est grand l'accroissement des grâces qu'il y trouve ; jusque - là même que quelqu’un pourrait s'en approcher une seule fuis avec tant de ferveur, un amour si brAlant,el une intention si pure, qu'au lieu que devant il était destiné â demeurer dans le dernier ordre drs anges par sa disposition moins parfoile, il mériterait par cette iHHivelIc ferveur si violente et si épurée de passer non-seulement an second , mais même d'être élevé jusqu'à la huitième ou neuvième hiérarchie. D'où vient que si deux personnes passaient leur
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vie to«t entière dans une perfection et une sainteté égale, et que l'une cependant s'appliquât plus souvent que l'autre à communier dignement , elle en recevrait cet avantage de briller éternellement par-dessus elle comme un soleil lumineux , et d'ètre unie à son Dieu d'une Façon toute particulière et tout admirable.
Au reste ces fruits précieux du corps de Jésus- Cbrist ne se communiquent pas seulement dans la communion visible et extérieure, mais bien davantage dans celle qui est invisible et intérienre, qui consiste dans une soif ardente de rame, qui est altérée des douceurs de ce sacrement. Ür chacun pourrait ainsi communier en esprit eu quelque rencontre que ce pût être, soit en santé , soit en maladie , et même mille fuis le jour , et davantage , avec une foi si pure, que Dieu le comblerait de plus de grâces que tous les hommes ensemble. Mais cependant on doit communier sous les espèces du sacrement, autant que notre ferveur nous y porte , et que les ordonnances de l'Église le permettent. Et si peut-être nous ne nous y sentons point excités, ne laissons pas de nous y disposer de toutes nus forces , menant une vie qui serve a nous y préparer, et aimi nous ac(|ue<Tons dans ce siècle présent la vraie sainteté tpii tious fera trouver iiu bonheur éternel dans le siècle à venir i car la sainteté consiste a suivre et à imiter Dieu, et la béatitude, a le posséder parfaitement.
CIIAPITHE XXXIX.
ÜDUW srandt ti ineff^Uet ikuu que U niuérutirtlc divixte acrurcle i ceux qui oufnimuiKtil dittunuciil.
I, 'homme spirituel et intérieur trouve dans la participation du corps de Jésus-Christ douze fruits eicellens , que presque tout le commun des- liuinmes et même beaucoup de religieux ignorent entièrement.
Le premier est que la fiirce et la vertu de ce sacrement si auguste lui donne non-seulement le pouvoir, mais même la facilité d'abandonner toutes les choses terrestres et périssables , en sorte qu'il puisse dire avec l'apûlre : «Je regarde toutes clmses comme des ordures , afin de gagner Jésus-Christ. » Car celui qui ii'a rien , et qui ne désire rien , est sans doute plus riche que < celui qui possédant toutes dioses eu abondance, ne laisse pas d'en désirer toujours davantage, et a encore besoin de quelque chose de plus. Or il y
FRÈRE J. TAULER
a cinq vérités , dont la considération sérieuse et attentive nous fera trouver du dégoût et de Tamertume dans toutes les choses du siècle.
La première est que le plaisir qu'on prend daus la créature obscurcit la connaissance que l’entendement a de Dieu ; car tandis qu'on trouve de la satisfaction dans les choses terrestres et passagères , on ne peut connaître ni aimer celles qui sont célestes et étemelles. Mais lorsque les hommes parlhits sont obligés d'agir et de parler selon la partie inférieure de l'Ame, la sui^rieure n’est point empêchée pour cela de contempler la vérité, parce que cette portimi suprême se tenant élevée par-dessus tous les temps jusque dans l’éternité , elle s'y connaît elle-même awtsi , et y voit tontes choses. C'est dans celle élévation de l'Ame au-dessus des sens que la partie subalterne, qui est éloignée de cet état sublime, ni aucune des créatures ne peut rien sur la partie supérieure , soit pour l'aider ou l'empécher dans son action. Que si cette partie si élevée s'applique A comprendre dans soi-même la vérité , avec celte discrétion qui y est requise, alors se rabaissant et se mêlant aux actions et aux ouvrages de la partie inférieure , elle en souffre quelque empècliement dans sa fonction propre. Car ahn que les actions de cette partie qui lui est soumise se fissent dans l’ordre, elle en doit être le guide et la modératrice. Or pendant que la partie suprême de l’Ame est occupéeA régler et conduireers actions extérieures, elle ne peut pas si bien vaquer A la conduite et et au rè^ement de l'intérieur.
La .seconde est que l'amour des choses périssables aflàlblit et diminue celui qu'on doit avoir pour Dieu ; et plus on est passionné pour la créature , moins on aime le Créateur qui leur a dminé l'étre A toutes. D'oû il s'ensuit nÀtessairement qu'il faut entièrement déraciner de l'Ame toute affection terrestre et humaine dont Dieu n'est point la cause et l'origine ; car il n'y a point de créature qui renfome en sol toutes sortes de perfections, et lorsque l'Ame ne les trouve pas toutes dans un seul être créé , elle les va chercher dans un autre , et rile ne demeure jamais satisfaite et en repos jusqu'A ce qu'elle ait rencontré toutes les perfections inséparablement unies dans cet être entièrement .simple et [tarfait , qui est toutes choses en toits ceux auqiiela il te donne ; ce qu'un ne trouve
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qu'co Dieu tcul. C’e«l pourquoi, encore que nous invoquions les saints , et qu'ils puissent nous aider beaucoup par leurs prières auprès de Dieu , puisqu’ils ne font qu'un même esprit en lui , avec loi , et qui ne sort point de lui , il ne nous est pas permis néanmoins de nous reposer en OUI comme dans notre dernière fin , qui ne peut être autre que Dieu.
La troisième est que le plaisir des créatures est ordinairement mêlé d'une amertume qui est d'autant plus (p'ande au dedaas, quelle ne .se fait point sentir au dehors. Et certes, il nous devrait être bien moins difficile d'endurer quelque blessure dans le corps que de supporter les reproches de notre conscience , aprH avoir commis un péché.
la quatrième est que ce même plaisir est partagé , et qu’il ne se rencontre pas tout à la fois dans uneseule créature;car, par exemple, la satisfaction qu'on trouve dans les habits propres et curieux n'est pas la même qne celte du boire et du manger; ce qui arrive pareillement dans les choses spirituelles, où le plaisir de la prière est différent de celui de la dévotion. Et certes , il est avantageux A l'homme qu'une pure créature n'enferme pas toutes sortes de perfietions , parce que s'il pouvait trouver en elle le sujet d'une joie parfaite, il ne chercherait Jamais son Créateur.
In cinquième est que les créatures nous causent aisément de l'ennui ; car il n'y en a point , pour charmante qu'elle soit et quelque consolation qu'elle nous apporte, qui ne nous donne du chagrin et du dégoût, si nous en avons tant sois peu long-temps l'usage ou la vue. Cclui-IA donc seulement qui est tout-A-fàit libre et affranchi de tout ce qui est hors de Dieu , se trouve [wrfaitement heureux, cl dès ce monde, par l'avantgoût précieux de la vie éternelle , et dans la céleste patrie , par la jouissance d'un bonheur qui ne finira jamais. Et c'est la pré.scnce de la lumière divine qui se répand dans l'âme par la participation de l'curharistic , qui chasse et qui dissipe toutes les ténèbres des créatures périssables.
I.C second fi'uit d'une communion sainte est l’avancement d.ans les choses qui servent pour l'étemité. Dieu attire l'homme en quatre manières ; 1“ Par les douceurs de sa bonté que sa sagesse a communiquée A toutes les créatures , afinde mencret dcconduire l'honimc, qui les sur- I«sae toutes en excellence, A la connaissance du
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Dieu tout-puissant et tout bon, qui est le souverain bien , auquel nous arrivons par la voie des créatures. C'est ce qui fait dire A un saint : v Vous admirez la hauteur du ciel et l'étendue du firmament ; mais , û mortel , vous êtes encore plus élevé que tout cela , vous qui recevez dans le corps de Jésus-Christ ce qui est au-dessus de toute hauteur, ce qui surpasse toute étendue , et ce que le ciel cl la terre ne peuvent comprendre. » 2“ Dieu gagne les âmes par la promesse de rétemelle béatitude , ainsi que le remarque l'apùtreparces paroles : «L'œil n'a point vu, l'oreille n'a point entendu , et l’esprit de l'homme n'a jamais conçu ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aimcnl . • Celui qui mériterait de goûter en vérité la moindre partie de ers délices dès ici-bas. pourrait bien dire assurément avec .saint Augustin : «Je n'est ime rien de toutes 1rs choses qui sont nu monde , en comparaison de l'aniour pour celte céleste demeure.» S" Dieu fait venir riioiiune A lui par l'exemple des martyrs. Je me souviens d'avoir oui dire qu'il y avait des bienheureux plus élevés dans la gloire que ers martyrs; mais pour moi, dans l'ardeur dont le Saint-Esprit nous anime, je dis hardiment qu'entre tous les chastes amours , je chéris principalement celui des martyrs, qui est si parfait et si généreux; car ))lus on connaît la bouté et le mérite de la cause de celui qu'on aime , plus on conçoit aussi d'amour et de zèle pour lui ; et celte considération me fait aisément croire que nul ne surpasse les saints martyrs en charité, puisque nul n'a mieux connu qu'rux la juste cause et la valeur ineslimalilc de rrltii pour lequel ils ont donné leur vie. Je trouve néanmoins qu'on peut encore monter plus haut d’une certaine fiiçon sinjpilière, lorsque l'esprit s'envole par-dessus le temps ju.sque dans l'étemité, oû s'unissant A Dieu , il devient ime même chose avec lui, et, par cette union, il connaît et il aime non pas ce qui est de plus ou de moins noble , mais toutes choses en toutes choses , les considérant dans cet objet infiniment noble , toutes réunies d'une façon très éminente, et dans un égal degi-é de noblesse. C'est là proprement que l'esprit , après s'ètre élevé au-dessus de tout , se sur)iasSc soimèine et demeure inébranlable dans un certain repos éternel, oû plus il connaît et aime l'éleriiilé, plus il s'y affemiit et y devient lui-mème comme étemel. 4 " Enfin , Dieu attire l’âiim par
Digiiieou
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le riche présent qu'il lui lait de son corps précieux , en lui donnant sa chair pour viande et sou sanf; adorable pour breuvafje, et noua exhortant à le recevoir lorsqu'il dit : «Mangez et buvez, mes amis; enivrez-vous, mes bienaimés, afin que vous mettiez en oubli toute tristesse. »
1.C troisième fruit de l'eucbaristie est l'élèvement de l'éme au-dessus de tout ce qui n'est point Dieu; car alors le Seigneur la met dans un trans))ort de joie , qui surpasse tous les autres plaisirs du corps et de l'esprit , et lui faisant part des douceurs de sa divinité , il la fait mourir entièrement au plaisir des créatures, Il dissipe aussi tout ce qui pourrait la troubler dans la contemplation de la vérité divine, et dans la jouissance de cette joie suréminente qu’elle ressent ; ce qui fait qu'elle est obligée de se faire violence pour aller chercher les choses dont la laiblessc humaine ne se peut passer : car , d'autant plus que les biens de l'esprit sont plus exccllens que ceux du corps , le plaisir que nous y trouvons est aussi plus almndant et plus pur, et la peine que nous souffrons d'autant plus grande, lorsque nous passons quelquefois des occupai ions de l'esprit à celles du corps :car l'.hiie voudrait ne se séparer jamais de cette pureté oA elle trouve tant de douceur , et lorsqu’elle en est privée , elle ne souffre pas moins que si elle se voyait chassée du paradis , et repoussée de la porte de l.i gloire. Je ne sais pas même si les souffrances des |>elncs d’enfer pour un temps lui sembleraient plus rigoureuses et plus seasibles que la privation des chastes délices qu’elle goûte en cette occupation sainte, et du plaisir si pur et si doux qu'elle éprouve dans la contemplation de la vérité divine.
Dieu élève aussi l'ûine au-dessus des images terrestres de toutes les citoses qui passent; car, pendant que l’image de la moindre des créatures est attachée i l'éme , qui y met son affection , le Créateur ne s’unit jamais û elle, mais lorsqu’elle se trouve une fois unie ù lui de cette sorte, il n'y a point de |ias.sé ni d'avenir à son égard , rien ne peut lui donner ni chagrin ni joie immodérée, et elle possède toutes choses en ce moment incomiinitabic de l'éternité, qui n’est autre que Dieu. Dans celte union bienheureuse, elle perd le souvenir de tout ce qtii est hors de Dieu , et elle s’oublieelle-mème. Enfin , Dieu élève
FUÈRE J. T.\LLER.
cette âme au-dessus de toute action intérieure et extérieure ; et dans cette élévatûm , qui la met au-dessus de toute créature, elle produit toutes scs actions non par la vue de quelque intérêt ou de quelque avantage qn’elle en attende, mais par les seuls mouvemens de l’amour qu'elle porte à Dieu. L’homme est peu de diose , pendant qu'il ne s’élève pas au-dessus du reste des créatures et de soi-niéme; plus il monte audessus d’elles, plus il devient pur et dégagé du commerce et du mélange de la terre ; et à mesure que la pureté croit en lui , il devient plus propre à recevoir la splendeur et la gloire de rélrrnité, qui est Dieu-méme.
la: quatrième fruit de l’eucbaristieestde rendre l’ime forte et vigoureuse pour pratiquer toute sorte de biens; car Dieu lui fait perdre le souvenir des eboscs humaines, et la confirme tellement dans la pensée des spirituelles , dont il la nourrit , que l’homme en est presque réduit à l’oubli de sa propre nature, jus(|ue-là qu’elle agit le plus souvent sans qu’il s’en aperçoive : mais agissant de celle sorte sans aucune réflexion ni mouvement libre et volontaire, il ne pèche ni ne mérite aucunement. Or cet oubli de soi-mènie tire son origine de trois causes. La première est la grèce même; car de s'oublier ainsi , c’est un des plus riches présens de la miséricorde divine, et toutes les créatures ensemble ne le sauraient mériter |>our un autre, .\ussl ceux qui possèdent celte faveur doivent plutôt passer pour des auges visibles sur la terre que pour des hommes, puisqu’ils ont en quelque manière la pureté et la blancheur de ces bienheureuses intelligences , en ce que leur nature opère indépendamment de leur sens, et que leurs propres pensées ont plus pour objet les clipses spirituelles que les corporelles. La seconde cause est le soin qu’on a de donner peu à la nature ; car, tout aiusi que le même feu qui dévore, qui consume et qui convertit tout en soimème plus on lui fournit de matière, étant couvert de cendres, conserve û peine quelque chose de sa chaleur et de sa lumière ; de même plus on retient la nature dans l’austérité et dans la discipline, et moins sent-elle les infirmités et les besoins ordinaires. I j troisième cause est le plaisir que rame prend a méditer sur Ira clmses spirituelles; et c'est ce qui affermit tellement l’esprit dans les bonnes pensées, qu’il ne peut
Digittzou uy vjuu^Ix:
INSTITUTIONS DE
s'occuper de rien de bon, et , s'il voulait en user autrement, il ne le pourrait pas sans se faire violence. C'est pourquoi il est d'une extrême conséquence que cliacun apprenne à recueillir scs pensées en lui-méme, et je m'étonne comment plusieurs peuvent s'arrêter à tant de pensées déraisonnables, ou du moins inutiles ; car plus l'esprit en est rempli , et moins est-il capable de p^lrer la vérité ; au lieu qu'il la connaît d’autant mieux qu'il est moins agité de toutes ces illusions. EnAn , Dieu arrête et Axe tellement la mémoire et les puissances de I bumme dans la méditation des bieas spirituels, qu'il tombe presque dans l'oubli de soi-même, et néglige et méprise tout le reste pour ne désirer que le ciel et rélemité.
Le cinquième fruit de l'eueharistie est l’illumination de l'entendement et de la raison dans la connaissance de Dieu même, et de tout ce qui se voit dans le miroir de l'étcmité ; car alors l'esprit connaît toutes les créatures par les idées qu'elles ont dans l’entendement divin; il voit Dieu en Dieu même, où tous les êtres sont en un certain sens la même chose que lui, sans accroissement ni diminution ; savoir, dans cette éternité immuable qui n'est autre que Dieu, n'étant sujets que dans le temps aux altérations qui les (but croître et décroître. Au reste, plus on connaît parfaitement chaque chose en Dieu, plus aussi l’aime-t-on parfaitement en lui , et la jouissance qu'on a de toutes les perfections et du bonheur de Dieu en est plus parfaite et plus accomplie. Autant , dis-je , que nous connaissons parfaitement toutes choses en Dieu , autant sommes-nous enrichis de toute sorte de perfection; et plus nous avons ici-bas d'amour et de connaissance de Dieu, plus aussi nous y goûtons comme les prémices de la félicité future, en attendant que nous en possédions la plénitude dans le ciel pour toute l’éternité. Cependant Dieu élève quelquefois id-ttas l'àme au-dessus d'elle-même , aAn de lui faire obtenir par grâce tout ce qu'il a lui-même par nature; et ce soleil de justice la pénètre si vivement de la clarté de scs rayons, qu'elle eu reçoit l'éclat de toute sorte de vertus et de sainteté durant tout le cours de sa vie. Kl oomme la lumière visible luit au milieu des ténèbres, et e.st commune aux bons et aux luéchans , de même ces personnes éclairent également tout le monde, selon que chacun est ca-
FflÈRE J. TAULER. 713
paUe de snpporterles impresskmsdela lum'ière divine. Je dis plus, cet éclat merveilleux de la divinité rend l’âme non-seulement toute divine, mais en quelque façon elle devient Dieu par grâce, demeurant néanmoins dans son être de créature, puisque dans cette essence inAnie et inaltérable il ne se rencontre antre chose que Dieu en Dieu même. EnAn cette divine lumi^, qui surpasse tout ce qu’il y a d’agréable, étant la vie étemelle, comble l'âme de joie et d’allégresse ; elle reçoit la vue intérieure de toutes les créatures raisonnables, dont le plaisir et le bonheur est d’autant plus abondant que la con naissance qu’ils en ont est plus paifsite. Mais surtout l'âme, qui est heureusement réformée, trouve des charmes tout extraordinaires dans la contemplation de celle vérité simple, qui est Dieu même.
Le sixième fruit de l'eucharistie est l’embrasement et l'ardeur de l’amour divin. Il n'y a que Dieu seul â qui toutes choses soient dues; il s'aime lui-même â cause de lui-même par sa charité, et l'âme qui est embrasée de son amour le doit aussi aimer, et lui-même et toutes choses en lui et par lui , d'une manière toute divine et toute pure. Dieu est effectivement Charité, et la Charité est véritablement Dieu : «Celui qui demeure dans la Charité demeure certainement en Dieu, et Dieu demeure en lui,a non-seulement comme le conservateur de sa vie (car il conserve ainsi par ton être l'essence de tout le reste des créatures), mais comme un ami demeure en celui qu'il aime, car l'un découvre â l’autre ses plus secrètes pensées, et Dieu révèle aussi avec lieaucoup de tendresse tous ses secrets à ses amis qui sont ses élus bien-aimés, et il n'a rien de si caché dans son essence , qu'il ne découvre â l'.bne juste autant qu'elle en est capable , pourvu seulement qu'elle soit préparée pour recevoir les iuAuenors de sa grâce, dont la moindre participation donne â tous ceux qni méritent de l'obtenir du mépris pour eux-mêmes et pour toutes les choses qui sont hors de Dieu. L'n ami se plaît aussi dans la compagnie de son ami. Et certes, il n'y a que Dieu seul qui soit constant et invariable dans son amitié, lui qui nous assure qu'il nous a aimés , et qu'il nous aime encore de sa charité éleniclle , qui n'a ni commencement ni An, et qu'il drmmrera avec noos jusqu'à la consommation des siècles
714 INSTITUTIOIVS DE
Ua vérité , œ Mocmeat auguste dotuc de gnmdea cooauUtiona i tous les gens de bien, et cdui-lâ est parfaitement heureux qui peut s'en approcher souvent avec un coeur pur et une conscience sans reproche , puisqu'eu participant de cette sorte au corps du ^igneur , il en re^it aussi la vertu qui l'établit dans une sainteté parfaite. Alors l'Ame demeure en Dieu par la connaiasanceet par l'amour; car il faut croire qu'elle demeure plus dans la chose quelle aime que dans délie qu’elle anüne. <L'anKwr, comme dit saint Grégoire, n'est jamais oisif, et s'il est dans une Ame, il y produit de grandes choses; et s’il y était sans action, il ne serait plus ce qu'il est. > Or , l'amour agit dans l'Ame avec mesure et sans mesure. Il agit avec mesure , parce qu'il fait supporter patiemment A l'hoaime toutes choses pour l'amour de Dieu; ce qui n’est rien proprement si l’on considère la miqesté et la grandeur divine, pour qui fou n'est pas moins obligé de supporter que d'abandonner toutes choses. Il agit sans mesure, parce qu'il-transporte l'Ame dans l'élemilé au-dessus des temps où elle produit des actions qui surpassent la portée de set fortes.
Le septième fruit de l'eucharistie est l'aocomplissement de tout ce qui cause notre béatitude. Le grand saint Denis dit : «Que la sainteté est une pcrfectioa, une pureté et un dégagement. Or, c'est Dieu qui opère dans l'Ame toute pureté et toute perfection , en sorte qu'étant ainsi purifiée et parfiiite, elle n'a plus aucun attat^ement ni aucun commerce avec la créature. Par exemple, on dit que l'eau est pore lorsqu'elle n'est altérée par aucun mélange; si vous la mêlez avec du vin, elle perd sa pureté par ce mélange, et l'exoellrnce de cette liqueur ne la lui saurait conserver. C'est ainsi qu'il fàot que l'Ame soit pure et séparée du mélange de toute créature tant spirituelle que corporelle, et il est absolnme t nécessaire qu'elle mette en oubli jusqu'aux anges et aux saints pendant ce moment bienheureux que Dieu, qui surpasse toute pureté, l'attire et l'unit A lui, elle et toutes ses puissances. Mais ce moment heureux ne peut pas durer beaucoup pendant cet exil. On connaît distinctement dans ce miroir très lumineux les images des créatures. Or, ce miroir de l'éternité du Père n'est autre que son entendement , dans lequel il imprime sa propre image
EREIIE J. TAULEB.
qui est son Fils et son Verbe , et dans cette image vivante, c'est-A-dire dans son Fils, sont renfermées et connues les idées et les imagesde toutes les choses. Mais cela se passe d'une f^;oa qui surpasse l'effort et le pouvoir de la nature, n’y ayant rien dans cette façon de connaître que Dieu en Dieu même. Secondement, Dieu, par sa liberté infinie qui est sou essence même , dégage l'Ame de toute prupriélé; car elle ne peut être en repos jusqu'à ce qu'elle perce et qu'elle s’envole au-dessus de cc qui est hors de Dieu , et quelle acquière une liberté toute divine dont rien ne pourra interrompre l'exercice, et cela se peut faire en tant qu'elle devient elie-mémc éternelle, en SC fixant dans celle éternité immobile qui est Dieu même. Il faut remarquerque j'appelle libre ce qui n'est lié ni attaché à aucune chose, et avec quoi rien de tout ce qui est hors de Dieu n'a de liaison; l'Ame, donc, en ce sens, est parfaitement libre lorsqu'elle se met au-dessus de tout ce qui n'est point Dieu , et qu’elle n'a d'affection ni pour elle ni pour aucune créature, mais qu’elle les renvoie toutes A Dieu qui seul mérite tout notre amour, la: Seigneur perfectionne aussi l'Ame par sa divine ressembiuia: qui est son fils Jésus-Christ notre Sauveur ; et plus celte image substantielle de la INvinitéest souvent et vivement imprimée dans une Ame, [dus cette Ame devient semblable an Père éternel en tonte aorte de perfections, et elle est enfin au comble de sa grandeur larsqu^elle est arrivée A une unité paisible où elle ne firme plus aucune ressemblance ni de Dieu ni des clioset divines, ni d'aucune perfection, ni des degrés différens qui se trouvent dans le bien , parce quelle ne rencontre en Dieu aucune distinction entre toutes ces cIkmcs. L’Ame qui est en cet état ne se perfectionne plus, étant enlièremrnl |iarfaite en Dieu, qui est ht souveraine pcrfèclioa.
liC huitième frnil de l'eucharistie est le trésor de toutes les richesses ; car Dieu enrichit l’Ame dn don de sagesse qu'il verse .«or elle, afin qu'elle ne fasse jamais rien dont die se repente après. l.a sagesse en Dico , est cette lumière immortelle et inaccessible A la créature, |iar laquelle il se connaît soi-méme; et l'Ame est unie A l)ini, et Dieu à l'Ame, autant, et ni plus ni moins qu'elle est avancée dans la connais.sance et dans l'amaur divin ; et dans cette union du divin amour, l'Ame est non-seulement Dira par grAoe avec Dieu.
INSTITUTIONS DE
Dkate elle e«t mtme, pour aioei dire, Dieu ea Dieu par la mteie sràce; œ qu'il but toutefois entendre sainement. Certes , celui dans qui la sagesse réside est comme le temple du Dieu toutpuissant qui habite en lui ; car il aime ceux dans qui cette vertu se trouve , et il remplit leurs désirs, parce qu'il est lui-mime la sagesse, et qu'il se cannait et s'aime en toutes choses. C'est lé cette sagesse, qu'on recommande! tout le monde, conraie étant non-seuienient l'origine de toute la béatitude, mais la béatitude même, et Dieu ne peut rien donner à l'hommo de plus grand ni de plus souhaitable, puisque c'est le eombie de la joie et du bonheur dont jouit éternellement la Trinité sainte et adorable. Tous les hommes désirent natureHement la sagesse, mais il y en a peu qui l'obtiennent effectivement pendant un seul moment , on même pendant un moindre espace de temps s'il y en peut avoir ; car si quelqu'un la possédait durant cet intervalle plus court qu'un moment, il la posséderait sans doute tout entière, parce qu'il n'y a point en elle de plus ni de moins. Elle est en elle- même, et en tous ceuii qui ellese découvre. C'est Dieu même qui est la sagesse , et nous n'entrons en la jouiasance de Dieu qu'à proportion de la connaissance que nous avons de la sagesse qui nous bit ainsi trouver Dieu eu Dieu et nous rencontrer nous-mêmes en lai.
Le neuvième finit de l'eucharistie est l'allégresse conlinueliederiiiie:* L'esprit content, et la conscience satisbite, dit le sage, est oommeun banquet continuel, d parce qu'une cousdenec pure qui n’est souillée par le mélange impurd’aocune (Téature , remplit le raur d'une joie parfaite. Celui dans qui elle est se trouve joyeux dans l’inoommodité comme dans la commodité, dans la disgrâce comme dans le bonheur, et ses entrailles s'épanouissent de joie devant le Dieu vivant. Il est assuré de cbauger en une paix éternelle et inaltérable tontes les afflictions qui foi arrivent ; et U godte même par antietpatioa ce plaisir ineffable dont il jouira dans la vie bienhenreuse, sans crainte de le perdre. Plus cet avaulgDÛt des délices do ciel sera fréquent et abondant en cette personne, et plus sa béatitude en sera accomplie, et il est certain qu'il possédera dans cette vie et dans le siècle à venir toutes les perbetions divines, avec d' autant plus d'abondance qu'il aura eu dans celui -ci le coHir plus pur et plus sincère. Certes , quand on amasserait
FflEHE J. TAULER. nn
ensendde tout ce que Dieu a donné de joie à toutes les ctésiures, ce ne serait rien en comparaisan du moindre sentiment d'allégressequ'on éprouve dans cet avant-goét de la vie éternelle. Enfin, lorsque l'homme est certain et assuré d'étre dans cette vie immuable , qui est Dieu même , et qu'il s'y conibnDe, et s'y rend semblaifie selon son pouvoir, dans le degré suprême de toute la perfection; c’est alors seulement qu’il est arrivé au meilleur état où l'on puisse être dès ce monde , se trouvant dans une si sainte et si heureuse disposition envers ce bien souverainement estimable, qui n’est autre que Dieu. Et c'est là un bonheur qui n’est jamais interrompu dans les gens de bien; la majesté du Seigneur est sur leur langue comme un rayon de miel ; elle est dans leursoreilles comme un concert barmmiieuid’ina- Irumcns, et dans leurs ccenrs comme un transport de joie inefbUe et un inénarrable ravissement. Toutes les créatures ensemble ne pourraient pas donner pour mi moment cette sublime perfection , et cette joie mdicible que l'àme pore ressent de la présence adorable de Dieu tout bon et tout-puissant dans l'eucharistie.
Le dixiéme fruit de ce sacrement est une c«s>titode et une sécurité bienbenreose. Il y a trois aortes de certitudes. La première vient de la foi , qui nous bit croire des choses entièrement inconnues à nos sens; et cette' vertu surnaturelle rend loua lea gens de bien certaias et convaincus de la vérité parbfbrcede cette même vérité qu'elle embrasse. « Toutes choses sont possibles à celui qui croit , • et nous sommes exaucés dans nos prières suivant la mesure de notre foi. H est eertsin que c'est par la force de cette vertu que tuas les saints ont bit les prodiges et les merveilles que noos spprenons qu'ils ont opérés; mais notre Sauveur, il opérait toutes ses œuvres merveilleuses par l'efficacité de la vérité, qui n'est autre que lui-méme. Autant que nous avons de refflcacité de la foi , autant agissons-nous par elle elHcacement , et autant qu'il se trouve en nous de vérité, autant d'eravre bisons -nous aussi par sa vertu et son efficacité. La seconde certitude vient d'une révélatioix véritable qui se bit à l’esprit des choses fotures. n y a des personnes! qui il n'arrive presque jamais rien donc elles n'aient auparavant un pressentiment dans leur rœur. C'est ! la vérité on avant.ige, mais ce n'est pas le plus grand de tous; car l’idée des
716 IISSTITUTIONS DE
cbOMS qa'elle$ coonaitsent e$t comme une e»- | ptee de milieu et de «éparation entre Dieu et cUet. La troisième certitude appartient i la vie étemelle , et à cette félicité que toutes les créattmes raisonnables et bienhenrenses possèdent par la continuelle jouissance d'un bien qui étant Dieu mèmeet ta propre béatitude, est celle aussi de toutes les créatures dont il est le Dieu ; et cette certitude ne s'acquiert que dans la plus haute connaissance et le plus parfait amour de Dieu, et dans la plus étroite union avec lui , et ceux qui l'ont une foê obtenue peuvent dire hardiment avec l'apMre : « Je suis assuré que ni la mort, ni la vie, ni quoi que ce puisse être au monde, ne me pourra jamais séparer de l'a- DKHir de Dieu. > Or personne ne peut mériter par soi-mème ce don excellent , mais tout le mérite, même de tous les hommes ensemble, ne serait pas capable de le procurer à une seule personne. C'est une faveur qui ne se fiait qu'à ceux que Dieu a choisis pour cela de toute éternité, et qui sont dans le détadiement d'euxmêmes et de toutes choses. Elle commence dans celte vie, et continue dans U suite infinie de tous les siècles.
Le onzième fruit de l'eocbaristie est une paix parfiiile qui commence ici dans les élus, et qui durera éternellement dans le del. Tout homme de bien devrait joufr d'une triple paix. La première, avec le prochain;carcelui-lin'ai8a jamais la paix avec Dieu, qui ne l'aura pas avec son frère, autant qu'il sera en son pouvoir. Le Seigneur même et le Créateur de toutes choses, observait une si grande concorde et une si parfiiitecorrespoodance avec ses disciples, qu'ils ne souhaitaient rien davantage que de pouvoir toujours demeurer auprès de lui. Il faut que cet exemple nous apprrune à vivre de telle sorte que tous ceux avec qui nous vivons soient bien aisea d'avoir notre compagnie. Au reste , quoique ce soit un bien de conserver la paix à l'égan) de nos semblables , il n'est pas néanmoins très considéraMe, car il est fort naturel i la ressemblance de causer la paix ; mais de l'entretenir avec nos ennemis et nus dissemblables, comme il n'y a que le seulamuur de la Divinité qui le puisse faire, un ne doit point douter que ce ne soit une vertu très rare et très excellente. La seconde est la paix d'une conscience pure, qui jouit au dedans et au dehors d'un rrpos oonlinuel : or la pureté
FRERE J. TAULER
de la conscience consiste dans l'union et l'acconl mutuel de Dieu et de l’homme. Deux choses conservent l'homme dans cette paix et dans ce repos. La première est la fiiite perpètnelle de tout ce qui est contraire à Dieu et à la conscience , soit grand soit petit. La seconde est l'usage et Texercice rontinnel de tont ce qui regarde l’honneur de Dieu, et l'utilité du prochain et de l'Egliae, 1 quoi chacun doit travailler suivant sa vocation, conformément i son état, et dans son ordre : car tout ce qni se luit avec ordre et mesure est toujours louable, et quelque petite que aoit une action , si on la fuit dans l'ordre et de la manière qu’il fiiut , elle apporte toujours du repos su dedans et au dehors , soit qu’on s'en aperçoive ou qn'on ne l'aperçoive pas. La troisième sorte de paix est un entier éloignemmit de tons vices et de tous péchés. Pour la posséder, il faut être dans l'heurease impuisssnoe de nuireè personne, et de recevoir ancun dommage par qui que ce soit. Et prenant la paix en ce sena, il n'y a qne Dieu sent qui jouisse de cette paix , et plus riiomnie se rend sembiaUe à lui en l'imitant , plus il obtient par grâce ce que le Seigneur possède par nature; et c’est ainsi qu’on acquiert heureusement cette paix étemelie , qui est Dieu.
Le douzième et dernier fruit de l'endiaristie est l'union inséparable de l’âme et de Dieu. L’effet de cette admirable union est de frire participer l'âme à toutes les perfecthns divines , et de la remplir si aixHidamment de toutes ces richesses qui sont Dieu même qu’elle n’est plus toudiéc dn désir d'aucune autre chose possédant dans cette nnioa bienheureuse tout ce qu'elle aime, c'est-â-dire Dieu, et toutes clrases en hii, et sa perfection suprême, dans cette éternité qni surpasse tous les temps et qni ne reçoit aucune mesure, étant infinie et Dieu même. Cette union de l'âme avec Dieu est comme l'heureux com- ■neucement de la béatitude dont elle jonfra â jamais, lorsqu'étant au-dessus des choses, tnnporelles, elle possédera étcrneliement Dieu dans la gloire : et même cette union si merveitlense renferme tout ce que toutes les créatures raisounables posséderont de perfection dans leur étei^ nelle félkilé. Enfin , l'âme ainsi unie à son Ifieu dans celle vie passagère y reçnil déjà quelque goAt de la grâce, qui est im commencement de ce nirud divin qui la doit lier heureusement avec i le Seipieur dans l'éternité de son ré^. Tout
INSTITL riO\S DE FRERE J. TAULER.
I<4 liummes ensemble ne pourraient pas espiiqoer pleinement par leurs paroles et par leurs écrits, l’utilité, les aTantaf^es et les délices ineffaUesquerUme sainte trouve en recevant digne
ment le corps du Seigneur. Il fiut prier ardemment la divine miséricorde, avant et après la communion , de nous faire la grttce d'en recevoir tous les fmits.
FIN DKS IN.STIinTIONS DE FRÈRE J. TAULER.