‹ Choix d'ouvrages mystiquesChapitre 667 sur 684 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

tonrage qo'il faut avoir fxxirtofirrnrln pnnn inf^hnrrrt.

Futtr d« ruuivcié durant ors peines. 3. TeniaUoos d'ira-

parMf H divers artifltYS du ck^ion. 4. Humilité.

1. Je vous ai fourni jusqu’ici, mon très cher frère, de salutaires instructions pour nne Ame qui , ne bornant pas ses désirs A une vei-tu commune, porte ses vues jusqu'au plus haut dcBré de 1a perfection. Je vous ai marqué quels doivent ('■tre ses commencemens et ses progrès dans les eiercices de la vie intérieure. C'est A vous mainlenant de lire et de mettre en pratique ce que je vous ai enseiBuè. Si vous le faites , et que favorisé du secours d'en haut vous sentiez votre Ame éclairée d'une lumière céleste et attendrie (lar le chant des psaumes et des cantiques, • n'ayez pas pour oda des sentimens élevés de vous -même, mais rraiBiiez. > Si votre cceur

AMES REI.IGIEUSES,

étant dilaté par la joie, vous courez avec ardeur dans la voie des commandemens, sachez que cela ne vient pas de vous , c'est un don de Dieu ; et comme il peut seul dilater le emur, il peut aus.si, en retirant s.i BrAce, le faire retomber dans le rfs.serrcmenl et dans la tristesse. Aujourd'hui le soleil de justice répand ses rayons dans votre Ame ; il en dissipe les ténèbres, il en calme les tempêtes, il vous rend rhcureusc tranquillité; mais si cet astre brillant veut cacher sa lumière, qui le forcera de la répandre ? Or n'en douiez pas , il se cache quelquefois : attendez-vous A des temps d'obscurité , où ces divines clartés ne paraissant plus, vous retoml)orez dans les ténèbres, dans le trouble et dans l'aBitalion.

Que dirai -je des as.saiits que vous liVTCront les malins esprits? Semblables aux flots réitérés d'iinc mer en couroux , ils donneront sans cesse A votre cmiir de violentes secous.ses, et vous vous croirez A tout moment sur le point de foire un triste naufraBC. La tentation sera peut-être si affreuse, que les pensées qu'elle vous subb^rera vous |>aratlroal ne pouvoir entrer que dans l’esprit d'un homme réprouvé. R vous semblera que tout l’enfer est conjuré contre vous , et quo Dieu dans sa colère vous a livré A Satan. Souvent même vous ne pourrez ouvrir la bouche ni pour prirr, ni pour chanter les louanBCS du SeiBneur. Des attaques si affliBcantes en elles-mêmes le deviendront encore plus [>ar leur durée et [lar leurs fréquens retours. I.e démon ne se contentera pas d'un assaut ni de plusieurs ; plonBé et replonBé dans cette fournai.se, vous passerez de tristes jours, environné de peines, tantét plus, tantôt moins affreuses , mais toujours très rruflles.

Mais que rien de tout cela ne vous abatte et ne vous fosse entrer en défiance de voire bienaimé. Soobcz que toutes ces peines, dans les desseins de sa miséricorde , sont des épreuves pour foire paraître dans tout son éclat votre amour pour lui ; des leçons pour vous apprendre A compatir A ceux qui, comme vous, .seront en butte aux traits du lentaleur; des moyens d’expier vos péchés el de prévenir de nouvelles fontes, des dispositions A des btAccs plus abondantes; enfin des préservatifo contre l’orBueil , qui vous font sentir que sans sa Brilee vous ne pouvez rien. C’est donc par un effet de l’amrair qu’il a pour vous i|u’il pei-roet qtie vous soyez

PAH LOUIS

lenlc' ; c'est par boiité qu'il semble en quelque manière s'éloigner de voire îirae pour un temps, quoiqu'il u'en soit jamais plus près qu'alors : c'est dans sa misériconlc qu'il vous frappe , qu'il . parait eu colère et prêt à vous réduire en prxidre.

Conduite admirable de l'époux céleste â l'égard d'une âme qui est à lui ! An commencement, et lorsque les nœuds de l'engagement sont â peine formés, il la visite, il la fortifie, il l'édaire , il gagne son cœur, en ne lui faisant trouver que de la joie â son service; il l'y engage par la douceur de ses attraits; il se montre continuellement â elle , pour la retenir par les chai^ mes de sa présence; en un mot, il ne lui fait goôter que délices , que douceurs , pour ménager sa faiblesse; mais dans la suite, il lui Ale le lait et lui donne la nourriture solide des affiietions : il lui ouvre les yeux et lui découvre combien elle aura â souffrir à sa suite. Parle, et voilà le ciel , la terre et l'enfer conjurés contré elle. Ennemis au dehors , tentations au dedans ; au dehors , les tribulations et les ténèbres ; et dans le fond de l'âme , les sécheresses et les désolations : tout æntribue â son martyre. Ici l'époux se déroljc â ses yeux ; U reparaît quelque temps après pour la quitter encore. Tantèt il la laisse dans les ombres et Ibs horreurs de la mort , tantôt il la rappelle à la lumière et â la vie, pour lui faire éprouver la vérité de cet oracle ; «C’est lui qui pnicip'le dans le tombeau , et c'est lui qui en relire. » C'est ainsi que Dieu éprouve lésâmes, qu'il les purifie, qu'il les biimilie, qu'il les instruit, qu'il les rend pliables à sa volonté, qu'il retranche tout ce qu'elles avaient de rude, de difforme et de rebutant , et qu'il les pare de tous les orDemens qui peuvent les rendre agréables à ses yeux.

Mais aussi quand il les trouve fidèles, pleines de patience et de bonne volonlé , quand un long usage des tribulations les a portées, par le secours de sa grâce, jusqu'à ce haut degré de perfiectioa qui consiste â souffrir avec tranquillité et avec joie toute sorte de tentations et de peines , alors il les unit à lui de la manière la plus parfaite, il leur confie ses secrets et ses mystères ; il se communique pleinement â elles, n'usant plus d'aucune réserve, comme au comroencement de leur conversion.

Après cela, les plus fortes tentations serontelles capables de vous déconeerter Vous les re-

l)E B LOI. S 7.'l!>

garderez plutôt comme un gage précieux de l'amour que Dieu vous porte, comme un combat oô il rberrlie non à exposer votre salut, mais à foire paraître votre courage et votre fidélité , pour les récompenser ensuite d'une couronne de gloire. Ainsi tenez ferme et ne cessez de vous écrier avec le saint homme Job ; «Quand Dieu me tuerait , je ne laisserai pas d’espérer en lui. » Il est vrai que, tant que durera la tempête, vous n'assisterez à l’office divin qu’avec peme, parce que votre esprit sera tout obscurci de nuages et hors d'état de s'appliquer ; mais ayez patience et faites tranquillement ce qui dépendra de vous : la nuit passera, les ténèbres se dissiperont, et tôt ou tard le jour reviendra.

2. Prenez garde surtout que le temps de ces ténèbres ne soit pour vous un temps de négligence et de paresse. Si vous ne pouvez prier ni réciter les psaumes, ni méditer , appliquez-vous â la lecture. Si un dégoût affreux vous rend encore cet exercice impraticable, écrivez on travaillez à quelque ouvrage des mains , rqetant toujours avec soin le tumulte des pensées vagues et inutiles.

Il pourrait vous venir alors quelque envie de dormir liors le temps destiné ait sommeil , et nnr envie assez forte pour vous importuner considérablement , et vous jeter dans un abattement extraordinaire. En ce cas-lâ, peut-être ferei-vons mieux de prendre, en vue de Dieu et pour sa gloire, lin moment de repos que de vous raidir contre ce petit besoin de la nature ; ear ai vous n’avez qu’une occupation extérieure à op|ioser à cet assoupissement, vous serez libre, il est vrai, tant qu’elle durera; mais à peine serat-elle finie, à peine voudrez-vous reprendre vos exercices spirituels , que la pesanteur du sommeil vous accablera de nouveau. Le repos que vous prendrez dans une telle circonstance doit être court et léger; ne le prolongez pas au-delà du temps qui suffit pour réciter deux on trois psaumes; l'âme alors se trouvera tout autre, libre , agissante et pleine de galté. Ce que je viens de dire n’esl que pour les personnes tempérantes dans le boire et dans le manger. Pour peu qu'on fût sujet â sa bouebe , le remède serait pins propre â aigrir le mal qu'à le soulager. L'on s'ensevelirair peut-être dans nn sommeil long et profond, et la perte dn temps serait la suite funeste de celle misérable molirsse.

LE DlRECTEl K UES

3. Mais quelle vigilance el quels soins ne faul-il pas principalement employer œnire le démon de l'impureté, (pianil il vent ou nous arrêter à de sales imaginations, ou nous porter II des actions criminelles? I« grand point est de rejeter d’abord ces tentations de l'esprit avant qu'elles aient eu le temps d'y pénétrer. Si vous manquez de repousser l'ennemi dés la première attaque , quelles brèches ne Hera-l-il pas d'abord dans votre intérieur? Après quoi il y entrera comme dans une place de conquête , cl aussitôt il mettra votre âme dans les fers. C'est alors que, privé de votre première liberté et de vos andennes forces, vous aurez bien plus de peine à le renverser.

Cependant quand vous auriez d'abord commis quel(|ur négligence, etquc vous vous trouveriez déjà embarrassé des liens de votre enneini , ne vmis rendez pas pour cela. Criez au secours, et si dans celle espèce d'abalteinenl et de commencement de défaite, vous ne sauriez faire autre chose que de vous remuer, pour ainsi dire, et de ramper â terre, donnez encore celle marque de la résolution o<i vous êtes de résister jusqu'à la mort. Conjurez le Seigneur avec les instances les plus vives de rompre vos chaînes et de vous rendre la liberté, ou d'empèchrr au moins que vous ne consentiez à la tentation , s’il ne veut pas qu'elle finisse encore.

Quelque redoutable que paraisse votre ennemi, et quelque obscénité, quelque impureté, c|urlque extravagance qu'il vous propose, il vous sera souvent facile de le repousser en méprisant ses malignes suggestions. Allez toujours votre chemin, sans foire attention â un chien qiri ne peut qu'aboyer, mais qui ne saurait mordre. Cest une comparaison fomilière des maîtres de la vie spirituelle, qui ne veulent point qu'on s'amuse à disputer avec le démon , comme s'il était possible de lui fermer la bouche el d'arrêter jamais sa langue dévouée â l'iniquité. S'il est cependant trop importun , et que repoussé une ou deux fuis il revienne toujours â la charge, il fout en venir généreusement aux mains avec lui , se rappeler les jugeraens redoutables du .Seigneur, comparer l'instant du plaisir avec l'éternité du supplice; employer les jeûnes, les nucératiuns el les autres remèdes violens qui peuvent réprimer les révoltes de la chair d'une manière prompte «I rfncaer. C'est ainsi qu'il fout obliger l'en-

A.MES REL1G1EUSE.S

nemi de se retirer, chargé de lionic et de confusion.

le démon nous attaque de difh'rentes manières. l'anlût il vient secrèlement et sans foire semblant de rien, ou même sous les dehors spécieux de la piété, pour nous engager plus sûrement dans ses pièges, et tantôt à force ouveiie il se jette sur nous, pour nous faire succomber â la violence et â la multitude des coups qu'il nous porte. En certains temps, il se glis.se d'une manière insensible comme un sriqient , lâdianl di’ nous ciHiduire â de grandes foules par le mépris des plus petites, ou de nous foire passer audessus de certains remords et de certains doutes, pour nous former ensuite une ronKience ou fousse, ou endurcie; el dans d'autres rencontres, sans garder ces ménagemens, il se présente avec toutes les horreurs, el propose tout d'un coup les plus grands crimes. Qurlqurfbis il emploie les consolations spirituelles ou les peines intérieures, pour nous enfler ou pour noos abattre; et d'autres fois il se sert de la prospérité ou de l'adversité temporelle, pour nous porter â la mollesse ou pour nous précipiter dans le désespoir. Cest pourquoi il fout toujours être sur ses gardes , toujours recourir â la passion du .Sauveur, comme à notre grande ressource, loueurs implorer avec larmes le seconrs de Dieu.

4. Souvenez- vous surtout de ce que j’avais commencé à vous dire ; c'est de ne pas vous enorgueillir des doua rélestes que Dieu pourrait vous avoir accordés. «Qu'avez- vous, dit saint Paul, que vous n'ayez reçu? et si vous l'avez reçu, pourquoi vous en glorifier comme si vous ne l'aviez pas re«,-u?» Ne serait-ce pas une iitjustice criante? N'ouvrez donc jamais votre cœur aux inspirations séduisantes de la vaine gloire et de je ne sait quelle secrète complaisance en vous même. A plus forte raison devez-vous éviter de foire jamais parade aux yeux du monde de ce qui pourrait sc passer en vous d'extraordinaire. Il faudrait pousser l'indiscrétion bien loin pmir se faire de ces sortes de foveurs un sqjet d'ostentation. Gardez votre secret pour vous, et pour vous seul,â moins qu'un motif de zèle pour l'avancement spirituel du prochain, ou un lir- I soin pressant qu'il aurait de consolation, ou I l’obéissance, ou la considération de quelque i grand bien que vous pourriez procurer par relie

PAR LOI.IS

luic, uu cuflii une liuliKpensable n^cessild, ne vutu obligeAt de faire connaître l'iitat de votre âme et les Faveurs singulières que Di u y répand ; et dans ces cas-là même, ne vous décoovrei qu'à des personnes sages et discrètes, et que ce soit toujours avec la pudeur, la ntodeslie et l'humilité qui conviennent aux amis de Dieu.

Au reste , ne regardez pas les dons de Dieu comme la récompense de vos mérites et le fruit de votre travail; mais soyez persuadé que vous en êtes indigne , comme vous l'étes en effet , et que tout ce que vous méritez, c'est qu'il vous rejette et qu'il vous abandonne à vos misères. Ne vous comparez point avec ceux qui sont encore imparfaits, et peut-être moins avancés que vous dans la vertu. Jetez plutôt les yeux sur ceux qui sont les plus lervens et les plus saints; afin que vos défiints étant placés auprès des pei^ fcctions de ces grandes âmes , ce point de vue vous fnppe davantage.

Humiliez-vous, abais.sez-vous , regardez-vous comme le dernier des hommes , dans toute la sincérité de votre evur. Mais quoi ! me direz-vous, comment en viendrai-je là ? la plupart des Chrétiens, dépourvus de tout sentiment de crainte et de pudeur, mènent une vie criminelle; et, grâces au ciel , je suis fort éloigné de leur désordres. Quoi ! but-il que je donne dans mon esprit la préférence à de telles personnes, et piiLvjc avec vérité me placer au-des-sous d'elles? Oui , vous le pouvez , et vous le devez. Considérez que ceux qui sont aujourd'hui les plus médians peuvent se trouver demain dans un degré de vertu plus éminent que le vôtre ; considérez que s'ils avaient reçu les mêmes grâces que vous , ils vous surpasseraient de beaucoup en sniiitcté, et que si ces grâces si abondantes ne vous soutenaient pas , vous tomberiez dans des excès plus crians (|uc les leurs. Considérez tout cela, et vous reconnaîtrez que les plus grands pécheurs vous peuvent être préféiés. Si vous étiez instruit des secrets de Dieu , quelles seraient vos idéi s ? quelles seroient vos maximes? On vous verrait céder volontiers aux autres les premières places, et vous faire un devoir de n'occuper jamais que la dernière; on vous verrait prosterné avec joie aux pieds de vos frères, rendre avec cmpres.sement les services les plus bas aux derniers de tous les hommes, respecter riiiiage rie Dieu en eux , et, parce mol if de piété.

DK Kl. OIS. ^^\

n'avoir pour tout le monde qu'une sincère déférence ; honorer le Seigneur dans la personne de vos supérieurs, et vous porter à l'obébsancc avec une ardeur qui ne vous permet trait jamais ni le plus petit murmure , ni le plus léger retardement .

Mais j'ai encore quelque chose de plus excellent à vous proposer, et un degré d'iium lité plus parfait à exiger de vous. C'est de vous abaisser d'esprit et de cœur pour l'amour de Dieu , non-seulement au-dessous du reste des hommes, mais encore au-dessous des autres créatures de l'univers. Ainsi ne vous r^ardez plus que comme de la poussière que cliacun a droit de fouler aux pieds, et en vous voyant , croyez que vous voyez un poids inutile à la terre, un monstre indigne du jour. Pénétrez le fond de votre ingratitude, de votre Infidélité , de votre lâcheté, de votre inconstance, de votre misère et de votre néant , et peut-être parviendrez-vous enfin jusqu'à ces bas sentimeiis de vous-même, et jusqu'à vous mépriser sbuverainemenl.

Quand le serpent infernal viendra frapper avec insolence à la porte de votre cœur , et qu'il vous inspirera de vous croire quelque chose , de vous laisser aller à la vaine gloire, de vous préférer aux autres , repoussez vivement ce séducteur ; fermez lui toutes les avenues , et quand il trouverait le secret de répandre son venin en vous, jusqu'à faire que votre àme en ressente la malignité , qu'il n'ait pas du moins la forer delà faire consentir à son souffle em|ioisni:né. Car si vous cédez un moment aux sollieitations de ne père du mensonge , si vous lui accordez ce qu'il demande , si vous vous laissez prendre à ses appas , c'en est fait, vous avez violé les .sacrés rngagemens que vous aviez pris avec l'époux de votre àme , vous avez souillé cette couche nuptiale qui étoit auparavant couverte de lis et de roses, et vous ne rentrerez point en grâce que vous n'ayez rompu un si détestable commerce, et que vous ne vous soyez profondément humilié en présence de votre bicn-aimé. Peut-être même qu'avant de rentrer en grâce et en Faveur , il faudra subir la peine de votre infklélité, et demeurer long-temps en proie aux douleurs et aux afflictions; jusqu'à ce que votre Dieu, qui est un Dieu jaloux et vengeur, ait purifié votre àme et lui ait rendu sa beauté indignement ternie par un infâme rival. Mais ni voilà assez sur celte malièrc.

LE UIRECTEUR ÜES AMES RELIGIEUSES,

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