SAINT BERNARD
RÊ EN 1091 k rONTAlNE EN BOURCOCNE. ~MORT EN ÂTRIL 1153 A CUIRVAl'X.
Saint Bernard est un de ccs bcmimcs puissans d’intelligence qui ne sauraient passer & travers les siècles sans y laisser des traces profondes de Tin* fluence de leur génie. Né en 1091 , dans le village de Fontaine en Bourgogne , il parut de bonne heure avec éclat dans la célèbre université de Pa* ris. Abailard commençait à y fleurir alors, et elle était le centre de toutes les lumières du temps. La subtilité de ces études ne suffit pas seule A occuper Tardent génie de saint Bernard ; il résolut de s’imposer les sévérités du cloître; et son influence était d<)à telle sur ce qui Tentourait qu’il persuada à trente de ses jeunes amis des familles les plus opulentes d'aller s’y condamner avec lui. Il fut bientôt après élu abbé de Clairvaux. C'était un désert affreux, U le féconda. Il voulut que ses religieux en servant Dieu fossent aussi utiles aux hommes, et tour à tour, suivant l’aptitude de chacun , Il prescrivait les travaux des chamiMt et les travaux de Tétude. Son nom fut béni dans tous les environs , et le respect des hommes ne tarda pas à aller Ty chercher : du sein de son cloître , il était souvent pris pour arbitre des différoids dans TÊglise et l'état. En 1128, A la prtere du grandmaltre des Templiers , il rMigea les statuts de cet ordre religieux et militaire. En 1130, Louia-le- Oros le chargea de décider qui on devait reconnaître pour pape d'innocent 11 ou d’Anadet. Saint Bernard se prononça pour Innocent II, et l’église entière se soumit A sa décision. Peu d’années après il fut envoyé A Milan pour concilier le clergé de cette villeavec celui de Rome. Il réussit, rt les Milanais, enthousiastes de ses talens supérieurs et de ses vertus, voulurent Télever sur le siège archiépiscopal de saint Ambroise ; mais U se déroba A leurs bomnuges et retourna daiu son cloître. En 1140, il se signala an concile de Sens par sa véhémence contre les derniers écrits d’Abailard, et en poursuivit inflexiblement 1a condamnation; mais Abaiiard ne ae fut pas plus tét rétracté qu'une liaison «l'amitié intime se forma entre eux deux.
L'influence de son génie allait se foire plus universellement sentir. Un de ses anciens ràigicux , devenu pape sous le nom d’Eugène III , l'exhorta A prêcher une seconde croisade. L'activité et Téloqueoce de saint Bernard sulguguèrent tontes les résistances : on montre encore au pied de la vaste d belle église deVeselia le lieu d'ob sa passion
religieuse se eommuniquait avec tant de rapidité et allumait la même passion dans ton immense auditoire. En vain le sage Suger voulut résister; Louis VII se croisa et partit avec tout ce qu’il y avait d'hommes aventureux et d’esprits ardent : on envoyait avec mépris une quenouille et un fuseau aux retardataires, et la crainte de paraître lèches entraînait ceux sur lesquels n’avait pas agi l’entlKHisiaanie religieux. On offnt A saint Bernard le ccuimandemeiu général de Tannée qui partit en Tan 1147; mais Texempie de Pierre TErmite n’était pat propre A Tcntraloer. 11 refusa tout autre rôle que celui «le prédicateur, de aorte que si ta croisade éclmua si comfdétement , ce ne fut pas sur lui qu’on en fit porter 1a foute. Aussitét son retour il publia son apologie, et cet échec n’empécha pat Topinion publique de revenir aussitét A lui. El fut de nouveau consulté dans toutes 1rs grandes questions, et forcé de quitter A chaque instant sa vie studieuse du dolire pour se mêler aux débats du monde. «Je ne sais plus ce que je mis, disait-il lui-mème; je ne via ni en religieux ni en nKmdain.» Fatigué de ses courses et de sa vie active, il résolut enfin de se retirer oomplétement «lans la aolitode de son cloître de Clairvaux , et U y tucoomba , en 1163, A ses austérités, A TAge de soixante-deux ans.
Dans Tannée 1173, vingt ans après sa mort, uint Bernard fut caiumisé avec de grandes solennités.
«Nul homme (dit Garai , dans VÈ/ôge de Sugtr) n’a peut-être exercé sur son siè«^ une infinence aussi extraordinaire Entraîné vers la vie solitaire et reiigieiise par un de ces senitmcns impérieux qui n’en laissent pas d’autre «Uns TAme, U alla prendre sur l’autel toute U puissance de la rriigion. lorsque, sortant de son désert, il paraissait au milieu ie» peuples et des cours, les austérités de sa vie, empreintes sur «les traits où la nature avait répandu la grâce et 1a force , remplissaieni toutes les Ames d’amour et de respect. Élcxpient dans un siècle où la penaée et les charmes de 1a parole étaient entièrement inconnus, il triomphait de toutes les hérésies dans les conciles; il frappait «le terreur les etiurtisans jusqu'au piod du tréne; il faisait fondre en larmes l«ft peuples au milieu des places pubtiques. Son éloquence paraissait un des miracles de la religion qu'il prèclûu. EnfinTÊflisc*
NOTICE SIR LES AUTEURS
dont il ftait la lumière dans cea temps barbares, semblait recevoir les voloDtésdiviiies par son entre* mise ; les rois et les ministres , i qui son infleiible sévérité ne pardonna Jamais un vice et ne fit grAce d'un malheur public, s'humilièrent sous ses réprimandes comme sous la main de Dieu même; les peuples , dans leurs calamités , allaient se ranger autour de lui , comme Us vont se jeter au |Hed des autels. Égaré par renthousiasiDe de son aèle , il donna a ses erreurs l’autorité de ses vertus et 1a puissance de son caractère, et U entraîna l’Europe dans de grands malheurs; mais il ne fout pas croire qu'il ail jamab voulu tromper , et qu'il ait eu d'autre amhition que celle d’agrandir l'empire de la religion. C'est parce qu'ii était toujours trompé lui-mème qu'il était toujours si puissant Il eût perdu son ascendant avec la bonne foi. L’Église, malgré ses erreurs, l'a mis au rang des saints; la pbikwophie, malgré les reproches qu'elle lui foit , doit l’élever au rang des grands b<Hnnies. •
Les ouvrages de saint Bernard loot nombreux. La meilleure édition qui en ait été donoéi est celle
de MabLIIon , et deux volumes. Villefort , le Mais * Ire et don Clémencet ont écrit sa vie.
Ses ouvrages les plus remarquables sont :
Le Traité de la Considération ;
Le Traité des Devoirs et des Moeurs des Évêques;
Le Traité de la Conversion des Mœurs des Religieux ;
Le Traité de la Grâce et du Libre Arbitre, et dos Sermons.
Les trois premiers mtvrages et quelques-uns de ses scrmoQS ont été traduits.
Le plus célèbre de tous ses ouvrages est le Traifé de la Cofuid^tion , écrit à la demande du pape Eugène. Saint Bernard y enseigne éloquemment aux papes l'importance et L'étendue de leurs devoirs , expoae avec vigueur les désordres du clergé, et, eu traçant au pape Eugène les règles morales qui doivent le diriger, offre en même temps k tous les hommes les meilleures règles à suivre. La traduction que je donne est celle de don Anloioc de Saint-OalM'iei, de l’ordre des ê'euillans, qni l’avait dédiée au célèbre cardinaL Bona, dont deux ouvrages sont insérés dans ce volume.
Digrtized by -Coogle
NOTICE SUR LES AUTEURS