‹ Choix de chansons galantes d'autrefois; avec une introd. et des notes. Ouvrage orné de deux planches gravéesChapitre 18 sur 97 · VILLANELLE · texte numérisé non relu

VILLANELLE

Rosette, pour un peu d'absence Votre cœur vous avez changé ; Et moi, sachant cette inconstance.

Le mien autre part j'ai rangé.

Jamais plus beauté si légère Sur moi tant de pouvoir n'aura.

Nous verrons, volage bergère, Qui premier s'en repentira.

Tandis qu'en pleurs je me consume, Maudissant cet éloignement.

Vous, qui n'aimez que par coutume.

Caressiez un nouvel amant.

Jamais légère girouette Au vent sitôt ne se vira.

Nous verrons, bergère Rosette, Qui premier s'en repentira.

Où sont tant de promesses saintes.

Tant de pleurs versés en partant ?

Est-il vrai que ces tristes plaintes Sortissent d'un cœur inconstant ?

(1) Si l'on en croit la légende, c'est cette chanson que le duc de Guise, Henri 1" le Balafré, chanUiit ;i sa maltresse au château de Blois, pendant la nuit du 22 dé.em bre 1588, quelques heures avant d'être assassiné, sur l'orUrtdu roi Henri III, par k*s Quarante-Cinq.

Dieux, que vous êtes mensongère.

Maudit soit qui plus vous croira I Nous verrons, volage bergère.

Qui premier s'en repentira.

Celui qui a gagné ma place Ne peut vous aimer tant que moi, Et celle que j'aime vous passe De beauté, d'amour et de foi.

Gardez bien votre amitié neuve ; La mienne plus ne variera :

Et puis nous verrons à l'épreuve Qui premier s'en repentira.

Philippe Desportes (1).

(1) Né à Chartres en 1546, mort à Paris en 1606. Protégé successivement par Charles IX, Henri III (ce qui ne l'empôcha d'ailleurs pas de prendre part à la Ligue) et Henri IV, il devint, de simple abbé, chanoine de la Sainte-Chapelle, lecteur de la chambre du roi Henri III, conseiller d'Etat et il ne tint qu'à lui de mourir archevêque de Bordeaux. Il eut le talent, ou la chance, de se faire payer ses moindres vers comme d'inestimables joyaux : Charles IX lui fit compter huit cents écus d'or pour Rodomont, et le duc de Joyeuse le pourvut d'une abbaye pour un simple sonnet. Il finit donc chargé d'honneurs et de prébendes, dont il fit largement profiter ses amis, les nombreux poètes qu'il protégeait. Après avoir publié cinq livres d'amours en sonnets, et autres poésies galantes, il traduisit en vers les cent cinquante psaumes. Ronsard l'appelait : Notre premier poète français.

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