‹ Choix de chansons galantes d'autrefois; avec une introd. et des notes. Ouvrage orné de deux planches gravéesChapitre 38 sur 97 · LA PETITE OBSTINÉE · texte numérisé non relu

LA PETITE OBSTINÉE

Je ne serais pas la plus forte, Dit Jeanne, la fille à Thomas ; Quand Nicolas frappe à ma porte Je n'ouvre point à Nicolas.

Je fais toujours à sa tendre semonce

La même réponse :

« Nicolas, vous perdez vos pas,

Vous n'entrerez pas. »

Jeudi, la petite éveillée.

Ayant manqué de s'enfermer.

Laissa la porte entrebâillée Et Nicolas vint pour l'aimer.

Elle, oubliant que sa porte est ouverte.

Elle lui dit : « Certe, Nicolas, vous n'entrerez pas.

Vous perdez vos pas. »

« Je suis dans ta chambre et j'admire, Lui dit-il, ton air assuré.

Je n'entrerai pas... C'est pour rire I Comment 1 Ne suis- je pas entré ?

Je sais, dit-elle avec un fin sourire.

Ce que je veux dire.

Nicolas, vous n'entrerez pas,

Vous perdez vos pas. »

S*obstinant dans la négative, Jeanne proposait le pari, Quand une douleur assez vive Lui fit jeter un petit cri.

Malgré cela, son esprit de chicane

Faisait dire à Jeanne :

« Nicolas, vous n'entrerez pas.

Vous perdez vos pas. »

Lorsque l'on entend crier Jeanne Et qu'on voit son entêtement, Il ne faut pas qu'on la condamne :

Cela n'est pas sans fondement.

Non, ce n'est pas par pure singerie

Que cette enfant prie :

« Nicolas, vous perdez vos pas,

Vous n'entrerez pas. »

Collé (1),

(1) Charles Collé, né à Paris en 1709, mort dans la môme ville le 3 novembre 1783. Il fonda avec Piron et Gallet le premier Caveau, qui fut dissous en 1739. Il passa alors littéralement au service du dnc d'Orléans, le grand-père de Louis-Philippe, qui s'était entouré de vaudevillistes pour alimenter son théâtre particulier. Collé le fournit, pendant plus de vingt ans, de parades et autres pièces grivoises qui forment son Théâtre de Société. Il aborda ensuite les théâtres classés et fit jouer avec succès nombre de pièces, parmi lesquelles ont survécu la Vérité dans le vin (1747) et, surtout, la Partie de chasse de Henri IV ^,1764) qui est demeurée au répertoire.

LA FAÇON DE LE FAIRE (1) Air : Que votre vengeance ne tombe,., de Mon rossignol

Amants, qui marchez sur les traces Des jeunes seigneurs de la cour, Ayez de Tesprit et des grâces ; Il en faut pour faire l'amour. Tout consiste dans la manière

Et dans le goût ; Et c'est la façon de le faire Qui fait tout.

Pour faire un bouquet à Lucrèce Suffit-il de cueillir des fleurs ?

Il faut encor avoir l'adresse D*en bien assortir les couleurs.

Tout consiste, etc.

L'amant risque tout, et tout passe, Alors, il sait prendre un bon tour ; S'il est insolent avec grâce, L'on fera grâce à son amour.

Tout consiste, etc.

(1) Vaudeville final de la comédie de Nicaise, représentée le 4 avril 1754 sur le théâtre que le duc d'Orléans avait au faubourg Saint-Martin.

De deux jours l'un, à ma bergère Je fais deux bons petits couplets ; Et ma bergère les préfère A douze qui seraient mal faits.

Tout consiste, etc.

Vous vous envoyez faire faire Mille compliments chaque jour ; Mais il n'en est qu'un qui peut plaire, C'est celui que dicte l'amour.

Tout consiste, etc.

Collé.

LES PAYS-BAS (1) Air : Dondon, dondon.

Des marchandls que le diable berce Vont au Mexique, vont en Perse

Porter leurs pas.

Amants, sans faire de traverse, Tenez-vous-en au doux commerce

Des Pays-Bas.

(1) Annonce en vaudeville de la parade des Belles Manières, Jouée sur le théâtre du duc d'Orléans à Bagnolet, à la fête donnée, le 25 septembre 1763, en l'honneur de Mlle Le Marquis dite Marquise, qui revenait de Hollande.

Ce n'est point ses épiceries, Son tabac ni ses broderies

Dont on fait cas ; Mais chemise fine et de Frise Donne goût pour la marchandise

Des Pays-Bas.

Je connais un séminariste Qui ne prend que là sa batiste

Pour ses rabats :

Il se croit plus adroit qu'un singe De ne jamais laver de linge

Qu'aux Pays-Bas.

Qu'en Espagne et qu'en Italie L'amour jaloux y multiplie

Les cadenas, La république de Hollande Donne une liberté plus grande

Aux Pays-Bas.

L'on a toujours là quelque intrigue Fille avec plaisir y prodigue

Tous ses appas ; Et jamais, après ces délices, Galant ne s'est plaint des malices

Des Pays-Bas.

L'esprit seul, sans changer de place, Voyage, passe et puis repasse

En cent climats ; Tel est l'amant dans son vieux âge :

Sa tendre idée encor voyage

Aux Pays-Bas.

Ceux que le beau sexe, avec joie.

Voit brûler en France, on les noie

Dans les Etats, L'amour publie à son die trompe Qu'il ne faut pas que Ton se trompe

Aux Pays-Bas.

Collé.

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