‹ Choix de chansons galantes d'autrefois; avec une introd. et des notes. Ouvrage orné de deux planches gravéesChapitre 39 sur 97 · COUPLETS A JULIE · texte numérisé non relu

COUPLETS A JULIE

Air : Liso?i dormait dans un bocage.

Quand la nature eut fait Julie,

Ce beau chef-d'œuvre elle montra ;

Mais, en voyant sa modestie,

Elle est à moi, disait Vesta.

En sournois l'Amour vous la guette

Et dit tout bas : Nous verrons ça.

Ce regard fin, ce soupir-là

Qui soulève sa collerette,

Prouvent déjà qu'Amour l'aura.

Et Julie à l'Amour resta.

Est-il beauté plus accomplie

Qu'Hébé, Vénus ? Oui, la voilà I

Voyez sur sa gorge polie

Ce bouton-ci, ce bouton-là.

Cette taille fine et légère.

Et plus bas, plus bas... Halte-là I

On n' voit pas ça, l'on n' touche pas là ;

C'est la cachette du mystère :

L'Amour jaloux défend ce lieu.

Un mortel y serait un dieu I

Livrez-vous à l'astronomie, Buffon, Lacaille, d'Alembert ; Dans les beaux yeux de ma Julie Je vois toujours le ciel ouvert.

Sans aller sur mer et sur terre Du soleil chercher le degré, Dans mon réduit, tout à mon gré, Je mesure un double hémisphère ; Et je n'observe tout au plus Que le passage de Vénus.

Favart (1).

(1) Charles-Simon Favart, né à Paris le 13 novembre 1710, mort le 12 mai 1792. Fils du pâtissier qui a inventé les échaudés, pâtissier lui-même, il débuta de bonne heure par une poésie qui lui valut une violette aux Jeux floraux. Sa famille ayant été ruinée par la banqueroute de Law, il se mit à travailler résolument pour le théâtre où il ne tarda pas à remporter un grand succès avec la Chercheuse d'esprit. Le 12 décembre 1745, il épousa Mlle Marie-Justine- Benoîte du Ronceray (1727-1772), la gracieuse actrice de rOpéra-Comique qui devait illustrer son nom. Directeur du théâtre que le maréchal de Saxe entretenait à son camp, pendant la campagne des Flandres, Favart appela auprès de lui sa femme qui inspira au maréchal une violente passion. Mme Favart, ne sachant comment lui résister, s'enfuit à Bruxelles. Furieux, Maurice de Saxe obtint, en manière de vengeance, une lettre de cachet contre le malheureux mari, qui se réfugia, près de Strasbourg, dans la cave d'un curé de campagne où il dut peindre des éventails pour ne pas mourir de faim. La mort du maréchal de Saxe lui ayant enfin rendu la tranquillité, il se remit à faire des opérascomiques {Annette et Lubin, la Rosière de Salency) et des comédies dont les Trois Sultanes sont demeurées au répertoire.

LES DANGERS DU BOIS Air : Vlà c'que c'est gu d'aller au bois.

Tous nos tendrons sont aux abois :

V*là c' que c'est qu' d'aller au bois ; Nos bûcherons sont gens adroits,

Quand on va seulette

Cueillir la noisette ; Jamais l'Amour ne perd ses diroits :

V'ià c' que c'est qu* d'aller au bois.

Jamais l'Amour ne perd ses diroits :

V'ià c* que c'est qu' d'aller au bois. Un jour ce petit dieu sournois 'Dormait à l'ombrage Sous un vert feuillage ; Dorine approche en tapinois :

V'ià c' que c'est qu* d'aller au bois.

Elle dérobe son carquois, En tire une flèche Propre à faire brèche,

Dont elle se blessa, je crois :

Vlà, etc.

Depuis ce temps, je l'aperçois Qui pleure, qui rêve, Morguenne I elle endève ;

L'imprudente s'en mord les .doigts :

V'ià, etc.

Sa sœur Colette, une autre fois, V'ià c' que c'est qu' d'aller au bois, vraignant qu'un loup dans ces endroits

Ne vînt ia surprendre.

Pour mieux se défendre Prit pour guide un jeune grivois :

V'ià, etc.

Mais l'Amour, sûr de ses exploits,

Est de la partie.

Sans qu'on s'en défie ; On croit être deux, on est trois :

V'ià, etc.

Lise craignait de faire un choix :

V'ià c' que c'est qu' d'aller au bois. Sa vache s'égare une fois ;

La pauvre fillette.

Suivant la clochette, Dans un taillis trouve un matois ; V'ià, etc.

Dont il lui faut subir les lois ;

La jeune bergère

Appelle sa mère, Qui ne peut entendre sa voix :

V'ià. etc. Favàrt.

LE REFUS Air de la Sabotière.

Non, Lucas, Je ne t'accorderai pas Ce que ton ardeur

Veut de mon cœur.

Ton air de douceur Est un air trompeur.

Quoi ! tu veux Que, trop sensible à tes vœux, Je perde en un jour Deux ans d'amour !

Non, cher amant.

L'amour dépend De ce plaisir Qui pique ton désir ;

Mais si soudain Tu bornais ton dessein A ne me prendre que la main ; Si ton dessein Se bornait au baiser.

Je n'oserais le refuser.

Allons, cessez.

Quoi I vous recommencez I Tenez, monsieur Lucas,

Ne me chiffonnez pas.

Allons, cessez.

Quoi I vous recommencez !

Je vais crier : oh ! dame, finissez.

Mais plus je veux me plaindre Et plus il me donne lieu de craindre.

Quoi I sur mon sein Porter la main 1 Comment I plus bas !

Je tremble, hélas î Ah I c'est trop me contraindre.

Arrêtez-vous donc, Voleur, fripon.

Je le dirai.

Me fâcherai :

Je vous mordrai.

Vous frapperai ; Ciel I il se met à mes genoux !

Je meurs... au secours I... je me trouble...

Cruel I il redouble...

Quel feu s'empare de mes sens !...

Lucas... cher amant... je me pâme...

Il faut plus d'une âme Pour sentir tout ce que je sens.

Vadé (1).

(1; Jean-Joseph Vadé, né à Ham (Picardie) en janvier 1720, mort à Paris, en juillet 1757, des suites d'un abcès à la vessie. Après avoir quelque temps couru la province comme employé dans les Finances, il obtint à Paris une petite sinécure dans la môme administration, fi:rAce à la

LE TROC Air du menuet de Cupis.

« Lucas, contente mes désirs ; Allons, C'est assez dormir :

Faut-il toujours te prévenir Sur un plaisir Que l'hymen fait sentir ?

Non, je ne puis m'en abstenir, Rien ne peut me contenir ; D'un autre je vais l'obtenir, pour te punir. » Dans le moment Isabelle Se lève et prend la chandelle ; De son époux Méprisant les dégoûts, Se lève tout en courroux Et s'en fut trouver Martin

protection du duc d'Agenais, dont il avait été le secrétaire. Ses opéras-comiques et ses parodies ayant eu du succès, il fut recherché dans les salons où l'on s'amusait de ses saillies grivoises. Le poème « épi-tragi-poissardi-héroïcomique » de la Pipe cassée mit le comble à sa réputation, que consacra officiellement son ami le critique Fréron. Vadé fut le premier à utiliser en poésie le langage grossier mais pittoresque des Halles. Cela lui valut le surnom de Callot de la poésie.

Qui, dès le grand matin, Etait au rendez-vous. Lucas, bien loin d'être chagrin,

Est charmé de son dessein Et bénit cent fois le destin D'être débarrassé de ce lutin.

Catin L'attendait dans le jardin Où, pour certain, Son mari mettait Isabelle en train :

Mieux que dans les draps.

Chacun entre les bras De l'objet de ses vœux Goûtait le fruit de ses beaux feux ; Mais à leur malheur Succéda la frayeur ; Car l'aurore parut.

Et chacun se reconnut.

Isabelle, à petit bruit.

Trotte et s'enfuit :

Catin, d'un air nonchalant,

En fait autant.

Les maris, en même temps, S'en furent cocus et contents.

Vadk.

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