LA PEUR LE SOIR
Lison arrivait du village,
C'était le soir :
Elle crut voir sur son passage
— Il faisait noir — Accourir le jeune Silvandre.
Lison eut peur :
Elle ne voulut pas l'attendre ; C'est un malheur.
C'était le soir, Il faisait noir ; Lison eut peur, C'est un malheur !
Que pouvait faire cette belle ?
C'était le soir 1 Silvandre court plus vite qu'elle.
Il faisait noir.
Il la poursuit, enfin l'arrête,
Lison eut peur :
La peur la fit choir sur l'herbette.
C'est un malheur.
C'était le soir, etc.
Quand Lison fut ainsi tombée,
— C'était le soir, — Le berger, à la dérobée,
— Il faisait noir. —
Voulut lui ravir une rose,
Lison eut peur :
La peur ne sert pas à grand'chose.
C'est un malheur.
C'était le soir, etc.
Personne n'était sur la route...
C'était le soir...
Bientôt Lison n'y voit plus goutte :
Il faisait noir.
Elle veut enfin se défendre,
Elle avait peur : Que faire ? Hélas ! il put la prendre ;
C'est un malheur.
C'était le soir, etc.
Lison paraît fort inquiète
Depuis ce soir Et ne veut plus aller seulette
Quand il fait noir.
La belle devient moins légère ;
Elle a grand'peur :
Dans neuf mois que dira sa mère ?
C'est un malheur.
C'était le soir, etc.
Laclos (1).
(1) Pierre-Ambroise-François Clioiierlos de Laclos, ik^ à Amiens en 1741, mort à Tarante (Italie) le 5 novembre 1803. Entré au service à dix-huit ans, capitaine du génie ;\ trentesept, il devint alors secrétaire des commandements du duc