LA PÈCHE
Air : Chansons^ chansons.
Un jour l'Amour, avec finesse, Dit : « L'olivier à la sagesse
Doit s'attacher ; C'est le laurier que Mars préfère ; Mais ce qui convient à ma mère,
C'est le pêcher. »
Sur la pèche qui se colore On voit Hébé, Pomone et Flore
Se rapprocher :
Elle est si brillante et si fraîche Que tout le monde aime la pêche
Et le pêcher.
Elle a d'autres appas encore :
Le fin duvet qui la décore
Plaît au toucher :
Ce duvet que zéphyr caresse E^ le charme de la jeunesse
Et du pêcher.
Eve aimait un peu trop la pomme, C'est aussi ce qu'au premier homme
J'ai reproché.
En pareil cas, s'il faut qu'on pèche, A sa place, pour une pêche
J'aurais péché.
Un joli sein de forme ronde Qu'un bergère fraîche et blonde
Ne peut cacher, Vénus, nous rappelle la pêche ; Et ce sein-là mieux que moi prêche
Pour le pêcher.
Les uns trouvent la poire exquise Et les autres pour la cerise
Peuvent pencher ; Mais je ne vois rien qui m'empêche De donner la pomme à la pêche
De mon pêcher.
SÉGUR aîné (1).
(1) Louis-Philippe comte de Ségur, né à Paris en 1753, mort dans la même ville en octobre 1830. Entré à dixhuit ans à l'armée, il conquit le grade de colonel en Amérique, dans le corps des volontaires de Rochambeau. Rentré en France, il fut nommé ambassadeur et ministre plénipotentiaire auprès de la grande Catherine et fit preuve, en cette circonstance, d'un rare talent de diplomate. Suppléant de la noblesse aux Etats généraux, il fut quelques jours député, mais donna tout de suite sa démission. Il fut successivement envoyé comme ambassadeur à Rome.où Pie VI refusa de le recevoir, puis à Berlin, où il réussit à empêcher la déclaration de guerre qui était Imminente. Rentré à Paris, il pensait s'y reposer sur ses lauriers, mais il fut
L'ExXTREPREXANT
Ces jours passés, avec Thémirc Je me rencontrai sur le soir :
Nous étions seuls, j'osai lui dire :
« Passons, madame, en ce boudoir. »
Madame y passe sans mystère ; Près d'elle me voilà campé.
« Quoi, chacun sur une bergère ?
Passons ensemble au canapé. »
arrêté comme suspect le 10 août 1792. Relâché peu après, il ne crut pas devoir émigrer et s'adonna dès lors à la littérature : c'est à cette époque qu'il fit représenter, sous le nom du citoyen Ségur aine, un assez grand nombre de vaudevilles. Toutefois, il ne publia pas alors ses autres travaux littéraires, afin de ne pas mécontenter l'Empereur. dont il connaissait le peu de sympathie pour les hommes de lettres. II y gagna les faveurs de Napoléon, qui fit successivement de lui un grand-maître des cérémonies, un comte de l'Empire, un grand-aigle de la Légion d'honneur, un grand-officier civil de la couronne et, finalement, un sénateur, le 5 avril 1813. Cela ne l'empêcha pas de voter la déchéance de l'Empire à la première Restauration et d'entrer à la Chambre des Pairs ; puis, quelques jours après, de reprendre son service auprès de Napoléon et, même, de demander à le suivre à Sainte-Hélène. Eliminé de la pairie à la seconde Restauration, il ne rest^ pas longtemps en disgrâce, garda son fauteuil à l'Académie française et, dès 1819, fut réintégré à la Chambre des Pairs. C'est alors <iu'il publia ses écrits. — C'est dans une de ses chansons que se trouve l'adage souvent cité :
Tous les méchants sont buveurs d'eau.
Nous y passons Tun près de l'autre.
« Eh I monsieur, vous me serrez bien I Ma place est là, voilà la vôtre.
— Pardon, madame, ce n'est rien.
Mon Dieu I que votre main est belle Le long de ce tablier noir 1
— Vraiment ? Que faites-vous ? dit-elle.
— Je baise : c'est peu de la voir.
Le lis qui me tient en extase L'emporte encore sur votre main.
— Paix donc : vous chiffonnez ma gaze ; Ah I que vous êtes libertin 1
S'il vous plaît, point de badinage.
Ou je vais me mettre en courroux.
— Madame, si je suis peu sage.
Je m'en repens à vos genoux.
— Eh bien 1 quoi I faut-il que je crie ? Fi I monsieur... Si je l'avais su...
— Ah I votre mule est si jolie.
Que i^en baise le contenu.
— Finissez donc, c'est malhonnête...
Eh 1 mais vraiment, c'est tout de bon^.. Ah 1 que ne tiens-je la sonnette ?
Oh I le méchant I... Ah 1 le fripon I... »
Fabre d'Eglantinb (1).
(1) Philippe-François-Nazaire Fabre, né à Limoux (ou à Carcassonne) le 28 décembre 1755, guillotiné à Paris le