LIVRE PREMIER
Après' longues guerres entre le'roy Henry second et l'empereur Charles le quint, finablement les ambassadeurs d'un costé et d'autre ne pouvant terminer tant de différends qui estoyent entre eux par paix, ils capitulèrent des trefves tant par mer que par terre pour cinq ans, le cinquième jour de février, l'an mil cinq cens cinquante six. Par lesquelles chascunretenoit la possession de ce qu'il avoit prins et gaigné du temps de la guerre, sans toutesfoisj[)ouvoir s'accorder touchant les prisonniers, entre lesquels les principaulx estoyent le duc d'Ascot du pays bas, et François de Montmorency, fils aisné du connestable, qui trois ans devant avoit esté pris à Thérouenne. Lesquelles trefves furent jtrouvées avantageuses et honorables pour le roy. Et au traicté d'icelles acquit grand honneur, Gaspard de Colligny, seigneur de Chastillon, admirai de France, homme rassis et prudent en la conduicte des affaires, lequel alla faire jurer lesdictes trefves à l'empereur estant à Bruxelles, et vint de la part de l'empereur au roy le conte de Lalain.
Peu de temps après, Charles, cardinal de Lorraine, personnage doué de beaucoup de dons et grâces, mais (comme est le naturel des grands entendemens) ambitieux et aspirant à choses baultes, revint de Rome, qui fut après Pasques, ayant là esté pour ligue contre l'empereur XYI" siicLS y ChroD. et Mém.
Charles cinquième, et avec grandes capitulations avoit faict lieutenant général du roy en Italie Hercules deuxième duc de Ferrare.
Sitost qu'il fut adverty desdictes trefves (qui fut à son retour) il fut grandement desplaisant, et passant par Nevers venant par eaue, il déclara tout hault en présence de plusieurs, que cen'estoitcequeleroy luyavoitpromis, et qu'il avoit bien le moyen de les rompre, s'asseurant de ce faire sitost qu'il seroit venu à la cour, qui lors estoit à Blois. Auquel lieu estant arrivé, et là ayant faict entendre le discours de son voyage, le roy partit dudict lieu, et passant par Chastillon, il ouit nouvelles le deuxième jour du mois de may, que le duc d'Ascot, prisonnier au bois de Yincexmes, s'estoit sauvé dans Caiid)ray, et de là estoit allé à Bruxelles trouver l'empereur Charles, qui luy dict qu'il avoit esté pris en coquin et s'estoit sauvé en larron, d'autant qu'il avoit esté pris vestu en paysan, cuidant se sauver en une rencontre faicte près Amiens, où il avoit eu le pire, et puis s'estoit desrobé de la prison.
Dudict lieu de Chastillon, le roy vînt à Fontainebleau, ou fut le trouver le cardinal Caraffe, légat et nepveu du pape Paul quatrième, venu en intention de rompre lesdictes trefves; et apporta au roy une espée richement parée, de laquelle il lay feit présent au nom du pape.
DE L'ESTAT DE LA RELIGION
Et estant en un festin que le roy feit, il retira devant souper dans la cbappelle tous les ambassadeurs là estans, et en teor présenoe dict à l'ambassadeur de l'empereur qu'iceluy empereur ne se pou voit excuser que la guerre que le seigneur Marc Anthoiae ColoïKe feiiaoit au pape fiq tust faicte des armes et deniers dudict empereur, mais que le sainct siège appelleroit tous les princes chrestiens à sa dcffense. Ledit cardidal, qui naguère! avôit esté veu en Franoe homme de guerre au service du roy, fut tellement recueilli, qu'incontinent on chercha à luy faire présens, et entre autres de quelque riche évesché. Et pour ce qu'il ne s'en trouvoit point lors de vacant, fut demandé f évesché de G)minges au garde des seaulx Bertrand, depuis cardinal de Sens, qui le presta au roy s et fut baillé ledict évesché audict cardinal Caraffe.
Anne de Montmorency connest&Ué, hèmme prudent et advisé, et, par un long maniement des affaires, grandement expert en iceulx, ne pouvoit bonnement s'accorder avec ledict Caraffe, et vouloit que les trefves fussent maintenues et gardées; toutesfois, tant fut faict par le cardinal de Lorraine et son frère, le duc de Guyse, à l'aide de Diane de Poiôtiers, duchesse de Valentinois, (de laquelle le sieur d'Aumale, frère dudict cardinal de Lorraine, avoit espousé la fille puisnée), que le roy s'accorda à laroupture desdictes trefves, et que le duc de Guyse François de Lorraine, hardi et vaillant seigneur, iroit en Italie, accompaigné de six mil Suisses soubs la charge du colonnel Frelic, et quatre mil François soubs le duc de Nemours, avec cinq cens hommes d'armes, et cinq cens chevaulx légers. L'on estima que le connestable, ayant tenu corde au contraire, se lascha pour deux occasions : Tune, qu'il ne fust à la parfin trop marry de voir tous ce. Ix de ladicte maison de Guyse portans armes aller audict voyage, duquel il n'espéroit heureuse yssue ; l'autre, que, pour Festablissement de la grandeur de sa maisoh, il taschoit de marier le sieur de Montmorency son fils atsné, naguères délivré de prison, moyennant cinquante mil escus de rançon, avec la vefve du duc de Castres, fille advouée du roy.
Ledict mariage luy estant accordé, et ainsi qne l'on fut sur le poinct de l'accomplir, il estoit advenu que ledict sieur de Montmorency
luy avoit faict entendre le jour de sainct François en octobre par Odet de CoUigny, cardinal de Chaatillon, et l'admirai ses cousins germains , et nep veus dudict connestable , qu'il avoit promis à la damoiselle de Piennes, et qu'il n'en pouvoit avoir d'autre. Ûeq^y ledict connesta^ ble très déplaisant taschoit néantmoins par tous moyens de faire accomplir ledict mariage. Et ayant faict mettre ladicte damoiselle en garde daoâla mai$oiides fiUei Dleu,vitit à penser qu'il avoit sur ce à faire du pape, qui furent deux raisons qu'aucun$ voulurent estimer avoir aidé à le faire condescendre à l'entreprise dudict voyage, et conséquemment à la roupture de ladicte trefVe. Et ae faict il envoya son fils à Rome, où il trouva Pierre Strosse mareschal de France, et tous deux ensemble commencèrent à exploiter pour le pape si bien, qu'ils rerdreat le port d'Ostie, et autres places que Espagnols àvoyent occupées autour de Rome, le pape estant presque assiégé dans icelle.
Le duc de Guyse partit de Sainct-Germaîn-en Laye, où il laissa le roy le lendemain de la Toussaincts ; et venu qu'il fut à Paris commença à dresser son voyage en grand apparat, et ainsi passa les monts. Et fut conduict par le mareschal de Brissac, îors lieutenant général pour le roy en Piedmont, devant la ville de Valence, qu'ils prindrent. L'admirai d*autre costé, non sans regret, et contre tout ce qu'il avoit peu remonstrer, rompit aussi lesdietes trefves au pays bas, £ûsant entreprise sur la ville de Douay.
L'empereur s' estant retiré en Ëspalgne, et dès le 27 septeqibre précédent ayant quitté Tempire, (qui aida bien à plus facilement oser entreprendre la roupture desdictes trefves) le duc de Guyse alla de Valence passer par le Plaisantin et le Parmoisan, et trouva le duc de Ferrare à l'entrée de ses pays. Le duché de Milan eàtoit lors desgarni d'hommes, et n'y eut oncques meilleure occasion de s'en emparer ; mais les desseings du duc de Guyse tendoyent aux practiques de Naplêa, dont on hdsoit estât. Ainsi ledict duc de Guyse s'en alla à Rome, où le pape Fainusa longtemps sans rien faire. C*estoit une chose admirable à plusieurs, d^ voir le pape, autheùr des jésuites, qui jamais n'avoit faict profession que d'une apparence d'estroicte religion, ne parler plus^ dès qu'il fat
tlJSî]
ponnreii de la dignité pâpalei que d*aiineft de guerrct mtnéeset praciîqiiei.
Le cf idinal de Guyse^ estant près le roy, ee^ crivîl des letti^ à ion frire le duc de 6uyie« oontenaotpliiflîeiirtohosee) etcatre antree^qn'il eoÉL à adrerdr le pape de se bien garder de eonenotir la diapenae da mariage du lienr de Montmorency à antre qu'à la datnoiselle de Fiennei ; d'autant que si le eonnesuiile Favoit nne fois obtenu du pape, il romprott lee dei^ «eings de b guerre. Ladtete lettre fut prise au duo de Guyse, et envoyée au roy. Pont iedict sieur de Montmorency estant advenif et voyant que le pape luy tisoit de longtieur et dlss'unulatkMi, le suppUa de sacwatcnter duser* vice qu'il hiy avoit bict, et print h FInstant ecmgé de loy. Il arriva à ViUiers^Costerels le jour appelé le vendredi salnet 1657. Déclara que ce qu'il aroit donné à entendre la pro^ messe par hiy fidete à ladiote demoiselle de Piennest «voit esté pour induire son père à vouloir Iedict mariage : mais qu'à la vérité il n'en estait autre chose ; de sorte que tout aussitôt le mariage fut iaiot et accompli de luy et ladicte dame de Castres, fit fol le recqlement de ce mariage^ qui procéda à FoooasioB du mariage mis avant de ladicte damoiseile de Piennés, cause d'tin édict, qui lors fut publié, pat lequd fat ordonné I M Que les enfsns de famille qui contiactsroyett mariages clandestins contre le gré, voirioir et eensentement, et au descea de leurs pères et mères, poussent estre par eax eaihérédés, etexdusdele^rssuooessioBStdédarés incapables de tous advantaiges, proficts^ et esmolumens qu'ils pomroyaif préteôife par le moyen des conventions de mariages, ou par le bénéfice des coustmnes et loix du pays, et que les pères et mères poorroyent révoquer les do* nations et advantaiges qu'ils leurs am-oyent iaiets; ceulx mesmes déclarés punissables qui auroyent damé conseil et aide pour la consommation de tels mariages : et que ladicte loy et ordonnance auioit lieu, tant pour Fadrenir que pour le passé, pource (est^l dict) qu'il y a en ce transgreséioA dek loy et comBoamdement de Dieu, dont on ne se peuit couvrir d'igno*rance et tolérance au conti'aire. Réservés toutesibis les mariages consommés aupantvant par «ohabîution chamefle, et non compris les fils excédsns Faage de trente ans, et les filles ayants vingt-cinq ans, pourveu qu'ils se soyent mis en
ET RÉPUBLIQUE, LIV. I
devoir de requérir Fadvis et conseil de leursdicts pères et mères.»
Le connestable adonc commença k remons* trer au roy le dommaige que luy apportoit la roupture desdites trefves, et Fabsence de ses principales forces hors le royaume ; que le duo de Çuyse avoit despendn cent soixante mil escus par mois « ^ toutesfois qu'il n'avoit rien faict, sinon qu'il avoit veu Civilelle, ville frontière de Naples; que le roy des EspaignesPhllippes faisoit grand appareil pour venir assaillir le royaume ; mais ores qu'il fust sans hommes et sans argent, qu'il exposeroit néantmoîns sa ipaison et sa personne pour son service. Leroy s'en plaignant à la duchesse de Yalentinois ( laquelle pour sa revencbe poulsa le roy à faire marcher le connestable, à fin de pourveoir à l'affaire qui se présentoit), fht cause que hastivement Iedict comiestable partit de Compiègne, et alla au lieu appelé Kostre-Dame de Liesse, où il trouva bien peu de gens. Et en amassa le plus qu'il pouvoit, voyant Farmée dd roy Philippes preste, laquelle ayant faict semblant de s'arrêter à Mariambourg jusques à y faire gabions, soubdain s'estoit venue camper devant ja ville de Sainci-Quentin , «a laquelle Fadmiral s'estoit mis au grand besoing, accompaîgnédu sieurde Jamac. François de Colligny , sieur d'Andelot , frère dudict admirai , estant avec Iedict connestable, et sachant sondiet frère avoir fsultc d'hommes, désirdt fort entrer en ladicte ville pour le secourir; ce que le connestàbk entreprint. Et après Favoir mis dedans , etquelqutsgens en bien petit nombre avec luy, à son retour ( qui fut le jour SaincfLaur ens ) , fiit deffaiot avec son armée, luy blessé, et prins prisonnier , et avec luy Loys de Bourbon duc de Montpensier, le marescbal de Salnct-André, k duo de i^gueviHe , et autre grand nombref de primses, seigneurs etgentibhommes; et entre autres furent oeois moasietff d' Anguien Jean de BomH^, et François de la Todr vicoute de Turaine.
incontineiit après eeste defEaicte, la rorné vint de Compiègne(ou estoit le roy) la pre- Hûère à Paris, et fot à Fhostel de ville, où ell&* mesme demanda, et obtint un octroy de trois cens mil livres. Là fat ordonné que monstre générale seroit faicte des habitansde la ville de Paris, auxquels commandoit monsieur Charles de Bourbon, prince de la Roche-sur- Yon. Le
DE L'ESTAT DE LA RELIGION
roy arrivé, incontinent après furent faictes processions générales. Panl sieur de Termes fat mandé ponr la réputation desavertn et proaesse; et luy venn, feit rompre le desseing inutil d'une longue trenchée que Ton avoit commencé du costé de Montmartre.
Lecardinalde Lorraine prenoit garde ce pendant que nul n'entreprist la surintendance du maniement des affaires de ce royaume , s'attendant la mettre entre les mains du duc de Guyse son frère, si tost qu'il seroit de retour , lequel avoit esté en mesme temps repoulsé de devant Civitelle , de sorte qu'il luy vint bien à propos qu'il fiist lors mandé, et luy fut envoyé l'escuyer Scipion pour s'en venir et ramener ses forces avec luy. Peu de temps après, le roy estant encores à Paris, vindrent les nouvelles de la prise de Sainct-Quentin, laquelle le roy Pbilippes se délibéra de fortifier avec la ville de Ham, aussi par luy prise, sans vouloir passer oultre pour tirer à la ville de Paris, ainsi que chascun estimoit qu'il devoit faire. Mais il trouva que malaiséement il la pouvoit prendre, et avec plus grande difficulté la garder, et mesmes que la prenant, le pillage d'icelle pourroit estre cause de la ruine de son armée.
Pendant ces entrefaictes, il n'estoit nouvelles que de l'accroissement du nombre des luthériens (ainsi lors appelés en ce royaume ), quelques sévères ordonnances et punitions que l'on en eust sceu faire ; et ne parloit-on que des assemblées secrettes qui se faisoient jour et nuict en maints lieux, et mesmement dans la ville de Paris. En laquelle en fut descouverte une entre autres qui se faisoit en la rue Saint- Jacques devant le collège du Plessis, plusieurs y estans , qui furent tellement surprins, qu'ils furent contraincts se sauver du mieulx qu'ils peurent,les uns par le derrière de la maison, les autres par le devant ; aucuns se fiiisans voye avec les armes, et autres se cuidans sauver , estans tués , les autres pris en grand nombre. Plusieurs femmes y furent descoiffées , mises en cheveux , jettées dans la boue, et battues par le peuple en pleine rue. Entre les femmes qui furent menées prisonnières , estoyent les dames d'Ouarty, de Rentigny et de Giampaigne, et une damoiselle du pays de Guyenne, nommée de Graveron, demourant près de Saincte-Foy. Et entre les hommes,unjeuneadvocatduparlement,nommé
de GraveDes , un pédagogue de Puniversité , vieil et ancien, nommé Clinet, et plusieurs autres, tant hommes que femmes, jusques au nombre de cent ou six vingts. Desquels furent incontinent exécutés à mort et bruslés ladicte dalnoiselle de Graveron, et lesdicts de Gravelles, et Clinet, homme docte et sçavant en l'escripture, tous trois ensemble à la place Maubert, après leur avoir couppé la langue en la manière accoustumée.
Quelques joursaprès furent d'autres exécutés, les uns auprès du pillori de Sainct-Germaindes-Prés, les autres ailleurs. Et furent les dames dessusdictes, après longue détention de leurs personnes en prison, rendues à leurs maris , du tout adversaires à leur religion; et la dame de Ouarty, vefve, renvoyée à la roine. Et furent d'abondant lors adjoustées plusieurs autres ordonnances contre les assemblées, et contre les livres apportés de Genève , et recommença une nouvelle poursuyte contre les luthériens^ des* quels on faisoit courir un bruict, qu'ils s'assembloyent de nuict , et après avoir tué toutes les chandelles, que chascun s'addressoit à la première qu'il pouvoit rencontrer, et en abusoit à son plaisir, avec plusieurs autres propos semblables qui se trouvèrent faulx et controuvés. U y eut une grande brigue entre les lieutenans civil et criminel , à qui auroit la cognoissance des prisonniers dessusdicts. La confiscation de ladicte damoiselle de Graveron fut demandée et obtenue par le marquis de Trans , gendre du garde des seaulx, que plusieurs trouvèrent mauvais.
Le lieutenant civil,nommé Musnier, se monstra si aspre après ceste poursuyte , qu'il l'entreprint de faict sur le lieutenant criminel, auquel toutesfois elle devoit appartenir. Mais ledict lieutenant Musnier, et son commissaire nommé Bouvot, qui avoit faict les captures, bicntost après furent condemnés pour crime de faulx commis à l'instruction d'un procès contre la contesse de Senigant , laquelle faulsement on chargeoit d'avoir faict évader le duc d'Ascot, et feirent tous deux amende honorable , puis furent pilloriés aux halles, et relégués.
Une lettre , peu de temps après, escripte au roy lut divulguée, par laqudle estoit dict que les cdamités et afiOictions qui tenoyent la chrestienté comme accablée et désolée estoyent tel« les, que chascun conféssoit qu'elles procédoyent
ET RÉPUBLIQUE, LIV, L
do jQste jugement de Dieu, et de ce qu'on lais-
mt palloler tant de sortes d'hérésies qui ré-
gDoyent; mais qae le mal estoit que nul de
ceux qui avoyent l'administration publique , et
a qui appartenoit d'y pourveoir, ne regardoit
arec bon jugement fondé sur les Sainctes-Escrip-
tures qui estoyent les hérétiques, et quelle est
la vraye et faulse religion, pour de la tirer la
vraye reigle et concorde ; que le vray office du
roy estoit de vacquer à la cognoissance de tels
différends, comme avoyent faict les rois Eié*
chias et Josias et autres. Et après avoir faict
entendre les marques et différences de la vraye
et £anlse religion, estoit escript en ces termes :
•« Considérez, je vous prie. Sire, et vous trouverez que toutes afflictions vous sont advenues, lorsque vous avez entreprins de courir sur ceux qu'on appelle luthériens. Quand vous feites rédict de Chasteaubriant, Dieu vous envoya la guerre; mais quand vous en feites surseoir l'exécutiiMn, et tant que vous fustes ennemi du pape, estant ailé en Aliemaigne pour la protection de h lii)erté de la Germanie, affligée pour la^ religion, vos affaires prospérèrent à souhait. Au contraire, que vous est-il advenudepuis que vous Toos estes joinct avec le pape , ayant de luy reccu Vespée qu'il vous a envoyée pour sa protection, et qui fut cause de vous &ire rompre la trefve? Dieu a tourné en un instant vos prospérités en telles afflictions, qu'elles ne touchent qu'à Testât de vous et de vostre royaume.
« A quelle fin est tournée l'entreprise de monsieur de Guyse en Italie, allant au service de Tennemi de Dieu avec délibération de ruiner à son retour les vallées de Piedmont, pour immoler à Dieu ses victoires? L'issue a bien monstre que Dieu sçait bien renverser nos délibérations, comme il a destoumé naguères celle de monsieur le connestable à Sainct-Quentin , le jour sainct Laurens, ayant voué à Dieu qu'à •on retour il iroit ruiner Genève, s'il avoit victoire. Avez vous jamais entendu comme feu Poneher, archevesque de Tours, poursuyvant rérection d'une chambre ardente, fut bruslé du Ceu de Dieu, qui luy commença au talon : et se fusant couper un membre après l'autre, mourut misérablement sans qu'on peust trouver jamais la cause ; comme Castellanus, s'estant enrichi par l'Évangile, et ayant rejette la pure doctrine pour retourner à son vomissement, voulant persécuter la ville d'Orléans, fut touché
en la chaire du doigt de Dieu, et d'une mahtdie incognue aux médecins, bruslant la moitié de son corps, et l'autre froide comme glace, mourut avec cris et gémissemens espouvantables.
« Il y a autres infinis exemples mémorables du jugement de Dieu, cMnme de la mort du chancellier et l^t du Prat, qui fut le premier qui déféra au parlement la cognoissance dc^s hérésies, et qui donna les premières commissions pour faire mourir les fidèles. Car il mourut en sa maison de Nantoillet jurant et disputant Dieu, et fut trouvé son estomach perse et rongé de vers. JeanRuzé, conseiller en parlement, venant de faire un rapport de procès contre les pauvres fidèles, fut pris du feu au petit ventre, et à peine fut conduict en sa maison, que le feu se print à ses parties secrettes : dont misérablement il mourut, bruslant par tout le ventre, sans monstrer aucun signe de recognoistre Dieu . Gaude des Asses, aussi conseiller en ladicte cour, le jour mesme que contre Dieu il donna son opinioq pour faire brasier un fidèle, qui ne fut toutesfois du tout suyvie, après disner se meit à paillarder avec une chambrière, et en l'acte fut frappé d'une apoplexie, de laquelle il mourat sur le champ. Pierre Liset, premier président en ladicte cour, autheur de la chambre ardente, fut déposé de son estât, pour estre cogneu privé de son bon sens, Dieu luy ayant osté l'entendement. Jean Morin, lieutenant criminel de la prévosté de Paris, après avoir faict mourir tant de fidèles, fut finalement irappé de loups aux jambes, dont ayant perdu l'usage, mourat aliéné de son sens, après par plusieurs jours avoir renié et blasphémé Dieu. Jean André, libraire au. Palais j espie du président Liset, et du procureur du roy Bradard, mourat en fureur et rage. L'inquisiteur de Romma en Provence, tomba à loppins, si puant, que nul ne pouvoit approcher de luy. Jean Mesnier président de Provence, qui feit mourir tant d'hommes, femmes et enfans à Cabrières et à Mérindol, mourat d'une strangurie, le feu estant pris en son ventre, blasphémant et despitant Dieu. Et plusieurs autres dont l'on pourroit fitire récit, pour estre punis de mort semblable.
« Que s'il plaist à Vostre Majesté y adviser, vous trouverez que n'avez pas plustost conclud de leur courir sus, qu'aussi soubdain nouveaux troubles n'ayent esté esmeus par vos ennemiSy
DE RESTAT DE LA RELIGION
[mr\
avec lesquels n^avez peu tomber d'accord. Ce que Dieu n'a permis, pour autant que le fonde^ ment de paix estoit sar la persécution, que deli' bérez fiire des serviteurs de Dieu; comme aussi vos cardinaux n'ont peu empescher par leur cruauté le cours de l'Evangile, laquelle a prins telle racine ea voetre royaume, que si Dieu vous laschoit la bride pour les exterminer, vous seriez quasi roy sans sobjects* Tertulian a bien dict que le sang des martyrs est la semence de FÉvangilc.
«• Pour donc oster tous ces maulx prov^aans des richesses des papistes, qui causent tant de paillardises, sodomies, incestes, se veautrans et nourrissans en porceaulx, conmie ventres oi-* sife, le meilleur moyen seroit de les remettre ainsi que les andens sacrificateurs lévites; à scavoir sans terres et possessions, comme le commandement fut donné exprès à Josoé. Car tant que l'ordonnance de Dieu eut lieu, et qu'ils furent exempts d'ambition, la pureté de la religion demoura en son entier; mais quand ils commencèrent à aspirer, et furent parvenus à la principauté, richesses et honneurs mondains, lors s'eslevèrent les abonÛDaticms, que Jésui^ Christ y trouva.
» U en a esté ainsi en FÉglise prnnitive : car die a fleuri, et est demeurée en pureté tant que les ministres ont esté shnples, et qu'ils n'ont point cherché leur grandeur et profict particulier, mais seulement la gloire de Dieu. Car lonh que les papes ont tendu à la principauté, et usurpé le vray domaine de l'empire, soubs onH bre d'une faube donation, ils ont aussi destoumé les Sainctes-Escriptures, et se sont attribués le service que devons à Dieu. Pourtant Vostre Ma-* jesté se pourra à bon droict saisir de tout le temporel des bénéfices en saine conscience, pour les employer à leur vray et propre usage. Premèrement à f entretenement des fidèles mïnm^ très de la parole de Dieu, qui awront esUt pour leur nourriture et entretenement, ainsi que le cas le requerra ; secondement, à l'enirctenemem des gens de vostre justice; tiercement^ à k nourriture des pauvres, el eaitreteiMment des GoHcgea, et Ihinstruire la pauvre jeunesse, seloQ ce à quoy ils seront propres. Et du reste qui est inftni« il denœurera pour Ventretenement de vostre estât, et subvention de vo» affaires, au soulagement de v«6re pauvre peuple, qui seul porte le fùx, et ne possède comme rien. £t en
ce faisant un nombre hiflni d'hommes, et mesmee de vostre noblesse, qui vit du crucifix, s'em^* ployera à vostre service, et de la république^ d'autant phis diligemment qu'ils verront que no récompenserez que ceulx qui l'auront desservi. Car il n'y a capitaine ne seigneur, qui ne se sente mieux récompensé d'un bénéfice de cinq cens livres, que d'en voir donner dix mil à son frère, pour les consumer en chiens, putains et oiseaux. Et y a un nombre infini d'hommes ^ vostre royaume qui occupait les plus beaux estats et bénéfices, et n'ont jamais rien mérité de la chose publique.
« Par ce moyen, il sera aisé à Yostre Majesté de se servir seulement de vostre main françoise au faict de la guerre, suyvant l'advis et conseil du sieur de Langey en son traicté de l'art militaire : car vous n'aurez que trop de gens, aux-^ quels y aura plus de fidélité que aux estrangers, qui s^aguerrissent à vos despens, et emportent l'argent du royaume. Comme aussi les deniers que vous baillez chascun an pour les pensions des estrangers, et ceulx qui vont à Rome ehaf* eun jour pour les collations des bénéfices, lesquels en prestent à vos ennemis pour vous £iire la guerre. Et en ce faisant demeureront en vostre royaume, qui par ce moyen demeurera riche, opulent et invincible.
« Quand les papistes voyent qu'ils n'ont raison aucune, ib s'essayent de rendre odieux à Vostre Majesté les luthériens qu'ils appellent, et disent que si leur dire avoit lieu, qu'il vous fauldroit diemeurer persoime privée, et que ja« mais changement de religion ne vient qu'il n'y ait aussi changement de principauté. Chos^ aussi faulse comme quand ils nous accusent d'estre sacramentaires, et que nous nions l'auc^ torité des magistrats, sont» ombre de quelquei furieux anabaptistes, que Satan a suscités dâ noetre temps pour obscurcir la hunière de l'É^ vangile : car les histoires des empereurs qut ont commencé de recevoir la religion chres» tienne, et ce qui est advenu de noetre temp» monstre le contraire. Fut-il oncques un prinoe^ phis crainet efobéy que Constantin en recevant la religioft chrestienne? A-t-il pourtant lAti^ donné l'Empire? D'autant ptn» au eontrtire fuh il confirmé en iceluy et ceiix de sa postérité <f«l se sont laissés conduire par sa previdence. Ciar^ au regard de ceux qui se sont destoumés, ei ei&l suyvi les traditions humaines, Di^u les «
ET RÉPUBLIQUE, LIV. I
Tfàûiêt volfê lear race n'eit plus cognne en la
terre, tant Dîea a en hoirrear eeulx qui Taban-
damieût ne tant ne quant. Et de nostre temps
In ktut roli d'Angleterre, et les princes d'Aile-
malgne ont^ib etté contrwicts, en repnrgeant
Im sapergtttloni que la malice du temps avoit
appofrtées, d'abandonner leurs royaumes et
prînçipaul^? Chascun yoit le contraire, et quel
lioiiDeiir» obéissance et fidélité portent à leurs
princes et sopérienrs les peuples qui ont reoeu
la rèlbrmatioA de l'Évangile de nostre temps?
Totre, }é puis dire que les princes ne sçaToyent
aupamyant que c'estoit d'estre obéys, lorsque
le peuple rade et grossier recevcdt aisément les
dlspeates du pape, pour chasser leurs princes
6l seigneurs nattrds. Ayez^vous apperœu que
aueun de ceuh qu'on appette luthéneos ait
tenda i trouble ne sédition^ quelques cruels
supplleea qu'on leur ait faiet souffrir? J'appelle
sur ee en tesmolng monMeur le maresehal de
Brissao, s*il a trouté peuple plus obéissant en
Piedmont , que eeulx des vallées d'Angrongne,
et autres. Et s'il leur a baillé charge tant dure,
(pfils xie l'ayent portée sans murmurer. Que
^ik ii*eussent tenu pomr certain que les rois,
princes et magistrats, sont ordonnés de Dieu,
ils d' cassent obéy volontairraient, mais con-
tnincts par force se dissent portés plus laaebe-
meikt.
• Le irray et seul remède, Kre, est que vous fitclei teiâr un sahict et libre concile, ou vous présiderez, et non pas le pape et les siens, qui dolireot seulement défendre leurs causes par les Sainctes Escriptures; que cependant vous cherchiez gens non corrompus, suspects ny favorables, que vous chargerez de vous rapporter fidèlement le way sens des Sainctes Escriptures. Ce ikict, à Texemple des bons rois Josapbat, Ezéehiaset Josias, vousoeCerezde l'Église toutes idolâtries, superstitions et abus qui se trouveront directement ccmtrevenlr aux Sainctes Escriptures du vieil el du Nouveau-Testament; et rousrengeres avec ce vostre peuple au vray et pur service de Dleu^ sans vous arrester au dire des papistes, que tettes questions ont esté vuMées aux conciles. Car Ton sadt aases que md cooeile n'a esté légitlaae, depuis que les papes ayans usurpé la prinelpraté et la tynm^ nie subies âmes» les ont bict servir à leur avar riee, ambition et cruauté; et la contrariété qui est en ieeulx les lEatt assez improuver» arvec cent
mille autres absurdités contre la parole de Dieu qui aont en ieeulx. La vraye espreuve de telles décisions est aux vray es et Sainctes Escriptures, auxquelles le temps et Fâge n'ont pu apporter aucune prescription ; car par elles nous recevons les conciles fondés sur la parole de Dieu, et par elle-mesme nous rejettons ce qui y contrevient. »•
« Que à vous en faites ainsi. Sire, Dieu bénira vostre entreprise, il accroistra et confirmera vostre règne et empire et à vostre postérité; si autrement, la ruine est à vostre porte, et mallieureux le peuple qui demeurera soubs vostre obéissance. Il n'y a double que Dieu ne vous endurcisse le cueur comme à Pharaon, vous oste la couronne de dessus la teste, ainsi qu'il a faict à Jéroboam, Nadab, Baasa, Achab et à tant d'autres rois qui ont suy vi les traditions humaines contre le commandement de Dieu, et la baille à vos ennemis pour triompher de vous et de vos enfiuM. Que si Tempereur Antbonin débonnaire, enoores qu'il fustpayen et idolâtre, se voyant accablé de tant de guerres, a bien voulu faire cesser les persécutions qui estoientde son temps contre les chrestiens, remettant à lafindUcelui d'y pourveoir et d'entendre leurs raisons, combien plus, vous qui portez le nom de très chrestien, Âsves-vousestre soigneux et diligmt de faire cesser les persécutions oontre les pauvres chrestiens; veu mesmement qu'ils n'ont troublé et ne troublent aucunement Testât de vostre royaume, ne de vos affaires, et ne tardent à aucune sédition et trouble? Considérez aussi que les Juifs sont soufferts par toute la ehrestienté, encores qu'ils soyent ennemis mortels de aostre âeigi»eur Jésus- Christ, que nous tenons d'un commun accord et consentement pomr nostre Dieu, rédeoQfleur et sauveur; et ce jusques à tant qfue vous ayez ouy légitimement débattre et attendre nos raisons prinsea des Sa»ctes Escriptures, el que Vostre Mi\|esté ait jugé si nous sommes dignes de telles punitions. Car si nous aemmes convaincus par la parole de Dieu, les feux, les glaives et les plus cffuela teumMBs ne noua espouvanteront point. Ce sont le exerctoes que Dieu a promis aux sitttiSf et qu'il leur a prédict devoir advenu: au dtnuer teaqpa, à fin qu'ils ne se trottUe&t quand telles persécutions adviendront. »
L'édit de Cbasteaubriant, dont est cy-dessus parlé, fut £aiet eayjm. U51 «par lequel (conte-
DE L'ESTAT DE hk RELIGION
nant quarante-sept articles) sont repris et confermés tons les anciens édicts pnnissans de mort les luthériens. Et en est baillée la cognoissance souveraine aux juges présidiaulx, pour en cstre plus prompte l'expédition, avec plusieurs articles répétés et adjoustés contre les imprimeurs, libraires, porte-panniers et autres vendans livres souspeçonnés. Que les pourveusd'estatsde judicature seront tenus d'apporter attestation, par laquelle il apparoisse qu'ils sont en réputation d'estre bons cbrestiens et catholiques. Sera informé contre la négligence des juges qui dissimulent la punition desdicts luthériens -, et que de trois mois en trois mois es cours souveraines seroient tenues les mercuriales , esquelles seroit premièrement traicté desafEaires concernans la saincte foy et religion ; spécialement pour purger les faultes, si aucunes se trouvoyent contre quelques-uns de la compagnie, qui fussent aucunement souspeçonnés des erreurs et nouvelles doctrines; dont est ordonné de bien informer diligemment, et du tout en advertir le roy , avec plusieurs autres articles fort sévères et rigoureux. Et fut la vérification de cest édict requise par l'advocat du roy Pierre Séguier, depuis président; laquelle fut imprimée avec iceluy édict, par laquelle il dict qu'il ne falloit doubter que le zèle de la religion n'eust esté une des principales causes, pour lesquelles il avoit pieu à Dieu maintenir Testât du royaume jusques à huy . Que les histoires avoient tesmoigné, qu'entre les malheurs et infélicités des rois romains, le règne de Numa Pompilius se trouva fort heureux, long et paisible, pour ce qu'il estoit très soigneux de la religion. Et avoit dictTite-Live et Plutarque quôd Numa PompilitM iemplum fidei solemne primus instituity c'est-à dire, que le roy Numa Pompilius fut le premier (qui institua le temple solennel de la foy; que le délaissement de la religion, la nonchalance et apostasie, le schisme et division de l'Église avoient esté la source et commencement de tous maux, et présage de la désolation des républiques, ainsi que les exemples en estoient fréquens-d^ neglecta religùme (c'est-à-dire de la religion tenue à nonchaloir) escripts par Valère et autres nos histoires. A l'encontre de ceste remonstrance fut divulgué tout incontinent un petit livre, lequel s'attachoit aigrement contre ledict Séguier, pour avoir aussi [adapté les exemples des payens, mcsmes celuy du temple de la Foy
construict par Numa Pompilius, a propos de nostre religion et foy chrestienne.
Le cardinal de Lorraine voyant le temps propre pour entendre à l'establissement de la grandeur de sa maison, de laquelle il a esté surtout soigneux, commença à mettre en termes le mariage de sa niepce Marie roine d'Escosse» avec monsieur le daulphin. Et pour parvenir à iceluy, mettoit en avant que le roy verroit aussi bien de son vivant son fils couronné, que l'empereur Charles avoit de son vivant veu couronner le roy Philippes son fils roy d'Angleterre ; faisant ledict cardinal presser l'af&ire par les estais d'Escosse, aidé de Henry Clutin sieur d'Oisel, qui manioit audict pays les affaires de la roine douairière. Et pour faire condescendre la roine à ce mariage, laquelle avoit tousjours dict qu'il n'y avoit rien pressé, puis que les deux personnes estoyent en la main du roy, et que monsieur le daulphin son fils estoit encores bien jeune et mal sain, se commença à déclarer ledict cardinal contre la duchesse deV alentinois , et à blasmer en tout ce qu'il pouvoit, comme ayant à desdain la mémoire de son alliance, sachant que c'estoit une chose fort aggréable à la roine, laquelle Feust bien voulu voir estre délaissée d'un chascun.
Cependant le duc de Guyse arriva, et fut incontinent envoyé dresser le camp à Compiègne, où le roy estant allé après, déclara, présens tous les chevaliers de l'ordre et capitaines estans audict lieu, que ledict duc de Guyse estoit venu à poinct pour la conservation de son royaume, et fut mis en avant de le faire vice-roy en France ; mais d'autant que ce tiltre fut trouvé nouveau, il fut commandé de luy expédier lettres de lieutenant général du roy en tous les pays de son obéissance, lesquelles furent dressées par le secrétaire des commandemens du Thier, et depuis receues et vérifiées par la cour de parlement de Paris, et autres cours de parlement en ce royaume. Dont incontinent après le roy s'excusa envers son compère (ainsi appeloit-il le connestable), luy mandant par lettres secrettes qu'il avoit esté contrainct de ce faire, comme aussi le mariage de mondict sieur ledaulphin, avecplusieurs autres choses contre sa volonté; mais que le temps luy en feroit la raison. Car tant s'en falloit que l'absence et captivité dudict connestable refroidist l'amitié qu'il luy portoit, que, au contraire, elle serabloit
ET RÉPUBLIQUE, LIV. ï.
Fenflammer davantage, jnsqnes à lay mander soigneusement de tons ses plus secrets affaires, et sans en communiquer à personne qui fost autour de luy; dont le roy Philippes adverti, sceut bien faire son profict au traicté de la paix qui s'en ensuivit.
Ledict duc de Guyse se trouvant avoir armée grande, le roy se résolut de faire exécuter l'entreprise de Calais dès longtemps auparavant projectée et préparée, principalement par le seigneur de Senarpont, et laquelle le connestable avoit résolu de mettre à exécution, s'iln'eust esté pris prisonnier. Et pour ce que le roy avoit plusieurs fois entendu la facilité d'exécuter l'entreprise, il y voulut aller en personne^ mais il en fut destoumé, dont il fut bien marri après que les nouvelles arrivèrent de la prise, disant que on hiy avoit osté un honneur qui à luy seul appartenoit. Et néantmoins ledit duc de Guyse feit une telle difficulté d'aller audict Calais, tenant l'exécution dudict voyage pour impossible , qu'il vinst jusques à protester que ce qu'il en faisoit n'estoit que pour obéir au très exprès commandement du roy, qui ne cessoit d'insister au contraire, et dire que la prise de ladicte ville se-* roitsans aucune résistance, estant bien adverty du peu de difficulté qu'il y avoit à la surprendre.
Les nouvelles de ladicte prise arrivèrent lors que une assemblée se faisoitau palais de Paris, au commencement du mois de janvier, en la salie appelée la salle Sainct Loys, en forme d'assemblée d'estats. La conclusion de laquelle fut de prester deniers pour le secours de la guerre, après que le roy eut proposé par luy-mesmes la nécessité de ses affaires ; et le cardinal de Lorraine porté la parole pour le clergé, le duc de Nevers pour la noblesse, le président Sainct- André pour la justice, et le sieur du Mortier pour le tiers estât, chascun faisant offre au roy des personnes et biens de ceulx pour lesquek ils parloyent. Le roy incontinent après voulut aller voir Calais ; ce qu'il feit en bien peu de jours, et y mena avec luy monsieur le daulphin. Et là fut baillée la charge de la cavallerie légère au duc de Nemours, à l'instance et faveur du duc de Guyse, qui en cela le feit préférer à monsieur le prince de Condé, ayant en mesme temps et auparavant demandé au roy ladicte charge, dont ledict sieur prince feit grande démonstration d'en estre mal content. Le roy I estant de retour dudict Calais, s'en alla XVI* siàcLSy ChroD. et Mém.
à Fontainebleau encaresme , ou le vint trouver Anthoine de Bourbon duc de Vandosmois, et lors roy de Navarre par le décès du roy dernier son beau -père, naguères auparavant décédé. Il setenoit fort offensé du duc de Nemours, à cause de mademoiselle de Rohan, cousine germaine de la roine de Navarre, laquelle prétendoit que ledict duc de Nemours luy avoit promis de la prendre en mariage, et qu'elle avoit eu de luy un fils ; ce qu'il dénioit en la diffamant, et estoit pour raison de ce poursuyvi en cour d'Eglise.
Or, après avoir esté accompli le mariage de monsieur le daulphin, que l'on nomma de ce jour le roy-daulpbin, le cydinal de Lorraine fut parlementer avec la duchesse de Lorraine sur la frontière, pour traicter de la paix. Où cependant advint que l'évesque d'Arras, fils de défunct Gramveîle, principal conseiller du feu empereur Charles, dict lors, entre autres choses, que le royaulme de France estoit infecté de plusieurs luthériens, et mesmes de grands seigneurs , entre lesquels fut nommé le sieur d'Andelot. Et dict que naguères il avoit envoyé à l'admirai son frère prisonnier un livre parlant abominablement de la messe ; ce que ledict cardinal de Lorraine estant de retour, et ix'ayant rien faict, feit entendre au roy. Et dict le duc de Guyse à ce propos, qu'il estoit prest de marcher à Thionville (où le voyage estoit dressé, pour y aller faire la guerre à l'instigation de N. Despeaux, sieur de Vieilleville, gouverneur de Mets), mais qu'il n'espéroit y prospérer, si ledict sieur d'Andelot y commaiidoit aux gens de pied, desquels il estoit colonnel. Sur ces propos, le roy se trouva perplex pour l'amitié qu'il portoit au connestable son oncle, et commanda au cardinal de Chastillon son frère, et au sieur de Montmorency son cousin, qu'ils feissent tant envers hiy, que lorsqu'il seroit mandé, il respondit honnestement de la messe, et que ce faisant, luy feroit chose très aggréable. Ledict cardinal et sieur de Montmorency exécutèrent envers ledict sieur d'Andelot ce qu'il leur avoit esté commandé ; mais ils le trouvèrent résolu de faire response libre, et sans l'offense de sa conscience. Et sur ce, vint trouver le roy, estant lors à Monceaux (maison de la roine près de Meaux), auquel lieu l'ayant receu gracieusement, luy demanda, ainsi que le cardinal de Lorraine l'avoit instruict, s'il tenoit que la
DE L*ESTAT DEÎ.A RELIGION
messe fust m^ abomination. A qnoy ledict sieur d'Andelot (}ipt franchefiff^nt, que d'autant que Ton CsiisQit de la nqespe un ifaçrifiee et oblation propitiatoire à Dieu ponr le^ péchés des vivans et des morts (chose qm appartenoit au seul sacrifice et oblatiQQ foic^^ par nostre Seigneur Jésus-Christ de son prppre corps, iceiuy sacrifice faict une foy^ ppi^r ^ovite^ ) il la tenoit pour chose détestable et abomif)i^|e, inventée par les hommes, et nujiefnent instituée par la parole de Qjeu. Pont le rpy fijt tellement courroucé, qu'il le feit oster de sa présence» et jura que, tfeust esté pour J'honnevir qu'il l'avoit nourri, il luy e\ist baillé de son espée au travers du corps. Alor^fut chargé N. Babou, sieur de la Bo!fd^i$ièrç, m^^içtre d^ 1^ garderobbe du roy, de |ç mei^er à Ue|iux d^ns la maison de révesque^ et de |à f^t ^lené f^x les archers de la garde du roy ^m cbasteau de M^lun prisonnier, et (^ charge (^,coma>ander aw gens de pied donnée au sieur de Montlvic.
Au siège de Tjiiq^ville |ut occis au^ trencbées d'un coup Q'arquebou;^, |ç n^reschal Strosse, et Test^^t (|ç Kpf^rescbal baillé à Paul de Termes, lequel, çstant entré ex^ Flandres, avoit assiégé Doncquqrque. Et à son retour tirant à Calais près de Gra véline, trouva Fei^ue enflée, et au passage ^ut deffaiçt par le conte 4'Aiguemont, et pris prisonniers et ^vec luy les sieurs de VillelK)n, Ùaijii^b^uU et ^utires. Ce faiet, le duc de Guyse, avec 9^ forces^ vint $ Pierrepont près de Lies^ ov^ se vint trouver 1^ duc de Saxe avec quel()vie nombre d'A|ema|ius reistres, qu'il avoit amenée ^vec li^y (^u service du roy ; et de là vint camper T^i^mée du roy près Amiens, et celle d^ roy jpbilippes près de Dourlans. £t là se coijçycnença à négocier la paii^ par les députés, qui estoyeot de la part du roy, le cardinal de L<oi:ri^ne, lie comptable, et le mare»chai de Sa^inct-André. Çtde la part du roy Philippes, le duc d'AU^e, d^m ^igosmes de Sylva, et révesque 4'Arras, \fms assemblés en l'abbaye de Sercan, qui est au comté de Sainct-Paul, où estoit logée la duchesse ^ (lOrraine médiatipice. Estans lesquels ven^s audict lieu, et ta connestable sur s^ foy, donna tout d'un train jusques au camp du roy ; lequel ayant entenchi sa ven^e, alla a^-dçvant de Uiy, avec ^écferation d'une incroyable familiarité, jug^gi^èi 00% cher la nuyct ensuy va^t ensemble.
Or, après avoir les députés conféré ensemble
sans se pouvoir accorder, se retirèrent les deux camps, voyant l'byver estre venu. Et vint de recbef le connestable trouver le roy àBeauvaia» qui fut le lendemain de la Toussaincts, où il Q'eut ï^utre chambre ne lict que oeluy du roy. A son retour au païs du roy Philippes, il paria aux susdict^ députés de sa part, et leur dict qu'il se lassoit d'estre mené çà et là sur sa foy, et qu'il e^oit ^emps qu'il sceust la résolution de la délivrance do sa prison, et n'estoit délibéré de plus assister à la négociation de la paix, quHI ne fust en liberté, prévoyant bien que autrement il entremit en suspicion envera plusieurs, que sa prison aurait esté occasion de se lascher , et n'estre si ferme, souhs espéranced'obtenirdélivrance.Qu'ilavoitdonnéordreàsamai* son, et s'estoitrésoludesubir perpétuelle prison, advenant qu'il n'en peust obtenir autre résolution ; et de là s'en alla rendre priscmnier à l'Iste. Après lepartementdu roy delaviUedeBeauvais, et estant venu à Sainct-Gerraain-cn-Laye, le duc de Guyse qne après disnée le vint trouver en son cabinet, où il luy dict qu'il avoit entendu que le connestable estoit venu audiet Beauvais pour disposer de ses aSaires, et entre autres cbo^s pour le prier d'honorer ses enfans de quelques estats, entre autres son aisné de Testât de grand-maistre ; que cela estoit raisonnable, m considération des services qu'il avoit faicts; mais que, puis que luy, duc de Guyse avait eu eest honneur en un jour si solennel qu'aux nopces du roy-daulphin désert* vir de grand-maistre, qu'un autre ne pouvoit après la mort d^ict connestable avoir ledict estât sans sa honte; le suppliant qu'en mémoire des services £aict£ par luy à Sa Majesté, il luy pleust lavoir considération de son honneur, et n'accorder cest estât à autre qu'à hiy. A quoy luy fut dict par le roy, que aon compère hiy avQit bie9 recommandé ses en&ns, prenant congé de luy, mais qu'il n'avoit parlé dudict estât. Et que s'il en vodoit pourvoir le sieur de Montmorency, que son père hiy avoit (aiel tatu de services, et sondict fiAs si bien commencé à luy en fsire, qu'il méritoit bien de l'avoir, mesmes pour h^y appartenir de si près que d'avoir espousé sa fille advouée. Le connectable ce pendant fut Hua à deux cen» mil eii$«s de rançon, et incontinent aprèft» vint à grandes journées UH)uvei le roy aiîliel lieu de Sai&ctrGermaki-en-Laye. Et vinikem avec hiy
entre antres Loyg de Bottrbon, priQoe de Coûdé, qui avoit espoUMé sft niepcè Léonot de Roye, flUe de MagdeUine de Mailiy, dame de Roye, le sieur d'Andelot, lequel ayoit esté délivrédeprison^etAmboined'AstéiSieurdeGrand- Biont. Ledict oonnestalrfe estant arrivé audlct lien, qui fut trois jours devant Noël, aveo le recueil acconstnmé, présenta au roy iediet sieur d'Aodelot son nepveu, lequel il reçeutfortgraoeusement, ne l'ayant vcu depuis sa prison ; et luy furent t*endues ses charges et estats, et Biesmes promis de plus grands. Le lendemain le roy pria le connestable de faire le mariage dé son second fils Henry de Montmorency, sieur de Danvilie, avec damoiseUe Atitoinette de la Marche, fille aisnée du duc de Bouillon, et arrière-fille de la duchesse de Yalentinois.
Au mois de janvier ensoivAnt se fuirent ks nopces du due de Lorraine avec madathe Claude, seconde fille du roy. Puis s'assemUèfent ks dépmés pour traicter la paix à Ghastel en Cambrésis, laquelleenfinyfutaccoltléeaugrand advantage du roy PhiHppes, lequel feit bien s(on yrofict de la prinse de la ville de Sainet-Qoentin, et des prisonniers qu'il avoit entre les mains. Le premier article de la pali estoit : que le roy et le roy PhiHppes procureroyem qu'il se tînst un concile général pour assopir les hérésies; et disoit le connnun que les deux fols foisoyent la paix pour faire la guerre aux luthériens : l'un et l'autre roy faisans grande déclaration qu'ils avoyent un singulier désir de donner bon ordre à la religion, pourautant qu'ils avoyent tous les jours nouvdies que le nombre des Itftbériens ne cessoit de croistre en leurs pays et eatoyent fort incités de ce faire par le cardinal de Lorraine , et l'évesque d'Arras, prélat non laoîfia afiectionné au siège romaini dé la pttti dodid roy PhiKppesy et des premiers de son conseil) auquel bien tost après le pape envoya le chapeau de cardinal.
Et d'autant que h suspicion etoissoft pêitticulièreneDi à rencontre des juges de ee royaume, et surtout deceux dePisiris, la chambre ortmiDeller uMmiée laEToumieUe, ne procédant oontre œox de la reHgîon atppéléenKmvelle, pkt la rigueur accoustumée, et du tout selon ta setérité des ordonnances contre les condamnés^ de crime d'hérésie. Le cardinal de Lorraine donna à entendre que cela ne pouvolt procéder que de la disnondaiion et connivefitce des jtt-
ET RÉPUBLIQUE, LIV. I
ges^ cause pHncipsle de lâ multiplication du liomlite de ceux de ladiete religion; Au moyen de quoy les présldëns et getis du rôy sur ce matidés et ouys, fht enfttt advisé d'y pourveobr à la premlôfc mercuriale, suyvant ce qui avoit esté ordonné pftr Fédict faict à Chasteaubriàtit, duquel a esté phtlê cy-dessus. Le président 8éguief, lors président en la ToUfneiie, estoit Masmé de tenir trop pm de sévérité à la puniti(m dëâ maléfices, mesdies contre tettx qui estoyent (iffévends pouf le Met de là teligidn* si bien qtle ,peude temps auparavant, Itiy, accômpaigné de quelques cotifseillers, estant allé par devers le rOy pour impétrer le payement des gages de la cour dé parlement, ^til lots estôyent deué pour le tem|ifs dé tiùgt deut mois , ainsi qu'il èû eàt pOHé la patole au rov, le eàfdinal de Lorréthie s'adtanèa, et leot met : Je croy qu*on hé HxM empesehèr Vos gsges, potlrveu qrfeléèutîez fidèlement vos chatrges en todè endroièts. A (^ctf ledict président ayant dict qu'ils pehsoyèfrrt qu'on n'eu^t àpperçeu qu'ils f eussent faict faulte, « Si a, diOf-il, en ce que ne punissez les hérétiques. <» Et ledict ptésident ^ant répliqué qu'ils les avoyebt si blenf punis que du ^rand nombre qui é^tdH en leui's prisOhs f( if en estoit demoOré de *fe8fte que t^ois : « Vofre, dtet-il, vous le* avez eipèîkt m les f entêtant devttrt le«t% ^éM|ttes. tracement verf là une belle expédition, à ceuix mèsmèss qui ont hid p^OfeéâAon dé leur foy detàrrt votsi, totit au coiKtfaire delà MmXt églfée de Rome. *> Et ainsi que fediet président etrïdèii dire que ceml qui ifavoyent esté condamnes ti'eus^nf sceu estre (Condamnés il^ài^ étdx, léUrs Consiences sauves : «Non, non,dict-il, fAton^leur le préandent; mais vous esftes éàusè que non seutetoent PeMftiers , mais Xam Poietou j«sqiïès au pays de Bordeawt , thoicmse, Provence, et gbiétàlématti Frahee est toute f€ttt^\e de ceiMe termine, qui ^augmente et pullule sOtfbs Fespérànée et vous. <» Et ainsi furetM tenu^ j^hisieu^ aiutres propos j par lesqtiels dèÉ Wa tfppatut assei du mécoAtenfement qui estoit k Fencotti^e âé plusieurs dé ladicter do^ ft csmé êadM feiet de M i^Rgion. Suyvant donc ce qui fet résohf, lesdicts présidens et gens èù r&f àfpetéà lé dertiier mercf edy d'avrrt qui é^ fe jour <tettt PasAfemblée appelée mercuviale ptejté son noiVi, après Pas ques, le p^oeuréuf général dû rOy nortirté Bourdtn,gthnd»iven^irè'<tè&âicté^ hiiftérjens, pro-
DE L'ESTAT DE LA RELIGION
posa qu'il s'estoit trouvé quelques contrariétés d'arrests au faict de la religion puis quelques jours, d'autant que la grand' chambre, en laquelle estoyent les plus anciens, faisoit sans difficulté brusler les luthériens, et que la chambre de la Toumelle n'usoit envers plusieurs que de bannissement, qui toumoit au scandale de la justice; requéroit à ceste cause que les jugemens qui à Tadvenirseroyent donnés en la matière fussent conformes les uns aux autres, et reiglés selon la loy portant punition de mort. Qui fut un moyen bien propre pour descouvrir les juges souspeçonnés de la religion par leur opinion, comme il advint. Car ainsi que chascun opinoit librement l'un après l'autre, comme l'on a accoustumé de faire, il y en eut plusieurs qui dirent que leur advis estoit que, suy vaut le concile de Basle et de Ck)nstance, il falloit assembler un concile pour extirper les erreurs qui puUuloyent en l'église, et à ceste fin requérir le roy qu'il luy pleust procurer un concile général, conformément à ce que le premier article du traicté de la paix naguères faict portoit; et cependant feire cesser les peines capitales ordonnées pour le faict de la religion. De laquelle opinion forent le président du Ferrier président aux enquestes , et jurisconsulte très docte, ayant longtemps leu à Tholouse en grande réputation, Anthoine Fumée, et plusieurs autres desquels nous parlerons cy-aprés.
Le roy estant à Paris fut incontinent adverti par le premier président nommé le Maistre et le président Mynard (ainsi que Ion disoit, et tenoit-on pour certain), qui fut trouvé fort mauvais, et encores de pire exemple, et contre le serment faict par un chascun conseiller et président à sa réception de ne révéler les opinions et secrets de la cour. Mais ceulx qui vouloyent excuser le faict, disoyent que le roy est tousjours excepté, es cas mesmement de telle importance, ce qui est véritable, quand il est question d'un advis résolu, ores qu'il fiist ébcores secret ; mais non pourtant qu'il faille révéler les opinions particulièrement d'un chascun, n'estans encores résolues et arrestées : l'observance estant telle au faict des opinions que jusques à ce que chascun ait dict la sienne, et mesmes qu'elles soyent toutes arrestées, il est loisible à un chascun de changer son opinion. Autres disoyent que lesdicts présidents avoient esté esmeus de ce faire, prévoyans que.
s'ils n'y eussent pourveu par ce moyen, ladicte cour fust tombée en nécessité de conclure selon la pire opinion, laquelle autrement s'en alloit la plus forte en nombre de voix. Mais il est certain qu'ils devoyent patiemment ouir l'opinion d'un chascun jusques à la fin, et venant à leur tour confuter celle qu'ils jugeoyent estre mauvaise, sans ainsi rompre l'ordre accoustumé d'estre tenu aux jugemens, duquel ils doivent estre les plus soigneux conservateurs ; autrement il fauldroit que lesarrests dépendissent du cerveau des présidents, qui seroit soubs honneste prétexte introduire une tyrannie en la justice. Ce que j'ay bien voulu dire en passant, pour la conséquence d'un tel exemple très pernicieux, s'il estoit ensuyvi, estant la liberté des opinions des juges, lesquelles ne doivent estre intimidées ne asservies. Aussi à la vérité lesdicts présidens ont esté recogneus pour estre hommes de menées, et s'estudians fort de complaire au temps, et surtout d'estre bien voulus des principaulx prélats, pour en tirer profict pour leurs enfans.
Ce qu'ils feircnt entendre au roy fut, entre autres choses, que ce dont on avoit long temps doubté, à sçavoir que plusieurs conseillers de ladicte cour fussent luthériens, sedescouvriroit bien maintenant, et que si l'entreprinse de ceste mercuriale n'estoit rompue, que toute l'Église s'en alloit perdue sans espérance aucune. Que c'estoit horreur d'ouir aucuns d'iceulx, tant ils parloyent de la messe, qu'ils ne tenoyent aucun compte des loix et des ordonnances, et se moquoyent de ceux qui jugeoyent selon icelles, et alloyent la plus part aux assemblées. Ce qu'ils disoyent pour autant qu' Anthoine Fumée, exposé à l'envie de plusieurs à cause du faict de la religion (de laquelle il estoit plus suspect que nul autre), avoit en opinant remonstré plusieurs abus et erreurs en l'Église, et discouru l'origine d'iceux jusques à parler de la cène de nostre Seigneur Jésus- Christ, et de l'abus introduict en icelle.
Le roy fut tellement esmeu et enflammé par lesdicts présidens, que luy-mesmes vint en personne le dixiesme jour de juin ensuy vant en sa cour de parlement, qui se tenoit pour lors aux Augustins de Paris, à cause que l'on préparoit la grande salle et chambre du Palais pour les nopces de madame Eiizabet sa fille avec le roy Pbîlippes, et de madame Marguerite sa sœur
raiiqne avec le duc de Savoye. Et là estant arrivé, et assisté des cardinaux de Lorraine et de Goyse son frère, des princes deMontpensier et de JiRoche-sar-Yon, duc de Guyse, connestable, lecardinal de Sens garde des seaulx, et autres, dict que depuis qu'il avoit plu à Dieu luy donner la paix tdlement confermée par le moyen des mariages, qu'il espéroit qu'elle serait staUe, il luy avoit semblé devoir remédier à la division de la religion, comme à la chose qu'il pensoit estre la plus aggréable à Dieu ; et pour ce estoit venu en sadicte cour, sachant qu'elle en délibéroit pour entendre en quels termes les choses estoyent, à fin qu'elles fussent plus auctorisées par sa présence. Lors le cardinal de Sens dict que le roy vouloit que Ton c(mtinuast la délibération commencée pour l'article de la mercuriale, concernant le &ict de la rdigion smilement, et que ceux qui estoyent à opiner eussent à dire leur opinion , ce qui fut fftict. £t continuèrent lesdicts conseillers à opiner en sa présence, en pareille liberté que eeox qui avoyent dict leur advis auparavant. Ceox qui opinèrent en la présence du roy furenl, entre autres, Claude Viole, qui fut d'ad- Tû du concile; Anne du Bourg, homme éloquent et doc te, lequel, après avoirdéduict beaucoup de propos de la providence et* conseil éternel du Seigneur Dieu, auquel nul ne pouvoit résister, fut de semblable opinion du concile, et suspension des persécutions contre ceux qu*on disoit estre hérétiques. Et du Faur, homme vif et prompt d'entendement, lequel, après avoir faict quelques discours des abus de rÉglise, et ayant dict qu'il falloit bien entendre qui estoyent ceux qui troubloyent l'Église, depeur qu^il n'advinst ce que Héliedict à Achab : •C'est toy qui troubles Israël,» fat d'advis du concile, et de suspendre ce pendant les peines. Et ayant ainsi chascun des conseillers de ladicte cour dict son advis, aucuns ayant dict que l'on devoit donner terme de six mois aux luthériens pour se desdire et revenir de leur opinion, et si les six mois passés ils persistoyent , qu'ils fussent bannis du royaume et chassés d'iceluy, leurs bagues sauves, c'est-à-dire avec ce qu'ils pourroyent emporter (de laquelle opinion un nommé Gaston de Grieu fut autheur) ; les autres, que Ton se devoit conformer à l'édict du roy, qui impose peine de mort contre ceux qui seroyent persévérans ; les présidens
ET RÉPUBLIQUE, LIV- L
de Harlay et Séguier , que la cour avoit toujours faict devoir de bien juger, et mettroit peine d'y continuer, au contentement de Dieu, du roy et de son peuple ; et le président de Thou, que le procureur général et ses advocats estoyent à blasmer d'avoir voulu entreprendre de toucher aux arrests de la cour ; le président Bailiet, qu'il falloit revoir les arrests et procès dont se plaignoyent les gens du roy, le président Mynard, qu'il falloit garder l'édict du roy ; et le premier président en semblable, après avoir allégué plusieurs exemples des conciles, et rudes exécutions &ictes du temps du roy Philippes Auguste, qui feit brasier pour un jour six cens hérétiques, et des Yaudois qui furent estoufiés dedans les maisons, carrières, et autres lieux où ils se retirèrent, avec autres moyens tendans à mesme fin par luy déduicts.
Finalement le roy, après avoir entendu toutes lesdictes opinions, ledict cardinal, garde des seaux, se leva, et monta parler au roy, qui feit appeler tous ceulx qui l'avoyent suyvi avecjes présidens de ladictecour; et puis, tous les dessusdicts s'estant remis en leurs sièges, ayant le roy prins d'eulx conseil, ledict cardinal semblablement s'estant remis en son siège, appela celuy qui avoit escript et receu toutes lesdictes opinions, nommé de Sainct-Germain, l'un des quatre notaires de ladicte cour : auquel s'estant mis à un genoil près de luy, il dict que le roy luy commandoit de lire toutes lesdictes opinions, ce qu'il feit. Lors le roy luy commanda qu'il luy baillast la feuille de papier, en laquelle estoient escriptes lesdictes opinions : à quoy ayant obéy, et le roy les ayant pris de sa main, les bailla audict cardinal de Sens. Après ce , le roy dict que par les rapports qu'on luy avoit faicts il avoit beaucoup de suspicions qu'il y eust en sa cour des gens desvoyés de la foy, luy desplaisoit grandement ce qu'il en avoit cogneu présentement, ayant ouy parler les uns, sçavoit qu'il y en avoit de bons, lesquels il entendoit maintenir, et f&ire punir les autres comme il devoit, pour servir d'exemple. Et sur l'heure appela le connestable, et luy commanda de saisir le second et tiers de ceulx qui avoient opiné en sa présence, qui estoyent Louis du Faur et Anne du Bourg, et les mettre es mains des capitaines de ses gardes. Le connestable, lors s'estant levé de son siège, descendit au parquet, et se saisit des personnes
DE L'ESTAT DE LA RELIGION
desdicts du Faur et du Bourg, elles livra es | mains du comte de Montgommery, capitaine des gardes, qui les mena à la Bastille. Après fut prononcé par ledict cardinal de Sens que le roy avoit ordonné et ordonnoit que les procès criminels et les arrests donnés sur iceulx mentionnés en rartide de la mercuriale, seroient mis en ses mains, pour les bailler au roy, à fin d'en estre par luy ordonné comme il verroit astre à faire. Et puis, à la suscitation dudict premier président (ainsi que l'on disoit) , il commanda à deux oaptUines de ses gardei d'aUer prendre prisonnier du Ferrier, Anthoine Fumée, Nicole du Vd, Claude Yiole, Euslache de k Porte et Paul de Foit, tous conseillers de ladiete cour ; ce qui fut faict, hors mis ledict du Ferrier, du Val et Viole qui s'absente rent. Et furent lesdicts prisonniers mis en ladlete Bas^ tiUe et serrés eslroietement^ chacun dans une chambré, atec gardes, sans livres* papier ny encre, ny communication de personne quelconque. Et demeura le roy Henry tellement animé et courroucé, qu'entre autres propos il dict qu'il verroit de ses deux yeux brasier ledict du Bourg.
lie Iwidemaka, 16 dudit mois de juin, ladicte cour de parlement vacqua à la Visitation des informations faictes par ordonnance du roy sur le départ et absence de Jacques Spifame Evesqoe de Nervers* et maistre des requestes ordinaires de l'hostel du roy, hors le royaume, lequel »'c8toit retiréà Gcaève, de crainte d'estre poursuy vietmolesté pour le faiet de la religion; et fut par ladicte eoor déeemé prinse de corps à Tenccntrcdeluy, toutes ks chambres assemblées.
En ce rihesme temps fut tenu un synode à Paris, plusieuft miMStrei des églises dictes dès lors réformées, assen^lés ca une maison des &Qhbourgs de 8aint-6ermaîiHies-Prés , ou fur f^A arrestés quarante-deux articles concernaiis la disoif^iae ccdcsiastique; e'e^ à sçavoir (pour en faire un sommaire récit) : « Que, «B premier Beu* DÉiBc église ne pourra prétendfe principauté ou dmmiiation sur l'autre; qu'un président en chaseun synode sera esleo <f un eommuft aeoord pour présider au colloque, Ctfeirecequ'yapparticnt;etfiniraladictecharge avec chaseun synode et concile. Que les ministtes amèneront avec eux au synode chaseun un ancien ou diacre de leur égttse, ou plusieurs, lesquels auroient voix. Que es conciles géné-
raux assemblés selon la nécessité des églises, y aura une censure de tousceux qui y assisteront, amiable et fraternelle; après laquelle sera célébrée la Gène de nostre seigneur Jésus-Christ. Que les ministres, et un ancien ou diacre pour le moins de chascune église ou province, s'assembleront deux fois Tannée. Que les ministres seront esleus au consistoire par les anciens et diacres, et seront présentés au peuple, par lequel seront ordonnés , et, s'il y a opposition, ce sera au consistoire de la juger» et, au cas qu'il y eust mescontentement d'une part et d'autre, que le tout sera rapporté au consistoire provincial, non pour contraindre le peuple à recevoir le ministre esleu, mais pour sa justification. Que les ministres ne seront envoyés des autres églises sans lettres authentiques, et sans icelles ou deue inquisition ne seront reeeus. Que ceux qui seront esleus signeront la confession de foy arrestée, tMit aux églises ausquelles ils auront esté cskus, que autres auxquelles ils seront envoyés. Et sera l'eslection confirmée par prières et par imposition des mains des ministres, sans toutesfois aucune superstition. Que les ministres d'une église ne pourront prescher en une autre, sans le consentement du ministre d'icelle ou du consistoire en son absence. Celuy qui aura esté esleu à quelque ministère sera soUidtét et exhorté de le prendre, et non toutesfois contrainct. Les mi nistres qui ne pourront exercer leur charge aux lieux ausquels ils auront été ordonnés, s'ils sont envoyés ailleurs par Fadvis de l'Église, et n'y veulent aUer, diront leva causes de refus au consistoire ; et la il sera jugé si elles seront recevables : et si elles ne le sont pas, et qu'ils persistent à ne vouloir accepter ladite charge, en ce cas le concile provincial en ordonnera. Celuy qui se seroit ingéré, encores qu'il fust approuvé de son peuple, ne pourra estre approuvé des ministres prodiains ou autres, s'il y a quelque difierend sur son approbation par quelque autre église; mais, devant que passer oultre, le plus tost que foire se pourri^, sera assemblé le concile provincial pour en décider. Ceux qui sont esleus une fois au ministàre de la psrôle doivent entendre qu'tb sont edeus pour estre Hûnistres toute leur vie; et qantà à ceux qui sont envoyés pour quelque temps, s'il adviaat que les églises ne peussent autrement pourveoir au troupeau, ne leur sera permis d'abandonner
régtîse poor laquelle Jésos-Christ est mort. Pour came de trop grande persécution , Ton pourra fidre changement d'une église à autre pour un temps, du consentement et advis des deux églises. Se pourra faire le semblable pour autres causes justes rapportées et jugées au synode provincial. Ceux qui enseigneront mauvaise doctrine, et après en avoir esté admo* neatés ne s'en désisteront; ceux aussi qui sat>ntd'une vie scandaleuse, niéntant punition du magistrat, ou excommunication, ou seront désobéissans au consistoire, on bien autrement insoffisans, seront déposés; exceptés ceux qui par vieillesse, maladie ou autre tel inconvénient, seroyent rendus incapables d'administrer leur charge; auxquels Thonneur demoârera, et seront recommandés à leurs églises pour les entretenir, el fera un autre leur charge. Les vices scandaleux et punissables par le magistrat, revenans au grand scandale de l'Église, commis en quelque temps que ce soit, lors qu'on estdt en ignorance ou après, feront déposer le ministre. Quant aux autres vices moins scandaleux, iks seront remis à la prudence et jugevient du concile provincial. La déposition se fera promptement par le con^stoire, au cas de vices énormes, appelés deux ou trois pasteurs ; et, «n cas de plaincte du tesmoignage et calonmie, le faict sera remis au concile provincial. Me seront fes causes de la déposition déclarées an peupk, si la nécessité ne le requiert, de hqueUe le consistoire jugera. Les aneians et diacres sont le sénat de TÉglise, auquel se doivent présenter les ministres de la parole. L'office des anciens sera de feire assembler le peuple, rapports les scandales au consistoire, et autres chose semblables, sefen qu'en chascune éiglise il y aura une forme couchée par cicripl, selon la circonstance des lieux et des temps. Et n'eii Foifiee des anciens, comme nous en usons à présent, perpétuel Quant aux Maares, leur charge sera de visiter ks pauvres^ les priflonniera et lor malades, et d'aller par les maisoua pour catéchiser. L'office des diacres n'est pas de prescher la parole, ny n'administfcr les sacremeos, eosabien qu'ils y puissent aider; et leur dMirge n'est perpétuelle, de laqueHelootesfois eux ne les anciens ne se pourmat départir sans le congé des églises. En Pabsence du ministre, ou lors qu'il sera malade» ott MIS quelque^ autre nécessité» le diacre
ET RÉPUBLIQUE, LIV. I-
pourra faire les prières, et lire quelque passage de TËscripture, sans forme de prédication. Les diacres et anciens seront déposés pour les mesmes causes que les ministres de la parole en leur qualité , et ayans esté condamnés par le consistoire, s'ils en appellent, seront suspendus jusques à ce qu'il en soit ordonné par le concile provincial. Les ministres, ny autres de l'Église, ne pourront faire imprimer livres composés par eux, ou par autres touchant la religiim, ny autrement ptôblier, sans les communiquer à deux ou trois ministres de la parole non smpects. Les hérétiques, les contempteurs de Dieu» les rebelles contre le consistoire, les traistres contre l'Eglise, ceux qui sont attaincts et convaincus de crimes dignes de punition corpoporeile, et ceux qui apporteroient un grand scandale à toute l'Eglise, seront du tout excommuniés et retranchés, non seulement des sacremens, mais aussi de toute l'assemblée. Et quant aux autres vices, ce sera à la providence de rÉglise de cognoistre ceux qui devront estre admis à la parole, après avoir esté privés des sacremens.
<^ Ceux qui auront esté excoimnuniés pour hérésie, contemnement de I>ieu,^hisme, trahison contre l'Eglise, rébelKon à iceUe , et autres vices grandement scandaleqx à toute l'Église, seront déclarés pour excommniés au peuple, avec les causes de leur excomnnmication. Quant à ceux qui auroient esté excommuniés pour plus légères cause, ce sera en la prudence de l'Église d'adviser si eOe les devra manifester au peuple ou non jusques à ce qu'autrement en soit diffini par le concile général ensuyvant. Ceux qui auront esté excommuniés viendront au consistoire demander d'estre re^ conciliés à l'Eglise, laquelle les jugera de leur repentance. S'ils ont esté publiquement ^ccommuniés, ils feront aussi pénitence publique; s*ik n'ont point esté publiquement excommuniés, ils la feront seulement devant le consistoire. Ceux qui aurcmt faiet abnégation en persécution ne seront pomt admis en PÉglise, sinoft en faisant pénitence publique devant le peupfe^. En temps d'aspre perêécution, ou de guerre, ou de peste, ou famine, ou autre grande aflSîetion. Item, quand on viendra esKre les ministres de la parole, et quand il sera question d^entrer au synode. Ton pourra dénoncer prières publiques et extraordinaires , avec Jousnes,
DE L'ESTAT DE lA RELIGION
tontesfois scrupule ny superstition. Les mariages seront proposés au consistoire, où sera apporté le contract du mariage passé par notaire public, et seront proclamés deux fois pour le moins en quinze jours , après lequel, temps se pourrontfaire les espousaiUes en rassemblée. Et cest ordre ne sera rompu , sinon pour grandes causes, desquelles le consistoire cognoistra. Tant les mariages que les baptesmes seront enregistrés et gardés soigneusement en Féglise, avec les noms des pères et mères et pairrains des enfans baptisés. Touchant les consanguinités et affinités des fidèles, ne pourront contracter mariage avec personne, dont grand scandale pourroit advenir, duquel FEglise cognoistra. Les fidèles qui auroyent leurs parties convaincues de paillardise, seront admonnestés de se réunir avec elles; s'ils ne le veulent faire, on leur déclarera leur liberté qu'ils ont par la parole de Dieu : mais les églises ne^dissouldront point les mariages, à fin de n'entreprendre sur l'auctorité du magistrat. Les jeunes gens qui sont en bas aage ne pourront contracter mariage sans le consentement de leurs pères et mères, toutesfois quand il y auroit pères ^t mères tant desraisonnables qu'ils ne se voudroyent accorder à une chose saincte et profitable, ce sera au consistoire d'en adviser. Les promesses de mariage légitimement faictes ne pourront estres dissoultes, non pas mesmes du consentement mutuel de ceux qui les auroyent feictes, desquelles promesses, si elles sont légitimement faictes, sera au consistoire d'en cognoistre. Nulle église ne pourra rien faire de grande conséquence, où pourroit estre compris l'intérest et dommaige des autres églises, sans l'advis du concile provincial, s'il est possible de l'assembler; et, si l'affaire la pressoit, elle communiquera et aura l'advis et consentement des autres églises de la province, par lettres pour le moins. Ces articles qui sont icy contenus touchant la discipline ne sont tellement arrestés entre nous, que, si l'utilité de l'Église le requiert, ils ne puissent estre changés ; mais ce ne sera en la puissance d'un particulier de ce faire, sans l'advis et consentement du concile général. Ainsi signé en l'original, François de Morel, es-, leu pour présider au synode au nom de tous. Faict à Paris le 28 may 1559, du règne du roy Henry deuxiesme l'an 13. n
Environ ce mesme temps, les princes protestans d'Alemaigne, ayans entendu les grandes punitions qui se faisoyent de ceux de ladicte religion, avoient envoyé leurs ambassadeurs devers le roy, avec charge de le prier de faire cesser les supplices, et avec lettres contenans en substance : qu'estans advertis que depuis quelque temps plusieurs persomiages tant hommes que femmes, de toutes qualités, avoyent esté mis prisonniers pour avoir receu la doctrine contraire aux superstitions qui pulluloyent en réglise de Dieu , et que ceux qui faisoyent confession en cestuy royaume de la susdicte doctrine estoyent extresmement persécutés, tant en leurs biens que en leur corps ; que eux, princes, se recognoissans estre membres d'un mesme chef , et estre tenus à ce qui pou voit servir à les soulager, avoyent envoyé la présente, le suppUans n'estimer qu'ils n'eussent pris ceste charge sans estre premièrement informés de la doctrine que tenoyent lesdits anprisonnés, et sans estre entièrement asseurés qu'ils ne soustenoyent opinions séditieuses ou fourvoyantes des symboles chrestiens; et d'autant que eux princes ne travaiUoyent pas moins que le roy à rejetter tout ce qui pouvait lomber au déshonneur de Dieu, et prenoyent peine de maintenir la vraye invocation d'iceluy et la doctrine de TEgUse catholique de Jésus-Christ contenues es livres des prophètes et apdstres, et es symboles et es anciens docteurs de la première Église chrestienne; qu'ils faisoyent d'avantage punition rigoureuse des mal vivans, et donnoyent.à cognoistre que la seule obéissance deue à leur seigneur souverain les indûisoit à maintenir la doctrine dont ils faisoyent profession, jusques à ce qu'ils fussent receus en la compagnie éternelle du royaume céleste ; que c'estoit la cause qui les avolt esmeus à luy escrire, sçachans leur confession estre du tout accordante aux symboles et esloignée de toute opinion fantastique ou séditieuse. Et pour asseurer leroyd'avantagequ'ilsluyenvoyoyent le contenu de leur confession, qu'il trouveroit estre totalement esloignée des séditions; qu'il n'y avoit celuy qui ne confessast plusieurs abus avoir esté receus et enracinés,partie pair erreur, partie par l'avarice de quelques uns ; l'extirpation desquels beaucoup de gens de bien avoyent long temps cy-devant grandement désirée, et singulièrement ceux qui avoyent fleuri entre
ET RÉPUBLIQUE, LIV. I
les gens sçavans de Ftiniversité de Paris : à ■scavoirGoilIaiime de Paris, Gerson, Wesseius et aotres. Lesquels abus eux princes confessoyent avdr esté aussi par eux corrigés, suyvant le contenu de la confession par eux publiée: que c'estoit aussi le poinct quefeudemépioire heureuse le roy François avoit entrepris il y avoit vingt anSf comme prince orné de vertu et prudence, suyvant en ce l'exemple de ses ancestres rois de France, qui par plusieurs fois avoyent pris la cognoissance des difiérends survenus en rÉglise, et que la mesme raison devoit semblablement induire le roy à se reigler en ceste affaire plustost que de donner lieu à la cruauté qu'exercoyent aucuns; et qu'il devoit estre tellement certain que ceste doctrine jamais ne se pourroit esteindre par telle manière de force qu'on exerçoit, mais au contraire que le sang qui seroit à ceste occasion respandu, serviroit d'une semence pour foire croistre les chrestîens de jour en jour davantage ; en sorte que, pour les extirper entièrement, il luy fauldroit ruiner la plus grande part de ses subjects en quelque aage, condition ou estât qu'ils fussent. Que Dieu menaçott par sa saincte Escripture qu'il feroit punition et vengeance rigoureuse du sang des innocens, et qu'il puniroit gnef^ement ceux qui auroient mesprisé et rejecté la cognoissance de sa doctrine. Il n'y avoit pas long temps que par leurs ambassadeurs et par lettres par eux présentées ils luy avoyent foict semblable remonstrance, et suyvant la response qu'il luy pleut leur mander, estoyent presque desjà asaeurés'que pour l'advenir il n'endureroitqueles pauvres direstiens fussent si cruellement a£Qigés et que tel tort fust exercé à rencontre d'eux et de leurs biens. Néantmoins qu'ils avoyent esté advertis qu'en son royaume la persécution duroit, et qu'elle s'y continuoit autant que par cy-devant, par feu, glaive et toute autre sorte détonnent, en quoy ils portoyait la tristesse de ses bons et loyaux subjects, comme la charité entre vrais dûrestiens le requiert, et estoyent par ce contraincts d'estimer qu'il ne fust pas moins animé à rencontre de leur doctrine mesme, d'autant que ses pauvres subjects n'estoyent travaillés pour autre occasion que pour la religion propre qu'ils maintenoyent et ensuivoyent en leur Église et sur laquelle ils appuyoyent le fondement de leur safait, ce qui les rendoit extresmement coropassionnés et mar- XVI" fiicLBy Cbron. et Nénu
rys, non seulement pour leur préjudice, mais principalement à cause de l'honneur de leur souverain Seigneur, estant par tels efforts foulé et anéanti. Et d'autant que l'affection qu'ils portoyent à ses subjects les induisoit à aimer leur repos, et les voir délivrés de ces travaulx, et aussi qu'ils désiroyent de bon cueur qu'il peust, en cest affoire concernant la gloire de Dieu et le salut des âmes, tellement besongncr qu'il n'amassast sur luy le jugement de Dieu, ils le supplioyent de bien adviser à toutes les circonstances de ce faict, et mesmement considérer les causes pour lesquelles ses pauvres subjects estoyent mis en ces extrémités, et de prendre peine à ce que l'église de Dieu fust repurgée de toute idolâtrie et erreurs qui estoient survenus en la chrestienté et que les esprits de plusieurs peussent en ce recevoir quel que contentement. Et d'autant que difRcilement il parviendroit à la cognoissance de cest affaire, qui est si grand, sans ouïr le jugement de gens de sçavoir, qu'il luy plust, ensuyvant l'exemple de ses ancestres, assembler le plus tost qu'il pourroit gens idoines, aimans l'honneur de Dieu etn'estans transportés d'affection, les ouïr paisiblement, et faire examiner les articles de la foy qui sont en différend, et d'en dire franchement leur advis, selon les Sainctes Escriptures, sur chacun poinct, à fin que par ce moyen il peust restablir l'église de Dieu et réformer les abus y estans.
Que durant ce temps, et devant que tout fust entièrement résolu et conclu, ses bons et loyaux subjects et adhérans à leur confession, ne fussent inquiétés ne contraincts de faire chose contre Dieu ou leur conscience, ne observer les cérémonies jusques à présent receues en son royaume; et aussi que doresnavant ne fust procédé aucunement à rencontre de leurs personnes ou leurs biens ; et que ceux qui par si long temps estoyent détenus prisonniers fbssent délivrés à pur et à plein ; et que par effect ils peussent entendre que leurs requestes n'eussent point moins profité envers luy, que l'importunité et les calomnies des ennemis de leur religion. Ce faisant il exécuteroit le commandement du Fils de Dieu, lequel sur toute chose luy recommandoit son Église, l'ayant si chèrement racheptée par son sang tant précieux, et monstreroit aussi à ses subjects une miséricorde et grâce singulière, leur permettant d'invoquer
DE L*EST4T DE LA RELIGION
Dieu et l'honorer purement; et eux de leur costé seroyent en tout temps prests de le recognoislre en son endroict, et demourer ses anciens amis et serviteurs. Geste lettre estoit signée par le comte Palatin, le duc de Saxe, le marquis le Brandebourg, électeurs, le eomtç Wolfgang, comte de Weldentz, et le duc de Wittemberg. Le roy, pour toute response,dict aux ambassadeurs qu'ils estoyent les très bien venus ; et quant à leur charge, il envoyeroit en bref un gentilhomme vers les électeurs et princes, pour leur faire entendre son vouloir et response , laquelle seroit telle, qu'iceux (comme il estimoit) s'en contenteroyent. Toutesfois, les ambassadeurs n' estoyent encores partis de la cour que le feu, qui sembloit estre esteinct par leur venue, s'embrasa sur grand nombre de prisonniers pour le faict de ladicte religion; n'estant besoin d'en faire icy autre récit, puis qu'il y a un livre exprès imprimé à part pour cest effect, que cbascun peult veoir.
Au mesme temps revindrent les sieurs de Bourdillon et l'archevesque de Vienne, Charles de Marillac, de la dietted'Ausbourg, qui avoit esté assignée au premier jour de janvier, et ne commença toutesfois que le quatriesme jour de mars ensuy vaut. Lesquels estans arrivés audict lieu, eurent audience et honorable recueil de l'empereur Ferdinand, lequel d'un costé estoit bien aise que le roy le feist saluer pour empereur, se congratulant avec luy de l'accession de la dignité impériale, combien que le pape, qui devoit aller le premier, ne l'eust approuvé pour tel, ne voulut en façon du monde envoyer légat ou nunce devers luy, quelque instance qu'on y eust faict , n'estimant iceluy empereur à petite faveur, que le premier roy de la chrestienté, et qui luy devoit estre aucunement suspect pour les inimitiés qui avoyent tant duré contre le feu empereur son frère, et avoyent continué avec le roy Philippe son nepveu, le feist ainsi gracieusement visiter. Mais d'autre part il entra en craincte que lesdicts ambassadeurs ne fussent 1^ venus pour faire des practiques qui tournassent au préjudice de ses desseings; et mesme le roy de Bohème Maxim!lian son fils creut (Ju'ils estoyent venus pour empescher qu'il ne Âist créé roy des Romains, et perdist par ce moyen l'espérance de la succession de l'Empire, qui eust esté l'entière ruine de la maison d'Austriche, veu le pauvre estât
auquel elle estoit tant engtigéê et hypothéquée, que sans la faveur de l'empire elle ne se pouvoit soustenir. Qui fut la cause que l'empereur les rechercha de faire incontinent l'office qu'ils avoyent commandement de feire envers les estats de l'Empire ; mais les ambassadeurs surattendirent que plusieurs princes fussent arri^ vés à la diette^ et lors tedict archevesque feit sa proposition pleine d'amitié pour le regard de l'Empire et de la Germanie, et ouvrit plusieurs moyens d'y estaUir une bonne asseurance et intelligence avec la couronne et maison de France. L'empereur et tous cmx qui veilloyent ou pour luy ou pour le roy Philippe, tendoyent tous à ce but que les susdicts ambassadeurs fussent renvoyés avec mauvaise refuse ^ soubs couler de la détaition des villes de Thou, Mets et Verdun, qu'ils diioient devoir estredemandées au roy, et en cas de reffns, la guerre estre déclarée. Fut reroonstré par l'empereur que le roy estant si espuisé de finances qu'il auroit esté oontrainct rendre par le traicté de paix plus de six-vingt places au roy Philippes , ses amis et alliés, l'on ne devoit perdre ceste vraye saison de ravoir lesdictes viUes, el qu'icelle perdue, il n'estoit plus à espéra de les ravoir, le roy estant remis sus. Toutesfois, nonobstant lesdictes remonstrances, traverses et difficultés, les estats de l'Empire respondirent gracieusement et conformément aux poincts de la pr(q>oâitlon dudict archevesque de Vienne, et dirent seulement, touchant lesdictes villes, qu'ils n'obmettroyent de faire envers le roy ce que l'équité de la chose et la nécessité de l'Empire tequéroit. Aucuns électeurs princes et autres amis, alliés et serviteurs du roy, feirent entendre auxdicts ambassadeurs, que par honneur ils ne pouvoyent parler autrement, pour ne monstrer qu'ils négligeassent la diminution de FEmpffe, mais qu'il ne falloit point que le roy eust opinion que les estats firâent pour excéder les termes de douceur, et veoir à la guerre; pour ce que les Allenums estoyent tant divisés et avoyent tant d'affaires en leurs maisons qu'ils n'entreprendroyent guerre à leurs despens en leur pays, et mesmement ccmtre un tel roy, qui estimoit tant lesdictes villes, qu'il avoit délaissé le Piedmont et la Savoye pour employer toutes ses forces à la conservation d'icelles, estant certain que luy et toute sa postérité perdroyent plus tost le royaume, que
d'abandonner et rendre lesdietes villes, non phig que Calaia, qui e$toit le fruict de tonte la guerre qa'il avoit eue par si long temps et f&icte à si grands frais; et pour ce aussi que le faict de Hongrie et d' Aostriehe touehoit de plus près au nouvel onpereur, que chose quelconque, et qu'il seroit en pauvre estât, si l'aide de TEmpire baillée pour ce regard, estoit convertie ailleurs, ayant un si puissant voisin; et seroyent les terres de la maison d'Austriche en proye, si elles n'estoyent soustenues par le moyen et secours de l'Allemagne; joinct que les électeurs du Rhin et les princes et seigneurs voisins dudict Mets, comme le duc des Deux- Ponts et autres , ne seroyent jamais d'advis d'attirer la guerre de ce costé là , car oultre ce que leur terre seroit mangée et foullée, ils courroyent une grande fortune de perdre tout kur pays, ou par la puissance de cduy qui conmianderoit mesmes à l'année de l'Empire. £t pource que les estats de l'Empire ne sont si obstinés à ravoir ce qu'ik ont perdu, qu'ils y veulent perdre et bazarder ce qu'ils tiennent , qu^ils ne s'addresseroyent par armes contre le Toy, non plus qu'ils faisoyent contre ledict empereur, qui s'eatoit impatronisé de Constance , cité impériale, et contre son frère l'empereur Charles, qui s'estoit saisi des cités et évescbés de Utrec et de Cambray. Que lesdietes villes de Utrec et de Constance estoyent dans l'Allemagne, et de la mesme langue, là ou lesdietes villes de Mets, Tbou et Verdun en sont dehors, et se peuvent dire de langue estrangère, pour leequeiles les gens de jugement ne conseilleroyent jamais de s'attacher à la France , à laquelle avoyent particulièrement grande obli* gation plusieurs princes de l'Empire; et en général toute l'Allemagne en avoit receue et recevoitbeaucoupdecommoditésetd'amitié. Finalement, que s'ils avoyent à faire la guerre aux étrangers, ils la devoyent plustost fetire au Turc et au Moscovite, qui faisoit de grands progrès dans le pays de Lyvonie, et qui les pressoit le plus. Ce qu'estant déduict au conseil du roy au retour de l'un desdicts ambassadeurs, fat conclud de ne rendre lesdietes villes de Mets, Tboa et Verdun, jusques à ce que le foy fust satislaict des frais et impenses par loy &ictes pour la protection et sauvegarde d^ictes villes, par luy entreprise à la yrande nécessité de l'Empire, et à;, la lequeste
ET RÉPUBLIQUE, LIV- 1
id
de la plus saine partie des princes d'ieeluy ; et au demeurant fut résolu de gratifier en toutes choses les Allemans , le plus que l'on pourroit.
Ledixneufviesme dudict mois fùrentdélégués commissaires, pour faire le procès aux dessusdicts conseillers prisonniers , le président de Sainct- André, Jean-Jacques de Mesmes, maistre des requestes, Louys Gayant, et Robert Bouette, conseillers de ladicte cour , Tévesque de Paris du Bellay, et l'inquisiteur de la Foy , nommé Democares. Lesquels commissaires le mesme jour commencèrent à vouloir interroguer ledict du Bourg, aagé de 37 ans, mais d'autant qu'il remonstra qu'il ne pouvoit avoir d'autres juges que la cour de parlement , selon le privilège des conseillers d'icelle, ne estre con> trainct de respondre devant autres, furent incontinent décernées lettres patentes, parlesquelles estoit mandé qu'il et ses complices eussent à respondre par devant les dessusdicts, sur peine d'estre déclarés atteints et convaincus des cas à eux imposés, et de rébellion au roy. Lesquelles lettres veues et entendues par ledict du 1 ourg , il déclara qu'il estoit prest d'obéir au roy, soubs la protestation toutesfois de sa remonstrance , et de respondre par devant lesdicts commissaires ; lesquels commencèrent , le 20 dudict mois à l'interroguer , et luy demandèrent que c'est qu'il croyoit des traditions de l'Eglise , des sept sacremens et commandemens d'icelle, des jeusnes commandés, du caresme, des dimanches et testes des saincts et sainctes, d'aller à confesse, de la messe, du purgatoire, et prières pour les treq)assé8, de la prière des saincts et sainctes, à fin qu'ils nous soyent en aide, et choses semblables, et parachevèrent leursdictes interrogatoires le 22 dudict mois ensuyvant , dont je ne feray ici autre récit, parce que depuis il présenta sa confession de foy contenant tous lesdicts articles, de laquelle nous parlerons en son heu. Après doncques lesdietes interrogatoires , l'évesque de Paris déclara ledict du Bourg hérétique, et ordonna, pour ce qu'il avoit pris quelques ordres en l'Eglise, qu'il seroit dégradé , et ce faict, baillé au bras séculier dont il se porta pour appelant comme d'abus.
Ce temps pendant advint que le pénultiesme jour dudict mois de juin, n'estant question en la cour du roy, estant lors en la ville de I^aris, que de joie et liesse, festins et banquets dressé»
DE RESTAT DE LA RELIGION
pour les mariages arrestés par le traicté de la paix , que le roy courant en la lice , estant en la rue Sainct-Anthoine, près la Bastille, où lesdicts conseillers estoyent prisonniers, fut frappé d'une lance droict à la visière par le comte de Montgommery dessusdict, et tellement attainct , que les esclats luy entrèrent par l'un des yeux dans la teste, de telle roideur.que le test au derrière en fut feslé, et le cerveau estonné, auquel s'engendra une apostume. Il commença incontinent à chancelier de dessus son cheval , perdant beaucoup de sang, et fut emporté au logis des Tournelles prochain dudict lieu, où aucuns disent qu'il dict entre autres choses, qu'il craignoit avoir faict tort à ceux qu'il avoit faict constituer prisonniers audict lieu de la Bastille; mais qu'il luy fut dict par le cardinal de Lorraine que c'estoit l'ennemy qui le tentoit, et qu'il falloit estre ferme en la foy. £t ledeuxiesme dumoisde juillet ensuy vaut il rendit l'esprit. Aucuns remarquèrent que celuy mesme auquel il feit livrer du Bourg et les autres prisonniers ce fut celuy auquel luy mesme bailla la lance , et commanda de courir contre luy, de laquelle il fut occis. Par ce décès inopiné fut la joie changée en tristesse , et une grande sale qui avoit esté dressée de charpenterie au parc des Tournelles , destinée pour les danses ( tant du mariage jà faict en l'église cathédrale du roy Philippes par son procureur le duc d' Albe avec Ysabelle, fille aisnée du roy , que celuy qui se devoit faire entre Philibert-Emanuel duc de Savoye, et Marguerite de France, sœur unique dudict roy ), servit de chappelle pour garder le corps , et en icelle revestue de dueil estre ouïs jour et nuict les chants tristes et lugubres accoustumés d'estre chantés sans cesse par le temps de quarante jours. Et fut cause ceste blessure mortelle du roy que le mariage du duc de Savoye fut faict pendant la maladie dans la chappelle desdictes Tournelles , sans solennité aucune.
La poursuyte contre les conseillers de ladicte cour du parlement prisonniers, ne fut pourtant discontinuée, ains tost après fut vuidée l'appellation commed'abusdudict du Bourg; au jugement de laquelle se trouvèrent les cardinaux de Lorraine et de Sens , récusés par ledict du Bourg, comme estans ses parties adverses, ennemis de Dieu, de sa parole et de luy. Et fut dict qu'il n'y ayoit point d'abus y et fut
renvoyé par devant son juge d^église. Duquel juge ledict du Bourg appela par devant le supérieur d'iceluy , qui estoit le cardinal de Sens, à cause de son arche vesché; lequel dict qu'il avoit esté bien jugé par l'évesque de Paris, dont y eut aussi appel en ladictecour comme d'abus, laquelle, comme au précédent , déclara qu'il n'y avoit point d'abus.
Ce faict, ledict Bourg appela au supérieur, qui estoit l'archevesque de Lyon , lequel confirma la sentence de son inférieur , dont de rechef ledict du Bourg appela comme d'abus en ladicte cour. Toutesfois, il fut pour la troisiesme fois condemné et dégradé par l'évesque de Paris. Ce qu'il receut d'uncueur et visage joyeux, disant que par ce moyen le caractère de la beste, dont il est parlé en l'Apocalypse, luy estoit osté, et ne tenoit plus aucune tache de l'Antéchrist de Rome.
Pendant lesdictes poursuytes et appellations sur appellations interjectées, aucuns conseillers de ladicte cour de parlement et autres disoyent que toutes ses longueurs n'estoymt ^e protélations acquises par ledict du Bourg pour gaigner temps, et qu'elles monstroyent bien que le zèle n'estoit tel à Dieu et à la religion qu'il tenoit, qu'il en faisoit semblant. Il Ait faict une telle diligence à ceste poursuyte, tant par ceux qui poursny voyent, que par ceux qui jugèrent, qu'en moins de trois ou quatre mois, six ou sept appellations furent vuidées, tant par les juges ecclésiastiques, que par la cour de parlement, le procès à rencontre dudict du Bourg presque du tout instruit, les récusations juguées, et une requeste civile en oultre obtenue par ledict du Bourg, lequel ayant esté de rechrf interrogué, fut dressée par luy une requeste, et présentée à ladicte cour, portant sa confession entière, par laquelle il déclara qu'il vouloit prendre droict, en révoquant une autre ambiguë et doubteuse, qu'aucuns de ses familiers amis de ladicte cour luy avoyent conseillée poureschapper. Par ceste confession dernière longue, et tel qu'un cbascun peult voir ailleurs imprimée avec le procès à luy faict tout au long \ il dict qu'il croyoit tout ce qui est contenu au livre du Seigneur, c'est à sçavoir, au vieil et nouveau testament, et, ce qui est tenu pour canonique et authorisé de rÉgUse catholique estre la vraye parole de Dieu, dictée par le Sainct-Esprit, escripte par les vrais secrétaires, prophètes et apostres de
Dieu, à fin d'édifier la sainte Église et congrégation des chrestiens. Qu'à ceste très saincte parole il n'estoit licite à quelque personne, de quelque qualité et estât qu'elle peust estre, adjouster ou diminuer aucune chose en loix, édicts, cérémonies, ou autrement, concernant la police de la religion chrestienne; citant plusieurs passages deTEscripture pour son dire, et concluant par là que toutes les loix faictes par les papes ou autres concernant la religion chrestienne, ne peuvent assubjectir les chrestiois à suyvre autre reigle ou doctrine que ce qui est contenu au livre de la Bible ; d'autant que, ain^ que Dieu est par&ict, sa doctrine Test aussi, et n'a besoin de glose ou augmentation; qu'autrement les apostres auroyent mal régi leur ÉgUse, en ayans obmis tant de superstitions qui sont aujourd'huy en règne entre les papistes. « Que partant, s'appuyant sur la seule parole de Dieu, il rejettott toutes les constitutions du pape, comme de celuy qui vouloit se monstrer plus sçavant que Jésus-Christ et ses apostres, et qui luy vouloit totalement contrarier. Le seigneur Dieu ayant dict en Exode 20 : «Six jours tu travailleras, et auseptiesme tu te reposeras; n mai» le pape pensant estre le plus sage, défend de travailler à certains jours par luy limités. Jésus-Christ permet à toutes créatures qui ont cogneu la vérité, d'user de toutes viandes en tout temps avec action de grâces, Paul 1 , Timothée 4; mais le pape le défend. Jésus -Christ dict que ceux qui n'auront le don de continence se peuvent marier, 1, Timoth. 4, et le pape le défend aux prebstres; combien qu'il y en ait eu moult de mariés en la primitive église, et jusques à CaUxte, pape. Aussi Dieu défend de mettre images aux temples, le pape le permet. Au moyen de quoy il est à bonne cause dict Antéchrist et d^inct tel par Sainct-Paul, à la seconde aux Thessal., deuxiesme chapitre.»»
Puis,reprenant les articles de son interrogatoire Fun après l'autre, il respondit par sadicte confession à tous iceux , scavoir est s'il est licite invoquer les saincts trespassés, s'il est licite d'avoir des images aux temples des chrestiens, des sacremens, du purgatoire et autres semblables , mettant fin et conclusion à sadicte confession en ceste manière :
« Moy donc cognoissant les grandes erreurs, abus et superstitions auxquels j'ay esté plongé par cy devant, maintenant je renonce à toutes
Et RÉPUBLIQUE, LIV, 1.
idolâtries et fiiulses doctrines, qui sont contraires et contrevenantes à la doctrine de mon maistre Jésus-Christ, qui est la saincte et pure parole de Dieu, contenue aux livres canoniques du vieil et nouveau testament, révélée par le Sainct-Esprit, laquelle je prends pour ma guide et conduicte en ceste vie mortelle, comme la colomne de feu conduisant les enfans d'Israël par le désert jusques en la terre promise et désirable ; ce sera la lanterne de mes pieds. Ensemble je promets pour l'advenir et résidu de ma vie cheminer et vivre selon sa doctrine le mieux que sera à moy possible, moyennant l'esprit de Dieu qui m'assistera, et dirigera en toutes mes voyes, sans lequel je ne puis rien, avec lequel je puis tout. Tellement que tout sera à la louange du Seigneur, à l'advancement du royaume de son fils, à l'édification de toute son Église, et au salutde mon ame, auquel seul je rends grâces étemelles. Lequel aussi je prie, au nom de son fils nostre Seigneur, me vouloir confermer et entretenir par son Sainct-Esprit en ceste foy jusques à la fin, et me donner grâce, vertu et puissance de la confesser de cueur et de bouche, tant devant fidèles que infidèles, tyrans et bourreaux de l'Antéchrist, jusques à la dernière goutte de mon sang. Je désire grandement vivre et mourir en ceste foy, sçachant et estant bien asseuré qu'elle a pour fondement la seule parole du Seigneur, et qu'en icelle ont vescu et sont morts tous les saincts pères patriarches , prophètes et apostres de Jésus-Christ. C'est la vraye cognoissance du Seigneur, en laquelle gist et consiste la béatitude et félicité de l'hom me, comme dit Sainct-Jehan en l'évangile 17: •« Ceste est la vie étemelle, 6 père, que l'on te cognoisse seul vray Dieu, et celuy que tu as envoyé, Jésus-Christ. »» Voicy la foy en laquelle je veux vivre et mourir; et ay signé ceste présente mienne confession de mon seing, prestde la sceller de mon propre sang, pour maintenir la doctrine du fils de Dieu. Lequel je prie humblement et de bon cueur vous ouvrir l'entendement de la foy, afin que vous puissiez cognoistre la vérité. Ce que luy demande en la manière que nous sommes par luy mesmes enseignés d% de le prier, en disant : <« Nostre père qui es es cieulx, etc. »»
Le lecteur Palatin prince de l'Empire cependant pria par lettres et ambassadeurs le roy François de luy donner ledict du Bourg, pour
DE L'ESTAT DE LA RELIGION
Et559]
s'çn servir à estre professeur en son université, dont advertis ceux qui désiroyent voir la fin de ladictepoursuyte,feirenttant envers le roy et la cour de parlement, que la susdicte confession entendue et ouïe, et par ledict Dubourg affermée, iut, par arrest de ladicte cour du 21 décembre, dict qu'il estoit par elle condemné à estre brusié vif, et son corps consommé en cendres, combien que ledict électeur offrist de prendre ce don avec si grande obligation qu'il tiendroit lieu pour toutes les promesses que les rois de France luy avoyent par cy-devant faictes. Cest arrest luy estant prononcé, il commença à rendre grâces à Dieu de ceste nouvelle, et d'une si heureuse journée par luy tant désirée, priant Dieu qu'il voulust pardonner à ses juges, qui Favoyent jugé selon leurs consciences, mais que ce n'estoit selon science et vraye sapience de Dieu. Et de là commença à donner à entendre à sesdicts juges, comment c' estoit la mensonge enchanteresse, messagère des enfers, ennemie capitale de la vérité, qui l'avoit accusé devant eux, pour autant qu'il l'avoit abandonnée, et à laquelle ils avoyent trop légèrement adjousté foy, et Favoient condemné luy et ceux qui soustiennent la mesme cause que luy pour autres qu'ils n'estoyent, eux estaps enfansde Dieu, lequel ils recognoissent pour père, et Fadorent en esprit et vérité, comme celuy qui n'accepte point Fapparence extérieure, et sans lequel l'on ne peult rien, et hors lequel il n'y a point de salut, sa dilection estant apparue envers les hommes, non pas selon les œuvres de justice qu'ils ayent feicts, mais selon sa miséricorde infinie, que c'estoit celuy auquel maintenant plus que jamais ilsdevoyent prester Faureille, comme au grand seigneur qui leur dénonçoit la guerre ; que c'estoit une arrogance desbordée, et une rébellion intolérable à Fhomme, d'avoir osé déroguer à Fordonnance inviolable, saincte, et très parfaicte de Dieu. «Laisserons nous, disoit-il, fouler aux pieds nostre rédemption, et le sang de celuy qui Fa si libéralement respandu pour nous? N'obéirons nous point à nostre roy, qp\ veult que nous le défendioi^, qui nous cherche, qui nous soustient , et qui est le premier en la presse? Quoy donc! la peur nous peult elle faire chanceler, nous doit eue esbran- 1er? ne serons nous pas plustost hardis, voire invincibles, cognoissans une si petite résistance
contre nous, comme est celle des bompaes? Hélas! vermine misérable, ceste gent veult que nous permettions qu'on blasphème nostre Dieu, elle veult que nous luy soyons traistres, et pour ne le vouloir, on nous taxe de sédition. Noug sommes, disent-ils, désobéissans aux princes» d'autant que nous n'offrons rien à Baal. 0 nostre bon Dieu ! permettras tu régner tousjours un désir desbordé de gloire et oultrecuidance en la fantaisie des hommes, te voulans servir à leur guise, sans se vouloir ranger et soubsmettre à ta volonté, seule juste et raisonnable? Aye cependant pitié de nous, ô nostre bon Père, aide nous, et conduy nous par ta grâce à sousteiûr constamment ta vérité. Monstre, monstre leur, Seigneur, que ce sont eux-mesmes qui sont desloyaux à leur prince, et je leur prononceray. Est-ce désobéissance, est-ce desloyauté à son prince et supérieur que de luy bailler ce qu'il nous demande, voire jusques à nos chemises, s'il avoit besoin en cela de nous? Est-ce désobéissance à nostre roy que de prier Dieu pour sa prospérité, que son règne soit gouverné en paix, et que toutes superstitions et idolâtries soyentbamiies de son royaume? de requérir à Dieu qu'il le remplisse, et tous ceux qui sont soubs luy nos supérieurs, de sa cognoissance, en toute prudence et intelligence spirituelle, à fin qu'ils cheminent tous dignement au Seigneur, et luy soyent agréables? N'estimera Fon point plustost estre obéissance de déshonorer Dieu, le courroucer par tant de manières d'impiétés, endurer que Fon transfère sa gloire aux créatures, et au reste nous accommoder à l'invention des hommes, lesquels ne sont que mensonge? Faire vertu de blasphémer son nom, approuver les bordeaux, et autres mille insolences qui ne sont point repriuses?
« Or, messieurs, si vous avez le glaive de Dieu seulement pour servir à son ire et prendre vengeance de ceux qui font mal, voyez ,je vous prie, comment vous nous condemnez, et considéreiL de près le mal faict que nous avons commis, et décidez devant toutes choses s'il est juste de vous ouïr plustost que Dieu. Estes-vous sienyyrés en coupe de la grand'beste, qu'elle voq$ fasse boire si doucement la poison au lieu de médecine ? N'estes vous pas ceux qui faites pécher le pauvre peuple, puis que vous le détournez du vray service de Dieu? Et si vous avez quelque esgard aux hommes plus qu'à Dieu, sonder ea
Tos caeors en qndle estime vous ponver éstre SQx autres pays, et le rapport que l'on fait de iTOOS à tant d'eteellens princes, de tant deprinta de corps que vous décernez au mandement de ce rouge Phaiaris. (Que puisses tu, cruel tynn, par ta misérd}le mort mettre fin à nos gémûsemens!) Lequel a pour hry seul, bon gré malgré, remis sus une puissance d'épbores, non pom* la conservation de la république, mais pour tout tourner à sa fantasie. A sa volonté vous nous allongez tellement les membres innocens que vous mesmes en avez pitié et compassion. 0 quelle rigueur en vous mesmes ! Je voy plorer aucun de vous. Pourquoy plorez vous? Que dénonce cest adjoumement sinon que vous resseotez vostre conscience chargée, et les piteux cris contraignent de lamenter vos yeux de crocodile ? Ores donc vous apprenez comment vos consciences sont poursuyvies du jugement de Dieu, et voyià les condemnés s^esjouyssent du feu, et leur semble qu'ils ne vivent jamais Btteux, sinon quand ils sont au milieu des flammes. Les rigueurs ne les espouvantent point, In injures ne les affoiblissent point, récompen- ••118 leur honneur par la mort. De manière que ce proverbe vous convient fort bien, messieurs : le vainqueur meurt, et le vaincu lamente. Quay-jeà me contrister pour estre guindé? Je sçay, seigneur Dieu, que si toute transgression et désobéissance a receu juste rétribution de son loyer, que nous n'eschapperons pas si nous mettons à nonchalance un si grand bénéfice que celuy que nous recognois- •ons par nostre Seigneur Jésus-Christ. J'embrasse, 6 seigneur Dieu, ceste parole que tu as mise en la bouche d'un tien fidèle martyr, que doublement est condemnaUe celuy qui désavoue la doctrine de notre Sauveur, et doublement doit estre puny , pour avoir esté traistre à 8<m Fils, et pource qu'il déçoit les hommes. Non, non, mesnenrs, nul ne pourra nous séparer de Christ, quelques laqs qu'on nous tende, et quelque mal que nos corps endurent. Nous sçavons que nous sommes dès long temps destinés à la boucherie, comme brebis d'oectsion. Donc qu'on nous tue, qu'on nous brise, pour cela les morts du Seigneur ne délaisseront de ▼ivre, et nous ressusciterons ensemble.
« Quoy qu'il y ait, je suis chrestien^ voire je soîschrestien, je crieray encores plus hault laourant pour la gloire de mon Seigneur Jésus-
ET RÉPUBLIQUE, LIV. L
Christ. Et puîsqu*ainil est, que tardé-je, happemoy, bourreau, mène-moy au glbét.«
Et ayant encore repris son propos par une grande véhémence jusques à faire larmoyer ses juges, leur disoit qu'ils l'envoyoyent mourir pour n'avoir voulu recognoistre justice, grâce, purgation, mérite, intercession, satisfaction et salut, ailleurs qu'en Jésus-Christ, et qu'il mouroit pour la doctrine de l'Évangile. Et après avoir continué longuement ce discours, il dict pour conclusion : •« Cessez, cessez vos bruslemens, et retournez au Seigneur en amendement de vie, afin que vos péchés soient effacés, que le meschant délaisse sa voye, et ses pensées perverses, et qu'il retourne au Seigneur, et il aura pitié de luy. Vivez donc et méditez en iceluy, ô sénateurs, et moy je m'en vay à la mort. »»
Ainsi fut mené lié en la manière accoustumée dedans une charrette à la place nommée Sainct- Jean en Grève, estant accompaigné de quatre ou cinq cens hommes armés, monstrant tousjours un visage asseuré , jusques mesmes à despouiller (estant venu au lieu du supplice) luy -mesmes ses habillemens , et estant nud, jettant de grands soupirs: «ODieu,disoit-il au au peuple, mes amis, je ne suis point icy comme un larron ou meurtrier, mais c'est pour l'Évangile, f* Et comme on l'eslevoit en l'air, disoit souvent : «Mon Dieu, ne m'abandonne point, à fin que je ne t'abandonne,» jusques à ce qu'il fust exécuté, pendu et estranglé, sans sentir le feu, ceste grâce kiy ayant esté faicte par ses juges. Ainsi il scella de son propre sang ce qu'il avoit signé de sa main, comme il avoit protesté par sa confession.
Peu de temps au précédent, le 28 dudict mois, le président Mynard, retournant du palais sur sa mule, estant près sa maison en la vieille rue du Temple, ftit occis sur le champ d'un coup de pistolet, sans avoir peu sçavoir depuis Fautheur ne la cause de ce meurtre au vray, quelque inquisition et diligence que Pon en eust sceu depuis feire. Ledict du Bourg avoit fort tasché que ledict président, ne le premier principalement, ne fassent ses juges, avec plusieors autres, ayans (Jiict lors des opinions susdictes tout haultement que son opinion estoit hérétique. Ce que ledict du Bourg alléguoit pour suffisante cause de récusation , disant qu'elle portoit un préjugé; mais l'on n'y eut
DE L'ESTAT DF Ik RELIGION
aucnn esgard, non plus qae à assembler toute la cour pour luy foire droict sur ses récusations, requestes, appellations et autres procédures, ainsi quMl disoit estre le privilège des conseillers de ladicte cour d'estre jugés par le corps d'icelle, toutes les chambres assemblées. Quant aux autres conseillers prisonniers, (pour les expédier tous par un moyen, combien que ce fut long temps après, et du règne du roy François ensuyvant) il fat dict, pour le regard de la Porte, qu'il diroit qu'il tenoit les arrests donnés en la grand chambre bons et immuables, ce qui fat faict. £t quant à de Foix, qu'il déclareroit en pleine cour, les chambres en icelle assemblées, qu'au sacrement de l'autel la forme est inséparable de la matière, et que le sacrement ne se peult bailler ny exhiber en aultre forme que l'église Romaine l'a baillée, et luy suspendu un an de son estât de conseiller. Quant à du Faur, ainsi que l'on opinoit de son procès, il présenta requeste, donnant à entendre par icelle qu'il avoit esté miraculeusement adverti en sa prison, que le président de Sainct- André menassoit ses juges qui estoyent d'opinion de Tabsouldre, leur disant qu'ils ne sçauroyent et ne pourroyent soustenir leur opinion, qu'il y alloit de l'honneur du roy défanct, et envoyeroit leur opinion par escript au roy qui les en chastieroit. Proposa ce faict, et en demanda informer, comme suffisant pour récuser ledict président, requérant qu'il eust à s'abstenir du jugement de son procès; durant lequel y avoit eu lettres du roy François (à la vérité) escriptes à ladite cour, par lesquelles estoit mandé détenir la main à sa rigueur et sévérité de la justice, par ce que l'honneur du feu roy y estoit engagé; qu'aucuns interprétoyent pour signifier l'honneur de ceux qui assistèrent au roy lors des emprisonnemens faicts, s'ils se trouvoient avoir esté faicts sans occasion. Toutefois, tant fat faict à la parfin, que l'arrest s'en ensuyvit, par lequel fut dict que mal et témérairement ledict du Faur avoit opiné en ladicte mercuriale, en ce qu'il avoit esté d'opinion qu'il estoit bon, pour extirper les hérésies, de faire tenir un bon concile général , et ce pendant faire surseoir les peines capitales, dont il demanderoit pardon à Dieu, au roy et à justice, et seroit suspendu pour cinq ans de son ofOce, condemné en quatre cens livres parisis d'amende envers
les pauvres, et que Parrest seroit leu et exécuté les chambres assemblées. Ce qui fat faict avec protestation dudict du Faur contre ledict président de Sainct-André, disant que ledict arrest estoit donné par violences et oppressions feictes aux juges par ledict président dont ladicte cour ayant prins vivement la cognoissance, elle luy fut enfin ostée par évocation faicte d'icelle par le roy à sa personne, qui ne fat sans grande altercation et débat entre le président de Sainct-André et le président de Thou. Mais ledict du Faur feit tant qu'il feit reveoir son procès en ladicte cour, par laquelle fat révoqué ledict arrest, et ordonné qu'il seroit bifTé aux registres d'icelle, èsquels il avoit esté inséré, et rentra ledict du Faur en l'exercice de son office comme au précédent. Depuis fat suyvie ceste mesme voye par ledict de Foix.
Au regard de Fumée, après plusieurs allées et venues, fut ordonné, et long temps après, qu'il seroit remis en liberté, et que l'arrest seroit leu et publié en pleine cour, les chambres d'icelle assemblées. A la prononciation duquel fat dict par luy, qu'il rendoit grâces à Dieu, qui par sa main forte luy avoit ouvert la porte de justice ; et remercioit aussi la'cour de parlement de son arrest juste et raisonnable, lequel serviroit a la gloire de Dieu, seroit au contentement du roy, et resjouissance des bons. Et fut remis et réintégré en son lieu, degré et dignité, tout ainsi comme il estoit au paravant. En quoy est bien à noter la mesme cause de l'emprisonnement, et de la poursuyte contre tous, et néanmoins l'yssue toute différente des jugemens qui s'en sont ensuyvis. Dont la cause peult estre estimée, partie pour la différence des interrogatoires qui ne farent tous &icts d'une sorte; partie pour la diversité du temps auquel les condamnations farent feictes, beaucoup de tumultes estans venus entre deux, comme il sera dict cy après, et tels que plusieurs estimèrent que si ledict du Bourg eust esté lors à juger, il n'eust esté oncques condemné à mort ; partie aussi pour le changement des présidens et juges ; car ledict Fumée ne fut jugé soubs le président Sainct-André, d'autant qu'il fut récusé par récusations aigres et véhémentes, ne par autres juges suspects en la matière, tous par luy récusés. Ce pendant se faisoyent infinies autres poursuytes par tout ailleurs en ce royaume, et à toutes diligences contre les
mal seûtans de la foy de F Église Romaine, avec grandes et rigoureuses punitions.
Ainsi que le feu estoit enflammé par tous les endroicts de ce royaume, il advint que P^icolas Villegaignon, de la ville de Provins, ordonné vice-admlral en Bretaigne, pour quelque discord qu'il avoit eu avec le capitaine du chasteau de Brest, à raison des fortifications d'iceluy, entreprit de faire un voyage aux Indes méridionales en la partie du Brésil, avec deux grands navires qu'il obtint du roy, armées d'artillerie, munitions et autres choses nécessaires, et dix mille livres pour les frais et despenses. Il mena avec luy, entre autres, plusieurs deladicte religion en intention (comme il disoit) de planter icelle audict lieu. Où estant arrivé, qui estoit en la terre de l'Amérique en la partie méridionale, où le pol antarctique s'eslève sur l'horizon 23 degrés quelque peu moins, envoya demander à Genève deux ministres; ce qui fut promptement exécuté; et furent envoyés Pierre Richer et Guillaume Chartier soubs la conduicte de Philippes de Corguilleray dict du Pont, demourant près ladicte ville de Genève , avec lesquels allèrent plusieurs personnes de la mesme religion, pour le bruict des feux lors allumés partouL Ëstans venus audict lieu, furent incontinent lesdicts ministres employés au ministère et prédication.Un nomméJean Contât, estudiaqt de Sorbonne, aspirant secrètement à l'authorité épiscopale, sur tous, disant qu'elle luy avoit esté promise en France, le jour destiné pour célébrer la Cène venu, demanda les vestemens sacerdotaux, et entra en dispute pour le faict du pain sans levain, qu'il disoit estre nécessaire, et de mesler l'eaue au vin, avec d'autres questions semblables. Lesdicts ministres au contraire demeurèrent fichés sur ce que Jésus-Christ et les Apostres ont laissé par escript, et non plus. Là dessus peu après estans entrés en plus grandes
ET RÉPUBLIQUE, LIV. L
disputes, après la Cène toutesfois célébrée à la manière de Genève (horsmis que Yillegaignon avoit secrètement commandé que Ton meist de l'eaue parmi le vin), vindrent nouvelles que le bruict estoit en France que grand nombre de luthériens estoit passé dans les navires dudict Yillegaignon. Dont estant effrayé, et craignant que le mal luy en deust advenir, ainsi qu'un baptesme se faisoit par le ministre Richer, déclarant par iceluy que tout ce qui estoit aâjousté depuis les Apostres estoit un abus, commença à démentir tout hautement ledict Richer, et dire qu'il aimoit mieux se joindre à ce qui avoit esté observé depuis mille ans, que non pas adhérer à une nouvelle secte calvinienne ; et protesta de ne plus assister de là en après aux prédications et prières desdicts ministres, ne mesme de manger plus avec eux. Finalement ayant esté résolu entre eux que les articles mis en contention seroient envoyés aux églises de France et d'Almagne pour en décida, et à ceste fin envoyé le ministre Chartier, incontinent après qu'il fut party, ledict Yillegaignon oyant les nouvelles continuer du traictement que l'on Caisoit en France à ceux de ladicte religion, déclara publiquement qu'il ne tiendroit aucune résolution, si elle n'estoit yssue de Sorbonne, disant qu'il vouloit adhérer du tout et par tout à icelle; feit défenses à Richer de ne plus prescher, ne faire assembler pour prier. Qui fut cause que ledict Richer et du Pont, et plusieurs autres de la religion s'en revindrent en France, q)rès plusieurs empeschemens et cruautés à eux fiiictes par ledict Yillegaignon, duquel fut vérifié qu'il avoit pratiqué quelques uns estans au mesme navire, de livrer lesdicts du Pont et Richer à la justice sitost qu'ils y seroyent arrivés. Peu de temps après il feit précipiter dans la mer trois hommes pour le faict de ladicte religion, nommés Jean du Bordel, Matthieu Yermeil et Pierre Bourdon.
XVI* siiuCLEi Clnon. et Mém.
UTÏIE; PEUXIESME.
Pour reprendre makiteocnt le déeès da feu roy Henry^ dont nous avons cy devant commencé à parler, sitost que le cardinal de Lorraine et le duc de Guyse son frère veirent que le roy tiroit à l'extrémité, ils feirent amas de quelques gentibhommes, tant leurs serviteurs, que du prince de Ferrare, qui pour lors estoit à la cour, et du duc de Nemours et autres, lesquels ils meirent dans la garde robbe dudict duc de Guyse logé esdictes Toumelles, pour s'en aider sMl en eust e^é besoin. Et à Tinstant que le roy eut rendu l'esprit, feirent monter le jerme roy dans un cocbe, et alla ledlct duc de Nemours quérir la roine mère, qui estoit toute esplorée dans sa chambre, laquelle il amena avec le roy dans lediet coche ; et laisserait le connestable aux Toumelles, auquel bien tost après fut envoyé le secrétaire de l'Aubespine luy demander le cachet de par le roy ; et luy fut mandé qu'il eust à prendre garde au corps du feu roy.
Lediet connestable deun ou trois jours après accompaigné de la pluspart des gentilshommes qui pour lors estoyent à Paris, partit desdictes Toumelles et alla saluer le roy; puis parla à la roine mère à part, et luy remonstra qu'elle devoit entretenir un chascun en son estât et degré si elle voutoit conserver l'authorité du roy en sa jeunesse, sans que les princes du sang s'en sentissent offensés; s^offroit de s'y employer si bien que l'authorité luy demeureroit. La roine l'en remercia, et luy promit qu'il seroit maintenu et conservé tout ainsi qu'il avoit esté du vivant du roy défimct son màry .
Or, quelque temps après que le roy avoit esté blessé, la Mare, vallet de chambre du roy, avoit esté despéché pour aller advertir le roy de Navarre, qui lors estoit en Bear, de la blessure. Lequel, ces nouvelles oyes, s'en vint à bien petites joumées jusques à Vendosme, où il feit encores quelque séjour. Et ce pendant allèrent jusques là au-devant de luy les princes du sang, et entre autres monsieur le prince de Condé, son frère (prince certainement magnanime, comme il sera veu cy-après) , lequel de-
puis la mort du feu roy Henry avoit feict démonstration d'estre mal content que ceux de Guyse tinssent en leurs mains le maniement du royaume, et qu'ils se voulussent esgaler à luy et autres princes du sang, comme il sembloit à plusieurs que lesdicts de Guyse s'estoyent efforcés et s'efforçassent de faire, le duc de Guyse mesmes s'estant peu auparavant advancé de porter la queue du manteau du roy François lors régnant, avec lediet sieur prince et monsieur le prince de la Roche-sur- Yon, la première fois qu'il estoit sorti de sa chambre vestu de dueil.
Lediet sieur prince de Condé en mesmes temps avoit remis le sieur d'Andelot en la bonne grâce de monsieur le prince de la Roche-sur- Yon, se tenant auparavant offensé dudict sieur d'Andelot. Lîsiquelle réconciliation fiit suspecte auxdicts de Guyse; jotnct qu'ils avoyent en opinion que le connestable incitoit le roy de Navarre de se haster de venir, pour tenir auprès du roy le lieu qui luy appartenoit. Lediet roy ayant conféré avec les princes dessusdicts et plusieurs autres seigneurs et gentilshommes qui estoyent aussi allés au-devant de lui s'offrir à luy faire service, se résolut de n'arriver à la cour qu'après les obsèques du roy faictes, pour veoir cependant comme lesdicts de Guyse et connestable se maintiendroyent ensemble. IKmt lesdtcts de Guyse très aises se trouvèrent, avec contenance toutesfois de grand dueil auxdictes obsèques; lesquelles parachevées en la ville de Paris, et le corps du feu roy conduict à Sainct-Denis à la manière accoustumée, s'en allèrent coucher le mesme soir à Sainct-Germain-en-Laye, où le roy estoit.
Et pour empescher que le roy de Navarre et le connestable ne se rencontrassent à la cour ensemble, fut arresté que le roy feroit si mauvaise chère audict connestable, qui dès le lendemain devoit arriver, qu'il seroit contrainct de se retirer en sa maison; ce qui fut tellement exécuté que, luy arrivant au parc, le roy y estant luy tourna le dos; ce que ne feit perdre toutesfois audict connestable son asseurance.