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Le lendemain ayant pris congé, il se retira chez iuy.
Tost après, le roy de Navarre estant arrivé andict lieu, s'altéra fort an commencement pour le logis qu'on Iuy avoit donné moins favorable qu'au duc de Guyse ; mais à la parfin il fut addouci, et se laissa contenter, qui refroidit pour lors plusieurs de ceux qui Iuy adhéroyent, pour ce que selon le logis Ton mesure la fkveur ou des&veur du roy.
Quelque tanps après, le sacre du roy fut Caict à Reims en la solennité accoutumée, où a receut l'ordre du roy Philippes. Plusieurs ce pendant ne pouvoyent se garder de déclarer le mescontentement qu'ils avoycnt dudict roy de Navarre, marrys qu'il ne tenolt mieut le lieu qu'ils disoyent lui appartenir; ce qu'ils feisoyeut toutesfois le plus secrètement qu'ils pouvoyent, pour la craincte qu'ils avoyent de ceux de Guyse; car il advint qu'un gentilhomme nommé Soubselles, pour avoir esté trouvé une lettre qu'il escrivoit à sa femme, à laquelle il se plaignoit dudict roy de Navarre, pour ce qu'il ne fe Touloit croire et tenir le lieu qu'il devoit, Alt constitué prisonnier, et envoyé au bois de Vincennes deux jours avant que le roy partist de Reims. De ce lieu il alla à Chalions, et de là i Bar, où il feit au jour Saint-Michel la solennité de son ordre. Et là tascbèrent lesdicts de Guyse d'exempter de plus en plus le duché de Bar de la souveraineté du roy; qui fbt cause qu'aucuns disoyent que bigo souvent, pour cuider trop s'accroistre, l'on se mettoit en hazard de perdre le tout, mesmement quand les moindres le meslent avec les grands.
Le roy estant encore à Reims, la roine mère avoit feit parler au connestaMe par le cardinal de Chastillon et l'amiral, de vouloir résigner ion estât de grand-maistre au duc de Guyse, et Iuy remonstrer que cela les rendroit à jamais amis. Qu'aussi bien cest estât Iuy estoit inutile, d'autant que le roy ne vouioit plus souflHr qu'il l'exercast ^ ains vouioit que ce fust le duc de Guyse; et qu'en récompense dudict office se- Toit baillé un office de mareschal de France à son fils aisné. Le connestable d'entrée n'y voulut entendre ; toutesfois, voyant qu'il en estoit de plus en plus pressé, délibéra de céder au commandement du roy. Et estant arrivé à Chantiltjr au retour du sacre, envoya sondict fils de Mont- HioTency trouver le roy à Blois; auquel aprèD
il envoya da procuratiott ptrre et simple, et non en feveur dudict duc de Guyse, pour monstrer qtie ^ qu'il eh fetisoit n'estoit que pour obéhr à la piiissance supérieure. Et fut érigé un estât de mareschal de France de nouvel, à la charge d'estre supprimé le premier vacant. Et ènmesmes BÀison partit là roiHe d'Espagne de Chastellerault pour aller trouver le roy son mary.
Llidmiral ayant «[iteiidti du duc de Guyse, le roy estant à Nantuell, allant au sacre susdiet, qtie des plus pr^hains alliés dudict adtiairal (voulant parler de monsieur le prince de Coiidé) avoient poursuy vi son estât de gouverneur de Picardie^ et Iby depuis ayant esté asseuré par ledict sieur print^e qu'il n'en estoit rien^ Mict adm{ral,poursedesvelopperdeciîqu'ilprévoyoit en pouvoir adveriir, aHà à la cour enviroh le mois de janvier, où il rHmmstra à la roine tbère qti'il estbit poûrveu de deux grandes charges et estats éu ce royaume, à sçavoir de l'état d'ad^ mira! et de celuy ;de gôtivertleur du i)àys de Picardie, clont le moindre è^oit pour àsset occuper l'entendement et ètlffisance d'un bolnme entier. ShppllÀ ladicte roine de le d^eharger dudict gouvemém^t; fce que Iuy fat Accordé pAr làdicte dame, laquelte votilut qde sa pensioti fMt atiginentée de iAt miltë livres, qui estaient autant qtië màïitjôjeni ibs gftges dtidict gouvernement. Môiîsieur le prince dfe Condé; estatit àdverti de Ift démission dudict estât, envoyé titi getitilhonime iexprès pour le demander podr Iuy ; et efa fescHvit à ïh roine mère, et aux cardinal dé LbrTidnë et duis de Guyse» remonètraiit que ledict gouvernettiènt avoit esté par cy-devant eleTcé fidèlement par ses prédécesseurs, et haguërës pitr le toj de Ifalnirrè son frère, et dans lequel là pluspart de ses bieiis éstoient ftssis; suppliant le rOy qu'un autre ne Iuy fust préféré. Et d'autant que Sa demande ne Iuy fht accordée, il délibéra hiy-mesmes d'eti aller faire la demande en persôtine^ niai content du refus.
Advint cependaiit que la poursuyte à rencontre des luthériens s'enflamttlii plus qu'auparavant, à l'occasion des nouvelles sùirvenues de la mort du pirésident Mynard, laquelle le cardinal de Lorraine leur attribuolt, etl ayant e«é fort troublé, estant d'ailleurs bifen adverty qu'en maints lieux i et ttifesmed hors le royatlme, se faisolent de gi-àftde* plAltites des rigoureuses' pYKtttMtB tpA se fld^ènt kr6e(^iBs{(m de lare-
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ligion, et qu'elles pourroyent bien à la parfin susciter quelque esmotion. Toutesfois Ton ne cessoit de blasmer la trop grande douceur que Ion disoit y avoir esté tenue, comme cause de tout le mal. Et suyvant ce furent envoyées à la cour de parlement lettres du roy lors estant à Cbambord,pour) tous affaires cessans, procéder au jugement des prisonniers pour le faict de la religion. Estant sur ces entrefoictes n'aguères arrivé en grand' diligence un nommé des Groisettes, substitut du procureur général du roy, Fadvertissant qu'un Escossois appelé Stuard, avec ceux de son intelligence, avoit voulu mettre le feu dans la ville de Paris, pour faire évader tous les prisonniers. Ce qui fut occasion de recommander encores plus soigneusement à ladicte cour l'expédition desdicts prisonniers. Laquelle s'y emfdoya avec telle diligence, que quatre chambres criminelles furent à ceste fin par elle dressées pour y vacquer, lesquelles ne cessèrent jusques à en estre venus à bout ; les uns condamnés à mort, les autres à faire amendes honorables, les autres bannis, et les autres autrement punis. Et au regard dudict Stuard, il fut par fitulte de preuve condamné à avoir la géhenne. Laquelle luy fut baillée bien estroicte en la présence des présidens, et plusieurs conseillers ; mais on ne sceut oncques rien avérer de ce qu'on luy avoit mis sus.
Adonc plusieurs propos et plainctifs se commencèrent à eslever contre le gouvernement de ceux de Guyse; dont plusieurs livres et placards furent divulgués, par lesquels estoit dict que du temps du roy Henry défùnct ils avoyent entreprins de luy distraire par cautelles et menées le duché d'Anjou et le comté de Provence, ayans maintesfoys déclarés que par force ils en avoyent esté privés; et mesmes qu'ils avoient employé des gens doctes et de scavoir pour rechercher leurs races aux vieilles chroniques, voulansdire estre descendus de la droicte ligne de Gharlemagne, sur la postérité duquel ils prétendent que Hue Gapét avoit occupé le royaume; espérans que quelque occasion se présenteroit pour le débattre. Que depuis s'estans saisis de la personne du roy estant en bas aage,et du total maniement et gouvernement du royaume, les princes du sang, auxquels il appartenoit, estoyent reculés; l'assemblée des estats, que tant on requéroit, mise à mespris et nonchaloir par ew. Que telle usurpation devoit estre suspecte
à tout bon loyal subject, attendu quMl n'y avoit lieu, coustume ny exemple qui les appelast au lieu qu'ils estoyent , estans princes et estrangers , et qui prétendoyent quereller la couronne, et qui desjà avoyent taschéd'en desmembrer aucunes des principales parties d'icelle ; joinct que la mémoire estoit récente des grandes pertes dont ils avoyent esté cause en ce royaume du vivant du roy dernier défunct, et mesmes que le dernier voyage d'Italie, par lequel l'un prétendoit se faire pape, et l'autre roy de Sicile et de Naples, retirant pour ce faire les principales forces de France. Que depuis qu'ils avoyent le maniement des affoires, les tailles avoyent esté redoublées et les impôts et gabelles mises sus extraordinaircment, avec emprunts plus grands qu'ils ne furent oncques veus, non sans grande suspicion qu'ils eussent à eux appliqués les finances du roy, les gaiges des gensdarmes et ofSciersdu roy n'estans aucunement payés; tellement que la paix estoit plus intolérable aux subjects que la guerre. Que c'esloit aux princes du sang d'avoir le gouvernement usurpé par des princes estrangers pendant la minorité du roy, n'ayant pas imbécilité d'âge, d'intelligence et Texpérience requise au maniement de si grands afiaires que sont ceux du royaume, suyvant ce que de tousjours y avoit esté observé; et mesmes en toutes nations et polices, comme en l'empire romain, auquel Tarquin le premier fut institué tuteur testamentaire des enfans d'Ancus Martius, quatriesme rondes Romains. L'empereur Marc Anthonir, le philosophe, remeit en la charge et gouvernement de ses anciens amis et conseillers son fib Commodus. Aussi feit l'empereur Théodose, surnommé le Grand, à l'endroict de ses deux fils Arcadius et Honorius, auxquels il laissa pour tuteurs Stilicon et Ruffin. Et depuis, Arcadius à son fils Théodose second laissa pour tuteur Isdigerdes roy de Perse. Hiéron aussi, roy de Sicile, ordoima quinze tuteurs à Jerosme, son fils, aagé de quinze ans. Et nommément les lois et docteurs vouloyent que le roy eust un curateur ou régent jusques à l'âge de vingt-cinq ans.
Et pour venir aux François, il ne se pouvoit nier que telle coustume n'eust esté de tout temps observée en ce royaume, quand tel cas est escheu, comme à l'endroictde Charles-le-Simple, Philippe8premierdecenom,SainctLouys,Charles sixieçn^e, et Charles huictiesme, qui pnt est^
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tous gouvernés par tuteurs jusques à Taage de puberté. Ce qui peut apparoir parce que Charles sixiesme ne Ait mis hors de tutelle avant le temps par Tadvis du conseil congrégé sur ce laîct, à Reims Fan 1388, dont ce nonobstant il sortit de grands maulx pour ce royaume. Mais «Ml estoit question de considérer particulièrement la manière de faire des François, il se tnmveroit qu'ils ont tenu en ceci un meilleur ordre que toutes les autres nations ; car les ancestres cognoissans que le naturel des François ne pourroit jamais porter d'estre assubjectis aux princes étrangers , et d'autre costé , ayans non seulement préveu , mais aussi apperceu par l'expérience des choses advenues tant es autres nations qu'en ce royaume, quel danger il y a pour leurs vrais et naturels princes, en leur baillant pour tuteurs quelques princes estrangers , ils les avoyent en premier lieu par la loy salique forclos de la succession de la couronne , et par conséquent de la tutelle de leurs rois, quelques clauses qu'il y eust en leurs testamens touchant la tutelle de leurs enfans mineurs. Ils Font voulu et l'ont ainsi practiqué, qu'en tels cas les trois estats du royaume s'assemblassent incontinent après le décès du roy, pour en ordonner et establir autant que requéroit le profict et intérest du royaume. D'avantage suivant la loy naturelle et les loix civiles , tant grecques que romaines , ils ont appelé au gouvernement de leurs rois toutesfois et quantes qu'il leur a esté possible, les plus proches princes du sang , pourveu qu'ils fossent capables de telles charges, suyvant ce qu'en ordonneroyent lesdicts trois estats au cas qu'il y eust en cela quelque difficulté. Finalement pour mieux asseurer Testât du royaume, et conserver la personne de leurs rois mineurs en leur authorité, en reiglant la puissance de tels tuteurs et gouverneurs, ils ont expressément ordonné que le roy seroit couronné dès l'aage de quatorze ans , et que le tout seroit conduict en son nom, et expédié soubs son seel. Que les tuteurs et gouverneurs auroyent un conseil ordonné des plus notables du royaume, auquel ik rapporteroyent les afhires , et par lequel ils se conduiroyent; et par le meur advis dudiet conseil, le roy seroit mis hors de tutelle, mesroes devant les vingt-cinq ans accomplis , s'il estoit trouvé doué de sens et entendement capables de sa charge. Que ladicte loy sf^lique
estoit trop juste pour estre mesprisée , et trop notoire pour esjre révoquée en double; car que y a-il plus dangereux , estoit-il dict , pour Testât du royaume, qu'un prince estranger eslevé en authorité, principalement quand il est ambitieux ou avare, comme sont ceux de Guyse , qui maintenant tyrannisent ; voire si jamais y eut princes en ce monde, qui par vilaines et deshonnestes taches d'avarice et toute convoitise desmesurée ayent souillé le nom et tiltre de prince? Ainsi fut soubs ombre de la tutelle ravi le royaume des Romains d'entre les mains des enfans d'Ancus Martins par Tarquia^le premier de ce nom , et depuis Tempire romain , quasi ruiné par l'ambition et trahison de Stilicon et Ruffin , tuteurs de Arcadius et Honorius. Mais l'exemple de Hiérosme , roy de Sicile, est encore plus approchant de ce qui se voit aujourd'hui : car, entre autres tuteurs que Hiéronson ayeul luy laissa, il y avoit un certain Andro* nodorus , gendre dudiet Hiéron , et par conséquent oncle dudiet Hiérosme, ainsi que lesdicts de Guyse estoyent oncles du roy François dernier décédé : horsmis que Andronodorus avoit espousé la tante dudiet Hiérosme , roy de Sicile, et le roy François avoit espousé la niepce desdicts sieurs de Guyse à leur requeste. Le« quel Androdonorus, pour gouverner tout soubs le nom du roy son nepveu, ne faillit pas de faire en sorte qu'il le feit déclarer capable de régner en Taage de quinze ans. Mais qu'en advint-il? c'est que par ce moyen il ruina le roy et soyméme. Aussi qui a jamais leu les chroniques de France qui ne sache combien de calamités a souffert la nation françoise, en partie par faulte d'avoir assemblé les trois estats, à fin de maintenir les princes en leur authorité, chascun selon son rang et degré contre Pambition des nouveaux venus? Qui est celuy qui ne sache la misère en laquelle estoit ce pauvre royaume du temps des maires du palais, du temps de Charles-le-Simple, du roy Sainct-Louys, de Charles sixiesme et autres, par faulte que dessus.
Et pour monstrer que ladicte loy salique a esté ainsi practiquée , et que les ordonnances touchant les tutelles et gouvernemens du royaume de France durant la minorité des rois ont esté ainsi conduictes , suffit Texemple de ce qui en fut décidé touchant le roy Philippes de Yallois, successeur du roy Charles-le-Bel son coDsin germain, Tan 1327, touchant le roy
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Charfes sîxiesme, qui succéda à son père Charles cinquiesme Tan 1380, et le roy Charles huictiesme,snccesseur de Louysonziesme^Tanl 48i. Estant donc décédé Charles-Ie-Bel, laissant grosse sa femme madame Jeanne d'Evreux, Edouard roy d'Angleterre, fils de madame Eliïabet, sœur germaine dudict Charles, et par conséquent nepveu d'iceluy , querella le gouvernement de ladicle Jeanne , et du posthume qui en sortiroit, à rencontre de Philippes de Valois, fils de Charles de Valois, oncle dudict Charlesle-Bel , et par conséquent seulement cousin remué de germain du posthume, dont il estoit question. Sur lequel différend il fut arresté par les trois estats que ledict Philippes de Valois seroit gouverneur de sadicte cousine, tant pour ce que le royaume de France nie se pouvoit gouverner par estrangîers que pour estre le plus prochain héritier selon la loy salique, qui forclost de la couronne toute ligne féminine. Ce qui fut tellement practiqué que ledict Philippes de Valois, au lieu de régent fut déclaré roy, après que la roine Jeanne fat accouchée d'une fille.
Semblablement le roy Charles le quint, à bon droict surnommé le Sage, ayant ordonné par testament que Charles sixiesme son fils et successeur, avec Louys son autre fils, qui depuis fat duc d'Orléans, seroyent mis, quant à leurs
{)ersonnes et nourriture, en la garde de Phiippes duc de Bourbon prince du sang, et leur oncle de mère , et les affialres du royaume entre les mains de Louys duc d'Anjou leur oncle de père, en attendant que Charles eust quatorze ans accomplis, pour estre couronné roy. Ce néantmoins les trois estats forent assemblés sur ce Caiict, par lesquels fot dict, nonobstant ladicte ordonnance testamentaire , que Charles seroit couronné roy et le royaume administré en son nom, mais que Louys d'Anjou son oncle de père, comme le plus proche , auroit le gouvernement et régence du royaume, en quoy il se conduiroit par le conseil des princes et seigneurs députés pour cest effect. Et quant à la personne du roy et de monsieur d'Orléans son frère, qu'ils sefoyent mis entre les mains du duc de Bourgongne et de Bourbon, tous deux princes du sang, et leurs oncles en ligne masculine, l'un de père et Tautre de mère, à fin de les conduire eti bonnes mœurs jusques en aage de puberté. Et fat practiquée ceste ordonnance
jusques à ce que Charles sixiesme, surnommé le bîen-aimé, fat mis hors la tutelle de sesdicts cmcles, par privilège et ordonnance desdicts estats, en l'aage de vingt -deux ans ou environ, pour la faveur que le peuple luy portoit, et pour le sens, discrétion et beauté.
Pareillement après la mort du roy Louys onziesme, le roy Charles huictiesme son fils unique venant à la couronne, les estats farent assemblés à Tours, là où il fat arreste que madame Anne de France sa sœur aisnée auroit le gou« vemementd'iceluy, touchant sa nourriture. Et quant aux affaires, nonobstant que monsieur Louys duc d'Orléans, qui puis après succéda à la couronne, demandast en avoir le gouvernement, comme le plus proche, si est-ce qu'ilfast dict, que d'autant qu'il n'avoit pour lors qu'environ vingt-trois ans, il ne seroit régent, ains que le tout seroit conduict par le conseil des princes et plus grands seigneurs du royaume à ce députés, et sont encore aujourd'huy les actes desdicts trois estats tenus à Tours imprimés, par lesquels se peult voir tout ce que dessus.
•D'avantage que nul ne doit ignorer combien est exprès le serment par lequel les cardinaulx sont asservis au pape , desquels aussi ils s'appellent les créatures, et comme ils se sont entièrement exemptés de toute la jurisdiction des princes, de Famoindrissement desquels ils ont basty et entretiennent encores leur grandeur, laquelle n'a nul fondement nyen l'Es* cripture Saincte ny en aucun ancien concile ny canon. A quel tiltre donc un cardinal aura-il la charge d'un royaume de France, veu qu'il s'est astreinct par serment à un autre, qui souventefois mesmes sera ennemy de France, et duquel les droicts tant souvent sont si peu accordans au profict du royaume? Et quand ceste raison cesseroit, comment seroit propre à gouverner les finances d'un tel royaume celuy qui n'est responsable devant aucun juge séculier, quand il seroit question de luy en faire rendre compte, voire mesmes quand il n'auroit que son privilège de cléricature? Et de faict, le roy Jean pourveu de bon conseil osta ses seaulx et le maniement de ses affaires à son chancelier nommé messire Jean Deàdormans, après qu'iceluy se fat faict cardinal. Et ne sont encore aujourd'huy les cardinaulx admis au conseil de la seigneurie de Venise, ne d'autres républiques
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bien policées. Et par combien de conciles et canons est-il défendu aux ecclésiastiques de se mélar des afiTaires pro£anes etnégoces séculiers, et principalement du faict de la guerre ? Le roy Charles sixiesme ne sceut jamais avoir raison du cardinal d'Amiens, qui s'estoit entremis de ses affaires, pour ce qu'il se retira à Rome avec ses larrecins. Et le cardinal Baluedutempsdu roy Louys onztesme n'eust failli d'en faire autant, si la prudence du roy n'y eust pourveu. Autant en print-il naguères au roy d' Angleterre par le gouvernement du cardinal d' Yorc. Et de frescbe mémoire, le moine et le cardinal de Transsylvanie , a-il point esté celuy qui a ravi ce royaume là à la chrestienté? son ambition l'avoit mis en la désolation en laquelle il est aujourd'huy. Oultre cela, il estexpressénaent ordonné par les loix que ceux qui sont debteurs et comptables à la république ou au fisc, ne soyent admis à telles administrations devant que d'avoir compté et payé.
Il estoit doncques requis en premier lien que lesdicts sieurs de Guyse rendissent compte de îadministration des finances qu'ils ont eue si kfflguement , et qu'ils ont conduicte si conscienâensement que nul n'ignore que le roy lienry ( le plus bening et le phis endurant prince du monde ) s'appercevant à la fin où Tavœt conduict leur ambition, estoit entièrement résolu de feur faire rendre compte, et les déchasser arrière de soy. C'estoit donc par où ils devoyent commencer s'ils vouloyent suyvre le droict chemin qui mène aux honneurs légitimement acquis, en souffrant que ceux auxquek le cas touche fussent juges de leurs mérites, si aucun en y a, et de la récompense qui se trouveroit leur estre deûe. C'estoyent en somme les propos, et plusieurs autres touchans encores de plus près les personnes desdicts cardinal, duc de Guyse, et ses frères les grand prieur et marquis d'Elbeuf que je n'ay voulu icy plus au long réciter, lesquels se divulgooyent par tout à rencontre de ceux de Guyse.
A rencontre de ces escripts Jean du Tillet, greffier de la cour de parlement, publia un livre intitulé la Majorité du roy, par lequel il maintenoit qu'en France les rois peuvent commander à l'aage de quinze ans , et qu'ils sont suffîsans d'eux -mesmes pour appeler auprès d*eux tel conseil qu'il leur plaiA. Ses moyens estoyent (pie, par plusieurs coustumes de diver-
ses provinces qu'il avou amassées ensemble, il apparoissoit qu'en ce royaume l'on ne regardoit à l'aage de yingt-cinq ans, pour estre quet cun censé majeur, et que l'aage de quinze ans» ou autre moindre de vingt et cinq suffisoit selon la variété de Tusance des pays. Puis déduisoit pour le faict particulier plusieurs exemples tirés des histoires de France, pour mpnstrer que Ton ne regarde à ce conseil légitime des princes du sang, commençant par le roy Henry premier, lequel, obmettant Robert son frère, laissa Philippes son fils en la charge de £audoyn son beau frère comte de Flandre, et par le roy Louys lequel il disoit avoir postposé ses propres frères à l'archevesque de Reims, le donnant tuteur à Philippes Auguste son fils, et ce, dict-il, jusques à l'aage de quinze ans, qui est le temps auquel il disoit la tutelle finir. Et venoit après au roy Louys buictiesme, qui postposa son frère Philippes à la roine Blanche, laquelle il laissa tutrice de Louys neuviesme son frère. Puis il proposoit les exemples des roya Louys septiesme et neuviesme, qui, sortans du royaume, ont pendant leur absence laissé quelques fois des abbés de Sainct-Denis régens en France. Et pour son principal poinct, mettoit en avant les propres mots de l'ordonnance du roy Charles cinquiesme, faicte pour le regard de la tutelle du roy Charles sixiesme son fils, luy ayant donné le nom et authorité du roy , nonobstant son bas aage, toutes régences ostées à l'advenir en quelque aage que les roya puissent estre. Il adjoustoit qu'il seroit bien dur que le conseil de France fust choisi à l'appétit des voisins, voulant taxer aucuns d'avoir sollicité les estrangiers à la subversion du royaume» Et finalement s'attachoit à ceux qui se disent faire profession de l'Évangile, disant que c'estoit à faulx tiltre , que c'estoit plustost d'une ncmvelle opinion, appelant les prédicans séditieux et mutins, concluant que Dieu favoriseroit les armes qui seroy ent employées à rencontre d'eux.
A quoy tout aussi tost presque que le livre fut divulgué, fut respondu: « Premièrement, quant aux coustumes par luy alléguées, que luymesmes y avdt satis&ict, disant enson livre que elles ne s'estoyent jamais entendues que pour les subjects, et non pour les rois de France. Quant aux exemples, que le premier du roy Henry premier ne Êiisoit à propos, parce que
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son frère qu'il obmit avoit l voulu ravir le royaume audict Henry, et qu'il esloit autant raisonnable de ne l'appeler ai) gouvernement du roy son fils, comme il estoit aujourd'huy raisonnable pour mesmes cause d'en exclure ceux de Guyse. Et mesmes estoit dict pour response que les Gascons, suyvant ce que dict Paul Emile, craignans qu'il s'emparast du royaume, s'opposèrent à son gouvernement ; joinct que nous ne sommes es termes quand un roy père a pourveu à son fils de gouverneurs. Quant à l'exemple du roy Louys le jeune, ayant postposé ses propres frères à l'archevesque de Reims, le donnant tuteur à Philippes Auguste sou fils jusques à l'aage de quinze ans ; que si cela estoit véritable, il s'ensuyvroitque ledictarchevesque n'administra jamais rien en France, parce que Pbilippes Auguste avoit seize ans quand son père mourut, ainsi que dict Paul Emile. Et accordant qu'il ait administré, il s'ensuy vra que la majorité ne commençoit à quinze ans ; mais que c'estoit à juste cause qu'il avoit exclus ses frères, parce que le principal appelé Robert avoit esté déclaré estre sans entendement; les autres s'estoyent retirés aux moineries, quictans le soulci des affaires séculiers, et toutesfois qu'il n'apparoissoit que tous fussent lors vivans. Et puis c'estoit une disposition paternelle qui' est hors des termes èsquels nous sommes. L'exemple du roy Louys huictiesme estoit en semblable une disposition du père à son fils, approuvée par les estats, ainsi qu'il est récité aux annales. Ceux des rois Louys septiesme et neufviesme estoyent hors de propos, n'estant question de ce que les rois, qui pour leur aage peuvent seuls administrer, doivent ou peuvent faire, comme faisoyent ceux-là, permettans en leur absence hors du royaume de gouverner à qui bon leur sembloit d'en donner la charge. Au regard de l'ordonnance du roy Charles cinquiesme, que son intention fut véritablement d'avoir donné à son fils le nom et authorité de roy, nonobstant son bas aage, et d'avoir osté ïes régences ; et qu'à cela aussi nul ne vouloit aller au contraire, ne empescher que le roy de présent n'eust le nom et authorité de roy, et sans régence, mais que cela n'excluoit le conseil légitime des princes, duquel aussi le roy Charles cinquiesme n'avoit voulu priver son fils, et donner lieu au premier flatteur qui se vouldroit ingérer au maniement des affaires. Et que mesmes
le roy Charles sixiesme administra son royaume par les mains des princes du sang, jusques à l'an vingt deuxiesme de son aage, ainsi qu'iiapparoissoit par les annales. Que ce qui fot faict aux derniers estats tenus à Tours pour le gouvernement du roy Charles septiesme, monstre bien que c'estoit aux princes du sang d'estrc appelés à ce conseil légitime, comme ils furent par les estats. Estoit adjousté que l'autheur dudict livre, parvenu à honneur et dignité par la libéralité des rois de France (duquel la plume devoit estre consacrée et dédiée seulement à maintenir l'équité, les estats, et police de ce royaume, et l'authorité de justice), s'estoit fort oublié, voulant confirmer l'authorité de ceux qui ne cessoyent de pervertir tout l'ordre qui jusques icy a eu lieu en ce royaume, ne respondant aucunement, et de propos délibéré, à ce que l'on avoit maintenu que ceux de Guyse estoyent en tout événement du tout incapables du lieu qu'ils tenoyent. Et Caiisant semblant de n'y penser point, s'estoit jette sur ceux qui n'en pouvoyent mais, lesquels se défendroyent en temps et lieu ; mais qu'iceluy autheur s'estoit à la parfin représenté dépeinct au vif en la personne d'Achitophel, luy ressemblant naïvement au conseil qu'il donnoit pour conclusion de son livre. Car comme il conseilioit d'assembler le peuple fidèle qui maintenoit le roy contre Absalon usurpateur , aussi ce personnage enseignoit que l'espée trenchante devoit estre jettée sur eux, se déclarant par là mutin et séditieux, ne demandant que cruauté, confusion et la ruyne de ce royaume.
Durant ces propos le connestable faisoit son dessein de s'en vouloir aller en firetaigne, Poictou, Anjou et Angoulmois, voir ses terres, et visiter sa fille la dame de la Trémouille, et autres parens et amis, ayant entendu que l'on ne le vouloit si près de Paris, comme il estoit pour lors en ses terres d'Escouan et Chantilly, ou la pluspart du temps il résidoit.
Et en mesmes temps monsieur le prince de Condé arriva à Orléans, où il séjourna pour quelques jours. Le cardinal de Lorraine et son frère le duc de Guyse avoyent advertissemens de maints lieux, tant d'Espaigne, Savoye, que Flandres et Alemaigne, qu'il se faisoit une entreprise pour les venir forcer jusques dans la maison du ro)^ qui les meit en grande suspicion contre plusieurs^ et fut cause que le roy
escrivit m mareschal de Montmorency qu'il envoyast soobs senreet bonne garde, et par chemins destoumés Soubselies qui estoit au bois de Vincennes, et Stuard qui estoit prisonnier en laconciergeriC) qui à ceste fin partirent de Paris le premier jour de caresme, et furent menés masqués et desguisés, ainsi qu'il avoit esté mandé de fiûre. Et le roy se retira à Amboise, où il séjourna quelque temps, se fians ceux qui le conseillèrent de s'y retirer en la petitesse de la ville et la force du chasteau ; ne laissans rien en arrière pour luy persuader que c'estoyent les luthériens qui le vouloyent mettre à mort, pour se venger de ce qu'il en avoit tant faict mourir.
La cour de parlement de Paris feit défenses à tous bouchiers, rôtisseurs, vivandiers et autres (que. le bouchier de l'Hostel-Dieu) de vendre, durant le caresme, aucune chair, sur peine de la hart ; enjoinct audict bouchier de faire registre des permissions et de la quantité de chair qui seroit prinse pour les malades, ensemble le nom etdemourance d'iceux, et de huictaine en huictaineen certifier la cour; ordonna que Ion vivroit comme Ion avoit accoustumé selon les traditions ecclésiastiques,
Et pour autant que les nouvelles de l'entreprise susdicte croissoyent de jour en jour, fut envoyé à Tours le comte de Sancerre lieutenant du roy ; où ayant séjourné quelques jours, il sceut que le baron de Casteinau, le capitaine Mazères, Renay et autres jusques au nombre de dix ou douze estoyent logés en ladicte ville dans une bostelierie, attendans l'argent qui devoit estre là rendu pour estre distribué à aucunes des compagnies estans aux lieux circonvoisins ; qui fut cause du retardement de l'entreprise, et donna empeschement à icelle. Ledict comte de Sancerre fut parler audict baron de Casteinau qu'il cognoissoit familièrement pour avoir esté ensemble au service de feu monsieur d'Orléans. Et pour ce que ledict comte avoit receu rude response pour s'enquérir trop curieusement au gré dudict Casteinau où il alloit, jusques à mettre la main aux armes, il en advertit le roy, et fut trouvé qu'ils s'en alloyent rendre au chasteau de Noisay appartenant à la femme dudict de Renay, près de trois ou quatre lieues dudict Amboise ; qui descouvrit incontinent plus au vray ladicte entreprise, de laquelle le cardinal de Lorraine avoit "^slé en mesmes temps adverti par un advocatdu palais à Paris, XV 1- SIÈCLE , La PI. et La PI.
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nommé des Avenelles, plus certainement que nul autre, pour avoir esté présent en quelques délibérations de ce £aiictes aux environs de Paris. Dont il fut récompensé sur les finances du roy d'un don qui luy en fiit faict de douze mille livres, sans ce que d'ailleurs il receut depuis dudict cardinal.
Or la vérité est telle que l'exécution de ladicte entreprise avoit esté délibérée en la ville de Nantes en Bretaigne, par assemblée qui y fut faicte de gens appelés de tous les endroicts de ce royaume, à la grande diligence et poursuite d'un nommé Godefiroy de Barry sieur de la Renaudie, gentilhomme du pays de Périgort, qui se faisoit appeler la Forest, et la Garaye gentilhomme du pays de Bretaigne : où fut arresté par ladicte assemblée, faicte soubs couleur de traicter d'un mariage : Que les chefs et ceux du conseil de ladicte entreprise se trouveroyent au sixiesme jour de mars en la maison de la Frédonnière, le roy estant lors à Blois; et puis ayant changé de lieu, et estant venu à Amboise, fut arresté que ils se trouveroyent en la maison de la Carlière, près dudict Amboise de trois lieues, et le rendez-vous des trouppes assigné au quinziesme de mars. Ledict de la Renaudie fut esleu en ladicte assemblée lieutenant d'un prince que l'on disoit avoir receu la protection de ladicte entreprise, sans autrement le nommer, ny déclarer qui il estoit, que les lansquenets ont accoustumé d'appeler un chef muet ; et luy furent baillés pour conseil six personnages, sans lesquels il ne pouvoit rien faire, et environ trente capitaines bien expérimentés au faict des armes, pour estre soubs luy, et conduire ceux qui sedevoyenttrouveràl'entreprise; la marque de laquelle pour se recognoistre, estoit un esteuf mi-parti de blanc et de noir. Leur but estoit de déposséder lesdicts sieurs de Guysc de l'authorité que ils maintenoyent avoir este par eux indeuement usurpée, et les faire déclarer usurpateurs par h voye de justice, sans autrement rien attenter ny entreprendre qui fust préjudiciable au roy ny à son estât, comme il fut après cogneu, par le moyen d'un papier auquel le tout estoit escript d'une façon cogneuc seulement à celuy qui l'avoit escript, nommé la Bigne, qui estoit ancien serviteur dudict de la Renaudie. Car estant pris après la mort de son maistre, promit pour sauver sa vie de déclarer ce qui estoit contenu audict papier; ce qu'il
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feit, et tronva-Fon que le premier article estoit couché en ces ternies : « Protestation faicte par le chef et tous ceux du conseil de n'attenter aucune chose contre la Majesté du roy et les priûces de son sang. Et estoit le but aussi de ladicte entreprise de faire observer l'ancienne coustume de France par une légitime a$semblée des estats. n
Entre ceux de ceste entreprise y en avoit plusieurs retenans la doctrine appelée nouvelle, lesquels on appeloit huguenauds. Ce nom ayant premièrement commencé peu de jours auparavant en la ville de Tours, à cause de la porte du roy Huguon, qui est l'une des portes de ladicte ville, auprès de laquelle ceux de ladicte reUgion avoyent accoustumé se retirer pour faire leurs prières à leur manière accoustumée, à l'occasion de quoy le peuple les appela huguenauds, qui fut incontinent receu par ceux qui suyvoyent la cour, et depuis publié par tout.Lesdicts doncques appelés huguenauds disoyent qu'ils estoyent adjoincts avec les dessusdicts, comme à une cause civile et politique, et qui concernoit lesloix et statuts de ce royaume, délibérans de présenter leur confession de foy afin d'obtenir quelque rela^che des extrêmes exécutions, incités de ce faire entre autres choses, d'autant qu'ils disoyent avoir entendu que en la cour de parlement à Paris il avoit esté presque résolu, en la mercuriale (dont nous avons parlé), de ne persécuter plus pour la religion avant la détermination d'un concile. Et qu'il estoit à présumer que le cardinal de Lorraine et son frère estans hors d'authorité, la sentence libre des estats eust peu esteindre les feux qui estoyent enc^res allumés en France.
La Renaudie ayant rallié grand nombre de gens , en estent jusques au nombre de cinq cens chevaulx et quelques gens de pied, lesquels il feit approcher de la ville d'Amboise. Le roy envoya, vers le lieu où il avoit esté adverti que aucuns des dessusdicts se devoyeat rassembler, le duc de Nemours, avec quelques chevaulx, pour recognoistre la vérité du rapport qui luy avoit esté faicte. Estans parvenu au Ueu, il parlementa avec eux, et s'enquit pour qu'elle raison ils s'estoyent armés, et s'ils vouloyent faire perdre aux François la louange qu'ils ont tousjours eue d'estre fidèles et loyaulx à leur prince. Ils respondirent, par le baron de Cas*
telnau, qu'ils ne vouloyent attenter aiieune chose contre la Majesté du roy ; mais au cofttraire qu'ils estoyent armés pour maiotcoir sa personne et la police de son royaume-, qu'ils vouloyent remonstrer à sa Majesté les machinations et^ délibérations secrètes de ceux de Guyse contre sa grandeur, leur violence manifeste contre les sut^ects, l'oppression &ictiB par eux contre sa justice, de ses estais, des loix et coustumes de son royaume; qu'en tdie nécessité, ils vouloyent entretenir le kiom de fidèles subjects qu'ils avoyent acquis de si long temps, et pour autant qu'ils se sentoyent obligés de faire ce qui estoit nécessaire pour la conservation de leur prince. Sur quoy ledict duc de Nemours leur remonstra que ce n'estoît pas la façon d'un subjeetde présenter quelques remonstrances à son prince avec armes et force ouverte, m^s qu'il faUoit venir avec révérende et humilité. A quoy ils respondirent que leurs armes ne s'addressoyent aucunement contre le roy, mais contre lesdicts de Guyse, qui leur estoyent ennemis, lesquels empescboyent avec violence que aucun eust accès au roy, sinon ceux qu'il leur plaisoit. Qu'ils s'estoyent done armés, à fin que si besoing estoit ils peussent malgré lesdicts de Guyse se &ire voye jusques k la Majesté du roy, là où estans* Os sçavoyent bien l'honneur et la révérence qu'ils luy devoyent porter.
Après ces propos et plusieuris prières dudict duc de Nemours de laisser les armes, et venir sur sa foy parler au roy, s'obligeant par foy de prince qu'il ne leur en revlendrott aucun mal ne danger, eux , s'asseurans sur sa parole , obéy^ rent audict sieur duc de Nemours, disans qu'ils prenoyent pour grand advantage d'avoir accès libre au roy, sans qu'il fust besoing de l'acquêt rir par annes ne par force. Mais estans arrivés à Amboise, furent incontinent reserrés en prison , tormentés par géhennes , eondeomés comme coulpables de crime de lè»e majesté, et avec eux d'autres qui lurent pris, et «ur le champ exécutés par diverses manières de mort, les uns décapités et les autres pendu» aux fenestres du chasteau d'Amboise. Et entre ceux qui s'estoyeot mis entre les matos dudict dufc de Nemours sur sa parole, estoit ledict baron de Castellan. Icduy oyant lire sa condemnation, qui portoit crin^e de lèze-majesté, remonstra qu'il n'estoit wcunee^ent
tufiol
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apparu qu'il enst rien entreprin^ contre le toy , mais seulement qu'il s'estoit youIu opposer avec mie grande partie de la noblesse de France à Tinjustice de ceux de Guyse, et que si ane entreprisé faîcte contre eux cstoit crime de lèze majesté, Û les &lIoit prononcer rois |de France, avant que de condemner de ce crime. Finalement que ne pouvant appeler devant les hommes d'une saitence tant inique, il en appeloit devant Dieu, lequel en brief feroit une vengeance exemplaire du sang innocent qui estoit respandu. De semblables propos usèrent plusieurs autres, lesquels, ayans prié Dieu à haute voix et appelé Dieu pour juge de leur cause, moururent, oontraignans plusieurs de plorer. Et est mémorable qu'un gentilhomme d'Ân^ goubnois, frère de monsieur de Briquemonts, nommé Villc-Mongié, qui a l'instant après fut exécuté, ayant trempé ses mains au sang de ses compaignons qui avoyent esté sur Theure décapités, les esleva en haut vers le ciel tant qu'il peut, s'escrians avec telles paroles ou semblables : Seigneur, voyci le sang de tes enfans injustement espandu, tu en feras la vengeance.
Après que lediet baron de Castelnau eut esté prins, qui Ait un grand empeschement à ceux de Fentreprinse, entre lesquels tût souspeçonné le puisné de Maligny, lediet la Renaudie ne laissa de se présenter à tascher par tous moyens de se joindre avec 'sa troupe , ce que faisant fut rencontré par un gentilhomme nommé Perdillan, qui avec d'autres couroit çà et là pour descouvrir quelque chose, et voyant que lediet la Renaudie lui faisoit teste et ^apprestoit au combat, il luy pensa tirer un coup de pistolet, mais il ne print feu. Et à ceste cause ledit la Renaudie, luy donnant deux coups d'espée au costé droict, le tua, et fut quand et quand frappé d'un coup d'arquebouze par le serviteur dudict PierdiUan, dont il mourut sur le champ, et auparavant que tomber dudict coup, il tua eneores lediet serviteur. Son corps fat porté à Amboise, et deux de ses serviteurs menés prisonniers, dont l'un estoit la Bigne, duquel avons parlé cy-dessus ; et là son corps demeura pendu tout un jour, sur lequel estoyent escrits ces mots : C'est la Renaudie dict la Forést, capitaine deê rebelles, ehefetautheur de la sédition. Et depuis fat mis en quatre quartiers pendus en divers lieux, et sa teste mise sur le pont,
fichée au bout d'une lance. Ce fut un cas admirable comment cinq cens chevaulx avoyent esté disposés tellement qu'ils avoyent peu venir jusques près d' Amboise de toutes les provinces de France, sans eslre descouverts.
Le puisné de Maligny , dont nous avons maintenant parlé, se voyant estre en souspcçon envers lediet cardinal de Lorraine et son frère, s'en alla à un escuyer d'escurie de monsieur le prince de Condé nommé de Vaulx, et luy demanda un des bons chevaux de ladicte escurie, ce que luy octroya lediet de Vaulx, et par ce moyen se retira lediet de Maligny au Maine, où le sieur de Vasset, chevalier de l'ordre, eut charge de le suyvre, mais il n'y peut rien faire. Soudain lediet de Vaulx fat pris et constitué prisonnier : interrogé sur ce, dict que véritablement il avoit baillé le cheval audict de Maligny sans le sceu dudict sieur prince son maistre, pour l'amitié et parenté qu'avoit lediet sieur prince audict de Maligny, lequel avoit esté nourry avec luy chez le feu cardinal de Bourbon; et lediet de Vaulx avoit esté donné audict sieur prince par lediet de Maligny. Cela aida à faire entrer ceux de Guyse en suspicion contre lediet sieur prince, et dire à la roine qu'il y avoit des armes cachées en son logis ; ce que la roine luy ayant faict entendre, la supplia d'envoyer visiter sondict logis pour en sçavoir la vérité, ce qui fui faict par le sieur de BeauvaisBrichenteau, lequel n'y trouva rien. Il fat mal pris de tous que lediet sieur de Beauvais voulust prendre ceste charge d'aller rechercher et visiter les coffres et logis dudict sieur prince, pour autant qu'il avoit esté nourri en la maison de Vendosme, et y receut son advancement.
Ainsi qu'on faisoit le procès aux susdicts condemnez, lediet cardinal feit entendre à la roine qu'il feroit bon d'advertir et remonstrer audict sieur prince qu'il y avoit aucuns d'iceux, lesquels maintenoyent qu'il estoit le chef de l'entreprinse. Ce que la roine aussi tost commençant de faire, lediet cardinal prenant la'parole luy dict, que s'il luy plaisoit, pour mieux en sçavoir la vérité, que l'on envoyast quérir quelques uns desdicts prisonniers et ce, pendant qu'ils seroyent dans la chambre, se cacher derrière la tapisserie , qu'il entendroit luymesme ce qu'ils en diroyent. A quoy lediet sieur prince dict que ce n'estoit à luy de se cacher, ne à qui il Must faire le procès ; mm
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que si ledict cardinal vouloit s'y cacher soymesme, qu'il entendroit ce qu'ils diroyent de luy et sa maison. Dudict lieu d'Amboise ledict sieur prince s'en estant allé vers madame sa tante î'abbesse de Frontevault, revint trouver le roy à Chenonceau ; où estant adverti que les ambassadeurs des princes estrangers escrivoyent en leur pays qu'il estoit fort chargé d'avoir esté autheur de ladicte entreprise, dict en la présence du roy, de plusieurs princes, chevaliers de l'ordre et autres seigneurs, et des ambassadeurs mesmes là présens, que s'il avoit homme, de quelque qualité qu'il fust, qui voulust maintenir ce faict estre véritable, qu'il s'offroit de le combattre, et là où il luy seroit inégal de s'esgaler à luy en toutes choses pour cest effect. Adonc le duc de Guyse dict qu'il luy estoit tant serviteur, ayant cest honneur de luy estre parent, que luy-mesme prendroit les armes pour le seconder en une si juste défense : ce faict, ledict sieur prince se retira chez soy. Le frère aisné dudict sieur de Maligny estoit en sa maison lors de ladicte entreprise. Toutesfois, pour ce qu'il fut recognu que sondict frère avoit l'un de ses chevaux, le cardinal et son frère luy voulurent mesler tellement, qu'il fut contrainct se retirer ailleurs, et se tenir sur ses gardes. Et pour autant que le capitaine Mazères (dont nous avons cy-dessus parlé, qui fut l'un des exécutés à mort, et qui démonstra plus que nul autre de ses compagnons avoir grand regret à la mort), avoit esté l'un des plus favoris capitaines du roy de Navarre, au pays duquçl il avoit pris femme riche en Béart , et qu'en plusieurs lieux de Vendosmois ceux de ladicte entreprise avoyent eu leur retraicte, et aussi que l'opinion de tous estoit que ledict roy de Navarre favoriseroit à la religion appelée nouvelle; aucuns voulurent penser là dessus qu'il n' avoit esté ignorant de l'entreprise d'Amboise. Dont il s'efforça de se justifier, et luy servoitque aumesme temps de ladicte entreprise d'Amboise il avoit rompu une compagnie de trois à quatre mille hommes, qui s'estoyent mis ensemble au pays d' Agenois en faveur dudict de la Renaudie, ayant esté de ce faire prié par le roy et la roine sa mère. Le chancelier Olivier fut durant ce temps saisi d'une griefve maladie, durant laquelle il y jettoit de grands souspirs sans cesse, et affligeoit jsa personne en façon fort estrange et espou- I
vantable. Il fat en ce [torment visité par le cardinal de Lorraine, lequel s'estant esloigné de luy, ledict chancelier s'escria, disant : Ha ! cardinal, tu nous fais tous damner; et dict Ion qu'il regretta bien fort et souventesfois la mort de feu Du Bourg brusié auparavant comme nous avons dict cy-dessus. Et après s'estre ainsi misérablement tormenté , quelque temps après il mourut. Il avoit esté pourveu de Testai de chancelier par le roy François premier, et au commencement du règne du roy Henry fut renvoyé en sa maison, et mis en son lieu celuy qui n'agttères estoit premier président, nommé Bertrand, de la ville de Tbolouse, en tiltre d'office de garde des seaulx, ce qui n'avoit jamais été veu, (et qui plus estoit) pour y demourer chancelier, advenant que ledict Olivier mourust le premier, ce qui fut vérifié en toutes les cours souveraines. Mais cela fut faict à l'instance et faveur de la duchesse de Valentinois, qui voulut effleurer ledict Bertrand du tout addonné à son service, et duquel elle s'attendoit mieux estre servie que dudict Olivier, homme de bien, et ayant grande cognoissance et expérience aux affaires d'estat, conjoincte avec doctrine et érudition non médiocre aux lettres humaines. Au regard dudict Bertrand il fut cogneu pour estre homme de cour, de peu de lettres, et moindre cognoissance au maniement des affaires. Et si tost que ledici roy Henry lut mort, ledici chancelier Olivier avoit esté rappelé ; ce qui n'avoit oncques esté possible au précédent. Ledict Bertrand seelloit indifféremment tout ce qui estoit aggréable aux plus grands, ayans faveur et puissance ; et pour complaire, ne luy challoit de bailler lettres contraires les unes aux autres , disant qu'on s'en plaignoit, qu'il y avoit bon remède qui fut cause de molester maintes personnes. Il s'est veu pour une fois en plaidant au parlement de Paris et ailleurs chasque partie avoir lettres à son intention avec lettres révocatoires l'une sur l'autre, jusques au nombre de six et sept ; de sorte qu'il y eut quelque personnage, lequel se voyant ainsi molesté et déçeu.de ceste facilité de sceller lettres, qui dict : Monsieur le garde des seaulx est si prompt à sceller, que si je luy présentois mon mulet, je croy qu'ille seelleroit. La playe de ceste prostitution de seau en est demourée telle pour resta t de la justice , et autres grands affaires du royaume, qu'il s'en ressentira long temps.
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Au regard du voyage entrepris par le connestable, il fut rompu ces nouvelles venues, et luy fut mandé estant à sa maison de Chantilly d'aller faire récit à la cour de parlement de Paris du scandale advenu au lieu d'Amboise ; ce qu'il feit le 28 mars avec louange des personnes dudict cardinal et duc de Guyse, pour pour s'y estre diligemment employés. Adjoustant qu'il n'y avoit celuy lequel ne tinstà grand' injure que Ion vinst tirer des coups d'arquebouze contre sa maison pour outrager quelqu'un sien serviteur , que à plus grande raison le roy devoit trouver mauvais qu'on fust venu en ceste façon contre son chasteau d'Amboise pour l'entreprendre contre ses principaux serviteurs et m'mistres. Lcsdicts cardinal et duc de Guyse ne furent contens de ce que ledict connestable n'avoit faict entendre que ladicte entreprinse eust esté faicte contre la personne du roy, comme l'on publoit par tout; et que ceux qui s'estoyent eslevés estoient gens mal sentans de la foy, qui avoyent conspiré de tuer le roy, la roine, et messieurs ses frères, pour mettre en avant leur religion à coups d'espée, d'abbatre la monarchie de France, et la réduire en forme de république et estât populaire, tout ainsi qu'est le pays de Suisse.
Oultre la remontrance susdicte du connesta- He faicte à la cour de parlement, enregistrée an greffe d'icelle, se trouve adjousté au registre ce que s'ensuit : «Je ne puis taire à la postérité que Jésus-Christ a voulu montrer la puissance de sa parole n'avoir besoin de force humaine ; pour ce Tertulian escrivant à Scapula juge de Carthage luy mande que Christianismus iunc magisœdi/icaiur cumaffligitur. Ce que les nouveaux evangélistes n'ont faict, ayans employé ladicte force pour estendre leur opinion en la pluspart de la Germanie , où s'estans par temps et moyens rendus les plus forts, ont par armes chassé des villes les catholiques. Par telle violence ailleurs plusieurs cités et provinces ont esté emportées, autres sont encores troublées ; et n'aguères l'audace est devenue si extrême, que voyans l'adolescence du roy très chrestien, ils ont^ osé entreprendre une machinaticm et trahison abhominable de renverser par meurdres et inhumanités la vraye religion, et establir en France leur damnée secte. Et combien que ce fust leur but, enseignés par leur maisire père de mensonge, l'ont par escripts calom-
nieux pallié, et publié leur conjuration plus que catilinaire n'avoir esté pour la religion, mais pour le service du roy, et bien du royaume à fin de les délivrer, disent-ils, d'oppression d'aucuns. En quoy ils ont aussi faulsementpris le tiltre desestats de France, que celuy d'évangéliques ; leurs ténèbres sont si grandes, qu'eux voulans s'excuser, s'accusent d'avoir(estanssubjets, au lieu de venir à la Majesté de leur roy suyvant le commandement divin en toute humilité et obéissance, par remonstrances, quant besoin seroit) pris le glaive que Dieu luy a donné, sans son congé ne commandement, pour avoir de luy audience; à fin qu'il règne à leur appétit, et qu'ils le tiennent en tutele, encores qu'il soit au dix-septicsme an de son aage, et marié, et que, par les ordonnances du royaume, il soit majeur pour administrer par qui bon luy semble, desquelles ils font les ignorans. Leurs œuvres monstrent que leur doctrine licentieuse et indisciplinée mérite nomd'Alcoram, que Mahomet feit recevoir par la force du fer. Le Créateur, qui pour nos péchés a permis ce trouble, par sa bonté rendra quelque jour la paix et union à son Église. Et de ce qu'il luy a pieu en un moment abbatre leur témérité, les estonnant tellement en leur effort, qu'il ne leur demeura sens ne cueur ; nous dirons, rcndans les grâces et louanges à Dieu, ce que feit David ou second livre des Rois, chap. 22 : Filii alienidefluxeruni^ et coniraheniur in angusiiis suis, n L'on estima qu'il estoit besoin de tempérer un peu la rigueur de laquelle l'on avoit usé au précédent pour le faict de la religion. Furent à ceste cause publiées unes lettres de pardon, par lesquelles le roy déclaroit qu'il ne vouloit que le premier an de son règne fust remarqué par la postérité, comme sanglant et plein de supplices de mort de ses pauvres subjects, posé ores qu'ils les eussent mérités ; ains voulant, à l'exemple du Père céleste, espargnerlesangde son peuple, et le ramener à la voye de salut, et le conserver en vie, espérant tirer plus de profict par la voye de miséricorde, que par la rigueur de justice. Il leur octroya pardon, rémission et abolition générale de tout le passé pour raison de tous crimes et cas concemans le faict de la religion, moyennant que par cy après ils vivroyent comme bons catholiques. Le cardinal de Lorraine fut grandement estonné (de son naturel mesme timide et fort craintif) , et lors
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prcsstôît bien volontîers l'aureille à aucuns mesmes dés ministres de la religion appelée nouvelle, qui prindrent ceste hardiesse d'aller pendant ce temps parler à luy, et luy conférer des poincts estans aujourd'huy en différend, auxquels il donnoit à entendre qu'en maintes choses il n'esloit discordans d'avec eux ; qu'ils luy avoyent îaict plaisir, et seroyent les bien-yenus toutes et quantes fols qu'ils vouldroyent revenir pour une si bonne cause. Et lors fut arresté de faire assemblée à Fontainebleau de ceux du conseil privé, et chevahers de l'ordre, pour adviser les moyens d'appaiser les troubles.
Au lieu du chancelier Olivier fut mis Michel de l'Hospital, auparavant premier président en la Chambre des comptes, chancelier de madame Marguerite de France, duchesse de Savoye, au duché de Berry, et conseiller au conseil privé du roy (estant pour lors ledict de l'Hospital à Nice, près la personne de ladicte dame duchesse de Savoye), homme de grand sçavoir, tant en la profession de drolct qu*aux lettres humaines, et digne d'estre mis en un tel lieu, au temps mesmes tel que nous verrons cy après, plein de mutations, changemens et tumultes autant ou plus qu'il fut y a cinq cens ans. Oncques homme de la sorte ne fut plus exposé à envie, ne qui plus constamment l'ait vaincue. Et autant que son prédécesseur en gastant a esté supporté, autant cestuy-cl en réparant a esté contredict. U ne voulut autrement accepter l'office, que par résignation du cardinal de Sens, Bertrand, son dict prédécesseur, qui lors estoit.en Italie, ayant esté de ceux qui avoyent esté envoyés à Rome pour procéder à l'élection du pape au lieu de Paul quatriesme, mort le nenfviesme de novembre dernier précédent , et poiirveu pleinement dudlct office par la mort et décès dudict Olivier, par le moyen des lettres qui en fiirent expédiées à sa provision, desquelles nous avons parlé cy-dessus.
Or, ainsi que les mescontentemens contre la maison de Guyse se manifestoyent, l'ambassadeur du roy Philippes, le sieur de Chantonnet, frère du cardinal de Granvelle, dict à la roine mère, de par le roy son maistre, que, pour éviter à plus grand mal, il estoit expédient que ceux de Guyse se retirassent pour quelîjue temps, à fin d'oster l'envie qui estoit à rencontre de leurs personnes, de laquelle procédoyent lesdicts . troubles, dont advertis, ils furent mal contens, '
et s'en prenoyent (ainsi qil*oû disoit) au connestable, pour l'estime et opinion en laquelle U estoit envers le roy Philippes, auprès duquel y avoit maints grands seigneurs ses parens et amis. La nuict précédente, le premier jour de may, Robert ,de Stuart, Loys de Soubselles, l'escuyer de Vaulx et un ministre, se sauvèrent des prisons de Tours, esquelles ils estoyent estroictement gardés.
Le roy, après l'entreprinse d'Amboise, trouva qu'il estoit pour le mieux de s'approcher de Paris, ayant feict lever cent arquebousiers i cheval soubs le capitaine RîcheUeu, oultre ses gardes ordinaires , estant avec ce accompaigné de quelque bande de gendarmerie. Et pour bailler tesmoignaige qu'il vouloit honorer les princes de son sang, érigea de nouvel deux gouvememens, à sçavoir celuy de Touraine, Anjou et le Maine pour monsieur le duc de Montpensier, et celuy de Berry, Orléans et pays Chartrain, pour monsieur le prince de la Rochesur- Yon.
Bien tost après le duc de Guyse achepta le droict qu' avoit le sieur de Rambures au comté de Dampmartin, se tenant asseuré d'avoir gaigné Philippes de Boulainvillier, qui naguères avoit vendu ledict comté au connestable, lequel promettoit faire résoudre le contract qu'il luy en avoit passé, et donner son droit au cardinal de Lorraine, tellement que les deux frères, ayans le droict des deux parties, s'asseurèrent d'avoir frustré le connestable dudict comté, bien séant à la terre de Nantueil, peu auparavant acquise par le duc de Guyse, dont Ion dict que sa basse court estoit mouvante en relief dudict Dampmartln.
A ceste cause, le duc de Guyse envoya à Escouan un sien secrétaire nommé Milon par devers le connestable, avec lettres de créance, pour l'advertir comment il avoit recouvert le droict dudict sieur de Rambures: et que pourtant ils ne laisseroyent d'estre bons amis, et vuider leurs différends par justice. A quoy le connestable dict audlct Milon, présent l'admirai son nepveu, qu'il feist souvenir au duc de Guyse qu'il luy avoit solennellement promis, en la présence du roy Henry défunct, qu'il ne l'empescheroit jamais de s'approprier dudict comté, et que sur ceste confiance il avoit traicté avec ledict sieur de Boulainvillier , et ne pouvoit estimer que ledict sieur de Guyse voulust
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aUer ati contraire de sa promesse. Adjousta en oultre que ce n'estoil la récompense du plaisir qu'il hiy avoit £aict, en le laissant approprier du comté de Nantueil, et luy ayant donné les lots et ventes qui luy appartenoyent pour raison de la basse court du chasteau; comme aussi le cardinal de Lorraine, son frère, avoit receu semblable plaisir de luy, pour raison de la seî^eurie de Meudon par luy acquise, mouvant en arrière-fief de Montmorency, à cause de Merly le chasteau, lors tombé en racbapt, mais qu'il avoit de quoy défendre son bon droict. Deux jours après» le connestable fut opportunément adverti que ledict sieur de BoulâinviUier avoit esté practiqué par le président de Thou, le père duquel avoit tousjours esté du conseil dudict connestable, et luy par un longtemps. Mais ledict connestable feit si bien que, moyennant la somme de dix mille escus, il regaigna lediet Bouiainvillier quelque temps après. Lesparens et amis dudict connestable, malconteml^du traictement qu'il recevoit, envoyèrent s'offrir à luy, entre lesquels le Yidame de Qiartres &i estoit l'un, qui autant que nul aiUre ai recevoit de desplaisir, ainsi que mieux se pourra cognoistre par un propos qu'il eut avec Gabriel de Montmorency sieur de Montber(m, quatneame fils dudict connestable, estant à Paris, lequel en substance fht en la manière qui s'ensuit: ««Je me tiens honoré d'estre parent de la mère de monsieur deOayse, pour ce qu'elle est née princesse du sang, et appelle Dieu à tesmoingquej'ay esté tousjours son ami, et sçay qu'il luy a servi; mais si est-ce que je n'ay peu approuver plusieurs de ses actions. Le feu roy François ne peut avoiren bonne opinion le père dq)uis qu'il sœut que durant sa prison il avoit mené ks forces de ce royaume à Saveme, pour appaiser les troubles d'Almaigne, et desfaire e&ix qui alloyent troubler les pays bas et autres pays patrimoniaux de la maiscm d'Autriche, qui fat si mal receu dudict sieur roy, qu'à saa retour de prison à Sainct Sever, il ordonna qu'il fnst mis {Kisonnier, et sans l'intercession €t remonstraoce de monsieur le ^oonAestable, il luy enfust mal prins. L'entreprise ajossi faicte par iuy sur l'estatdu gouvernement de la Bourgongne du vivant de Phiiippes Chabot admii^l et gouverneur dudict pays, vint à grand blasme, non seulement envers la noblesse, mais Aussi envers le roy mesme, car ce sont deux
poiActs fort remarqués en France, que de faire un desservice à la couronne, et d'entreprendre sur Testât d'un gentilhomme vivant. Lesquels rendirent tellement odieux le père et les enians au bon jugement de ce grand roy François, qu'ils furent hors d'espoir de se pouvoir avancer sans l'alliance et faveur de madame de Valentinois. Et combien que l'exemple récent du père leur deust servir , toutesfois se voyans eslevés, monsieur de Guyse fils ne s'est sceu garder qu'il ne soit tombé aux mesmes inconvéntens, tesmoing la roupture de la trefve tant avantageuse, qu'un chascun disoit la France estre venue au sommet de sa prospérité par icelle, et les estais par luy violentement receus, ou sur personnes vivantes, ou avec injure d'autruy, ceUiy de gouverneur de Daulphiné, sur le sieur de Maugiron vivant, celuy de grand chambellan, sur la maison de Longue ville, et de/resche mémoire. Testât de grandmaistre , duquel je m'asseure quele roy et messieurs ses frères feront quelque jour raison à vostre frère aisné et monstreront que ce n'est pour néant qu'ils avoient madame la mareschale pour leur sœur. Il n'est au pouvoir de monsieur de Guyse d'effacer d'un costé le desservice par luy faict en la roupture de ladicte trefve, par quelques services que luy et les siens ayent &iets, ne puissent £aire: ne derestabiir l'opinion, d'autre, qu'ï a perdue pour avoir par trop entrepris au tort et injure d'autruy. Toutesfois je Tay tant aimé, que par tout ou j'ay peu je Tay excusé, voire supporté ce qu'ils ont fajct contre le jeune Maligny qui m'est cousin, et Tun de mes héritiers présomptifs, et ce que Ion m'a faict entendre encores qu'ils taschent à y embrouiller Taisné, qui est homme de bien et d'entendement, et tel se trouvera. Dès le mois de janvier dernier monsieur de Guyse ayant proposé de chastier quelques uns des principaulx de la religion pour servir d'exemple aux autres, fut d'advis de s'addresser k mon beau-fr^re le baron de Grandmont, disant qu'il estoit seigneur qualifié, et la conséquence duquel en seroit nioindre« d'autant que c'estoil un basque, ce que la roioe empescha en faveur et mémoire de feu ^n oncle le cardinal de Grandmont, 4|uiaidaà son inariage. Mais vrayement mondict beau-frère ha cest honneur d'estre originaire François de nom ^et d'armes, ce que n'ont point ceux qui portent le nom de Lor-
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raine, car son père estoit le sieur d'Asté. Et si de par sa mère il ha la baronnie de Grandmont au pays des Basques, ce n'est pas si peu de cliose que à cause de ladicte baronnie il ne^oit chef de si grande part, qu'il a moyen de s'opposer aux forces de la maison de Guy se, si sans celles du roy il en vouloit approcher de cinquante lieues. Si est-ce que, pour l'amitié que j'ay eue à monsieur deGuyse,j'ayexcusétoutcetapourdeux raisons:
l'une, pource que j'estimois le cardinal de Lorraine son frère estre autheur de toutes ces violences,et non pasluy.CarjesçayquelaBordaisière, que monsieur de Guy se oyoit volontiers, luy a remonstré qu'il devoit attendre la mort du connestable, pour se faire mettre l'espéc du roy en la main, sans se heurter contre la maison de Montmorency, et entreprendre de ravirl'estat de grand-maistre des mains du fils aisné, qui en avoit la survivance despeschée. Ce que monsieur de Guyse faisoit démonstration de vouloir suyvre, mais ledict cardinal commença à en vouloir mal à la Bordaisière, et le desfavoriser, cuidant que la grandeur de sa maison despendist de s'attacher à la maison de Montmorency, et la desfaire. L'autre raison estoit pource queje le tiens pour vaillant chevalier, combien que je n'ignore point que le roy défunct avoit commencé de ne le tenir plus pour tel, dès lors qu'il entendit qu'il s'estoit faict accompaigner des ducs de Ferrare et Nemours, quand il tira par la cape vostre frère aisné tout geul, et que monsieur l'admirai luy avoit maintenu en sa présence le lieu où il l'avoit trouvé en la bataille de Renty (si bataille se doit nommer), et ce qu'il luy avoit conseillé etdict. qui est la première occasion pour laquelle monsieur de Guyse ne pardonnera jamais audict admirai. Mais maintenant queje voy qu'il adjouste aux faultes passées un querelle volontaire et peu honneste, acheptée de gaycté de cueur contre monsieur le connestable, je reçoy ce faict pour un deffy universellement faict à toute la noblesse de France, de laquelle je suis un membre, et ne m'en sépareray jamais. Car oultre ce que monsieur le connestable est le plus qualifié gentilhomme quifust y a cinq cens ans en ce royaume, estant duc et pair comme est monsieur de Guyse, et connestable, ce que ne fut oncques homme de la maison de Guyse, Dieu mercy (comme ainsi soit que le commandement sur les armes no se doive mettre entre '
les mains des princes estrangers), et davantage d^aussi ancienne maison, et le mieux apparenté dedans et dehors ce royaume, qu'il en soit point, il n'a jamais eu besoin d'eux, ce qu'ils ont bien eu de luy, leur ayant tousjours commandé. Tout ce dequoy a accoustumé se plaindre monsieur de Guyse, et qu'au retour de la prison de monsieur le connestable, il fut si soudainement despouillé de l'authorité et maniement des affaires, mais c'estoit un roy majeur de quarante ans, marié et père, qui le feit, dont ne luy peult rien estre imputé. Et ce que semble à aucuns le semblable avoit esté rendu à monsieur le connestable au commencement de ce règne, il y a autant de différence qu'il y a entre la disposition volontaire d'un roy vrayement majeur et la disposition d'un roy qui l'est imaginairement. Monsieur de Guyse s'est autresfois plainct à moy que monsieur le connestable ne faisoit pas grand cas de sa deffencedeMets. J'estois au siège, et tesmoigneray toujours qu'il y a bien servi, mais si faultil confesser que la saison de l'hiver y a plus servi que nulle autre. Quant à Calais, l'entreprise avoit esté dressée par monsieur le connestable, et sçavoit bien dire le feu roy que c'estoit par force qu'il y avoit envoyé monsieur de Guyse, bien cognoissant Sa Majesté que les sieurs d'Andelot et d'F^trée y avoyent autant servi que autres quelconques. Monsieur de Guyse y a eu de l'honneur à bon marché aussi bien que de la prinse de Thionville, de laquelle le sieur de Vieilleville fut le principal entrepreneur, et le mareschal Strosse autheur de la gaigner par la tour, et ne voy que monsieur de Guyse ait aucune l>onne occasion de se plaindre de vostre père. Si veux-je bien néant moins que vous pensiez que ce que j'en dy n'est pour obligation que j'aye à luy, car encores que je sois fils de la fille de son cousin germain, non seulement il n'a point aidé à mon advancement, mais en quelques endroicts il l'a empesché. Mais puis que les actions de monsieur de Guyse ne tendent à moins qu'à l'oppression dé toute la noblesse, je suis prest d'employer la vie et tout ce qui en dépend pour luy résister. Et ne faull craindre que nous ne soyons les plus forts, puis que la grandeur du roy et celle des princes de son sang consiste en icelle, contre laquelle peu servira en ce royaume la force de trois ou . quatre puisnés des maisons, qui ne sont que
poiûcts an ciel de la principauté chrestienne.
Le connestable ne demonra gnères, après avoir recen les lettres susdites par le secrétaire dadict duc de Guyse, d'envoyer le sieur de Danville, son second fils, par devers le roy estant à Chasteaudun, pour le supplier, et la reine mère, que d'autant que les sieurs de Guyse s'estoyent déclarés ses parties adverses, qu'ils eussent à s'abstenir désormais de cognoistre de ses affaires. Et s'en retournant en poste ledict sieur de Danville, ainsi qu'il estoit entre Estampes et OiartressoubsMontlhéry, rencontra monsieur le prince de Condé, lequel aussi en poste s'enalloit en Guyenne vers le roy de Navarre son frère; et là parièrent ensemble sur le chemin environ un quart d'heure. L'occasion |de ce voyage en Guyenne (qui fut environ le jour appelé la feste Dieu au mois de ma y ) estoit pour avoir esté adverty, et luy avoit esté dict, que les sieurs de Guyse faisoient informera rencontre de luy, voulans dire qu'il estoit le chef de la susdicte entreprise d'Amboise. Ainsi tant les remonstrances faictes au roy et à la roine mère par ledict sieur de Danville que ledict voyage en Guyenne, et le long colloque qui fut tenu sur le chemin, engendrèrent de plus grandes suspicions qu'au précédent. Et ce pendant que ledict sieur de Danville feit son voyage de Cbasteaudun, ledict connestable obtint lettres e^tre subrogé en son lieu et droict dudict sieur de BoullainviUier, et le duc de Guyse en semblable pour estre subrogé au lieu et droict du sieur de Rambures. Mais la cour de parlement ordonna que ny l'un ny l'autre ne seroit subrogé, ains que lesdicts de BouUainviUier et Rambures plaideroyent et déduiroyent leurs droicts en leurs noms ; qui fut un arrest notable entre deux grands seigneurs se voulans heurter en procès l'un contre l'autre.
La roine désirant sçavoir au vray la cause du tumulte d'Amboise et des troubles quechascun voyoit prest à s'eslever au royaume, pour ce qu'il s'en parloit diversement, estima qu'elle en pourroit apprendre quelque chose par le moyen de LouysRegniersieurde la Planche, pour avoir cduy personnage practiqué en diverses nations, et par ce moyen intelligence de plusieurs affaires. Le manda à ceste fin, et luy arrivé àSainct- Légier, où le roy estoit, ladicte dame l'ayant faict entrer dans son cabmet luy déclara qu'elle l'a voit envoyé quérir pour le désir qu'elle avoit XVI«8iicLB,LaPI. ctLaPI.
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d'entendre de luy ce qu'il pourroit sçavoir desdicts troubles, et remèdes que l'on y devoit tenir, estimant qu'il luy en pourroit autant dire que nul autre à qui elle se peust addresser. Ledict de la Planche s'estant excusé une fois et plusieurs sur l'ignorance de telles affaires, et sur le dangier qu'il sçavoit estre d'en parler à la vérité, dict à la parfin que, puisque son bon plaisir estoit tel qu'il dist ce qu'il en sçavoit et pouvoit penser, qu'il le feroit en toute liberté, sans avoir rien devant les yeux que le service du roy, le repos et tranquillité de ses subjects.
Qu'il falloit à ceste cause considérer, d'autantque l'on appeloithuguenauds ceux qui troubloyent le royaume, qu'il y en avoit de deux sortes : les uns huguenauds de religion, les autres huguenauds d'estat. Que les huguenauds de religion avoient esté à la vérité suscités à s'armer par le sieur de Renaudie soubs le prétexte de présenter ime requeste à fin d'exécuter une vengeance privée du tort qu'il prétendoit luy avoir esté faict par ceux de Guyse en faisant mourir Gaspard de Hue sieur de Buy son beaufrère ; de façon qu'il n'attendoit sinon que le feu roy envoyast hors de sa cour lesdicts de Guyse, ainsi que chascun se promettoit qu'il eust faict s'il eust vescu ; mais les voyant eslevés au premier lieu du maniement des affaires, et que ses forces particulières n'estoyent suffisantes pour venir à bout de son entreprise, voulant néantmoins icelles exécuter, il trouva à propos et les uns et les autres huguenauds irrités à l'encontre desdicts de Guyse, pour s'aider de tous deux à son désir. A sçavoir, les huguenauds de religion, pour ne pouvoir supporter plus la rigueur et cruauté exercée à l'encontre d'eux ; et les huguenaudsd' estât, pour ne pouvoir plus comporter l'usurpation faicte par lesdicts de Guyse de l'authorité et total maniement du royaume.
Et là dessus remonstroit que, pour le regard des premiers, d'autant que la religion défendoit de prendre les armes, il estoit aisé de les appaiser, en assemblant un bon nombre de personnages des plus suffisans de toutes nations et des plus amateurs de la pacification de la chrestienté, soubs couleur de traduije fidèlement la Bible, ou autre occasion; ausquels on feit ce pendant rédiger par escript tous les poincts desquels ils pourroient estre d'accord ensemble, et mettre à part ceux qui seroyent en controverse ; et que l'on cognoistroit qu'il
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seroit apfès Ken aisé de les décider pour la tranquillité dil foyatime. Mais que pour le regard des seconds, quiestoyent les huguenauds d'estat, la difficulté étoit plus grande, d'autant qu'ils estoyent plus difficiles à contenter, et cstimoyent avoir juste tiltre de s'aider des armes à l'extrémité; car tout ainsi qu'ils ne vouldroyent permettre au roy de transférer et céder sa couronne à un autre, aussi se pensent-ils tenus à s'opposer par armes aux desseings de ceux qu'ils s'appereevroyent tascher de faire mutation et changement d'estat. Qu'il n'y aroit qu'un seul moyen pour y pourveoir, qui estoit de maintenir les princes du sang au degré, honneur et authorité qui leur appartient, et en retirer doucement par assemblée des estais, ou autrement, ceux de la maison de Guy se. Car encores, madame, disoit-il, que les princes do sang, qui sont débonnaires et gracieux, voulussent comporter que leur authorité fust baillée à autres, tontesfoyà la noblesse françoise ne le pourroit Jamais endurer, d'autant que les gentilshommes àont tous d'accord ensemble de ne tenir point de rang à là cour pour plus honorer une seule maison de France.
Et qtiànd d'autres que ceux du sang ont voulu h\te les prinees, cela leur a esté insupportable ; dont est advenu que jamais estrangier n'a voulu ffeiire le prince en ce royaume, et avoir la surintendance des affairés, qu'il n'en ait eu mauvaise issue. Tesmoing Jean de la Cerda, autrement dlct d'Espaigne, lequel estoit premier fils du fils aistté du roy de Castille, et estoit marié à la fille de messire Charles de Blois, celuy auquel le parlement de Paris avoit adjugé le duché de Bretaigiie, et qui par le roy Philippe de Valois son propre oncle, fut faict comte d'Angonlesme et connetstable de France. Tesmoing aussi Estienne, duc de Bavières, frère d'Ysabëlle, femmedu rot Charles sixie«rae, et fils de Louys, duc de Bavières, empereur ; et René aussi, qui s'intituloit roy de Sicile, père du feu duc de Guyse. Ces trois, qui seuls ont voulu depuis deux cens ans, estans princes estrangers» commander en France, n'y ont à parfin faict guères leur profict, et encores moins celuy du royaume, ce (pie ne trouvera estrange quiconque voudra considérer que la noblesse françoise est composée de si illustres maisons qu'il s'en trouve une douzaine qui viennent de droicte I ligne masculine de roys, qui ont possédé pai- 1
siblement royaumes, là où H ne se trouvera jamais de ceux qui portent aujourd'hny le nom de Lorraine, qu'il y en ait eu un seul qui jamais ait esté roy autrement que titulaire. Le baron d'Argenton et le sieur de Marigny près GandelUîS viennent de droicte ligne de ce seigneur de Chasttllon-sur-Mame, qui estoit roy de Navarre, comte de Blois, et qui tenoit grandes seigneuries es Pays-Bas et avec la Brie, ce grand comte de Champaigne, duquel relevoit non seulement le Barrols mais une bonne partie du duché de Lorraine.
Et qui plus est, le roy sainct Louys, pour plus grande confirmation et esclaircissement de la loy salique, accorda que ceux de sa malson de Courtenay et de Dreux, qui estoyent de la maison de France, laquelle est sans controverse la plus noble et la plus ancienne qui soit sur la terre, se départiroyent de faire plus les princes en ce royaume, pour plus honorer les princes de la fleur de lys. Les gentilshommes françois honorent les princes estrangers quand ils se contiennent en leurs Hmites, mais autrement ils ne les peuvent supporter, et moins les cognoistre ou advouer pour princes et autres que seigneurs et gentilshommes. Ce que fut confirmé par le jugement du feu roy François, quand le duc d' Aumale se maria ; car il ne voulut permettre que sa femme fiist habillée en princesse le jour de ses nopces : disant qu'il ne vouloit communiquer les honneurs qui n'appartiennent qu'aux princes du sang à ceux de Lorraine. Et que s'ils vouloyent faire des princes, qu'ils les allassent faire hors de ce royaume, et à leurs dépens. Et feu monsieur de Guyse, qui avoit fort diligemment pourchassé d'avoir Testât de grand veneur, lequel auparavant n'estoit exercé que par bien simples gentilshommes, se contenta que sa belle-fille n'eust point de manteau à Fontainebleau le jour de ses nopces.
Tous les princes du sang sont couslumièrement humains et gratieux, et défèrent souvent aux personnes plus qu'ils ne doivent, non pas par ignorance, mais souvent pour rendre ridicule et remarquable la présomption de ceux qui s'advancent plus qu'ils ne doivent. On a veu feu monsieur de Vendosme offrir souvent en Picardie mesmes, dont il estoit gouverneur, à feu monsieur de Guyse son beau-fl'ère, de donner le mot de guet ; et puis en son cabinet, s'en rire fort privément. Feu monsieur de
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Sainct-Paul Be rouit jamais s'appeler prince» qu'en soubsriant il ne dtst à quek;un des sieos, qu U parloit aleoaaut eu firançois ; ^i que Umte(5- £07^ et quaotes qu'il se vouldi oU appeler priace, pour parler proprement françois, Û devoit adjouster de Lorraiue. J^ feu roy François, à l'entrée de la royne Aliéaor, feit biea habiller inadeoioiselle àp Guys^, qui depuis a esté royne d'£sco6S6, en priocasse, pour son seul plaisir ; mais auK nopces de son ïrère^ il moostra bim. qu'il ne vouloit que cela tuA tiré «m conséquence. £t ai le feu roy , à la persuasion de ma* dame de Yaientinois, à laquelle sont tenus de toute leur grandeur tous ceulx qui aujourd'huy vivent de la maiaon de Guyse, a pour l'exaltatîon d'icelle corrompu l'ancien ordre, qui estoit qu'en France nulle fille estoit habillée en princesse le jour de ses nopces, si elle n'estoil fille de prince du saag« ou en espousoit un , il est certain que s'il eust vescu, il avoit assez résolu de les humilier en récompense.
Il n'y a double, madame, que de communiquer à messieurs de Cuyse les boaneurs deus et propres seulement à ceux du sang, ne soit &ire contre messeigneurs vos enfaos, qui un jour «n feroyent la vengeance; car Dieu vous ayant laict cesle grâce d'en avoir qualre, vous devez espérer que les en&ns de m^osieur d'Anjou aefont au rang que tient avyonrd'buy mmisienr le prince de la Rocfae-aur«¥oo. L'aficienne coustume des parlemens, meamemeat de celuy de Paris, a tousjours esté d'0fnpeoher que nul œ s'y atiribua&t le nom de pf ince, s'il n'esi du sang; ce que mesmes a esté confermé es perr sonnes de mesdicts sieurs de (kiyse plaidans devant le feu président Liset, leipiel dict en pleine audience à leur advocait, prenant la 4ftta- Uté de prince, que ce tiltre i»'a[q)artenoit en FraïKe qu'^x prinoesdu sang , et ordojma surk-ohamp qu'elle seroit rayée. Parquhoy, wadame, vous ne devez endurer telles *d»oses extraordinaires, mesmement durant le bas aage du roy vostre fils, pendant lequel on ne peuk altérer les estahUssemens de Testât, sans le mettre en danger d'eslie entièremeiit penerti ; et devez mettre pour le moins avec ceux de Guyse d'autres ministres qui aoyent Fnmçois naturels, pour leur servir de bride et contre-poix, retenant Yostre M^i^esté le dessus sur les uns ^ las autres. Qui fera le moyen propre pour appaîser l'humeur des bugifiepauife d'estat, d'a«tftnt ptas
dangïereuse que celle des hugnenauds de religion, que tous les gentilshommes et les très fooders de ce royaume en sont : si ce ne son( par avanture aucmis particuliers corrompus au^despens de la bourse du roy.
£t comme la royne eut dict audkt de la Planche qu'elle n'avoit eslevé ceux de Guyse, que tout ainsi qu'avoit ftiict le feu roy son seigneur, et qu'elle désireroit bien que les princes du sang voulussent tous estre à la court, dont il y en avoit deux qui estoyent i&vowablement traités et honorés ; dpie les huguenauds (^ avoyent faict l'eatreprise d'Amboise en vouloyent mesmes à la personne du roy, et son à ceux de Guyse seulement, il luy répliqua que, d'autant que les princes du sang ont privilège de n'estpe point subjeets à la cire verte, «inon au cas du prenûer chef du crime de tèae majesté, il ne se faUoiJt esbahir si ceux qui avoyent querelle et émulation avec eux coucfaeni du roy «oalre eux; et qu'il n'estoit pas croyable qu'un cueur de François originaire vôdust jamais jLttenter à la pensonne de son roy, et eftcere moins un prince du sang.
£t que s'il plaisoit à Sa Majesté ne déférer à auipes qu'à eux les honneurs qui leur sont deus paiticulièreifteot, que Ip roy et die en feroyent 06 que leurs Majestés vouldroiefit; et qv oUe serMirefiogoeue d'euxetde tous les subjects de €0 iX)yaiiMne pour la vraie mère , non ^eulemettt de ses «n&ns, mais de tous les princes des fleufs de lys, ayant eu «est honneur d'estra femme et màm du noy. £t que si elle aimoit ceux de Guyse, eUe kur devoit conseiller et Oûfnttumder de ne s'esgakr ny parangonner en aucune chose k aucun prinœ du sang, à cause de leur maison ; car, comme o£Goi«trs, ebasoun leur déférera vokntiers, pour l'honneur du roy, ce qui leur appartient.
Cîss propos.finis, anisqiiels estoit présent ledict 'Cardinal de Lorraine, et autres cachés derrière une tapisserie, la roine envoya ledict de la Planche disner ; H ce pendant fat condud de i'arresler prisonnier^ mais que premièrement la rswse le ctppeUeroit encores dans san cabinet, peur parler de rechef à luy; «e qui 6a &iet. £t comme il fut rentré audict cabinet, la noiney estant venue, accompaigaée de madame de llonipensier, «ommença à luy dire pour le sonder que les princes du sang ny autres ne «a pDuyo!^at plaindre si i^enx de la maispn de
DE L'ESTAT DE LA RELIGION
Lorraine estoyent honorés, et lenoyent rang en France après les princes du sang : tellement qu'après le premier prince du sang, marchast le premier prince de Lorraine, et après le second prince du sang, le second de Lorraine, et ainsi consécutivement; et que les services faicts par ceux de Guyse, mesmes estans oncles de la femme du roy , méritoyent bien qu'on lejur portast respect. Qu'elle ne pouvoit croire que pour les honneurs que prétendoyent ceux de Guyse, il se peust dresser si grosse querelle, et qu'il y avoit autre occasion que ledict de la Planche sçavoit bien, mais qu'il ne la vouloit pas dire, dont il se pourroit trouver mal : et bien au contraire, s'il vouloit en bon subject et obligé serviteur descouvrir tout ce qu'il en sçavoit, ou pour ce faire aider d'attraper Maligny, Soubselles, et autres principaux rebelles ; ce qui luy seroit aisé et encores mieux recogneu.
Ledict de la Planche feit response qu'il remercioit Dieu de ce qu'il n'estoit obligé, sinon à ceux auxquels il esloit né serviteur, à sçavoir à ceux de la maison de France, et principalement à Sa Majesté, laquelle l'avoit donné au feu roy, et luy avoit pourchassé beaucoup de biens et d'honneurs ; ce que ses ministres avoient tousjours tasché d'empescher, et qu'à ceste cause il luy avoit dict toute la pure vérité de ce qu'il sçavoit, sans avoir autre but devant les yeux que le service du roy et d'elle. Mais pour luy tesmoigner de quelle importance estoit ce qu'il luy avoit dict, et luy faire toucher au doigt les vrayes causes des maladies qui sont au corps de la France, luy remonstra que Lorraine souloit estre quasi comme une forest espesse entre l'Alemaigne et la France, et partant ceux de ceste maison faisoyent accroire aux Alemans qu'ils estoyent grands en France, et aux François qu'ils estoyent grands en Alemaigne. Mais qu'à ceste heure , Dieu merci , ceste forest estoit esclaircie, et que les affaires d'Alemaigne estoyent cogneues aux François comme ceux de France : toutes personnes de jugement n'ignoroyent point le petit rang que tient monsieur le duc de Lorrain^ mesmes es assemblées de Testât de l'Empire; de façon qu'il ne s'y trouve prince aucun qui ne face difficulté de luy céder. Dont il s'ensuit, disoitil, madame, que, si vous eslevez ceux de la maison de Lorraine en France d'aller à la main des prmces du sang, il fault que vous faciez
marcher par dessus ceux de la maison de France une douzaine de princes en Alemaigne, les maisons desquels précèdent celle de Lorraine. Que le duc de Lorraine ne pouvoit prétendre aucune grandeur, sinon par madame Yolant d'Anjou ; mais la loy salique empesche que, à cause des femmes, on ne peult avoir grandeur en ce royaume. £t aussi qu'il y a une reigle générale que les princes estrangers ne tiennent point de rang en France. Monsieur de Guyse se doit contenter d'avoir toute la grandeur que peult avoir homme en ce royaume, sans estre du sang, qui est d'estre duc et pair de France, et y avoir d'autres offices honorables, et se garder d'offenser la noblesse de ce royaume, qui est la force et le maintien de la couronne. Et s'il se veult mieux accommoder aux humeurs françoises, pour son bien, et à l'advantage du roy qui s'en veult servir, il doit reprendre le vray nom de sa maison, et monstrer par là qu'il est originaire François, ayant son nom et ses armes en France. Car le plus grand honneur que se donne la maison de Lorraine est qu'ils disent que Godefroy de Boulongne, roy de Jérusalem, eut trois frères : le second fut roy après luy ; du troisiesme vint monsieur le conte de Boulongne vostre grandpère, madame; du quatriesme, celuy qu'ils disent avoir esté baron de Jeinville, et avoir espousé l'héritière du duc de Mozelane : ils maintiennent qu'ils en sont venus, et leurs chroniques le chantent.
Ce Godefroy, qui fut surnommé de Bouillon en aleman, et en françois de Boulongne, pour estre vaillant chevalier et éloquent, tant en langaige aleman que françois, fut choisi pour plus facilement commander aux deux nations en ceste grande entreprise de conquester la Terre Saincte, et ne laissa aucuns enfans, ny le second son frère. Le troisiesme devoit estre héritier de toute leur grandeur, et de leurs doubles croix pour le moins , mais ils ont esté modestes et advisés, et l'ont laissé à ceux de Lorraine, qui ont prins le nom de Lorraine, et n'en tiennent pas la centiesme partie, et ont esté grands en tiltres et en armoiries. Et pourtant toute la grandeur qu'ils veulent attribuer à leur maison, plus que celle qu'avoit monsieur de Boulongne vostre grand-père maternel leur aisné, fault qu'ils rayent comme estrangers. Et de vouloir débatre que à eux comme estrangers en France
il lear appartienne quelque grandeur, c'est chose très suspecte et indigne à Testât et à la noblesse françoise, laquelle a une si vraye et naïfve affection à ce sang royal, qu'elle ne peult qu'avec regret et horreur voir exalter les estrangers. On dit que Tltalien est sage devant la main, l'Aleman sur le faict, et le François après le coup. Et pour ce le pape Zacharie ayant feict la première mutation en ce royaume , les François n'ont failli de monstrer au pape Boniface, et depuis en toutes autres occurrences, combien ils veulent empescher que le pape ne prenne authorité sur ceste couronne.
La seconde mutation fut quand Robert vint en France pour estre gouverneur et lieutenantgénéral au pays d'Anjou, qui servoit pour lors de marche et frontière contre les Bretons, ennemis de la couronne. Ses enfans creurent parmi les discords des princes de la maison Charlemaigne, et son petit-fils Hue Capet fut estably roy de France, bénéficiant la noblesse et ordonnant Testât tel qu'il est, dont est advenu que sa maison a plus duré que les autres deux qui aToyent régné auparavant, et durera, si vostre Majesté, madame, comme vraye mère de toutes les fleurs de lys, veult conserver les loix de ce royaume et choisir ministres pour la conservation de son authorité, des François naturels, modestes et modérés. Et pource il seroit besoin que monsieurdeGuyse voulust reprendre ce nom de Boulongne, et ne prétendre en ce royaume grandeur, sinon celle que son père et luy ont eue depuis le feu roy François. Il semble qu'ils ont tasché de faire tout le contraire, et diminuer les prérogatives des princes du sang, jusqnes à conseiller à monsieur de Longueville d'oster la barre de ses armes. Il vauldroit beaucoup mieulx luy rendre Testât de grand- chambellan.
Surtout, madame, vous devez commander à monsieur de Guysede se souvenir qu'on ne doit recognoistre en France qu'une seule grandeur du roy et de ce qui dépend de Sa Majesté , à sçavoir les princes de son sang et ses officiers en leur charge et vocation; et qu'il se déporte de s'exalter sur la noblesse, qui est la force et le maintien de la couronne, et qu'il n'entreprenne de tirer au collier avec aucuns princes du sang. Car si le roy François jugea qu'à bon tiltre monsieur de Pons avoit esté chassé de Ferrare pour ce qu'il se disoit estre d'aussi
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bonne maison que ceuxd'Aest, n'estant raisonnable, puisqu'il vivoit du pain de madame de Ferrare et à ses gaiges, qu'il feist telle comparaison, encores que ledict feu roy tinst la maison de Pons aussi ancienne que celle d'Aest. Aussi n'est-il pas supportable que ceux de la maison de Guy se, qui ne sont grands et gras que de la substance et graisse de la maison de France, se viennent à comparer aux princes de ladicte maison.
Ce sont les causes des troubles, madame, et les moyens aussi (puisqu'il vous a pieu me commander d'en parler franchement) que je puis penser estre plus propres pour iceux pacifier. Si la cause de la religion est à craindre, celle de Testât Test encores plus ; et les deux conjoinctes ensemble sont un mal très dangereux en un royaume, s'il n'y est promptement pourveu. Si j'en sçavois d'avantage, je ne craindrois de le vous dire en pareille liberté que j'ay faict tout ce que je viens de vous dire. Et au regard d'aider à prendre les rebelles, je vous supply m'en excuser, comme de chose qui n'est aucunement en moy, et ne me seroit séant de servir de prévost des mareschaulx, et moins encores d'espion.
Sur cela la roine luy dict que, puis qu'il ne vouloit dire autre chose, il falloit qu'il fust constitué prisonnier, d'autant qu'il y avoit information par laquelle il estoit trouvé qu'il avoit eu intelligence avec ledict de la Renaudie, et qu'il avoit parlé au chevalier de Seure s'en allant en Angleterre, de vouloir passer la mer incontinent après luy. A quoy il dict qu'il avoit un procès sur le bureau lorsque ledict chevalier partit, lequel s'il Teust perdu (ce qui ne se pouvoit faire qu'à tort et contre raison), il avoit délibéré de ne vivre jamais en France, et aller passer le reste de sa vie es pays estrangers. Et que d'avoir eu intelligence avec ledict de la Renaudie, le procès et différend qu'il avoit eu contre un sien oncle maternel luy serviroyent de preuve suffisante qu'il ne luy pouvoit estre amy . Fut mis entre les mains des capitaines des gardes, dontlequatriesme jour après il fut mis dehors.
Gaspard de Heu, sieur de Buy, dont a esté parlé cy-dessus, estoit un gentilhomme de Mets, qui avoit espousé Tune des filles du sieur de Roignac en France, et la Renaudie Tautre, s'estant luy et elle absentes à Lozannc, où ils se
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marièrent. Ledictde Buy avoit esté, dqrant les guerres, pris prisonnier à Willevord, et avoit fait des services au feu roy Henry. Estant délivré de prison, estoit venu en France pour recouvrer quelques deniers à iuy deus, et avoit porté des lettres au roy de Navarre de quelques princes d'Alemaigne, pleines d'offres et de faveurs fondées sur la religioQ, que ledict roy de pîavarre , ainsi qu'on disoit , embrassoit aveq eux secrettement.
Or ainsi que ledict de Buy cuidoit s'en retourner, portant lettre^ de responsé du roy de Navarre avec Iuy, il fut arresté prisonnier, et mené au chasteau du J)ois de Vincepnes; où il fut estendu sur la question et pendu au garrot. Duquel acte fut ministre Michel Vialard, lieutenant civil, par Iç conaipandeinent desdicts de Guyse.
Au regard de ce qui a esté d»ct de Jean d'Es-
Î)aigne,connestable de France, il fut tué en son ict, dans sa maison de l'Aigle, par la noblesse de France; et Estienne, duc de Bavière, fut saccagé à Villeneufve-Saint-George, mené priisonnier et mis hors dn royaume, où il mourut devant un petit chasteau qu'il assailloit en Bavières. René, roy de Sicile, fut chassé hors de crédit de la cour et de France par l'admirai Graville, du temps du roy Charles huictiesme. Et ce qui a esté dict touchant la descente de la maison de Lorraine de celle de Boulongne, est suyvant ce que ceux de Lorraine en ont faict publier par leurs chroniques, y en ayant d'autres qui en parlent autrement. Et au regard de ce qui est dict de Testât de grand-chambellan, que ledict duc de Guyse le devoit rendre au duc de Longueville. C'est pource que le duc de Longueville prétend que ledict estât est affecté à sa maison, pource que devantîuy il n'y a eu grand-chambeflan autre que de sadicte maison. l»e lendemain que ledict de la Planche fut eslargi, le roy alla a Rambouillet, où le maréchal de Brissac arriva du pays de Piedmont, auquel il avoit esté long temps lieutenant général, et en son lieu y avoît esté envoyé le sieur de Bour-
dillon.
Auparavarit, et dès le mois de may précédent, avoit esté faict un édict, le roy estant à Romorentin, par lequel estoit renvoyée la cognoissance du crime d*hérésie aux prélats, et icelle interdicte aux juges séculiers. Puis estoit adiousté eniceluy : «Etnéantmoinspar ce qu'il est
adv^enu naguères ( ce que n'eussions pensé pouvoir jamais advenir) que nossubjects, sous espèce et prétexte de religion, ont prins les armes et se sont soulevés pour troubler Testât et repos de nous et de nos subjecU, cuidans planter par force d'armes les nouvelles opinions qu'ils tiennent en la religion, dont les uns auroyent prins la hardiesse de venir jusques en nostre maison, avec si mauvaise et danmable intention que, si Texécution s'en fust ensi^yvie telle qu'ils désiroyent, il n'en pouvoit venir que la subversion et la désolation de nostredict éditât. Nous, pour obvier que telle et semblable chose n'advienne cy après, de Tadvis et délibération de ceux que dessus, avons prohibé et défendu, prohibons ^t défendons toutes assemblées illicites, et forces publiques, déclarant ceux qui auront faict, ou qui se trouveront en telles assemblées, nos ennemis et rebelles, et subjects aux peines qui sont esU^)lies contre les criminels de lèze majesté.
« Enjoignant à tous nos lieutenans généraulx, gouverneurs de pays, baillifs et séneschaulx, prévosts des marescbaulx, et autres nos juges, cliascun endroict soy, d'entendre et veiller soigneusement à ce que telles assemblées ne se facent; et où ils seroyent advertis d'icellf^, se transporter sur les lieux, sans attendre la reqqeste ou poursuyte de nos procureurs, ou de partie, prendre les délinquans, informer et instruire les procès contre eux ; lesquels procès ainsi faicts et instruicts, voulons estre jugés en dernier ressort au siège présidial où sera commis le délict; assistans au jugement d'iceux les présidens, baillifs, sénescbaulx de robbe longue, leurs lieutenans civils, criminels et particuliers , et les conseillers dudict siège qui se trouveront sur les lieux jusques au nombre de dix, si tant s'en trouvent. Et en défault d'eux, seront pris les plus anciens et fameux advocats dudict siège qui se trouveront sur les lieux, jusques audict nombre de dix. liCsquels juges puniront lesdicts délinquans pour 1^ seule force, sédition et assemblée illicite. Et à fin que telles conjurations secrettes viennent plustost en évidence, nous enjoignons sur pareilles peines à tous sacbans, consentans ou recélans, qu'ils ayent à icelles venir incontinent révéler et déférer à justice, auxquels, s'ils sont des complices, nous avons en bonne foy et parole de roy donné et donnons impunité; et s'ils n'en sont,
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voulons estre donné la somme de cinq cens livres tournois, à prendre silt les premiers et plus dairs deniers procédans du bien des délinquans. Déclarans aussi tous les prédicans non ayans puissance des prélats, ou autres ayans pouvoir de les commettre, faiseurs de placarts, cartels ou libelles diffamatoires, qui ne peuvent tendre qu'à irriter et esmouvoii* le peuple à sédition, imprimeurs, vendeurs et semeurs desdicts placarts et libelles, rebelles, ennemis de nous et du repos public', et criminels de lèie majesté, subjects aux peines des séditieux et faiseurs d'assemblées, et punissables par la façon, manière et mesmes juges que dessus. Et néant moins, ne voulant de nostre présent édict les mauvais prendre occasion de calomnier, déclarons tous calomniateurs, et qui faulsement et malicieusement déféreront et accuseront aucuns, estre subjects à pareilles et semblables peines que seroyent les accusés, s'ils estoyent convaincus. «
Il fut faict aussi un autre édict touchant la résidence des prélats en leurs éveschés et diocèses, et un autre touchant la suppression des offices, mesmement de justice. Pour parler de tous lesquels , et autres affaires , le chancelier Art en la cour de parlement de Paris , accompaigné de plusieurs maistres des requestes d^ rhostel, le cinquiesme de juillet.
Ledict chancelier feit entendre à ladicte cour, toutes les chambres assemblées, que luy ayant bonne envie de visiter celle compaignie, en laquelle il avoit usé bonne partie de sesans,roccasion s'estoit offerte, que le roy luy avoit commandé y venir, pour de sa part parler de trois principales choses. L'une concernant ledict sei** gneur , et l'estat universel de ses subjects ; la seconde , touchant la ville de Paris , qui est la capitale du royaume; et la troisiesme appartenant au corpsde ladicte cour. Pour la première, que quand ledict seigneur estoit venu à la couronne, il avoit trouvé et recueilli la succession du feu roy son père embrouillée et empeschée de debtes et autres grands affaires, et avoit ressemblé à l'héritier qui appréhende une succession , ayant apperceu de grandes richesses , et ncantmoins après s'estre enquis , avoit trouvé de grosses debtes , sa Camille mal obéissante et mal morigénée , et autres choses qui l'empesehoyent pour long temps. Cela estoit advenu aodict seigneur, lequel estant venu à ces te suc eesBion avoit trouvé tant de debtes constituées
pat* les feils rois François et flenry ses ayeul et père, pour les nécessités de la guerre, que quand il employeroit tout son revenu, en dix ans ne pourroit être quicte ; et pouvoit dire en ce lieu ( combien qu'il ne fust bon qu'il fust sceu par tout) qu'il y avoit plus de quarante-trois millions deubs , dont couroit intérest. Que le roy défunct à la vérité luy avoit laissé la paix, mais qu'il ne pouvoit jouir du bien d'icelle , et le mal de la guerre luy estoit demouré pour la grande multitude qu'il avoit des affaires domestiques. Que oultre les debtes qui mangeoyent , il y avoit en sa maison des pensions et gaiges deus à aucuns, de deux, trois, quatre ou cinq années aux officiers domestiques et autres, en très grand nombre , et à ladicte cour , sans ce qui estoit deu à la gendarmerie , et non comprises plusieurs autres debtes particulières par prest et autrement. Qu'il falloit avoir de quoy pour y satisfaire ; et tant estoit loing que le roy pour s'acquicter eust accreu ses subsides, daces et aydes, qu'il en avoit osté les uns, et diminué les autres ; avoit laissé à lever les cinquante mille hommes de pied qui se levoyent en la plus, part des villes de son royaume par capitation , et autres deniers qui se levoyent par imposition de subsides, et avoit fallu en aucuns endroicts faire rabais des tailles, le peuple ayant abandonné le pays de Normandie. Que les charges diminueroyent bien le revenu , qui n'estoit pour en veoir si tost le bout; et par faulte d'à* voir peu tout payer, s'estoyent engendrés plusieurs mescontentemenâ. Ceux qui n'estoyent satisfaictsde leur deu, ou des blenifaicts accousturaés, culdans que la boursedu roy fust grosse, en attribuoyent la faulte à son conseil, qui avoit esté contrainct adviser le retranchement des dons ; de sorte que ceux qui tie sçavoyent (pie c'estoit de raison , s'en sentoyent injuriés. Disoit cela pour monstrer qu'il ne se falloit esbahir de ce qui estoit advenu, joinct la religion et les meurs corrompus.
Quant à la religion , chasctin en temps de paix s'estoit faict une religion à âa poste, les uns à bonne fin , les autres par erreur , les autres par malice.
Au regard des tneurs, tous les estats estoyent corrompus ^ croyolt que l'Eglise , qui devoit préluire, estoit cause du désordre de la religion, pour leur mauvais exemple. La noblesse et gens de guerre ne pouvoient estre retenus, pour es-
DE L'ESTAT DE Lk RELIGION
tre bien payés , d^opprimer le peuple ; et si leur payement estoit reculé, ils prenoyent là dessus excuse de leurs violences. Que ladicte cour, qui estoit le principal siège , voyoit tous les jours les abus des subalternes , et n'estoit excepté de faultcs ; la prioit et admonestoit d'y regarder etpourveoir. Que la pluspart des juges estoyent à autres qu'au roy , qui y avoit la moindre part; et la fin estoit pour parvenir à plus grands estais et honneurs. L'avarice y estoit meslée , cent francs de gaing au bout de Tan en taisoyent perdre pour cent mil de réputation. Le peuple estoit fort mal instruict , non seulement aux villes, où la malice estoit accoustumée , mais aux champs où la simplicité souloit estre. Les vicaires ne leur parloyent que de payer les dismes et offrandes, et rien des bonnes meurs , au moyen de quoy ils faisoyent mestier de desrobber sans conscience.
Les uns donc d'entre les suhjects estans mal payés et mal contens,les autres imbus de mauvaise religion ,et corrompus de mauvaises meurs, ne craignans Dieu, et n'obéissans aux magistrats ; aucuns soldats ou autres estans meslés parmi eux, qui cherchoyent choses nouvelles , pour piller les riches et par tout mettre confusion. Ne se falloit esbahir s'il estoit advenu ce que Ton avoit veu ; mais que d'y remédier il estoit malaisé promptement.
Premièrement pour le regard des debtes , que le roy avoit faict ce qu'il avoit peu , ayant rongné en partie ses dons , de tout il ne se devoit faire ayant beaucoup de gens à contenter, ayant composé à ses créanciers , et commencé à payer ses officiers ; tout ne pouvoit estre faict à un coup.
Quant à la religion , que c' estoit un poinct malaisé, les uns estant mal conteps de la paix , aucuns de ce que Testât n'estoit gouverné à leur appétit, et les autres vouloyent que leur religion fust receue, et que celle des autres fust chassée. Que le remède devoit venir de plus grand lieu par la main de Dieu et du concile universel qui estoit ordonné par le pape et accordé par les princes, en espérance de bien tost l'avoir; jusques là falloit essayer à vivre doucement , et qu'il y avoit une certaine façon de vivre , que l'on avoit vescu cy devant à la mode ancienne. Les roys François premier, Henri second, et cestuy-ci, voyans que les erreurs pulluloyent , avoyent
faict comme l'on faict à cercler les bleds, et estoit nécessaire y mettre la justice, pour en tirer les mauvaises herbes; mais depuis mesmes ceste année, les herbes avoyent tant creu et multiplié, qu'elles surpassoyent le nombre des espics, tellement que l'on estoit contrainct laisser le bled en Testât qu'il estoit. Le roy avoit faict comme les bons médecins, qui souvent cognoissent les maladies sans cognoistre les causes d'icelles ; et ayans usé de quelques remèdes aigres, qui n'ont proficté , prennent les doulx, et ayans usé de choses chauldes qui ne profictent, appliquent les froides.
Le temps desdicts roys portoit que Ton feist des exécutions : ils en avoient usé, et aussi le roy qui est à présent; mais voyant que pour cela le mal ne guérissoit et cognoissaut par Teffect que ce n'estoit le vray remède, vouloit en chercherd' autres, considérant que ce trouble de religion n'estoit seulement en son royaume, mais chez ses voisins en la Germanie, Angleterre, Escosse, et autres pays, où il a fallu pour y obvier prendre les armes et venir à la main, chose très dangereuse, ainsi qu'on voit par l'issue. Que les maladies de Tesprit ne se guérissoyent comme celles du corps. Quand un homme ayant mauvaise opinion faisoit amende honorable, et prononçoit les mots d'icelle, il ne changeoit pour cela son cueur , l'opinion se muant par oraisons à Dieu, parole et raison persuadée. Que s'il estoit obstiné en ses erreurs, ou licentié à toute liberté, on luy devoit fermer l'Eglise, et après le rendre au bras séculier. Désiroit que les gens d'Eglise qui crient haro (combien qu'il y ait plus de haro à crier sur euxi) suyvissent ce chemin: ils profiteroyent plus qu'ils n'ont faict jusques icy , et que la plus part du temps Ton avoit ainsi vescu.
Que le roy avoit faict Tédict dont estoit question, avec un bon zèle, pour admonester les prélats de faire leur résidence et devoir, et préluire aux autres. La cour, qui avoit commencé d'en délibérer, adviseroit s'il y avoit chose à remonstrer pour y adjouster, déclarer ou diminuer ; que le roy entendroit volontiers leurs remonstrances , et s'il y falloit clianger, le feroit.
Que les séditions concernoyent sa couronne, son estât, et les biens de ses suhjects, contre la force estoit la force nécessaire; n'estoit loisible porter armes qu'au roy, ou par sa permission en son royaume. Qu'il avoit pourveu et com-
mandé aux gomrernenrs aes provinces, baillifs, aéneschanlx, et antres ayant telles charges, y résider et se tenir prêts, assistés des prévosts des maréchaulx, pour prendre ceux qni feroient sédition, assemblées illicites et forces publiques, et procéder sommairement contre eux ainsi que l'édict qui en estoit faict le portoit ; et ne devoit-on trouver estrange que telle puissance leur fost baillée sans appel. Que c'estoit pour l'exemple prompt qui estoit nécessaire en telles choses. En un camp, un pendu faisoit plus de peur aux séditieux, que cinq cens prisonniers que Ton voyoit mener, et espéroit l'on qu'ils eschapperoyent. Par quoy de tel crime Ton dit : aussitost pris aussitost pendu.En Flandres et en Italie n'y avoit appel des jugemens criminels; ne vouldroit que aucun se persuadast qu'il fiist de ceste opinion, sinon en sédition, où la longueur estoit fort à craindre, pour le moins que la loyseroit temporelle. Que Dieu regarderoit ce royaume d'œil de pitié. Toutes les villes d'iceluy n'estoyent pas comme celle de Paris; luy falloit donner louange, qui n'appartient aux murailles, mais aux bons gouverneurs d'icelle, dont ladicte cour méritoit le plus d'honneur. Si l'on ne voyoit ici des séditions, ce n'étoit par tout ainsi. Que l'on avoit advertissement tous les jours de ceux qui s'assembloient et menaçoient se mettre en campaigne, et voyoit-on assez que tout n' estoit purgé. S'il n'y avoit que Paris, il ne seroit besoin de l'édict, qui pouvoit sembler rigoureux ; ou si l'on pouvoit transporter partie de ceste cour ailleurs , on n'auroit que foire des juges présidiaux. Qu'il importoit grandement au roy de mettre ordre contre les séditieux. Il avoit délibéré la résidence des prélats, et qu'aux insuffisans seroyent baillés coadjuteurs; seroient admonestésde mettre des ofBciaux sages et paisibles. Les gouverneurs et autres officiers des provinces ne seroyent dispensés de résidence, et s'il y avoit des séditions, le roy seroit le plus fort.
Que l'édict de suppression des offices seroit embrassé par ladicte cour, pource s'en passeroit en peu de paroles : Futilité en estoit évi« dente, foUoit diminuer le nombre des officiers, mesmement de justice ; c'estoit grand' honte Cuire mestier de justice. La dignité seroit plus grande quand les officiers seroyent en petit nombre, et seroit chascun mieux payé. Mesmes XVIB SIÈCLE, La PI. et La PL
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s'il falloit venir à creue de^gàiges, comme il pensoit, elle seroit plus facile, les finances estans soulagées. Qu'il y avoit beaucoup de nécessités chez aucuns officiers de justice, et la multitude gardoit qu'ils n'estoient payés, et en pouvoit vofiir du désordre. Pour le regard de la ville de Paris, laquelle avoit tousjours eu le bruict d'être la plus fidèle à ses rois , aussi estoit-elle la capitale, et de laquelle ledict seigneur étoit jaloux , non pour défiance qu'il eust de ses bons habitans, mais pour autant qu'il estoit bien adverli qu'il y avoit plusieurs crocheteurs, et plusieurs autres personnes estranges et incogneues, allans et venans en icelle, portans armes, la pluspart estans gens sans adveu. Sembloit qu'en tel temps c'estoit sagesse de se craindre de toutes choses : et avoit le roy bien entendu comment sa cour y avoit commencé à y mettre bon ordre ; mais qu'en France souvent l'on commençoit sans achever. Désiroit à ceste cause que l'on continuast et prinst diligemment garde à s'enquérir quels gens c'estoyent qui abordoyent à ladicte ville, s'ils estoyent armés ou non; que les hostes en feissent déclaration, parce que les commissaires et quarteniers estoyent corrompus ; que l'on eommist en chascun quartier un boa bourgeois, ou plustostun conseiller de ladicte cour, qui seroit facile, car il n'y avoit quartier, où n'y en eust de demourans : et que chascune sepmaine le rapport fust faict. Tant plus de personnes graves y auroit, plus l'affaire seroit authorisée ; et que ladicte cour procédast par puissance extraordinaire contre lesdicts commissaires jusques à les suspendre ou priver, et faire que les officiers du Ghastelet fussent obéys quand ils y mettroyent la main. Incontinent qu'il y avoit une requeste présentée au parlement, advenoit que là dessus il y avoit tousjours quelque cognoissance pour eschapper ceste fois. Que cela gastoit tout, on ne les devoit ouyr par conseil, ains les mander et chas* tier sans figure de procès ; ne se falloit lasser d'y continuer.
Quant au feict de ladicte cour, ledict seigneuravoit eudes plainctesde la justice d'icelle, luy ne les croyoit aisément; avoit esté rapporté qu'il y avoit eu grande désunion à Tholouse, Bordeaux et autres parlements ; avoitl'on bien entendu qu'il y avoit des bandes. Que ladicte cour cy-devant comme la principale
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avoit gardé sa dignité, aussi qu'elle estoU plus éclairée du soleil qui est le roy. Maintenant on disoit qu'il y avoit des factions pour les princes et grands seigneurs, etnéantmoins que ceux qui s'en aidoyent, en ayant faict, ne s'en sOulcioyent après non plus que des putains, qui estoit une vilaine comparaison ; qu'il y avoit plus de solliciteurs que déjuges, qu'il excusoitde son pouvoir cette compaigniede laquelle il avoit esté , la prioit entretenir la réputation de ses majeurs; qu'elle avoit les honneurs, vies et biens desdicts princes et seigneurs entre ses mains; estoit malséant d'ouyr dire pour excuse ce que aucuns disoyent : Je suis créature d'un tel. Autres partialités estoyent rapportées aussi, mais que les plus grandes maisons périssoyent par discordes et fleurissoyent par concordes. Qu'il leur seroit malaisé d'appaiser les causes des parties, si entre eux ne se pouvoyent accorder, comme l'on disoit à celuy qui entreprenoit de pacifier autruy , et en sa maison avoit ordinairement noise avec ses femmes et famille. La paix estoit l'office des chresliens ; en ladicte courdevoit estre l'excellence desdicts chrestiens ; qu'ils estoient comme en un théâtre, le mot n'y estoit sitost dict qu'il ne fiist porté au palais, et rt'y avoit jour qu'il ne fiist publié par deux cens letties missives quelquefois hors ce royaume. Qu'il ne pensoit que l'avarice y fiist; toutesfois qu'il en avoit esté faict rapport au roy, le scavoit le sieur d'Avanson présent, et l'archevesque de Vienne qui avoyent commandement de se trouver icy, et que les espices estoyent haulsées de quatre ou cinq parts; que d'un défault on ne souloit prendre que demi escu, maintenant estoyent taxés deux ou trois escus : aussi y avoit fréquence de procès partis. Ce qu'il en disoit n'estoit pour enseigner ceuK de ladicte cour de la façon de vivre ; si étoit-ce que l'on ne tenoit plus compte des anciens ou notables arrests donnés au conseil. Et enoores que exempliê non tU judicandum, et que les afEatires ne soyent du tout semblables, on en peult tirer fruict, pour se prendre garde qu'il n'y eust contrariété d'arrests, et avoir estime des jugements donnés et des juges, sans se fier trop en son esprit, parce que souvent on avoit veu que celuy dont on faisoit le moin^ de compte en son opinion touchoit la vérité mieux que n'avoit faict toute lacompaigoie; Dieu inspire quand et qui il luy plaist.
Au demeurant, leur recomnmndoit l'abbré^ viation de la justice, entendant bien qu'il 7 avoit de grands affaires, lesquels on ne pou^ voit avancer ; mais qu'il en avoit tant d'autreft que l'on pourroit vuidersans faire arrests, man'^dant les procureurs à la cour; ne vouloit cacher l'honneur à qui il estoit deu : avoit veu le président de Harlay, lors conseiller, avoir cestô façon de vuiderplusieurs incidens» faisant venir en la cour les procureurs des parties ; que ceste voye estoit recommandable pour acoourcir le temps et la despense ; ne fitlloit contenter en cela les parties, en ayant veu qui après avoir perdu leur cause^ disoyent qu'ils se contentoyent d'avoir eu un arrest, tant y avoit d'obstination à plaider; que c'estoit ce qu'il avoit eu de commandement du roy pour dire à la* dicte cour à laquelle il offiroit faire plaisir et service.
Là fut entre autres propos remonstré par ladicte cour qu'il y avoit un différend évoqué d'unerétractationd'arrestpoutsuyvieparLouys du Faur conseiller en ladicte cour, lequel depuis avoit présenté requeste au roy, à ce qu'il déclarast ledict arrest nul, et avoit esté renvoyé par ledict seigneur en ladicteco«r,oà la nullité (s'il y en avoit) se devoit juger par l'ordinaire. Qu'il n'eust esté honneste le renvoyer à autre parlement , puisque cestuy-cy estoit le premier» et que les différends des officiers d'icelle dévoyât estre traités inUra par%eie$ domesUcoSf c'est -à- dire entre eulx privéement. Dict It chancelier qu'il avoit pour raison de c« chargé de remonstrer et admonester ladicte cour, attendu que lesdictes parties estoyent membres du corps, d'y procéder sommairement, pour éviter à la retardation de la justice» laquelle tantd'autres parties attendoyent k grands frai$; et avec oe, d'y procéder doucement et sans animosité, pour garder l'honneur de la maiscm, Espéroit que les présidents demeureroyentd'aocord : les prioit que l'on n'ouyst plus parier de leurs diBerends. Ces différends estoyent entre les présidms Sainct-André et de Tbou, comme nous avons dict cy-dessus : lediet président de Sainct-André ayant procédé par récusations et parotes aigres contre ledict président de Thou, voulant cognoistre de la requeste présentée par ledict du Faur contre ledict président de Sainct-André en la matière.
Pendant que le roy fut à Rambouillet (ou
HT RÉPUBLIQUE, LIV. II
noos avons dict que k iiÀresohat de Brissao le Ykit titNiver), ceux de Guyse feirent arrester le gouTernement de Picardie aodict mareechal* que monsieur le prince de Coudé avoit pour<dasié ; et ce plus peur le bander podr eux eonr Ire lediel sîear prince, que non pas pour bien qu'ils luy voulussent. Le cardinal de CbasUllon €6toit peu auparavant arrivé, dès que le roy estoit à Sainct«-Légîer, faisant démonstration d'avoir grand regret de ce que, estant amy des sieurs de Guyse et nepveu du eonnestable, il voyoit un commencement de différend entre eux, et taseboit par tous moyens d'y mettre fin.
En ce temps Ait arrestée la paix entre le roy eC la roine d'Ângleierre; et traieta accord par mesne moyen avec les Escossois, qui fiit le sixiesœe jour de juillet, Févesque de Yallance et le sieur de Rendan y ayans esté envoyés pour cest e£fect. Le difi^end avoît commencé par révoltemeat desdicts Escossois contre le pape, en brisant chasses, images et anteb. Pour raison dequoy (estant mesmes nouvdles venues qoe la roine d'Escosse estoit réduicte au petit Liet, qui esloit une petite ville d'Escosse, avec Je sieur d'Oisel, duquel a esté parlé cy-dessus), avoit esté envoyé s^ict pays pour lieutenant du roy le àeur de la Brosse, principal conseiller du duc de Guyse, et 1 évesque d'Amiens, grand vicaire du caniinal de Lorraine, attendant lettres de légation du pape, avec charge d'y exploicter de ngoureitses exécutions contre les principaux authenrs dudict révoltement. Si tost €fde les dessuidiets y iforent arrivés, ils cornœncorent par enjoindre à o» chaecun d'aller à kt messe, et mandèrent an roy par mémoires , assçavoir l'évesque d'Anuens^ qu'il réduiroit en brief la piuspart de ceux qui s'estoyent fourvoyés; et ledict sieur de la éroa»e, que dans six BMMs il exterminerait tous e^ix qui ne voodroyent retourner à la religion qu'ils avoyent délaissée ; et tous deux en oultre, qu'en rendant le peuple taiMaUe, et Aâsant mourir lesgentilshoinmes qui avoyent suy vi la religion naguères y venue, ils auroyent moyen d'augmaciter le revenu du roy de deux cens mille escus, et d'y pourveoir mil gentilshommes françois et de maisons et de biens, pour y demourer continueUement et y servir comme d'une gendarmerie ordinaire.
Or, avec ce estoit advenu que, par la mort de la loîne d'Angleterre Marie, les cardinal de,
Lorraine et duc de Guyse avoyent faict prendre le dueil à leur niepce avec le tiltre et armoiries d'Angleterre, comme héritière de ladicte feue roine Marie ; dont la roine Elizabet avoit esté tellement irritée et estoit entrée en telle suspicion, voyant ce pendant plusieurs gens de guerre estre envoyés de France en Escosse, qu'elle print les armes après avoir envoyé remonstrer au roy le tort qu'elle disoit luy estre faict ; et, s'attachant particulièrement auxdicts sieurs de Guyse, &it publier quelques escripts à rencontre d'eux, disant entre autres choses par ieeux (pi'ils ne se pouvoyent excuser qu'en leurs actions n'y eust grande malice ou igmvrance; car estans les deux royaumes en paix, disoit-elle, ils donnent grande occasion de la rompre pour chose de peu de profict, et qui est expresséement contre letraicté de paix qui est entre nous ; tellement qu'il est aisé à comprendre qu'ils tendent à deux fins : l'une, de tenir embrouillé le royaume de France de peur que lessubjects du roy mon frère estans en paix, ne vueiUent endurer leur manière de gouverner ; l'autre, à (aire dire leur niepce roine de trois royamnes, ce qui ne peult estre si je ne suis bastarde. Mais, avec la malice il y a de Tignorance ; car, on ils prétendoient acquérir ce royaume ou non : s'ils espèrent avoir moyen de l'acquérir, il y a de l'incommodité grande et notable, d'autant qu'ils m'advertissentde bonne heure de leur intention et long temps auparavant qu'ils me veu'dlent assaillir ; pour le moins devroyentr ils attendre à se descouvrir au temps qu'ils seroyant prests à faire l'entreprise. Et s'ils o'ont point d'intention de le conquérir, et qu'ils estiment l'entreprise trop difficile, quel besoin estoit-il de mettre le royaume, auquel ils sont tant honorés et favorisés, en guerre, ne faisans qu'en sortir, et pour une fumée d'honneur faire fNrendre à la roine leur niepce un tiltre et armoiries de trois royaumes?
Or, ce pendant les Escossois, se voyans en désespoir pour la force venue de France à rencontre d'eux, à laquelle ils ne pouvoyent résister, se retirèrent à ladicte roine implorans son aide, quoy qu'ils fussent anciens ennemis ; aimans mieux prendre le hazard d'estre domi< nés par elle que non pas d'estre contraincts se remettre soubs le joug du pape qu'ils appeloyent tyrannie, et reprendre la religion laquelle ils avoyent abandonnée; l'ayans en extresme abo;:
L'ESTAT DE LA RELIGION
mination et horreur. Quoy entendu par ladicte dame, eDe les print très volontiers en sa pro * tection. £t, auparavant que de vouloir commencer la guerre, feit une protestation qui fut divulguée par toute la chrestienté, laquelle contenoit en substance : ** que le tiltre injurieusement prétendu par la roine d'Escosse n'avoit esté prins par elle que esmeue de Tambitieuse volonté des principaux de la maison de Guyse, lesquels depuis naguères s'estoyent emparés du gouvernement de la couronne de France, sans que le roy ( à l'occasion de ses jeunes ans n'estant capable de telle entreprise) , ny encores la roine d'Escosse, estant encores en sa minorité, ny aussi les princes du sang royal et autres estats de France (auxquels par le passé appartenoitet de voit appartenir le gouvernement des affaires d'iceluy royaume durant la minorité du roy) eussent d'eux-mesmes imaginé et délibéré une tant injuste, desraisonnable et dangereuse entreprinse, comme elle apparoissoit telle à toute personne de bon jugement. Et considérans que ladite maison de Guy se, pour leur particulier avancement, n'avoit autre moyen pour y parvenir que par Faggrandissement et exaltation de leur niepce roine d'Escosse, soubs couleur de laquelle ils s^ntremettoyent au gouvernement de France, ayans en ceste sorte injurieusement et insolemment mis en avant en temps de paix, et continué de s'attribuer les armes et tiltre du royaume d'Angleterre et d'Irlande, au moyen de la roine leur niepce, de leur propre authorité. A ceste cause, cognoissant bien que telles insolentes entreprises ne procédoyent d'ailleurs que du sinistre portement de ceux de la maison de Guyse durant la minorité du roy et de la roine, elle déclaroit et faisoit entendre à toutes sortes de personnes en général qu'estant contraincte de se mettre en armes pour sa défense, elle n'entendoit faire aucune cruauté, hostilité ou guerre aux François; commandant et enjoignant à tous ses subjects , de quelque estât qu'ils fussent, de leur monstrer toute faveur et amitié; les permettre de trafiîquer en toutes sortes de marchandises comme en temps de paix, jusques à tant qu'on veist si ledict royaume et nation de France entreprendroit de faire plus oultre aucune invasion en ses païs. ♦» Ceste déclaration fut publiée tant en langage anglois que françois, et fut l'issue de ceste guerre teUe que lesdicts de la
Brosse et évesque d'Amiens sortirent hors dudict royaume avec le nom et obéissance de l'Église Romaine après avoir esté mis iceluy royaume en grand hazard avec quatre mil soldats franèois, desquels estoit colonnel le viconte de Martigues, assiégés dans le petit Lict sans espérance de secours, n'eust esté la paix que Dieu y envoya. Entre autres articles de U paix, il y en eut un portant que le droict indubitable appartenant à la roine d'Angleterre audict royaume et païs d'Irlande estoit pour tel cogneu et confessé, avec pleine déclaration que nulle autre personne que ladicte dame, et ceux de sa succession, ne pourroit prendre et s'attribuer les tiltres et armoiries d'Angleterre. Et pour le regard des Escossois, fut accordé,quele roy ne tiendroit aucuns soldats françois ny d'autre nation en Escosse, sinon en cas d'invasion et hostilité de l'étranger; et ce, parl'advis et consentement des estats dudict royaume. Que tous ceux qui y estoyent venus se retireroyent, excepté six vingt, dont soixante demeureroyent en l'isle des chevaulx et soixante à Dombarre. Et mesmes que ne le roy ne la roine ne feroyent jamais guerre ou paix audict païs d'Escosse sans le consentement desdicts estats ; que nul ne seroit déposé de son estât, charge et office, pour chose qui eust esté &icte depuis le sixiesme mars mil cinq cens cinquante-huict que les troubles commencèrent. Que le duc de Chastellerault, son fils, et tous autres dudict royaume seroient remis et restitués en leurs estats et pensions en France. Le fils dudict duc de Chastellerault dont est parlé estoit le comte de Haran, surnommé Haviton, capitaine de soixante hommes d'armes en ce royaume, lequel y estoit venu demourer dès lors que la roine y avoit esté amenée, comme son plus prochain parent. Et avoit esté contrainct s'en retirer en diligence, ayant esté envoyé audict Chastellerault le sieur de Sansac, pour se saisir de la personne à cause de la religion appelée nouvelle, laquelle il maintenoit et faisoit prescher audict lieu. U se retira en Escosse, où incontinent après il commença à remuer le révoltement qui s'en ensuyvit. Un sien frère, lors de sadicte retraicte, ne s'estant I peu sauver avec luy, fut arresté prisonnier et I mené au bois de Yincennes, où il fut longtemps.
f Ce temps |[>endant monsieur le prince de
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Condé, estant aQé au pus de Guyenne, comme nous avons dict cy-dessos, et trouvé le roy de Navarre son frère à Bordeaux, et de là àNérac, loy feit ses doléances de ceux de Guyse, faisans informer contre luy , et de ce qu'ils usurpoyent aussi Tauthorité qui à eux appartenoit. Et là se trouvèrent plusieurs autres gentilshommes envoyés de toutes les provinces, qui^feirent semblable complaincte audict roy, avec ofi^ de luy aider de leurs personnes et biens s'il vouloit entreprendre d'avoir le lieu et degré qui luy appartenoit; ce qui fut descouvert entre autres par le sieur d'Escarr, favori dudict roy de Navarre, qui soudain en donna advertissement auxdicts sieurs de Guyse.
Et approchant le temps que l'assemblée assignée à Fontainebleau se devoit tenir , fiit envoyé par le roy de Navarre et ledict sieur prince vers le connestable et madame la princesse un gentilhomme Basque, nommé Jaques de la Sague, pour luy compter de ses nouvelles, et aussi pour recouvrer argent. Ce qui fut faict par le moyen de la vendition faicte par la dame de Hoye de la terre deGermigny, à faculté de rachapt, au connestable pour la somme de 27 ,000 livres dont la Sague porta partie audict sieur prince. Trouva à son retour que tant ledict sieur prince que le roy de Navarre avoyent esté nûmdéspour se trouvera l'assemblée destinée au lieu de Fontainebleau, dont tous deux s'excusèrent par lettres, et renvoyèrent la Sague pour leur faire rapport de ce qu'il auroit veu et apprins en ladicte assemblée.
£t ainsi que tous presques estoyent arrivés audict lieu, le connestable y arriva bien accompaigné de ses enfans, son beau-firèrc le comte de Villars, ses trois nepveus de Chastillon, et plusieurs autres ses parens, amis et serviteurs, si que, à son arrivée à la basse court du chasteau , sa troupe nestoit moindre dehuict cens ou mille chevaux. Audevant de luy allèrent legrand-escuyer, le reingrave, le sieur de Sansac et autres, tant chevaliers de l'ordre que gentilshommes.
Ce pendant avoyent esté envoyés mandemens de toutes parts pour faire tenir prests tous les gentilshommes de l'arrière-ban, pour marcher là par où il leur seroit mandé pour le secourir en diligence.
Le pape en mesme temps feit exécuter grandes cruautés contre ceux de la religion dicte réformée en deux villes de Callabre, Sixte et Guarde, par le marquis de Bucyane, lequel en feit mourir jusques au nombre de huict cens ou mil. Et d'ailleurs estoyent advenus quelques esmotions et meurtres en plusieurs villes de ce royaume, mesmes à Paris et Rouen, pour n'avoir voulu tapisser devant les maisons le jour appelé la Feste-Dieu. Ceux de ladicte reb'gion commençant à s'assembler plus hardiment que auparavant, ayant présenté au roy une confession de foy avec une pequeste pour estre ouys, laquelle confession je n'inséreray en ce lieu , pource quelle est imprimée et commune à un chascun.