‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 14Chapitre 14 sur 69 · LIVRE TROISIESME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIESME

Le jour doncques assigné, qui estoit le vingtuniesme du mois d'aoust, pour tenir l'assemblée audict lieu de Fontainebleau, tous estans assemblés en la chambre de la roinc mère à une heure après midi, où estoyent assis le roy , la roine sa mère, la roine sa femme, messieurs ses frères, messieurs les cardinaulxde Bourbon, de Lorraine et de Guyse, le duc d'Aumale, le connestable, le chancelier, l'admiraL les mareschaulx de Sainct-André et de Brissac, les sieurs du Mortier, évesques d'Orléans, de Vienne et

de Yallance, conseillers au conseil privé, et le reste des chevaliers de l'ordre aussi assis, mais hors les chaires du conseil, le roy feit entendre la cause de l'assemblée, s'en remettant toutesfois à ce qu'ils en entendroyent plus au long par son chancelier, et par les cardinal de Lorraine et duc de Guise, les priant de le vouloir librement, et sans passion ny contraincte, conseiller selon l'occurrent estât et nécessité des affaires de son royaume. La roine sa mère aussi les supplia de vouloir conseiller le roy son fils, en

DE i;estat de la RELIOÏON

sorte que soû sceptre fut conservé, et ses subjects soulagés, et les malcontents contentés s'il estoit possible.

Le chancelier remonstra l*estat des affaires par une grande digression et comparaison du médecin et du malade et qu'il estoit aisé au médecin de guérir la maladie, pourvu quMI sceust la cause, ainsi que de présent on voit tous estats troublés et corrompus, la religion, la justice et la noblesse , avec un très grand mécontentement d'un chascun, et le peuple appauvri et grandement refroidi au zèle et bonne volonté qu'il avoit accoustumé de porter à leur prince et à ses ministres. Que si la cause de telle maladie se pouvolt descouvrir, le remède seroitaisé, que hoc opus, hic labor est; que pour cestc cause il avoit pieu au roy de &ire rassemblée qui estoit là présente pour avoir conseil sur ce qui estoit requis de faire, et que pour ce faire ladicte assemblée estoit légitimement composée de tous les estats du royaume, au reste du tiers eslat, qui estoit le peuple, lequel n'y estoit point nécessaire, parce que le but et la fin du roy n'estoit que pour le soulagement, paix et repos dudîct tiers estât.

Le duc de Guyse rendit raison de la charge que le roy luy avoit donnée touchant la gendarmerie de France. Le cardinal de Lorraine aussi, touchant les affaires d'estat et les finances, donnant à entendre que les charges ordinaires du royaume surmontoyent le revenu de deux millions cinq cens mille livres. Qui fut tout ce qui fut faict audict jour.

Et le lendemain fut l'affaire remis jusques au 23 à semblable heure que la compaignie se rassembla en l'ordre que dessus. Où le roy feit entendre que son intention estoit que ceux de son conseil commençassent à opiner, afin que à leur imitation chascun des autres s'esvertuast.

Et comme il eut commandé d'opiner à l'évesque de Vallance qui estoit le dernier conseiller, l'admirai se leva de sa chaire et s'en alla où estoit le roy, et, après luy avoir faict deux grandes révérences, luy présenta deux requestes de la part des intitulés en icelles fldèkfi chrestiens espars en divers lieux et endroicts de son royaume, lesquelles furent baillées au secrétaire de FAubespine, pour icelles lire hault et clair, dont aucuns furent estonnés et esbahis. La substance desquelles estoit en j somme ; <« que les suppUans, voyons ceste oppor- i

tunité, avoyent pris la hardiesse de présenter leurs requestes à la majesté du roy, pour le supplier très humblement de regarder en pitié la pluspart de ses très humbles et fidèles subjects, lesquels avoyent jusques icy enduré et enduroyent calamités extreimes, pour vouloir vivre selon la pureté de la parole du Dieu ; et ne demandoyent autre chose, sinon qu'il luy pleustde prendre la cognoissance de leur cause, et commander que leur doctrine fast examinée selon la parole de Dieu, afin que chascun cogneust combien ils estoyent esloignés de la sédition et hérésie, laqudle on leur vouloft imputer contre raison; puis qu'ainsi estoit qq'en leur oppression ils avoyent recours à la dé* menée et support de leur roy, le supplioyent de prendre la cognoissance de leur cause, vou* lans se reigler du tout selon la parole de Dieu ; requéroyent à ceste cause qu'il pleust à sadicte Majesté de faire surseoir les rigoureuses persécutions, lesquelles avoyent rendu sanglant son royaume par l'iniquité de beaucoup de juge«, qui, ayans plus d'esgard à lewrs affections particulières qu'à ce qui concernoit l'hoimeur de Dieu et le repos de ses subjects, avoyent jusques icy respandu leur sang à leur appétit, et empesehé que leurs cris et larmes ne peussait parvenir aux oreilles des rois ses prédéces^ seurs. Qu'il luy pleust maintenir ses pauvres et afiBigés subjects contre l'injustice et iniquité de ceux qui les opprimoyent, comme celuy qu'ils reoognoissoyent leur roy pour leur soaverain Seigneur, à l'obéissance duquel le commandement de Dieu les assubjectissoit , et obligeoit de mettre leurs vies soubs sa protection, Dieu l'ayant appelé à la couronne, et eux donné ea sa garde contre la violence de ceux qui ne cessoyent de les oultrager. Protestans devant la majesté de Dieu et la sienne qu'ils n' avoyent jamais attenté et n'attentoyent contre ne au préjudice de sa grandeur, ne contre la très humble obéissance et servitude qu'ils luy devoyent ; ains que sans cesse ils prioyent Dieu pour sa Majesté, et ne demandoyent aucune liberté et repos pour vivre à l'abandon de vices et dissolution, mais plustost pour eux conformer, au plus près qu'il leur seroit possdble, aux commandemens de Dieu et TÉvanglle de Jésus-Christ, duquel ilsfaisoyentprofessicm; ainsi que leurs plus grands ennemis mesmes estoyent contraincts de confesser. Le sup-

plîoyent finablement de leur permettre qu'ils se peossent assembler ea toute révérence et humilité, et de pouvoir ensemble selon Tordonnance de Dieu estre instruicts de sa parole et fortifiés par Tadministration de ses sacremens, Finvoquer et le supplier pour la conservation de sa grandeur, à laquelle il avoit pieu au Tout- Puissant l'appeler, attendant un concile général; et que à ceste fin il pleust à Sa Majesté leur ordonner quelques temples en ce royaume, à ce que leurs assemblés ne fussent plus secrettes et suspectes. *»

Après avoir été faict lecture desdictes requestes, Tadmiral supplia le roy de vouloir prendre en bonne part ce qu'il en avoit faict, attendu la preuve et tesmoignaige qu'il avoit de sa fidélité. Et qu'estant dernièrement pour son service en Normandie pour apprester les choses nécessaires pour la guerre d'Escosse , où la roine par mesme moyen luy avoit commandé d'entendre les plaintes de ceux de la religion, et en traicler avec eux, il voulut curieusement s'informer de tout le faict desdicts suppliants; et les ayans trouvé fondés de quelque raison en leur liDgaige et requestes, il leur auroit promis présenter à sa Majesté lesdictes requestes. Le roy luy-mesme dict qu'il avoit bon tesmoignaige de ses services, et aussi bonne réputation de luy que d'homme de son royaume, et qu'il prenoit en bonne pai^t ce qu'il en avoit Cûct.

Adonc commanda derechef à l'évesque de Yaliance noouné de Montluc, personnaige de grand scavoir et littérature, mesmes es lettres sainctes d'en dire son opinion. Ce qu'il feit en c^te substance, en disant : «< que Dioclétian souloit dire que la condition des princes estoit misérable et dangereuse, pour estre trompés la pluspart du temps de ceux à qui ils se fioyent le plus, estans quasi toujours enfermés dans leurs chambres, et n'entendans leurs affaires sinon autant que leurs ministres leur veulent déclarer, lesquels le plus souvent consultoyent comment ils pourront desguiser la vérité de Testât des affaires. Mais que cela n'estoit advenu en la cour du roy, d'autant que au premier inconvénient qui estoit advenu à son règne, la roine sa mère avec sa prudence accoustumée, et celle des sieurs^de Guyse soubs son authorité, avoit usé de telle intelligence, que des souspeçons qui sembloyent estre lqgiei::s

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et de nulle apparence, elle avoit soubdainement descouvert l'entreprinse des tumultes, et ad visé les moyens pour y remédier ; lesquels furent promptement exécutés, plus avec la douceur qu'avec la force. Que ceste sédition appaisée ledict seigneur avoit voulu pourvoir à ï'advenir, et pour cest effect avoit faict appeler ceste grande et honorable compaignie, où il y avoit tant de gens de bien affectionnés à son service qu'il estoit bien mal-aisé qu' estans assemblés comme ils estoyent, et ayans la crainte de Dieu, ils ne satisfeissent promptement par leurs opinions aux bons désirs de Sa Majesté. Que la confusion estoit telle en ce royaume, qu'elle sembloit nous ramener au temps qu'Isaye prophétisoit la ruyne du royaume de Jérusalem et de Juda, prédisant que le prebstre seroit comme le peuple, le maistre comme le serviteur, le debleur comme le créancier ; voulant dire que les ordres seroyent pervertis et confondus. Que la doctrine qui avoit divisé les subjects avoit esté semée en trente ans, et non en un, deux ou trois jours, et apportée par trois ou quatre cens ministres diligens et cxercités aux lettres sainctes, avecque une grande mo- . destie, gravité et apparence de saincteté, faisants profession de détester les vices et principalement l'avarice, sans aucune craincte de perdre la vie pour confermer leur prédication ; ayant tousjours Jésus- Christ en leur bouche, qui est une parole si doulce qu'elle faisoit ouverture des oreilles plus serrées et découloit facilement dedans les cueurs des plus endurcis; et ayans trouvé le peuple sans conduicte de pasteur, de berger, ny de personne qui prinst charge de les enseigner, que facilement ils avoyent esté receus, et volontiers ouys et escoutés ; tellement qu'il ne se falloit esbahir s'il y avoit eu grand nombre de gens qui eussent embrassé ceste doctrine, par tant de prescheurs et par tant de livres si diligemment publiés. Que les moyens pour l'empescher qu'on y avoit tenu estoyent tels, que, pour les faire entendre, s'il falloit commencer par les papes, la vérité se trouveroit telle qu'ils ne s'estoyent amusés qu'à la guerre, et à entretenir l'inimitié et la désunion d^entre les princes. Que les rois de France prédécesseurs meus de bon zèle avoyent ordonné de grandes peines et supplices, cuidans par ce moyen desraciner ces opinions, et réunir le peuple en une mesme opinion'; mais

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qu'ils avoyent este décens et frustrés de leurs desseings. Que les ministres de justice avoyent grandement abusé de ces ordonnances, et les avoyent le plus souvent exécutées par un mauvais zèle, pour complaire à ceulx qui par leur advertissement mesme avoyent demandé les confiscations des prévenus ; et estoit advenu depuis quatre ans que un personnage d'authorité avoit faict demander pour un qui le touchoit de près les biens d'un accusé, et au jugement duquel il devoit assister. Que s'il y avoit quelque mescbant président, conseiller ou autres officiers de justice pour couvrir ses faultes passées, il moyennoit de se faire addresser de telles commissions; et s'il abusoit de la charge qui luy avoit esté donnée, tout cela estoit couvert sous prétexte du zèle de la foy; comme si la religion avoit besoin d'estre soustenue par mensonge et meschanceté. Et ne se falloit point esbaliir si Dieu avoit permis que de telles exécutions l'issue en fust mauvaise, et si le peuple s'estoit irrité, voyant que ceux qui vouloyent faire du mal se couvroyent du manteau de justice. Que les évesques avoyent esté paresseux, n'ayans aucune crainte devant les yeux de rendre compte à Dieu du troupeau qu'ils avoyent en charge, et leur plus grand soulci avoit esté de conserver leur revenu, et en abuser en folles despenses et scandaleuses , tellement que Ton en avoit veu quarante résider à Paris, pendant que le feu s'alltmoit en leur diocèse ; et en mesme temps l'on voyoit bailler les éveschés aux enfans, et à personnes ignorantes et qui n'avoyent le sçavoir ne la volonté de faire leur estât; si que les yeux des églises, qui sont les évesques, avoyent esté bandés, et les colomnes estoyent fleschies et tombées en terre sans se relever. Que les ministres de ceste secte ne s'estoyent pas là endormis, et n'avoyent pas fieiilli d'en faire leur profict envers le peuple. Que les curés ignorans, avares, occupés à toute autre chose qu'à leur charge, avoyent estes pour la plus part pourveus de leurs cures par moyens illicites ; qu'autant de deux escus que les banquiers avoyent envoyés à Rome, autant de curés nous avoyent-ils renvoyés. Les cardinaux, les évesques n'avoient faict difficulté de bailler leurs bénéfices à leurs maistres d'hostels, voire à leurs varlets de chambre, cuisiniers, barbiers et leurs laquais ; si bien que les personnes ecclésiastiques s'estoyent rendues

odieux et contemptibles à tout le monde. Que le moyen d'y pourveoir estoit de recourir à Dieu, lequel estoit tellement courroucé contre les personnes ecclésiastiques qu'il sembloît qu'il eust préparé leur ruine par les mesmes moyens desquels il avoit usé quand il voulut renverser la grandeur du royaume des Juifis, et les remettre soubs la tyrannie et servitude des princes estrangers, les ayant auparavant faict menacer par ses prophètes. Qu'il falloit appeler de toutes les provinces un nombre de gens de bien, pour entendre queb vices et abus abondoyent le plus en ce royaume, et quel moyen il faudroit tenir à les desraciner. Disoit au roy qu'il &Iloit qu'il prinst garde que le nom de Dieu ne fust profané comme il avoit esté par cy-devant, et que son escripture fust publiée et interprétée sincèrement et purement. Qu'en sa maison y eust sermons tous les jours; qui serviroit à clore la bouche à ceux qui disent calonmieusement qu'on ne parle jamais de Dieu alentour de luy.

Et vous, mesdames les roines, (disoit-il après) pardonnez-moi, s'il vous plaist, si j'ose entreprendre vous supplier qu'il vous plaise ordonner que, au lieu des chansons folles,vos fiUes et toute vostre suy te ne chantent que les pseaumes de David et les chansons spirituelles, qui contiennent louanges de Dieu; et souvienne vous que l'œil de Dieu passe sur tous les lieux et hommes de ce monde, et ne s'arreste sinon là où son nom est mentionné , loué et exalté. Il adjousta qu'il trouvoit extresmementestrange, qu'on voulust qu'on défendist le chant desdicts pseaumes, prouvant par maints passages et argumens qu'ils se doivent chanter en langaige vulgaire. Que si l'on maintenoit qu'ils fussent mal traduicts , qu'il valloit mieux marquer les faultes pour les corriger, que de condemner toute l'œuvre, qui ne pouvoit estre que bonne, saincte et louable. Et ne servoit de dire, qu'il ne les falloit chanter qu'en l'église; Moyse n'ayant esté de ceste opinion, lequel feit chanter son cantique en dansant par les hommes d'un costé, et les femmes de l'autre, avec tabourins et instrumens musiciens ; ne David qui balloit ses pseaumes après les avoir composés et faict mettre en musique pour les chanter ; ne sainct Paul , sainct Jacques , TertuUian , Clément Alexandrin, et sainct Jérosme mesme reprenant la ville de Rome, qu'il appdlela pu-

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tain porpurée, poBr lefi chansons^ impudiques et lascives que Ton y chantoit, et '^louant][au contraire Bethlehem de ce que le vigneron accoustrant sa vigne, le laboureur après sa charrue , le moissonneur faisant sa moisson , le berger gardant son troupeau, ne chantoyent que les psaumes. Sainct Jean Chrysostome aussi, sainct Ambroise et plusieurs autres en. semblable. Que défendre telle chose seroit à la parfin donner occasion juste aux séditieux, que ce n'est plus aux hommes qu'on fait la guerre, ainçois à Dieu, puis qu'on voudroit empescher que ses louanges fussent publiées et entendues d'un chascun.

Que le second remède luy sembloit estre de procurer un concile général, estant le moyen que nos anciens ont suyvi, pour mettre en paix la chrestienté troublée plusieurs fois par des hérésies plus pernicieuses que n'estoyent celles du jour d'hui. Ne pouvoit penser comment la conscience du pape pouvoit estre en repos, ne comment il pouvoit dormir un seul moment d'heure, de veoir tant de pauvres âmes périr pour la diversité des opinions, sans autrement y pourveoir. Que s'il advenoit qu'il y eust empeschement au concile général, le roy deschargeroit sa conscience , s'il luy plaisoit en faire un nationnal, à l'exemple de ses prédécesseurs les rois Charlemaigne et Louys son fils, lesquels pour moindre nécessité avoyent faict assembler tons les évesques du royaume. Qu'à ce concile nati<mnal devoyent estre appelés les plus sçavans de la secte, et leur bailler seureté, lieu et commodité, et personnaiges députés pour disputer et conférer ensemtde, pour essayer s'il y auroit moyen de s'accorder. Que Théodose empereur en avoit iaict ainsi à Omstantinople contre les Arriens et Macédoniens, combien que par le concile de Nice et plusieurs autres ils eussent esté justement condanmés , et feit après pubUer la dispute qui en avoit esté faicte en sa présence.

Quant aux peines et supplices ordonnés contre les prévenus, il trouvoit que ceste doctrine, es lieux où elle avoit esté reçeue, avoit faict diverses opérations, et contraires effects : les uns l'avoyent trouvée bonne sioubdain qu'ils en avoyent ouy parler, et, sans l'examiner plus avant, s'estoyent contentés de sçaviâr qu'il ne falloit point aller à la messe, qu'ils pouvoyent manger de la chair en caresme, qu'ils n'estoyent XYI" S1&GI.E, La PI. et La PL

tenus d'aller à confesse, €t pouvoyent mesdire des prebstres. Et quand on les avoit ramenés au chemin dont ils estoyent partis, ils avoyeni voulu défendre leur façon de vivre avecques les armes ; et, soubs le prétexte et manteau de religion, estoyent devenus séditieux et rebelles, lesquels pourtant ne devoyent estre excusés aucunement. Car s'il estoyent chrestiens ou évangéUques, comme ils se disent estre, il leur devoit souvenir que sainct Pierre et sainct Paul nous commandent de prier Dieu pour les rois; de leur rendre toute subjection et obéissance, et à leurs ministres, ores qu'ils fussent iniques et rigoureux.

Que es douze persécutions de l'égUse, esquelles y avoit eu effusion de sang de cinq cens mille hommes, il ne s'estoit trouvé un seul qui avec les armes se fust voulu revanger, ayans vaincu par leur patience, et non par les armes, la sévérité des empereurs. Que les dessusdicts estoyent inexcusables, et à l'encontre d'eux avoit esté bien pourveu par les ordonnances faictes depuis le tumulte d'Amboise ; mesmes par le commandement faict à tous gouverneurs, baillifs et séneschaulx, de se retirer es Ueux où ils sont leaus de exercer leurs estats; et que avec ce, seroit bon d'escrireaux gentilshommes qui ont moyen de fortifier en peu d'heures les ministres de la justice, pour tenir la main à ce que la témérité des séditieux fust réprimée. Qu'il y en avoit d'autres qui avoyent receu ceste doctrine, et la retenoyent avec telle craîncte de Dieu, et révérence au roy, et ses ministres, qu'ils ne vouldroyent pour rien l'offenser. Que par leur vie et par leur mort on cognoissoit bien qu'ils n'estoyent meus que d'un zèle et ardent désir de chercher le seul chemin de leur salut, cuidans l'avoit trouvé ; et ne tenoy ent compte de la perte de leurs biens , ny de la mort, quelques tormens qu'on leurs peust présenter. Que ceux-là méritoyent d'estre séparés des autres, abusans du nom de la doctrine qu'ils disent avoir receue, et ne devoyent estre punis comme séditieux. Que l'expérience avoit appris à tout le monde que les peines en cest endroict ne profictoyent de rien, ains au contraire que la patience qu'ils avoyent eue au milieu des tormens, avoit incité plusieurs à favoriser leur cause. De là estoit advenu que ceux qui jamais n'en avoyent ouy parler avoyent voulu entendre si ceste doctrine estoit bonne

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ou mauvaise) et «n peu d'heures avoyent esté gaigués^ et prests à mourir^ et suyvre le diemin dei autres*

Qu'il se proposoit devant les yeut trois c^is dix-huict évesques qui forent au concile de Nice, cent cinquante au concile de Constantin nople^ deux cens au concile d'Ephèse, six cens et trente au concile de Calcédoine, lesquek ne voulurent oncques user d'autres armes^ que de la parole de Dieu, contre les Arriens^ Macédo^ niens, Nestoriens et autres hérétiques, condemnés et convaincus d'hérésies> et de Maspheme contre la Saincte Trinité. Que Constantin, Valentinian. Théodose, Marcian, empereurs chreStiens, de saincle et recommandaMe mémoire, ne voulureDt oncques user de plus grande ri^ gueur et sévérité envers les autheurs des hérésies, que de les entoyer en exil, et leur oster le moyen de séduire les bous. Quant aux assemblées, qu'elles avoyent esté de tout temps défendues pour le danger qui en peult advienir. Que le roy aussi y avoit bien pourveu par ses édicts et ordonnances. A quoy il ne pouvoit riai adjouster, sinon que, se remettant toutesfois à son bon jugement, il seroit raisonnable qu'en la punition des transgresseurs on eust esgard à l'heure, au nombre, k l'intention et à la âiçon qu'il seseroyent assemblés.

Après ledict évesque de Vallance, opina le sieur du Mortier, «t après luy l'évesque de Vienne, nommé Charles de MairiUac ( qui emporta le prix), en la manière qui s'ensuit :

Comblai que ta proposition qui nous a esté faicte, soft de grand et long discours, pour estre indétennitiée et générale, et d'autant plus malaisée àrésouldre, qu'H conviendra de la gêné* ralité venir aux particularités , ou la diversité des jugtemens de oeux <^ eà disputeront produira, comme il est vray-semblable, variété d'opinkms, si est-ce qu en feict d'estat l'on doit tenir cèstè tnaxime : qu'après avoir bien consulté, ilfauH estre certain de ce qui est à faire ; et que la {Au^ dangereuse t^hose qui puisse estre pour te regard de ceux qtti en ont le maniement, est de fluctuer e^ délibérations, sans pouvoir twnit parti qui soit ferme et arresté. Or si ceste reigle tant célébrée par les anciens, et si bien observée par tous les rois,républicqoes et potentats qui ont prospéré, nous doit iwclter à suyvre ce chemin, la nécessité en laquelle nous 'sommes nous tédtiits ace poinct : que ne

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pouvons autrement faire. Et mesmement que tout homme de jugement confessera que les choses ne peuvent demeurer en Testât qu'on les voit, et qu'on ne peult nier que au commencement de ce règne les difficultés ne soyent aussi grandes qu'on les veit oncques.

Et pouir n'eslendre plus avant nostre propos, les troubles naguères advenus, la crainte d'autres nouveaux, le grand meseontentement qui est en plusieursi. l'extrême pauvreté qu'on voit aux autres, et l'estonnement qui est généralement en tous, nous doit bi«a inciter un chascun à penser d'heure aux remèdes qui sont propres pour nous tirer du danger qui nous menace de quelque altération d'estat, et sur tout en ceste adversité conserver le royaulme entier , en quoy il n'y a pas moins de gloire et d'honneur, qu'en temps de prospérité en conquester un autre.

Pour le faire court, j'estime qu'il y a deux choses comme deux pilliers ou colonnes principales, sur lesquelles est fondée la seureté de Testât du roy, Tintégrité de la religion, et la bénévolence du peuple ; lesqueBes estans fer^ mes, il ne ftiult point craindre que Tobcissance se perde, mais venans à s'esbranler, comme maintenant nous en apperœvons, il est grandement à douter qu'il n'advienne quelque altération de ce grand édifice qui est dessus asMs. Parquoy il tes fauh nécessairement asseurer, de peur que la ruine ne s'ensuyve bien tost. Il convient doncques tourner en cest endroict tous nos desseings ei délibérations, soit pour la nécessité qui nous y contrâinct, ou l'utilité qui nous invite à ce faire ; puis que de là dépend Tobéissanee qui est deue au roy, et la conservatioti de son peuple , estans ces deux parties si connexes «nsembte, que Tune sans l'autre ne peult subsister. Quant à la nécessité, Ton la doit considérer pour le regard du roy, deses premiers ministresqui commandent soubs luy, et du surplus des autres qui doivent obéir.

En prcttûer lieu, le roy a de considérer à quoy il est appelé, et powquoy il est establi de Dieu, qui luy fait tant de grâce que de kiy bailler Tobéissanœ de si gnmd peupte. En quoy 41 trouvera que c'est pour contenir ses subjects en la cognoîssance et service de Dieu, 1^ régir par bonftes ioix, et les deffendre par armes, et en tout se rendre si enctin à procurer leur bien, qu'il puisse estre aimé et révéré comme père

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du peuple. Car Ton ne bit diflerence d'entre le roy et le tyran sinon que le roy règne avec béoévolenee et oonsententement du peuple, et le tyran domine par contraincte. Au roy doncques se voit Fordonuanee de Dieu qui est autbeur, et eonservateur des polices de })on ordre ; au tyran l'œuvre du diable, qui pervertit la fin pour laquelle les rois sont ordonnés. Dont s'ensuit que Tun est aimé de tous, et ne peult estre hay que des mauvais» qui sont désobéissans à la loy; l'autre, pour estre crainct sans distinction, est bay de tous, selon l'ancien proverbe qui porte : que ceux qui seront craincts seront tousjours bays. A tant, si le roy veult estre aimé, et satisfaire au commandement de Dieu, et retenir Tobéissance de ses subjects, il kiy est nécessaire d'establir la religion, et ouyr les plainctes de son peuple, pour y donner tel remède que le père doit à ses enfans, puis qu'il est roy pour cest effect, et qu'il ne peult faire «Qtrement, s'il ne se veult rendre indigne de la grâce de Dieu, par laquelle il confesse régner, et que Dieu ne translate ceste grâce à d'autres , ainsi que les exemples du vieU Testament le nous témoignent, et, sans aller plus loing, ceux de la maison de France y sont notoires.

Le premier lien donoques qui conferme, arreste et retient l'obéissance, est la religion, la-^ quelle n'est autre chose que cognoistre Dieu, ainsi qu'il appartient, et fairecequ'il coomiande. Or, puis qu'il convient le recognoistre pour créateur, autbeor et conservateur de toutes choses, il s'ensuit que toutes nos csuvres doivent estre rapportées à l'honneur de son nom ; et partant, il est nécessaire de conserver entier ce grand lien de toutes les actions des hommes, et par lequel les subjects du roy luy obéissent, qui est religion. Et pour ce que le lien s'est desnoué, tant par la malignité des uns que négiigottoedes autres, et corruption de nosti:^ temps, nous devons inferor par là que c'est une significaticm de Tire de Dieu, qui nous menace d'une grande ruine, laquelle ne peult estre que prochaine, s'il n'y est bien tost rfmédiéXar, oujitre la variété des doctrines, qui veit oncques la discipline ancienne de l'Église plus dissipée, plus aU)aUie, plus négligée; les abus plus multipliés, les scandales plus fréquens, la vie des ministres plus reprenahle, et les tumultes 4n peuple plus grands?

J>pnr obvier à pe 4a9^r, le vniy mxà^,v>.

cien et accoustumé, seroit le coi^cile général ; mais à ce qui sevoid,rQnne s'y doit point attendre, pour deux raisons: l'une, qu'il n'est en nostre puissance de faire que le pape, l'empereur, les rois et les Alemans soyent d'accord incontinent, du temps, du lieu, de la forme qu'on y doit tenir ; ou bien souvent se trouve tant de difficulté, que l'un.venant à le promouvoir, l'autre tasche à le rompre ou reculirr ; l'autre^ que nostre mal nous presse si fort, le feu estant allumé en fdusieurs endroicts de ce royaume, que ne pouvons attendre un remède esLoingné et incertain ; tout ainsi qu'un malade de fiebvre continue, ou autre maladie aiguë, où la seigi^e et autre remède prompt est nécessaire, ne peult attaidre qu'on soit allé quérir un médecin bien loing, lequel on n'est certain encores qu'il viendra.

Il fault doncques venir au concile nationpal, qui a esté cy-devant conolud et arresté, le roy l'ayant faict escrire et publier par tout. Parquoy il est nécessaire de Faocompltr, tant pour la nécessité qui nous presse, pour le pauvre estât au«p»el l'É^e est maintenant réduiete, que pour la réputati<m du roy qui l'a ainsi délibéré et déclaré par lettres ; et mesmement qu'il n'est survenu chose qui nous doive dissuader de faire autrement, aips an contraire tous les jours les cansescroissent pour nous Caire haster,sinousne voulons tom perdre. L'empereur Charles einqviesme naguères décédé, estant venu à Bouiongne pour y estre couroopé, et venant iconlérer des afiaires de la ohrestienté avecque le pape Clément, leit proposer par son chancelier le concile, tant pour réfoimerles mœurs desecclésiastiques, qui estoyent corrompus, que pour establir la doctrine qui estoit en controverse. A ceste proposition le pape contrediet aigre-* ment, remonstrant qu'il n'estoit besoin d'assembler le concile ; ny pour les doctrines, veu que tontes les nouvelles opinions avoyent esté ratées et damnées par les anciens conciles ; ny pour la discipline ecclésiastique, laquelle y avait esté sibien ordonnée touchant les mcèurs qu'il n'estoit requis que de fûre garder les décrets <pii sur ce y avoyent esté falots. Mafê l'empereur ne demoura satis&iet de ceste res^ ponse ; ains répiiq«a que ^s grandes assem-* blées ne pauvoyentestre que bonnes, tant pour retranobêr Je,ma4« qui de jour en jour •pouvoir esmt^st^ 9m cgour amémonr, nefralsoto e$

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conserver ce qa'aa paravant avoit esté introduict, et empescher qu'il ne fust ooblié, ains entretenu toujours en vigueur. Etsuyvant ceste saincte délibération persista toute sa vie en ce propos, de procurer le concile, où à la fin il ne trouva plus grands adversaires que ceux qui le devoyent procurer.

Les anciens observoyent de faire conciles de cinq ans en cinq ans, comme il se peult voir par les décrets. Et quant aux nationnaulx, par le discours des histoires de France, à commencer du roy Glovis jusques à Charlemaigne, et depuis jusques au roy Charles sepUesme, l'on trouvera quasi en tous les règnes assemblées de rÉglise gallicane, maintenant de tout le royaulme, autresfois de la moitié, par fois de deux ou troisprovinces,dontjamais ne procéda que grand fruict comme de réformer les mœurs, qui peu-à-peu se corrompent, et bien souvent les doctrines, selon que les occasions se présentoyent.

L'on ne doit doncques plus différer à suy vre le chemin que nos majeurs ont tenu, ny craindre en cest endroict d'estre accusés de nouvdleté, puis que nous en avons tant d'exemples ; ny estimer qu'il en puisse advenir autre chose que bien, puis que Dieu assiste à ceux qui sont assemblés en son nom ; ny aussi plus attendre, puis que la nécessité nous presse de si près, que, sans nous haster, nous voyons les présages de la désolation, qui nous représentent et mettent devant les yeux l'exemple et pauvre estât des églises des Judée, Egypte, Grèce, Afrique, et autres qui estoyent anciennement les plus florissantes, où maintenant à peine le nom de chrestien y est demouré.

Par ces raisons je viens à conclurre qu'il ne fault plus différer de s'assembler, soit par forme de concile nationnal, soit soubs le nom de consultation, sans s'arrester aux obstacles que le pape y vouldroit mettre, puis qu'il nous est permis, et qu'il est question de nostre conservation. Et autrement quand nous aurions perdu une partie du royaume, qu'il n'est en sa puissance de le nous restituer; et qu'en tout événement nous ne voulons périr pour luy complaire, ainssuyvre la règle queDieumous a laissée, et que nosprédécesseurs ont si souvent practiquée. Mais en attendant que ceste assemblée se face, j'estime qu'il seroit grandement i propos d'entendre, à trois ou quatre prépara-

ti&, par lesquels unesi saincte entreprise seroit bien fort acheminée.

Le premier est la résidence des prélats en leurs diocèses^ sans qu'il y eust homme qui en fust dispensé, et mesmement en France où la planche et dispense estant faicte pour un, la conséquence induit tous les autres à vouloir passer parla. Et sur ce, ne iault espargner les Italiens qui occupent la troisiesme partie des bénéfices du royaume, ont pensions infinies, succent nostre sang comme sangsues, et ne tiennent aucun compte de résider, ains en leur cueur se moquent de nous, qui sommes si}mal advisés de ne le cognoistre point; et si nous le cognoissons, de nous retenir par leurs belles paroles et autres façons de n'y pouvoir remédier. Si le roy payoit grand nombre de gens de guerre, comme il fait de gendarmerie, et que au fort de la guerre, au lieu d'aller contre les ennemis, ils se tinssent tous en leurs maisons, ou à leurs plaisirs, n'auroit-il pas cause de dire qu'il seroit mal servi, de les casser, et bailler la soulde et estât à d'autres ? Ainsi est-il des prélats, qui, au temps des hérésies, de l'athéisme, qui croist à veûe d'œil, et qui est la plus grand'guerre que l'Église sçauroit avoir, se reculent de la bataille, ayans à &ire contre si forts ennemis, qui sont d'autant plus à craindre que ceux du roy, d'autant que ceux-cy sont spirituels et invisibles, et les autres charnels et visibles.

Le second préparatif est de monstrer par quelque acte insigne que nous avons résolu de nous réformer à bon escient, à fin que nos adversaires ne puissent dire que nous assemblons un concile pour establir nos prérogatives et privilèges, sans autrement avoir volonté de nous réformer. En quoy il me semble qu'il n'y a chose plus convenable à leur faire sentir que Ton entend y procéder de bon zèle que de tenir la main à ce que cependant il ne se face riens en l'Église par argent, à fin que ceste grande beste baby Ionique qui est avarice, laquelle a introduict tant de superstitions, tant d'abominations et tant de maux en l'Église de Dieu, donne des cornes en terre-, et trouverons par ce moyen que la pluspart des controverses qu'avons sur la doctrine se pourront par là facilement composer ; pour le moins ceux qui parlent mal de nous auront cause de se taire. Et si l'on dit qu'il seroit fort estrange que si petit

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nombre, comme maintenant nous sommes, introdnist chose de telle importance, et sans attendre la détermination de la grande assemblée, je responds que ce n'est pas introduire chose nouvelle, ains exécuter ce que Jésus-Christ nous a commandé, que les saincts conciles ont déterminé, les roys de France, qui sont exécuteurs des décrets desdicts conciles, ont ordonné, et que de nostre temps les plus grands personnaiges et les plus renommés en l'Eglise Romaine ont advisé. Geste sentence de Jésus- Christ est étemelle : Gratis accepisiis, gratis date. Les choses spirituelles se baUlent de Dieu gratuitement; il ne nous est doncques licite en Caire marchandise , ains commandé de les dispenser en la mesme sorte que les avons receues, qui est gratuitement. De là vient qu'on appelle simoniaques ceux qui font telles practiques réprouvées, et dont il y a tant d'exemples aux actes des apôtres, et en toute Tancienne Eglise, qu'il n'est besoin en faire plus long discours.

Au regard des conciles, il est tant de fois ordonné qu'il ne se feist rien par argent, que non seulement Ton a voulu en oster l'invention, mais encores pourvoir sur lesoupeçon, de sorte que ceux qui feiisoyent don aux pauvres, en consignant selon leur dévotion à l'Église leur charité, estoyent interdicts et prohibés de faire tels dons en temps qu'ils recevoyent les sacremens, de peur qu'on ne vinst à interpréter que ce fust pour la perception d'iceux, comme il se lit au concile d'Ancire, et autres subséquens. «SainctLouys, roy de France, voyant ce «désordre qui commençoit, ne feit aucun «double d'ordonner que les prélats réside- « royent en leurs éveschés, et qu'on ne porte- « rolt plus d'argent à Rome,» monstrant par là combien ceste marchandise luy desplaisoit, encores qu'il fust prince catholicpie, et des plus obéissans qui fut oncques à l'Eglise Romaine.

Le pape Paul tiers, de la maison de Famèze, de nostre temps voyant la défection que plusieurs pays faisoyent de l'Église Romaine, et craignant que ce mal se vinst à estendre par-tout , recognoissant assez qu'il y avoit des abus en FEglise, lesquels il désiroitoster et empescher, par la crierie des protestans» commanda à certains personnaiges qui estoyent les plus apparents en doctrine de leurs temps de luy mettre par escript ce qui leur sembleroit estre digne d'estre réformé en l'Eglise, y adjoustant l'ex-

communication, en cas qu'ils ne s'en acquictassent franchement et librement, et d'avantage exigeant particulièrement serment dechascun d'eux, qu'ils ne luy céleroyent riens. Entre les personnaiges esleus à donner cest ordre^ estoyent le cardinal Contarin, tant estimé par tout, et qui est assez cogneu en Alemaigne, où il avoit esté légat au temps de la grande controverse en la religion; y estoi taussi le cardinal Théatin, qui depuis a esté pape, surnommé Paul quart, qu'on estimoit des premiers de l'Eglise en intégrité de vie, et sublimité de doctrine ; les cardinaux Sadolet, et Paul d'Angleterre y estoyent aussi, dont il n'est besoin parler, pour estre assez cogneus par tout, avec cinq autres grands personnaiges esleus comme les plus sufiBsans qui fussent à Rome. Ces seigneurs, après avoir ensemble conféré, donnèrent leur advis, qui est publié par tout, contenant au premier poinct qu'en l'usage et administration des clefs, c'est à dire, de la puissance de l'Église, ne se pouvoit ny ne devoit riens prendre sans contrevenir directement au commandement de Dieu et décrets des conciles. Et toutesfois ny le pape Paul tiers, qui avoit demandé cest advis, avec tant de conjurations et fulminations, n'en feit autre chose ; ny le pape Paul quart ne tint compte de restablir ce qu'il avoit estimé estre si sainct et nécessaire du temps qu'il estoit cardinal. Je laisse ce que sainctBemard et autres saincts personnaiges en ont dict, et diray seulement que, si nous ne prestons autrement le cueur et la main à extirper ceste racine qui est mère de tous maux ,queJésus- Christ, qui est autant puissant qu'il fut onques, descendra du ciel ,et reprendra le fouet pour nous chasser du temple, ains qu'il feit les marchans. Le troisiesme préparatif est de confesser no$ faultes, qui est la première partie de la guérison, en faisant indiction de jeusnes publics, comme au vieil Testament et ancienne église estoit accoustumé de faire, lors qu'il y avoit apparence d'une grande calamité publique, comme peste, famine et guerre, où maintenant tous ces maux sont concurrens. Car quelle plus grande peste y pourroit-il avoir que celle qui tue les âmes, ny plus grande famine que de la parole de Dieu ; ny guerre plus cruelle que la corruption de la pure et saincte doctrine, qui nous veult aliéner de Dieu nostre roy, et faire perdre ce grand royaume, auquel sommes appe-

DE TESTÂT DE LA RELIGION

lés par le bénéfice de Jésus-Christ? Il fi&iilt doncques recourir aux armes accoustumées des anciens, qui sont jeusnes publics, oraisons et larmes. Et sur tout prendre le glaive de Dieu qui est sa parole, dont maintenant nous n'a- ▼OQS plus que la gaine, c'est-'à-dire l'extérieur; •t ne penser plus que les mittres, crosses, rochets, chapeaux et thiarcs, qui estoyent anciennement introduits pour accompaigner l'intérieur, qui est la doctrine et bonne vie, et pour nous rendre par là plus admirables, soyent pour nous garantir du m^ris du peuple puis que l'intérieur n'y est plus, et qu'il n'y a que le masque extérieur. Et nous fault proposer devant les yeux ceste horrible sentence : que la coignée est mise à la racine, et que tout arbre qui ne portera bon fruict^ sera coupé.

Le quatriesme préparatif est que, en attendant leconcile,les séditieux soyentcohibéset retenues en sorte qu'ils ne puissent altérer la tranquillité et repos des bons, et prendre ceste maxime indubitable, qu'il n'est permis de prendre les armes pour quelque cause que ce soit, sans le ▼Quloir,commandementetpermission du prince, qui ai est seul dispensateur. Jeledy pour les piteux exemj^es naguères advenus^et dont de jour à autre en avons nouveaux advertissemens. D'une part s'est veu le tumulted' Amboise soul)$ oouleur de présenter une confession, au lieu où l'on devoit venir en toute humilité; d'autre part, y a eu des prescbenrs, lesquels, pour extirper les protestans, vouloyent faire eslever le peuple, soubs couleur d'une saincte sédition, comme «Ml y avoit rdigion qui permist que pour la planter ou retenir il fust permis d'user de sédition.

Ainsi, des deux coslés y a eu de la faulte, comme cy-devant ont esté tués des hommes soubs couleur qu'ils estoyent protestans ; au contraire, on a forcé les juges et violé la justice ordinaire pour faire délivrer des prisonniers protestans ; et ainsi soubs ce masque de religion, plusieurs ont usurpé l'authorité du magi^at de prendre les armes, ce qui ne leur est aucunement licite, ains défendu à tous. Car la fin de la loy est \ivre selon Dieu, et n'offenser personne , et la fin des armes est de faire quekloysoitobéye. Le roy doncques estant conservateur de la loy ainsi ordonnée de Dieu, par conséquent est seuldi^nsateur des armes, qui luy «on baillées pour punir les contreve-

nans à la loy. Par quoy, pour conclusion, celuy se fait roy qui les prend de son authorité, et n'estant ordonné de Dieu pour tel. Il s'ensuit que tout le monde luy doit courir sus, comme celuy qui contrevient à l'ordonnance de Dieu, qui est Testablissement du roy. Pour parvenir à cest affaire les baiUifs etsénescbanx ont commandement de faire résidence es lieux de leur charge, et les gouverneurs de visiter leurs gouvernements, à fin que, comme estans envoyés du roy, ils empeschentque soubs quelque couleur que ce soit lesarmesne soyent prises par autres que ceux à qui le roy commandera. De ce que dessus appert que le premier lien pour retenir l'obéissance du roy est d'establir la religion avec telle modération que nul n'en puisse abuser pour exécuter ses passions contre Tauthorité et but de la loy, qui est d'obéir à Dieu et au roy.

Pour venir au second poinct qui concerne le peuple obéissant, le vray moyen de le retenir est d'ouyr les plainctes qu'il peult faire, en appliquant tel remède que le mal le requiert. En quoy il y a différence entre les plainctes publiques et privées ; car si les plaintes estoieat faictes de privé à privé, je confesse qu'il seroit aisé d'y pourveoir par l'establissement des juges qui sont si bien ordonnés que le roy mesme se rend subjectaux loix qu'il exerce envers son peuple. Mais quand elles sont générales et regardent la seureté et l'altération de Testât, il faut nécessairement recourir aux anciennes ordonnances, sur lesquelles l'estat est fondé, qui n'est autre chose que les trois ordres que nous appelons les estats, à fin que chascun ayant proposé par ensemble ce qui tend à difformation, et consulté les remèdes qui sont propres, le roy pour Tamour naturelle qu'il porte à ses subjects, ordonne ce que justement est requis à l'honneur de Dieu et à la satisfaction d'un chascun : de quoy dépend la bénévolence que tous luy portent, et le contentement qui luy doit demourer, en ce qu'ayant obéy à sa vacation envers Dieu, il a retenu le gré des hommes. Et en ceste sorte, il conserve non-seulement le nom de roy et les qualités qui en dq)endent, mais encores il peult commander sans armes, puisque labénévolence des siens les induit à plus faire de gré que la contraincte ne pourroit exiger par force. Agis, le roy des Lacédémoniens, disoit que le roy pouvoit régner sans armes, quand il comman*

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ET RÉPUBLIQUE, LlV. IIL

doit aux siens comme le père à ses enfants.

Or, pour monstrer que les plainctes sont de telle nature qu'elles requièrent estre ouyes et examinées en rassemblée des Estats, je toucheray celle qui est générale que les surcharges extraordinaires imposées sur le peuple sont creues et multipliées de sorte que non-seulement il ne peult plus porter ce grand faix, mais encores ne peult satisfaire aux anciens devoirs. N'est-ce pas plaincte digne d' estre traictée aux Estats? Si le roy au contraire veult faire entendre la calamité des guerres qui ont si longuement duré, les despenses qui s'en sont ensuyvies, la faulte des finances et les grandes debtes qu'il a trouvées à sonadvénement à la couronne, n'est-ce pas propos digne d' estre monstre aux Estats, puisque la plu^rt du peuple d'un costé fait ses doléances, et que d'ailleurs la nécessité demoure telle qu'on ha plus de désir de le soulager que de pouvoir promptement l'exécuter? Et mesmcment que vouloir ouyr la plaincte des affligés est commencement de consolation, et faire démonstration de les vouloir relever d'oppression est une bonne partie de la guérison, laquelle pour le moins les garde de tomber en désespoir et de chercher mutation.

Si le peuple remonstre que le roy doit vivre de son domaine, faire la guerre des aydes et payer la gendarmerie des tailles, lesquelles à cest effect furent cy-devant accordées ; et que le roy au contraire face cognoistre qu'il a trouvé le domaine de la couronne quasi aliéné, la phispart des aydes engagées, et néantmoins demouré chargé de despenses accoustumées, et de debtes in&iies, pour obtenir avecque le gré du peuple que les charges estans aucunement diminuées continuent encores pour quelque temps, en attendant qu'on art exécuté les moyens qu'on invente et practiqué tous les jours pour ravoir le domaine, et descharger les aydes, pour ce pendant empescher que les subjects ne se soustrayent de l'entière obéissance qu'ils doKrent à leur roy, et les rendre de ce feict capables, y-a-il autre moyen que d'as- "sembler les estats?

S'il est par nécessité besoin de retrancher les despenses du royaume, et que ceux qui en ont la charge ne le puissent exécuter sans se attirer une envie incrédible, procédant du mescontentement de ceux qui ne se soulcient si la twofse du roy est vuide, pourveu que la leur I

soit pleine, comment se pétilt-i( tnleux né plus seurement exécuter que par l'advis de grande assemblée, puis qu'autrement peu de gens ne le peuvent faire? U faut doncques que se soit aux estats.

Si le mescontentement se trouve en tant de gens que tous les jours on cherche moyen d'altérer la seureté de Testât, ne sachant les uns en quelle disposition sont les affaires, ny le fonds des finances du roy , les autres abusans de ce prétexte pour mouvoir les simples à séditions , pour contenter les bons, et fermer la bouche aux mauvais, y-a-il remède plus prompt ny plus rcccvable que de faire entendre en pleins Estats comme toutes choses passent, puis qu'il est permis là de s'enquérir et y sçavoir la vérité?

Si les premiers ministres du roy sont calomniés comme autheurs et causes de tout le mal passé, et qui peult advenir, comme ceux qui tournent toutes choses à leur advantage, et font leur profit particulier de la calamité de tous, ya-il autre moyen pour se nettoyer de tous souspecons que de faire entendi» en telle assemblée en quel estât Ton a trouvé le royaume, comme il a esté administré, et comme ceux qui sont asseurés d'avoir bien versé ne veulent fuir la lumière , ains sont appareillés d'en rendre' si bonne raison qu'on aura cause d'en estre satisfeict?

Brief, s'il y a crierie publique soubs quelque couleur que ce soit, ou peidt-eDe estre mieux ouye qu'en assemblée générale? Et si elle est juste , d'où peult procéder le remède plus asseuré que cehiy qui sera consulté et trouvé bon par tant de gens? Et si elle est faulse, où se peult mieux effacer le souspeçon que là? Car autrement advient que bien souvent les opinions , encores qu'elles soyent fadses, s'insinuent en la teste des hommeà et les occupent si avant que h vérité aprèsn'y peult entrer. Par quoy les remèdes de les dissuader sont propres quand devant tout le monde on leur monstre qu'ils ont esté mal persuadés.

Il y a une autre considération de nécessité qui dérive des inconvéniens qui peuvent advenir, quand en ces difficultés on ne s'aide des remèdes ordinaires. En premier lieu, le roy en ses loix et commandemens n'est obéy, qui esX un des plus grands présages de sédition qui puisse estre considéré ; car d'autant que le peu-

DE L'ESTAT DE LA RELIGION

pie tf est escouté en ce qu'il dit estre grevé, il vient à perdre peu à peu l'espérance d' estre soulagé. Et finalement tombe en ce désespoir de se soustraire des charges qu'il portoit, sans révérer ny le commandement du roy, ny l'authorité de sa justice ; ains se dispose à tout ce qu'il peult advenir, prenant pour maxime qu'il ne peult pis avoir que la mort qui mettra fin à ses malheurs.

Les mal-contens d'ailleurs, voyant le peuple mal édifié, procurent de l'aigrir d'avantage par faulses persuasions, dont ils s'aident, remettans toute la coulpe sur le gouvernement qu'ils disent estre mal conduict , et, sous prétexte de quelque occasion qui semble avoir quelque couleur de vérité , ils y adjoustèrent une infinité de mensonges qu'ils font divulguer par les placars, libelles fameux, lettres sans nom d'autheur, et par autres moyens obliques. Ce qu'ils peuvent d'autant plus aisément persuader que le peuple estant ulcéré reçoit volontiers ce qui est conforme à sa passion; et les plus simples qui n'en* tendent le fond des affaires du roy se laissent aller à croire ce qui est divulgué par tout.

De là procède par degrés que les uns abusans du nom de religion violent l'authorité de lajustice, contreviennent auxédits du roy, for* cent les juges et font tous actes de rebelles; les autres, soubs confiance d'impunité, font assemblées réprouvées, tiennent les champs, foulent le peuple, et commettent une infinité de maux, et rejettent après la cause de tout le mal sur le faict du gouvernement, voyant que plusieurs s'en plaignent ; dont il s'en suit que les plus desbordés et téméraires parlent ouvertement, et les plus malings osent bien faire pracUques avec les princes et nations estranges, et ce pendant asseurent le peuple de liberté, ou d'autre mutation, selon qu'ils voyent qu'il y est plus disposé.

U n'est jà besoin de particulariser ce qui est dict en général pour estre chose notoire ; seulement adjousteray que si une province de ce royaume venoit à s'exempter des tailles et charges accoustumées, comme l'on en voit signification en quelques parts, il y auroit danger que les autres pays ne suyvissent leur exemple. Pour le moins, les deniers qu'on recevroit d'ailleurs ne seroyent suffisans à mettre forces pour réduire à la raison ceux qui seroyent refusans ; et mesmement que le feu estant une fois

allumé, pourroit saulter de lieu en autre, et finalement s'étendre par tout.

Parquoy, pour éviter si grand mal et si prochain péril, il semble en toutes sortes estre nécessaire d'assembler les estats. Et quand ores les causes des nécessités dessus discourues cesseroyent, encores l'utilité de convoquer telle assemblée est si grande que tout le monde la doit désirer. Car que peult-on plus souhaiter pour apprendre un jeune roy à régner, que de luy faire entendre par le menu tous les affaires de son royaume, d'examiner les meurs de son peuple, et cognoistre ce qu'il fait pour luy, et ainsi se former à mesurer la despense ; en sorte qu'il s'y porte comme le bon pasteur, lequel tond son troupeau doucement, sans autrement l'offenser, et qui prend par là une reigle d'éviter toute superfluité et luxe, voyant que ce qui sort de sa bourse hors son domaine est la substance et le sang de son pauvre peuple que Dieu a mis en sa garde et protection. De là procédera une bonne et saincte éducation, qui après produira bonnes mœurs^ et après s'ensuyvra la bonne fortune, laquelle accompaigne communément les meilleurs, et finalement s'acquerra ce grand nom de père du peuple, duquel la mémoire du roy Louys douziesme est plus célébrée et reluit pour exemple à toute la postérité que toutes les conquestes et victoires de ceux qui ont esté auparavant.

L'autre utilité est que le peuple françois ayant entendu les nécessités de son roy, et mesmement quand elles ne procèdent de son faict, n'a jamais reculé de luy subvenir de tout ce qui a esté en son pouvoir, ce que ceste nation sur toutes autres à tousjours démonstré. Parquoy l'on doit bien prendre garde que ceste promptitude et débonnaireté ne soit si mal receue et si souvent offensée qu'à la fin elle ne se convertisse en rage et désespoir.

Ces utilités sont conjoinctes avec une grande honnesteté, en ce que le roy sur ses commencemens de son règne reprend l'ancienne observance et coustume, à quoy tout homme sage aura tousjours recours, quand il verra la corruption avoir tant gaigné, que les loix ne retiennent plus leur vigueur. Car combien que le roy soit seul autheur de la loy, et qu'à luy seul appartienne de commander, toutesfois, ce qu'il ordonne en telles assemblées ha plus de force, et le peuple s'y rend d'autant plus obéis-

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sant qu'il voit ceste ordonnance estre conforme à Fadvis de plusieurs ; où, quand peu de gens y ont esté appelles, on vient à interpréter que la loy a esté forgée selon la passion d'aucuns, et sans examiner les raisons que eussent peu alléguer les absens, s'ils eussent esté ouys.

«En ceste sorte la maison de France s'est maintenue environ unze cens ans, et n'y a royaume bien ordonné qui ne suyve ceste ancienne et saincte coustume d'assembler les estats, comme l'on voit à l'Empire où l'on tient les diètes; et d'ailleurs, aux royaumes d'Espaîgne, d'Angleterre, d'Escosse, Dannemarcb, Suède, Bohème, Hongrie, et partout ailleurs, qui est une autre considération qui doit estre poisée. Car puisque tant de rois se trouvent bien de telle observance , et estiment ne pouvoir autrement maintenir leurs estats, l'on ne se peult honnestement départir de ce que nous avons si long temps gardé.

«Reste àrespondre à ceux qui ne peuvent trouver bonne telle assemblée, allégans que c'est chose dès long temps discontinuée, qui tend à diminution de l'authorité du roy , et qui surtout est dangereuse en temps de division. Si ceux qui mettent en avant la diiscontinuation de convoquer les estats, examinoyent les mauk et les biens qui en sont depuis provenus, certes ils trouveroyent que si telle observance eust eu lieu, l'on ne fust tombé en tant de calamités que nous voyons en ce temps, d'autant qu'on n'eust permis la corruption procéder si avant, sans y remédier en tout ou en partie. Car tout ainsi que, par intermission des conciles, en l'Église s'est accumulé le comble du désordre que Ton voit nous menacer de grande mutation', ainsi la discontinuation des estats a ouvert la porte à toutes inventions mauvaises, lesquelles sont augmentées de sorte que le seul moyen d'y remédier est de reprendre l'ancienne forme de nos majeurs, qui est d'assembler les estats.

« Ceux qui adjoustent que l'authorité du roy seroit diminuée me semblent ne cognoistre point le cueur des François, qui a tousjours faict pour son roy ce qu'il a peu; et d'en requérir plus, ce seroit injustice, et de l'exiger, impossibilité. C'est doncques establir l'authorité du roy et non pas la diminuer de leur proposer choses justes, puisque, sans violer le nom du roy, l'on ne peult faire autrement, et par là d'attendre XVJ" siÀcLi, La PI. et La PL

l'octroy de tout ce que le roy veult, puis qu'il a si bon peuple qui ne luy refuse riens.

« Et si l'on réplique que le roy se bride de n'avoir riens sans le consentement du peuple > je respons que puisque sans assembler les estats et sans entendre les raisons qui meuvent le prince à croistre les charges anciennes, le peuple a cy devant obéy, et sans contradiction , que devra-il faire quand il sera persuadé que la cause de la demande faicte aux estats sera trouvée juste?

« Si l'on persiste à dire que par là le peuple seroit juge s'il y auroit justice à ce que le roy demanderoit. Ton peult adjouster que , entre tant de gens assemblés, la pluspart tend au bien commun, et que le peuple est capable d'entendre ce qui est à son profict, et partant y consentir, puis que la voix du peuple est communément celle qui est approuvée de Dieu.

« En ceste sorte ont régné ceux qui ont esté auparavant dont les plus renommés ont eu tant d'esgard à contenter le peuple que, sans creues et autres surcharges, ont plus faict que nous n'avons depuis avec toutes les inventions qu'on a peu trouver pour espuiser le peuple. En quoy pour l'heure je ne me départiray de l'exemple de ce bon roy Louys douziesme, lequel, avec son revenu ordinaire, força et print tout l'empire des Vénitiens, excepté le seul corps delà ville, conquesta le duché de Milan, et donna terreur à toute l'Europe, où nous depuis, ayans faict preuve de tout ce qu'avons peu inventer pour exiger deniers, à peine avons-nous peu retenir une seule ville conquise sur nos ennemis.

« D'advantage l'on voit que la facilité d'obtenir et trouver trop aisément deniers nous rend faciles à faire trop de despenses, où nous mesurans selon nostre revenu, nous eussions retenu le cueur d'attenter sur les estats d'autruy, et les mains de fouiller si avant es bourses du pauvre peuple, dont à la fin n'avons tiré autre fruict si n'est que les nations estranges ont triomphé de nos escus, ne nous laissans que l'exemple de leurs vices.

« Aucuns ont voulu mettre en avant ce qu'advint du temps du roy Jean, où les estats réduirent le daulphin à prendre plusieurs partis indécens. En quoy je me pourrois contenter de dire que, entre tant de proficts qui sont procé- ' dés de l'assemblée des estats l'espace de plus de

DE L'ESTAT DE LA RELIGION

fl6â0]

mille ans, c'est un foible argument de vouloir rompre telle observance pour un inconvénient une fois advenu ^ car de là s'ensuy vroit qu'on devroit oster les parlemens et autres magistrats, pour autant que parfois il s'est trouvé des juges lesquels ont malversé. Mais pour autant que Ton fonde Tinconvénient qui advint lors sur la division, concluant par cest exemple qu'il est dangereux de faire telle assemblée en temps de division, comme seroit au nostre, Ton peult aisément respondre qu'il y a grand' différence entre une division desjà commencée et ouverte, ou celle que l'on craint qui se fasse. Comme au premier cas estoit celle du temps du roy Jean, auquel le roy estant prisonnier, le peuple sans chef, et la guerre continuant contre les Anglois, qui avoyent esté en tout victorieux, la division estoit telle, que ceux des grandes villes tenans un party, et estans soutenus parles plus grands princes du royaume qui procédoyent de force ouverte , il estoit aisé à penser que la plus forte part acheminoit les affaires à sa dévotion. Ainsi n'est de merveilles si en telle calamité le royaume estant si afUigé et si divisé, le daulphin en l'absence du père céda à l'infélicité du temps , et à la violence de ceux qui estoyent les plus forts.

« Mais en cestuy-ci,où nous avons paix avec tous nos voisins, et le royaume demeure entier, où nul refuse obéir au roy, nul querelle son estât, nulles forces se peuvent descouvrir, lesquelles on ne peust aisément repouker , ains se trouvent seulement aucuns malins esprits qui veulent subvertir le peuple, soubs diverses couleurs et prendre par là occasion de piller, rober et s'enrichir de la pauvreté d'autruy , pour faire cesser leurs menées, et rompre entièrement leurs desseings et contenter le peuple. Le vray moyen est de faire entendre aux estats comme les affeiires sont traictés, les deniers dispensés, les nécessités qui nous ont réduict à ne pouvoir satisfiBiire à tous ceux qui demandent, le désir qu'on a de réformer l'Eglise, d'oyr et soulager tous les affligés, relever les opprimés, et entendre à toute bonne œuvre.

« Ce seroit doncques couper les racines de la division, non pas de celle qui est formée, car il n'eny apoint qui puisse produire grands effects, si l'on y entend d'heure, mais de celle qui se pourroit brasser, laquelle aisément pourroit croistre, si par remonstrances faictes es estats, ^icts, loix et pragmatiques, n'y est obvié,

comme il se feit du teolps du roy Charles buictiesme, où le royestant moindre de quhUxrze ans, et les contentions pour le gouvernement estans telles qu'on vint jusques aux armes, néantmoins les estats, après avoir recogneu leur roy, luy supplièrent en toute humilité d'entendre à ce qu'ils luy remoostroyent pour le bien de son royaume, sans user d'un seul terme qu'on peust interpréter porter contra'mcte.

«Dont par plus grande raison ils se porteront maintenant en mesmes dévotion, estant le roy hors de minorité, accompagné de la roine sa mère, de tant de princes du sang, de Testât de l'Église et de la noblesse qui ne vouldroyent tous espargner chose qui soit en eux, jusques à b dernière goutte de leur sang, pour la conservation de l'authorité du roy qu'il a pieu à Dieu leur donner, sans craindre les folles machinations de ceux qui ne vouldroyent cheminer droict ; dont la foiblesse et la mauvaise cause nous doivent asseurer que leurs efforts ne sont grandement à craindre ny à doubter, s'il y est bien tost pourven par l'assemblée des estats. *•

Le lendemain, qui fut le 24, tout le reste de la compagnie opina au mesme lieu et à mesme heure; et le commencement fut par l'admirai, et la fin par le cardinal de Lorraine.

L'admirai dict qu'il avoit voulu faire signer les requestes qu'il avoit présentées au roy le premier jour de l'assemblée ; mais qui luy fut respondu que s'il plaisoit au roy, qu'ils les signeroyent en petit ou en grand nombre, voire se présenteroyent eux-mesmes à Sa Majesté en nombre de cinquante mille pour le moins. Au demeurant qu'il ne se pouvoit trouver entre les hommes une chose plus desloyale ny plus dangereuse que de voir que le prince se craignist de ses subjects, et qu'il fust cootrainct de prendre garde contre eux; et qu'en semblable les subjects eussent craincte et mauvaise opinion de leur prince ; et que c'estoit mal ad visé de nourrir un jeune prince en ceste craincte, et de donner telle occasion à sesdicU subjecu. Et poursuyvant là dessus son opinion, conclut à la réformation des abus de l'Eglise, que la garde nouvelle fust ostée an roy, et l'assemblée des estats généraux du royaume convoquée.

Les opinions des autres furent assez communes, au reste de celle du duc de Guyse et cardinal de Lorraine. Ledictduc de Guyse fonda I son opinion sur ceux qui avoyent parlé que

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(festoit mal ad visé de nonitir en eraincte le roy , disant que ce n'estoit aux snbjects de bailler nourriture à leur prince, mesmes aujourd'huy qu'un chascun scait qu'il est de soy nourri en toute plénitude de vertu; et que quand il défaudroit aucune chose, il avoit la roine sa mère pour vraye nourriture; par quoy ce hmgaige ne deust avoir esté ainsi tenu. Et que pour le regard du renfort de sa garde, i! n'en avoit jamais esté d'advis, sinon depuis que les subjects avoyent pris les armes contre hiy, ains contre aucuns de ses ministres ; car monsieur mon frère, dit-il, ne moy n'avons jamais offensé ou mescontenté aucun pour notre particulier, et si Ton a prins occasion de quelque mescontentcmcnt, ce a esté à cause de Padministration des affiiires du royaume, qui n'est autre chose que prendre directement Fes armes contre son roy, soubs prétexte de les prendre contre ses principaux ministres. Partant qu'il ne voyoit aucune raison pour laquelle la nouvelle garde du roy deust estre ostée. Et pour le regard de la religion, il s'en remet toit à ceux qui en cela estoyent plus doctes que luy . Bien asseuroit-il, que tous les conciles du monde ne luy sçauroyent dcstoumer ny changer Fancienne forme de fairedeses prédécesseurs, principalement quant au Sainct-Sacrement. Et pour le regard de l'assemblée des estats, il s'en remettoit à Sa Majesté,

Le cardinal de Lorraine fonda son opinion sur le contenu èsdites requestes présentées par l'admirai, disant qu'il n'y avoit rien moins de la fidélité et obéissance en ceux qui les avoyent feictes. Car bien qu'ils se dissent très obéissants, c'estoit toutesfois avec condition que le roy seroît de leur opinion et de leur secte, ou pour le moins qu'il l'approuveroit. Qu'il s'en remettoit à un chascun s'il estoit raisonnable que l'on fust plustost de Popinion de tels galands, que de Popinion du roy. Et quant à leur bailler tem pies et lieu d'assemblée, ce seroit approuver leur idolâtrie , ce que le roy ne scauroit faire sans estre perpétuellement damné.

Et pour le regard du concile général ou national, il n'y avoit pas grand raison puis que ce n'estoit que pour réformer les meurs des gens d'Église, veu que c'estoit chose qu'un chascun feroitde soy-mesme facilement par le moyen des admonitions générales et particulières qui jeur pourront estre faictes. Et que te surplus

de Pestât de la religion avoit si souvent esté arresté et conclu qu'il ne falloit qu'observer ce qui en estoit ordonné , pour ce que l'assemblée de tous les conciles du monde ne scauroit ordonner autre chose que Pobscrvation des précédens.

Et quant à ce qu'on avoit dict que les suppliants èsdictes requestes se trouveroyent en nombre de cinquante mille ou plus de leur secte et opinion, le roy leur en opposeroit un million de la sienne. Qu'il estoit aisé à un chascun de voir de quel zèle estoyent fondés tels supplians par les plaquars et libelles diffamatoires qu'ils produisoy ent tous les jours contre tout le monde , dont il en avoit sur sa table vingt-deux qu'on avoit feicts contre luy, lesquels il conservoit très curieusement, comme le plus grand honneur qu'il scauroit jamais avoir, d'avoir esté blasmé par de tels meschans, et qu'il espéroit que ce seroit le vray tesmoignage de sa vie pour le rendre immortel.

Il conclud que tels séditieux et perturbateurs du peuple et du royaume fussent griefvement punis, principalement ceux qui s'eslevoyent avec armes, comme ils avoyent desjà faict. Bien estoit-il d'advis que ceux qui sans armes, et de peur d'estre damnés, iroyent au presche, chanteroyent les psalmes, et n'iroyent point à la messe et autres particularités qu'ils observent , que puis que les peines n'y avoyent de rien servi jusques à présent, que le roy devoit défendre qu'on ne leur touchast plus par voye de punition de justice, estant très marry de ce que l'on y avoit procédé par exécutions si rigoureuses, et que si sa vie ou sa mort pouvoit en cela servir de quelque chose à ces pauvres desvoyés, qu'il Pexposeroit d'un très grand courage et très libéralement. Mais que les évesques et autres doctes personnages devroyent travailler de les gaigner et corriger selon PÉvangile : Corripe fralrem tuum inter te et ipmm.

Et que cependant les baillifs et séneschaulx fussent envoyés résider en leurs charges pour punir ceux qui portoyent armes, et les évesques et curés en leurs diocèses, pour administrer et prescher les autres, et que dedans deux mois prochains ils se rendroyent résolus et informés des abus de l'Église, pour en informer le roy, à fin de regarder la nécessité d'assembler un concile général ou national. Quant aux estats générauh du royaume, qii'il en estoit

DE L'ESTAT DE LA RELIGION

d'advis, afin de rendre résolu et paisible un chascun de la bonne administration que le roy fait des affaires de son royaume, et de leur faire voir au doigt et à l'œil la bonne espérance de mieux.

Le lendemain, vingt-cînquiesme, les chevaliers de l'Ordre opinèrent tous l'un après l'autre au mesme lieu et à mesme heure , où le paquet couroit bien' viste, et conclurent tous à l'opinion du cardinal de Lorraine.

Le roy et la roine sa mère remercièrent très affectueusement un chascun du bon conseil que leur avoit esté donné, promettant de le suyvre, et de se gouverner selon iceluy.

Ledict cardinal leur dict qu'il feroit faire l'arrest et conclusion pour le communiquer à toute l'assemblée, et le résouldre ; aussi qu'il feroit esbaucher le surplus des affaires qui avoyent esté proposées au commencement, pour les relever de peines, et pour pareillement en faire résolution en somme.

Il fut résolu le vingt-sixiesme que les estats généraulx du royaume seroyent assemblés, et que, en défault du concile général, il auroit concile national, après qu'il fut consulté lequel des deux devoit estre le premier, ou les estats ou le concile national, et du lieu où ils se'pourroyent tenir l'un et l'autre. Il fut conclu que les estats généraulx du royaume seroyent premièrement assemblés et mandés au dixiesme de décembre prochain à Meaulx en Brie , sauf si Sa Majesté avoit une autre ville plus aggréable ; et que les estats particuliers de chascune province seroyent premièrement tenus, afin que là il fust résolu de ceux qui se trouveroyent aux estats généraulx et des doléances qu'ils avoyent à faire.

Et parce que le pape , l'empereur et les princes chrestiens estoyent à plus près d'accord du concile général, le dixiesme janvier ensuyvant assemblée des évesques et autres se feroit, là part où le roy se trouveroit, pour de là envoyer au concile général, ou délibérer sur le national au défault du général. Que ce pendant les évesques se retireroyent en leurs diocèses , tant pour estudier et se préparer, que pour faire rapport des abus; et les gouverneurs, baillifeet séncschaulx , en leurs gouvememens, baillages et séneschaulsées , pour s'informer du tout, et tenir en office le peuple. Et sans qu'on procédast plus par voye d'aucunes punitions de jus-

tice contre aucuns, sinon contre ceux qui s'esleveroyent avec armes et feroyent les séditieux, retenant toutesfois la Majesté du roy un arrest mental en son cerveau pour punir et chastîer ceux qui seroyent vérifiés estre perturbateurs du royaume.

En quoy chascun peult juger quelle mutation et changement le temps apporte en peu d'heure, la liberté d'opiner ayant esté telle recene et approuvée en la présence du roy pour le faict de la religion, conciles et estats, ei toutesfois peu auparavant punie et réprouvée.

Ce qui peut entre autres occasions inciter ledict cardinal de faire ceste réserve de l'arrest par luy appelé mental , fut pour ce que la Sa* gue, dont nous avons parlé , estant audict lieu de Fontainebleau, le lendemain qu'il y fut arrivé alla trouver un gentilhomme nommé Banna, qui avoit esté auparavant sergent major à Cazal, auquel il dict qu'il avoit rencontré à Orléans le capitaine la Roche, enseigne de la compaignie colonnelle en Piedmont, qui Tavoit asseuré de la bonne volonté qu'avoit iceluy Banna de faire service au roy de Navarre, et qu'à son retour il l'emmeneroit avec luy. L'enhorta de ne s'amuser à faire la court aux sieurs de Guyse , desquels il ne tireroit aucun bien ; qu'il y avoit une entreprise contre eux, à laquelle le roy ny eux, quand mesmes ils en seroyent advertis, ne sçauroyent remédier, dont il vint à luy déclarer et spécifier quelques choses. Quoy entendu par ledict Banna, il alla incontinent en faire récit au mareschal de Brissac, qui luy conseilla d'aller trouver le duc de Guyse, ce qu'il feit. Et luy ayant faict entendre qu'il y avoit à luy dire chose qui luy importoit de la vie et de Testât, luy déclara tout ce que luy avoit appris ledict la Sague.

Lors le duc de Guyse luy commanda de le ■ tenir secret, et entretenir tousjours la Sague; le pria de le faire cognoistre au sieur du Croq, premier eschançonde la roine sa niepce, lequel en ayant eu la cognoissance, et ayant prins le meilleur et plus viste courtaut de l'escuyrie du duc de Guyse, faillit de le prendre au sortir de Fontainebleau, pource qu'il partit de nuict, et qu'en mesme instant le sieur de Malicome, qui couroit en poste, fut suyvi par luy au lieu dudict de la Sague. Fut à ceste cause envoyé ledict premier eschançon pour l'atteindre à Estampes par où il devoit passer , ce pendant

ET RÉPUBLIQUE, LIV. IIL

qu'il séjourneroit k Paris pour prendre ses despesches. Ce qui fut si bien exécuté qu'il fut par ce moyen pris à la poste dudict Estampes, et de là ramené à Fontainebleau. Lesdicts sieurs de Guy se louans Dieu de ce que Ton avoit failli de l'attraper au partir dudict Fontainebleau, pource qu'il n'avoit lors autres lettres que du c<Hmestable et du mareschal de Montmorency, et quelques autres quasi toutes d'un mesme argument, remercians le roy de Navarre et mon • sieur le prince de Condé de l'honneur qu'ils leur avoyent fieiict de leur rescrire, et de vouloir scavoir par eux des nouvelles de l'assemblée, qui avoit esté fort belle, et où ils avoyent esté désirés de tous, finalement qu'ils luy estoyent humbles serviteurs. De façon qu'on n'y trouvoit que mordre.

Mais ils furent bien plus contens d'une lettre du vidame de Chartres escripte de Paris audict sieur prince de Condé, par laquelle il luy mandoit qu'il luy estoit serviteur, et que s'il faisoit entreprinse digne pour le service du roy, qu'il y employeroit la vie. Ceste lettre veue, sans autre charge, fut incontinent despesché en poste le séneschal d' Agenois , accompaigné du prevost de l'hostel , avec lettres adressantes au président de Thou , pour luy aider à se saisir de la personne dudict vidame, ce qu'il feit dès le lendemain , qui estoit le vingt-septiesme d'aoust, qu'il l'amena prisonnier dans la Bastille.

Incontinent après ledict Banna fut confronté audict la Sague, lesquels du commencement ne se trouvèrent d'accord ; mais enfin il dict que le roy de Navarre et monsieur le prince de Condé, accompagnés de grandes forces du pays de Guyenne, devoyent, soubs couleur de venir voir le roy, passer à Poictiers, Tours et Orléans, villes qui estoyent à sa dévotion, et que jusques à Poictiers iroit au-devant de luy le sieur de Damville second fils du connestable, avec cinq ou six cens hommes d'armes. Que le connestable tenoit la ville de Paris en sa main, et la toumeroit tousjours à son désir quand il en seroit besoing. Qœ le duc d'Estampes respondroit de Bretaigne, le comte de Tende de Provence, les sieurs de Sénarpont et Bouchavanes de Picardie, et qu'estans les choses ainsi disposées, « le roy, les princes et seigneurs ne pouvoyent estre maistres et avoir raison de ceux de Guyse, qu'ils feroyent leur amas et assemblée à Or-

léans qui estoit le nombril du royaume, et ne cesseroyent jamais qu'on ne feist le procès auxdicts de Guyse.

Quatre jours après la prinse delà Sague, vindrent nouvelles de l'abbé de Savigny , lieutenant du mareschal Sainct- André au gouvernement de Lyon, faisant entendre comme il avoit descouvert et rompu l'entreprinse de l'aisné Maligny , de mettre forces et gardes dans la ville de Lyon , soubs prétexte d' y donner seur accès à tous les subjects du roy et y tenir l'assemblée des trois estats. Ledict abbé eut pour récompense dudict advertissement l'archevesché de Arles.

Ces troubles furent cause que le roy partit de Fontainebleau, et vint à Sainct-Germain, comme en lieu de plus grande seureté, et devant que partir, le cardinal de Chastillon et admirai obtindrent congé de la roine d'avertir madame deRoye leur sœur de ce qu'on imputoit à monsieur le prince son gendre, et comment le lendemain que la Sague avoit esté amené audict Fontainebleau, ÎSa Majesté avoit despeschéle comte de Cursol vers le roy de Navarre, pour le prier de mener son frère à la cour pour se justifier des choses à luy imposées, l'asseurant que s'il y venoit ne luy seroit faict mal ny tort quelconque, à fin que si ladicte dame de Roye le pensoit innocent, elle luy aidast à le persuader d'y venir, comme aussi le cardinal de Bourbon son frère y estoit luy-mesme couru en poste à mesme fin.

Ladicte dame de Roye, de ce advertie, escrivit pour response qu'elle estoit certaine de l'innocence dudict sieur prince son gendre , et qu'il n'avoit jamais faict ny pensé chose qui fust contraire au roy, et qu'elle ne devoit croire les sieurs de Guyse ses ennemis. Que c'estoit chose dure de presser un prince du sang de venir en lieu où ses ennemis commandassent. Et après que lesdicts frères eurent faict voir ladicte response à la roine, prindrent congé, et se retirèrent en leurs maisons.

La roine print son chemin par Monceaux, où ladicte dame de Roye luy envoya une lettre par un gentilhomme, contenant qu'elle pensoit bien que monsieur le prince luy estoit si obéissant parent et serviteur qu'il obéiroit à son commandement de venir à la cour. Mais d'autant que lesdicts sieurs de Guyse ses ennemis y estoyent, la prioit de ne trouver estrange s'il y

DE LESTAT DE LA RELIGION

venoit mieux accompagné qu'il n'avoit accoustomé d'estre. La roinc s'offensa de ceste lettre, et luy respondit qu'il trouveroit le roy mieux accompagné que luy, et que ce n'estoit où il folloit Tenir fort qu'au lieu ou estoit le roy son maistre.

Ce pendant le président de Tbou et autres délégués interrogèrent ledict vidame tenu estroictement ( combiai qu'il fust malade ) jusqoes à ne vouloir permettre que sa femme parlast à luy à part, ne qu'elle s'enlermast en prison avec luy pour le servir, comme elle poursuy voit instamment. La response du vidame fut tousjours que sa lettre ne parloit d'aucune entreprinse qui ne fiist pour le service du roy et son commandement, et qu'il estoit parent, ami et serviteur du duc de Guyse, mais que les princes du sang alloyent devant. Et que si le duc de Guyse avoit querelle particulière au roy de Navarre et monsieur le prince de Condé, qu'il employeroit tousjours la vie pour eux.

D'autre costé, le prévost de l'hostel avoit esté despesché pour aller prendre prisonnier à Paris Robert delà Haye, conseiller en la cour de parlement , et le mener à Sainct-Germain pour autant qu'il avoit intelligence des affaires dudict sieur prince de Condé.

Peu auparavant avoit esté aussi pris le sieur de Cany en sa maison , où ne furent trouvées que deux armures d'hommes d'armes, combien qo'on eust faict entendre au roy qu'il yen avoit grand amas. Et fut donné en garde au sieur de Genly, qui s'offrit de respondre pour luy corps pour corps.

Et pour les suspicions qu'on avoit des appellés huguenauds qu'ils faisoyent amas de gens de guerre, fat faict un édict par lequel forent faictes défenses à tous subjects, princes ou autres quelconques, de ne faire aucune levée de gens, bamois, armes, chevaux et deniers, et de non contribuer à aucunes desdictes choses , à peine d'estre déclarés rebelles de Sa Majesté.

Et adoncfut despesché monsieur le cardinal de Bourbon pour aller quérir le roy de Navarre, et ledict sieur prince de Condé ses frères.

Plusieurs processions générales publiées partout pour le bien du repos du royaume et conclusion de quelque bon concile ; et fat révoquée l'assemblée des estats de la ville de Meaux à Orléans, pour la craincte où l'on entra de ladicte ville d'Orléans : le mareschal de

j Termes député pour aller à Poictiers , accompaîgné de deux cens hommes d'armes , où l'on commença faire guet es portes jour et nuict.

La vigile Sainct-Michel le vidame présenta une requeste à l'Ordre, laquelle fat envoyée au cardinal de Lorraine, à cause de son estât de chancelier dudict ordre , pour lequel il falloit par les statuts d'iceluy qu'il en feist le rapport. La fin de la requeste tendoit à ce que , comme chevalier de l'Ordre , il ne fust jugé que par ceux dudict Ordre, et qu'on n'eust à kiy faire son procès ny le consumer en prison que pour les cas pour lesquels il mériteroit estre dorade dudict Ordre , craignant ledict vidame d'estre plus long temps prisonnier pour les autres lé^ gèretés de sa jeunesse qu'on luy voulust resveiller.

Sur ladicte requeste commença à opiner le connestable, comme le plus ancien duc de l'Ordre, et remonstra la longueur de justice tenue en France; que ledict vidame estoit d'ancienne maison, attouchoit de parenté à tous les princes du sang, luy estoit parent, fils de la fille de son cousin germain, et avoit faict maints bons services aux rois prédécesseurs ; qu'il estoit si indisposé de sa personne et de telle qualité , qu'un mois de prison hiy estoit à estimer plus long qu'à un autre d'autre eondition un an en* tier. Fut d'advis luy entériner sa requeste. Laquelle opinion fut suy vie presque de tous , non toutesfois sans altercation, le cardinal de Lorraine estimant que ledict connestable avoit voulu donner taisiblement entendre qu'injustice estoit faicte audict vidame. Et fut le débat venu plus avant, sans ce que le duc de Guyse pria son frère de se taire.

Audict jour Sainct -Michel farent créés dixhuict chevaliers de l'Ordre tout à une fois, qut n'avoit esté auparavant veu ny entendu, disant un chascun que lesdicts de Guyse avoyent procuré ceste création de chevaliers en tel nombre, pour se fortifier d'autant plus de personnes eslevées par leur moyen en ce degré d'honneur. Lors le connestable ne se peut tenir qu'il ne dist que l'Ordre estoit mis en désordre, et se retira chez luy. Entre ces dix-huict chevaliers, il y eut un Italien nommé Corneille Bentîvole , lequel avoit esté chargé d'avoir aidé au doc de Guyse de jetter un coffre à bahu sur monsieur François de Bourbon sieur d'Enguien, estant la cour à la Roche -Guy on, dont il mourut. De

qaoy kdict Bentivole s'estoit excasé envers le roy de IVavarre comme de chose advenue par jeu.

Le comte de Cursol estoit lors de retour du voyage qu'il avoit taXci par devers le roy de Navarre à Piérac, avec promesse de luy qu'il viendroit trouver le roy. Le cardinal de Bourbon arriva aussi peu après, qui donna pareille asseorance. Et après avoir entendu que le roy de Navarre estoit parti, et en chemin pour venir, vindrent à plusieurs fois nouvelles qu'il retoumoit , autrefois qu'il estoit malade , ou le contre£aisoit. Sur ce la roine donna commission au sieur de Montpesac,8éneschal de Poictou, lieutenant lors de la compagnie du duc de Guyse, pour aller à Poictiers , et y fermer les portes audict roy de Navarre et à son frère s'ik vouloyent y entrer. Le roy de Navarre ayant entendu ladicte commi66ion,manda ledict Montpesac pour de luy entendre la charge qu'il en avoit et de la part de qui. A quoi lui ayant dict qu'il avoit charge expresse du roy et de la roine de ce faire^ ledit roy de Navarre sur ce feit une despesche, attendant la response de laquelle il s'en alla à Lusignan, jusques à ce que , par la response à luy faicte, il eust entendu que ledict Mootpesac estoit désavoué de tout ce qu'il en avoit Caict , qui fiit cause qu'il passa par ladicte ville de Poictiers, où le receut ledict mareschal de Termes et ledict sieur prince son frère venu avec luy, lesquels furent conduicts par aucunes compagnies d'hommes d'armes secrettentent jusques à Loches. De quoy advertis , disoyent qu'ils s'assraroyent qu'ils n'avoyent rien attaité e&tïVce la Majesté du roy, et qu'ils mettoyent leur innocence entre les mains de Dieu seul, postposant tout le secours des hommes.

Le neufviesme octdMre, dont le lendemain le roy devoit partir dudict Sainct- Germain -en- Laye, la Sague gaigné advertit leduc de Guyse et k cardinal de Lorraine qu'ils verroyent et entéodroyent mieux la vérité de tout le faict dont on Pavoit faict enquérir, par la couverture des pacquets dudiet vidame qui furent prins avec hiy, pour autant que Fremin Dardoy, subject naturel du roy de Navarre, secrétaire du connestable, hay de ceux de Guyse ( tellement que pour l'amour d'eux la roine avoit requis ledict connestaUe de ne le mener en l'assemblée de Fontainebleau), luy avoit dict au partir qu'il flist à monsieur le prince de Condé qu'il n'ou-

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bliast à mettre dans un bassin plein d'eau les couvertures des pacquets qu'il portoit , et qu'il y liroit toutes choses par le menu.

Le secrétaire de l' Aubespine avoit de fortune gardé lesdictes couvertures, lesquelles ayans esté trempées dans l'eaue , fut cogneu qu'elles estoyent escriptes de la main dudict Dardoy. Il faisoit entendre audict sieur prince que le connestable persistoit en son opinion de ruiner lesdicts sieurs de Guyse pour leur faire leur procès, et forcer la roine et tout le monde d'endurer faire justice, sans pour cela prendre les armes ny faire aucune effusion de sang, pour ce qu'ils ne pourroyent résister à l'universel consentement de tous les estats du royaume ; mais qu'il sembloit à beaucoup de gens de bien que cela tireroit en longueur , et que, pour le faire plus court, s'il leur plaisoit estans arrivés à la cour de venir aux mains contre ceux de Guyse, qu'il se trouvoit de leurs serviteurs qui le feroyent hardiment, moyennant qu'eux accompaignés de tous les grands qui estoyent à leur dévotion voulussent faire le holà : et lors il fauldroit que le connestable le trouvast luy-mesme bcni , pour ce qu'il luy seroit force de le prendre aisément en patience. Qu'ils s'asseurassent que tes plus vaiUans hommes de ce royaume seroient de la partie.

Le roy partit le lendemain de Sainct-Germain et vint à Paris, où desjà estoyent arrivées les vieilles bandes mandées pour se venir trouver audict lieu, et furent mille hommes d'armes avec oe ordonnés pour le voyage; monsieur d'Anjou et madame sœur du roy, envoyés an chasteau du bois de Yincennes.

Le [roy, accompaigné du cardinal de Lorraine et du duc de Guyse, marcha avec ses gens de guerre en armes; et ainsi qu'il arriva à Artenay, Charles de Marillac, archevesque de Vienne, envoya un certain personnage pardevers madame de Montpensier, avec lettres de créance , pour luy dire en substance qu'elle avoit tousjours prorois de s'opposer aux entreprises pernicieuses de ceux de Guyse, si tost qu'elle auroit obtenu récompense de la succès^ sion de Bourbon , pour laquelle il luy avoit convenu dissimider, pour la puissance qu'ils avoyent de luy nuire. Mais maintenant qu'elle l'a voit obtenue , luy ayant esté baillés les pays d'Ombes et Beaujolois, elle ne se pou voit plus excuser, la nécessité estant telle que, ores que

DE L'ESTAT DE LA RELIGION

ladicte récompense fust à bailler , il ne faUoit plus différer , pour ce que depuis qu'il avoit prins congé d'elle à Sainct-Germain, il avoit esté certainement adverly qu'ils arresteroyent ledict sieur prince de Condé prisonnier dès son arrivée , et feroyent tellement observer le roy de Navarre qu'il ne le seroit guères moins que son frère, quoy que elle s'asseurast du contraire ; et qu'elle pouvoit bien penser que venant jusques à ce poinct , ce ne seroit pas pour après les délivrer, et que ayans disposé d'eux à leur désir, ils auroyentbon marché de celuy qui estoit cardinal et des deux autres qu'ils tenoyent pour endormis de deux gouvememens, l'un d'une poire de bon] chrestien , et l'autre d'une boite de codignac.

Que ladicte dame eust à se souvenir de ce que n'aguères elle luy avoit dict, que l'espérance des princes du sang estant une fois perdue, il ne falloit avoir son attente à la roine, spoliée de toute authorité par la dextérité desdicts de Guyse ; tellement qu'elle n'oseroit et ne pourroit leur faire résistance. Que partant il ne restoit plus qu'un seul remède propre et accoustumé en tels dangers, qui estoit d'avoir recours à l'union de la noblesse, en laquelle se trouveroit encores des La Hire, Potons, et semblables. Que le connestable, qui avoit grand'part en icelle , ne se vouloit aucunement remuer, remettant tout en l'espérance qu'il falloit avoir en Dieu qui y pourvoiroit, combien qu'il y allast du sien , ayans lesdicts de Guyse, tant par promesses que par menaces, faict dire à la Sague tout ce qu'ils avoyent voulu, jusques à luy faire déposer faulsement que Dardoy, son secrétaire, avoit esté par son commandement vers la roine d'Angleterre.

Mais ce nonobstant iceluy archevesque estoit d'advis que l'on envoyast audict connestable, pour luy faire entendre le grand péril auquel estoit Testât du royaume, el en particulier sa maison, d'autant que lesdicts de Guyse tenoyent pour crime de lèze-majesté de n'avoir révélé ce qui avoit esté conspiré contre eux, l'attribuant comme faict contre la personne du roy, encores que ledict connestable n'eust oncques consenti ny conseillé de s'addresser par voye de faict à rencontre d'iceux. Et où ledict connestable ne se vouldroit encores esmoavoir, qu'il fauldroit advertir la roine de Navarre de prendre garde soigneusement à la personne de

monsieur le prince son fils, et en oultre qu'icelle dame de Montpensier devoit donner ordre que son gendre le duc de Bouillon tinst ses deux maisons de Jannais et de Sedan ouvertes, pour y mettre en seureté les enfans dudict sieur prince de Condé, et y recevoir tous ceux que l'on pourroit surprendre et attrapper de la maison de Guyse, pour servir de représailles.

Et d'autre part despescher en AUemaigne vers les bienvueillans et* amis de la couronne, pour faire un effort tel qu'il feist penser à ceux de Guyse à leur conscience, le mal estant venu jusques là qu'il avoit besoin de cautère. Qu'il ne se falloit plus persuader ce que l'on avoit faict jusques icy, que les déponemens desdicts de Guyse seroyent cogneus tels, que à la pariin ils les précipiteroyent eux mêmes; car ils s'estoyent envahis de telle puissance et munis tellement de l'authorité royale, qu'il n'en estoit riens plus à espérer qu'une prochaine ruine et subversion, à laquelle ils marchoyent à grands pas, et devant laquelle il archevesque prioit Dieu de l'oster de ce monde, tant il portoit impatiemment et à regret de voir les armes à grand' peine retirées d'Escosse, avoir esté tout aussi tost mises au milieu du royaume , jusques à avoir faict armer le roy contre son propre sang, et ses plus fidèles et anciens subjects.

Ladicte dame de Montpensier ayant entendu ce propos, encores qu'elle fiist timide, feit donner conger audict personnage qui avoit parlé à elle pour aller aux bains d'Aspac au Liège. Lequel passant à Méru le jour Sainct- Martin ensuyvant, parla audict connestable, et peu y profita ; de quoy tirant en AUemaigne il advertit ledict archevesque de aVienne; lequel voyant les choses s'empirer, et non sans craincte de son particulier, tomba malade en son abbaye de Sainct-Père-lez-Melun, où il mourut le troisiesme jour.de décembre, aagé d'environ cinquante ans, qui fiit deux jours auparavant la mort du roy, de laquelle il sera parlé cy-après.

Ledict Marillac estant jeune advocat au Parlement de Paris, avoit esté contrainct s'absenter de ce royaume pour le faict de la religion , estant accusé d'avoir faict une apologie pour un luthérien qui avoit esté bruslé à la place Maubert. Il se retira avec un gentilhomme nommé la Forest, qui lors alloit à Constantinople ambassadeur pour le roy, où il Taccompaigna. Advint que ledict la Forest y fut tué, et ledict

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Marillac mis en son lien, où il s'acqaitta si bien au service dn roy que depuis il fut envoyé ambassadeur en Angleterre, et puis longtemps près l'empereur Cliarles-Quint, estant maistre des requestes de Thostel du roy, et puis conseiller de son conseil privé. Il avoit un frère plus ancien que luy , mort neuf ou dix ans auparavant, qui estoit advocat du roy en la cour de parlement de Paris, homme docte, éloquent et véhément censeur contre les vices du temps. Ils estoyent du pais d'Auvergne , et d^assez moyen lieu.

Le roy, dudict lieu d'Artenay, accompaigné comme dessus, fut jusques à Orléans, où les estais avoyent esté auparavant convoqués, pour y estre tenus , chascun disant qu'il s'y de<voit exécuter une grande rigueur de justice, dontlapluspart des villes, envoyant leurs délégués audict lieu, furent tellement intimidés que la pluspart des délégués refosoyent d'y aller, et ceux qui y allèrent faisoyent ce voyage en grande craincte, oyans parkr de ce grand amas de gens de guerre qui s'y trouvoit.

Le roy doncques arrivé audict heu y feit son entrée avec grand' frayeur et espouvantementdes habitans , et disoit-on que deux choses avoyent faict alleri le roy à Orléans : l'une, poorce qu'il y avoit assigné l'assemblée desdicts estais, lesquels il vouloit tenir avec main forte ; Fautre, de craincte que le roy de Navarre à sa venue ne se saisist de ladicte ville, laquelle fut à cesle fin choisie, et l'assignation auparavant baillée à la ville de Meaux pour ladicte assemblée des estais soubdain révoquer, comme nous avons dict cy-dessus.

Il fut lors délibéré et conclu que chascun seroit ccmlrainct de faire confession de foy, sdon les articles dressés par la Sori)onne l'an cinq cens quarante deux et vérifiés en la cour de parlement, sur peine de confiscation de corps et de biens. L'on estimoit que les principaux de ce conseil estoyent, avec lesdicts sieurs de Guyse, les mareschaulx de Sainct- André et de Brissac, et le cardinal de Toumon venu d'Italie, et lors arrivé par eaue à Orléans, où il fut &vorablement et honorablement receu. Et disoit-l'on que le cardinal de Lorraine s'estoit préparé pour bire la harangue des estais et avoit minuté tout ce qui y devoit estre ordonné.

Incontinent que le roy fut arrivé à Orléans,

XVI» SIBCLB, La PI. €t I^ Pl.

forent dressées gardes et sentinelles, tout .ainsi qu'il est accoustumé de faire axix villes craignans la venue de l'ennemy ; et fat de rechef mandé le roy de Navarre pour se haster et amener avec luy ledict sieur prince de Condé, son frère, avec lettres pleines d'asseurance. Une grand' salle éstoit dressée, faicte de charpenterie, en la place de l'Estape, pour en icelle estre tenus les estais.

Le roy estoit logé chez la chancellière d'Alençon, vefve du défanct chancelier et baillif d'Orléans, Groslot.

Et puis farent envoyés gens presque'par tous les cndroicts du royaume, principalement en la Guyenne, pour se saisir de ceux que l'on tenoil estre'plus souspeçonnés de ladicte religion, tant gentilshommes que autres, estant arresté de Csiire raser plusieurs maisons et chasleaux. Plusieurs commissions avec ce furent envoyées à Paris baillans pouvoir à diverses personnes d'entrer par voye de faict, et se saisir des personnes dénommées en certains rooles distribués à chascun de ceux qui estoyent à ce faire députés. Finalement, lajsurveille de Toussainctsy arrivèrent le roy de Navarre et ledict sieur prince de Condé. Au-devant desquels furent seulement messieurs le cardinal de Bourbon, leur frère, et de la Roche-sur- Yon, avec bien peu d'autre compaignie. Et estans entrés dans la maison du roy, soudain après l'avoir salué, les capitaines des gardes Chavigny et Brezay, qui avoyent la charge de s'asseurer dudict sieur prince, l'emmenèrent en une maison qui estoit marquée pour le connestable près les Jacobins, en laquelle il fat (quelque instance et requcste qu'en eust fait le roy de Navarre d'en respondre et le représenter) mené prisonnier estroiclement. El ainsi qu'on le menoit, se tournant vers monsieur le cardinal de Bourbon, qui estoit allé au-devant de messieurs sesdicls frères jusques àBlois, dict audict sieur cardinal: «Monsieur, avec vos asseurances vous avez livré vostre frère à la mort : dont il fut tellement contristé, qu'il n'eut recours qu'à ses larmes. La maison où ledict sieur prince fat mené prisonnier, fut aussi tost et en toute diligence ireillissée de barreaux de fer, fiancquée et percée, ainsi qu'est accoustumé de faire es maisons situées sur la frontière ; joignant laquelle avoit esté levé nouvellement un bastion pour la retraicte des gens de guerre à pied.

DE L'ESTAT DE LA RELIGION

Et quaiit au foy de Navân^e, aucmu personnages furent attiltrés podr prendre garde à l«y , et considérer ses aetions. Son ehancelier, nommé Amaury Bouchard Xantongeois, et nagnères maistre des requestesdeFhostel du ray,fot en mesme temps constitué prisonnier, et prins par le sieur de Jamac, chevalier de FOrdre.Lequel on amena avec sî grand soing et craincte de le perdre que l'on luy faisoit faire Fessay de tout ce qu'il mangeoit et prenoit, comme Ton fait aux rois et princes. Le décret de prinse de corps, en vertu duquel fut ledict sieur prmce constitué prisonnier, a voit esté proposé par le mareschal de Brissac, remonstrant que Paffaire estoit de telle importance, qu'il ne falloit recognoistre que le roy, et n'avoir respect à personne de qw^lque qualité qu'il fàst ; et là-dessus arresté et signé par le roy, les princes du sang estans lors auprès de kry , et le chanceher ; dont ceux de Guyse s'exen>ptèrent.

La diligence des sieurs de Carouges et de Renouart fiit grande ; car trente-six heures après que ledict sieur prince fut constitué prisonnier, il» se saisirent de madame de Roye, sa belle-mère, qui estoit au lieu de Anisi-le- Chastel, ensemble des papiers, dont le secrétaire Bruslard feit inventaire. La commission, pour la prendre signée et scellée, portoit que c'estoit pour les entreprinses et niachinations qu'elle avoit faictes contre la couronne : estoit mandé par icelle à tous capitaines et concierges de faire ouverture de leurs places et prisons pour l'y mettre, s'ils en estoyent par ledict Carouges et Renouart requis ; et fut ainsi ladicte dame menée prisonnière dans le chastean de Sainct-Germain-en-Laye. Et en mesme temps fut aussi constitué prisonnier Hiérosme Groslot baillif d'Orléans, chargé de négligences et connivences faictes en sondict estât, en la perquisition et punition des hérétiques, combien que peu auparavant il en eust esté purgé par arrest de la cour de parlement à Paris.

Le sieur d'Andelot, auparavant la venue dudiet sieur prince, remonstra qu'il voyoit bien qu'on avoit peu de fiance en luy, que les soldats desquels il estoit colonnel enayanscognoissance, et se sentans supportés d'ailleurs, ne luy rendoyent l'accoustumée obéissance; à Foccasion de quoy ayant prins congé du duc de Guyse, se meit avec quelques capitaines dans un basteau, et se retira en Bretaigne : et dict-

on que sans la craincte d'estonner ledict sieur prince, non eneores arrivé, il eust esté arresté. Sur ces entrefaictes , madame Renée de France, duchesse douairière de Ferrare, se retirant d'Italie en France, arriva audict Orléans, ou voyant que ledict sieur prince estoit prisonnier, dict à son gendre, le duc de Guyse, que si eUe y eust esté, elle Feust empesché ; et que ceste playe saigneroit long temps après, d'autant que jamais homme ne s' estoit attaché au sang de France, qu'il ne s'en fiist trouvé mal.

Le treiziesme jour du même mois, le chancelier, accompaigné du président Christophe de Thou, et de deux conseUlers de la cour, Barthélémy Faye et Jacques Viole, avec le procureur général Bourdin, mandé pour estre partie audict sieur prince, et le greffier civil du Tillet, pour servir de greffier à faire son procès extraordinaire, se transporta vers luy, pour Finterroguer sur aucuns articles qu'ils disoyent leur avoir esté baillés. Lequel en premier lieu leur remonstra sa qualité, et que procès ne luy pouvoit estre &ict que par le roy séant en sa cour de parlement à Paris, les chand)res assemblées. Et pour ce que nonobstant ce il luy fut enjoinct de passer oultre, il se porta pour appellant de son emprisonnement au roy, séant en sadicte cour, suffisamment garnie des pairs de France, et lesdictes chambres assemblées ; d'autant qu'il maintenoit qu'en ceste seule manière se devoit faire le procès à un prince du sai^, et non autrement.

Cest appel fut dès le lendemain déclaré non recevaMe par le conseil privé, lequel ordonna que ledict sieur prince respondroit; et suyvant ce jugement, lesdicts commissaires retournèrent par devers luy pour Finterroguer, ce qu'il ne voulut souffrir, ains appela d'eux, en adhérant à son premier appel, lequel fut derechef déclaré non recevable par autre jugement dudict conseil privé, sans oyr ny appeler ledict sieur prince auxdicts jugemens ; et appella autant de fois comme on s'efforça de le faire parler pour passer oultre à faire sondict procès. Mais autant de fois qu'il appella, autant de fois furent donnés des jugemens audict conseil de la mesme forme que les précédens. Et entre autres en fut donné un à la requeste dudict procureur général, par lequel fut dict que ledict sieur prince respondroit parde vant lesdicts commisçaires, sur peine de crime de lëze majesté,

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ET REPUBLIQUE, LIV. III

et néantmoins que les tesmoûoigs luy seroyent recolés et confrontés.

iÀ-desfius, madame la princesse présenta reqoeste au roy , le suppliant de distribuer pour conseil audict sieur prince son mari tels pei^ sonnages qu'il adviseroit ; qui luy fut accordé par brevet de ce expédié, signé de la main du roy et du secrétaire de TAubespine, portant injonction audict conseil (qui estoit entre autres Pierre Robert et François de Marillac, advocats au parlement de Paris) de se transporter incontinent en la ville d'Orléans. Ce qu'ayans fiiict, et après avoir eu communication du procès-verbal par les mains du greffier du Tillet, en la présence des commissaires et dudict procureur général du roy, et avoir supplié le roy de leur permettre de communiquer audict sieur prince, pour estre par luy instruits de la vérité du &ict. £t après aussi longues difficultés, leur fot finalement permis de ce faire, avec limitation toutesfois des propos qu'ils luy tiendroyent, le secrétaire Robertet et ledict grefiier du Tillet présens.

£ux vfflius en la présence dudict sieur prince, n déclara que combien qu'il cogneust lesdicts Robert et Marillac tels qu'il s'asseuroit d'eux, qu'il supplioit toutesfois le roy de luy permettre plus grande asseurance d'eux par le moyen 4u roy de Navarre, monsieur le cardinal de Bourbon, son frère, et madame la princesse sa femme; et pour cest effect qu'il luy fust permis de communiquer avec eux en telle compaignie qu'il plairoit à Sa Majesté adviser ; disant qu'il requéroit ce que dessus, principalement pour Tobéissance qu'il vouloit garder audict roy de Navarre, sans lequel il ne vouloit rien fkire. Ledict conseil privé ayant entendu ladicte requeste à la relation desdicts secrétaire et greffier, il en fut débouté, et permis seulement à ladicte dame del'asseurer, par lettres, que lesdicts Robert et Marillac luy estoient distribués pour conseil, et qu'il pouvoit communiquer avec eux en asseurance : ce qui fut exécuté le mesme jour après disner, lesdicts Robertet et greffier estans porteurs de ladicte lettre.

Et là s'estant trouvé sondict conseil, com- Hienca ledict sieur prince à dire, que l'afiliction qu'il souffiroit ne luy estoit point envoyée de Dieu pour offense qu'il eust faict contre la Majesté du roy, mais bien pour l'esprouver en son adversité. £t quant à luy, qu'ayant l'esprit

libre, et sa conscience nette et entière, il ne pensoit estre prisonnier, encores que sa personne fust arrestée ; mais que beaucoup plus il estimoit ceux-là estre prisonniers, lesquels avec la liberté du corps sentoyent leur conscience asservie et afQigée d'une perpétuelle souvenance de leurs vices et forfaicts. Puis donna à sondict conseil mémoires et instructions pour la défense de sa cause, et escrivit une lettre à madicte damie la princesse sa femme, la priant de ne s'ennuyer et contrister, et qu'elle eust à s'asseurer que Dieu seroit défenseur de son innocence.

Or estoit le roy persuadé que ledit sieur prince estoit coulpable de lèze majesté ; et ainsi que l'on avoit délibéré de le mener un jour de vendredi seiziesme de novembre hors d'Orléans, pour le lendemain (ainsi qu'un chascun disoit) foire coupper la teste au baillif d'Orléans, nommé Groslot, tomba malade d'un mal d'o^ reiUe.

Le connestable qui avoit esté mandé pour aller à l'assemblée des estats reculoit d'y aller, ayant advertissement que l'on machinoit contre luy et sa maison, combien que le mareschal de Sainct-André l'asseurast du contraire. Toutesfois, après avoir entendu nouvelles de la maladie du roy, il commença à s'acheminer, allant de Chantilly à Escouan, et d'Escouan à Paris, où il fui advçrty que ra{)ostume que le roy avoit en la teste, et se purgeoit par l'oreille, l'avoit tellement endommagé , qu'on n'avoit plus d'espérance qu'il peust guérir. Adonc il partit de Paris et s'avança.

Le roy de Navarre ce pendant n'avoit que l'admirai auprès de luy et le cardinal de Chastillon, qui estoyent là allés tout aussi tost qu'ils furent advertis de la prinse dudict sieur prince et de madame de Roye, leur sœur.

La roine estoit en grande perplexité pour aucuns qui luy souffloyent en l'oreille qu'elle devoit bien prendre garde de ne tomber es mains du roy de Navarre et son frère, et que ce pendant que le roy son fils vivoit encores, elle y devoit pourveoir. Sur guoy madame de Montpensier l'asseuroit de la bonté du roy de Navarre, le manda par son fils monsieur le comte daulphin, qu'ils vinst parler à la roine, J'advertissant qu'il ne faillist de consentir tout ce qu'elle luy demanderoil.; ce qu'il feit , et par ce moytti les .acQorda ensemble.

DE LESTAT DE LA RELIGION

Le roy alla de vie à Irespas le cinquiesme jour de décembre, ayant esté malade dix-sept jours, et n'ayant régné que seize mois et vingtcinq jours. Ainsi qu'il rendoit l'esprit, et tirant à la mort, le cardinal de Lorraine luy iaisoit dire et prononcer : « Seigneur, pardonne-moy mes fauites, et ne m'impute point celles que mes ministres ont falotes soubs mon nom et authorité. »

Incontinent après sondict décès, la roine envoya le sieur de Lansac trouver à Estampes le connestable, et Tasseurer de son amitié, le priant de s'advancer; et luy dire que doresnavant chascun feroit son office, sans entreprendre les uns sur les autres. Ledict connestable manda incontinent au mareschal de Montmorency son fils aisné, qui estoit demeuré à Chantilly pour la maladie de sa femme, de s'en venir en poste Éaire la révérence au nouveau roy, et se trouva le fils avec le père à Artenay, où parla à eux madame la princesse de Condé, laquelle ne se pouvoit contenter de ce que monsieur son mari avoit esté gardé si estroictement, et avec telle garde que quelque requeste qu'elle eust sceu faire elle n'avoit jamais peu obtenir de le voir. Et combien qu'on l'asseurast de sa délivrance, que toutesfois elle estoit ennuyée de la formalité et longueur qui y avoit esté tenue, car, après le décès du roy, il fut encores détenu prisonnier dix ou douze jours, avec un tel respect toutesfois de ses gardes qu'ils estoyent plus prisonniers que luy.

Ledict sieur prince ne vouloit sortir sans sçavoir qui estoit sa partie et par l'ordonnance de qui il avoit esté constitué prisonnier, mais chascun rejettoit le tout sur le roy défunct. Et ainsi qu'il partit, ayant esté advisé qu'il iroit tenir prison en l'une des maisons du roy de Navarre son frère, ceux qui estoyent de sadicte garde luy dirent qu'ils estoyent nais ses serviteurs, et qu'ils ne luy estoyent pas donnés pour le garder mais pour le servir et l'accompaigner par tout où il luy plairoit leur commander; et de faict il s'en alla rendre prisonnier à Han et puis à la Fère en Picardie, où il demoura jusques à ce qu'il fust mandé, comme il sera dict cy-après.

Le connestable entrant dedans Orléans commença à demander aux soldats qui estoyent à la porte qui les avoit mis là, et qu'ils y fai-

soyent. Et commença comme connestable à commander qu'ils s'en allassent, disant que c'estoit chose mal séante, qu'estant le roy dans Orléans au milieu de son royaume, on gardast les portes. Et alla faire la révérence au roy et à la roine.

Tous les desseings doncques faicts et préparés pour être exécutés à Orléans furent rompus par la mort du roy François deuxiesme, duquel le corps fut mené et conduict à Sainct- Denis par les sieurs de Sansac et de la Brosse, où il fat enterré sans aucune solennité ny cérémonie royale.

Plusieurs trouvèrent estrange que les sieurs de Guy se, oncles delà roine, n'en feirent plus de compte, et mesme le duc de Guyse , grand chambellan; dont il advint que deux jours après l'enterrement l'on trouva attaché avec deux espingles sur le drap de velours, qui estoit sur le corps dudict roy François, un petit billet de papier contenant ces mots : Où eslmessire Tanneguy du ChasieVl mais il esUAi François. Dont chascun au commencement ne faisoit que rire, mais enfin y ayant pensé de plus près, fut jugé que cest escript estoit autre que l'on n'estimoit. Ledict Tanneguy avoit esté premier chambellan du roy Charles septicsme, lequel despendit huict vingt mille livres pour faire enterrer solennellement son maistre, qui ne luy furent rendues que trois ans après. Il feit ladicte despense de ses deniers, voyant le corps abandonné d'un chascun, tous les seigneurs s'estans retirés et mis à suy vre son fils apgelé Loys onziesme, nouvellement entré en règne, et lors estant aux Pays-Bas, où il s' estoit retiré estant en la maie grâce du roy son père. Cest escript fut interprété pour un regret faict au nom du roy François, se voyant délaissé, et mesmes destitué d'un tel chambellan qui estoit ledict Tanneguy, et puis disant (comme s'il se reprenoit) qu'il ne se falloit esbahir de la bonté et devoir dudict Tanneguy, pour autant qu'il estoit François, et non estranger, voulant celuy qui avoit faict ledict escript par ce moyen attacher le duc de Guyse.

Non long temps après furent divulgués quelques vers latins faicts sur la mort dudict roy François, du roy Henry son père et de l'empereur Charles cinquiesme, qui m'ontsembléestre dignes de mémoire, et d'estre conservés à la postérité, lesquels pourtant j'ay voulu icy ad-

ET RÉPUBLIQUE, LIV- III

jouster, la snperscription estant telle qa'il s'ensuit cy-après:

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