‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 14Chapitre 15 sur 69 · AD HUJUS TEMPORIS · texte numérisé non relu

AD HUJUS TEMPORIS

MONARCHAS nPOTPEnXIKON CARMEN.

CODsUiis Christum oppugnaos et fraudibos, iogeos

Regum ille terror Carolus, Ipsis ridiculus pueris , furiosus et excors

Totus repente corruit.

Tuque Heorioe. rnaUs dam coosultoribas utens

Silis piorum sanguinem, Ipse luo vaecors inopioa cœde peremptos ,

Terrain knbuisti sanguine.

Ilenrid delnceps sectans Testigia patris

Francisais infettx puer, Clamaniem Christum surda dum negfigit aure,

Aure putrelacta corruit.

Versuli, (atui, surdi, haec spectacula reges

Vos sapere yel mori Jut)eut.

Les estats assemblés, auparavant timides et craintifs, commencèrent à prendre hardiesse et confiance, disant un chascun que ceste mort ainsi soubdainement advenue estoît un des &icts plus admirables de Dieu qui fussent advenus en ce royaume depuis long temps, ceux que Ton avoit appelles pour venir à Orléans en intention de les abbaisser, estant arrivés à propos pour y estre eslevés et recevoir le principal maniement de ce royaume, et ceux qui au contraire cuidoyent y establir et mesmes accroistre leur authorité, se trouvans y estre venus pour la délaisser et estre remis en leur premier lieu et degré. Lesdicts estats voulans d'un accord le roy de Navarre pour gouverneur, et les princes du sang pour conseil légitime du roy Charles à présent régnant, pendant son basaage,avecleconnestable, l'admirai et autres seigneurs qui avoyent accoustumé d'y estre, et que les cardinaulx et évesques fussent envoyés à leurs charges ecclésiastiques pour y vacquer, et résider selon les constitutions canoniques.

Ceux qui portoyent envie à la grandeur du roy de Navarre et princes du sang s'aidoyent envers la roine mère de ceste faveur des estats ainsi apertement déclarée pour les princes du sang; luy remonstroyent que tout cela ne tendoit qu'à l'exclure et luy oster son authorité accoustumée, de laquelle ils disoyent avoir tousjours esté et vouloir encores estre soigneux, pour la luy conserver ainsi qu'il luy appartenoit, de sorte que l'on voyoit le connestable, le cardinal, Tadmiral et le sieur d'Andelot (qui aprc^ la mort du roy incontinent estoit retourné

avec autres seigneurs) se retirer touà de la pari du roy de Navarre , et le duc de Nemours, le mareschal de Sainct- André et de Brissac avec ceux de Guyse et le cardinal deTournon faire une bande séparée, taschans se fortifier de ladicte roine, non sans craincte de voir une dangereuse esmotion.

Mais le roy de Navarre fut celuy qui se monstra le plus prompt à s'employer pourpréserver ce royaume de toute sédition et inconvénient ; car laissant tous droicts de prééminence qu'il eust autrement voulu prétendre, oublianttoutes choses passées, présenta à la roine la charge et authorité du gouvernement , si qu'elle commençant à cognoistre, ainsi qu'elle disoit, les raisons et cause de la sédition précédente et des inconvéniens qui en estoyent advenus, et combien tout le monde auroit porté mal volontiers de veoir que les princes fussent eslongnés, s'accorda avec le roy de Navarre et messieurs ses frères et ses cousins, et les conserver en tel lieu et degré qu'il sera dict cy-après. Et furent retenus les autres seigneurs d'iceluy conseil comme ils estoyent auparavant : qui ne fut toutesfois sans travailler à réconcilier ceux qui estoyent divisés.

Lors disoyent plusieurs que le nombre des gens armés misàl'entourdu roydéfunctservoit plus à autre fin que non pas pour garder sa personne, ainsi que l'on faisoit publier, au grand deshonneur et reproche des subjects du royaume, de sorte que tout le monde commençoit à s'asseurer, et rendre grâces à Dieu de la paix et tranquillité qu'il avoit par sa bonté envoyée après tant de troubles, lesquels n'avoyent cessé durant tout le règne du feu roy, lequel, encores qu'il fust rigoureux contre ceux de l'église appellée nouvelle, et que toutes choses fussent préparées sur la fin d'iceluy pour exterminer les principaux d'icelle, si est-ce que leurs assemblées pourtant ne cessèrent es maisons et lieux où ils se pouvoyent retirer, pour assister aux presches, prières et administrations des sacremens, combien que ce fust en grande craincte et à peu de compaignie, et que lesdictes assemblées souvent fussent descouvertes et plusieurs d'icelles exécutés à mort.

Et lorsque les forces furent assemblées à Orléans et que l'on n'attendoit qu'une contraincte de confession de foy avec rigoureuses exécutions à rencontre de ceux de ladicte religion ,

DE L'ESTAT DE Lk RELIGION

furent admonestées toutes les églises appeUées réformées de ee royaume de redoubler les prières ehaseon jour diligemment, et sanctifier le jeusne cbascun en sa famille , ce qui fut exécuté, nomméHient à Paris, depuis le vingtiesme novembre jusques au premier décembre. Et pour ce faire s'assembloyeat deux ou trois iamilles ensemble, où se trou voit un surveillant qui lismt quekpie chapitre de la Bible, choisi à propos, puis par Tespaee de deux heures ou plus continooit les prières, requérans tous d'un «ueur Dieu aveeques soupirs et gémissements qu'il luy pleust délivrer sadicte Eglise de persécution. Et au regardées ministres et surveillans de ladicte ville, ils s'assemblèrent aux fêxàxbourgs Satact-Germain faisans avecqoes quelque troupe de gens le sepnblable.

Ce qui fut arresté pour le maniement et gou- ^mement de l'estat des affaires du royaume le vingtuniesme jour de décembre, estoit couché ainsi qu'il s'ensuit : «Le roy , pour le bon et prudexkt ad vis de la roine sa mère, qui désire sur toutes choses que Testât de son royaume soit conduict et mené en la dignité et avec le regard et grande considération que requiwt l'importance de telle administration, a assemblé le roy de Navarre, les princes de son sang, et autres grands et notables personnages de son privé conseil, pour prendre conseil de la forme et manière que les affaires qui doresnavant se présenteront se devront traicter. Sur quoy, par leur ad vis et délibératioa, a ledict seigneur roy déclaré et ordonné ce qui s'ensuit :

u Premièrement, il veult et entend que d'icy en avant tous les gouverneurs des provinces et capîtainesdesplaceset frontières de ce royaume esUns à la suyte de la cour, qui auront quelque chose à faire pour le regard de leurs charges et le fitict d'armes, s'addresseront audict sieur roy de Navarre pour en faire rapport à ladicte dame roine mère qui en ordonnera par l'ad vis de son coi^eil ce qui sera nécessaire. ^emUablement veult ledict seigneur que toutes les lettres et despescfaes, qui viendront de ses lieutenans généraulx et capitaines des places «ovent addressées à ladicte dame royne sa mère , qui les verra premièrement, et après les envoyera audict sieur roy de Navarre, qui les ayant veues aussi en parlera à ladicte dame , laquelle, avec son ad vis et celuy des autres princes et seigneurs du conseil, prendra ré-

solution de ce qui se devra faire. Et à fin que toutes choses soyent hors de dispute, et qu'elles soyent maniées et administrées avec plus de commodité, veult et entend aussi Sa Majesté que diascun de messieurs les connestable, grand - maistre, marescbaulx et admirai de France fassent et desservent leurs offices doresnavant avec le pouvoir, autborité et puissance qui leur est attribuée par l'érection et institu tion d'iceux. Aussi, que toutes choses concernans la justice des finances et la police de ce royaume seront traictées et expédiées audict conseil privé, ladicte dame y assistant, quand bon luy semblera ; sinon luy en sera après faict rapport. Et suy vant la délibération du conseil en seront faictes les despesches par le secrétaire d' estât, et scellées par monsieur le chancelier, et non autrement. Et avant qoe le roy signe aucunes lettres de sa main elles seront veues et entendues par ladicte dame au conseil des affaires du matin. Yeult aussi ledict seigneur, que le contrerolleur des postes mette doresnavant tous les paquets qu'il recevra entre les mains des secrétaires d'estat, chascun en sa charge, lesquels, sans aucunement les ouvrir, les présenteront tous .fermés incontinent à ladicte dame roine mère, qui les verra à part, puisles fera lire en pleine compaignie du conseil des affaires, où se prendra la résdutioQ de la response, qui devra estre faicte par le roy, accompaignée d'une lettre de ladicte dame sa mère. Pour ce que des choses que Sa Majesté a plus aucueur et en désire plus gratifier ses sTd>jects, c'est la justice, a ordonné, que le mardi et vendredi de chascune sepmaine sera tenu conseil pour les parties, où toutes requestes seront ouyes, et pourveu aux supplians en toute bonne et briefve expédition de justice et équité. Et le jeudi s'assemblera le conseil, où se traictera le faict des finances et autres choses concemans les affaires d'estat du royaume; et n'y entreront, oultre les secrétaires d'estat, que les superintendans et les deux secrétaires ordonnés pour le faict des finances et trésorier de l'espargne, et des parties casuelles non autres.

« Trois jours après vindrent nouvelles de la mort du vidamede Chartres, qui fut aux Tournelles, où il fut meaé de la Bastille, malade, et estant hors d'espoir de guérison. Aucuns de ses plus fidèles et singuliers amis dedans et hors le royaume eurent long temps un tableau pendu

en leurs cabinets mis incontinent après sa mort, qui contenoit ce que s'ensuit : • François de Yendosme» vidame de Chartres, prince de Cliabanois, d'aussi anciennenoblesse que gentiUiomme de la chrestienté, aussi bien apparent et aussi grand terrien sans nui bien faici du roy que seigneur qui ftist en France, mourut en Taage de 38 ans, avec un extrême regret de toute la noblesse françoise. Dieu pardoint à celuy qui en fut cause, car les hommes ne luy pardonneront ny à sa postérité. »

Après avoir pourveu à toutes ces difficultés, il fut résolu de tenir les estats nonobstant Tempeschement et protestation de nullité faicte par les députés d'environ quarante ou cinquante bailliages et sénescbaulsées du royaume, qui maintenoyent leur pouvoir estre expiré d'autant qu'ils avoyent esté mandés par le roy François, et envoyés par devers luy ; et qu'il leur estoit nécessaire d'avoir nouvelles procurations, mandemens et mémoires pour se présenter par devant leur nouveau roy Charles neufviesme. Et estoyent entre lesdicts bailliages et sénescbaulsées tous ceux du pays d'Aquitaine et aucuns des autres pays et provinces, faisans ensemble lesdicts bailliages presque contre-poix à tous les autres en estendue de pays, non toutesfois en nombre, eu esgard auquel ils ne faisoyent guères que le tiers, au moyen de quoy fût conclud de passer oultre, jotnct mesme qu'il fut allégué que la dignité royale ne mouroit point, et demeuroit tousjours enestre,comme représentée par son successeur.

Le cardinal de Lorraine après ceste résolution faisoit practiquer d'avoir la charge de faire la harangue au roy pour les trois estats; ce qui

ET REPUBLIQUE, LIV. IIL 79

luy fut accordé pwr le clergé, et lut «ntoyé N. Griveau, chanoine de la Saincte- Chapelle par devers le tiers estât pour luy faire consentir. Auquel incontinent à haulte voix fut respondu qu'ils ne vouloyent prendre pour porter la parole pour eux celuy duquel ils avoyent intention de se plaindre ; qui fut cause qu'il se dé* porta d'en aller parler à la noblesse. Et furent choisis pour les harangueurs du clergé, Jean Quintin de la ville d'Autun, docteur régent en droict canon à Paris ; pour la noblesse Jacques de Silly, baron de Rochefort; et pour le tiers estât Jean l'Ange, advocat au parlement de Bordeaux.

Advint cependant queBueil, bastarddu comte deSancerre,fut rencontré en ladicte ville d'Orléans, et occis par René de Laval sieur de Loué, aagé der21 ans, dontcuida sortir grand trouble;! d'autant que la querelle estoit procédée de ce que ledict de Loué prétendant espouser Renée de Rohan vefve du feu sieur de Gyé, diaoit que Bueil s'estoi t vanté, pour l'empescher, qu'elle luy avoit promis, jusqu'à en parler peu bonnest^ ment, dont non-seulement iceluy de Loué, mais aussi le eonnestable et les siens se disoyent offensés. Et partant estoit soustenu de leur part en ceste querelle, pour estre ladicte dame petite niepce dudict eonnestable, et iceluy de Loué venu de ligne directe masculine du eonnestable Matthieu de Montmorency aussi bien qu'iceluy eonnestable. Et ledict Bueil au contraire porté des sieurs de Guyse, comme bien aimé et favorisé d'eux ; joinct aussi que ledict de Loué, à cause de l'attente de la succession du marquis de Nesle,querelloit à rencontre du duc de Guyse le comté de Joigny.

Page 1