LIVRE QUATRIESME
Les estats doncques assemblés, et de jour à autre reeidés pour les empeschemens qui survenoyent à cause de ceste subite mutation, commencèrent à estre tenus à Orléans le treiziesme jour de décembre en la salle destinée à ceste fin. Le roy, la reine sa mère, monsieur d'Orléans, madame Marguerite, le roy de Navarre, madame la duchesse de Ferrare, les cardinal de
Bourbon, de Toumon, de Lorraine, de Chastillon et de Guyse, monsieur le prince de la Roche-sur-Yon, le connestaMe,leducdeGuyse, l'admirai, le chancelier, les mareschaux de Bris-» sac et de Sainct- André et plusieurs chevaliers de l'Ordre, et gens du conseil privé, et autres présens ; auxquels estats fut proposé par le chancelier en la matière qui s'ensuit :
DE L'ESTAT DE Lk RELIGION
« Messieurs, Dieu qni donna la volonté au feu roy François Rassembler et semondre les estais de son royaume en ceste ville d'Orléans, a icelle continuée au roy Charles son frère nostre souverain seigneur, et à la roine mère des deux rois. Et com!)ien que par la mort dudict feu roy semblast que les eslats deussent estre interrompus, et que le changement du roy deust apporter avec soy mutation de beaucoup de choses, comme voyons souvent advenir mesmes quand les rois sont jeunes et en bas aage, qui donne occasion aux mauvais de mal faire, toutesfois, ce changement n'a apporté non seulement aucunes nouvelles esmeutes et séditions, ains a appaisé et admorty celles qui lors estoyent.
« Et, comme nous voyons à un jour obscur et plein de nuées et brouillards que le soleil à sa venue rompt et dissipe la nuée, et rend le temps clair et serein, ainsi le visage de nostre jeune roy a percé jusques au fond des cueurs des princes du sang et autres seigneurs, a chassé et osté tous souspeçons, passions et affections qu'ils pouvoyent avoir, les a pacifiés, liés et unis tellement ensemble qu'il n'y avoit maison privée, où les frères soyent si bien unis, accordans et obéissans à leurs pères, comme sont lesdicts princes et seigneurs avec leur roy leur seigneur, et entre eux, n'ayans autre chose devant les yeux que de bien et fidèlement servir ledict seigneur, luy obéyr, et à la roine sa mère. En quoy s'est monstrée grande la vertu du roy de Navarre, lequel, comme premier prince du sang, a premier monstre le chemin aux autres, et donné exemple d'obéissance.
a L'on a donné grand' louange à certains grands personnages grecs et romains, qui, estans esleus magistrats et gouverneurs de leur république, délaissoyent leurs haines et inimitiés au temps et durant l'année de leur magistrat, de peur que leur dissension ne portast dommaigeà leur république ; ceux-cy, comme bons chrestiens, se sont despouillés de tous souspeçons et autres passions, non à temps, mais à tousjours.
u Antigone fut un grand roy, successeur d'Alexandre. Un jour ainsi qu'il devisoit avec les ambassadeurs d'im autre roy son voisin des forces qu'il avoit par mer et par terre, de son grand revenu et de ses thrésors, des grands pays qui luy obéissoyent et de ses gran-
des alliances, survint son fils qui le baisa à la joue, et s'assit près de luy. Et lors fut repris le propos par ledict Antigone vers lesdicts ambassadeurs, en disant : « Messieurs, oultre les forces que je vous ay cy -devant racomptées, vous direz à vostre roy que vous avez veu le roy Antigone bien aimé et obéy de son fils. »» Voulant entendre par là que c'estoit la plus grande de ses forces. Que peult estimer nostre roy qui a sa mère, ses frères bien accordans avec luy, tant de princes du sang, ducs, comtes, barons, et autres seigneurs? Ce que nous devons recognoistre de la seule bonté de Dieu. Car quelle autre vertu pourroit faire que cent millions d'hommes obéissent à un , les forts aux foibles , les vieils et les anciens à l'enfant, les sages et expérimentés àceluyquipour son jeune aage ne peult encores avoir acquis prudence ny expérience des choses? Doncques estant le gouvernement tel, les fondemens jettes sur l'union, accord et consentement de tant de princes et seigneurs, nous devons espérer tout bien, toute paix, repos et tranquillité, attendant que nostre jeune roy croisse d'ans, de personne et vertu, qui jà commencent poindre et reluire en luy , à la diligence de très vertueuse et très sage princesse la roine sa mère ; et qu'il devienne suffisant et capable de régir et gouverner un tel et si grand royaume que cestui-cy.
« Or, messieurs, parce que nous reprenons l'ancienne coustume de tenir les estais jà délaissés par le temps de quatre-vingts ans ou environ, où n'y a mémoire d'homme qui y puisse atteindre, je diray en peu de paroles que c'est que tenir les estats, pour quelle cause l'on assembloit les estats, la façon et manière, et qui y présidoit, quel bien en vient au roy, quel au peuple, et mesmes s'il est utile au roy de tenir les estats, ou non. Il est certain que les anciens rois avoyent coustume de tenir souvent les estats, qui estoyent l'assemblée de tous les subjects, ou des députés par eux. Et n'est autre chose de tenir les estats que communiquer par le roy avec ses subjects de ses plus grands affaires, prendre leur advis et conseil, ouy aussi leurs plainctes et doléances, et leur pourveoir ainsi que de raison. Ceci estoit anciennement appelle tenir le parlement, et encores a retenu le nom en Angleterre et Escosse. Mais par ce que par mesme moyen les roys cognoissent tant des plainctes générales qui concernoyent l'uni-
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[IMl] vend, que des privées qai regardoyent le particulier, le nom de parlement est demeuré aux aodiences privées et des particuliers, qui sont toques par certains nombres de juges establis par le roy, qu'on dit pariement» les audiences publiques et générales que le roy s'est réservées ont prins le nom d'estats.
« Les estats estoy ent assemblés pour diverses causes, et selon les occurrences et les occasions qui se présenteroyent, ou pour demander secours de gens et deniers, ou pour donner ordre à la justice et aux gens de guerre, ou pour les appanages des enfans de France, comme advint au temps du roy Louys onziesme, ou pour pourveoir au gouvernement du royaume, ou autres causes. Et y séoyent et présidoyent les roys, fors que aux esUts auxquels fut traictée la plus noUe cause qui fut oncques (sçavoir est, à qui <fevoit ^partenir le royaume de France après la mort de Charies4e-Bel, à Philippes de Valois son cousin, ou bien à Edouard d'Angleterre), le roy Philippes n'y présida ; car il n'estoit encores roy, et si estoit partie.
« n est sans doubte que ce peuple reçoit grand bien desdicts esUts; car il a cest heur d'approcher de la personne de son roy, de luy &ire ses plainctes, luy présenter ses requestes, et obtenir les remèdes et provisions nécessaires. Aucuns ont doubté s'il estoit utile et proficta- Ue aux roys de tenir les estats, disans que le roy diminue aucunement sa puissance, de prendre l'advis et conseil de ses subjects, n'y estant obligé ny tenu; et aussitôt qu'il se rend trop fiunilier à eux, ce qui engendre le mespris et aUMÔsse la dignité et majesté royale. Telle opinion me semble avoir peu de raison. Premièrement je dy qu'il n'y a acte tant digne d'un roy, tant propre à luy que tenir les estats, que donner audience génénîe à ses subjects, et faire justice à chascon. Les rois ont esté esleus premièrement pour fcire la justice, et n'est acte tant royal &ire la guerre que faire justice. Car ks tyrans et les mauvais font la guerre autant que ks rois, et bien souvent le mauvais la &it mieux que le bon. Aussi dedans le seel de France n'est empreincte la figure du roy armé et à cheval, comme en beaucoup d'autres patries, mais séant en son throne royal, rendant et fiiisant la justice.
-A ceste cause, la bonne femme qui demandoit audience au roy Philippes, qui s'excusoit X VI" tiÀGLXi La PI. etU PL
à elle, disant qu'il n'avoit loisir de Fouyr, eut grande raison de luy répliquer : Ne soyez doncques roy. Et n'y a chose au monde qui tant fasse haïr les rois à leur peuple que de dénier justice. Philippes, père d'Alexandre, fut tué par Pausanias, à qui il avoit long temps dilayé de faire droict de l'injure qu'il avoit receue d'un autre. Démétrius, roy de Macédoine, peçdit son royaume pour refuser l'audience àses subjects, et mesmes pour un acte qui fut tel : Un jour, luy ayant esté présentées plusieurs requestes, et les ayant mises dans le pli de son manteau, passant sur un pont les respandit et les jetta toutes dans l'eaue sans les daigner lire; dont le peuple indigné se soubsleva, et le chassa hors de son pais.
«D'advantage,les roystenans lesestats oyent la voix de vérité qui leur est souvent cachée par leurs serviteurs. Pour ceste cause un bon et ancien autheur les admoneste de lire les histoires et livres qui enseignent comme il fault gouverner les royaumes; car par la leçon d'iceux les rois cognoistroyent ce que leurs amis ne leur osent ou veulent dire. Combien de pauvretés, d'injures, de forces, d'injustices qui se font au peuple sont cachées aux rois, qu'ils peuvent oyr et entendre tenant les estats? Cela retire les rois de trop charger et grever leur peuple, d'imposer nouveaux subsides, de faire grandes et extraordinaires despenses, de vendre offices à mauvais juges, de bailler éveschés et abbayes à gens indignes, et d'autres infinis maulx que souvent par erreur ils commettent. Car la pluspart des rois ne voyent que par les , yeux d'autruy et n'oyent que par les oreilles d'autruy, ne jugent que par le jugement et arbitrage d'autruy, et au lieu que ils deussent mener les autres, se laissent mener.
M Qui est la cause qu'aucuns bons rois, se desfians de ceux qui sont autour eux, se sont desguiséset meslés entre le peuple, incogneus, pour sçavoir et entendre que l'on disoit d'eux, non pour punir ceux qui en disoyent mal, mais pour soy amender et corriger. Le bon roy Louys douziesmeprenoit plaisir à ouyr jouer farces et comédies, mesmes celles qui estoy ent jouées en grande liberté, disant que par là il apprenoit beaucoup de choses qui estoyent faictes en son royaume, que autrement il n'eust sceu.
u Ceux qui disent que le roy diminue sa puissance, ne le prennent pas bien. Car encoresque
DE L'ESTAT DE LA RELIGION
le roj ne soit contrainct et nécessité prendre conseil des siens, toutesfois il est bon et honneste qu'il fasse les choses par conseil; autrement il fault osier toutes manières de conseil, comme les privé conseil, parlement et autres. Théopompe fut roy de Sparte, il créa des magistrats qui furent appelles les éphores, et ordonna que les rois ne feroyent aucune chose d'importance sans leur conseil. Sa femme le tança, luy disant que c'estoit honte à luy de laisser à ses enfans la puissance royale moindre qu'il ne Favoit receue de ses prédécesseurs. A quoy respondit Théopompe : Moindre n'est* elle, mais plus modérée. Et ores bien qu'elle fust moindre, elle sera par ce moyen de plus longue durée; car toutes choses violentes ne durent guères.
« Quant à la familiarité, elle n'a jamais nuit aux rois de France; ains sont les plus obéys entre tous les rois. Nos rois voisins sont servis à genouils et testes nues; sont-ils mieux, obéys que les nosires? Il fault baisser les yeux devant le Grand-Seigneur, comme l'on faisoit devant les rois de Perse ; en est-il plus aimé de ses subjects? Nos rois anciens, les derniers de la race de Pharamond, ne se laissoyent voir qu'une fois l'an, comme les Assyriens; et les uns et les autres vindrent à mespris vers leurs subjects et en perdirent leurs royaumes. La façon de ne se laisser voir à son peuple et ne communiquer avec luy est barbare et monstrueuse :
Nec visu racilis dcc dictu afTabiUs uUi.
« Les anciens Romains avoyent coustume que chascun en sa maison voyoit deux fois le jour toute sa famille, le matin et le soir; et estoit le père de famille salué par chascun serf deux fois audict temps, par ces mots : Ave , vale , qui valoit à dire, bonjour, bonsoir. Ceste coustume ftit délaissée quand les richesses vindrent à Rome, et le grand nombre de serfe. Galba la retint opiniastrément, comme dit Suétone. Ce qui est loué en une famiUe doibt estre trouvé bon en un royaume. Car il n'y a rien qui tant plaise et contente le subject que d'e«tre cogneu et de pouvoir approcher de son prince. Si le roy pouvoit voir tout son peuple souvent et sans son incommodité, feroit très bien de le voir et recognoistre.
- Il est vraysemblable que ceux qui tiennent l'opinion contraire parlent plus pour eux qae
pour le prince. Ce sont gens ipeult-tstra €/bà veulent seuls gouverner et conduire tout à Imut vouloir et plaisir, qui craignent leurs Caicts e^ tre cogneus par autres, assiègent le prince, ^ gardent que nul approche de hiy. Car de >oiiloir dire que toutes grandes assemblées sont à craindre, et devoyent estre suspectes, ouy aux tyrans, mais non aux princes légitimes, eomne est le nostre.
« Et si nous regardons au tea^ passé pour nostre instruction à l'advaair, nous trouverons que tous les estats qui ont esté tenus ont apporté profict et utilité aux prinœs, les ont se-*, courus à leur grand besoin, comme après la prinse du roy Jean, et en autre temps que je tairay de peur d'cstre long. S'il y a eu abus, cela est venu de Tignorance d'aucunes simples et grossières personnes, qui ne sçavoyent leur office ei devoir envers le prince, qui est le sup^ plier très humblement et obéir. Car s'il est vray, comme dit Aristote, que tout ainsi qu'il est boa et utile au seigneur de commander, ainsi est au serf d'obéir, la mesme proportion ou analogie et raison est du roy au subject; et toutes et quantesfois que l'un ou l'autre veult sortir ds son rang et Caire office de l'autre, il luy en est prins et prendra mal. Ce qui est advenu et ad* viendra tousjours, quand le subject vouidra passer oultre et commander au lieu d'obéir.
« Les demies^ estats furent tenus an comr meneement du règne du roy Charles VIII. Le roy Louys XII, son successeur, délaissa à les tenir, non pour tirer à soy plus grande puissancOt ny pour craincte qu'il eust de donner authorité à son peuple ou envie de le mal traicter; car 41 ne fut oncques roy plus populaire, ny Cent aimant le peuple, dont après sa iqort avec grande raison a esté nommé Père du peuple, mais parce qu*il n'aimoit guères mettre charges sur son peuple. Et quand il en avoit besoing, se troovoit fbrt obéissant , sans assembler les estats : aussi estoit-il soigneux de garder et conserver les personnes et biens de ses subjects, et pourveoir à leurs nécessités,8ans attendre qu'il eafust requis.
« Or tes estats qui sent assembles en /ot lieu ont esté délibérés par le £» roy à Fontainebleau, avec son eoaaeil, où estoyent phisieurs grands pnnces de eon «ang et autres grands seigneurs et gens de conseil, pour trouver moyen d'appaiser les séditions qui estoyent en ce royaume, i cause des malcoateos de la
netigfott, n ]t(i5(j[CfM à t0e fbt onMmé qtie te édîctt (kl roy senxyent giardéâ^ q«i sont contre tes Bédhifeux , pour chftstt«r eetix qui fiont assemblées Hlicites et portent armes. Et néantmof ûS pour lem* osier oe mauvais vouloir et la cause de sédition , furent admonestés les éves- ^es Wre régence en lews éveschés^ pour illec par prières M ora^ns et exempte de bonœ vie retirer ceux qui sont desvoyés de te vraye tistigion. Atwsl forent envoyés chasctAi en sa chargée, les goiiVemeurà,b«ittffeetséneschaulx, à fin de réprlnMîr tes séditieux par leur présence et authorité. Ce néantmoins depuis tedict advis et déllbératîôn prinse à Fontainebleau, aucuns n'ont délaissé de faire assemblées , tenir les ^amps, prendre villes, forcer cbasteaux et fkire choses maltfisées à slupporter, de manière ^e le iroy a esté contrainct, à son grand regret, de mettre gens sus et s'asaeurer des villes et plat pays.
h Reste k dâtbérer par quels «loyens nous pourrons appaiser ces séditions, et pourveoir qu'elles cessent à t'advenir. Les bons médecins veulent, avant tout, cognoistre la feause du mal , et Tcetle oster. Car c'est la vraye voye de bien et seuretaent gtiéHI-, et garder que le mal ne retourne. Ce nu'adviendra , si l'on n'h cure seulement que dlippai^r la douleàr. Le semblable ^t «les loix : car ceHes qui tendent seulement à pAnition ides trtmes seroyent bien pour quelque temps, mais tost après c^est à refaire, et pis queckvant. Tout ainsi que voyons advenir quand on couppe tm arbre par le pied, pouruncouppé sortent unedouzaine de rejetons de la racine qui œtolt demourée. Et partant lestbix dels Perses ont esté louées sur toutes attitrés, parce qu'elles ont esté plus faictes pour garder que les hommes ne vinssent vicieux, que pour punir les vices.
« Voyons doncques que c'est sédftion,etdoBt Hle vient, et pour quelles causes. Mais premier jesupposeray mie chose qui n'a aucune doubte : Que toute séditton est mauvaise et pernicieuse es royaurmes et républiques» encores que elle eustbomie ei timmeste cause ; car il vauli mieux i celuy qui est autheur de sédition, de souifrir toutes pertes et h^res qu'estre cause d'un si grand mal, que donner guerre civile en son pals. De cela sont loués Seipion, Rutil et Cicéron à Rome, Aristîdes en Grèce; au contraire , Masmés Alcibiade», Corlolan, les Graccbes,
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Sylla, Marins, Jules-César et plusieurs autres, qui par ambition ont préféré leur honneur et grandeur au salut et vie des pauvres citoyens et de leur république, et ont esté cause de la mort d'un nombre infini d'hommes. Sédition doncqiies est une division entre les subjects d'un mesme prince ou république, comme fut à Rome quand le peuple se sépara des nobles et du sénat ; et naguères en Allemaigne, des nobles et grands entre eux-mesmes, comme es guerres civiles de Sylla et Marins, César et Pompée. En France, du temps de Charles sixiesme entre les deux maisonsdeBourgongneet Orléans. Et du règne de Louys XI , la guerre qu'on appela bien public. En Angleterre souvent entre ceux de la rose blanche et rouge. La sédition vient presque du malcontentement que aucuns reçoivent d'estre hfijuriésoumesprisés, ou decraincte qu'on a de himière, ou du mal pour iceluy éviter et fuir, ou de grande oisifveté, pauvreté et nécessité.
» H nous faut chercher la cause de ces présentes séditions. L'injure est es biens, ou en l'honneur, ou en la personne. Nul prince ou autre seigneur peult se plaindre qu'on luy ait osté bien ou honneur depuis la mort du roy Henry ; chascunestdemouré en ses biens, estats et offices. S'ils ne sont payés de leurs gaiges, estats et pensions, c'est raison qu'ils prennent patience et qu'ils attendent la commodité duroy, comme ils feroyent d'un debteur leur voisin qui n'auroit argent en main; la pauvreté des finances en est cause, laquelle est venue des longues guerres de douze années durant le règne du feu roy Henry.
••S'ilsse plaignent qu'ils ne sont honorés et ré- (compensés selon leurs mérites, et que autres le sont plus qu'eux , qu'ils pensent que tout subject doit le service au roy du bien et de la vie, qui est service personnel, comme de subject naturel, non comme les Suysses et Aiemans qui sont mercenaires, qui ne doivent service sinon en payant, et est leur service volontaire, le nostre nécessaire. Que le roy ne tient la couronne de nous, mais de Dieu, et de la loy ancienne du royaume. Qu'il donne et distribue les charges et honneurs à qui luy plaist, tellement qu'on ne luy peult ne doit dire pourquoy. Nous sommes comme jettons que maintenant il fait valoir un, maintenanl mille, maintenant cent mille. Doncques ne devons estimer injure s'il nous refuse, ou préfère autre à nous. Luy
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voudrions-nous donner loy et mesure de nous aimer et favoriser? Si minus favoris et graiicBy minus eiiam invidiœ. Ce sont choses qui dépendent de volonté d'autre, desquelles nous devons contenter à telle mesure qu'elles nous sont données.
« Reste que ces séditieux sont en partie marrys de la paix, gens qui ne veulent se soubsmettre aux lois, ordonnances et jugemens, qui ont accoustumé vivre de rapine et labeur d'au^ truy, ne scaventou ne veulent labourer la terre, ou retourner à leurs mestiers, et qui vivent en oisiveté, cBfis inopes sui^ alieni appeienies. Les Romains usoyent d'un tel remède , que quand il advenoit sédition en leur ville, soubdain tiroyent hors la ville les séditieux, et lesmenoyent àla guerre contre leurs voisins. Les Égyptiens les employoyent à fossoyer la terre, et tirer les grandes pyramides, pour ne les tenir oisift. Les bons cappitaines faisoyent travailler leurs soldats, comme feit Marins aux fossés du Rosne, dont est venu le nom muli mariani. Après les guerres des Anglois du règne de Charles-Quint, courut grand nombre de soldats qu'on appeloit les compaignies, qui gastoyent tout le pals ; le remède fut les envoyer en Lombardie et en Espaigne.
Toutes choses sont a présent paisibles dehors, Dieu merci, moyennant la paix que nous a laissée le feuroy Henry ; tellement que n'avons à employer ceste sorte de gens^ si n'est de leur persuader de vouloir vivre en paix ; et où ils feront autrement, les chastier des peines contenues es édtcts et ordonnances.
« Messieurs, je diray un mot en général du contentement que chascun des estats doit avoir chascun endroict soy. L'homme de sa nature n'est jamais content, et jusques à la fin de ses jours désire toujours mieux avoir au changer. Les rois devroyent estre contens de leur pays et royaumes, oster l'ambition qui leur fait désirer autres nouveaux royaumes. Alexandre-le- Grand, après avoir presque conquis tout ce monde, souhaitoit qu'il y eust plusieurs mondes, comme si cestuy ne iust capable de l'ambition de ce roy, unus Peleo juveni non sufficit orbis. L'ambition de Pyrrhus fut reprise sagement par un de ses amis, auquel il disoit qu'il estoit délibéré conquester la Sicile, puis la Grèce, l'Italie, l'Afrique, l'Asie. « Et que ferons-nous, dict l'amy, après avoir conquesté
tous lesdicts pays? Nous nous reposerons, diet Pyrrhus, et vivrons en paix et repos à nostre aise. Et qui nous empesohe, respondit l'amy, de ce faire présentement, sans prendre tant de peine? » Ainsi se mocqua de Faôibition du roy» qui n'avoit fin ny raison.
« Je voudrois aussi que les rois se contentassent de leur revenu, chargeassent le peuple le moins qu'ils pourroyent, estimassent qœ les biens de leurs subjects leur iq)partiennent, tmperio, non dommio et proprietate. Aussi les sulijects l'aimassent et recogneussent pour roy et seigneur, l'aidassent de leurs personnes et biens, luy obéissent, non de bouche ou contentement seulement, et par luy &ire révérences et autres semblables honneurs, mais par vraye obéissance, qui est d^ garder ses vrais et perpétuels commandements, c'est-à-dire ses loix, édicts et ordonnances ; et ne voulussent s'esga- 1er à luy, se dispensans desdictes lois et ordonnances, auxquelles tous doivent obtir et y sont subjects, excepté le roy seul.
« L'estat de l'Église recognoisse sa grande puissance qui est sur nos âmes, la meilleure partie de nous, voire sur celle du roy, les honneurs et dignités qu'il a en ce royaume, les biais meubles et immeubles admortis par les rois, qu'il tient de la libéralitédes rois, ducs, comtes, barons, et autres personnes privées, qui pour ce font serment au roy. Se souviennent qu'ils ne sont qu'administrateurs, et qu'ils rendront compte ; se contentent de l'usage desdicts biens, et distribuent le reste aux pauvres,ne prennent or ny argent pour les saincts sacroments, et ne vendent les dioses sainctes.
«Lenoble qui pour sa noblesse a infinis grands privil^es, est exempt de toutes tailles, impositions et sui>sides, seul capable de tenir grands et petits fiefs, a justice sur les subjects du roy, puissance sur leurs vies et biens, tient les premiers honneurs de ce royaume, soit en guerre, soit en paix, connestableries, mareschaussées, grand's maistrises, bailliages, séneschaulsées et autres, tout par le don et libéralité dudict seigneur, et ne doit pour ce s'enoi^eillir, car la noblesse vient de la vertu de ses parens. Et se souvienne du diro de Platon que tous rois et princes sont venus et descendus des serfs, et tous serfs de rois; et d'autant qu'il a plus de force et puissance, d'autant doibt estre plus humain et plus gracieux, user de l'espée cou-
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tre ramaay, et à la conservation des amis et pauvres sobjects du roy.
« Le peuple se doibt contenter de sa fortune, qui n*est petite, s'il est laboureur de terre ; car c'est le plus noble estât qui soît, etdont le firuict et le grain est plus innocent que nul autre. Les rois et consuls, et les plus grands personnages anciennement nedesdaignoyent mettre la main à la charrue. La marchandise fait les grandes ridiesses, qui font honorer et estimer les hommes, les font vivre à leur aise, leur donnent moyen de bien fûre à autres. Et ne doit ledict tiers estât estre marry si les autres sont plus honorés que luy. Carcomme enun corps y a (tes membres plus honnestes les uns que les autres, et les moins honnestes toutesfois plus nécessaires. Ainsi est des hommes, desquels aucuns non nobles .sont plus nécessaires et utiles que les nobles ; aussi nulle porte d'honnemr est close andict tiers estât. Il peult venir aux premiers estais de l'Église et de la justice, et par faictsd'armes^peult acquérir noblesse et autres honneurs.
« Conclusion, si chascun estât se contente de sa fortune et biens, s'abstient du bien d'autruy et de foire injures à autres, pense plus à bien faire son estât qu'à reprendre les autres, se soubsmet à l'obéissance de son prince et de ses loix et ordonnances, nous vivrons en paix et repos.
m L'on dit que l'autre et principale cause de la sédition est la religiim, chose fort estrange et presque incroyable ; car si sédition est mal, voire et, comme dit Thucydide, qu'dle comprend en soy toutes sortes et espèces de mal; comment est-ce que la rdigion,si eUe estbonne, engendreroit le mal et l'effect ccmtraire à sa cause? D'advantage,si la sédition[est guerre civite» pire que celle de dehors, comment advientil qu'elle soit causée et produicte de la religion mesme chrestienne et évangélique , qui nous commande surtout la paix et amitié entre les hommes ?iVbfi enim diiêemioms. sedpads auihor Dmu. Et si c'est religion chrestienne, ceux qui la veulent planter avec armes, eq[>ées et pistolets, font \3i1m contre leur profession, qui est de souffrir la force, non la &ire. Et en ce dit Cbrysoitome que sommes différens desgentib, qui usent de force et contraincte, les chrestiens de paroles et persuasions.
• Ne vault l'argument dont ils s'aident, qu'ils prennent les armes pourja cause de Dieu. Car
la cause de Dieu ne veuk estire défendue avec armes : MiUe gladium tuuminvaginam.J^" tre religion n'a prins son commencement par les armes, n'est retenue et conservée par armes. Si l'on disoit que les armes qu'ik prennent ne sont pour offenser aucun, mais pour se dâTendre seulement. Ceste excuse vauldroit peultestre contre l'estranger, non contre le roy leur souverain seigneur ; car il n'est loisible au subject de se défendre contre le prince, cpntre ses magistrats, noa plus que au fils contre son père, soit à tort, soit à droict, soit que te [urinee et magistrat soit mauvais, et dyscole, ou soit qu'il soit bon. Encores sommes-nous plus tenus d'obéir au prince qu'au père.
« Ainsi ont &ict les Ixms chresttens qui ont vaincu par patience, ont prié Dieu pour les empereurs et juges qui les persécutoyent. Les payens mesmes ont cogneu cela, et ont loué ceux qui ont porté patiemment les injures qu'ils avoyent receues de leur patrie, blasmé ceux qui se vengeoyent. Et nous chrestiens, ne devons recevoir ny approuver l'opinion des Grecs et Romains touchant l'honneur qu' ils baiUent aux tyrannicides. La vérité est telle que si les hommes estoyent bons et parfaicts, ils ne viendroyent jamais aux armes pour la religion ; mais aussi ne pouvons nier que la rehgion bonne ou mauvaise ne donne une telle passion aux hommes, que plus grande ne peult estre. C'est folie d'espérer paix, repos et amitié entre tes personnes qui sont de diverses religions. Et n'y a opinion qui tant perfonde dedans le cueur des hommes, que l'opimmi de religion, ny qui tant les sépare les uns des autres. Les Juifs ont estimé toutes autres nations comme estrangères, et leurs ennemis, les autres nations, ont eu semblable opinion <tes Juib. Je laisse les Mahumétistes, qui nous ont toujours réputés leurs ennemis, et nous eux. Entre les chrestiens mesmes quelle haine a esté durant la divisi<m des arriens, et autres hérétiques? Combtende séditk)ns sont advenues, morts de personnes, brusiement de ville et autres maux infinis? Nous l'expérimentons aujourd'huy, et voyons que deux François et Angiois qui sont d'une mesme religion, ont plus d'affection et d'amitié entre eux que deux citoyens d'une mesme ville, subjects à un mesme seigneur, qui seroyent de diverses religions; tellement que la conjoncti(m de religion passe celle qui est à cause du
DE L'EBTAT DE LA RELIGION
{Mil* Par cMtnûlv^ là division de religion est pM grande et loingtaine qite nulle autre. C'est ce qui sépare le père du fils, le frère du frère, le mari lie la femme : iVtm vempaeem miUere^ $ed gMUum, C'est ce qui eslongne le subject de porter obéissanice à son roy, et qui engendre les rébellions.
«TertuUian, en un livre qu'il escrit à sa femme» admone{rt:e les femmes chrestiennestte ne se nmrier avec tes gentils et payens, disant qu'il n'est possible qu'ils puissent longuement Tivre en amitié, paix et repos. Que pensera, dit-il , le mari gentil, quand il verra ou orra dire que sa femme baisera en la joue le premier chrestien qu'elle rencontrera? car c'estoil la coustume des chrestiens quand ils se rencontroyalt de se baiser. Que pensera-Il quand sa femme ira aux autres maisons pour visiter ou consoler les malades ou affligés ; ou se lèvera la nuict d'auprès de ses costés, pour aller prier Dieu? certes il entrera en souspeçon d'incontinence et adultère. Et partant les Romains, qui ont esté les plus sages pollciens du monde, ont défendu et prohibé nortt sacra, novos Hfiis mthwrerp in rempahKcém, n'ont voulu qu'il y ieust tiiverse religion en une mai^ion ; mais que les eti^ fans tinssent la religion du père. Et pour ce, les JuriscohsrfteB disent que les fils de femille sont in sacriê, les émancipés non : et la femme estoit compaigne avec son mari ditmœ humàmj^uè êùmus. Les anciens eoncilesdés saincts pères ont défendu les oratoires privés, afin qu'il n'y eust qu'une Église, une f&tm et manière de religion.
«Si doncques la diversité de reHgion sépare et desjoint les personnes qui sont liées de si prochains liens et degré* , que peult-elle faire entre ceux qui ne se touchent de si près? La division des langues ne fetU la séparation des royaumes; mais celte de la rdigîon et des loix, qui d'un royaume en fait deux. De là sort lé vieil proverbe, une foy, une loy, un roy. Et est difficile que tes hommes estans en telle diversité et contrariété d'opinions se puissent contenir de v enir aux armes ; car la guerre, comme le dicl lë bon poète, suit de près et accompaigne discordé «t débat;
Et icissa gandens vadit discordia palU, Quam cum saDguineo sequitur Bellona flagcllo.
« Aeestëx^use est besoin oster la cause du Mkletydonaerqudque bon ordre par un sainci
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concile, commefotadvlsédewlèrttiwtttà Fofttainebieau , et duquel te pape nous a donné espérance, au grand et instant pourcbas et requestedu feu roy François. Cependant, mesmeurs, gardons et cons^vons l'obéissance à nostre jeune roy. Ne soyons si prompts et ikcites à prendre et suy vre noveHes opinions cha^ eun à sa mode et façon ; délibérons, délibérons long temps devant^ et nous inm raisons; car fil n'est question de peu de chose, mais du sauve* ment de nos âmes. Autl-ement, s'il est loisibte à un ehascun prendre nouvelle rriiglon À son plaisir, voyez et prenez garde qu'H n'y ait autant de façons et manières de religions qu'H y a de femtlles ou chefe d'hommes. Tu dis 4[ue ta religion est meilleure, je défends la mienne ; lequel est plus raisonnable que je suyve ton opinion, ou toy la mienne, ou qui en jugera, si ce n'est un sainct concile.
** Cependant ne muons rien légèrement, ne mettons la guerre en nostre royaume par sédition, ne brouillons et confondons toutes choses. Je vous promets et asseure que les roy et roine n'oublieront rieft pour avancer le concile; et oè ce remède feuidroit , useront de toutes autres provisions, dontses prédécesseurs rois ont usé; et messieurs te» prélats et auti^ gens d'Égli^, s'il teur plaist, femnt mieux qu'ils n'ont faict cy-devant. Considérons que la dissolution de nostre ^se a esté cause de la naissance des hérésies, et la réformation pourra estre cause de les esteindre. Nous avons cy-devant faîct comme les mauvais capitaines, qui vont assaiHîr le fort de leurs ennemis avec toutes teurs forces, kissans desprmrveus et dénués leurs logis. Il nous feult doresnavant garnir de vertus et de bonnes mOsurs, et puis les assaillir avec les ai^mes de charité, prières, persuasions, paroles de Dieu qui sont propres à tel combat. La bonnie vie, comme dîct le proverbe, persuade phis que l'oraison; le Cousteau vault peu contre l'esprit, si n'est à perdre l'ame ensemble avec le corps.
« L^ Albigeois forent une sorte d'hérétîqucfs du temps du pape Innocetoi et du wy PhMffpes Auguste. Pour lesquels retirer de leur erreurs , le pape Innocent envoya deux Siens légate de l'ordre de Cisteaux. Advint que au mesn^ie temps un évescpie d'Espaigne, grand homme dte bien, vint à Rome pour se descharger de son évesché ; ce qui lui fut relVisé par le pape, parce que ledit évesque estoit fort homme de biea,
et craignant Htten. Print ledit évesque son chemin pont retourner en Espaîgnt, passant à Itfo&tpeslier, voulut entendre comme aUolt l'af^ &tre des Albigeois, parla et communicpia avec ksdicts deux cisterciens l^ts du pape, qui hiy dirent qu'ils faisoyent tout ce qu'ils pouvoyeni, toutesfiôis ne proâetoyent guèces; et queieur advis estûît que si quelque grand personnage de quelque grande dignité et autborité vouloit ae veatir et vivre à la &çoa que presclM>yent lesdits hérétîqnes , qu'ife espéroyent par ce moyen qu'il attireroit tout le peuple à hiy *, et fisTok plus avec rexemple de sa bonne vie que eux légats n'avoyent p^i Caire par leurs prèsehes et sermons. Dont persuadé le bon évesque, print pareil et semblable habit qae lesdiots bérétiq^es, vestu d'un sac, teste et pie(k nuds, fiiisant de grands jeusnes ; et par ceste iftçon de vivre il retira dans peu de temps presque tout le peuple qui adhéroit aqxdipta Albigeois. Cela nous sert d'exemple pour monstrer quelle est la force de la bonne vie des pasteurs.
« Regardex comment et avec quelles armes iQS prédécesseurs anciens pères ont vaincu les bérétiques de leur temps. Mous devons par toos moyens essayer de retirer ceux qui sont en erreur, et ne feûre comme celuy qui voyant Fbomme ou beste cliargée dedans la fosse, au lieu de la retirer luy donne du pied; nous la devons aider sans attendre qu'on nous demande aeooms. Qui fait autrement est sans eharicé ; c'est plus bair les bommes que les vîees. Prions Dieu inoessanmient pour eux , et faisons tout ce que possible nous sera, tant qu'il ait espérance de les réduire et convertir. La douceur profictera plus que la rigueur. Osions ces mots diabdiques, noms de parts, Cnotions ei féditions; huhériens, huguenauds, papistes ; ne changeons le nom de chrestien. Regarde! combien de maux ont apporté en Italie les noms des guelphes et gibelins, les Qosdelapartde TEmpire, lesautresde l'Église. • Et parce qu'aucuns se sont trouvés, lesquels Ton ne pe^t contenter, et qui ne demandent que troubles, tumukes et confusions, qui ^e croyant (oomme il est vraysemblaUe ) en Dieu, sont eouemis de paix et repos puUic, qui plus ont besoin d'^re chastiés que admonnestés. Le roy cy-devant a esté <*ontrainct, et pounnt estre cy-après y envoyer ses forces; qui ne se ponU faire sans iravaiVer les bons et innocens
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(ce que ledict seigneur fût et fem à son granii regret). Mais la réparation est si difficile q^ faire ne se peult que les bons ne souffrent avec les mauvais. Ce que voyons advenir es punitions divines, comme éversions de villes et paîs , par peste, famine , gresle», tempestes et autres accidens.
<> Il y a beaucoup de choses qui sont en apparence dures et aigres, qui sont néantmoins salutaires, comme quand nous mettons le fea: aux granges ou bleds de nos subjects pour eoupper les vivres à l'ennemy, ou abattons la maison de notre voisin, pour arrester le cours, du feu ; par mesme façon les meilleures et plus saines médecines sont les plus amères. Si est ce que jusques icy a esté procédé si doucement, qu'il semble plus correction paternelle que punition. Il n'y a eu ny portes forcées, ny murailles de villes abbattues, ny maisons brusiées, ny privilèges ostés aux villes, comme les princes voisins ont faict de nostre temps en pareils troubles et séditions.
« Et d'autant qu'il ^t à craindre qu'aussi tost que le roy aura levé et osté ses forces, ils ne reviennent et fassent pis que devant, et que ce soit comme la guerre des Parthes ou Numides ; il est nécessaire faire de deux dioses l'une : ou que le roy tienne toujours sus une armée pour le contenir, qui seroit à la gn^nde foule du peuple et finances dudict seigneur, ou que vous, bourgeois et babitans des villes, preniez ce soing et charge sur vous, aussitost qu'appercevrez que quelcun se soubslèvera en vostre ville, le prendre, bire punir selon les édicts, ou l'exterminer qu'il n'en soit plus de mànoire. Car si nous sommes tous comme un corps duquel le roy est le chef, il est beaucoup meilleur coup* perle membre pourri que permettre qu'il gaste et corrompe les autres et leur lasse souffrir mort. S'il y avoit un bpmme pestiféré, ou infect de lèpre, vous le chassiez de vostre ville ; il y a plus grand' raison de chasser les séditieux.
« Aristote nomme un certain pays où les babitans respondoyent de la seurêté des chemins, et payoyent aux passans le dommaige qu'il avoyent receu éen briganset larrons. Tel et semblable statut e^ en plusieurs lieux d'Italie. Cela est cause que les bommes du pays sont plus prompts à tenir en seureté les chemins, à venger l'injure fûcte à autres, comme estant commune et appartenant là tous. Pareil
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et semblable est ce qu'on appeHe FAlemand en Espaigne, et es lieux qui sont près de la marine, aussitost que Ton voit le signe de feu ou fumée, chascun court à fin de chasser l'ennemy estranger. Nous devrions estre plus soigneux à chasser le domestique et familier.
« A ceste cause, messieurs, et que ceci vous touche principalement, advisez s'U vous plaist de prendre ceste charge sur vous et les corps de villes, de garder que telles séditions n'adviennent plus, les admortir et appaiser. Le roy vous mettra à ceste fin les armes en main ; considérez combien vous sera plus aisé que d'avoir les garnisons en vos maisons pour empescher les troubles.
« La ville d'Amiens et plusieurs autres qui sont en frontière, estiment à grand bienfaict, privilège et honneur de se garder eux-mesmes et leur ville contre l'ennemy, et estre exempts de loger les soldats. Le roy tiendra le plat pays en seureté par le moyen des gouverneurs, baillifs, séneschaulx,et de la noblesse, et quand sera besoing, vous aidera de leurs forces. Les gens d'Église feront leur devoir, avec prières, oraisons, et presches. Ainsi adviendra, quand chascun fera devoir pour sa part, et en tant qu'à luy touche, que Dieu sera servy et honoré, le roy obéy, et vous jouirez de vos biens en paix et repos.
« Après que vous avez entendu, messieurs, comme la maison du roy est bien composée de grands et bons conseillers et ministres, bien dévots et bien obéissans au roy et à la roine, bien unis et conjoincts ensemble , ce qui vous doibt servir d'exemple à aimer et révérer vos seigneurs, vivre entre vous avec charité et amitié, reste à vous raconter du mesnage du roy, qui est en si pauvre et piteux estât que je ne pourrois le vous dire, ne vous l'ouyr sans larmes et pleurs ; car jamais père, de quelque estât ou condition qu'il fust, ne laissa orphdin plus engagé, plus endebté, plus eropesché que nostre jeune prince est demeuré par la mort des rois ses pères et frère. Tous les frds et despenses de douze ou treize années d'une grande, longue et continuelle guerre sont tombés sur luy ; trois grands mariages à payer, et autres choses longues à réciter; le domaine, les aides, les greniers à sel, et parties des tailles aliénés. Sa volonté est très saincte de vouloir acquicter U(oy de êfis prédécesseurs; en ce^ il ne refuse
se réduire à telle mesure et espa^ne qu'un privé seroit content, pourveu que sa miyesté royale n'en soit avilie; il a recours à vous, comme à ceux qui n'ont jamais fiiilli à secourir leur prince, vous demande conseil, advis et moyen de sortir de ses afhires; ce qui vous serauplus aisé après avoir veu par le menu Testât, ou l'avoir faict voir par aucuns de vos députés. Et j'espère que l'ordre qui sera donné sera comme un reiglement perpétuel pour la maison de France, lequel les roy et roine sont bien délibérés de Caire garder et entretenir.
« La dernière partie de nostre propos sera, que les roy et roine entendent qu'avec toute seureté et liberté vous luy proposiez vos plainctes, doléances et autres requestes, qu'ils recevront bénignement et gracieusement, et pourvoiront en telle sorte que vous cognoistrez qu'ils auront plus d'esgard à vostre profict que au leur propre, qui est l'office d'un bon roy. »
Ceste proposition fut &icte en la première session desdicts estats, et rien davantage ne Alt faict pour tout le premier jour. Et pource qu'il fut ordonné aux estats de s'assembler le lendemain pour oisemblement conférer de leurs charges, procurations et mémoires, le lendemain qui estoit im sabmedi quatorziesme dudict mois de décembre, ceux de Testât ecclésiastique s'assemblèrent au couvent des Gordeliers, les députés de la noblesse an couvent des Jacobins et ceux du tiers estât aux Carmes; et fut proposé par une Ixmne partie de la noblesse et du tiers estât que la mort du roy survenue depuis que ils avoient esté députés et envoyés, sembloit avoir esteinct leur pouvoir et charge, et que si on vouloit qu'ils exploictassent en cest aflhire, qu'il estoit expédient qu'ils eussent nouveaux mandement et commission.
A quoy persistans ensemMement pour obtenir délay, présentèrent leurs remonstrances et cahiers par eux accordés et signés, au roy de Navarre. Toutesfois le vingtiesme dudict mois fut ordonné par arrestdu conseil privé du roy que lesdicts députés passeroyent oultre, pour accorder leurs cahiers, présenter et foire leurs doléances et remonstrances le plus tost que foire se pourroit; et quant au délay par eux requis, qu'ils se retireroyent pardevers le chancelier et Tévesque d'Orléans, pour foire leur rapport.
Ce foict, lesdita estats^ parlans par les trois
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personnagesdessQS nommés, estans debout Vxm auprès derautre, celuy qui estoitrpour le clergé entre deux, feireut leurs harangues et requestes chascun pour son r^rd, lesquelles nous a semblé estre bon d'insérer au long en ce lieu, tout ainsi qu'elles furent prononcées, estimant par là fidre chose plus agréable et profitable à la postérité.
Mais d'autant que lesdicts estats furent convoqués à deux fois, et à chascune d'icelle harangué par lesdicts trois estats, nous, pour obvier à redictes, et à superflue prolixité, avons advisé de coucher par escript une harangue seulement pour un chascun desdicts estats, et celle qui nous a semblé la meilleure. Qui sera cause que réserverons à insérer cy-après ceUe du tiers estât £aicte en la seconde convocation, et dirons seulement pour ce regard, que Ange, qui parla en ceste première convocation, dict pour iceluy estât.
Qu'il sembloit au peuple qu'entre les ministres de l'église trois vices puUuloyent principalement, auxquels principalement aussi Moit pourveoir; qu'iceux rejeclés ou amendés, on devoit espérer une pure, simple et humble reversion à la première sincérité de l'église. Que lesdicts vices estoyent l'ignorance, l'avarice, et la superflue despense et pompe des ministres.
Quant à l'ignorance , que commençant par ceux qui tiennent les plus haults et premiers lieux en l'église jusques aux moindres, eUe estoit si notoire, qu'U n'y avoit lieu de la révoquer] en double. Qu'aussi l'expérience monstroit, oultre le tesmoignage des ancimis, que l'ignorance estoit non seulement la mère, mais la nourrice aussi de tous erreurs. Que les anciens décrets et constitutions de l'église y avoyent voulu pourveoir, non seulement par bonnes ordonnances, mais par nouvelle érectt<m de nouveaux officiers en chascune ^lise cathédrale ou collégiale, quand furent faictes et dressées les maistrises d'escholes ; et plus firaischement, quand l'église gallicane avoit voulu que la tierce partie des bénéfices appartiendroit aux gradués nommés, et qu'en chascune église cathédrale y auroit un chanoine théologal; ce que toutesfois on voyoit n'avoir eu tant d'effect par le passé, qu'on ne veist lors la plus grande part des ministres de Féglise estre si ignorans que c'estoit la mesme igno* XVI' siicLE, La PI. et La Pi.
rance; tellement que les mœurs corrompus avoyent amené un tel desdaing de prescher et enseigner ( à quoy toutesfois ils estoyent plus appelés) qu'il sembloit estre contre la dignité d'un grand prâat, voire estre chose honteuse de prescher ou enseigner. Et prenant exemple sur les plus grands, les simples curés desdaignoyent aussi de prescher, et le £aisoyent faire par prebstres ignorans et indignes, lesquels disans les messes parrochiales, ne remonstroyent qu'une mesme chose, faisans servir un sermon en toutes saisons.
Le second vice estoit Favarice, qu'on voyoit autant ou plus notoire que l'ignorance, tant aux chefs qu'aux membres. Et le tiers, le luxe et la superflue despense et pompe des prélats, culdans par là représenter au monde de la grandeur de Dieu, et leur grande authorité; bien qu'ils la dussent tout au contraire représenter par foy et intégrité de vie. Qu'au concile de Carthage, qui fut tenu soubs le pape Innocent premier de ce nom, fiit ordonné que les évesques auroyent près le temple leur petite loge garnie de pauvre mesnage, et vivroyent petitement ; et maintenant on les voit parés et ornés comme rois, tout au contraire.
Après ledict Ange pour le tiers estât, Jacques de Silly, sieur de Rochefort, parla pour la noblesse en la manière qui s'ensuit : « Sire , Dieu tout-puissant et étemel est le vray roy, non seulement de la terre, mais de tout universellement, qui a créé et disposé chascune chose en son ordre, et y a constitué un chef et conducteur, comme un seul soleil au ciel ; et pour quelque représentation de sa grandeur et divinité, il a establi sur le peuple les rois très bons et trèspuissans, bons pour bien faire à tous, et puissans pour chastier les meschans ; dont anciennement estoyent nommés compaignonsdes dieux et enfitns de Juppiter, ce que disoit Vespasian, ordonnés étalement. Et pour différence des autres hommes, en l'Escripture Sainctesont nommés anges de Dieu, ou Dieux secondaires, ou lieutenans de Dieu, exécuteurs de sa volonté et conservateurs de ses trèssaincles loix; pour la prospérité desquels naturels du royaume fut commandé aux enfens d'Israël de prier Dieu. A eux le peuple se doibt rendre subject, comme au souverain, et aux princes et gouverneurs, en tant qu'ils sont commis et advoués des rois qui ont toute puissance. Ainsi nous Fran-
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cois vos très humbles et très obéissons subjects, j vous recognoissoas pour nostre naturel roy et souverain seigneur, et vous supplions d'avoir .pour agréable Tobéissance et fidélité de ceste noblesse, qui veult et désire fermement persévérer en la volonté de vous servir, obéir, survenir à vos affaires et employer ses biens et personnes par vostre commandement.
« Et puis il vous a pieu, sire, continuer si sainctement ceste assemblée des estats, à fin qu'ayant librement entendu d'un chascun ses doléances, vous y puissiez par vostre bon et très sage conseil pourveoir , selon que verrez estre raisonnable ; avant quo je vous déclare les nostres, je vous supplie très humblement qu'il vous plaise prendre en bonne part ce que m'est chargé vous dire.
« Sire, puisque vos jeunes ans ne peuvent perlîïettre que seul entrepreniez la charge de tant d'aii'aires, qui vous pourront survenir, nous approu oiisdetout nostre pouvoir, qu'àTeiemple d'Alexandre si grand empereur, ayez employé vostre très illustre et très vertueuse mère la roine, non seulement à vostre garde , ainsi que madame Anne à celle du roy Charles huictiesme son frère, mais aussi au gouvernement de vos affaires. Pareillement approuvons et louons que à vostre conseil ayez appelles le roy de Navarre, et autres princes de vostre sang, qui naturellement sont affectionnés et enclins à la conservation, augmentation et prospérité de vostre royaume; lequel pour bien administrer, ne pouvez faire meilleure eslection que de teisjprinces et seigneurs, de long temps expérimentés, par qui vostre noblesse reçoit plus volontiers vos commandemens.
M En quoy nous semble voir l'empereur Auguste, qui employa en son conseil Agrippa et Mécenne, l'un pour la défense de son pays , et l'autre pour le maintenir en paix ; tellement que nous espérons une tranquilité universelle, et que vous, sire, ainsi par eux instruict, nous représenterez quelque jour la grandeur non seulement d'un Charles huictiesme , ou Philippes le conquérant ou sainct Louys, qui à douze ans ou environ furent rois, mais un Alexandre, et en prudence un Salomon, qui enbas aage commencèrent à régner. Le peuple desjà craignoit Salomon, le voyant en sa jeunesse si sage. Et pour ce qu'il nous advertit que le conseil du roy est ie cueurdu roy, c'est-à-dire l'advis et délibé-
ration de son conseil, nous trouvons bonne son opinion avec celle de ceux qui dient , qu'à un roy il fault eslire des amis, pour entendre ses af^ires, tels toutesfois que le prince mesme en puisse respondre, et non ceux qui, la pluspart inclinans à leur bien, en font leur profict , au dommage du roy qui les a employés ; ainsi qu'en France voulurent faire Eude et Childéricb. Et qui pis est, en l'Empire Materne et Cléandre Frygien, lesquels, après avoir cogneu les affaires , se voulurent malicieusement faire empereurs, et conspirèrent la mort de Commode leur maistre ; ce qui ne sera jamais trouvé estrange entre ceux qui sçavent bien qu'il est fort difficile à personnes qui cherchent tant leur proQct de satisfaire à leur honneur.
« Sire, je vous feray entendre les doléances de nostre estât, après que briefvement je vous auray discouru dont il est venu. Les nobles ont esté ordonnés de Dieu pour la fidélité et obéissance de leurs rois, et la défense de leurs subjects ; dontdisoit Job, qu'il estoitcrainct comme un roy. Et en la république des Israélites furent institués septante des nobles et plus vertueux, pour estre la force de tout leur pais; et ne se trouve devant les cérémonies des sacrificateurs Chaldées et de Numa, qu'en la république y eust autre estât que celuy de la noblesse et des artisans. Et mesme Romule n'en feit que deux, puis y adjousta les cent sénateurs. Et nous semble voir le corps humain, où n'y a que deux parties principales ; la teste, qui nous représente le roy, et le cueur qui est la partie noble; desquelles si l'une ou l'autre est blessé» il n'est possible que l'homme puisse plus vivre, ou estre à son aise. Pareillement au ciel le soleil et la lune nous représentent le roy et la noblesse, tellement que quand advient ecclipse d'entre eux, toute la terre en demeure obscure.
«♦Si le roy ne s'accorde avec ses nobles, cène seront que troubles et séditions ; et quand il les maintient, ils le défendent, conservent, et sont tousjours les premiers à son secours, comme l'on dit vulgairement: Que le bon sang court tousjours à la partie blessée. A ceste cause les nobles par toutes républiques ont esté à jamais authorisés par grands privilèges d'armes et habits que les autres n'osoyent porter ; mesmes parmy les Thraces le gentilhomme seul alloit à cheval; et à Rome les femmes des nobles alloyentenlictière.
[iHt]
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« Les roîg vos prédécesseurs , par leurs ordonnances, ont continué si longuement à les y maintenir que le gentilhomme a esté ainsi cogneu, prisé et honoré. Ce quo plusieurs des autres estats ont voulu ensuy vre , soubs couleur que deux grands philosophes ont faict quatre parties de la noblesse , les uns pour estre fils des nobles , les autres pour estre potentats et grands en l'administration des républiques ; les autres pour s'estre exposés au hazard de la guerre et y avoir acquis quelque tiltre de capitaines ; et les derniers, pour avoir inventé quelqueart ou discipline. Mais ceux des trois parties en abusant ainsi , ont esté cause d'un désordre et misérable meslange entre le peuple, et de grande perte au roy de son revenu , désirant s'affranchir comme s'ils estoyent gentilhommes de nom et d'armes.
« Un autre mal est advenu sur Testât de la noMesse, et nous semble que nos prédécesseurs en ont esté cause, ainsi que celuy qui a faict le traict duquel après a esté blessé ou tué ; c'est qu'eux voyans legrandzèledeleursrois ChiWebert, Pépin, Louys septiesme,Dagobert, sainct Louys, Robert, PhIlippes-le-Bel, Charlemagne, Phiiippes de Valois et autres, à l'augmentation de la religion de Jésus-Christ, qui à bonne et jaste cause ont remis les papes en leur siège, et fcict kastir tant d'églises et monastères, dont le nom vous est demeuré de roy très chreslien , que les nobles ont faict le semblable selon leur pouvoir, et ont donné tant de biens à l'Église qu'ils ont ruiné et dissipé nos patrimoines ; et qui pis est, leur ont baillé la justice, dont la pluspart en abusent tellement que le gentilhomme en est si persécuté et chiquané, qu'ayant encofffl employé le reste du sien, il se trouve en arrière, et n'a moyen promptement comme il voudroît venir à vostre mandement, pour vous fiire le service qu'il vous doibt. Mais qu'est-il besoin de bailler l'exercice de la justice à l'ÉgKse, puis qu'elle, n'ayant les mains sanglantes, ne pe«lt faire l'exécution? Il faut donc que le prebstre regarde à son estât, qui est de prier Dieu, et non qu'il coure le long des rues pour solliciter , qu'il s'entremesie et embrouille des affaires temporelles et du monde, qu'il ne soit scandale ou fable au peuple , et n'entreprenne ks querelles, au lieu de chercher et moyenner la paix. Il se doibt contenter du revenu pour son ^ttretenement. Le prebstre doit faire son de-
voir pour la charge qu'il a prise de prier Dieu, prescher, enseigner, et administrer les autres , comme lumière et sel de la terre : quand il feroit au contraire et oublieroit sa charge, le roy y doibt employer la main de sa justice et y faire pourveoir, à l'imitation d'Hesechie roy, qui meit ordre aux évesques, aux prebstres et diacres du temple, et ordonna provision pour ceux-là qui vacqueroyent à la lecture de PEscripture- Saincte.
« Vos prédécesseurs aussi , le roy Charles septiesme par l'assemblée qu'il fait faire à Bourges de FÉglise gallicane, et le roy Louys onziesme en ceste vostre ville d'Orléans, touchant la pragmatique sanction, se meirent en ce devoir ; si bien que nous trouvons que Philippe*le-Conquérant n'a esté plus loué d'avoir banni les Jui^ de son royaume et faict la guerre aux Albigeois, ny Louys sixiesme pour avoir secouru les papes Gelas et Paschal contre Pempereur Henry ; que l'on admire Charlemaigne et son filsLôuys Débonnaire ; que l'on révère Constantin et Guillaume duc de Normandie , non tant pour avoir faict bastir des églises qu'avoir réformé l'estat de prebstrîse; d'autant que ceux qui ont la charge des âmes et choses spirituelles, il fault aussi que soyent personnes dignes de Testât, et comme disoyent Constantin et Constans, fils de Constantin, qu'ils ayent bonne ame, comme ministres de Jésus-Christ, et dispensiers des mystères de Dieu.
« Le reiglement des prebstres, sire, se peuh faire , quand les contraindrez tous , sans nul exempter, de résider sur leurs bénéfices, ainsi que desjà par phisieurs de vos ordonnances et édicts leur a esté confiniandé; et là ils communiqueront le bien des églises aux pauvres , et se mettront en devoir de faire leur estât de prescher. Telle réformation aussi sera louable et digne de roy très chrestien, quand présenterez les bénéfices à personnes capables , suy vant les arrests des conciles , et de la très saincte Église catholique : si au contraire les baillez, vous remettriez vos sobjects en phis grand trouble, abus et ignorance que jamais ; d'autant qu'ils ne pourroyent estre bien instruicts pour le devoir qu'ils ont à leur sahit , et l'obéissance que doivent à Vostre Majesté.
« Et vous, sire, en pourriez estre envers Dieu responsable , qui s'en pourroit offenser , tout ainsi que Ton Kt de Théodoric et Théodebert ,
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qui moararent misérablement pour ce qu'ils commencèrent à bailler leurs bénéfices par faveur, par argent, ou par amis ; et si seroit délaisser la principale partie de vostre estât , qui est d'estre équitable et faire justice à tous. Car il n'est assez à un roy d'estre bon s'il ne proficte à ses subjects , et s'il ne veult entendre leurs plainctes pour y remédier, comme faisoit Otho, ce qui l'esleva à l'empire ; et depuis qu'il fut empereur il estoit si diligent à l'entretenir en paix par justice qu'il ne penmettoit chose qui fut contraire à l'équité.
« £t certainement, quand le peuple se trouve content en la république , il remercie Dieu d'avoir un tel roy ou empereur ; au contraire , quand quelque malheur luy survient , il remet la cause sur ses gouverneurs, et cuide que c'est par la faulte de son prince. Ainsi s'estimoyent très heureux les sul)jects soubs le règne d'Antonin ; depuis , après sa mort , quand tant de malheurs leur survindrent, ils référoyent la cause sur l'empereur Commode. Et véritablement le peuple quelquefois porte la pénitence que Dieu luy baille pour le péché de son prince, et qu'ainsi soit, la famine n'advint-elle pas trois ans pour le péché de Saûl , et l'ire de Dieu sur le peuple pour le péché de David? Le peuple affligé n'eut-il long temps à souffrir pour son roy Achas? Yoyià comme Dieu advertit les roys à bien vivre : voyià comme les princesse doivent prudemment gouverner, et avec leurs subjects s'entretenir. C'est la Sulamithe que David aima; c'est celle prudence qui faisoit craindre Salomon ; c'est elle qui fait les princes commander, et fait que les puissans sont obéys en administrant justice, sans laquelle l'on les appelle tyrans; et tout le peuple accourt sur eux, comme feirent les Siciliens contre Denys le tyran, et les Agrigentins contre Phalaris ; comme feirent les Macédoniens, qui abandonnèrent et délaissèrent leur roy Démétrie. Et Thrasybule, après avoir banni les trente tyrans de la république d'Athènes, mtroduict la loy amnestie, c'est-àdire la loy d'oubliance des maux passés, et leur feit administrer la justice, qui est le vray moyen de bien policer et administrer un royaume ; car sans justice, sans prudence et diligence des ministres du prince, la république ne peult jamais se maintenir, ny plus ny moins que la navire sur la mer estre conduicte à bord sans pilote.
<« Les rois se servent des ministres en la jus-
tice, comme ils ont accoustnmé d'employer les capitaines aux régimens de leurs armées ; et tout ainsi que l'on ne baille point telles charges qu'à gens expérimentés, doit le prince eslire les hommes vertueux, capables, gens de bien, hommes véritables ethaissans avarice, qui nese laissentcorrompre par dons, qui ne prennent aucuns présens , ains selon les ordonnances et loix de Dieu, qui jugent justemait entre l'homme et son frère et entre son estranger, et sans avoir regard à personne en jugement, qui entendent autant le petit comme le grand. Bref, le roy doit eslire les personnes qui craignent Dieu , pour les pourveoir des estats de judicature gratuitement ; car autrement seroit vilainement acquérir par argent, ce que se doit obtenir par vertu; et le roy mesme peult estre la cause de la corruption qui s'en pourroit faire, s'il leur vendoit leurs estats, pource qu'il fault que celuy vende qui a achepté , ou qu'il se récompense. Jaçoit que le prince ne doit estre plus rigoureux envers aucun, qu'à punir telles personnes qui gastent ce qui est bon et sainct, c'est la justice, au lieu de la conserver et bien administrer; et n'y doit employer que le moins qu'il pourra d'ofiQciers, et les réduire à certain et nécessaire nombre, comme feit Auguste les sénateurs qui avoyent creu de cent par sus mille ou douze cens, dont le populace par mocquerie les nomraoit avortons, car la multitude cause tousjours confusion. Et comme vulgairement est dict, la multitude des médecins tue plustost que ne guérit le malade.
« Les Romains , au commencement de leur république, faisoyent obéir toutes les autres nations; mais depuis quils introduirent si grand nombre d'officiers, bientost elle fut réduicte à troubles et confusions. La république de Marseille fut long temps louée et en admiration, pour l'équité de sa justice ; mais depuis que le nombre des officiers creut jusques à six cens , ne feit que tomber en décadence. Ce n'est que le dommaige d'une république d'avoir tant de magistrats qui vivent aux despens du public et qui par longueur de procès nous destruîsent et engendrent infinies querelles.
« L'on vivroit en plus grande tranquillité, et la France seroit en plusgrand repos, et à vous, sire, plus grand plaisir, si vous donniez le moyen au gentilhomme d'y estre employé, comme estoit la volonté du très grand et admi
ET RÉPUBLIQUE, LIV. IV
nble roy François vostre ayeal, d'antant que les nobtesont plôs en reconunandationrhonnenr que leurs vies propres. Le remède plos promptement aussi se trooveroit par arbitres, et que les loix de Dieu et les loix municipales en chascane viUe fussent bien gardées, et qu'U n'y eust que peu de procès et d'accusations nécessaires, et tant de faux accusateurs, opiniastres plaideurs, brouillons et vermine de palais fussent suivant les loix punis ; ainsi la belle Astrée nous ramèneroit Taage doré, ainsi le bon temps reviendroit en France, ainsi revenions la tranquillité désirée du règne de Philipes le-Bel,qui, quand le palaisde Paris fut basti,8e bgeoit leans, ne craignant d'estre importuné par les solliciteurs des procès,pourcequ'ily enavoitbien peu.
«Il âtuldroitaussi, suyvant vos ord<»mances, que les confiscations ne fussent données avant la condemnation, et celles des condemnés fussent converties à oBuvres pitoyables. C'est le vray moyen de rachepter la paix publique, union et concorde entre tous estats. Ainsi nous et nostre postérité nous ressentirions devostre justice et bénignité. O bonté de Dieu! ce seroit khmii^ esclairante à toutes tes créatures; ce seroit le plaisir et profict que vos estats, sire, nousdoi vent apporter; cesontles trois estatsque Hippodame, Milésien, en sa république rechercboit; ce sontles estats que Diotimedisoitestre nécessaires pour la ccmservationdes royaumes, ce sont les trois choses que rois doivent désirer, d^avoir la religion, c'est-à-dire la netteté de leur conscience, la noblesse pour leur défense par les armes, et la justice pour la conservation de leurs subjects. Tellement que si ensemblement nous employons, chascun selon sa vacation à laquelle Dieu l'a appelle, que tous, ainsi que la trousse de Scilure bien garnie de flesdies, fortifierons ce corps de France, et la verrons plus que jamais florissante, pourveu que par vostre reiglement vous nous ostez les causes des séditions.
«Les séditions qui ont destruict toutesles rèpiddîques, et anéanti les royaumes, qui ont lalct raser les murailles des villes que la fouldre mesmes ne pouvoit accabler. La paix et le repos piddic sent les fortes nraraillesdu monde, sont les nerfedu pnnce,c'eB^'animal immortel. Entre les autres provinces et régions, sire, vous estes' le roy qui pouvez doresenavant renére tdle la France, vous estes de Dieu ordonné
pour servir à vostre peuple de père et vray pasteur; nous vous devons obéissance et fidélité ; Dieu nous a appelles et réservés pour la défiense de vostreprospérité,pourlatuitionde vos pais, et augmentation de vostre royaume ; ce que nous tous ensemble désir(His.
«Et à fin qu'ayons le moyen de vous secourir de nos forces et puissances, sire, il vous fiiult maintenir la noblesse en ses privilèges, franchises et libertés, aussi antiques que l'institution des rois, et qui nepeuvent par raison estre séparées et desmembrées de leur estât et condition sans que le prince n'offense par soymesme, diminue et affoiblisse la grandeur de sa majesté, de laquelle la noblesse est la principale colonne. Plaise vous donc, sire, (fe les nous continuer et maintenir ; si vous supplions que ne laissez esdiapper une si bonne et louable occasion que ceste si honorable compaignie ne soit en vain assemblée ; qu'il ne soit plus par les envieux de vostre couronne, et haineux de vos subjects, dict qu'en France y a plusieurs assemblées pour bonnes et justes causes, mais peu de résolution, ce que ne plaise à Dieu que maintenant advienne.»
Après que ledict sieur Rodiefort eut parachevé, il présenta une requeste par escript, de laquelle fat faicte lecture par un des secrétaires d'estat, par laquelle estoyent requis des temples pour la noblesse.
Quintin pour le clergé harangua près tout le dernier, en la matière qui s'ensuit.
«Roy très chrestien, nostre naturel et souverain seigneur, ce tiltre seul oultrepassant tous ceux que jamais prince ny monarche porta, lequel, acquis par les grandes et admirables vertus de vos prédécesseurs, vous est directement escheu pour héritage, domaine et patrimoine royal, moins aliénable ny séparaMe de vostre couronne que terres, seigneuries, villes, chasteaux ny possessions que vous ayez ; ce tant excellent tiltre, dis-je, de très chrestien fait avoir au clergé de vostre royaume ( qui suyvant vostre bon commandement se présente cy-devant vous) et luy donne non pas espérance, mais .indubitable asseurance certainement obtenir ce que Vostre Majesté luy commande et enjoint de demander, n'ayant proposé de faire à son roy très chrestien que requestes et remonstrances très chrestiennes et que très nécessaires au salut d'un chascun.
DE LESTAT DE LÀ RELIGION
«Et vous, madame, nostre singulière princesse roine et dominatrice, qui estes cause de eeste noble et tant insigne assemblée, jà qoasi par laps d'un bien long temps (87 ans) oubliée, vostre grande prudence qui nous a réduict, contient et conduict en union, l'expérience que sous avons de vos excellentes vertus nous asseurent aussi que par vostre douceur et bénignité vous prendrez nos très humbles remonstrauces non seulement de bonne part, ains leur donnerai bonne fin. Yops, nos très illustres seigneurs du sang de ceste noble maison de Bourbon ( pouvons nous dire saincte maison, considéré la saincte tige d'où sortent ces florissans arbres et jettons, desquels le premier et plus bault est le roy de Navarre) nous faites certainemeqt espérer et attendre une heureuse yssue et conclusion de la présente convocation, comme si présentement nous voyons là vostre atave et progéniteur sainct Louys. Nos très révérends seignenrs eardinaulx, che&, appuis et substentaeles de nostre estât, nous confortent en Fattente que nous avons d'estre bénignement ouys en nos hui^fibleset ecclésiastiques requestes et prières que nous avons à faire. Si font aussi nos autres excellens seigneurs, ducs et princes tous catboliqi^es, secteurs de Dieu, et propugnateurs de son Église romaine, conseillers assistans à la majesté de nostre roy très chrestien Charles neufviesme.
« Or, sire, puis que Dieu par sa grâce vous a mis au cueur, et divinement inspiré vostre consul (ainsi que l'autre jour monseigneur le chancelier proposa) de continuer et parachever ce que û très recommandable mémoire de vostre prédécesseur et frère,nostre feu Inm et innocent roy ( dont Dieu ait Famé ) avoit sainctement oon^mencé, à scavqir. de recognoistre $Emûlièrement par une convocation générale le grand et bonorabk peuple, duquel Dieu vous a faict roy et gouvejmeur, à fin aussi que le peuple obéissant à Dieu recognoisse en toute submission sop ^ouyeraiiv seigneur ; je suy vray Tordre, et preodray les causes qui sont insérées et contenues aux lettres de nostre feu bon roy. I^primis, lokué soit Dieu qui (comme feit en Daniel, en Samuel, en Salomon, en Josias) pareillement a suscité son esprit en deux bien jeunes rqis François, de convoquer et teiMr les trois estats de leur royaume; Tesprit par ce vous donnant à entendre, sire, vostre royaume
estre certes monarchie, toutesfoîs aucunement participant et tenant de république, soit aristocratie ou démocratie : qui est ce qui le fkit, a fcict, et fera (si Dieu plaîst) longuement durer et prospérer. Est ceste convocation quasi naturelle et toute accoustumée aux Gaulois avant qu'ils eussent Romains ny rois dominateurs; lesGrecslanomment7racvxi>Tcxcv,t(fe5lCWfarum et Gallorum omnium conventus (tut eonci^ lium. Nous prions nostre Seigneur, sire, qui en c'est endroict vous a imparti son sainct esprit, de nous assembler et faire par ensemble communiquer, que son plaisir soit aussi tousjours maintenir, et faire converser autour de vous puissance, vérité, justice et conseil. Par moyen la majorité que vous baille l'usance de France sera divmement confirmée sans avoir afE&ire d'autre régence pour minorité ; et dirons pource que le verrons:
PaTcjte natales , tlnikU, oumeraro deoram , C-rsaribus virlus conligil anie diem.
logenhun coelcste suis vdocias annb
Surgit, et igoaT» fort maie danioa morm,
« Sire, les trois estats de vostre royaume convoqués et assemblés par le passé n'ont jamais eu qu'une bouche, uncueur, et un corps, dont vous estes le chef; Torgane et la bouche estoit rÉglise ; pour le présent les deux autres demeurans tousjours en un mesme corps et soubs ua mesme chef, et voulans y demourer (ainsiqu'ils ont publiquement protesté,) toutesfois, disent^ ils, pour quelques raisons veulent parlera part. (.'Église gallicane sans grandes ou nulles causes, quant à ma personne, a prins et choisi le dernier, le moins habile, le plus rude et moins expérimenté, pour me présenter devant Vostre M^esté ; cest honneur ont ils &ict et déferé au préjugé de mes très honnorés seigneurs les révérends évesques, vénérables chapitre et clergé, mesmement à celuy de vostre fille aisnée,comme digne d'estre sur tout honorée, l'Université de vostre capitale et royale ville de Puris, sire ; de laquelle université j'ay esté par cy-devantjaiae, et suis maintenant vieil escbolier, aluHme et enfant, semper infam, veux -je dire.
«« Ne reste que de me retourner à Dieu, luy présentant l'oraison d'Ësther qoand elle voulut parler à son grand roy Artaxerxes(dit Assuérus ) pour ses frères et peuple Israâitique : Mamenlo^mei Domine, rex genlmm* tribut
semumem compositum in ore meo in conspectu régis. Après ce venant à la cause de nostre afisemblée, par les patentes de Fontainebleau du dernier jour d*aoust passé, il pleut à Sa Majesté nous faire publiquement entendre trois principales et grandement urgentes raisons qui Tout induict de généralement assembler les trois estats de son royaume, raisons véritablement conformes et correspondantes à vostre héréditaire et patrimonial tiltre de roy très ebrestien.
««La première, qui doit en toutes bonnes entreprinses précéder, est Tbonneur , la vénération, Tamour, le service de Dieu, lequel voulez et commandez plus que toutes choses estre gardé et observé en vostre royaume, qui par ce moyen florira, et vous, sire, en iceluy sur les autres, en toute gloire et prospérité. Car la promesse est infaillible qui nous dit : Primo quœrile regnum Dei eijustiiiam ejm, et omnia vobis adjicientur.
«La seconde, c'est pour oyr et examiner les grie£s, plainctes et doléances des affligés en vostre royaume, entendre les remonstrances qui seront sur ce faict , pour y donner tel remède que le mal requerra; paroles dignes de roy, que le grand roy des rois a de sa grâce esleu , pour par dessoubs luy longuement gouverner son peuple icy bas , parce que le propre ofBce de Foy est faire jugement et justice, et délivrer les opprimés par violence de la main et puissance des oppresseurs et calomniateurs.
•La troisiesme cause de ceste assemblée générale, procède d'une indicible bonté, d'une clémence inestimable, dont on ne se peult assez esmerveiUer , ny ne la peult-on assez louer en un si grand et si absolu monarche, c'est, sire, que vous avez en général convoqué tous vos subjectspour confesser devant eux ce que selon l'exigence des nécessités du royaume ils font et ont Caict pour vous , qui est autant que les vouloir mercier. Vouloir du tout répugnant, et directement contraire à je ne scay quels malins esprits soufflans aux oreilles du prince, quod omnia sunl re^is , calomnieusement interprétans du juge Samuel.
• Sire, quant à ceste cause qui dépend seulemoEit de vostre excellente bénignité, je me tairay. Toutesfoisen passant, comme pour récompense telle je diray, que par la grâce vous e^tes aussi roy d'un peuple qui, sans la pro-
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spérlté, sans la victoire, sans le salut de son souverain prince, n'a jamais voulu, non pas avoir aucun bien, mais rester ny demeurer en vie. Ce tesmoignage baillent lesautheurs Grecs et Latbis aux GauUois, de Celiis hquentes. <*Je viens à la première catholique etsaincte cause d'une tant notable congrégation, qui concerne la singulière conservation de l'honneur» révérence et vénération de Dieu, avec une entière et pleine restauration de son divin service, duquel (nous, dis-je en douleur, qui nous appelions ecclésiastiques ) sommes les premiers par trop indignement et scandaleusement esloignés; les autres aussi tous, auxquels semble que Dieu, courroucé pour leurs desmérites, vie rebelle et pleine de récalcitration, donne recteurs et supérieurs, non par sa grâce, mais par sa fureur, convenant à leurs mœurs. Ce que toui d'une voix à nostre grande confusion nous confessons et recognoissons devant Vostre Majesté, sire, et la supplions très humblement, piando jam ( quod ait Hieronimus ) regum leges non evangelia timemus^ c'est-à-dire, puis que de nous-mesmes ne nous y remettons, de nous y vouloir par saa autborité réduire : Habes reos confiienteSf
"Hultus erit f^ssis reddère iura liabor.
«(Sire, c'est l'endroict seul qu'il iaulten l'Église réparer, restituer et réformer^ etnonpas réformer l'Église, car l'Église n'a ride en soy, mAcule ny difformiié qu'il Caille réformelr^ n'a ccm'uption qu'il faille desraeiner, n'eut onc-^ quesny jamais n'aura. L'Église est l'amie tlome entièrement belle, sans si ny tache aucunei rÉglise est la chaste vierge non maeulée, non corrompue, quelle sainct Paul veult espouser, et desjà dit estre espousée à nostre Seignetur Jésus-Christ. Les ministres d'icetles fault-ilqué vous incitiez , sire , exhortiez, soUicitîez, contraigniez à ne la plus difformer ny maculer, et que leur ostiez l'occasion de ee fiaire. A l'Église ny à sa hiérarchie ne fault toucher, quia eor^ pus Christiest,
«A Vostre Majesté, sire, jà divinement in^irée, à ceste plus que néii^essaire non seulemâit utile réparation de l'Église, me semble toutes remonstrances estre vaines et superflues, un court et brief admonestementde sainct Grégoire suffira, qu'il feit à deux frères en ce ten^s là régoans vos prédécesseurs {qun vœatrefeê
DE L'ESTAT t)È LA RÈLIGiON
[i5èi1
Francorum ) Txm nommé Theodoricos, et l'autre TheodebertDs, environ Tan six cent trois ou quatre, dit ainsi en l'épistre 114 du 7® livre de son registre touchant les mauvais prélats de ce royaume de France, fait à craindre qu'une bien grande calamité n'advienne au pays où telles indignes personnes sont constituées au lieu de régime. Ce que pour lors leur fat escript pensez présentement vous estre escript , et pousuyvez, sire, de nous assembler en concile, pour par nous-mesmes coguoissans nos évidentes et énormes faultes, nous réformer. Qui sera restituer Testât ecclésiastique en son entier, à sa première lumière et splendeur; qui sera comme Joas dixiesme roy de Jérusalem , veu la négligence et malversation des presbtreset sacrificateurs, avoir soin de restaurer, et en effect restaurer et réédifier actuellement les piteux démollssemens, les horribles et lamentables ruines du sacré Temple et saincte maison de Dieu.
« Yostre Majesté, sire, qui par une natureUe sienne bonté nous ouyt, et veult ouyr humainement en ce passage de réformation, prendra de bonne part les très humbles requestes et remonstrances qu'en toute obéissance luy veulent faire ( si c'est son bon plaisir ) ses pauvres et dévots orateurs les gens d'église de son royaume. Tout au commencement, sire, vous proposent et mettent devant les yeux l'exhortation du bon père Matathias à ses cinq enfans surnommés Macchabm^ glorieux princes, preux et chevaleureux capitaine de l'armée de Dieu contre les profanateurs du sainct temple, violateurs de l'antique religion de leurs ancestres pères et majeurs. Mourant le bonhomme commandoità ses enfans de bataiUer pour la défense du temple , comme avoyent faict ses prédécesseurs, et leurdisoit pour dernières paroles en testament. Souvienne vous des œuvres que vos pères et progéniteurs ont Caiictes en leur temps, et par ce moyen vous acquerrez une grande et ample louange et gloire, pareillement un nom perpétuel et immortel.
«A ce propos , sire , nous voulons dire , s'il vous plaint, que vous pensiez que Charles premier n'a point accreu ny aggrandi son nom, faisant de Carolus un Carolus Magnus, son fils aussi de Ludovicus simplement n'a faict un Ludùti- CM pius ( nom d'excellente religion ) ny Philippus secundus n'a esté surnommé ÀugmtuSf
c'est-à-dire consacré, plein de révérence et magnificence ; ny Louysneufviesmen'a pas acquis le nom de sainct, que en faisant ce dont nous voulons très humblement supplier Yostre Majesté, sire. J'ay seulement nommé ces quatre pour briefveté, sans toutesfois entendre nul exclure des autres, qui sont en nombre jusques à vous sire, cinquante cinq baptisés et chrestiens, tous ayant porté la couronne, tenu le sceptre que vous tenez et portez, s'estanssis au throne où vous estes assis, lesquels, velui omnium gentium consensu^ par dessus tous autres princes ont emporté et gaigné le prix et le nom detrès-excellens chrestiens. Ce n'a esté, sire , pour souffrir qu'en ce royaume n'eust aucun lieu dédié, sainct et sacré spécialement a Dieu, ce n'a esté pour voir et endurer qu'on profanast les églises, qu'on abattist les autels, qu'on brisast les images , qu'on innovast les saincts sacrements , qu'on chassast prebstres , évesques> religieux, et tous administrateurs d'iceux, qu'on ne tinst vœu ny promesses à Dieu, que prebstres, moin^, nonnains se mariassent, qu'on vesquit sans abstinence, continence, jeusnes et afflictions du corps, pleins de toutes licence et liberté de chair, en se retirant apertement et soubstrayant de Fobéissance ecclésiastique, taschans faire lemesme (et le feront s'ils peuvent) occultement de la civile,
«Voylà, sire, le sommaire delà Caulsement et malicieusement dicte Évangile, que nuict et jour on s'efforce par toutes voyes publiques et cachées introduire et prescher en vostre royaume. Qui n'est le chemin par où les susdicts vos senieurs son parvenus, à ce hault degré d'honneur , ayans mérité d'estre réputés et nommés par tout le monde grands, pitoyables, vénérables, saincts, et finalement roys très chrestiens. Nous vous supplions, sire, et requérons tant humblement que le pouvons , de contrevenir à ces sataniques et cauteleuses embuscades qui viennent assaillir vostre royaume soubs l'estendard de l'Évangile, auxquels vostre Majesté forte et armée de fer aussi doit résister : à ceste fin, nonautre. Dieu vousamisle glaiveenmain, pour défendre les bons et punir les mauvais.
« Nul ne peut nier qu'hérésie ne soit un mal et crime capital, et que l'hérétique ne soit mauvais capitalement (sainct Paul Tadict), ergo punissable capitalement, et subject au glaive * du magistrat. En ce cas ayez mémoire, sire.
de tous vos antécessenrs, faites- vous lire pour estude (comme faisoit Assuerus rex magnus Persidis) les histoires et annales du temps passé , par là vous cognoistrez quelle et combien forte résistance ils ont perpétuellement faict à tels grassateurs depuis Tan 499 ou l'an 500 (qui fut Tan du baptesme de Clovis) jQsques à huy, qui sont mille et soixante ans que la chrestienne monarchie françoise dure en un mesme estât de religion, soubs une foy, floubs une loy et soubs un roy *, et durera, sire, par vostre royal support, aide et confort après Dieu, qui vous récompensera de gloire et renommée in sempitemum.
«Charlemaigne en l'inscription de ses édicts, ordonnances et lettres patentes, escrivant aux provinces où il dominoit et deçà et delà les monts en grand nombre, usoit de ces mots : « Ego Carolus, gratia Dei, ejusque misericor- *• dia douante , rex et rector regni Francorum, « etdevotus sanctaeDei £cclesixdefensor,om- « nibus ecclesiasticse potestatis ordinibus seu «* secularis potentiœ dignitatibus, salutem. *»Ce tiltre se lit en un livre tant imprimé que non imprimé, commun toutesfois par les bibliothèques, qui est intitulé Capitula Carolû S'il vous plaist, sire, considérez qu'il met non sa seule dignité, roy et recteur du royaume des François, mais quand et quand met la charge de sa dignité, c'est à sçavoir, dévot défenseur, humble adjuteur de la saincte Eglise de Dieu. Telle aide, sire, telle défense nous attendons de vous, de vous {inquam) Charles neufviesme, qu'elles nous a faict Charles premier, quelles desjà par eflect nous sentons, et de jour en jour expérimentions au trop brief règne de nostre feu bon et innocent roy François second.
« Tout le clergé de vostre royaume, sire, à deux genoils, de cueur et de corps humblement fleschis devant Vostre Majesté, vous requiert de continuer, vous prie d'estre son protecteur et défenseur, vous supplie de tenir la main que la religion depuis le temps susdict jusques à présent observée en vostre royaume soit entretenue perpétuellement, sans donner lieu à secte quelconque qui soit contraire. Vostre dict clergé, sire, proteste cy devant vous Jen toute humilité que, par la prétendue réformation de l'Eglise (des ecclésiastiques falloit-il dire), ils n'entendent que rien soit imminué ou changé es articles de la foy, es saincts sacre- XVI- siscLK , La PI. et La PK
ET RÉPUBLIQUE, LIV- IV
mens et usage d'iceux , es traditions ecclésiastiques, ordonnances et constitutions des saincts Pères et cérémonies de tout temps religieusement gardées en l'Église romaine, catholique et universelle, de laquelle ils n'entendent aucunement se départir, ains veulent en icelle vivre et mourir.
*• Ce propos-cy nous incite et admoneste, sire, puis que vostre royale humanité le nous permet, de vous interpeller et demander aucunes choses grandement nécessaires et requises à l'union, paix, tranquillité, concorde et conservation de nostre ancienne religion, qui toutes dépendent de vostre authorité et puissance royale, quelle Dieu vous a de là hault permise et recommandée principalement à cest effect. Premièrement, sire, nous supplions, que si quelque fossoyeur de vieilles hérésies desjà mortes et ensevelies par impiété se ingéroit et vouloit introduire et renouveler aucune secte jà condemnée (comme sontinuniversum toutes celles de ce calamiteux et séditieux temps) et à ceste fin présentast requeste, demandast temple et permission d'habiter en ce royaume (comme se sont impudemment et par oultrecuidance ingéré naguères aux estats particuliers aucunes de vos provinces), que tel porteur de requestes, comme fauteur dTiérétiques, soit luy-mesme tenu et déclaré pour hérétique, et que contre luy, comme tel, soit procédé selon la rigueur des constitutions canoniques et civiles, ut auferatur malum de medio nostri. C'est ici l'une des vieilles et pernicieuses vexations de l'Eglise catholique, à laquelle tousjours les hérétiques et schismatiques se sont voulu esgaler et bailler un compagnon à Dieu, en érigeant église contre église , autels contre autels, temple contre temple, audace et malignité pieça condemnée par le canon apostolique 31.
uSanctus Athanasius, environ l'an 350, respondant à Fempereur Constantius {degener filius Constantini magnî) qui luy demandoit une église, et quelque certain lieu en Alexandrie pour la congrégation des ariens {quibus erat addictissimus) nous enseigne la response qu'on doibt faire à l'improbité de semblables demandeurs. C'est raison (dict Athanasius) d'obéir à ce que vous voulez, mais aussi accordez ma requeste : je demande que pareillement, aux villes par eux séduictes, et dont ils occupent
DE L'ESTAT DE LA RELIGION
les églises, ils nous laissent une place et lieii pour prier et nous rassembler.L'empereur,quelquedcsvoyé et perverti qu'il fust, trouva la requeste de ce sainct personnage équitable, mais non pas les hérétiques et ariens, car ils aimèrent mieux n'avoir églises en Alexandrie, ny par toute TÉgypte, que dedans leurs villes en octroyer une aux catholiques. Theodoriius Cyrensis récite ce que dessus au second livre de son Histoire ecclésiastique, chap. 12. Sozomenus en son troisiesme livre, chap. 20. Pour certain ces bailleurs de requestes, pour avoir entre nous leurs particulières synagogues, s'en déporteront plustost, que de nous accorder la pareille entre leurs reculeurs et réceptateurs ; ce qu'ils n'ont aussi pouvoir de faire, velut exiorres et fugiiivi.
** Environ quarante ou cinquante ans après, hoc est, anno Dom. cirdter 390, divus Ambrosiiis tout à plat refusa de recevoir aucuns ariens , ny de leur accorder lieu pour se congréger en la ville de Milan, dont il estoit évesque, combien que Fempereur Valentinianus secundus l'en pressast fort, ains armata quasi manu Pen voulsist contraindre. L'empereur crioit d'un costé avec ses gens d'armes : « Trade basilicam, mei namque sunt om- « nia juris. »» Ambrosius respondoit de l'autre avec ses clercs : « Nec mihi fas est tradere, nec u tibi,oimperator,expeditaccipere; quaedivina « sunt, imperatoriae majestati nec potestati suti- « jecta non sunt. «Ha sur ce composé deux traictés intitulés de Basilicis tradendis, l'un contra Auxentium^ Tautre ad Marcellinam sororem suam.
u Gamas, capitaine général des gens tant à pied que à cheval de Fempereur Arcadius, l'an 4iO ou 12, machinant contre la couronne de son roy le voulant chasser de f empire; pour couvrir son malin vouloir, et cacher sa prodition, ne trouva meilleur moyen que de ïuy demander en la ville de Constantinopfe un particulier temple pour prier (disoit-it) et chanter avec les siens , qui tous estoyent hérétï-
3ues, tels que sont aujourd'huy ces demandeurs 'églises, à sçavoir ariens. Negàntes omnlpotentiam Verbi ac divinitatem Christi, L'em-
})ereur Arcadius, craignant la puissance de ce ùrieux capitaine, le voulant appaiser, luy promit et permit lieu. Soubdain feit appeler î'archevesque Joannes C/iry50«tomw5 pour assigner
iceluy lieu ; ce qu'it refusa Éaiîre, disant a ce terrible capitaine : « Ou tu es de la religion et foy de ton roy, ou tu n'en es pas ; si tu en es , nos églises te sont toujours ouvertes, viens-y prier; si tu n'en es pas, il ne te fault donner lieu pour conventiculer en ceste ville, mais comme un traître, il te faut chasser du royaume et de l'empire. »» Se voyant descouvert, il se retira, déclarant la guerre contre son prince ; en la- €(uelle il mt bientost après malheureusement occis. Socrates, cap. 5, lib. ë\ Théodoritus, cap. 32, lib. 5 ; Sozomenus, cap. 4, lib. 8, escrivent bien au long cesie histoire, laquelle plus avant je ne discourray.
« Ces trois exemples, crins de l'antique et primitive église^ nous monstrent assez combien, et de quant long temps sont eÇ'rontés les demandeurs d'églises et temples séparés pour leurs conventicules ; ce qui leur vient par une succession directe d'hérétiques à hérétiques, conmie de père à fils.
« Autre bien humbté rec^uesté nous avons a vous faire, sire, conforme au dire de Fempereuf Justinianus en ses authentiques loix nouvelles 6 et^l23 ; mai§ les laissant, je j)rendray la semmable loy de Cha^femaigne qui plus vous doit mouvoir, comme si par vous-mesme estoit faicle au livre et lieu préallégu^ Capitula taroli^ dict au dernier chapitre de sesdictes ordonnances, épiloguant les précédentes : « Om- « nés secunoum canones et secundum patrum «♦ régulas vivere cogam, »» c'est-à-dire, je contraindray tous mes subjects à vivre selon les canons et selon les reigles des pères. Sire, pour l'honneur de Dieu,, pour l'e saïut de vostre ame, conservation de vostre règne, accroissement d'iceluy tqngissimqs m annos, gardez ceste saincteét sacrée loy, et la nous faites a tous di,- Ijgemment garder. Pxf^nëz curé et soin que nous vivions et gouvernions tous et par la reigle, discipline et institution des ^inîcts pères anciens etcjBinons de Féglise.
« aire, comme très chrestien que vous estes de nom,, et voulez estre de faict, n'endturez jamais dire de ces bons et anciens pères, auxquels nous devons nostre clîristianîsme, et selon fa doctrine desquels nous demandons vivrç , que c'estoyent bons resveurs, et les conciles par eux ordonnés et célébrés, belles resveries, pleines de contrariétés. C'est un blasphème non moins abominable que celuy de Fhérésiarche Monta-
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nos en Pan 17$, qni tels estimoit avoir esté les saincts prophètes Esaias/1È(ierémîas, Êzéchièl, et les autres ,' disoit le malheureux ^ue non par inspiration divine, mais comme gens transportés ry exaraàec, dit le grec, hors (lé sens, d'entendement et resyans ils prophétiso vent. C'est l'impiéie àeMaeédonîus en l'an 345, qui nioitle Sairict' - Esprit avec 'tous" ses èffects. A ces deux exécrables et damnés bérétiaues en tout et pair-tout ressemblent ceux qui maintenant osent calomnier les conciles antiques et saincts autheurs d'iceux , aucunes fois divers entre eux (je le confesse) pour la disparité dés temps et diversité des causes,' contraires non ; car ils sont faicts et proviennent de l'esprit en soy et à soy tousjoûrs semblable et stable in œternum. Distinguez les temps (dit sainct Augus- Im) et vous accorderez l^Escripture.
« Ceux-là pareillement sont indubitables montanîstes' qui ont osé et osent dire , prèscher et èscrire que depuis huict cens ans l'évangile de nostre Seigneur et Sauveur Jésus- Christ n'a esté jusques à présent entendue. C'està-dire que nostre Dieu Jésus-Christ a failli de promesse, nous a du tout ahandonné sans nous envoyeir l'esprit consolateur et docteur de vérité. N'est ceste maudicte hérésie nouvelle, ains (comme toutes les autres modernes) renouvelée ; commença dès le susdict Montanus qui disoit que Vesprii de Dieu n'avoit esté jamais donné qu'àluy seul, ne apostolis quîcfem, Tertulianus leur respond : V ous verrez, dict-il,que la vérité les attendoit a son sec6urs;'âutremerit elle estoi t perdue . Doncques avant qu' ils fussent nais , on évangélisoh faulsemeht, on croyoit mal ; tant de milliers d'hommes ont esté faulsemént baptises ; tant d'œuvres en fôy faulsemeht exercées ^ tant de bonnes vertus et grâces n'ont esté bien Éaiictes ny opérées; tant dé saincts et sacrés offices ont esté mal etdéceptoîreAient administrés.
« Sont passés quatorze cens ans ou environ que Tertulian respondoit pour nous aux hérétiques de son temps, pleins de telle vanterie qui a duré et dure encores maintenant ; car le propre de l'hérétique est de cuider et se présumer plus sçavoir que nul autre qui soit ou ait esté. Voyià pourquoy sont appelés ironiquement en mocquerie par les Grecs, gnostiques, c'est-àdire grands clercs, et moult côgnoissans. Tels se présument-ils estre. Certainement la langue est remplie de blasphèmes, elle est sans frein
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laschée à toute malédicence, nesciens quid ïoquatur, neque de quo loqiuitur, quand de
Suis trente ou quarante ans n'a eu honte de ire qu'à présent on entend sincèrement Tévangilé jamais auparavant entendue.
« En nos jours tant corrompus, qui entend plus entièrement l'évangile, c'est-à-dire Tinté- Çrité de vie, là salutation de l'ame, les œuvres sainctes et salutaires, Tobéissance et révérence deue à ses supérieurs, et mutuelle et fraternelle charité de prochain à prochain, l'amour et craincte de Dieu, que Fentendoyent nos perpétuellement vénérables et anciens pères de conciles assemblés soubs l'authorité de Charlemaifie cinq en nombre, Maguntinum, Jlemense, uronensSy Cabilonense et Areialense , tous congrégésdepuis l'an 810? Pault adjouter, omnium Gaïlicanorum conciliorum celeberrimum concilium Aquisgranense, quando regnarelLudovicus PiuSf environ l'an 820, avec trois livres singuliers composés par les évesques estans audit concile envoyés à Pipinus, roy d'Aquitaine, fils dudict Louys. Parla simple lecture desquels on cognoist promptement si ces bons pères estoyent ignorans de TEscripture; et ce 10 ans, 20 ans après les 800 ans cottes par ces gnostiques.
« Je me déporte d'innumbrables autres sainctes et catholiques assemblées non gallicanes et j^allicanes du depuis célébrées. Ne voulant autre chose pour ceste heure monstrer, sinon que la France, depuis l'évangile receue, ne l'a jamais ignorée. Semper caruit monsiris, par tesliioignage de sainct Hierosme contra Vigilantinum, Fun des patriarches de ces monstrueux gnostiques, et si grands clercs en Févangile. Sanctus Bemardus Clarevallensis estoit en fan 1150 après huit cens, après mille ans passés, n'entendant Févangile, que je ne sçay quels indignes d'estre plus avant nommés de profundo Gehennœ lacu profluise disent entendre. Je le croy ; mais il entendoit Févangile de nosire Seigneur et Sauveur Jésus- Christ. Véritablement, sire, si le Sainct-Esprit estoit en Basilius magnum y en Gregorius Nazianzenus, en Chrysostomus ^ et autres saincts docteurs de Féglise grecque ; s'il estoit en Cyprianus^ AmrhrosiuSy Hieronimus, Augustinus et autres saincts de l'église latine , il n'est point en ces renouvelés évangéUques ; et, s'il y est, n' estoit pomt aux susdicts glorieux amis de Dieu, fon^
DE L*ESTAT DÉ LA RELIÛION
dateurs, enseigneurs et instituteurs de nostre foy et créance chrestienne ; car ils sont de parole et de faict en doctrine, en mœurs, en religion, en humble obéissance Tun à l'autre contraires.
« Sire, ce sont des raisons par lesquelles nous supplions très humblement Vostre Majesté de ne vouloir oyr ni recevoir les malins propos de ces licenlieux et profugues libertins ; plus proprement les pourrions-nous dire licentins, pour la desmesurée licence qu'ils preschent en toute chose, qui licere volunt quicquid libet : couvrans et desguisans leur abandonnée et malicieuse licence du faulx visage de chrestienne liberté contre ce que défend sainct Pierre; ne pensans (quoy qu'ils dissimulent) qu'à une anarchie, que veult dire eslre sans prince et sans roy, ne cherchans que de vivres acéphales, c'est-à-dire sans chef. Si Dieu, provoqué des péchés de nous autres ecclésiastiques, a permis (comme il faict tousjours) que ceste rébellion, schisme et sédition commenças! premièrement à son sanctuaire et à sa maison, sçavoir est contre l'Église;. si ces rebelles machînateurs d'insolites et exécrables sacremens se soustrayent de la puissance et communion ecclésiastique ; nul autre potentat ne doibt estre asseuré. « Ronces et buissons croislront sur la terre de mon peuple (dict-il), mais beaucoup plus en croislra sur toutes les maisons de la cité qui saulte et s'esjouit par-dessus les autres.» Joignons à ces divines prophéties l'expérience qui descouvre leur intention par le pays d'où les séditieux viennent, et où s'enfuyent les séditieux.
« Sire, vos très humbles et dévots orateurs du clergé de vostre royaume requièrent instamment et d'une voix Vostre Royale Majesté, que de sasupresme et souveraine puissance son bon plaisir soit, en ensuyvant la voie de ce très hault et très puissant et non moins chrestien roy Charlemaigne, de faire vivre tous les habitans et regnicoles, tant aux chefs qu'aux membres, selon les canons et reigles de nos saincts et révérends pères prédécesseurs, entre lesquels y a tousjours eu par un mesme degré perpétuelle et continue succession, sans discorde ni diversité de mœurs, de prédication ou doctrine, qui sont les deux uniques et singuliers signes de l'Église catholique; quels signes et symboles ne sont en l'Église dicte des hérétiques. Ils s'appellent Église; soit : mais j'entends l'Église que
nostre Seigneur se dict et proteste avoir en haine, et la nomme sxxhn^ta Trovu/scvopsvojv, réglise des mauvais et des malins. Par ce fault icy parler clair, et dire Église romaine et catholique, cujus fides annuntiaiur in universo mundo^ qttœ nunquam defecil, et uhique fr aires confirmavit. N'y a point d'autre église, de laquelle ils ne sont.
«« Sire, ces raisons tant idoines et concluantes meuvent le clergé de vostre royaume de vous supplier instamment ne vouloir admettre les non chrestiens en la conversation et congrégation de vos très humbles et très obéissans subjects chrestiens. Or est-il, sire, que les hérétiques ne sont pas chrestiens, ainsi que le dict et prouve clairement Tertullianus au livre préallégué; et pour ce Theodosius junior et Valentinianus ÎII, en l'an 437 , par lois et mandemens exprès, ont défendu que les hérétiques n'ayent aucunement de se nommer ou dire chrestiens, et qu'ils n'abusent de ce nom, mais qu'ils prennent le nom, et soyent appelles comme le scélérat autheur de leur meschante opinion, ariens, macédoniens, nestoriens, etc.
« Sire, doncques ne souffrez que la porte soit ouverte à ceux qui sont, en mespris et dérision de l'habitation, de leur bon gré sortis hors la maison, qui s'en sont exilés et bannis. Eux-mesmes se sont condemnés (dit l'apostre) doncques par autruy ne doivent estre absouls. Ne les fault endurer dire que leur religion est bonne, ny souffrir qu'ils la comparent à la nostre, ou qu'ils disputent contre la nostre ; car en nostre créance et religion n'y a point est et non: fondement de toutes disputations; il n'y a que est est, non non. C'est à nous qu'ils doivent croire, sans attendre concile, pour estre fondés en traditions apostoliques, en la doctrine de tous les anciens pères et docteurs de l'Eglise, en loix et constitutions de tous les saincts passés conciles. Non pas nous croire à eux, qui sont sans aucuns v ieils fondemens , ny approbation de l'antiquité, interprétans TEscripture selon leurs songes, nouvelles et fantastiques affections.
»• Ces causes nous contraignent, sire, enhardis aussi du zèle que nous vous voyons avoir à la réparation et r&stauration de la maison de Dieu, de poursuyvre plus oultre, et vous descouvrir ce que oultrageusement nous blesse, en attendant remède. Nous demandons, sire, nous supplions, nous requérons instamment
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ET RÉPUBLIQUE, LIV. IV
loi
comme chose plus que nécessaire à Tintégrité, ^àbi pure et sincère fidélité de vostre royaume, que désormais tout commerce de quelconque marchandise (livres ou autres) soit interdict, nié et défendu à tous hérétiques, sectateurs, renovateurs, fauteurs, défenseurs de doctrines ja condamnée, eo ipso, quUls sentent mal de la foy, ou qu'ils en doubtent, eo ipso, qu'ils ne suyvent droictement la reigle de croire, et de vivre, qui nous a esté dressée et baillée par réglise romaine et catholique. Ils sont excommuniés ; doncques ne fault hanter, converser, parler, marchander plus avec eux.
« Certainement telles marchandises et traffiques ne sont qu'un vray monopole d'hérésie, et sont les marchans vrais monopoleurs, vendans en gros et publiquement leurs draps et denrées, débitans latentement leurs hérésies damnables. Qui ne nous croit, il le peult voir, tant est la chose descouverte. La guerre estant ouverte contre nos circonvoisins, toutes emploites, marchandises et traictes incontinent sont inhibées et défendues. Estroit et rigoureux commandement est faict à tous du pays et party de l'ennemy de soudainement vuider le royaume ; ceci se fait, comme doibt feire, pour Passeurance de nos corps et de nos biens. Or, d'autant que rame est inestimablement plus précieuse que le corps, la guerre spirituelle, qwÂm vocal Aposiolus spiriiualianequitiœ, est incomparablement plus dangereuse que la corporelle ; et par ce devons plus soigneusement chasser loing de nous, et du tout exterminer les enroollés et militans soubs l'enseigne de ces recteurs, princes de ténèbres, trahisons et néquities du monde, qui sont les hérésies.
« L'an 430, les susdicts Theodosius junior et Valentinianus ieriius renouvelèrent aucunes lois de leurs prédécesseurs, sçavoir : de Constanlinus magnus, de ses trois fils, et d'autres en l'empire romain. Us confisquèrent les biens des hérétiques, ils les bannirent dudict empire, les rendirent du tout intestables, qui est une peine extrême, s'approchant du dernier supplice, auquel Martianus les condemne. Geste guerre est criée, publiée, toute ouverte, et sera perpétuellement entre la saincte Église romaine catholique et les profanes hérétiques, depuis Tan de nostre Seigneur Jésus-Christ 72, quo annoRomœNeroPeirum etPaulum et seinter- /fct(, jusques à ce jour, et ne finira jamais.
** A ceste cause, sire, vos très humbles et dévots orateurs du clergé de tout vostre royaume vous supplient universellement de ne plus admettre ny recevoir tels marchans à commerce qui soit. Et de ce vous requièrent particulièrement ceux de vostre duché de Bourgogne et clergé de vostre ville et diocèse d'Austun, comme les plus pernicieusement endommagés, quasi noyés de telles trop fréquentes inondations des infectéeslacunesdeGenève : «Displicet « aures vest ras et os meum foedasse vocabulo tam « probroso, sed ex Ecclesiarum prœscripto cougor.» Se joignent lesdictssupplians, et suyvent la mesme requeste que leur église en primace première et métropolitaine de vostre ville de Lyon vous fait aussi bien humblement et spécialement en ceste saincte cause. Sanctus Irenœtu, eiiam primas ecclesiœ Lugdunensis, anno salutis 160, feit le semblable, et ne voulut oncques souffrir, que entre son peuple de Lyon demeurassent les gnostiques et valentinians, qui par leurs faulses opinions pervertissoyent les simples gens et matrones (dict-il) sur la rive du Rhône. Recours au premier des cinq livres qu'il en a composés, au cinquiesme livre de l'Histoire ecclésiastique de Eusebius.
u Doncques est nostre requeste juste, raisonnable, saincte et catholique, accompaignée de l'exprès commandement de Dieu, qui vous enjoinct, sire, de la nous intériner et accorder, répétant en divers lieux et par diverses fois sondict commandement. Il parle des idolâtres et gentils aliénés de la loy. Les hérétiques entre les chrestiens sont estimés, prins et réputés pour tels ; les mots de ladicte loy de Dieu s'en* suyvent : Garde-toy bien de jamais faire amitié, d'estre confédéré, de contracter mariage avec eux, garde-toy qu'ils n'habitent en la terre, n'ayc aucune compassion d'eux. Bats-les, frappe-les jusques à internecion (qui est la mort). Et s'ensuit la raison du commandement, à fin que d'adventure ils ne te fassent pécher contre moy , si tu crois leurs opinions ; qui te sera une offense et scandale, dont s'ensuy vra ma fureur contre toy , et bientost après je t'efEaceray du tout. Sire, et vous madame, pour le salut de vos âmes, pour la manutention de vostre sceptre, gardez-vous bien de ces horribles et formidables menaces.
« Voyià, sire, ce que en toute simplicité, obédience, humilité, submission et correction, vostre clergé de France propose et remonstre
DE L'BSTAT DE LA RELIGION
à Yostre Majesté, touchant Thonneur et service de Difeu en vostre royaume, et pour l'extirpatîbn et abolition de ce qui luyjest contraii*e, 5çav0ir,des sectes et hérésies; le tout plus amplement et articuléement déduict et couché en son cayer, duquel attendons response. Pour l'exécution desquelles grandes et héroïques œuvres, et entier accomplissement d'iceUes, l'excuse du tendre et foible aage de vostre royale personne n'a aucun Tieu, et ne sera receue ; car Dieu vous respondroit incontinent ce qu'il respondit à son prophète Hlérémias : Noli dicere quia puer ego 8um\ ne me dis point, je suis encores trop jeune: car Daniel à douze ans condemna les luxurieux vieillards ; Samuel, beaucoup plus jeune, reprint Hély jà décrépité; Salomon, feict roy à douze ans, au mesme temps donna ce tant ardu et difficile jugement entre les deux femmes contendans de leurs enfans; Josias à buict ans fut esleu et salué roy, tout incontinent purgea le temple de Dieu, et autres lieux de son royaume poilus et infectés par certains corrupteurs et séducteurs de son peuple. T>^ous attendons certainement que l'esprit de Dieu se monstre à ce commencement estre en vous, accomplira tels et semblables actes par vous.
« Madame^ l'histoire ne sera longue du temps que Constanlinus magnus (estant régent de la Gaule, et y demourant sur la marine de Normandie et de Bretaigne) fut faict empereur, ainsi que descrit Eusebius au premier des cinq livres de la vie dudict Constantinus, et d'autres après luy, deux refielles (du commencement ariens, et depuis rien du tout) occupèrent l'Empire Oriental : Lucius, la Grèce, laThrace, l'Asie, etc.; Maxentius, la Syrie, la Palestine, Egypte, la Libye, etc. Lors estoit en Alexandrie Catherine, dame de grands biens, de nom et de grande maison, toutesfois plus renommée pour estre bien înstruicte et ferme du tout en la loy et foy de Jésus-Christ. Ce tyran Maxentius la feit disputer avec ses docteurs ariens, lesquels divinement elle confîita et vainquit en sa simple foy. Nous espérons, madame, tout ainsi que la Grèce a eu et se vante à bon droict de sa Catherine confutatrice de l'impiété ariefkine, la France pareillement aura et a desjà sa Catherine en vous, à la confusion et totale perdition de ces nouveaux ariens. C'est l'espérance que nous avons de vous, madame.
Piostre plus grande playe vous est descouverte, sire, comme à l'unique médecin envoyé de Dieu pour la guarir. Nostre première et principale doléance vous est expliquée, sire, comme à nostre singulier consolateur : c'est le mal diabolique et horrible trouble^'que nous souffrons par sectes et hérésies, nous assaillans jnfemalement de tous costés, et voulans sans pitié ruiner nostre saincte et antique hiérarchie romaine et catholique. Nous attendons remède et prompt secours. Deux poincts restent encores, que si de vostre grâce le permettez, sire, je réciteray briefvement et succinctement ; l'un concerne nos personnes ecclésiastiques, l'autre les biens qui nous sont à cause de TÉ^lise recommandés pour administrer.
« Quant au premier, je diray pour nous, et généralement se peult prendre pour tous, sire, nous recognoissons les tribulations et calamités que si longuement avons souffertes en ce royaume, nous estre envoyées de Dieu en punition de nos peschés, pour les purger et nettoyer, puis à luy nous retirer; néantmoins à peu de nous la peine a ouvert les yeux, peu de nous a faict son profict desdictes tribulations, tous les jours quelqu'un tombe en abomination de pesché, et plusieurs en hérésie. Parquoy tousjours est estendue la main de Dieu sur nous, et y a danger qu'il ne vueille continuer nos calamités temporelles, et les joindre aux éternelles. Si Hiérémias visitoit aujourd'hiiy les trois estats de vostre royaume, comme 11 visita les estats de Juda et de Hiérusalem, il pourroit faire un mesme rapport à son seigneur, et diroit : Je n'ay trouvé justice ny foy ; les prebstres, le peuple, les grands, les petits ont rompu le joug et le lien de ta loy ; tu les as affligés, et ils n'ont voulu douloir ; tu les as attraicts, et ils sont endurcis et n'ont voulu recevoir discipline.
« En cest endroict, sire, je dirai, combien que soyons pescheurs, toutesfois ne voulons-nous pas suy vre ceste obstination judaïque ; mais dès à présent en toute unité, sans division, protestons vouloir obéir à Dieu, à son Église, et à vous nostre roy souverain. Selon nostre devoir et pouvoir, vous offrons de combattre jusques à la mort, et battailler pour la gloire et prospérité de vous, des vostres, de tout vostre peuple êl royaume ; battailler, dis-je, de nos armes, qui sont larmes, pleurs, jeusnes, oraisons et prières à Dieu. Vous supplions aussi très humblement
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ET RÉPUBLIQUE, LIV. IV
prendre pitié et compassion des personnes, continuellement et sans intermission battaillans et combattanspour vous. Nous]vous requérons, sire, de nous conserver et maintenir en nos privilèges et prérogatives, qui nous sont et ont esté baillées etiam par princes ethniques, pois après par empereurs chresliens, et de rechef par vos prédécesseurs rois très chrestiens largement octroyés. « Quels privilèges et immunités Vostre Majesté de sa grâce entendra particulièrement et bien au long par nostre dict cayer; puis de son authorité supresme les nous confirmera, corroborera, augmentera et amplifiera.
•• Sire, nos personnes sont en spécialité vouées, dédiées, consacrées à Dieu seul ; en signe dequoy nous a faict et faict oindre extérieurement, défendant expressément de nous toucher, ny faire aucune injure, soit de main, soit de bouche et parole, rie touchez ( dict-il ) mes serviteurs oingts, et ne soyez malins ny mal- Caisans à mes prophètes et prédicateurs. Jeroboa m exiendit manum suam contra virum Dei, quœ staiim exaruitj nec voluii eam reirahere, Nous vous supplions que ceste franchise, immunité et exemption divine nous soit entièrement gardée entre les hommes. Pour nos personnes et des nôtres, je n'ay, sire, autres choses à vous supplier. Pour nos biens, il vous plaira, sire , d'avoir esgard et donner ordre à deux humbles requestes que vostre pauvre clergé françois cy prosterné présente à Vostre Majesté (s'il ne vous desplaist, sire, prétendant quand et quand remonstrer chose requise et nécessaire au salut de Famé d'un chascun.
« Premièrement, sire, nous requérons que la saincte liberté canonique d'eslection aux prélatures ecclésiastiques soit désormais permise à PÉglise, et que chascune prenne, choisisse et eslise franchement et librement son prélat, ainsi te veult et détermine le droict divin ; ainsi est-il par les faicts, conciles, et canons arresté et défini , desquels vous estes conservateur, sire. Tostre puissance est souveraine et sans contradiction, telle nous la révérons et recognoîssons, toutesfois nous espérons que ta voulez modérer de sorte, que direz laparolle plus que nuÛe autre digne d'un souverain seigneur et prince. Cest que combien que le foy ne soit suoject a la loy, toutesfois veuit-il vivre et se gouverner soobs la loy, s'entend humaine; car, par puis-
sânce Iquelle soit elle , nul n'est exempt de la divine. De la loy, du droict, de l'équité seulement dépend vostre grandeur et authorité, sire; doncques les devez-vous garder et conserver en leur entier; la ruine de la loy, c'est celle du roy.
« La loy divine commande qu'au temple et tabernacle de Dieu nul ne soit mis ny constitué recteur, s'il n'est esleu et appelé comme fut Aaron. Jésus-Christ, commençant son Église, appella sur la montaigne la grande troupe qui le suyvoit, puis d'entre eux en esleut et choisit douze pour l'ace ompaigner et après en esleut septante. Quand Jésus-Christ fut par sa croix ignominieuse glorifié, et retourné dont ilestoit venu, ses disciples en leur administration tindrent et gardèrent le mesme ordre d'eslection ; car les onze esleurent le douziesme; subsécutivement les douze feirenteslire les sept premiers diacres en l'église. Nostre Seigneur mesme commanda aux prophètes et docteurs de l'église d'Antioche d'eslire Saulus et Èamabas pour l'affaire à quoy les vouloit employer. Le signe seul en terre de la vocation du ciel est la commune eslection.
« Estant l'églisedè Hiérusalem dispersée pour la cruelle persécution survenue après l'occision du glorieux diacre sainct Estienne, audict lieu n'estoyent demeurés que trois dés douze apostres, Petrus, Joannes et Jacobus. Les deux premiers, représentans tout lecollégedesabsens, esleurent le troisiesme en évesque de Hiérusalem. En ceste forme et manière : «Titus creatus est « episcopus cretensis , Timotheus episcopus •• ephesinus, Polycarpus smyrnensis, Clemens « romanus » . Brief, en l'église des apostres vivans ( qui a duré depuis l'an 18 de Claudius tyberius Caesar, jusques environ le 10 de trajanus , qui sont comme cent ans ), ne se trouveront évesques ny pasteurs ecclésiasti- (jues institués autrement, que per impositionem manuumpresbyteri (comme dît sainct Paul) id est congrejiationis presbyterorum quœ grœcisest x«t/5o^o7ta.f ce nous esta dire eslection. Les subséquentes apostoliques églises ont faict et gardé (e semblable.
« Tesmoignage de mon dire plus suffisant ne pourrois-je mettre eh avant, que tout entièrement Fhistoire ecclésiastique. Post. actus ApoHolorum soyent veus Etisebitis, Ruffinus SocrateSf Theodolirus, Sozomenus, theodortis
DE L'ESTAT DE LA RELIGION
lecior^ Evagrius schoUisticus ^ Nicephorus ^ auihores ipsi kgantur^ et devant tous les canons apostoliques 1, 14, 29, 30, 34, 76, 80. Si Ton ne veult accepter et tenir les parolles avec les actions de nostre Dieu Jésus-Christ, et de ses apostres pour loy divine ; si le consentement universel des églises appellées primitives avec l'usage et coustume n'est aussi loy divine ; je ne sçay plus qu'on pourra dire sans controverse loy divine. Nul ne double que la loy des hommes ne vueille esire précédée par eslection. Les livres en sont pleins, j'en proposeray des antiques et récentes quelques unes ; l'an 326 fut ainsi constitué aux 4 canons Nicenœ Synodi, l'an 340 SynodtM Antiochena de rechef l'ordonna, cano 23. Dautres en grand nombre faicts unanimement par toutes les provinces chrestiennes.
a Comme en l'an 536 lors la France estant en tétrarchie, c'est-à-dire régnans ensemble les quatre fils de Clodoveus, roy premier baptisé, à sçavoir : Childebertus Parisiorum, Cloiarius Suessianum, Clodamirus Aurelianensium^ Tlieodoricus Mediomatricum reges. Au second concile tenu en ceste ville d'Orléans par le commandement fut iierum l'eslection des prélats ordonnée in can. 7, en ensuy vant l'ancienne forme et constitution de l'Église (disentils ) qui nous desplaist n'estre gardée. L'an 540 Justinianus es susalléguées deux nouvelles monstre quomodo oporteai episcopos ordinari. Jà sont plus de douze cens ans passés que ces loix d'eslection furent promul^ées.
« Carolus magnus et Ludovtctis pius^ son fils, es années 800 et 830, les ont renouvelées exprime libro capitulorum Caroli^ où ils disent, episcopi secundum siatuia canonum de propria diocesi ob vitœ merilum et sapientiœ Domino eligantur. Commandent ces deux rois vos prédécesseurs que les évesques soyent prins et esleus de leur propre diocèse, ayants esgard à ce qu' ils ont mérité par leur bonne vie , sagesse et prudence ; semblables ordonnances avons-nous d'autres rois leurs successeurs jusques à vous, sire, toutes enregistrées , publiées et divulguées ; de Philippes Auguste, ayeul du roy saint Louys, circiter l'an 1 200 , dudict sainct Louys , l'an circiter 1250, de Philippes-le-Bel circiter annum 1300, de Louys Hutin l'an 1328, du roy Jean 1381, de Charles septiesme, l'an 1 4 38,de Louys onziesme ,
l'an circiter 1480. Ne iault en plus prolixes allégations de canons, loix et ordonnances consommer le temps, sire.
« Pour conclusion, nous attendons la vostre, supplions et requérons très humblement que selon ces saincts décrets, canons et reigles de nos passés bons pères, amis de Dieu, Yostre Majesté nous face et laisse vivre. Par le contemnement et transgression desquels je ne m'arresteray de dire ny raconter les misérables calamités, les horribles et indicibles maulx politiques et spirituels qui sont advenus, adviennent chascun jour, vexent, tourmentent» persécutent indignement l'Église. La commémoration de l'un suffira pour juger combien sont énormes les autres. Les détestables et damnées sectes, les exécrables et maudictes hérésies du jourd'huy soubdainement saillirent en place, que la saincte et sacrée loy de eslection fut par exprès commandement, sans autre cognoissance de cause, desplacée, j
« Qu'il soit vray, supputons le temps de l'abrogation qui fut en l'an 1517. Le mesme temps et an fut faicte subrogation de l'infernale doctrine de Luther, honor sit auribus christianis , prenant son fondement sur un certain jubilé de plénière rémission que pour lors on preschoit. Inde publica cœperunt omnia in pejus ruere, et rétro sublapsa referriy l'Eglise, la noblesse, la justice, le populaire, la marchandise, l'agriculture etiam. Par ce veux -je conclurre et affermer que si la loy de eslection revient à l'Eglise, tout incontinent hérésie s'enfuira de l'Église; et n'auront les autres estais occasion de reprendre et se plaindre de l'ignorance, négligence, dissolution, irrévérence, excès, insolence, mauvaise et scandaleuse vie de nous autres ecclésiastiques ; ny d'accuser et reprendre à bon droict les ruines, démolitions, éversions, destructions des églises, moustiers, monastères, maisons et habitations d'iceux, dégasts et consomptions immodérées des biens ecclésiastiques. Ces maux ne proviennent que pour par une chascune église ne eslire pas son recteur.
« Ne peult que vraye ne soit la prophétie de sainct Grégoire ; je la rediray pour l'importance d'icelle. Fault avoir peur qu'à tout le pays où sont tek indignes prélats d'église, n'advienne quelque extrême malheurté et grande désolation. Prenons au sens contraire argumisnt com-
tiseil
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mun et bien fortfdoncques à la restitution de la saincte et sacrée loy d'eslection, tout bien, tout honneur, tout bonheur, toute postérité, toute félicité sera quand et quand restituée à vostre royaume de France. Qui est la cause pour quoy tant instamment, et avec tant et tant de paroles nous la vous demandons, sire, et nous asseurons l'obtenir, pour le désir que nous vous voyons avoir relever l'ordre et Testât ecclésiastique, de le remettre et restituer en son premier degré d'honneur , dont il est cheu lourdement, ou sans eslection ; ne remontera jamais, ny ne prendra les regnardeaux ( comme il luy est commandé ) qui rongent et démolissent la vigne de Soreth, c'est-à-dire les hérétiques qui gastent la vigne esleue par dessus toutes, qui mangent la vigne d'eslection qui est FÉglise romaine. Puis que le sanctuaire de Dieu ne se doibt posséder parhéritage,c'està-dire que succession de sang et proximité n'a lieu qui soit en l'Église , doncques il fault y venir par eslection. Puis qu'entre le prélat et rÉglise y a certaine conjonction spirituelle, beaucoup plus estroicte que n'est au mariage corporel de l'homme et de la femme, doncques fault-il qu'entre eux intervienne et soit un mutuel consentement, une réciproque volonté. Le mariage seroitautrement forcé, faicten craincte. et par autre vouloir que des parties contrahentes; quel mariage ne vallut oncques rien, est reprouvé et condemné par jugement universel du monde, malos et infelices habere solet exiitu, aiunt,
« S'il vous plaist, sire, vous considérerez en vous enquérant de ceux qui Font bien et diligemment observé si, du temps des eslections, l'Eglise et les autres estats ne se portoyent pas mieux et plus fidèlement envers Dieu et leurs princes qu'ils ne font maintenant. Par eslection on tasche du tout à trouver un bon prélat, qui dès sa jeunesse aura milité en l'Église avec sincérité de vie et bonne conversation, plein de vive foy accompaignée de bonnes œuvres ; qui sçache défendre ladicte foy contre les mal sentans, ne vivant laîcalement, charnellement et desguisé d'habits ; duquel la saincteté de vie au seul regard esteigne les péchés, et soit doctrine pour les bons et mauvais : et qui par vostre commandement aucunes fois appelle, sçache vous bailler bon et sainct conseil en vos affaires, pourveoir à ceux de l'Eglise, et rendre XVP SIÈCLE, La PI. et U PL
raison de la foy qui est en luy. Quel esleu, après son eslection, sera de rechef examiné et confirmé en France par son supérieur qui le cognoist, non pas à Rome où il est incogneu, et où l'argent de France va en vacquans, annates, courses, bulles, dispenses et autres expéditions.
« Mais ne parlant de cest inconvénient bursal, je parleray seulement du grand inconvénient de conscience. Par sentence du concile œcuménique conforme à la définition divine, a esté dict et proféré ce qui s'ensuit : «* Qui sunt au- «« thores et causa malorum pastorum, participes « erunt pœnarum quas ipsi mali pastores in « stricto Deijudiciopalientur.» La mauvaise vie du ministre est imputée devant Dieu (si est-elle devant les hommes) à celuy qui le fait ministrer et consent à son ministère ; ils seront de semblable peine tous deux punis. Sire, dis-je,'en toute humilité, vous avez à rendre compte devant Dieu de votre tant opulent et inestimable temporel, qui est un faix bien fort pesant, une villication bien laborieuse et dangereuse , sans davantage vous charger de ce grand et périlleux fardeau spirituel, qui est de pourveoir aux églises vacantes.
«Secondement, sire, nous déclarerons à vostre clémence et bonté royale un mal qui nous est fort grief, et quasi du tout nous assomme et met à bas. C'est, sire, que, ordinairement quatre, cinq et six fois l'an, voire jusques à la neufviesme, on prend et nous fait-on payer décimes du peu de temporel que pouvons percevoir de nos églises, voire jusques aux offrandes, qui ne sont du temporel ; et qui pis est, ne sont imposées pour une année seulement, et comme il falloit in necessariis funciionibus reipubUcœ, quas non detreciamus, mais sont mises sus tous les ans de sorte que d'une chose extraordinaire a esté faict un ordinaire, jusques à ériger la recepte desdictes décimes en estât gaigé et salarié par le mesme clergé.
«En est l'exécution trop plus dure et estrange que de debte civile , est si très rigoureuse que les messes parrochialles n'ont esté célébrées en plusieurs diocèses aux dimanches et autres festes commandées, tant pource que les curés fuyans la prison, par défault de payement desdictes décimes, se sont absentés de leurs paroisses et les ont abandonnées, qu'aussi par les rigueurs des exécutions précédentes.
DE L'ESTAT DE L| RELIGION
Les église^ sont demourécs sans ornemens, livres et calices, lesquels en aucuns lieux on a vendus scandaleusement à' Tencan, au détriment des pauvres âmes subjectes au deshonneur du roy, scandale du royaume, irritation de la majesté de Dieu contre la vostre, sire.
«* A ceste cause, n'ayaùà esgard à liostre particulier, mais du tout à vostre ame, et de ceux entre les mains desquels elle est, nous vous requérons et interpellons, sire, comme de chose qui ne se peult ny doit refuser de vous abstenir de prendre sur le clergé, soubs quelque nom, tiltre et prétexte que soit, don gratuit, décimes, clochers, emprunts, subsides, imposts, amortissemens, confirmation de privilèges, francs fiefs et nouveaux acquests,jàdeux, trois, quatre fois et tous les jours amortis, payés, et dont on a faict finance. Certainement semble (comme est la vérité) que le prince ne peult, saine et sauve sa conscience, les demander, ny les ecclésiastiques, la leur aussi saulve, les accorder.
«SainctAmbroise, quelquefois contrainct à semblables cohtributioris, réspondit : «Non equi- •t dem dono, sed non nego, invadite ; »• comme s'il vouloit dire : «Sur lès preneurs soit le péché, non pas sur înoy", qui né m'y consens. ♦• Mais, disent-ils, Christus paya le tribut etiam pour luy, non seulement pour son vicaire général Pètrus : il le paya certes, non pas qu'il le deust, mais pour ne les irriter,' ne scandalizemus eos: payons <|e peur de les scandalizer, hoc est, de tie troubler rordre publique, soubs prétexte de religion,' ce qu'il ne fault. Toutesfois, dict-il, nofus sommes fils de roy, non subjects aûi tailles où imposts d'aucuns autres rois ^ ^Christus i)ajrà, non pas àConstantinus, à Valentianus, à thèodosius, à Juslinianus.Nostre Dieu, père et créateur Jésui5-thfist,paya, non pas à Charlemaighe , non à son fils Louy s le religieux, à l'auguste et sacré Philîppes, à son nepveu Louys le sainct, vos prédécesseurs, ny à prince qui le tinst et recogneust pour père, qui tinst et recogneust l'Église pour mère ; mais il paya à un scélérat, infidèle, mécréant et sans Dieu, Cl. Tyberiiis. L'argument doncques n'est valable, ny recevable entre les chrestiens, non plus que quidiroit maintenant. Néro jadis feit emprisonner sainct Paul à Rome, y conversant pour l'exercice de son apostolat, erjo depuis a tousjours esté loisible aux autres empereurs, etiam du jourd'huy, faire le semblable in successoribus.
« Dieu, par signes évidents fajct et a faict assez cognôisbe que telles côttisations sur son Église luy desplaîseht. Elles commencèrent l'an 15 16, sont '44 aiis; la malice et af^iction de l'an subséquent a creu et a surmonté celle du précédent , dé manière que l'or et les deniers ainsi pris et' levés sur l'Église ressemblent à je ne scay quel or appelé par l'histoire romaine aurum fholosanum; chacun la sçait.
Pharaon,' par le conseil de Joseph, quand il rendit le peuple d'Egypte tributaire, déclara les possessions de ses sacrificateurs estre immunes et franches de toutes impositions régales, et en feit loy. Cyms, Persarum primus^ rendit aux presbtres judaïques et synagogiques les sacrés vases du temple de Hiérusalem, pillés par Nabuchodonosor, et portés en Babylone. Deux successeurs dudict Cyrus, Darius et Artaxerxès n'ont souffert qu'aucun tribut fust imposé sur les ministres et lévites du temple dé Hiérusalem. Que devez-vous faire, sire, sur ceux du temple de Jésus-Christ?
« A un rôy très chrestien je ne proposerois pour exemple rois non chrestiens, s'ils n'estoyent nommés en l'Escripture ; qui nous donne par ceci lieu d'un argument commun, dict a minore ad majus : si les princes infidèles, de leur nature et nourriture cruels et tyrans, Pharao, Cyrus, Darius, Artaxerxès, en tout et par-tout ont favorisé et supporté les terres et possessions sacerdotales , par plus forte raison les rois fidèles et' chrestienis en doivent autant faire. Je crains autrement (ce n'est ma crainte sans couleur) ne regina Austri surgat injudicio ûum generdtione ista, et condemnet eam.
«Baltbasar, riepvéu de Nabuchodonosor, n'ayant porté la révérence qu'il devoit aux choses à Dieu sacrées, veit en escript bientost contre la paroy de sa salle : Mené, Thecel. Pheres. Oza estendit la main à l'arche, dont Dieu ne fut content ; ne fut-il d'Ozias douziesme roy de Juda. Ce grandement craignans tous les princes chrestiens, par leurs loix et ordonnances ont af&anchi, faict libres et immunes les presbtres et clercs, ièùr'famille et leurs biens, de toutes exactions, charges et angaries non nécessaires à la tuition et conservation du public. Les alléguer toutes en poinct, et mettre en avant, seroit perdre le temps; je me contenteray de trois de vos prédécesseurs , sire, desquels ne devez dégénérer, Clodoveus,
ehristianorum regum prtmus, an. 509, Carolus magnus, et son fils, tudovîcûs Pius. Ces deux dernières escriptes inter capitula taroli.
« Quant au j)reiïiier, Clovis ayant dressé une grosse armée contre Alaricus, rex Goihorum, hérétique, infect de l'impiété d'Arius, occupant Acquitaine,Thoiose, Languedoc et autres opulentes provinces trans fluvios Rhodanum et (rarumnam, devant que de marcher feit assembler trente-trois évesc(ues en ceste ville d'Orléans, où lors tënoit là chaire un appelle Eusebius dicitur Aurelianense concilium primum. L'ordonnance de ce bon et très chrestien roy touchant la discipline militaire de ses gensdarmes et protection des gens d'Église, est contenue es patentes qu'il escrivit auxdicts évesques, tenans ledict premier concile, en ces parolles :««Omni exercitui nostro praBcî]f)imus, « ut nullus ad aliquid surripiendum de ministerio • ecclesiarum conetur. Item, ut nullus de cleri- «cis, vel qui cum clerîcis in ipsorumdomo consis- •tunt aliquam violen tîam vel damnum patiatur .n Disoit ce bon roy : Nous ordonnons, statuons et commandons à tous gens d'armes suy vant nostre camp et exercite, ne s'efforcer de prendre ny desrober chose qui soit du ministère, ny pour aucan service des églises ; nous défendons c(ué les clercs ou autres habitans en la maison des clercs, souffrent dommage ou violence par nos gens d'armes.
«De rechef, sire, nous vous requérons ihtd humblement que requérir pouvons, de nous octroyer et bailler une telle sauvegarde, sans laquelle ne fault parler de résidence. L'ordonnance de Charlemaigne dit : « Nous statuons et ordonnons que les biens de TÉglise de nostre temps, ny de celuy de nos enfans(quî seront, SI f)ieu plaîst, nos successeurs) n'endurent, ne portent ou souffrent aucun détriment, jacture ou division.» Peult-on voir ny souffrir division ou jacture plus grande que d'un bien consistant en dix j^arties (qui font le tout) en baîller tous les ans les quatre parts, lés six, les huict, les neuf trop souvent. Chartes premier ne lés cxigeoit pas, et, par ce il fut nomfné dévot défenseur et protecteur delà saîncte Église de Dieu : et à la fin, pour ses rares et illustres vertus, eut knom de Caro/u5 ma jnus.Chariesneufvicsme ne le fera pas , parquoy se nommera Charles amateur du clergé, Carolus clerophilus ; et à la fin,
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slflleuplaist, nous h A\rons Carolus maximus.
« L'autre ordonnance dit et commande ce qui s'ensuit :, « Selon l'authorilé canonique et constitution de l'empereur Louys,nulpresl}tre soit contrainct, à cause des biens ecclésiastiques, payeraucun cens, tribut, redevance ou rédhibition quelconque;temporèlle.»» tels sont lesédicts de vos majeurs, sire, touchant la liberté de l'Eglise et franchise des personnes ecclésiastiques ; ayez-les en mémoire : « Mementote opefum u patrum vestrorurti quse fecerunt in genera- « tionibussuis,ethabebitisgloriàm maximam.» Recevez, sife,bèni^nement les très humbles requestes de vos très humbles orateurs du clergé de ce royaume ; faites-nous remettre et nous entretenez en nostre pristine Bberté et franchise; faites-nous jouir de nos anciens privilèges tant en nos personnes qu'en nos biens ecclésiastiques. Ce que vous nous ferez, sire, vous le ferez à celuy duquel nous sommes spéciaulx ^rviteurs et ministres, qui, fiar nous, à l'exemple des' hotïs presbtres hiérémias et Onias ( continuels intercesseurs ^our la sainete cité et peuple de Dieu), de bon cueur et souvent aussi interpellé, vous en fera spéciale rétribution, et vous donnera le céleste glaive d'or , en vous disant : Prends ce glaive , don vehant Spécialement de Dieu , f^aV lequel tu vainci^as et jetteras du tout à bas les adversaires de mon peuple (flsrael, ' c'est-â-di^e les infidèles et pervers hérétiques, trôublans la sainete hiérarchie de mon antique romaine et catholique Église Israël , qui seule voit et cognoist Dieu, qiiœ sola Deoperpreces et oratiùnes mas proevalet 5 qui est la signification de ce mot Israël.
« Ot , sire , pour ce que l'Église est la seule nourrice , mère et maistresse de vertu , et que de là seule vertu non de nature vient la noblesse , PÉglise ne ^eult oublier de vous prier aUssî poùrceuxqu'i procèdent et viennent d'elle, pour les vertueux nobles de vostre royaume , sîre , vous i^equérant que vous les ayez à supporter, avancer et honorer devant tous autres, autant que peuvent mériter ceux qui d'un franc et volontaire courage ne craignent de s'exposer à tous dangers et périls évidens pour l'honneulr et exaulsement de Vostre Majesté. Vous devez aimer et soigner les trois eslats, sire, sur lesquels, comme sur trois colonnes, est assis et posé vostre thforié royal ; et beaucoup la vertueuse noftïessè, qtii jbur et nuict à vostre sim-
DE L'ESTAT DE LA RELIGION
pie mandement expose son bien et sa vie pour vous obéir. Encores , sire , vous supplieronsnous très humblement pour ce tant bon et tant obéissant peuple françois, duquel Dieu (vostre père et le leur aussi) vous a faict seigneur et roy ; prenez en pitié , sire, et soublevez un peu les charges que dès long temps ils portent patiemment. Pour Dieu, sire, ne permettez que ce tiers pied de vostre throne soit aucunement foulé, meurtry ny brisé.
<« Supplions en mesme humilité, sire, puis que les rois régnent par justice, et les subjects en sont conduicts, que désormais les offices de judicature soyent baillés gratuitement à gens de sçavoir et d'équité, hommes de vertus, hommes saiges. hommes craignans Dieu, aimans vérité, ayans en haine Tavarice , tels que Dieu veult estre les juges. Et les constitués présidens, conseillers, lieutenans, baillifs, séneschaulx, officiers, et vos procureurs pour juger dessoubs vous, et gouverner ce tant honorable et grand peuple : lesquels puissent bien desrompre toute iniquité, n'ayans que Dieu (qui jugera de leurs jugemens en dernier ressort) devant les yeux. Qui ne lairront croistre les séditions, les audaces, les hérésies soubs leur pusillanimité , connivence ou m^le-volonté ; ayans faict profession de leur foy telle que nous remonstrons par nostre cayer ^ autrement ne soyent admis ny receus, ains soyent desmis, dégradés et confus, sentans le contraire. Dieu vous a faict roy, sire, non à autre fin que pour faire droict à un chascun, et administrer justice. Vous avez prinset tenez de Dieu vostre royaume gratis. En le vous donnant, il vous a quand et quand donné puissance et authorité de juger vos subjects , œuvres non moins dépendans de luy seul {ergo non moins spirituelles) que les autres nommées au dixiesme chapitre de sainct Matthieu.
« Parce je vous diray , sire ( tousjours protestant d'humilité), ce que lors nostre Seigneur dict à ses Apostres : gratis accepistis la puissance de nous juger, j^ra^w date. Faisant autrement, sire, le mandement de Dieu n'est observé, le transgresseur est mortellement blessé : en danger que à l'un sera dict : Lepra Naaman tibi ; à l'aufre : Pecunia tua tecum sit inperditionem,
« Voulant faire fin, sire, je ne puis prendre meilleure ne plus saincte conclusion que l'ex
maistre, docteur, directeur, instructeur des rois ; luy qui est souverain et grand dominateur de l'université, estant là hault, vous a faict icy bas en ceste noble et florissante région gal- Uque son lieutenant général pour la régir et gouverner soubs luy, selon ses ordonnances, loix et édicts ; puis en tenir et rendre à la fin compte. L'ordonnance qu'il vous fault garder en vostre gouvernement , sire, vous est enseignée par Moyse, redicte et répétée par autres , tous spéciaulx ambassadeurs, messagiers et singuliers serviteurs de Dieu, comme s'ensuit :
«Le roy premièrement apprendra des lévites et presbtres à craindre Dieu, à garder ses commandemens et cérémonies ; son cueur ne s'eslèvera point en orgueil, et ne s'enflera contre ses frères ; il n'aura multitude de femmes ny de chevaulx en sa cour ; il ne fera desmesurément amas d'or et d'argent ; il sera tousjours droict, équitable et juste , sans fleschir par affection , ny décliner à dextre ou à senestre. Sur-tout qu'il se garde bien de ramener le peuple en Egypte, se confiant à sa cavalerie; c'est-à-dire qu' il prenne diligemment et soigneusement garde que le peuple, pour quelques gens d'armes que soit, ne laisse la religion en laquelle premièrement a esté institué pour en suy vre une autre. Le roy qui vivra de ceste manière régnera longuement , et ses enfans après luy. C'est le texte de l'ordonnance , sire , à laquelle fault obéir.
« Esayas, admonestant le roy de son office, la répète et dit : « Le roy régnera en justice, fera tousjours et pensera chose digne de prince ; son conseil fera jugement , et n'évacuera le famélique de sa réfection,ny l'ayant soif de son boire. » Par Ezéchiel, après avoir construit un nouveau temple , institué nouveaux lévites , et faict un nouveau roy, comme pour le troisiesme édict (qui est péremptoire) , vous fait annoncer le semblable et vous dit : <• Le roy ne prendra rien par violence du bien, de l'héritage, de la possession du peuple, sera content de ses possessions. » Ce n'est Aristoteles, ny Plato, sire, Isocrates, ny Xénophon, qui baillent ces instructions et admonestemens aux rois. C'est la parole de Dieu qui dure et durera perpétuellement et ne passera jamais ; laquelle par sa divine grâce quand vous accomplirez, sire, lors biendévo-
près commandement de Dieu, seul instituteur , i tcment l'Eglise pour vous priera , la noblesse
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vaillamment combattra , et le peuple hmnble' ment obéira. Quand aurez de bons prélats, sire, leur saincteté de vie , leur exemple invitera les gens d'église et lays à bien et catholiqoement vivre. Quand aurez de bons juges en vos cours et sièges , les vices seront purgés et ne croisiront en obstination ; vostre royaume par exaltation de la foy et reigle de justice demeurera très chrestien. Et quant à vous, sire , serez obéissant à Dieu , à son Eglise , tous vos subjects obéissans à Dieu , à son Eglise et à vous : de manière que ce ne sera qu^un cueur , une ame, un vouloir , un mesme esprit et savoir. Et en ceste façon vivans , commencerons paradis en ce monde ; pour lequel entièrement et perpétuellement obtenir , avons très asseurées arres au très précieux Sacrement et sacrifice de Faute] . n
Plusieurs ayans entendu la harangue dudict Quintin furent bien esbahis, ne s'attendans pas qu'il la deust faire telle, pource qu'il avoit esté autresfois souspeçonné, voire poursuy vi pour le faict de la religion, et contrainct s'absenter hors la ville de Poictiers,pour y avoir faict une harangue en public bien d'autre sorte que celle qu'il venoit de faire. Aucuns disoyent que ceux qui le blasmoyent en cest endroict ne considéroyent pas que sa leçon luy avoit esté donnée par escript, laquelle aussi il prononça en lisant, rayant escripte entre ses mains, sans faire aucun geste ne mouvement accoustumé aux harangueurs, ayant pour tesmoings et contrerolleurs de ce qu'il lisoit les principaux prélats du clergé, cardinaux et autres. Toutesfois , si est-ce que tel acte ayant esté faict par luy , il mourut bien peu de jours après, desplaisant de voir plusieurs escripts publiés à l'encontre de luy. Et pource qu'en sadicte harangue il avoit dict que tous ceux qui avoyent présenté et présenteroyent requestes au roy pour ceux de la nouvelle religion devoyent estre punis comme fauteurs d'iceux, estant ledict Quintin, lorsqu'il haranguoit en ladicte assemblée vis-à-vis de l'admirai, sur lequel chascun tout aussitost commença à jetter les yeux.
Ledict admirai le lendemain en feit plaincte au roy et à la roine, pour l'injure qu'il disoit luy avoir esté faicte par ledict Quintin en telle compaignie, n'ayant esté rien faict par luy que parie commandement et adveu de leurs Majestés, lors (ju'il receut et présenta à Fontaine-
bleau la requeste de ceux de ladicte religion. Sur quoy appelé ledict Quintin, il s'excusa sur les mémoires qui luy avoyent esté baillés, mais que pour satisfaire audict admirai il déclareroit en la mesme assemblée qui se feroit pour remercier le roy de sa response aux estais, qu'il n' avoit entendu parler aucunement dudict admirai en sadicte harangue, ce qui fut faict comme nous verrons cy-après, dont ledict admirai se contenta.
Les députés des bailliages protestans persistèrent en leur requeste auparavant présentée à part des autres, tendant à ce que l'assistance qu'ils Êiisoyent à ladicte assemblée ne préjudiciast à la nullité prétendue par eulx, et que ce qu'ils en faisoyent n'estoit que pour obéir au bon plaisir du roy.
Ceux qui estoyent députés des pays du Daulphiné et Bourgongne, dont les ducs de Guyse et d'Aumale estoyent gouverneurs, taschèrent d'avoir la harangue dudict sieur de Rochefort, auparavant qu'elle fiist par luy prononcée, pour essayer d'y faire mention honorable des sieurs de Guyse en qualité de princes; ce que ne fut faict, au moyen de l'empeschement [au contraire presque de toute la noblesse, ne le voulans permettre tous les députés des bailliages protestans, disans qu'ils n'assisteroyent à ladicte harangue, s'il y avoit aucune parole dérogeante aux loix et establissement du royaume. Qui fîit cause, avec quelques autres occasions, que lesdicts députés forent appelées séditieux, et mesmes accusés envers la roine de luy vouloir oster sonauthorité et gouvernement, et qu'à ceste fin seule ils demandoyent les estais remis à une autre fois, pour avoir nouveaux mémoires et nouvelles instructions.
Quoy entendu par eux, ils se présentèrent au conseil, auquel la roine estoit, et là remonstrèrent par Raguier vidame de Ghaalons député de la noblesse du bailliage de Sens, parlant pour tous ses compagnons et luy, qu'ils estoyent très humbles et très obéissans serviteurs du roy; et particulièrement dédiés et affectionnés au service de la roine, pour ce que, oultre ce qu'ils luy devoyent, comme à la mère du roy, elle en voyoit plusieurs d'entre eux là présens, lesquels, pour les rigueurs par cy-devant tenues au faict de la religion, eussent abandonné leurs maisons, parens et pays
DE L*ESfÀT DE La RELIGION
satis la confiance et appuy qu'ils avoient iôui- Jours eàj^éré trouver en Sa Majesté, Fauthorîté de laquelle partant fls devroyent par ][)Ius forte raison désirer et conserver que nuls autres. Ce qu'il promit (^e luy et sesdicts compaignon^ hiy feroyent cognoistre par effect, estans renvoyés pour faire nouvelle assemblée en leur^ iailJiages, la suppliant ce pendant de ne vouloir âdjouster foy à ceux cfm les appeloyent' séditieux. «Que pleust àDieu, Madame, disoitfl, que ceux qui nous baillent ce tîl«-e ne fussent non plus perturbateurs de ce royaume, et rion plus engraissés de là substance d'iceluy, que nous naturels subjects et très fonciers aè ce royaume, ne ^rétendans que ïa conservation de l'honneur de fiieu et l'authorité du roy avec le repos et tranquillité de tous ses subjects.»
La roine ïéur dîct pour responsè cfu'ellè les èstîmoit bons et loyaux subjects et serviteurs du roy, et d'elle; et que ceux qui les avoyent appelés séditieux l'avoyent faict conditionnellement, s'ils vouloyent entreprendre chose contre le rôy et Sa Majesté.
Ce pendant il fut mandé par le roy à tous ]^ifélat^ et éveèqbes de son royaume de se préparet et ^acheminer pour se trouver en la viffe de Trente, où se devoît tenir le concile; et fut commandé' à tous juges et officiers qu'ils eussent à mettre en liberté de corps et de biens toxti ceut qui seroyent emprisonnés pour le ftict de \i rèfigiûn', et défenses faictes à tous stitjects de nie s'entr'ihjurîei^ et ^e reprocher leur religion, à peine de la vie.
n fut en Ce temps qfuelque bruict que te duc de Nemodts tehoit secrètement quelques soldats dans la ville et fiuxbourg (f Orléans et que c'estoit pour faire entreprinse contre le roy de Navarre; qui fiit éausé' que kdict roy en feit plaiîncfe à la roine, et se feit mieux accompaîgtKer que auparavant. Et estant au soir au lo^é' du fôy, lé connestàble voyant qu'il àrrestoît longuement éi la chambre <fe la roine et Celle de madame de Montpensier, s'en alla nhettt^ à la porté dudict logis, l'attendant audictlieu; et cjuand il descendît se présenta à lûy , et Faccompaigna jusques dans sa chambre luy disant qu'il mourroit à ses pieds pour son service. Et puis s'en estant retourné en son logis, suivi de grand nombre de noblesse, le lendemain vint attendre ledict roy de Navarre
à Fissue de son logis, monté sur un cheval d'Espaigne,bîen suyvî et accompaigné. Ledict roy descendit de son logis et monta assis sur un cheval d'Espaigne, et ainsi allèrent eux deux seuls à cheval au logis du roy, tout le reste de la hoblesse, amis et serviteurs, desquels ils estoyent accompaîgnés èstans à pied, le logis dudict roy de Navarre n'estant plus de deux cens pas distant de celuy du roy.
La roine sur ce ordonna aux capitaines des gardes de s'enquérir et chercher par toute la vffle et faolxbourgs s'il y avoit quelques soldats cachés, ainsi qu'on lu^ avoit rapporté. Le drfc de Nemours ce pendant, assisté du duc de Guy se et autres de leur part, se présenta au roy, et là se justifia. Lès habitans de ladicte vflle ne demandoyent pas mieux que de s'employer en cest affaire pour se venger du mauvais traictement que ils disoyent avoir receu du vivant du feu roy, jusques 4 avoir faict vivre les soldats à discrétion en leur ville, et de faict s'offrirent au roy de Navarre, qui n'y voulut entendre.
Durant ce mesme temps le comte et comtesse de Cursol, aidés de Fadmiral, meirent au service du roy de Navarre l'évesque dTAuxerre Philippe de Lenoncourt, lequel cherchoît à s'appuyer, en intention de mettre le duc de Guy se en procès pour la terre de Nantuèil, naguères par luy acquise de son mary, comte de Nantuèil, père dudict évesquè.
Ainsi que ceux qui estoyent délégués pour visiter le cayer des estais eurent faict leur rapport d'iceluy au conseil J)rivé du roy, le roy de Navarre et le chancelier furent aux Cordeliers pour parler aux estais assemblés audit lieu, auxquels le roy de Navarre de rechef feit entendre les debtesdu roy, les pria de s'employer à le secourir au payement d'icelles, offrant les leur faire voir par le menu, ainsi qu'ils avoyent requis. Et adjousla que s'ils trouvoyent par les comptes qui leur seroyent communiqués, aucuns dons immenses à luy faicts, qu'ils se soubsmetlbit à ïa repétition d'icéux, disant qu'il s'asseuroit bien qu'il ne s'en trouveroit point. Mais ce proJÎ)os ne fut agréable à tous, et entre autres aux sieurs de Guyse, mareschal de Saiiict-Àndré, ny à tous ceux qui pensoyent avoir part à la succe^ion de la duchesse de Valentinois.
Pinablement, toutes choses exécutées, fut ad-
visé de remeiire les estais au premier jour du mois de may prochain ensuyvant, pour purger la nullité prétendue par les députés des bailliages proteslans. Et fut ordonné que , pour donner advis des tnoy e^is propres pour tirer commodément deniers pour l'acquit des débtes du roy que les estais particuliers en chaque province s'assembleroyent , et deux députés de chacun des treize gouvememens du royaume tant seulement viehdroyent se trouver à l'assemblée générale assignée en la ville de Ponthoise, tant pour éviter aux frais que à la confusion d'une par trop grande muhitude de personnes. Quelques jours auparavant, le cardinal de Lorraine , voulant se retirer et s'absenter de la cour, prinl occasion de ce faire sur la résidence qu'il disoit aller faire en son archevêché de Reims.
S'ensuit la harangue faicte par ledict Quintin lorsque les estais prindrent congé du roy, laquelle suffira pourtbutcs: «Sire, Vostre Majesté, vive et parfaicte image des rois très chrestiens vos prédécesseurs, aussi la douceur et bonté qui se monstre et reluit en voslre royal visage conjoinct avec la puissance que Dieu par sa souveraine grâce vous a impartie, vous appelant à dominer en si haulle monarchie. Ces trois choses, sire, font que cesle présente compaignie ecclésiastique, ensemble tout Je reste du clergé qui l'a cy vers vous envoyée, se promet et asseure que, comme il appartient à un roy très chrestien, vous pourveoirez à tout ce qu'en humilité, parun désir de voir les choses réduictes à bon estât, vous a bien amplement remonstré parparoUes et aussi par eécript, depuis le temps qu'il vous à pieu luy donner audience. Satisfaisant à l'office et devoir de roy qui est délivrer ses subjects de mal et pauvreté, maintenir sa seigneurie en richesse et prospérité, et de petite la rendre grande. Appuyé ledict clergé ceste sienne confiance sur voslre prudence et bénignité, madame, laquelle il cognoit vous estre aussi donnée de Dieu, singulièrement et à fin que luy soyez seure conduicte et addresse, pour ces grandes et scandaleuses tempestes, dont il est quotidiennement agité, le mener à bon et heureux port.
u Supplions très humblement à Yos Majestés d'avoir ceste persuasion que nous partons de ce lieu (puis qu'il vous plaist nous Ucentier) avec délibération de faire tel debvoir en nos charges
ET RÉPUBLIQUE, Uy. IV.
lit
que Dieu, lequel ne se courrouce, et ne ^ t|çnt jamais tant ofTensé qu'il publié sa miséricorde» quand on se retire à luy comme on doit, appaisera l'ire <|u'il a eu sur son Eglise et contre l'opinion et expectation des hommes ses ennemiis, la rendra, de contemnée et comme vaincue, triomphante et victorieuse; car lors la faveur céleste tant plus se manifeste, quand plus on se void destitué de secours terrien. Mesmes en ce temps où il a pieu à la divine clémence vous inspirer, madame, à tenir la main à ce qui concerne son honneur, l'entretenement de la religion, la paix et tranquillité de tous les estais de voslre royaume, faisan^ cesser tous tumultes et séditions.
« En quoy vous, nos seigneurs et princes très illustres du sang, et vous spécialenaent^ trèsvertueui roy de Navarre, luy assistez, voulans tousjours maintenir Testât ecclésiastique en son ancienne splendeur, ainsi que quasi par obligation héréditaire estes tenu et devez faire. A la perfection duquel sainct œuvre nos très révérends seigneurs, cardinaux, premières colonnes de l'Eglise, accompaignés du catholique et chrestien conseil du roy, n'ont oublié ny prélermis chose digne de leur function. Sommes asseurés que vous, messieurs de là noblesse! avez le cueur assis en sibonehdroict,à l'exem^ pie et imitation de vos nobles ei vertueux ancestres, que de pareille affection vous constituerez protecteurs et défenseurs, non seulement de ceste monarchie gallique, mais encores de rÉglise romaine et hiérarchie catholique; en laquelle eux et vous avez religieusement vescu jusques icy, voire sans espargner pour la défense d'icelle vos facultés et propre vie.
<« Et en ceste bonne volonté et déli|)ération vous accompaigneront messieurs du tiers estât» lesquels ont tousjours persisté en la fidélité et obéissance de l'Église, comme vrais enfans dHcelle, et de Voslre Majesté, sire, comme vos naturels et très humbles subjects. Ce que nous espérons qui sera par vous, messieurs, à jamais et de mieux en mieux accompli et continué ; de sorte que nous tous soubs vostre heureux et florissant règne, sire, espérons vivre et prospérer en telle union et concorde que l'honneur de Dieu et de son Église sera inviolablement maintenu et conservé, Voslre Majesté fidèlement obéye, honorée et servie; et le clergé, exerçant le sainct ^ministère, où il est appelle,
DE L^EàTAT DE LA RELIGION
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s'efforcera pai^ saine doctrine et exemplarité de bonne vie d'estre lumière à ceux desquels ils ont la charge, tellement que, en imitant leur saincte conversation, chascun se rangera concordément par une foy soubs une loy et soubs un roy . Et vous, sire , comme mineur, vous, madame, comme mère , demeurerez en la spéciale protection et défense de Dieu ; auquel comme roy des rois, et qui est pardessus toute puissance et authorité humaine, nous ferons continuelles prières pour la grandeur et prospérité de Vos Majestés, et pour la conservation et augmentation de vostre royaume. Supplions très humblement Vostre Majesté ne se trouver ennuyée de nos longues demandes, soit qu'elles vous ayent esté présentées par escript, soit qu'elles vous ayent esté dictes de bouche, car nous avons eu tousjours tant cher Thonneur de Dieu, l'exaltation de sa saincte foy, et l'expression de nostre dévotion envers Vos Majestés, que plustost nous a semblé moindre la déclaration et le narré de ce que nous sentons, que le tesmoignage que nous rend nostrejconscience. Cela servira d'une légitime excuse envers Vos Majestés, s'il s'est rencontré quelque longueur ou obscurité, n'ayans jamais entendu , ceux pour qui j'ay cest honneur, de parler ou dire chose qui offensast, ou en aucune façon taxast aucuns
particuliers; ny de nous, messieurs de la noblesse, moins d'aucun particulier de vous nos seigneurs du conseil du roy ; vouans à Dieu et consacrans nos intentionsà vous, sire,età vous, madame, nos obéissances, et à vous, nosseigneurs du conseil, tout service, à tous universellement affection vraye, paternelle et réconciliation de frères chrestiens, à fin que en tout et partout Dieu soit honoré et servi. »
Voylà tout ce qui fut faict et arresté en ceste première convocation et assemblée des estats tenus à Orléans. Et quant à la requeste présentée pour avoir des temples, elle estoit fondée sur l'impossibilité de pouvoir réprimer une si grande multitude d'hommes, et empescher qu'ils s'assemblassent au moins en lieux occultes et cachés, et quelques-unsfaisantssemblantd'estre des leurs, n'apportassent d'autres meschantes et nouvelles doctrines non receuesen ce royaume. Sur ladicte requeste fut ordonné que le tout seroit remis à l'assemblée des estats assignés à Ponthoise; et néantmoins fut escript à tous les juges démettre en surséance toutes poursuytes faictes pour le faict de la religion, et mettre en pleine délivrance ceux qui tenoyent prison pour raison d'icelle, en les admonestant de vivre catholiquement à l'advenir.