LIVRE CINQUIESME
Durant que les susdicts estats se tenoyent, et environ le commencement d'iceux, fut occis par inconvénient monsieur le marquis de Beaupréau, fils unique de monsieur le prince de la Roche-sur- Yon, qui fut grandement plainct, pour estre prince d'aussi grande espérance qu'il en fut point long temps y avoit de son aage, n'estant que d'environ douze ans. Cest infortune advint courant à cheval avec plusieurs autres jeunes princes et seigneurs, qui accompagnoyent le roy, le cheval dudict sieur marquis estant tombé par terre, et brisé d'un fort courteault qui le suyvoit de près, sur lequel estoit monté le comte de Maulevrier Henry de la Marche, ne l'ayant peu si tost retenir qu'il ne
passast oultre. U fut lors remarqué de plusieurs qu'en moins de six sepmaines estoyent morts le premier et le dernier prince du sang de quinze qu'ils estoyent.
Peu de temps après, il fut arresté au conseil privé que, pour soulager les finances du roy, les gentilshommes domestiques de sa maison et gens de finances se contenteroyent delà moitié de leurs gaiges, et que les pensions seroyent diminuées du tiers, exceptées celles des estrangers dedans et hors le royaume, soubs couleur qu'ils n'auroyentautre moyen de vivre. Surquoy ceux qui avoyent crédit et authorité auxdicts estats feirent remonstrance au roy de Navarre que tout l'argent donné aux estrangers vivans
ET RÉPUBLIQUE, LIV. V
en ce royaume durant la paix estoit inutilement employé, pour ce que le roy n'avoit affaire d'estrangers que pour la guerre ; et que les anciens rois s'estoyent contentés de mettre la garde de kurs corps entre les mains des Escossois anciens ennemis des Anglois, sans que Ton y tinst aucuns pensionnaires. Et depuis que la maison d'Austriche commença à traicter alliance avec la maison de Bourgogne, que les rois avoyent foict leur garde à pied des Suysses, ennemis héréditaires de ladicte maison d'Austriche, et à eux baillé pensions tant de paix que d'alliance générales, qu'il estoit expédient de payer, et aussi aucunes particulières, esquelles il estoit besoing d'user de modération; car tout aussi que les Suysses pour gens de pied estoyent une bonne partie des forces du roy, aussi avoyentils plus de besoing de nostre espaule pour se défendre contre ladicte maison d'Austriche, de laquelle ils détiennent le nom, les armes et la sépulture de leurs ancestres. Et au regard des Alemans, qu'ils avoyent à rechercher le support du roy et avoir son amitié, autant et plus que le roy avoit besoing de la leur; estant bon et ntile de les entretenir en amitié sans y faire dépense, si ce n'estoit à aucuns colonpels et capitaines de reitres et lansquenets, qui en temps de guerre pourroyent amener au service du roy ce que seroit nécessaire de ceste belliqueuse nation. Quant aux Italiens, dont ne se pouvoit retirer bataillon de gens* de cheval ny de gens de pied, ainsi que mesmes confessoit le oiareschal Strossy , qui disoit que c'estoit assez si de sa nation l'on pouvoit tirer quatre ou cinq bons chevaux légers, et autant d'arquebouziers ; que tant s'en blloit que tous les princes d'Italie deussent avoir pensions aucunes, que mesmes ils devroyent payer protection au roy; lequel, advenant mesmes qu'ils fussent subjugués par le roy d'Espaigne, n'en pouvoit tirer que profict; d'autant que ceste riche, puissante et sage seigneurie de Venise seroit par la contraincte de se jetter de plus en plus entre les bras du roy, n'estant un seul estât en Italie duquel il se deust soucier que de ladicte seigneurie, laquelle ne demande et ne veult mesmes sou&rir que aucuns des siens soyent pensionnaires de l'estranger. Et ne falloit craindre que le roy eust &ulte de moyens d'entrer en Italie, pays amateur de nouveUetés et changemens, toutes les fois que ladicte seigneurie de Venise l'y appelleroit, et XVIB SIÈCLE y La PI. et La PJ.
que le roy tiendroit entre ses mains le marquisat de Saluées, membre du Daulphiné, Tende, Cental et autres terres dépendantes de la Provence, situées delà les monts; desquelles le duc de Savoye avoit intérest que les rois de France ne se dessaisissent point pour se maintenir en réputation avec le roy d'Espaigne, ce pendant qu'il détenoit le duché de Milan. Que le roy se maintenant avec les Suysses et ladicte seigneurie de Venise, alloit à pied ferme de son royaume jusques en Turquie, sans que toute l'Italie luy sceust nuire en son royaume.
Au regard du pape, qu'il devoit recognoistre et se souvenir des bienfaicts receus de France par ses prédécesseurs; qu'il seroit toujours en la puissance du roy, avec l'ayde et assistance de ladicte seigneurie, de le remettre dans le patrimoine de TÉglise, comme treize papes avoyent jà esté remis en leur siège par les François; que s'il estoit ingrat, et mettoit en oubly tant de bénéfices et ne vouloit servir que de sangsue en ce royaume, demander éveschés et biens pour ceux de sa nation, et faire cas d'un chappeau rouge qu'il donnoit bien à un gardeur de singes, et que les hommes d'entendement et bonne part mesprisoyent aujourd'huy, il se trouveroit des Nogarets de Sainct-Félix, qui, pour moins que la seigneurie deCauvisson« le chastieroyent.
Tendans les dessusdicts, pour conclusion de leurs propos, à ce que non seulement l'on deust retrancher les pensions aux estrangers tout ainsi qu'aux François, mais aussi que le roy se devoit saisir de tous les estats, pensions, bénéfices et offices que tenoyent les Italiens de ce royaume, et que cela luy vauldroit mieux que le meilleur estât qu'il sçauroit conquérir audict pays d'Italie, en renouvelant l'ordonnance qui a autrefois banni tous lesltaliensde ce royaume; s'asseurant bien que la roine, qui n'estoit moins que naturelle Françoise, pour avoir eu cest honneur d'estre femme et mère du roy, et ne vouloit grandeur que celle de ce royaume, trouveroit mauvais que ceste nation, de laquelle la France n'a affaire, sinon pour luy commander et l'asservir, ttrast la substance des subjectsdu roy, soubs couleur d'une espérance d'attirer quelquefois les François en leurs maisons.
Le roy de Navarre ne fut d'advis de mettre ladicte remonstrance en avant, ains la remettre à une autre fois, et moyenna néantmoins que la
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compâlgnîe des Escossois, potir servir d'elenip!e à toutes les autres estrangères, fust cassée; ores que lesdicts Escossois estans en France soyenl tenus et reptiles par privilège ispêcial seuls de tous les estrangers pour naturels sdbjects. Et fut ainsi cassée ladlcte compaignie, combien qu'elle Aist tesmoignée par Tadmiral (qui Tavoit veu bien faire) pour Fuûfe des meilleures de toutes celles des ordonnances du roy. En quoy ledict roy de Navarre fut facilement suy vi de tous ceux qui n'airaoyent point la religion dicte réformée , pour ce que la pluspart d'icelle en estoit , et rtiesmement le comte d'Haran leur capitaine, duquel il a esté parlé cy-dessus.
Nogarel de Sainct-Félix, duquel a esté parlé, estoit gentilhomme de Languedoc, et chancelier de France ^ lequel voyant son maistre, Ife roy Philippe-le-Bel, indignement traicté par le pape, et la liberté de l'Eglise gallicane par tay oppressée, passa les monts en diligence, et se faisant suyvre d'une bonne troupe de gens d'armes françois que Charles de VaUois, frère dudict roy Philippes avoit laissés en garnison dans la cité d'Arèce en Tuscane, entra dans la ville d'Agnanine, où il print ledict Bonifiice dans sa maison paternelle, et le feit mourir ; en récompense duquel service, ladicte ville de Cauvisson, et autres seigneuries situées atldict pays de Languedoc, furent données andict iNogaret pour luy et les siens.
Le roy ayant pourveu aux estats tenus à Orléans, ainsi que nous avons dict, partit lecinquiesme de février dudict lieu pour s'en aller à Tontainebleau,où fut mandé monsieur le prince de Condé pour s'y venir trouver. Cependant le pape Pie quatriesme, ayant entendu nouvelles du concile national arresté pour eslre tenu en ce royaume, s'estoit advancé d'adviser au conseil général et l'avoit faict publier pour estre continué à Trente, en la manière accouslumée. A rencontre duquel Paulus Vergerius, grand ministre pour un temps des "papes précédens, et depuis quelques années s'estant du totït séparé de l'Église romaine, escrivit de la ville d'Ausbourg, où ilétoit, des lettres en langage Italien aux évesquesdltalie, mandant paticelleS en substance qu'il avoil vu la bulle du concile nouvellement publiée, laquelle lisant il affermie qu'il avoit ploré, et de cueur et des yeux, avec gémissemens pour plusieurs poincts qu'il y avoit trouvé^très énormes, lesquels ne ten-
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doyent à autre fin qtf à déeèvoir cl ^bvertUf les ^lises du Fils de Dieu, et les réduire aux ténèbres et à l'ignorance où elles souloyent estre puis quarante ans en ça. Les prie de vouloir de bien près considérer le déshonneur et le dommage que avec ce concile on cherchoit de fitire au Père étemel, au Fils et au Sainct-£^ prit, et à toutes les églises réfbrtnées , le ^ple se voulant servir de lews (personnes à cieste fin, comme de passevolans, ainsi qu'on dict en Italie. Et qu'ainsi soit, dict-ft, le Fils de Dieu , Jésus-Christ» est venu enseigner une doctrine du tout en tout parikicte et Absolue, si que jamais ne fut ouye une doctrhie semblable ; or estil advenu que les hommes de ce monde, par un jugement chamd, la répétant insufftsante let imparfeicte, et en changeant et dépravfemt aujourd'hui tme partie, demain une autre, et Iny adjoustant de leur cerveau quelque autre chose, finalement l'a voyent réduicte à tel poinct qu'elle n'estoit phis doctrine du Seigneur. Partant la voulant restituer en sa première pureté, envoya il y a quarante ans un commencement de sa lumière, lequel estant peu à peu aecreu avoit esclairé une gfan<fte partie du monde ; attendu que pour vray soubs rotoéissanfce de la papauté celle divine iloctrine tie s'enseîgnoit point, qui avoit esté enseignée par Jésus-Christ, mais bien une autre toute changée, toute contrefaicte et très chamcSle. <Ju'ett ce poinct estoit la vraye «sovTce qui t^u^t M gniui troti- Me au monde.
u II semble , dtsoit-H après, que vostre pape die à présent qt!*?! y veult pourveoir e» faisant un concile où vos révérentes seigneuries ayent à venir et dire leur opinion. Que s'il estoit ainsi que vous deussiez y comparoistre comme vrais juges, et que vous deussieî ouyr les raisons de €hrist et de nous , nous aurions espérance que les choses devroyent aller bien pour autant que l'esprit du Seigneur feroit entendre à ceux q«i iie sont point de vostre ttoirtbre que nous di' sons la venté quand noui^ souârtienons que fat doctrine est changée, et que l'on a donné à taanger du venin au lieu tie la manne. Et pleusft ikDieu que vous vinssiez à cestecognoissancd Mais, quoy! 'par la |>uMîcat1tMl fi semble bien Ile prime face à cil qui n'fentend pas la cause que vos révérentes seigneuries doivent Ut venir pour l'entendre et en juger selon leur oonsci^ce. Mais la$! il n'en est pas ainsi.
tiseï]
BT IIÉPPBI.IQUE, LIV. Y.
«Le pape coDBoupde que vous veniez ^Trente, et, quand vous y 9er«z arrivés, incontinent vons serez conduicU pour aller oyr quelque dispute de cordeliers, ou autres de leur ^rte» sans que jamais à un seul d^s nostres il vous sojt permis de parler, et vous dire la vérité. 0 Dieu, ô pauvre Église de Christ, 6 queUe grande arrogance et tyrannie ! £n qurès vous verrez de cérémonies et brouilleries un grand nombre; mais ce que plus importe est que vous serez puis après Qonduicts (hélas I 6 vous misérables, si aussi vous y consentez) à vous seoir en Téglise cathédrale de Sainct-Yigle, avec un beau pavillon à Tentour et une belle mittre en la teste^ dans de belles chaires que le cardinal de Trente a faict venir de Milan ^ et là d'un lieu assez hault vous seront leus les décrets que le pape mesme, homme du tout ignorant, aura patriotes à sa mode avec le conseil de quelque cordelier estant à Rome, et vos révérences sérénissimes n'auront autre chose à faire que d'encUner la teste mittrée, et dire plac^t^ c'est-à-dire, il iM>us plaist bien, et ainsi les approuver, comme s'ils avoyent esté laicts par vous-mesmes après avoir bien eacouté et bien entendu la cause. 0 Dieu ! ô Dieu! 6 Dieu! quelle chose horrible est celle-là I Et puis le pape divulguera par tout le monde que les évesques ont déterminé et diffinyauconcitequelesluthériensont.letort, lesquels demandent la réformation de la doctrine} de Girist, qui a esté toute souillée ; et toutesfois ce n'auront esté les évesques, ains celuy qui demeure au mont Vatican près du Tybre. «Il est certain que de tout le mal qui naistra d'un tel concile oiasqué et très pestilentieux, de tout le sang respandu, et autres très grands nuiubL que les guerres ont accoustumé d'apporter, vos révérences sérénissimes en viendront à estre la principale cause, voire sera comme si elles -mesmes avec leurs propres mains avoyent taillé les hommes en pièces, avoyent brusié les terres et pays, et faict tous autres mescbans maulx qui se font en guerre. «• Par la publication de ce concile autre n'est appelle pour y venir sinon celuy qui est de l'obéissance romaine, et toutesfois il est appelle général. Nous en sommes totalement exclus, quoy que nous soyons chrestiens, avec toutes nos églises ; qui me fait dire que si le pape vouloit qu'en effeet vous deussiez user de vostre propre jugement et satisfaire à vostre con*
spience, il n'en feroit ainsi ; mais ne voulant point qu'il en soit en vostre pouvoir de lire ny d'escouter sinon une partie sans vous informer des deux, ainsi que font les bons juges, il n'y a point de double que le bon pape ne se vueille servir de vos révèrent es seigneuries comme d'autant de tuyaulx d'orgues qui jettent hors le vent et la mélodie, si le vent leur est départi par le maistre joueur, lequel s'il ne leur est donné demeurent muets et inutiles d'eulx-mesmes.
«Je vous prie en oultrede considérer un peu et vous informer bien de ce que feit le pape Paul ni et Jules III, derniers décédés. Iceux forgeoyent des ordonnances et décrets à leur poste, puis les envoyoient à Trente, avec exprès commandement qu'on n'eust à statuer autre chose que cela mesme qu'ils commandoyent. Ce que je sçay pour tout certain , pour ce que du temps du pape Paul, moy-mesme, lors évesque, estois àTrente, dont je fus dédiasse pour ce que j'estoy souspeçonné de m'en être prins garde, dont ils craignoyent que je ne le vinsse à manifester, encores que alors j'en entendois bien peu. Et n'y a celuy qui maintenant ne scache que toutes les diffinitions faictes premièrement à Rome par le commandement du pape ne soyent puis après envoyées au légat, pour tenir la main à ce que les théologiens ayent à suyvre en leurs disputes celuy mesme ordre et formulaire qui leur est envoyé, dont est ensuyvi que Ton dit maintenant: Que le Sainct-£sprit vient à Trente enclos dedans une valise.
«J'ay esté encores plus de quinze ans de vostre ordre épiscopal, et jusques à ce que, ayant abandonné le pape, je me soye retiré en la pure Église de Jésus Christ, la doctrine duquel quand je viens à parangonner selon qu'elle est embrassée en nos églises, avec la doctrine à laquelle le pape ccmtrainct cruellement les hommes de consentir, pour certain je voy qu'il y a aussi grande différence que du paradis à l'enfer. Dont véritablement je ne remercie point tant d'aucune autre diose mon Dieu, mon père très bénin, que de ce qu'il luy a pieu, par sa miséricorde, de m'eslever comme un pesant iaix, eten despit de ma chair me transporter icy. Et ainsi luy plaise-il conduire vos seigneuries comme jour et nuict je le prie à joinctes mains. « Si avant quarante ans, et devant que par l'esprit du Seigneur la lumière de l'Évangile fat allumée en tant de parties du monde, quelque
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commencement du schisme, et quelque division contre l'Église romaine fust advenue en aucune contrée de l'Europe, par adventure en un tel cas (je dy par adventure) une telle publication que celle de présent eust peu avoir lieu, attendu que la traffique des papes, n'estant encores descouverte, n'eustesté estimée si meschante et si énorme. Mais il y a bien à dire de ce temps-là au temps de présent, qu'une si grande partie de la Germanie, telle comme un chascun sçait, estant commedésensorcelée par la gratuite bonté de Dieu, crie la mesme voix qu'il y a environ cent ans passés que la Bohème crioit, mais beaucoup plus heureusement. Elle crie, dis-je, que la doctrine de Jésus-Christ luy a esté changée par la papauté, et pour ce courageusement s'employe à la restituer, et mesme l'a quasi maintenant restituée en plusieurs lieux, ne voulant plus participer à celle des papes.
u La mesme aussi a faict une grandeipartie du pays des Suysses, et la plus grand'part de celuy des Grisons. Semblablement aussi Genève, avec une partie de la Savoye. Toute l'Angleterre et TEscosse, et les villes qu'on appelle maritimes, lesquels aucuns comprennent soubs la Germanie, et les royaume de Suèce, de Gotie, de Dannemarc, et le duché de Prusse, et la Livonie, et la Transsylvanie, Brief tous ces royaumes et provinces par l'authorité de leurs rois, de leurs princes et magistrats s'en sont retirés, et n'ont plus rien à faire avec le pape, ains avec Christ, vray chef de FÉglise.
«Il y en a aussi d'autres qui n'osent encores se manifester si publiquement, leurs rois et magistrats n'y consentans ouvertement. Comme en Italie, en la France, en l'Espagne, en THongrie, en la Dalmàtie, en la Bohème, en la Poloigne majeure et mineure, en laLithuanie,et en la Ruscie ; èsquels lieux il y a jà innumérables oreilles et yeux ouverts, et une grande cognoissance de l'Évangile et de Jésus-Christ par la grâce de Dieu.
« Ceste publication faicte par le pape et ses trente cardinaulx soubssignés avec luy, contre toute forme accoustumée, préjugent nostre doctrine et la condemnent comme hérésie, sans appeller aucun des nostres. Et seulement est dict que là se transporteront les évesques, par la bouche desquels le pape prononcera sa ccndemnation. N'est-ce pas là une fort gracieuse publication, en laquelle nous sommes chargés
de très villain oultrage, et exdus du concile appelle général, et auquel sont appelles seulement nos adversaires? Fut-il oncques une telle généralité, hors de laquelle est exceptée une si grande partie du christianisme, comme est celle qui embrasse la doctrine réformée?
« Iladjouste qu'il veult continuer et poursuyvre celuy mesme concile que le pape Paul et Jules troisiesmes ont encommencé, et non en recommencer un nouveau. Que chaultil, ou qu'il en commence un nouveau, ou qu'il poursuyveet reprenne celuy qui est jà commencé, s'il le veult faire seulement entre les siens, et selon qu'il luy viendra en teste de commander de jour en jour, et puis faire la guerre? U revient tout à un ou de poursuyvre le vieil, quand ainsi ouvertement il fait entendre qu'il ne veult point qu'il y ait d'autres que ses propres évesques. Et pour ce, sans aucun respect et considération de ce qu'en pourra dire le monde (car de Dieu il ne luy en chault) il commande à tous patriarches, archevesques, évesques et abbés qui sont en la papauté, que là ils ayent à se trouver; puis un peu après il admoneste les rois et les princes qu'ils fassent diligence d'y envoyer les prélats, c'est-à-dire, tous nos adversaires et ennemis de nostre doctrine.
u Quant à ce qu'il déclare par sadicte publication qu'il voudroit bien que les rois et les princes peussent estre au concile en personne, ou pour le moins qu'ils y envoyassent pour ambassadeurs gens de bien, gens graves et prudens, cela est dict de sorte que quiconque entend la cause n'en pourroit recueillir autre chose, sinon que c'est une manifeste tromperie. Yeu la loy qui a esté faicte touchant la célébration du concile, laquelle commande que les seuls prélats doivent avoir la voix décisive; c'est-à-dire puissance de juger et difiinir, et que les rois et les princes ne la doivent point avoir, ains seulement estre là assistans et spectateurs de la comédie.
«Et le pape Jules troisiesme, en sa publication , sans rien desguiser dit ouvertement qu'ils y doivent estre seulement comme assistans. Mais qui lit la publication du pape moderne semble qu'elle donne à entendre que les rois et les princes et les ambassadeurs qui soyent gens de bien, graves et prudens y peuvent aussi dire leur opinion, comme ce seroit le devoir. Mais cela est teu et dissimulé gentilment pour déce-
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▼oir et donner crédit au concile. Et semble qae les rots et les princes ou lears ambassadeurs soyent pour y avoir lieu à décider, et toutesfois ne Tauront point ; et en cela ne leur servira de rien la prudence, la gravité et la piété, dont ils pourroyent abondanmient estre ornés, pour ce que telles belles vertus ne sont nen estimées es conciles, s'il n'y a une mittre.
u Mais ores fort à propos Toccasion se présente d'addresser ma paroUe à vous autres trente messieurs les révérendissimes. Il est dict en un ▼ostre livre premièrement imprimé à Venise Fan 1517, puis à Coloigne Tan 1557, dont le filtre est : Rituum ecclesiastieorum 55. Rom. Ecclesiœ lihri ires, c'est-à-dire, trois livres des cérémonies ecclésiastiques de la sacrosaincte Eglise romaine; au premier livre en la section 14, chap. 2 : Que pour statuer et dif&nir, là doibt estre le pape, et le sacré sénat descardinaulx. Voylà les propres parolles. Je vous demande doncques par quelle occasion le pape ne vous envoyé tous maintenant au concile avec les patriarches, archevesques, évesques et abbés; là vous entendez que la loy y est , laquelle si elle ^ne vous y mande comme cardinaulx, pour le moins elle vous y devoit mander comme évesques, ayans entre vous, qui estes soixante en nombre, environ cent éveschés des plus riches, et aux plus fameuses cités de TEurope, cy un, cy deux, cy trois, cy quatre ou plus. Sus donc, que respondez-vous à cela? pensez-vous qu'il suffise pour satisfaire que vous ayez soubscript à la bulle? Si vous estes tous, peu exceptés, sans lettres, au moins quant aux Sainctes Escriptures, telle excuse ne sera point receue ; poar ce que par la mesme raison ny devroyent aussi estre envoyés les évesques, la plus grand' part desqueb est sans aucune cognoissance de la théologie.
« Mais prenez bien icy garde, en un mesme chapitre il est escript que les princes ne doivent avoir voix diffinitive aux conciles ; et cela ne s'est voulu exprimer en la publication. Puis il est dict par vostre loy, que vous y devez aller, et y avoir voix ; et toutesfois la publication s'en taist, et ne dit point que vous y deviez aller. Je reviens doncques à demander dont procède cela. Je diray ce que j'en ay entendu moy estant à Rome. Le pape n'est point asseuré des cerveaux de vos révérendissimes seigneuries, et craint qu'icelles mesmes, estans esloignées du
maistre de l'eschole, ne vinssent à user de quel- ' que nouvelleté, renversans les choses sans des- . sus dessoubs, voyans autour d'elles plusieurs pauvres évesques, et en on concile lequel a puissance sur les prmces. Et ceste est la vraye occasion par laquelle il ne semble pas bon au pape qu'il soit seur de vouloir observer sa loy.
« Comment se fait cela que cestuy vostre pape moderne proclame et dénonce tous ceux estre exclus du concile, qui point ne sont des siens. Et toutesfois son prédécesseur dict expressément en une sienne instruction, laquelle nous avons et fut donné au cardinal Caraffe, quand il fut envoyé en Flandres au sérénissime roy d'Espaigne, qu'il vouloit qu'au concile ceux qui se sont eslevés encontre l'Église romaine fussent oys. Pourquoy donc cestuy vostre Pie quatriesme a une opinion si diverse et si contraire à celle de Paul troisiesme, lequel vouloit qu'audience fust donné à la partie adverse, et cest autre ne le veult point? Icy consiste le tout, que nous ne devons point estre exclus, et que vos prélats ne doivent estre tenus comme serviteurs et esclaves; ains faire tout bon devoir de conférer et disputer, et puis statuer et décréter ensemble avec nous, selon leur conscience et non selon ce qui leur sera mandé de dire. Au bout de ladicte lettre y avoit une traduction de la loy des papes sus mentionnée, touchant ceux qui ont voix délibérative aux conciles, avec certaines petites annotations que je n'ay voulu obmettre : estant ladicte traduction en la manière qui s'ensuit.
«( Es conciles vénérables, saincts et sacrés, avec lesquels nostre foy et la droicte reigle de vivre a esté purgée et confirmée, nous ne lisons point que autres soyent entrevenus que les évesques et abbés pour avoir à décider les matières, et ceux seulement se soubscrivoyent aux décrets. Nous appelons avec ce nom d'évesques aussi les archevesques, pource que ceste est la supresme dignité en l'Église de Dieu. Les autres véritablement qui sont de degré ecclésiastique inférieur, et les princes séculiers estoyent présens pour conseiller et instruire, mais non pouvoir eux-mêmes décider; ains seule* ment y avoir voix consultative ou délibérative, et non difRnitive. Là donc sera es conciles pour décideret déterminer l'évesque de Rome, comme gouverneur de toute l'Église, pasteur du trouppeau du Seigneur et évesque souverain de tous
DE L'ESTAT DE LA RELIGION
ks évesqoefl. Le sacré sénat des cardinaulx, les patriarches, primats, archevesqnes, évesques, abbés auxquels non imméritoirement ont esté adjoincts les généranlx des frères mendians, finalement tons les prélats, lesqueb, selon la forme des juremens, quand ils sont promeus à dignité, sont obligés de venir aux conciles. Les autres y pourront aussi entre venir pour conseiller, pour disputer et instruire comme nous avons dict. Toutesfois, point ne s'asserront es publiques sessions, sans estre vestus de vestemens sacrés pour dire leur opinion. **
Cfôte traduction a esté prise du chapitre second de la section quatorziesme, au livre intitulé : Riiuum ecelesiasticorum SS. Rom. Ecckêiœ.
Ce pendant la religion dicte réformée fut receue en la ville de Valence en Daulpbiné, dont sourdirent de grandes persécutions faictes à rencontre de ceux de ladicte religion, exercées par le sieur de la Motte Gondrin, lieutenant pour le roy en Tabsence du duc de Guyse audict pays, qui feit trancher la teste à quelques ministres et mourir plusieurs habitans de ladicte ville, entre autres, un ministre nommé du Val, auparavant de l'ordre des Carmes, et long temps prisonnier à Champigny-sus-Vote en Tou raine. Ceux de Vienne en Daulpbiné aussi receurent la doctrine de ladicte religion, dont plusieurs semblablement furent punis par mort. £t la ville d'Orenge, peu de temps après, receut aussi ladicte doctrine.
Estans les électeurs et princes dVMemaigne protestans assemblés à Neumbourg, pour conférer et parler ensemble de Topinion que chascun d'eux avoit délibéré de constamment défendre et retenir, à cause de plusieurs propos mis avant et tenus devant Fempereur Ferdinand et autres qui se pouvoient accorder de la religion et doctrine comprise en la confession I»*ésentée à l'empereur Charles V à Auguste en 1530. Fut résolu en ladicte assemblée de déclairer (ce qu'ils feirent par une lettre et confession par eux envoyée à l'empereur) qu'ils persistoient unanimement en ladicte confession, de laquelle estoyent encores tesmoings Philip pesle lantgrave de Hesse et Wolfgang , prince de Anthard, vivans encores et ayant esté présens à la présentation d'icelle ; offrans lesdicts électeurs et princes de plus amplement déclairer et esclaircir leur dicte déclaration et con-
fession par fondement de la Sainete Escripture, si elle estoit débattue, toutesfois et quantes qu'il en seroit besoing. Ainsi qu'ils estoient là assemblés arrivèrent les ambassadeurs du pape, lesquels parlèrent à ladicte assemblée en la manière qu'il s'ensuit :
•( Le souverain évesque estant appelé au très sainct et sacré gouvernement de TÉglise, incontinent pour s'acquitter du devoir de sa charge de pasteur a eu ce principal soing que les mœurs corrompues fussent corrigées et amendées, à fin que TÉglise demourast en bonne paix et tranquillité, et que toutes les nations peussent tomber d'un mesme accord. A quoy ne voyant autre remède propre, que la célébration d'un sacré concile universel, et par meure délibération, et de l'authorité qu'il a de Dieu, ordonné etassigné icelui concile pour estre tenu à la feste de Pasques prochaine. Et à ce que les princes en fussent advertis, et qu'eux-mes« mes aussi, joincts et unis par bonne volonté et affection à la sollicitude pontificale, entreprinssent mesme soing et diligence de procurer ensemble la tranquillitéde la Germanie; nousavona esté par luy (comme très affectionné à la nation germanique, repos et union d'icelle) esté délégués et envoyés ses ambassadeurs pour aller prier, exhorter et supplier un chascun d'assister à ce concile, auquel chascun sera bénignement ouy. Et en oultre pour requérir lesdicts princes de permettre que ceste saincte entreprinse succède et sorte tel efiTect que l'Église soit entièrement remise en paix et concorde. Estant prest au reste le très Sainct Père de bailler auxdicts princes un saufconduict en forme bien ample et telle qu'on scauroit la désirer, enhortant la saincteté d'iceluy un chascun desdicts princes d'envoyer là ses ambassadeurs avec bien amples mémoires et mandemens, à fin que par le moyen de leur faveur et bonne affection tous les différends de l'Église (en laquelle on voit autant d'opinions que de testes , et autant d'évangiles que de docteurs) puissent bientost estre appaisés, et qu'à icelle Église par ce moyen soit rendu son honneur, et en icelle finalement une mesme foy tenue, et un mesme Dieu de tout servi et adoré. Ayant l'un des ambassadeurs ainsi harangué, celuy qui l'acconapaignoit parla après luy en ceste manière.
« Princes très illustres, ayant Tun et lautre de nous pareils mandemens du Sainct Père, je a^
r^teray ce qne par moA compaignon vous a esté etpofeé pour déclarer ks calamités de TÉglise; car il ti'y a personne qai ignore jusques à quel poinct ettie en soit venae Tun mal naissant de Tantre, Touvetture estant faicte aux ennemis du nom chrestienvi qu'il est nécessaire d'y ponrveoir.
« Cela requièrent les dangiem«ro{qK)rtQnité du temps le suade, et la bénignité H affection du père sainct vous y provoque; de &ço1^que jamais ne se présenta et ne peult se présenter meilleure occasion d'accord , la république ehrestienne estant paisible, et un père très saint par la grâce de Dieu donné, lequd a une singulière aiîection aivec les princes, et un iBerveilleux soing des âmes et du restablissement de la paix et tranquillité de TÉglise. Voylà que chascun de nous avoit à vous proposer et dire. » La response des électeurs et princes des protestans fut telle qui s'ensuit :
•» Les illustres électeurs du sacré empire romain, les princes, ambassadeurs et conseillers ont commandé respondre à vostre proposition , par laquelle vous avez déclaré le mandement du pape à leur grandeur, grâce et courtoisie, ainsi qu'il s'ensuit : qu'ils ne doubtent point que plumsars gens doctes, saiges et religieux de tous aages et estats de la terre, n'ayent jade long temps désiré meilleur estât en l'Église, et mesmes qu'ils ne facent prière à Dieu, à fin que la ▼raye doctrine soit enfin restituée, et les cruels et nneschans abus quijy sont entrés soyent par qjudque bonne correction ostés. Ce que les papes devoyent principalement avoir en recommendation, lesquels se sont dès long temps magnifiquement attribué le tiltre de l'Église; ils se sont |4i» tost occupés à assemblés par une cupidité et envie de régner, et à semer des superstitions en l'Église, qu'en glorifiant la gloire de Dieu guénr les maladies qui y estoyent. Ce qui n'est pas caché à tous les gens de bien, et faoit que plusieurs qui sont obligés au pape, s'ik ont quelque prudence le confessent ainsi.
« S'esmerveiflent aussi les très illustres électe«%, princes et ambassadeurs des autres, de queHe opinion d'espérance mexk 4e pape a envoyé cesie légatkm, et voulu leur indire le concile et les appeler à Trente ; car vous et luy n^ignorez point quelle religion tieimem les estats de r Empire qui sont de la confession d'Auguste. Ils ont estécontrainctsde réformer leurs
ET RÉPUBLIQUE, LIV. V
Églises selon la vraye doctrine de l'Évangile, et se séparer de la eompaSgnie de ceux qui, en op* primant la doctrine céleste, cherchent plus tost leur gloire que celle de Christ.
« Pour ceste cause iceux très illustres princes veulent que le pape et vous entendiez qu'ils ne recognoissent point l'autheur du siège romain, et que, par tesmoignage indubitable, tant du droit divin qu'humain, ils ont certaine asseuranee que les princes romains n'ont pouvoir -d'indire>le concile; car la raison et tous escripts tant divins qu'humains tesmoignent assez qu'il n'appartient à celuy par le moyen duquel les différends et distractions sont venus en l'Église, et qui cruellement oppugne la vérité d'estre juge, et vouloit appoincterlesdict s différends. Et afferment lesdicts illustres princes estre par vostredicte proposition injustement blasmés, de n'avoir nulle foy certaine ; mais que maintenant il y a autant d'évangiles que de docteurs , et autant de religions que de volontés; car il se trouve une claire confession présentée à Auguste à l'empereur Charles cinquiesme Tan mil cinq cens jtrente, où non seulement sont contenus les articles de la foy ; mais aussi, par plusieurs escripts cy-devant publiés, la vérité de la doctrine càeste a esté par eux esdarcie et espendue.
« Or les plainctes de tout le monde tesmoignent assez de quelles faultes l'Eglise romaine est maintenant abbreuvée, et combien la vraye doctrine de l'évangile est opprimée de cruels abus et superstitions, de sorte qu'elle ressemUe plus à la religion ethnique que ehrestienne ; et d'autant que lesdicts princes se sont séparés de l'Église romaine, n'estans induicts de témérité ny curiosité, ou mauvaises passions, mais par le commandement de Dieu, par lequel il ordonne qu'il fault fuir les idoles, ils veulent constamment persévérer en leur opinion, sans souffrir leur estre baillé aucune loy par le pape; car ils ne recognoissent autre authorité ny jurisdiction que celle de l'empereur César Ferdinand, duquel les ambassadeurs ont promptement dict l'espérance et volonté qu'il a de la célébration du concile général et œcuménique.
<* Et quant à ce qui vous toudie particulièrement, leurs grandeurs vous prient bien fort croire que, si vous n'eussiez eu charge de la légation du pape, estans ven^B des! hoiuieste
DE L'ESTAT DE LA RELIGION
famille de Venise, comme vous estes, ils vous eussent preste toute faveur, honneur et amitié, tant parce qu'ils aiment ladicte république de Venise, que aussi d'autant qu'ils estiment que, pour la grandeur et honnesteté de vostre race, et rhonneur de vostre doctrine et sapience, vous estes très dignes d'estre favorisés et bien recueillis. »
Monsieur le prince de Condé estant à la Fère, et ayant esté mandé pour se trouver à Fontainebleau, comme nous avons dict cy-dessus, y arriva en poste, accompaigné au partir de Paris, par où il passa, de cent chevaux et plus : ne voulut toutesfois arriver audict lieu de Fontainebleau, sinon accompaigné du comte de la Rochefoucault et du sieur Sénarpont; où estant venu, dès le lendemain entra aux affaires et conseil privé du roy. Et là, après quelques remonstrances, ayant interpellé le chancelier de dire s'il sçavoit que aucunes informations eussent esté faictes à l'encontre de iuy, lequel respondit que non ; ledict sieur prince ayant esté déclaré par un chascun dudict conseil qu'il n'y avoit celuy qui ne le tinst pour sufGsamment purgé, se meit en son rang et lieu accoustumé audict conseil, qui fut le treiziesme jour de mars. Et là fut déclaré par le roy en la présence de la roine sa mère, des princes dé son sang et gens de sondict conseil, que ledict sieur prince Iuy avoit rendu tesmoignage, et faict deue preuve de son innocence, dont il s'estoit suffisamment informé; manda à la cour de parlement de le recevoir ; permis à Iuy de poursuy vre en icelle autre et plus ample déclaration et tesmoignage de sadicte innocence. Et à fin qu'elle fut cogneue par-tout, fust ordonné que le jugement dudict conseil seroit publié et enregistré esdictes cours, et les doubles et copies d'iceluy envoyées pardevers les ambassadeurs qui estoyent près des princes estrangers.
Suyvant ce ledict sieur prince quatre ou cinq jours après s'en alla à Paris; et incontinent après advint que le roy de Navarre feit ses plainctes à la roine de ce que Iuy ayant tant déféré, jusques à ne Iuy avoir débattu le gouvernement du royaume, néantmoins il se voyoit mesprisé, estant postposé au maniement et administration des affaires du duc de Guyse, lequel avoit la garde des clefs du chasteau, et en toutes autres choses Iuy estoit préféré. Que ce Iuy estoit un grand dcsplaisir de voir celuy
estre eslevé par-dessus Iuy en sa présence, qui tousjours Iuy avoit esté adversaire, tant du règne du roy Henry, d'auprès duquel il l'avoit tousjours esioigné le plus qu'il avoit peu, que du temps du roy François dernier décédé. Et que s'il dissimuloit le tout pour lamour d'elle, moins devoit-on abuser de sa bonté. Pour conclusion que ledict duc de Guyse demeurant auprès du roy, il n'y pourroit demeurer, et qu'il falloit que l'un ou l'autre s'en allast hors de ladicte cour.
A quoy Iuy fut dict par la roine qu'elle tascheroit de Iuy agréer en toutes choses raisonnables ; mais que de chasser sans occasion le duc de Guyse, ayant estats et charges en ladicte cour qui requéroyent sa présence, il n'y avoit aucun propos *, joinct qu'elle voyoit bien que, Iuy accordant aujourd'huy un poinct, demain il Iuy en faudroit accorder un autre, et n'auroit jamais faict, cognoissant ses façons de faire, duquel elle disoit recevoir sans cesse plainctes semblables. Que toutesfois pour le contenter, et bire cesser la jalousie qu'il avoit sur ledict duc de Guyse à cause des défis du chasteau, qu'elle les feroit apporter en sa chambre par les capitaines des gardes, combien qu'il appartinst audict duc de Guyse, comme grandmaistre, d'en avoir la garde, ainsi comme le connestable exerçant ledict estât en avoit usé.
A quoy ledict roy de Navarre dict que ce n'estoit comme grand-maistre que le connestable avoit commandé aux capitaines des gardes de Iuy porter les clefs du chasteau, ains comme connestable, puisqu'il estoit connestable; estant audict estât de commander par tout où il se trouvoit aux armes ; et que si le grand-maistre l'avoit faict, ce avoit esté n'y estant point le connestable.
En somme, ce différend vint jusques là que ledict roy de Navarre se botta le lendemain, prest à partir, ses mulets estans allés devant à Melun ; tous messieurs les princes du sang (encores que monsieur de Montptnsier le feist à regret) ne pouvans bonnement se séparer d'eux ; le connestable, tous ses enfans, les sieurs de Chastillon et autres prêts aussi de partir avec Iuy, de façon qu'il ne demouroit audict Fontainebleau que les sieurs de Guyse, si ledict partement eust esté exécuté; lequel on disoit ne devoit estre plus Iping qu'à Paris, pour audict
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Ueu faire déclarer le gouvernement luy estre deu et appartenir.
La roine ennuyée de voir ceste soudaine entreprise, pour reQq>escher, manda par le conseil du cardinal de Toumon le connestable, pour venir parler à* elle ; luy feit dire par le roy en la présence de deux secrétaires d'estat là appelés, pour faire registre de ce qui seroit dict, qu'estant iceluy connestable le premier officier de la couronne, duquel Sa Majesté avoit besoing pour estre près de sa personne, il luy commandoit de ne Fabandonner en la nécessité qu'il estoit. Ce qu'ayant esté prononcé par le roy, arresta tellement ledict connestable, qu'il n'osa entreprendre de partir d'avec luy ; combien que le roy de Navarre l'eust faict semondre deux et trois fois de sa promesse par le mareschal de Montmorency son fils aisné, qui estoit delà compaignie, de partir avec luy. Qui fut cause que le roy de Navarre rompit son entreprise, et renvoya quérir ses mulets.
Cedifférend,divulgué par-tout , fut cause que incontinent courut un bruict à Paris que la roine portoit les sieurs de Guyse contre le roy de Navarre et les princes du sang; au moyen de quoy ceux qui se devoyent assembler en ladicte ville pour faire l'assemblée particulière des estats, ainsi qu'il se &isoit par-tout ailleurs, s'advancèrent de la faire ; et en icelle vindrent à traicter du gouvernement du royaume, destitution et establissement de plusieurs aux prindpales charges et estats, reddition de comptes par ceux de Guyse, de Tadministration par eux Caicte des finances du roy François dernier, et malversations prétendues avoir esté par eux commises, mesmes du temps du roy Henry, répétition des dons immenses faicts tant à eux qu'au mareschal de Sainct- André, la duchesse de Valentinois, ses gendres et autres ; etque défenses cependant leur fussent faictes den'entrer au conseil privé ; le connestable en ce compris, avec ceste clause toutesfois : «S'ilyescheoit. «» Combien que par la résolution de l'assemblée générale faicte à Orléans, le poinct du gouvernement de Testât leur eust esté nomméement défendu et mandé derechef par exprès de n'y toucher; mais ce nonobstant ils passoyent oultre, disans que tout cela devoit estre traicté par les estats, et que le iaict du gouvernement du royaume pour sçavoir à qui il appartiendroit, ne gisoit au consentement des princes du XVI« SIECLE, La PI. et La PI.
sang ; et d'autant plus s'advançoyent-ils de parachever ladicte assemblée, qu'ils estimoyent par là attirer toutes les autres villes à faire le semblable.
Ce que la roine ayant entendu, fut troublée; et ne trouva moyen plus propre pour y remédier que de s'accorder avec le roy de Navarre. Pria le connestable de s'y employer; tellement qu'un nouvel accord fut à la parfin faict entre elle et ledict roy de Navarre, par lequel il fut déclaré par exprès lieutenant général du roy, représentant sa personne par tous ses pays et terres de son obéissance, et que la roine ne feroit rien sans l'advis et consentement d'iceluy ; avec quelques autres poincts arrestés et promis de bouche par la roine audict roy de Navarre, dont il se contenta. Et fut l'accord rédigé par escript, et signé de tous deux, avec ceux du conseil, et mesme du duc de Guyse, lequel dès lors commença à s'humilier devant le roy de Navarre plus qu'il n'avoit accoustumé auparavant. Et Ait mandé monsieur le prince de Condé estant à Paris, pour venir signer et confirmer ledict accord.
Puis fut dépesché le mareschal de Montmorency gouverneur de l'Isle-de-France, personnage cogneu, saige en conseil et résolu en effect, pour aller en personne fiiire de nouveau assembler lesdicts estats particuliers en ladicte ville, et pour amender doucement ce qui avoit esté faict pour le regard dudict gouvernement. Il y feit eslire et choisir par les deux bailliages certains députés, tels que la roine se tint bien servie de luy, sans l'offense ou mescontentement du roy de Navarre.
Entre les ambassadeurs de la pluspart des princes chrestiens qui vindrent se condouloir de la mortdu feu roy, comme il est accoustumé de faire, et congratuler le nouvel advénement à la couronne du roy Charles , vint en ce temps de la part du roy de Dannemarch un chevalier nommé Georges Gluck, qui auparavant plusieurs fois estoit venu et séjourné en France ; auquel le roy de Navarre ayant donné à disner, luy dict, etpriad'asseurer le roy son maistre, que devant que l'an fust révolu il feroit prescher par-tout le royaume l'Evangile. De quoy ayant rendu grâces à Dieu ledict Georges Gluck, et loué l'entreprinse dudict roy de Navarre, le supplie de vouloir prendre garde et pourveoir à ce que la doctrine de Calvin et
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des SnyâSfô ne ftwt récéne, aina celle de Mar- ; ti Q Luther et protestans , que non seulement son dict marstre, mais aussi le roy de Suère et plusieurs autres princes et potentats tenoyent en estendue de pays, non guères moindre que celle quirecognoissoitTÉgiise romaine. SurceledicI roy de Navarre luy dict pour response que ; Martin Luther et Jean Cahrin estoyent en différend avec le pape de quarante articles, et d'ac- , cord ensemble de trente huict, ne demourans , que deux articles çn controverse entre eux : , qu'il se falloit joindre d'une part et d'autre contre l'oppression du pape, pour, l'ayant une fois desfaict, reigler et composer puis après le différend qui resteroit entre eux, et remettre l'Église chrestienneen sa première splendeur et pureté.
Le connestable ayant moyenne l'accord susdict entre la roine et le roy de Navarre, estima avoir bonne part avec l'unet l'autre, pour avoir faict chose agréable à tous deux. Mais quand il veit un cbascua manger de la chair librement en ce temps qui estoit le temps caresme, la chair estant vendue presque publiquement, faire les presdies au veu et sceu de tous en la chambre de monsieur le prince de Condé et de l'admirai, hors le chasteau au commencement, et puis après dans iceluy, et que la roine déclara son intention estre que le roy, elle et tous ceux de sa court ouyssent prescher dans la grand salle dudit chasteau l'évesque de Valence, il se persuada qu'il y avoit quelque secret te entreprise et accord pour le faict de la religion entre ladicte dame et le roy de Navarre ; et lors commença à se desplaire. U fut une seule fois, et le duc de Guy se aussi, ouyr l'évesque de Valence, auquel il dict qu'il se contentoit de ceste fois, et qu'il n'y retourneroit plus. Ledict évesque pour response luy dict qu'il prioit Dieu que sa parole peust profiter en tous endroicts.
Le lendemahï alla ledit connestable et ledict duc de Guy se, joinet avec eux monsieur le duc de Montpensier, le mareschal de Sainct- André et autres, au sermon d'un Jacobin qui prescboit pour le commun dedans la chapelle de la basse cour; et dès lors peu à peu s'aliénèrent ainsi les uns des autres, et cpmmença le connestable à s'aigrir contre l'admirai sonnepveu pour autant qu'il faisoit apparente profession de la religion dicte réformée.^Iceluy connestable in-
cité principalement par Magdeleihe de Savoye sa femme, du tout ennemie et adversaire de ladicte religion, et d'ailleurs comme indignée de voir les parens du costé dudict connestable plus eslevés que les siens. Ce qu'entre autre» choses elle luy faisoit entendre estoil que ledict admirai l'avoit frustré du fruict du service par luy fait à la roine, l'accordant avec ledict roy de Navarre, d'autant que, au desceu et contre l'intention dudict connestable, il avoit sollicité la roine de vouloir, en faveur dudict roy, maintenir et advancer ladicte religion en ce royaume.
Que luy, comme premier ofGcier de la couronne, et issu non-seulement du premier baron, mais aussi du premier chrestien de France, ne devoit endurer la diminution de l'Église romaine , l'ancienne devise de la maison de Montmorency estant : Dieu aide au premier chrestien.
D'autre costé le mareschal de Sainct- André, homme cault et malicieux, remonstroit audict connestable que ce qui avoit esté proposé par les estats de répéter les dons immenses avoit esté malicieusement procuré par ledict admirai, pour tenir son oncle en bride, se doubtant bien qu'il ne vouldroit consentir à sa malheureuse entreprinsede changer la religion ancienne de ce royaume, que partant luy, qui estoit nay si grand, ayant manié de si grands affaires, gouverné l'estatduroyaume par quarante ans, et presque toute la chrestienté, ne se devoit ainsi laisser mener au détriment de Féglise catholique.
£t sur ces entrefaictes, Melchior des Prés, seigneur de Montpesac, amena à propos son beau-père Honorât de Savoye, comte de Villars, beau-frère dudit connestable, irrité contre ledict admirai, pour avoir esté adverty qu'il avoit improuvé ses actions au conseil du roy, concernantes l'exécution par luy faicte contre ceux de ladicte religion, au voyage qu'il venoit de faire en Languedoc, où il estoit lieutenant du roy en l'absence dudit connestable, de laquelle lieutenance il se deschargea bientost après sur le vicomte de Joyeuse, naguères évesque d'Alby ; ledict comte estant touché d'une mesme jalousie qu'estoit sa sœur la connestable contre les parens de son mari.
Le mareschal de Montmorency, prévoyant de loing quelque grand orage devoir advenir,
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et désirant ne perdre un seul de ses parens, amis et servitears , de quelque estât et religion qu'ils fussent, toucha en toute humilité et révérence au connestable son père quelque mot de ce qui luy sembloit estre bon, pour le divertir de se diviser de l'une des plus grandes parties de ses forces, et luy feit remonstrer par un tiers qu'il ne devoit laisser ses certains amis, pour joindre sa fortune avec celle des incertains et de nouvel reconciliés. Qu'il ostoit l'un des plus grands appuis de sa maison, quand il se séparoit de monsieur le prince de Condé, ses nepveus de Chastilion, du comte de la Roche- Ibucault, et autres faisans profession de iadicte religion réformée, et n'en acqaéroit pourtant la bonne grâce du roy de Navarre, ny paradventure celle de la roine. Que le plus expédient estoit de laisser luyter ceux de Chastilion contre ceux de Guyse, et que ce pendant ilgardast les gaiges. Que s'il avoit la religion et le service du roy en telle recommendation qu'il devoit avoir, qu'après que ceux de Chastilion auroyent abbaissé ceux de Guyse, comme véritablement ils feroyent, lesdicts de Guyse ayans tant entrepris qu'ils avoyent concité la baine de tous lesestats à rencontre d'eux, que alors sa suffisance, expérience et bonté le feroyent arbitre de la réformation de TÉglise, de laquelle il ne devoit maintenir les abus, estant le premier officier de la couronne, et encores moins estant successeur du premier clirestien de France. Qu'il ne devoit pas prendre à injure ce qui avoit esté dict à Paris par les estats, luy n'ayant administré que soubs rois notoirement majeurs ; et qu'il avoit eu si peu du roy Henry qu'il n'y avoit juge qu'il ne luy adjugeast davantage, attendu la grand' charge par luy soustenue en son service, ayant payé de sa bourse un million de francs pour la rançon de luy, ses trois enfans et autres siens serviteurs et amis. Et que par l'extraict de la chambre des comptes il «e vérifioit qu'il n'avoit pas eu en dons du feu roy son maistre la septiesme partie de ce qu'avoit eu le mareschal de Sainct- André, tant s'en falloit qu'il en eust eu autant que ceux de Guyse et la duchesse de Yalentinois. Et que son fils aisné avoit dâibéré sur son partage du vivant de luy son père, ou après sa mort, satisfaire à cest endroict aux estats, avec lesquels il estimoit avoir tant de laveur, et la cause estre si juste, qu'on n'y trouveroit que
louange et gloire pour icduy connestable et sa maison.
A tout cela ledict connestable ne respondit sinon qu'il ne se pouvoit faire mutation de religion sans un changement d'estat; et qu'il estoit bon serviteur du roy, et de tous ses petits-maistres, (entendant parler de messieurs sea frères). Qu'il n'avoit pas peur qu'on luy feist son procès, mais qu'il n'endureroit point qu'on improuvast les actions du feu roy son maigre, pour rhonneur de Sa Majesté; et qu'il désiroit que ses nepVeux de Chastilion se monstrassent aussi bons chrestiens d'effect comme ib faisoyent de bouche *, en pardonnant à ceux qui les avoyent offensés.
Un jour après le cardinal de Chastilion et l'admirai le vindrent trouver en sa chambre à son lever, et luy dirent, entre autres choses, qu'ils protestoyent devant Dieu ne vouloir non plus de mal à ceux de Guyse qu'à eux-mesmes, mais qu'ils ne permettroyent jamais de tout leur pouvoir qu'ils eussent authorité et moyen sur eux pour leur mal faire, ayans une fols cogneu leur mauvaise volonté, et que luy, d'autant qu'il estoit plus grand, s'y devoit d'autant plus opposer.
Pour tout cela il ne peut estre desmeu de son entreprinse ; car oultre ce que sa femme et les autres susdicts luy crioyent incessamment aux oreilles que c'estoit faict de l'Église s'il ne se unissoit d'amitié avec ceux de Guyse, la duchesse de Yalentinois (qui dès devant la prison du roy François premier avoit eu grande amitié avec luy, et depuis la mort du feu roy Henry l'avoit reprise plus grande que devant) par lettres et messagers Ten soUicitoit journellement.
Qui fut cause que le mareschal de Montmorency, ayant assisté aux estats à Paris, ainsi que nous avons dict cy-dessus, s'en alla trouver sa femme encore malade à Chantilly, sans plus vouloir retourner à ta cour. Et ledict connestable et duc de Guyse avec monsieur le duc de MoQtpensier feirent Pasques à Fontainebleau ensemble, et le soir le connestable donna à souper audict duc de Guyse, prince de Joinviile, et mareschal de Sainct-André ; dont plusieurs s'esbahirent. Et le lendemain ledict connestable partit de la cour pour s'en aller en sa maison pour feire les nopces du sieur de Thoré son cinquiesme fils avec l'héritière de la maîsûn de Hmnières. Et bientost après le duc
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de Gayse s'en aUa chez loy à Nanteuil, de façon qu'ils avoyent souvent nouvelles l'un de l'autre, pour n'y avoir distance de l'un à l'autre plus de cinq lieues.
Les partialités à cause delà religion ainsi estans de plus en plus descouvertes tant à la cour qu'ailleurs, il advint (comme il estoit nécessaire pour la malignité des hommes) que plusieurs injures et oultrages s'en ensuy virent, les uns et les autres s'entre injurians par ces mots de huguenauds et de papistes. Et d'autant que l'on disoit que l'amiral s'estoit faict fort de planter la religion nouvelle en ce royaume, sans qu'il en advinst aucun trouble, d'autant plus s'estudièrent aucuns à susciter nouvelles émotions , et mesmes àce qu'elles commençassent à Beauvais, évesché du cardinal de Chastillon, et en sa présence, comme il advint au^L fériés de Pasques, ainsi qu'il disoit à un conseiller de la cour de parlement de Paris, nommé Pajot, estant en sa maison épiscopale, qu'il remercioit Dieu de ce que sa cité avoit esté toujours trouvée paisible^ car à Tinstant s'éleva une telle mutinerie que, pour rq>paiser, il fut besoing que le mareschal de Montmorency y allast avec main forte, comme gouverneur du pays. Advint après le semblable à Amyens, Ponthoise et plusieurs autres villes, èsquelles y avoit des prescheurs faisans tout devoir pour enflamber davantage lesdictes émotions ; et entre autres en la ville de Paris, un minime, nommé frère Jean de Han, de la religion de ceux qu'on appelle bonshommes, près de Paris.
Par quoy furent publiées et envoyées lettres patentes du roy à tous les juges royaulx de ce royaume, par lesquelles furent faictes défenses de ne s'entre-injurier aucunement par lesdicts mots de buguenauds et papistes, et en oultre de n'enfreindre ou violer la seureté et honneste liberté dont chascun doit jouyr estant retiré en sa maison et domicile, ou celle de ses voisins et amis, sans qu'il fust loisible à aucun en petite ou grande compaignie d'entrer es maisons pour rechercher et troubler autruy soubs prétexte des édicts prohibitifs d'assemblées illicites ou autre occasion, laissant cela à la justice. Et estoit mandé en oultre de mettre hors des prisons tous ceux qui y estoyent mis pour le faict de ladicte religion auparavant la dernière ordonnance faicte pour leur délivrance : et que ceux qui s'estoyent absentés de France pour ledict
&ict depuis l'advénement à la couronne du feu roy François peussent retourner en toute liberté de leurs biens et personnes, pourveu qu'ils voulussent vivre catholiquement et sans scandale. Et où ils ne voudront foire , de pouvoir vendre leurs biens et se retirer aveciceux. Mais pource que lesdictes lettres ne furent addressées ny envoyées à la cour de parlement, elle empe«cha de tout ce qu'elle peut l'effect du contenu en icelles. Et envoya à ceste fin remonstrances au roy, par lesquelles elle luy feit entendre :
Premièrement, que lesdictes lettres avoyent esté addressées aux baillifs et senescbaulx de ce royaume, mesmes auprevost de Paris : avoyent esté publiées par-tout, horsmis en la ville de Paris, en laquelle ledict prévost avoit différé faire ladicte publication jusques à ce que ladicte cour eust délibéré sur icelles, ainsi qu'est accoustumé de faire. Que toutes lettres en forme d'édict, «ignamment celles qui sont commandées pour le reiglement de la justice, ont accoustumé estre présentées en la cour de parlement, pour, après avoir délibéré sur icelles, estre leues , publiées et enregistrées , s' il se trouve qu'elles se doivent passer sans aucune difficulté, ou pour en faire remonstrances auparavant la lecture et publication. Que c'estoit chose insolite et non aecoustumée de présenter telles lettres, et icelles envoyer aux baillifs et senescbaulx que premièrement elles n'eussent passé par ladicte cour de parlement. Quand quelques lettres avoyent esté expédiées sans l'addresse à ladicte cour, et que l'on les avoit révoqué en doubte , que l'on n'y avoit eu aucun esgard, et n'avoyent esté tenues pour loy ny ordonnance. Supplioit, suyvant ce que jusques icy avoit esté gardé, que toutes lettres pareilles à celles dont est question fussent au préalable addressées à ladicte cour, qu'aux baillifs et senescbaulx, lesquels font serment de garder les ordonnances leues et enregistrées en icelle cour. Qu'on pouvoit cognoistre l'inconvénient qui pouvoit advenir, Taddresse estant faicte aux baillifs et senescbaulx, et la publication faiicte par eux : par ce que se pourroyent faire remonstrances qui seroyent trouvées sainctes et raisonnables, et par ce moyen l'on révoqueront ce qui auroit esté publié et enregistré par lesdicts baillifs et senescbaulx. Que appel pourroit estre interjette des jugemens desdicts baillifs et senescbaulx, qui auroyent fondé leursjugemens sur lesdictes let-
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très , lesquels pourroyent estre révoqués en double, pour n'avoir esté iesdictes lettres leues, publiées et enregistrées en ladicte cour, selon Tusance et commune observance de tout le temps gardée.
Passant oultre, qu'il sembloit queTonvoulsist par Iesdictes lettres approuver diversité de religions en ce royaume , ce qui n'avoit esté jamais faict depuis le roy Clovis premier jusques à aujourd'huy . Car combien que Ton trouve par les histoires et annalles que les empereurs et rois, mesmes les papes, soyent tombés en quelques erreurs, et se soyent séparés de l'union de l'église catholique jusques à avoir esté déclarés hérétiques et schismatiques, toutesfois, par la grâce de Dieu ne se trouvoit aucun des rois de France estre tombé en cest inconvénient. Et quand quelques erreurs s'estoyent eslevées en quelque partie de ce royaume, commedu temps des Albigeois, y avoit esté résisté en telle sorte, que tout le mal avoit esté entièrement extirpé. Tellement que les rois de France avoyent continué le nom de roy très chrestien, lequel ils ont retenu, et duquel ils sont honorés et révérés par toute la chrestienté. Que ce seroit chose pernicieuse et de mauvais exemple si ceux qui ont esté baptisés en la foy de leurs prédécesseurs, et qui y ont vescu, voyans aucuns se forvoyer et se séparer de la religion jà accoustumée,neleur pouvoyent ce impropérer pour blasme, à fin de les inviter par ce moyen de eux retireret vivre en la foy en laquelle ils avoyent esté baptisés. Et semMoit que l'impunité et licence que voudroyent prendre ceux qui interpréteroyent Iesdictes lettres à leur sens, serviroyent de feindre nouvelles religions, et autant de religions que de fantasies, et de se séparer de l'unité de la religion ancienne, sans jugement de TÉglise, chose damnée et réprouvée par toutes les lois et constitutions anciennes, et par le moyen de laquelle sont advenues les subversions des royaumes et empires.
Le motif desdictes lettres estoit que quand on ne pourroit aucune chose se reprocher pour le foict de la religion, l'on estîmoit que les séditions commenceroyent à cesser; mais qu'il estoit à craindre que, cuidans esteindre le feu, comme l'on en avoit bonne volonté, on n'en allumast davantage, et que les esmeutes et séditions fussent trop plus que civiles et intestines, quand l'on verroit que sans craincte aucune de
peine l'on se pourroit séparer de l'unité de la religion et vivre à son libéral arbitre. Et sembloit n'y avoir meilleur moyen d'appaiser les séditions sinon d'en oster la cause, et couper la racine qui estoit la division de la religion. Et quand il plairoit au roy faire profession de sa foy, et foire dire et déclarer par-tout qu'il veult vivre et mourir en la foy en laquelle il a esté baptisé, et en laquelle ses prédécesseurs roys ont vescu; et qu'il entend que tous ses subjects facent pareille profession et déclaration, sur telles peines qu'il sçauroit trop mieux adviser y auroit grande espérance, moyennant la grâce de Dieu, que tous ses subjects vivroyent en ce royaume en grande paix et tranquilUté.
Que Iesdictes lettres portoyent que l'on entend estre séditieux ceux qui par ces mots de papistes, de huguenauds, etc. Par là sembloit que Ton voulsist faire une secte de papistes et huguenauds, et que l'on opposoit les papistes aux huguenauds, qui est un nom nouvellement inventé, que l'on donne à ceux qui se sont séparés de l'ancienne religion. On pourroit trouver estrange que l'on voulsist opposer ce mot de papiste aux huguenauds, et estoit un nom in* usité en France, qui n'avoit accoustumé estre mis es lettres patentes ny autres; et par ce mot de papistes on avoit tousjours estimé le pape pour chef et vicaire de Dieu en terre, pour le regard de la spiritualité.
Que« par Iesdictes lettres, on défendoit aux privés d'aller foire assemblées pour endommager ceux qui se trouveront es maisons, et les empescher d'user de Thonneste Hberté qu'ils pouvoyent avoir, délaissant aux magistrats la coertion de ce qui se trouveroit mal faict esdictes maisons. On trouvoit merveilleusement bon que la force et cognoissance de cause fussent ostés aux privés, et très raisonnable de ne molester ceux qui se trouveroy ent es maisons soubs prétexte de quelques conventicules, et que ceux qui feroyent le contraire devoyent estre griefvement punis. Mais il sembloit que l'on n'avoit assez suffisamment exprimé par Iesdictes lettres ce que par les édicts précédens avoit esté statué et ordonné, et aussi par toutes les loix et constitutions anciennes. Et qu'il seroit bon que par Iesdictes lettres fussent faictes défenses à toutes personnes, de quelque qualité ou condition qu'ils fussent, de faite aucunes assemblées ou conventicules, soit de jour ou de nuict, et de
DE L'ESTÀT DE LU RELIGION
ne se trouver en aucuns presches privés et ailleurs que aux églises et lieux où l'on avoit ac- <M>ustumé prescher, par ceux qui seroyent approuvés par les évesques diocésains; et que les maisons seroyent confisquées suy vaut les édicts précédens; et que les juges tinssent la main à ce que tels conventicules cessassent. Et pour donner occasion au peuple de ne s'eslever aucunement, que Ton proposast prix à ceux qui dénonceroyent et surprendroyent les conventicules et presches privées, sur peine d'estre déclarés calomniateurs et d'estre punis du dernier supplice, sans aucune espérance de grâce et miséricorde, s'ils ne prouvoyent ce qu'ils auront dénoncé à justice.
Que par lesdictes lettres estoit permis à ceux qui se seroyent absentés pour le faict de la religion de pouvoir retourner, pourveu que cyaprès ils voulussent vivre catholiquement et sans scandale, et leur estoit permis faire le profict de leurs biens. Que l'on ne peult trouver mauvais que ceux qui voudront retourner à pénitence n'y fiissent receus pourveu qu'il n'y eust ny feintise ny simulation, et que ce ne fiist pour te recouvrement de leurs biens et craincle de la perte d'iceux. Que trois choses estoyent grandement à considérer sur ceste cause. La première, le grand scandale et perturbation qui pourroit advenir en ce royaume. Car se pourroit trouver des presbtres, moines et monfatles qui se seroyent mariés à Genève et ailleurs, rctournans en ce royaume avec leurs enfans et femille; etseroit chose prodigieuse et monstrueuse de veoir ce que l'on ne veit jamais; et pourroyeni mettre en procès et faire querelles à leurs parens, à fin d'emporter quelques biens. La seconde, sur ce mot catholiquement y qui pourra engendrer grandes difficultés ; car ceux qui vivent selon la religion nouvelle voudront dire qu'ils vivent catholiquement : ceux qui ont vescu selon la religion ancienne soustiendront le contraire. Pource seroit bon de déclarer que c'estoit que vivre catholiquement, et ordonner que le roy avoit entendu de ceux qui vivent selon la religion ancienne, en laquelle il entendoit vivre comme ses prédécesseurs y ont vescu. Latroisiesme considération, que si ceux qui ne veutent vivre catholiquement pouvoyent vendre leurs biens , et les emporter hors ce royaume, ce seroit contre les ordonnances qui prohibent le transport des deniers hors ce
royaume, mesmes pour en aider aux ennemis du roy et de la couronne.
Le roy partit de Fontainebleau pour aller à son sacre, et passa par la Brie droict à Monceaux, et delà à Nantueil, où il trouva le duc de Guyse, lequel peu de jours auparavant y avoit receu lettres de Jacqueline de Rohau marquise deRoutelain, le priant de vouloir que son fils le duc de Longueville servist de grand chambellan audict sacre, tout ainsi qu'avoyent accoustumé de Caire ses prédécesseurs. Ce que ledict duc de Guyse luy accorda, s'il vouloit servir en sa place. A quoy n'ayant voulu entendre ledict duc de Longueville, feit icduy duc de Guyse servir son fils le prince de Jainville en son lieu, tout ainsi qu'avoit faict au précédent sacre le marescfaal de Sainct-André : chose qui aida bien à esloigner l'alliance par mariage qu'il espéroit faire de luy duc de Longueville et de sa fille ; avec ce que ledict duc de Longueville environ ce mesme temps refusa de l'accompagner à la messe, déclarant ne le pouvoir faire sans l'offense de sa conscience. Ledict duc de Longueville aussi à la vérité n'a voit eu aucune opinion dudict mariage mis en avant par ladicte marquise sa mère durant la prison d'iceluy, pour le danger auquel elle se voyoit d'estre recherchée pour le faict de la religion, voulant par ce moyen se mettre en quelque seureté et franchise.
Ledict duc de Guyse désiroit ceste alliance pour, entre autres choses, assopir par ce moyen quelques différends qui estoyent entre eux, procédans de ce que le bastard de monsieur Louys duc d'Orléans, fils du roy Charles le quint, pour les grans services par luy faicts à la couronne, dont sa postérité a tousjoursesté depuis singulièrement recommandée. Eut pour prérogative (encores qu'il fust bastard) le comté de Longueville, et autres terres de la couronne, qui luy furent baillées comme en appanage, pour luy et ses hoirs masles ; tenant luy et sa dicte postérité le premier rang après les princes du sang, sans aucune controverse. Et pour autant que ceux de sa maison , ny comme princes du sang, ny comme pairs, ne pouvoyent entrer es cours de pariement, ny assister à plusieurs assemblées royailes, les rois restablirent, en faveur dudict bastard d'Orléans, Testât de grandchambellan, auparavant supprimé, à fin que lesdicts sieurs de Longueville y eussent par ce
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moyen entrée, assis ara pieds du roy à canse de leur ofQce, sans que cest estât ait oncques esté depuis donné à autres qu'à ceux de ladiete maison jusques à ce que le dernier duc de LongueviUe décédé durant le temps du roy Henry dernier, le due de Guy se, au lieu que feu son père s'estoit contenté de Testât de premier chambellan, second et inférieur àjceluy degrandchambellan, qui a voit esté par l'espace de six vingt ans et plus entre les mains desdict^ sieurs deLongueville, s'en feit premier pourveoir sur eux par ledict roy Henry. Entreprenant enoultre de précéder, et faire seconder la maison de Longueville à la sienne, pour autant qu'il estoit duc et pair, et ledict sieur de Longueville seulement duc : bien que le duché de Longueville eust esté érigé auparavant celuy de Guyse , qui estoit cause de quelque différend entre lesdictes maisons , lequel par le moyen dudict mariage eust peu estre esteinct et enseveli.
Le roy doncques estant arrivé à la ville de Reims, se trouvèrent à son sacre treize pairs, nombre excédant celuy que le vulgaire estime ne devoir estre que de douze, et l'invention d'iceux estre de la maison de Charlemaigne. En quoy il s'abuse, pour ce que leur commencement se doit attribuer à la maison de Hue Capet, la postérité duquel en a toujours usé à la discrétion, quelquefois en nombre de sept, autrefois d'unze, et pour le plus de dix-sept; sans toutesfois que le nombre des ecclésiastiques ait esté plus grand que de six. Plusieurs rois, jaloux de communiquer cest honneur à autres qu'aux princes de leur sang, n'ayans voulu avoir aucun pair séculier que de leur maison; et les autres, s'en soucians moins, ayans laissé tenir la dignité de pair indifféremment à plusieurs, desdaignans quasi que les princes du sang prinssent ce tiltre, estans nais pairs et pardessus les autres.
Qui fut cause que la roine fut estimée avoir faict très sagement audict sacre ( ce qu'elle n'avoit avec regret osé faire au sacre du dernier roy François ), qui fat de faire accoustrer son second fils monsieur Alexandre duc d'Orléans en pair, marcher et estre assis pardessus tous les autres pairs ; les enians desquels ne le sont, sinon d'autant qu'ils succèdent en la terre à laquelle la pairrie est affectée, n'estant autre chose qu'un simple tiltre de dignité, qui n'a que trois privilèges: Tun, d'assister comme
premier aux cérémoniea des sacres et eouronnement des rois habillés à Fantique, pour re^ présenter la vénérable majesté des anciens rois; l'autre, d'avoir leurs causes commises en première instance au parlement de Paris, en ce qui concerne leur pairrie ; ce que ont les princes du sang en tout ce qu'ils tiennent en appanage; le tiers, que l'un d'entre eux ne peult estre jujgé que par ses frères pairs, que le roy Charles sixiesme leur ottroya l'an 1346. De tous lesquels privilèges le moindre des princes du sang jouit, et de plus encores, comme chascun sçait; ceste prudence ayant esté retenue par nos rois, de bailler beaucoup moindre puissance et authorité aux officiers de la couronne héréditaires, que non pas à ceux qui sont par eux esleus et choisis à vie seulement.
la séance desdicts pairs audict sacre fui chose bien remarquée, pour monstrer que les princes du sang pairs doivent toujours tenir rang au-dessus des autres , sans regarder à l'antiquité de la réception et non de l'antiquité de la pairrie, estroictement observée entre ceux qui ne sont princes du sang. Ce mesme reiglement ayant esté auparavant confirmé par arrest du parlement de Paris, entre monsieur de Montpensier et le duc de Nevers au mois de juing 1541 ; par lequel fut dict qu' encores que ledict duc de Nevers fust le premier reçeu pair, ce néantmoins ledict sieur de Montpensier, comme prince dusang, le précéderoit en la présentation des roses accoustumée d'estre faicte en iceluy par les pairs. Quoy nonobstant le duc de Guyse toutesfois entreprit de précéder audict sacre mondict «eur de Montpensier; et de faict se meit entre le roy de Navarre et luy, comme il avoit faict au dernier sacre du roy François, et auparavant luy son père au sacre du roy Henry, qui fut plus attribué à quelque particulière faveur, que non pas à autre juste et raisonnable considération.
Le cardinal de Lorraine feit audict lieu plaincte à la roine pour tout le clergé, disant que les édicts donnés pour le faict de la religion n'estoycnt aucunement gardés, ains estoycnt du tout tenus à nonchaloir; que les assemblées de la religion nouvelle se faisoyent plus qu'elles ne s'estoyent encores faictes au veu et sceu d'un cbascun, les juges s'excusans sur maintes lettres qui leur estoy eut envoyées, par lesquelles il sembloit que l'on voulast tolérer lesdictes
DE L'ESTAT DE LA RELIGION
asemblées, et oublier du tout la rigueur du passé; que pendant le colloque arresté pour reigler les différends de la religion, Sa Majesté ne devoit permettre que rien fust innové ; et que pour y deuement pourveoir, il estoit requis de &ire une loy inviolable, et à ceste fin assembler en la cour du parlement de Paris les princes, seigneurs et autres du conseil privé du roy, pour, le tout y solennellement traicté, garder puisaprès inviolablementcequi y seroit arresté. Ce qui fut trouvé bon, et conclud d'ainsi le faire.
Aucuns disoyent que ledict cardinal prévoyant bien que l'assemblée des prélats arrestée n'apporteroit aucune certitude aux différends de la religion, il y vouloit pourveoir par un moyen qui luy sembloit plus certain et asseuré, en ayant desjà conféré et faict conférer aux principaulx de ladicte cour de parlement, desquels il s'asseuroit.
Peu de temps après furent lettres patentes addresséesaux présidensdeTbou et Séguier,pour présider aux estats tenus particulièrement pour la prévosté et vicomte de Paris, et y assister aucuns présidens aussi des comptes et cour des aydes, avec quelque nombre de conseillers desdictes compaignies, pour tenir la main auxdicts estats et les contenir dans lés limites prescrites-, qui estoyent seulement d'adviser aux moyens de survenir aux grandes debtes du roy. Mais d'autant qu'à ceste assemblée y eut opposition formée par la noblesse, portant la parole pour icelle Ruzé, advocat en parlement, avec protestation de nullité, donnant à entendre que ladicte assemblée se &isoit contre la forme et libertéaccoustuméedesestats, auxquels on n'avoit jamais accoustumé de voir présider Tordre de la justice ; fut enfin ladicte assemblée parachevée sans aucune résolution certaine, sinon que chascun rejetta le payement des debtes du roy sur le clergé.
La cour de parlement vaquoit ce pendant au jugement du procès de monsieur le prince de Condé estant à Paris , et avec luy la dame douairière de Roye, le sieur de Cany et Robert de la Haye, conseiller en ladicte cour ; ledict sieur prince s'estant long temps auparavant présenté en ladicte cour en la compaignie de monsieur le cardinal de Bourbon, son frère, toutes les chambres assemblées, ayant, là remonstréàicelle que son emprisonnement, prac-
tiqué par ses adversaires soubs un faulx prétexte, avoit esté trouvé estrange , et devoyent les hommes entrer en admiration de la providence de Dieu tout-puissant, par la seule clémence duquel il avoit esté préservé des aguets de ses ennemis, et faict cognoistre son innocence avec un exemple perpétuel : que les artifices des calomniateurs profitent bien peu à rencontre de ceux qui ont mis leur espérance en luy, et qui l'ont invoqué à leurs secours pour leur invincible protecteur.
Puis il adjousta qu'il avoit toujours désiré que sa cause fut cogneue et jugée par ladicte cour, qui estoit le vray temple de la justice françoise, et du corps de laquelle il estoit, comme prince du sang; et qu'il penseroit se faire grand tort s'il n'y représentoit, comme au plus célèbre théâtre du monde, le droict et l'équité de sa cause contre la calomnie de ses ennemis, à fin que le tout y fust jugé et décidé par un honorable et mémorable arrest, digne de l'accousiunée gravité et saincteté de la cour ; la suppliant de luy garder son honneur, qu'il avoit toujours estimé beaucoup plus cher que sa propre vie. Ce faict il se retira, après avoir requis que Pierre Robert son advocat, assisté des autres advocatsde son conseil, fust ouy en sesremonstrances, à fin que ladicte cour peust estre amplement informée de l'entière vérité du &ict.
Adonc Robert print la parole, et remonstra comme il avoit pieu à Dieu essayer monsieur le prince avec le mesme essay dont sa divinité avoit souvent voulu user envers ses plus loyaux et fidèles serviteurs, c'est à scavoir par affliction, laquelle il envoyoit souventesfois à ses bien-aimés, mesmes à ceux qui estoyent eslevés en hault lieu, pour deux principales raisons ; l'une, à fin que les rois et illustres princes, qui tiennent les grands gouvernements de ce monde recognoissent n'avoir puissance ny grandeur d'ailleurs que la grandeur et de la puissance de Dieu ; de la seule grâce duquel dépend leur entière ruine, ou la conservation de leur estât; l'autre, à fin que l'innocence de ceux auxquels sa divine majesté a faict la grâce de les prendre en sa protection apparoisse et se monstre d'autant plus belle et luisante par l'espreuve de son contraire : tout ainsi qu'on voit foire la vraye espreuve de l'or estant es* sayé dans la fournaise.
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Après ce discours, leqael est plus au long recueilly es registres de la cour, Robert récita ce qui avoit esté £iict en la ville d'Orléans par le chancelier et par les premiers commissaires ; et mesmes les appellations que monsieur le prince avoit interjectées d'eux, et comme elles avoyent esté jugées sans estre ny relevées ny plaidées, et sans qu'il eust esté ouy en ses causes d'appel, ny par sa bouche, ny par conseil. £n somme, après longues altercations, qui furent débattues avec les gens du roy,la conclusion dudict Robert fut qu'il pleust à ladicte cour ordonner au procureur général délay compétant pour fournir de toutes les charges et informations qui pouvoyent avoir esté faictes à rencontre dudict sieur prince. Et si par lesdictes informations qui seroyent mises par devers ladicte cour il ne se trouvoit chargé de chose qui méritast une procédure extraordinaire, qu'en ce cas, sans faire plus long procès par interrogatoires et recollement, il fust procédé sur-le-champ à la déclaration de son innocence ; mais au contraire, si la cour trouvoit quelques charges par les informations qui luy seroyent présentées, qu'il luy pleust, avant que d'y adjouster foy, ordonner que les tesmoings seroient répétés par son authorité, sans laquelle toutes les proc^ures qui avoyent esté fiûctes contre ledict sieur prince devoyent demeurer nulles, comme faictes par juges incompétans et n'ayans pouvoir de ce faire ; d'autant qu'à la seulle dicte cour, qui est le siège des rois et la cour des pairs de France, appartient d'instruire et juger les procès criminels des princes du sang, lors que leur honneur est révoqué en doubte.
Sur lesquelles nullités ledict Robert insista longuement, à fin de faire entendre que si ledict sieur prince n'a voit voulu respondre devant les premiers commissaires, ce n' avoit esté pour se ressentir d'offense quelconque en sa conscience, car ceux qui sont appuyés, disoit-il, sur l'asseurance qu'ils ont en eux-mesmes de leur intégrité et de leur preudhommie, n'ont accoustumé de craindre la kce des juges. Encores moins en refusant l' interrogatoire des commissaires avoit il entendu désobéir à la majesté du roy, veu qu'il luy avoit tousjours rendu telle obéissance qu'il avoit occasion d'en estre content. Mais | bien avoit-il refusé de respondre devant tels i commissaires pour ne faire tort aux princes du XVP siicLi, La PI. et La PI.
sang [de France, qui de long temps ont ce droict acquis de ne pouvoir estre jugés en ce qui touche leur honneur ailleurs que par le roy> leur souverain et chef de leur maison en ladicte cour de parlement, en laquelle seule est le siège du roy et de ses pairs.
Sur le débat de ces nullités, les gens du roy prièrent ledict sieur prince de se contenter du jugement qu'il avoit obtenu au conseil privé le treiziesme jourde mars précédent rdisans qu'ils n'en accorderoyent pas seulement la publication et émologation, mais encores qu'ils la requerroyent instamment, ne fust-ce que pour les oster d'une difficulté en laquelle ils se disoyent estre tombés, pour ne scavoir quelle qualité ils devoyent prendre, ou de demandeurs ou de défendeurs.
Après longues disputes sur ces qualités, fut finalement résolu, puisque monsieur le prince avoit esté jugé innocent par le roy et son conseil privé, et qu'il ne désiroit sinon une plus ample déclaration de son innocence par le jugement de ladicte cour, pour un perpétuel tesmoignage de son honneur , que la qualité de demandeur en déclaration d'ÛMiocence luy demeurerait, et la qualité de défendeurs aux gens du roy. Et au surplus que ladicte cour, les chambres assemblées, verroit toutes les informations qui se trouveroyent contre ledict sieur prince, à fin que s'il ne se trouvoit par icelles aucunes charges contre luy, il fust promptement déclairé innocent ; mais au contraire, s'il y avoit charges, qu'il fust procédé suyvant les ordonnances, et en ce cas les qualités changées, selon que ladicte cour verroit équitable, en continuant ses premières poursuytes.
Sur ce fut ordonné par ladicte cour que toutes les charges, informations et autres procédures faictes à l'encontre dudict sieur prince, et qui se trouveroyent en la ville de Paris, soit es mains du greffier du Tillet ou d'autres, seroyentmisespardeverselle. Et finalement intervint arrestdiffinitif du treiziesme jour dejuing, après que deux jours auparavant ledict sieur prince avoit encores, pour plus grande seureté et tesmoignage du jugement qui interviendroit, requis au roy, en son conseil tenu le matin, estant lors aux faulxbourgs de Sainct-Germain-lès- Paris, que tous ceux de sondict conseil, et mesmes les secrétaires d'estat, eussent à déclairer s'ils n'avoyent rien entre leurs mains qui
DE L'ESTAT DE LA RELIOrON
peust servir au procureur général contre luy, à fin d'avoir et obtenir pleine et entière déclaration de son iimocence, telle qu'il espéroit et s^en asseuroit.
Et sur ce, après avoir tous ceux dudict con* seil affermé, par serment preste entre les mains du roy et de la roine mère, qu'ils n'avoyent rien pardevers eux, et ne sçavoir qu'il y eust autres informations, charges et procédures que celles qui estoyent entre les mains dudict procureur général du roy, par ledict arrcst qui s'en ensuyvit, fut ledict sieur prince déclaré pur et innocent des cas à luy imposés, son recours à luy réservé contre qui il appartiendroit, pour telle réparation que la qualité de sa personne le requeroit, et ordonné que ledict arrest seroit Icu et enregistré en toutes les cours souveraines de ce royaume, lequel fut proncmcé par le président Baillet, les huis ouverts, toutes les chambres assemblées, en robbes rouges, en la grand' chambre du plaidoyé, assistans, du costé des conseillers laiz, le roy de Navarre, messieurs les cardinal de Bourbon, duc de Montpensier et princede la Roche-sur- Yon, et, avec eux, les ducs de Guyse, de Nevers et de Montmorency connestable de France, les mareschaulx de Sainct- André, de Montmorency, et autres. Et du coslé des clercs, les cardinaulx de Lorraine, de Chastillon et de Guyse.
Au mesme instant furent aussi prononcés les arrests de la dame de Roye, du sieur de Cany et de la Haye; et mesme du défunct Vidasme de Chartres. Tous lesdicts arrests portans une mesme déclaration d'innocence et réservation que celuy dudict sieur prince de Condé.
Peu de jours après, le roy, la roine mère et tous ceux de sondict conseil furent, suyvant ce qui avoit esté arresté auparavant en ladicte cour de parlement pour adviser aux différends de la religion, en ce qui concemoit le faict d'estat avec les présidens et conseillers d'icelle. là fut sommairement proposé par le chancelier qu'ils estoyent là assemblés pour donner àdvts au roy de quelque bon remède et propre à pourveoir aux troubles et esmotions que Pon voyoit pulluler et multiplier de jour en Jour en ce royaume, à cause de la diversité des opinions au faict de ta religion ; à ce que ses subjects peussent estre maintenus en tranquillité et repos soubs son obéissance. En quoy il n'estoit question d'entrer au mérite du faict de
la religion, ains seulement au £rict politique, ce qui appartenoit à la religion estant remis au concile national, auquel appartenoit d'en traic^ ter. -Pria un chascun d'estre brief en son opinion.
Et après que tous eurent dict leur advis l'un après l'autre, se'' trouvèrent les opinions e^e parties en trois, toutes différentes l'une de l'autre, d'autant que l'une d'icelles tendoit à surséance des peines jusques à ta détermination du concile ; l'autre à punition de mort; Fautre à renvoyer la cognoissance à la jurisdictîon ecclésiastique, avec défenses sur peine de confiscations de corps et de biens de fiaiire aucuns conventicules et assemblées publiques ou privées» avec armes ou sans armes, où se feroyent presches et administrations de sacrefnens, en autre forme que selon l'usage observé par l'Eglise Romaine. Laquelle fut en fin trouvée passer la première (qui estoit la plus grande après ) de trois voix. Ce qui ne fut touiesfois sans plusieurs altercations, quand l'on vint à recueillir lesdictes opinions, aucuns éew conseillers blasmans l'extraict d'icelles qui en avoît esté faict par le greffier du Tillet qui les avoit recueillies, les autres disans que l'on y convptort aucuns , qui estoyent survenus deptirs les opinions commencées , lesquels ne dévoient estre comptés , ny mesmes avoir opiné seloii Fobservance de l»iicte cour.
Toutesfols, fut à la parfin dressé un édiet du mois de juillet appelle pour eeste catse depuis l'édict de juillet : par lequel fut ordonné de vivre en union et amitié sans plus se provoquer par injures ou conviées, ne esmouvoir ne estre cause d'aucun trouble ne sédition , soubs couleur ou prétexte de quekpie religion que ce fust , et ce sur peine de la hart; de ne faire aucuns enroolemens , signatures , ou autres choses tendantes à faction , conspiration , ou partialité ; et aux prescheurs de n'user en leurs sermons ou ailleurs de parolles scandaleuses, ou tendantes à esmotion. A eux enjoinct se contenir modestement, et ne dire chose qui ne fust à l'instruction et édification du peuple , et le maintenir en repos , sur mesmes peuies. La cognoissance desdictes séditions attribuée en souveraineté aux juges établis par les sièges présidiaux ^ appelés jusques au nombre de dix , pour le moins. Tous conventicules défendus , sur peine de confiscation de corps et de biens , privé» ou publicSt
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avec armes <m sans armes , où se te*oyent prescbes et administrations des saeretnens en autre forme que selon Tusagereceuen l'église catholique , dès et depuis la foy chrestienne receue par les rois et prélats de France. La cognoissance pour le feict du crime de k simple hérésie^ délaissée aux gens d'Église. Et au cas que le prévenu ou accusé dudict crime fiist par lesdicts juges délivré au bras séculier, que l'on ne pourroit lui imposer plus grande peine . que Iny interdire la demeure et habitation du royaume. Le tout par manière de provision JQsques à la détermination du concile général , ou de l'assemblée des prélats prochaine à faire. Grâce, pardon et abolition octroyée à tous pour toutes les faultes passées procédantes du feict de la religion , en vivant paisiblement et catholiquement selon l'église catholique et observation accoustumée. Enjoinct de punir tous faulx délateurs. Défendu de porter harquebouzes et pistolles , fors aucuns exceptés par l'édict.
Il fut derechef advisé en ceste grande compaignie de faire appeler les prélats de ce royaume , pour adviser audict faict de la religion, et derechef arresté qu'il seroit baillé sauf-conduict aux ministres de la religion appelée nouvelle, pour venir seu rement etestreouys sur la confession de leur foy; d'essayer s'il y avoit moyen de les convaincre par la parollede Dieu, selon qu'elle avoit esté exposée par les docteurs des premiers cinq cens ans après nostre Seigneur. Auquel dernier article inclinèrent tous d'autant plus volontiers que le cardinal de Lorraine promettoit et asseuroit de vaincre lesdicts ministres par les susdictes armes, et n'en Youloit user d'autres.
La roine, pleine d'espérance par une telle promesse et offre, et sçachant bien que les estats qui se dévoient bien tost tenir la presseroyent de nouveau de bailler des temples que l'on luy avoit jà demandés, feit convoquer lesdicts prélats pour s'assembler à Poissy près St-Germainen-Laye, au mois de juillet.
Peu auparavant le sieur d'Escars fut rappelé parle roy de Navarre, lequel auparavant avoit esté esloigné de luy pour avoir esté vériOé par lettres escriptes de sa main qu'il taschoit de s'insinuer en la bonne grâce de ceux de Guyse aux despens de son maistre. Plusieurs personnes s'esbahirent de ce rappel, et entrèrent en suspicion d'an prochain changement, ledict d'Es-
cars estant cogneu pour un dangereux ministre. Et pour ce plusieurs désirèrent que l'admirai (qui dèslors que le roy estoit allé au sacre s'en estoit allé à sa maison) revinst à la cour, pour estre près du roy de Navarre ; ce qu'il feit ainsi que l'on estoit sur la fin des opinions dudict édict de juillet.
Ce pendant que l'on vacquoit à l'édict susmentionné où peu au précédent, fut traicté accord touchant le faict de la religion entre le duc de Savoye et ceux des vallées de Piedmont appelés Vaudois , qui fut le cinquiesme jour du mois de juin. Pour lequel mieux entendre, nous réciterons briefvement le difTérend auparavant survenu.
U fault donc entendre qu'en Piedmont y a une vallée loingtaine du mont Vesule, environ cinq ou six milles, qui est nommée la vallée de Luceme d'une petite ville située au commencement d'icelle, en laquelle y a aussi une petite vallée nommée la vallée d'Angrongne, laquelle a prins son nom d'une petite rivière qui passe par le milieu. A ces deux sont conliguês deux autres vallées, à sçavoir la vallée de Perosse, ainsi nommée d'une ville qui y est, et la vallée Sainct-Martin. Or en ces vallées y a deux villea et villages, esquelles publiquement depuis six ans auparavant on avoit presché l'Evangile. Oultre ce, les habitans d'icelles pouvoyent estre environ quinze mille : duquel nombre en avoit environ huict ou neuf mille qui estoyent suyvans la religion appelée nouvelle.
Ces gens (parlans des hommes seulement) ayans dès leur enfance vaqué au labeur de la terre, au gouvernement du bestail, et à autres choses semblables, n'estoyent aucunement exer cités au faict de la guerre; au moyen de quoy, partie pour cela, partie aussi pour la difficulté de s'assembler, pour la distance des lieux, difficilement pouvoyent résister aux violences qui leur estoyent faictes. Or les villes, villages et chasteaux qui y sont, combien qu'ils ayent leurs gentilshommes, barons ou seigneurs particuliers, néantmoins ils recognoisscnt tous le duc de Savoye pour leur prince et seigneur souverain. Le duc doncques avant que de venir de Nice en Piedmont, par plusieurs fois et par le moyen de ces gentilshommes, avoit faict advertir ceux de ces vallées qu'ils donnassent congé et renvoyassent leurs ministres, receussent la messe et la rdigion du pape^ autrement qu'ils seroyent poh
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nis comme désobéissans et rebelles. Par quoy mandèrent à Nice un homme exprès, lequel présenta au duc leur confession de foy, avec une requeste.
Le sommaire de la confession estoit : « Qu'ils croyent tout ce qui est contenu au vieil et nouveau Testament; acceptant le Symbole des Apostres, le Nicène, et celuy d'Athanase , les quatre premiers conciles générauk et libres , et tous les anciens docteurs, en ce qu'ils se conformeroyent à la paroUe de Dieu. •» Le sommaire de la requeste estoit : « Qu'il se contentast les laisser vivre en icelle, et ne les vouloit contraindre à faire chose aucune contre leur conscience, et qu'ils estoyent prests à corriger les faultes que par la parolle de Dieu leurs seroyent monstrées en leur religion ; et qu'il considérast qu'ils ne luy faisoyent si grande instance de ce pour petite occasion. Car depuis plusieurs centaines d'ans telle doctrine avoit esté conser^'ée entre eux, comme facilement pou voyentmonstrer par plusieurs anciennes escriptures qu'ils ont pardevers eux, qui de père à fils leur en sont demeurées. Et finalement, que quant à leurs vie et coustumes et à l'obéissance qu'ils doivent tant à luy que à autres seigneurs légitimes, qu'il envoyast qui bon luy sembleroit de ses gens pour en faire deue information, et trouvant qu'ils ne fassent leur devoir, les punist selon l'exigence du cas avec toute sévérité. Car quant à eux, qu'ils feroyent cognoistre qu'ils aimoyent justice de tout leur cueur, et qu'ils vouloyent non-seulement luy estre obéissans, mais très subjects.»
Toutes leurs escriptures parvindrent entre les mains du duc, mais ayant près de soy plusieurs instigateurs contre eux, il ne les receut en bonne part , et ne furent envers luy d'aucune efficace. Car dès lors il feit crier à son de trompe que, soubs la peine de cent escus pour la première fois, et pour la seconde, de la gallère perpétuelle, qu'aucun n'eust à aller ny assister aux prédications des ministres des vallées. Il ordonna pareillement au prévost qu'avec l'aide de ses archers il ailast par tout exiger les peines, et les faire prisonniers. Et non seulement fut donnée telle commission à cestuy-cy, mais aussi à tous les gentilshommes et ofQciers de tout le Piedmont.
Oultre ce, vint à Carignan un nommé le collatéral Curbis, lequel commençant à faire bou-
cherie d'iceux, furent prins un nommé Marcellin et Jeanne sa femme, lesquels furent bruslés tous vifs environ huict jours après. Eux estans menés à la mort, la femme alloit exhortant son mary , disant : « Ayez bon courage, mon frère , car aujourd'huy nous irons ensemble en paradis, n
En ce mesme temps fut prins aussi maistre Jean, ministre de Sainct-Germain, lieu de la vallée de la Pérosse, lequel mené à l'abbaye, un mille loing de Pinereul, là fut mis à mort, ayant constamment respondu à l'inquisiteur Jacomel, homme réputé superbe et meschant. Le semblable advint au ministre de Meaune, lequel, peu de temps après qu'il fut prins, fut bruslé à petit feu à Suse.
Estans doncques les choses en ces termes, et s'augmentans journellement les poursuytes à rencontre d'eux , ils entreprindrent de soy défendre. Car, oultre les exécutions, il y avoit des larrons des villes circonvoisines qui venoyent sans commission les piller et ouUrager, lesquels à l'exhortation des ministres ne faisoyent aucune résistence. Ayant doncques délibéré de faire teste, et s'estans rencontrés quelques fois en escarmouche , les choses allèrent tellement pour eux qu'en peu de jours il en demeura soixante morts, sans que nul d'eux eust aucun moindre mal. Laquelle chose entendue par le duc, il commanda qu'on ne feist plus de telles courses; et envoya le sieur Raconis et le sieur de la Trinité, hommes principaux de sa cour, pour composer et acquiescer avec ceux des vallées. Mais par ce que leur intention estoit de chasser les ministres et faire recevoir la loy du pape, le peuple n'y voulut consentir aucunement, de sorte qu'ils s'en retournèrent sans rien faire. Au moyen dequoy, le duc estant venu en Piedmont, il envoya le sieur de la Trinité avec environ quatre ou cinq mille hommes, la pluspart harquebouziers , et aucuns gens de cheval, contre les vallées, avec ordonnance, que ne voulans recevoir la religion du pape, ils meissent tout à feu et à sang. L'armée doncques arriva à Lucemele dernier d'octobre, qui fut le jeudy.
I^ samedy après, qui estoit le deuxiesme de novembre 1560 le matin, donnèrent l'assault à Angrongne, qui est la première frontière. Les ennemis estoyent environ mil cinq cens , tous harquebouziers, contre lesqueb ceux de la ville
à grand peine estoycnt trente, lesquels s'opposèrent à la première poincte estans là de garde, armés la plus grande part de frondes et d'arbalestes. Or ce pendant que ceux cy soustindrent le premier assault , il survint un nombre de ceulx des vallées prochaines, tellement qu'ils pouvoyent estre deux cens oo environ, lesquels en bref tournèrent leurs ennemis en fuyte, et en tuèrent plus de soixante , avec perte seulement de trois de leurs gens.
Peu de temps après, attendu qu'ils n'avoyent rienfaictà Angrongne, ils assaillirent la Combe et Tagliaret, qui font deux villettes situées de l'autre costé d' Angrongne plus en dedans la vallée de Luceme. Et jaçoit que le nombre de leurs ennemis fust grand, ils furent néantmoins tellement repoulsés et mis en fuyte, qu'il en demeura bien une trentaine, sans les blessés.
Parquoy le sieur de la Trinité, comme homme astut et fin , cognoissant la difficulté de Tentreprinse, se tourna aux ruses et finesses de la guerre, comme il avoit par coustume , et à tenter autre moyen que par armes. Parquoy il envoya quelques gens pour leur donner espérance de paix, et d'obtenir un intérim et surséance, s'ils délaissoyent les armes, et envoyoyent hommes au nom de la commune , tant vers le sieur de la Trinité, comme vers le duc, pour demander pardon des choses commises, et en payant finalement seize mille escas. Toutes lesquelles choses furent faciles à persuader au peuple, lequel ne désiroit que paix, et avoir quelque peu de respit en tant et si grandes afflictions. Au moyen dequoy déposèrent les armes en une maison de la commune, lesquelles tout incontinent furent saisies et saccagées des soldats. Aucuns ambassadeurs desdictes vallées allèrent au sieur de la Trinité et aussi au duc, pour luy jurer hommage, et obtenir la surséance comme leur avoit esté [HTomis, lesquels demeurèrent bien environ deu^ mois à Yerceil, durant lequel temps on exigeoit rigoureusement la composition, de laquelle fut payé la moitié content, et de l'autre moitié ils s'obligèrent par public instrument de la payer à un temps certain et accordé.
Après toutes ces choses , et pendant qu'ils pensoyent obtenir ce qui leur avoit esté promis , ils furent menés un jour en une sacristie du sieur de la Trinité, où estoit assis le duc et l'ambassadeur dupape, et une grande multitude
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de gens de toutes qualités, et là les ayans faict mettre à genoils, on leur feit crier mercy, et demander pardon premièrement au duc, puis au pape en la personne de son ambassadeur, et promettre avec toutes solennités qu'à Tadvenir ils seroyent très obéissans en toutes choses à l'un et à l'autre, et le tout au nom des vallées desquelles ils estoient envoyés. En venu desquelles promesses si solennellement faictes, le duc tout incontinent feit faire commandement à ceux des vallées qu'ils eussent à licentier leurs ministres, accepter les prescheurs qu'il leur envoyeroit, et aller à la messe. Parquoy s'estans apperceus de l'inconstance de leurs ambassadeurs, et du tour à eux faict, refusèrent totalement vouloir obéir à commandement si injuste, attendu que tout ce que leurs gens avoyent faict, ils l'avoyent faict par propre légèreté, et non qu'ils eussent telle commission ; et qu'ils s'offroyent obéir à leur seigneur es choses qui luy appartenoyent, mais que quant à la religion, ils prétendoyent qu'on leur accorderoitde pouvoir vivre comme ils avoyent faict par le passé, jusques à ce qu'on feroit un concile général et libre , et qu'à ceste occasion ils s'estoyent taillés de si grande somme d'argent.
Laquelle response ne fut point plustost parvenue aux oreilles du duc, qu'il y renvoya l'armée, qui fut au mois de janvier dernier. Laquelle arrivée, commença tout incontinent à brasier les maisons, et à mettre à sac tout ce qu'ils trouvoyent, et n'y avoit mal qu'ils ne commissent. A l'occasion de quoy ceux desdictes vallées furent contraincts eux retirer au plus hault des montaignes avec leurs femmes, enfans, et ce qu'ils peurent sauver de meubles et victuailles, délaissans tout le reste à la rapine et flamme de leurs ennemis, et ne voyoit-on par tout autre chose que feu qui brasioit maisons, arbres, et granches, où les pauvres gens avoyent serré la provision de leur bestail, sans que l'on veist une femme seule lamenter, ainsi qu'il a esté récité par ceux qui en ont escript, ains que voyans leurs maisons flamboyer de loing, remplies de joye et allégresse, elles disoyent : *«0 que bénict soit Dieu qui nous favorise tant, que de nous faire endurer toutes ces choses pour sa saincte querelle. Que l'antechrist estime que la cendre de nos maisons est celle que nous luy jettons dedans les yeux. *»
DE L'ESTAT DE LA RELIGION
Parquoy le peuple se trouvant en ces afOictions et d^espoîr, ayans reprins courage, délibérèrent retourner pour eux défendre jusques à la mort, et posèrent les gardes aux lieux où il esloît nécessaire, fortifièrent quelques passages , empeschèrent les chemins, et finalement pourveurent à tout ce qui leur sembla nécessaire pour la défense, estant résolus vouloir plustost mourir, qu'accepter la messe. Et pour abbréger, les choses en vindrent jusques là , qu'en plusieurs fois qu'ils avoyent combattu , il demeura de leurs ennemis bien environ mille, et dès leurs environ quarante.
Entre ceux de leurs ennemis qui furent tués, y avoit aucuns capitaines dont le duc faisoit grand compte , et desquels il s'estoit servi es guerres qu'il avoit en Piedmont contre le roy , du nombre desquels fiit le seigneur Charles Truchet, un des gentilshommes de la vallée Saincl-Martin. Cestuy-cy estoit l'un de ceux qui plus avoit affligé ceux desdictes vallées, lequel estant homme de grande stature, et courageux à merveilles, s'asseura un jour avec cinq compaignies de gens de pied, qui pouvoyent estre mil hommes et plus, de venir du costé de derrière de la vallée jusques sur la plushaulte cime de la montaigne d'Angrongne, laquelle chose il peut faire sans empeschement aucun. Car ceux desdictes vallées ne craignoyent point de ce costé-là, pour l'extresme difficulté des lieux. Estant donc arrivé au hault, il commença à festoyer ses gens de paroUes, et à distribuer par promesses le pillage.
Or ceux desdictes vallées qui estoyent environ trente à la garde d'une montaignette, au dessoubs laquelle regardoit l'entrée de la vallée, voyans la montaigne prinse , et leurs ennemis qui descendans sembloyent voiler , après avoir faict leurs prières , partie d'iceux leur allèrent à rencontre, l'autre partie se meit à sonner les cors pour advenir ceux qui estoyent loingde venir au secours. Il fut combattu quelque petite espace de temps, pendant lequel survindrent ceux desdictes valléesde toutes parts, tant qu'ils pouvoient estre au nombre de deux cens , lesquels se portèrent tellement que,mettans leurs ennemis en fuyte , en tuèrent beaucoup , sans qu'aucun d'eux receust mal aucun, excepté un seul. Et parce que leurs ennemis avoyent laissé sur la cime de la montaigne une grosse garde, Us se résolurent l'aller décUasser. Mais sur cela
ils s'apperceurent qu'une autre bande estoit descendue bien avant d'autre costé vers un fort appelé le Pra del Tomo (qui estoit à ceux desdictes vallées). Parquoy délaissans le premier dessein, allèrent assaillir ceux -cy de flanc à l'impourvue , et les dissipèrent tellement que fuyans ne sçavoyent où aller.
Pendant ces choses venoyent au secours du peuple desdictes vallées des lieux de Villaro , Bobio, etTagliaret bien environ cent hommes, lesquelsdeloinget des lieux plus haults avoyent veu comme les choses estoyent passées ; parquoy couppèrent le chemin tant aux premiers qui furent rompus , comme aux seconds , et à ceux de la garde de la montaigne. Lesquels aussi s'estoyent mis en fuyte, ayans veu la desfaicte de leurs gens , et sans un ministre qui s'y trouva eust esté faicte encore plus grande boucherie. Or le capitaine Truchet, lequel avoit amené et conduict ses gens, receut au combat un grand coup de pierre à la jambe ; parquoy se faisoit mener par deux soldats, auxquels il avoit faict grandes promesses, s'ils le pouvoyent sauver ; mais estant apperceu d'un de ceux desdictes vallées qui gardoit les bœufs là auprès, il receut un autre coup de pierre avec une fronde si grand entre les deux espaules qu'il tomba comme mort par terre ; tellement qu'estant abandonné des siens fut par ce bouvier tué de son espée propre.
Adonc, pour le dernier remède de défense contre les pierres et arquebouzades qui venoyent d'enhault, trouvèrent une invention de certaines targes de bois , lesquelles estoyent de telle grandeur , qu'un homme seul estoit tellement chargé d'une d'icelles , qu'il ne pouvoit porter autre chose ; mais se couvrant d'icelles servoit de rempart aux autres qui le suy voient. Parquoy ils armèrent de ces targes environ trente hommes , lesquels ils faisoyent aller devant , à celle fin que tout le camp se peust seurement approcher. Quand ceux desdictes vallées les veirent venir à eux, ils commencèrent à cesser de combatre de front, et soy toumans de flanc, commencèrent à charger sur ceux qui estoyent descouverts , de telle sorte que, combien que ce jour4à tout le camp fust tout en un ( qui estoit d'environ quatre mille piétons) et que ceux desdictes vallées ne fussent à peine deux cens , ce néantmoins ils les meirent enroutte,et en occirent une grande partie.
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Et enfin, une matinée après , ils assaillirent Tagliarel à Timpouryne , pour de là aller plus seurement à Pra del Tomo; et au commencement estant Tassault soubdain , ils tuèrent environ treize personnes , tant hommes , femmes que enfans» la pluspart desquels ils trouvèrent encor au lict, et le reste qui s'enfuyoit en chemise. Mais à la parfin estant la chose entendue par tedict peuple s'estant assemblés,ils repoussèrent tellement leurs ennemis que nul de ladicte armée n'eut depuis volonté d'y retourner. Au moyen de quoy on commença à capituler et traicter accord entre ledict duc de Savoye et eux, en la manière qui s'ensuit :
« Que l'on expédiera lettres patentes de son Altesse par lesquelles apparoistra qu'il fait rémission et pardonne à ceux des vallées d'Angrongne, Bobio, Yillaro, Yalguichard, Rora , Tagliaret , la Rua de Bonnet confin de la TourSainct-Martin,Pérosse,Roccapiata, Sainctr Barthélémy et à tous ceux qui leur pourroyent avoir donné aide, des fauites qu'ils pourroyeiit avoir commises , tant pour avoir prins les armes contre son Altesse , comme contre les seigneurs et gentikhommes particuliers, lesquels il reçoit et tient en sa protection et sauvegarde. Qu'il sera permis à ceux d'Angrongne, Bobio , Villaro, Yalguichard, Rora (membres de la vallée de Luceme ) et à ceux de Rodoret, Marcele, Maveillan et Salta (membres de la vallée Sainct-Martin), de pouvoir faire congrégations, fisiire prescher, et autres ministères de leur religion es lieux accoustumés. Qu'il sera permis à Yillaro ( membre de la vallée de Lucerne ) faire le mesme, et ce seulement jusques à ce que sou Altesse face faire un fort audict lieu ; et se faisant ledict fort, il ne leur sera permis Caire prédications ou assemblées en tout le circuit dudict lieu , mais il leur sera licite et pourront faire édifier un lieu propre à cela , en quelque endroict là près qu'il leur semblera commode du costé devers Bobio. Et sera toutesfois permit aux ministres venir audict circuit visiter les malades, et exercer autres choses nécessaires à leur religion , moyeniuint qu'on n'y presdie ny iace assemblée, A Tagliaret, Rua de Bonnet confin de la Tour, sera permis preacher et f Jre assemblées es lieux accoustumés, moyennant qu'on neutre pour ce faire au reste des confins de la Tour. Qu'il ne sera loi- «îble aux soadicts membres des vallées de Lu-
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cerne et Sainct-Martin venir au résidu des confins d'icelles , ny au demeurant du domaine de son Altesse,ny passer les limites pour faire prédications , assemblées ou disputes , ayans seulement liberié de ce faire en leurs confins. Et en cas qu'ils fussent interrogés de leur foy, leur sera loisible de respondre, sans encourir peine aucune réaile ny personnelle. Sera permis faire le semblable à ceux de la parroisse de Pérosse, * qui à présent sont fugitifs pour cause de ladicte religion, et qui souloyent faire assemblées, prédications et autres ministères selon leur religion au lieu appelé le Puys, moyennant qu'ils ne viennent aux autres lieux et confins de ladicte parroisse. Sera permis à ceux de la parroisse de Pinachia de la vallée de Pérosse, et lesquels à présent sont fugitifs pour cause de ladicte religion, et qui souloyent aller es prédications , assemblées et autres ministères d'icelle religion , de faire le semblable seulement au lieu appelé le grand Diblone. Sera permis à ceux de la parroisse Sainct-Germain de la vallée de Pérosse, et à ceux de Roccapiata, qui de présent sont fugitifs pour ladicte cause de religion, et en icelle persistent , d'avoir un seul mU^stre , lequel pourra l'un jour prescher au lieu Sainct-Ger' main dict Ladormilleux, et l'autre jour à Roccapiata au lieu appelle Yandmi tant seulement. Sera permis à tous ceux des villes et villages desdictes vallées qui de présent sont fugitiÊset persistans en ladicte religion, nonobstant quelconque promesse ou abjuration faicte avant ceste guerre contre leurdicte religion, de eux repatrier et retourner en leurs .maisons , avec leurs familles, et vivre selon icelle, allans et venans es presches et assemblées qui par leurs ministres se feront es lieux susspécifiés, moyennant qu'ils observent tout le contenu cy dessus. Et par ce que plusieurs desdictes villes et villages habitent hors les limites de la prédication, ayans besoin d'estre visités, ou d'autres choses, selon leurdicte religion , il sera permis à leurs ministres qui habiteront dans les limites, sans préjudice d'iceux, les visiter et aider deuement des ministres qui leur seront nécessaires, moyen- , nant qu'ils ne facent prédications ny assemblées suspectes. Par grâce spéciale sera permis à tous ceux de la vallée de Meaune, et à ceux de Satnet- Barthélémy , voisins de Roccapiata , qui sont fugitifs et persistent en ladicte religion , pouvoir jouir paisiblement des ^aces et libertés
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accordées aa prochain précédent chapitre^ moyennant qu'ils observent tout ce que les susdicts promettent d'observer. A tous les susdicts fugitifs et persistans en leur religion , tant des terres desdictes vallées , que de Roccapiata , Sainct-Barthélemy, et de Meaune, seront restitués les biens jà confisqués , moyennant que ce ne soit pour autre cause que pour la religion • et pour la guerre présente et passée. Sera permis à tous les susdites pouvoir recouvrer par voye de justice, de leurs voisins, leurs meubles et bestail, mais que ce ne soyent soldats : et ce qui se trouvera avoir esté vendu, leur sera aussi permis de le recouvrer par voye de justice , moyennant qu'on restitue et rende le pris qu'il aura esté vendu , et le semblable sera permis à leurs voisins à rencontre d'eux. Aux susdicts seront confermées toutes les franchises, immunités et privilèges tant généraux que particuliers, tant concédés des prédécesseurs de son Altesse, comme tous ses autres subjects. Seront tenus les susdicts desdictes vallées faire un roolle des noms et surnoms de tous ceux desdictes vallées qui sont fuilifs pour la religion, tant parjurés que autres, à celle fin qu'il soyent remis et maintenus en leurs biens et familles, et qu'ils puissent jouir des grâces et bénéfices que leur prince et seigneur leur faict. Et par ce qu'il est notoire à un chascun que le prince peult faire des forteresses en son pays, ainsi qu'il luy plaist, sans qu'on luy puisse contredire , toutesfois, pour oster tous souspeçons de l'esprit des susdicts Vaudois, est déclaré que si d'icy à quelque temps son Altesse vouloit faire un fort au lieu de Villaro , ledict lieu ne sera contrainct faire les frais, sinon en tant que bon leur semblera pour aider amiablement à leur prince. Lequel fort estant faict ( Dieu aidant ) on y pourvoyra de gouverneur et capitaine , lequel n'attentera autre chose que le service de son Altesse, sans intérest des habitans tant des biens que des consciences. Sera loisible aux susdicts, avant que licentier les ministres qu'il plaira à son Altesse qui soyent licentiés, d'en choisir et faire venir d'autres en lieux d'iceux , moyennant toutesfois qu'ils ne choisissent M. IVfartin de Pragela ; et ne pourront aussi changer de lieu en autre desdictes vallées aucun d'iceux qu'on aura licentiés. En toutes les parroisses desdictes vallées où l'on preschera se feront assemblées et autres ministères d'icelle religion;
l'on célébrera des messes, et autres offices à l'usage de Rome ; mais les susdicts ne seront contraincts y aller ny assister ny prester aide ou faveur à ceux qui célébreront tels offices , et ne sera donné aucun empeschement à ceux à qui il plaira d'y aller par les dessusdicts. Sera remis et donné aux susdicts irrévocablement par son Altesse toutes despenses par luy faictes en ceste guerre ; et aussi des huict mille escus que les susdicts des vallées restoyent pour les seize mille qu'ils avoyent promis en la guerre passée; commandera que les contracts soyent annulés et anéantis, qui à ceste cause ont esté faicts. Seront rendus et restitués tous les prisonniers qui se trouveront estre entre les mains des soldats , payant toutesfois rançon raisonnable selon leurs biens , se remettant au jugement et taille de messieurs de Raconis et de la Trinité. Et seront relaschés sans rançon tous ceux quiparlesdictsseigneurs seront jugés mai prins : faisant pareillement relascher sans aucune rançon tous ceux desdictes vallées qui, à cause de leur religion, et non d'autre , seront détenus es gailères. Finalement à tous les susdicts des vallées susdictes, et à ceux de Meaune, Roccapiata et Sainct-Barthélemy, de quelque degré, estât et qualité qu'ils soyent ( mais qu'ils ne, soyent ministres ), sera Ucite et permis de pouvoir converser et habiter en commime conversation avec les autres subjects de son Ahesse. Et pourront demeurer , aller et revenir par tous lieux et pays de son Altesse; vendre, achepter et traffiquer en toutes sortes de marchandises , en tous lieux et pays de son Altesse,comme dessus, moyennant qu'ils ne preschent , facent assemblées ou disputes , comme nous avons dict. Et que ceux qui sont des limites n'habitent hors d'icelles, et ceux qui sont aux villes et villages desdictes vallées ne demeurent hors d'icelles , ne de leurs confins. Et que ce faisant ne seront molestés aucunement , et ne seront faschés ny destourbés réallement ny personnellement ; ains demeureront soubs la protection et sauvegarde de son Altesse. Oultre ce, son Altesse envoyera ordonnance, moyennant laquelle sera pourveu à tous empeschemens,inconvéniens et mauvaises conspirations des meschans ; de sorte que les susdicts demeureront paisibles en leur religion.
« Et pour observation de toutes les choses susdictes, George Monastier, scindic d'Angron-
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gne, et ambassadeur d'icefles vallées; Constantio Dialestini, autrement Rembaldo, scindie de Yillaro; Pirrone Arduino, envoyé de la communîté de Bobio; Michel Raymondet, envoyé de la communité de Tagliaret et de la Rue de Bonnet conCn de la Tour ; Jean Malanotte, envoyé des particuliers de Sainct-Jean ; Pierre Paschal , envoyé de la communité de la vallée Sainct- Martin; Thomas Romain de Saiuct-Germain^ envoyé de la communité dudict heu, et de toute la vallée de Pérosse : promettent pour eux et leurs communités respectivement que le contenu des capitulations susdictes sera inviolablement observé ; et , en cas d'inobservance , se soubsmettent à telle peine qu'il plaira à son.
Altesse, promettans pareillement faire approuver et confermer ladicte promesse par les chefs de maisons desdictes communités. L'illustre seigneur monsieur de Raconis promet que son Altesse ratifiera et approuvera les susdictes capitulations aux susdicts en général et particulier, à l'intercession de la sérénissime madame la princesse, et de sa grâce spéciale. Et en foy de ce le susdict monsieur de Raconis a confermé les présentes capitulations de sa main propre, et se sont soubssignés les ministres au nom de toutes lesdictes vallées; et ceux qui scavent escrire au nom de toutes leurs communes. A Cavor, le cinquiesme jour de juin mil cinq cens soixante un.