LITRE SIXIESME
Estant ainsi le duc de Savoye empesché après ceux de ladicte religion, le roy Philippe d'autre costé faisoit en tous ses pays une merveilleuse punition de tous ceux qu'il pouvoit trouver de cesté religion, jusques à faire mettre le feu aux maisons ausquelles ils s'esloyent assemblés et renfermés, et jetter les autres dedans l'eaue, et roesme jusques à en faire exécuter à mort des plus grands seigneurs du royaume d'Espaigne, le cardinal de Granvelle, auparavant appelé évesque d' Arras, y faisant par toulunincroyable devoir. Toulesfois si est-ce que tous ceux des Pays-Bas estans de ladicte religion ne laissèrent pourtant de présenter d'un commun accord leur confession de foy au roy d'Espaigne, et de la publier par tout avecque une remonstrance aux magistrats desdicts pays, leur remonstrant par icelle combien c'estoit chose dure et inique que déjuger et condemner auparavant que d'ouj r, n'estant possible d'entendre ledroict d'une partie à laquelle l'on dénie l'audience. Supplians à ceste cause le roy et ses magistrats de les vouloir entendre, et en ce faisant de recevoir leur confession ^ laquelle bien leue , suffisoit pour leur monstrer que ils estoy ent condemnés par injustice ; laquelle ils disoyent venir de deux genres d'hommes transportés de contraires affections, et tous deux néantmoins tendans à ce but de forcer par importunité les sentences des juges, pour s'en servir à leur
XVI» siKCLK, La PI. et La PI.
cruauté : les uns poulsez d'un zèle inconsidéré appuyé sur un erreur commun et invétéré ; les autres poulsés d'une certaine crainte qu'ils ont de l'Évangile contraire à leur impiété, avarice, ambition, paillardise, homicides, yvrongneries, et autres meschancetés, auquel partant ils résistoyent de leur pouvoir. Que c'est une grande oultrecuidance à l'homme de oser condamner comme coupable celuy qui ne se console et ne s'appuye que sur Jésus- Christ et sa parolle, pour maintenir les ordonnances forgées des hommes. Que auparavant que sévir en leurs personnes, il falloit les contraindre d'estre hérétiques par le texte de la Bible ou de l'Évangile, sans opposer pour toute raison des feux , couper les langues, et fermer avecques agraphcs les bouches de ceux qui ne désirent que monstrer leur doctrine estre fondée sur laferme pierre qui est Jésus-Christ, la parolle duquel est le seul glaive spirituel, qui y doit et peult remédier.
Quant à leur confession de foy, qui estoit longue, pour ce qu'elle se peult ailleurs voir au long, nous dirons seulement qu'elle portoit en substance : Qu'il y avoitaine seule et simple essence spirituelle, laquelle nous appelons Dieu éterneljincompréhensible, invisible, cogneu par le monde, créé, conduict et gouverné d'iceluy; et plus manifestement encores par sa parolle. Que tout ce qui est contenu en la Saincte Escripture estoit creu par eux, non tant pour
DÉ L'ESTAT DE LA RELIGION
ce que TÉglise Ta receo et approuvé telle, que pour ce que le Saint-Esprit le tesmoigne ainsi au cueur des croyans ; et se devoit bien chascun garder d'y adjouster ou diminuer, brouillant la sapience humaine parmy la sapience divine, tout homme estant menteur, et sa sagesse ne pouvant estre assubjeclie à Dieu en essence et substance, et trois personnes, Père, Fils et Sainct-Esprit, chascun en sa substance distincte, et sa propriété à part. Que Dieu, après avoir créé le ciel et la terre, ne nous abandonne à Tadventure, mais nous conduict par sa providence. Qu'il a créé l'homme de la terre, faict et formé à son image et semblance bon, juste et sainct, et tout parfaict. Que, par la désobéissance d'Adam, le péché originel a esté espandu au genre humain sans qu'il soit aboli par le baptesme; combien qu'il ne soit toutesfois imputé à condemnation aux enfans de Dieu par sa grâce. Que Dieu par sa merveilleuse sagesse et bonté s'est luy-mesmes mis à chercher l'homme lorsqu'il s'enfuyoit de luy, et depuis a accompli la promesse feicte aux pères anciens par la bouche des saincts prophètes, en envoyant son propre Fils et éternel au monde, au temps ordonné par luy, vray homme, avec toutes les infirmités de la nature humaine, excepté le péché; et qui a esté le grand sacrificateur, et s'est présenté en nostre nom devant son Père pour appaiser son ire avec pleine satisfaction, en s'offrant luy-mesme sur l'autel de la croix, et espandant son précieux sang pour la purification de nos péchés, ainsi que les oracles des prophètes le contenoyent. Que par la grand' cognoissance de ce grand mystère le Sainct-Esprit vient apparoir en nostre cueur par une vraye foy, laquelle embrasse Jésus-Christ avecques tous ses mérites, et le faict sien, et ne cherche plus rien hors de luy; comme sachant que tout ce qui est pour nostre salut est en luy, et qu'il n'est demi Sauveur. Que les cérémonies et figures de la loy ont cessé à la venue de Jésus-Christ, et les ombrages ont pris leur fin ; et que l'usage partant en doit estre osté entre les chrestiens, nousdemourant la vérité et substance d'icelles en Jésus- Christ, en qui elles ont eu leur accomplissement. Que nous n'avons aucune approche vers Dieu, sinon par un seul médiateur et advocat Jésus- Christ, n'estant possible d'en trouver un plus' amy, ayant mis sa vie pour nous lors ses ennemys ; ne qui tant ait de crédit et de puissance
an ciei ne en la terre, ne qui si tost soit exaulcé que le Fils de Dieu bien aimé. Que partant l'invocation des Saincts procède de desfiance de Jésus-Christ, et ignorance de luy, seul voye, vérité et vie. Qu'il y a une seule Église catholique et universelle des fidelles, attendans leur salut par Jésus-Christ, laquelle est dès le commencement du monde, et sera jusques à la fin, et n'est située, attachée ny Umitée en un certain lieu ou certaine succession de personnages ; ains est espandue et dispersée par tout le monde ; joincte néantmoins et unie de cueurs et de volontés en un mesme esprit par la vertu de la foy. Qu'il se fouit séparer selon la parolle de Dieu de ceux qui ne sont point de ceste Église, pour se ranger à celle, les marques de laquelle sont : la pure prédication de la parolle de TEvang'dc, la pure administration des sacremens comme Christ les a ordonnés, la discipline ecclésiastique pour corriger les vices; et pour abbréger. quand en tout on se reigle selon la pure parolle de Dieu, tenant Jésus-Christ pour le seul chef. Que Dieu, ayant esgard à nostre infirmité, nous a ordonné des sacremens pour sceller en nous ses promesses, et nous estre gaige de la bonne volonté et grâce d'iceluy envers nous ; et aussi pour nourrir et soustenir nostre foy. Que partant ils sont signes visibles de rÉghse invisible, par lesquels Dieu besoigne en nous par la vertu de son Esprit ; et ne sont des signes vains et vuides, ains ayans Jésus- Christ pour leur vérité, sans lequel ils ne seroyent rien. Qu'il n'y en a que deux, le sacrement de baptesme au lieu de la circoncision, par lequel sommes receus en l'Église de Dieu, et séparés de tous autres peuples et religions estranges, dédiés à Dieu, portans sa marque et son enseigne. Que le ministre nous baille seulement ce qui est visible, et nostre Seigneur donne ce qui est signifié invisible, à sçavoir les dons et grâces, lavant, purgeant et nettoyant nos âmes de nos ordures et iniquités, renouvelant nos cueurs, et les remplissant de toute consolation et asseurance de sa bonté paternelle, nous vestant le nouvel homme et despouillant le vieil, avec tous ses faicts: et ne doit ce sacrement estre réitéré, et profitable aux petits enfans. Que le sacrement de la saincte Cène a esté institué par nostre wSeigneur pour nourrir et substanter ceux qu'il a desjà régénérés et entés en sa fomille, qui est son Eglise ; lesquels
ET RÉPUBLIQTJE, LIV. VI
oïit deux vies, Fune charnelle et YaxAre spirituelle, i^ue à ce pain Christ a ordonné un pain terrestre et visible, qui est sacrement de son eorps, et le vin de son sang, pour nous testifier; qu'ainsi que nous prenons et tenons le saerement en nos mains, et le mangeons en nos bouches, et sustante nostre vie, aussi vrayement par foy recevons-nous le vray corps et le vray sang de Christ, nostre seul Sauveur, en nos âmes pour nostre vie ^irituelle; ce qui est mangé estant le propre et naturel corps de Christ et son propre sang. Mais la manière par laquelle nous le mangeons n'est pas la bouche, ains Tesprit par la foy. £t par ainsi Jésus-Christ demeure tousjours assis à la dextre de Dieu, et ne laisse pourtant de se communiquer à nous par foy en une manière à nous incompréhensible. Que ce banquet est une table spirituelle en laquelle Christ se communique à nous avec tous ses biens. Que le méchant prend bien le sacrement à sa condemnation, mais non pas Christ, qui est signifié par iceluy, et est la vérité du sacrement. Et pourtant nul ne s'y doibt présenter qu'il ne se soit bien esprouvé soymesme. Que toutes les inventions des hommes et brouilleries adjoustées audict sacrement sont à rejelter, et se fault contenter de Tordre institué par Jésus-Christ. Que l'ordre politique des rois et magistrats est de Dieu, et nécessaire, à fin que le desb(»rdement des hommes soit réprimé, et tout se conduise par bon ordre entre les humains, et pour oster et ruiner l'idolâtrie et faulx service de Dieu, le royaume de l'Antéchrist, et avancer celuy de Jésus-Christ. Que ehascun doibt estre subject aux supérieurs, payer les tributs, les avoir en révérence, et prier Dieu pour eux. Que au temps ordonné de Dieu, Jé9i»-Christ viendra du ciel corporellement et visiblement, comme il est monté avec grande gloire et majesté, pour se déclarer estre juge des vivans et des morts, mettant en feuet en flamme ce vieil monde pour le consommer.
La royne d'Ecosse douairière de France ce pendant vint de Champaigne , où elle estoit en caresme passé, trouver la cour auxdicts faulxbourgs de Sainct-Germain , pour prendre congé et 8*en aller en Ecosse. Et ayant accompaigné et suyvi le roy à Sainct-Germain-en-Laye, Ait conduicte par les sieurs de Guy se et autres de leur maison et suy te, jusques à Calais où elle passa la mer , accompaignée entre autres du
sieur de DamviUe , qui ne pleut guères au roy de Navarre et donna à penser à beau(^oup de gttis, Oullre ce qu'elle fut douée d'un riche douaire, elle eut vingt mille livres de pension, et emporta avec soy de riches bagues.
Le duc de Guyse estant de retour de Calais en grande compaignie, parla incontinent après de se réconcilier à monsieur le prince de Coudé; lequel, se trouvant petitement accompaigné, envoya Dausquerque, son chambellan, vers le maresehal de Montmorency , qui ne tarda de le venir trouver, accompaigné d'environ soixante gentilshommes. Mais il trouva que deux heures avant son arrivée l'accord entre luy et ledict duc de Guyse estoit passé et rédigé par escript, tel qu'il s'ensuit :
« Aujourd'huy , vingt-quatriesme jour d'aoust mil cinq cens soixante-un, le roi estant à Sainct- Germain-en-Laye, désirant la pacification du différend qui estoit entre monseigneur le prince de Condé et monseigneur le duc de Guyse, a, pour cet effet, assisté, et avec le bon et prudent e<Miseil de la roine sa mère , faict assembler en sa présence le roy de Navarre, messeigneurs les cardinaux de Bourbon et de Lorraine, d'Armaignacy de Chastillon et de Guyse; les ducs de Montpensier et prince de la Roche-sur- Yon ; les ducs de Nivemois, de Nemours, de Longueville,de Montmorency, connestable, et d'Estampes, le chaneeKer, le sieur de Sainct-André et de BrissaCy mareschaux, le sieur de Chastillon, admirai de France , beaucoup d'autres seigneurs de son conseil privé et chevaliers de son ordre; en présence desquels, après avoir faict appeler et venir en ladicte compaignie mesdicts sieurs les prmce de Coudé et duc de Guyse, adressant sa paroUe à ladicte dame sa mère, a dict: «Madame, j'ai faict assembler ceste compaignie pour l'accord du différend qui est entre monsieur le prince de Condé et monsieur de Guyse, qui s'accorderont, comme je pense , pour le bien de mon service et de ce royaume. Et, à fin que mondict sieur le prince demeure esclaird de l'opinion qu'il en a eue ^ vous, mon cousin de Guyse, luy direz ce qui en est. » A quoy mondict sieur le duc de Guyse a iaict response : << Sire, puis qu'il vous plaist que j'esclaircisse monsieur le prince de l'opinion qu'il ha, je luy diray ce qui en est.» Et parlant à mondict sieur le prince a dit : « Monsieur, je n'ay , ni ne voudrois avoir ^is en avant a^«
DE L'ESTAT DE LA. RELIGION
cune chose qui fust contre votre honneur, et n'ay esté autheur, motif, ne instigateur de vostre prison.» Sur quoy monsieur le prince de Condé a dict : « Monsieur , je tiens pour meschant et malheureux celuy et ceux qui en ont esté cause. »» Et là-dessus mondit sieur de Guyse a respondu : «« Je le crois ainsi ; cela ne me touche en riens. »» Ce fait, le roy les a priés de s'embrasser, et, comme ils étaient proches parens, de demeurer bons amis ; ce qu'ils ont faict et promis. Dont et desquelles choses a Sadicte Majesté commandé à nous, ses secrétaires d'estat , faire ce présent acte. Ainsi signé de TAubespine et Bourdin. »»
Aucuns mêmes des plus proches dudict mareschal voulurent le calomnier de ce que ledict sieur prince avoit eu addresse à luy , et qu'en moins de vingt-quatre heures il l'estoit venu trouver si bien accompaigné ; combien que depuis qu'il eust dict son opinion en l'assemblée faicte pour l'édict de juillet, qui ne fut suyvant le contenu en iceluy, il se fust retiré à l'Isle- Adam en intention de n'aller à la cour ne à Paris , quoi qu'il en fust requis, comme il feit par plusieurs fois. Mais le connestable dit qu'il avoit faict son devoir , tant pour ce que ledict sieur prince estoit prince du sang, que pour ce qu'il avoit cest honneur de lui estre allié, pour avoir ledict sieur prince espousé la lille de sa cousine germaine. Néantmoins iceluy connestable s'estoit soigneusement employé à faire ledict accord, duquel la roine montrant la joye qu'elle en avoit receue, en feit au soir un festin. Il y eut assez qui furent d'advis que ledict sieur prince ne devoit traicter cest accord à tout le moins si tost, fondés sur ce qu'ils disoient bien prévoir que le connestable , ayant une fois mis fin à cette querelle et ne voyant plus rien qui l'empeschast pour se déclarer de tous poincts pour ledict duc de Guyse, il ne fauldroit à s'advancer de s'unir apcrtement avec luy contre tous ceux qui faisoyent profession de la religion maintenue par ledict sieur prince.
Nous avons dict ci-dessus comment les estais commencés à Orléans avoient esté remis au mois de may ; depuis, pour les empeschemens survenus, ils furent reculés au mois d'aoust ensuyvant au mesme lieu de Ponthoise, auquel ils avoient esté assignés. £n ce lieu fut dressé le cayer desdicts estats par les députés des gouvernements, pour auxquels faire consentir
d'approuver l'accord passé entre la royne et le roy de Navarre pour le faict du gouvernement, fut besoing que le sieur du Mortier y allast premièrement et puis l'admirai, et que le roy de Navarre mesmes en parlast et s'y employast à bon escient. Car il y en eut aucuns qui osèrent maintenir que depuis que le roy sainct Louys avoit renouvelé la loy salique , il ne s'estoit veu que roine mère eust eu l'administration du royaume durant la minorité du roy. Mais puis qu'ainsi estoit , que ceux auxquels principalement il appartenoit de s'y opposer s'y condescendoyent, qu'il falloit expérimenter quel seroit l'événement du premier essay. Et de faict, ne fut le consentement par eux preste sans quelque protestation contenue en leur cayer, qu'ils vindrent présenter en la grand'salle estant sur le portail et entrée du chasteau de Sainct-Germain-en-Laye , où fut feicte l'assemblée desdicts états, auxquels estoyent le roy assis en son throne royal, ayant à sa main gauche la roine mère et puis madame sa sœur à main droicte, monsieur d'Orléans et le roy de Navarre assis sur sièges plus bas, et au-devant d'eux sur deux escabelles le connestable à main droicte, et le chancelier à main gauche ; le duc de Guyse comme grand chambellan n'ayant siège, ains estant bas assis sur le marche-pied du roy, avec le baston de grand-maistre entre ses jambes; que aucuns trouvèrent dès Orléans mal séant de voir le baston accoustumé d'estre porté hault en signe de commandement sur la maison du roy, estre mis entrelassé soubs les cuisses, disans que si le lieu des estats n'estoit le lieu où ledict baston peust estre signe de commandement, que le mieux donc eust esté ne le y avoir du tout.
U y eut quelque différend à la séance, pource les princes du sang ne voulurent permettre que les cardinaulx fussent assis au-dessus d'eux, excepté monsieur le cardinal de Bourbon, qui se meit au-dessus de monsieur le prince de Condé, son frère, avec déclaration par lui faicte que c'estoit en qualité de prince et non de cardinal. Les cardinaulx de Chastillon et d'Armaignac se contentèrent de s'abbaisser au-dessoubsdes princes du sang ; mais le cardinal de Tournon, doyen des cardinaulx, le cardinal de Lorraine et de Guyse, se retirèrent hors ladicte assemblée, disant ledict cardinal de Guyse en sortant, pour ceux qui demouroyent, qu'il y avoit
des cardinaulx qui faisoyent honneur à leurs chapeaux, et d'autres qui en estoyent honorés.
Chascun donc estant venu audit lieu, et après avoir esté sommairement proposé de la part dudict chancelier comment l'assemblée desdicts estats avoit esté remise en ce temps et lieu pour y estre continués, et que chascun eust à librement proposer ce que bon luy sembleroit; le lieutenant général en la chancellerie, et vierg de la ville et cité d'Autun, nommé M. Bretaigne parlant pour le tiers estât, feit sa harangue en la manière qui s'ensuit:
« Le seigneur Dieu me veuille assister par son Sainct-Esprit, et par iceluy me conduire tellement que tout ce que je diray soit à son honneur et gloire, et à vostre contentement, au nom de Jésus-Christ, son Fils, nostre sauveur. Sire, Dieu tout-puissant, qui vous a créé et constitué roy pour nous, face, par son immense bonté, grâce et miséricorde, vos jours longs et heureux, et que voyiez durant vostre règne en toute amour, dilection et charité vos subjects rendre louange, gloire et honneur au roy des rois et seigneur des seigneurs, duquel toutes bénédictions, prospérités et félicités procèdent.
« Avant que descendre au poinct principal, Sire, ne veulent oublier vos très humbles subjects la recognoissance qu'ils vous doivent comme à leur roy, souverain seigneur et prince naturel, offrent à Votre Majesté toute fidélité, obéissance, leurs biens et personnes, et vous supplient très humblement de votre grande bénignité et humanité les ouyr et pourveoir en leurs plainctes et remonstrances. De mesme affection se retirent et addressent à très vertueuse, très excellente et très illustre princesse la royne vostre mère, la prians en toute humilité y impartir son office et faveur, et de mesme intégrité, prudence et vigilance que cy-devant a monstrée (par-là faisant reluire et paroistre raflection maternelle qui doit vaincre et surpasser toutes autres) persévérer et continuer au régime et administration des affaires de vostre royaume , avec très vertueux, très sage et très magnanime prince le roy de Navarre, vostre oncle ; desquels la bonté, probité de vie, conseil, grandeur et haults-faicts sont tant recommandaUes et louables, qu'il n'y a celuy qui ne se sente bien heureux les veoir vous assister et nos seigneurs les autres princes du sang.
ET RÉPUBLIQUE, LIV. VI
Louent Dieu grandement de l'union et concorde qui est entre la roine vostre mère, et le roy de Navarre, vostre oncle , ensemble de l'intelligence parfaicte de nosdicts seigneurs princes du sang; s'asseurans que de telle union, concorde et intelligence, le bien et repos public sera maintenu et conservé.
« La coustume est de tout temps usitée. Sire, à la tenue de vos estats, déduire devant Votre Majesté, en toute liberté et seureté, les vices, faultes et abus qui ont cours en vostre royaume par une licence effrénée des mauvais, à fin que de vostre authorité, prudence et conseil y soit remédié et pourveu. Ce qui succédera heureusement soubs telle union, paix, concorde et providence de nos seigneurs princes du sang avec la roine vostre très honorée mère, assistée de monseigneur le chancelier (quem meriiosuœ professionis lectissimum et integerrimum nominaverimy omniumqae scieniiarum et disdplinarum parentem), et volontiers luy porterois tesmoignage de plus ample ' honneur et louange, qui méritoirement luy est deue, n'estoit sa présence qui me commande différer à autre temps»
« Telle entreprinse de discourir et ramener devant vous les abus qui régnent en vostre royaume ne peult estre que saincte et louable, combien que soit de dtfficile exécution : d'autant que par telle voye les bons sont maintenus, préservés et défendus de l'injure des malins, et la malice des meschans réprimée et cohibée. Moins semble impertinent y conjoindre le but et desseing des hommes en cette pérégrination, le naturel service et obéissance que vous doivent vos subjects, et le vostre office envers eux.
« Je pourray donc, prince très débonnaire (sans mesprendre ne offenser aucunement contre Vostre Majesté, que Dieu ne permettra à jamais par moy vostre très humble subject estre irritée), rapporter et dire ce que nous, vos très humbles subjects du tiers état, par longue habitude, conversation et expérience en avons apprins, et mettray peine de mon pouvoir à le déduire succinctement, craignant vousfascher, la roine vostre mère, et le roy de Navarre vostre oncle, nos seigneurs les princes du sang, et la très illustre et très notable compaignie qui vous assiste -, y joinct que je suis certain Vostre Majesté estre sufBsamment informée de tek discours, et que la répétition prolixe vous
DE L'ESTAT DE LA RELIGION
pourroit plustost apporter eirnuy que comentement et plaisir.
« Toutes républiques, monarchies et royaumes dès leur naissance et commencement pour leur durée et stabilité ont eu loix et coustumes, par la force et vertu desquelles, comme une reigle donnée aux hommes, ont esté maintenus et conservés : et, au contraire, où le mespris et contemnement est advenu, la ruine a esté prochaine, comn>e le pouvons voir es histoires des Assyriens, Mèdes, Grecs, et Romains : les uns ruinés et destruicts par trop grande licence aux vices; les autres par affection partkultère d'aucuns potentats postposants toutes lois et sanctions à leurs appétits immodérés. Ce mal n'entrera en vostre royaume, sire, quand les loix sainctes seront tousjours devant vos yeulx, ferez nourrir et instruire vostre peuple en la crainte et amour de Dieu tout-puissant.
«♦ Vos estais qui représentent vostre peuple, consistent en trois membres : les uns comprins soubs le mot de clergé, les autres soubs la noblesse, et le tiers, pource qu'il est composé de subjects de divers functions et charges, et n'ha aucune propre domination, est entendu et signifié par un nom nimiéraire du tiers estât. Ces trois membres ont leurs offices divisés les uns des autres : de façon que le subject du clergé est d'estre ententif et addonné au service divin, prières et oraisons à nostre Dieu, prédications de sa saincte parolle et administration de ses saincts sacremens; du noble, avoir les armes et sa personne disposée pour en user à vostre service contre les ennemis et perturbateurs de vostre royaume, toutes et quantes fois que Vostre Majesté le veult et ordonne, et non autrement ; et le subject du tiers estât, comme très nécessaire pour le démené de nostre vie, labeur perpétuel tant d'esprit que de corps, en diverses functions et offices, qui accompaignent vosdicts subjects.
M Ces trois toutesfois sont si nécessaires Pun à l'autre que, divisés et séparés se trouvent grandement affoiblis, voire réduicts en disette et nécessité commisérable, dont aussi Vostre Majesté, ladicte division advenant, n'en peult remporter que dommaige et intérest, veu que la concorde du peuple accroist à la grandeur et richesse de son roy. L'union d'iceux estats sera perpétuelle, et non autrement, quand chascun membre fera l'office et devoir auquel est
appelé. Premièrement, celuy qui se vendique et attribue le nom d'ecclésiastique doit estre de bonne vie et mœurs, aux sainctes lettres bien versé, entendu et érudit,et non affectionné aux biens et possessions.
« Amples preuves, tesmoignages et authorités nous sont laissées de ce que dessus es escriptures sainctes et prophanes. Il est escript au Deutéronome : Les sacrificateurs lévites et toute la lignée de Lévi n'auront point part ne héritage avec Israël, mais ib mangeront les sacrifices faicts par feu. Ils Sauront point d'héritages au milieu de leurs frères, car le Seigneur est leur héritage, comme il leur a dict.»» Sainct Matthieu à ce propos : «Allez (dit Jésus-Christ à ses Apostres), preschcz, guérissez les malades, nettoyez les ladres; vous l'avez reccu pour néant ; ne possédez or ny argent ny besace par le chemin : car l'ouvrier est digne d'estre nourri. »» Sainct Marc et sainct Luc rapportent mesme précepte et commandement de nostre Dieu : «Nul serviteur (dit Jésus-Christ aux Pharisiens ) ne peult servir à deux maistres : car il en hayra l'un, et aimera l'autre; ou il se joindra à l'un, et méprisera l'autre. Vous ne pouvezserviràDieu etaux richesses. »» Sainct Paul aux Corinthiens : «Voici pour la troisiesme fois que je suis prest d'aller à vous, et ne vous seray point en charge ; car je ne demande point les choses qui sont vostres, mais vous mesmes. Tite vous a-il affrontés que je vous ay envoyé? «
« Quant à la sincérité de conscience et doctrine, cela est plus que nécessaire, autrement ils seroyent indignes de leur profession, et ne pourroyent exécuter la charge par eux acceptée. Osée le monstre apertement : « Pour ce que tu as débouté la science, dict-il, je te débouteray que tune facelasacrificature.wMalachias profère le semblable : «Les lèvres, dict-il, du sacrificateur garderont la science, et de sa bouche on demandera la loy , pourtant il est messager du seigneur des armées.» L'apostre à Timothée : «Il fauh que l'évesque soit irrépréhensible, mari d'une seule femme, veillant, prudent, modeste, hébergeant volontiers les estrangers, propre à enseigner, non point addonné au vin, non bateur, non convoiteux du gaing deshonneste, ayant le secret de la foy en pure conscience ; et qu'il soit premièrement esprouvé, estant trouvé irrépréhensible. »» Les dispositions canonises en nonibrç infini sont à ce conformes.
ET RÉPUBLIQUE, LIV. VI
« Parles authorités sus alléguées sont admonnestés les prestresde ftiir et éviter le vice d'ignorance, comme une peste, selon que dit Ysidore, mère nourrice d'erreurs. Sainct Hiérosme déclare que les parties en l'office du presbtre consistent non-seulement à enseigner la parolle de Dieu, mais aussi de réfuter et contredire les errans, et ceux qui maintiennent le contraire ; ce qui ne peult estre accompli sans grande érudition et doctrine. Voylà les loix, sire, qui font reluire en toute splendeur Testât ecclésiastique; lesquelles mesprisées et contemnées , n'y a doubte que décadence d'icelay n'advienne; et fault par nécessité, quand l'ordre est inverti, la forme immuée et l'observance des loix négligée, que confusion suy ve de la transgression et mépris de sa saincte ordonnance. Les exemples sont fréquens, notoires et manifestes, à mon grand regret, et dommalge ineçtimable de vos subjects.
« De la doctrine, je croy que la pluspart confessera ingénuement qu'elle est désirée en eux, et qu'ils traictent aucune partie de leur charge plus tost par mercenaires que non pas en personne. Des bonnes vies et mœurs, on voit quels monuments et tesmoignages nous en demeurent, plus de superfluités et dissolutions en aucuns, que de saincteté et modestie. Vostre Majesté, sire, peult sçavoir les grands biens, chevances et seigneuries qu'ils tiennent et possèdent de la libéralité de vos prédécesseurs et plusieurs de vos subjects. En cela donc qui ne voit la loy du seigneur estre pollue et contemnée, et que le nom ecclésiastique n'est propre ny convient aux ignorans? Continuans, sire, aux plus amples droicts et facultés, ils ont en leur main et puissance toutes jurisdictions, haulte, moyenne et basse ; la moindre desquelles est aliène de leur profession, pour ce qu'elle est deue entièrement au magistrat qu'il vous appartient constituer, et non à autres.
« La jurisdiction porte avec soy sollicitude de jugemens et biens temporels ; et quelquefois à raison de la haute justice, cognoissance sur la vie ou mort des hommes. Et néantmoins la charge du ministre ecclésiastique consiste en contemplation, lecture et interprétation du Sainct Évangile, prédication d'iceluy et administration des saincts sacremens; ce qu'il ne sçauroit prester ny accomplir s'il s'occupe aux affaires populaires, jugemens et décisions de controverses humaines. La censure ecclésiasti-
que purement spirituelle leur doit suffire, comme elle est^portée par les évangelistes. «Si ton frère a péché envers toy, dit Jésus-Christ , va et le repren entre toy et luy seul; s'il t'escoute,'tu as gaignéton frère, mais s'il ne t'escoute, prens avec toy un ou deux, afin qu'en la bouche d» deux ou trois tesmoings toute parolle soit ferme; que s'il ne les escoute, dy-le à l'église, et s'il n'escoute point l'église, qu'il te soit comme payen et péager. »•
« Jésus-Christ, nostre rédempteur, donne à cognoistre suffisamment que autre espèce de jugement n'appartient aux ministres de l'église, comme sainct Luc tesmoigne : Quelqu'un de la trouppe, dict-il, s'addresse au Seigneur et luy dict : Maistre, dis à mon frère qu'il départe avec moi l'héritage ; et le Seigneur luy respondit : 0 homme, qui m'a constitué juge oupartisseur sur vous ? voyez et vous gardez d'avarice; car la vie d'un chascun n'est point en l'abondance des choses qu'il possède, n Sainct Matthieu nous enseigne par autre passage le semblable. «Les princes des peuples, dit Jésus-Christ, seigneurient sur eux, et les grands usent d'authorité sur iceux; mais qui vouldra estre le plus grand d'entre vous soit vostre ministre ; et qui vouldra estre le premier entre vous soit vostre serviteur. »
« Venant au poinct et chef principal concernant les possessions et chevances que tiennent lesdicts ministres de l'Église, s'il veulent maintenir que licitement ils le peuvent et leur est permis en jouyr par leurs mains de disposition canonique, leur conviendra se contenter d'un seul bénéfice ou dignité. Et si par mesme authorité ou dispensation seront vaincus de feulte par eux faicte en l'administration desdicts biens. Premièrement il est certain que les deux tiers de chascun desdicts bénéfices doivent estre convertis et employés à œuvres pitoyables et bonnes ; l'un à la nourriture et aliment des pauvres, et l'autre à la réparation des édifices, et mai-sons mouvans desdicts bénéfices, et à telle faveur les biens y affectés ont esté donnés et départis, desquelles fondateurs, se confians en la preud'hommie et conscience desdicts ecclésiastiques, comme vrais dispensateurs premièrement créés, les auroyent laissés en leurs mains et puissance, cuidans eslire personnes les plus ydoines et capables pour faire ladicte dispensation. Mais le temps ayant apporté corruption
DE L'ESTAT DE LA RELIGION
de mœurs et vie autre que des prédécesseurs, comme est la condition de toutes choses humaines ne demourer à perpétuité en mesme estât. Ceste distribution de biens commune est hors d'usage, et abolie, et les revenus des bénéfices faicts certains, desquels usent et jouyssent les ministres de l'Église comme de leur propre bien.
« Cela nous donne argument, sire, et nous induict à supplier Vostre Majesté d'y pourveoir, pour la confirmation et preuve de ce que dessus, il y a des passages à suffisance. Sainct Hiérosme à son nepveu: «La gloire de l'évesque et honneur, dit-il, est de pourveoir aux pauvres, l'ignominie et deshonneur du prebstre, travailler et s'addonner à ses propres richesses et les convertir à son seul profict. » Sainct Amboise à ce mesme propos: «L'Eglise, dit-il, a de l'or et des richesses, non pas aux fins de les garder, mais pour les employer et dispenser à la nourriture des pauvres.» Soubs ceste considération de toutes parts sont répréhensibles, et ne peuvent éviter en tout événement la distribution desdicts deux tiers à œuvres pitoyables, et est à craindre grandement que Tire de Dieu ne tombe sur ceux qui ont autrement administré lesdicts biens, et qui ont toléré ladicte administration , combien ([ue de Dieu puissance leur fuçt donnée pour yobsister.
« Jérémie, voyant la nonchalance et incurie des pasteurs, profère telle sentence de l'éternel: «Malédiction, dit le Seigneur, sur les pasteurs qui destruisent et dissipent le troupeau. Vous avez dispersé mes brebis, et les avez poussées hors et ne les avez point visitées. Voyci, je visiteray sur vous la malice de vos œuvres, et rassembleray le résidu de mes brebis, et susciteray sur elles des pasteurs qui les paistront. » Ezéchiel sur ce propos: «Malédiction, ditle Créateur, sur les pasteurs qui se paissent eux-mesmes, et les ouailles ne sont pas repeues; vous n'avez point conforté celle qui estoit foible, et n'avez point guéry celle qui estoit malade, et mes brebis ont esté esparses et dévorées des bestes par faulte de pasteurs.
« Certainement il y a grand péril en telle négligence et contemnement de l'office quechascun pasteur doit faire et exécuter, et non moindre en la rétention des biens destinés à autre usage, que celuy où sont employés. Nous avons pour exemple admirable la punition quenostre Dieu tout-puissant feit à Nadab et Abiu, enfans
d'Aaron. Nadab et Abiu prindrent chascun son encensoir, y mirent du feu pour faire perfumigation, offrirent devant le Seigneur du feu estrange, lequel il ne leur avoit commandé, parquoy yssit feu du Seigneur qui dévora, et moururent en la présence du Seigneur. Autre exemple peult estre amené à ce propos contenu aux actes des apostres. Ananias avec sa femme Saphira vendit une possession, et retint une partie du pris par le consentement de sa femme, et en apporta autre partie qu'il meit aux pieds des apostres, pour raison de laquelle défraudation, et de complot faict ensemble de tenter l'esprit de Dieu, cheurent à terre, et rendirent l'esprit.
« Que diray plus? Considérons ce qu'advenoit aux enfans d'Israël quand ils réservoyent la manne de Dieu envoyée au jour subséquent, autre que le sixiesme, qui leur estoit commandé la garder pour raison du sabbathjour de repos : la manne incontinent estoit corrompue, putride et pleine de verms. Là usoit nostre bon Dieu de grande douceur et mansuétude en la correction des transgresseurs, pardonnant aux personnes, et les enseignant de croire en sa puissance à la putréfaction de la manne. Craignons donc l'indignation de l'Éternel, et que la malédiction contenue en Esaye ne soit accomplie sur nous : «Malédiction sur les enfans rebelles, dit le Seigneur, qui prennent conseil et non de par moy, et cachent le secret et non par mon esprit, à fin d'assembler péché sur péché.
«Tous ces exemples, Roy très débonnaire, servent pour convaincre de faulte ceux qui n'ont converty les biens par eux possédés ainsi, et à l'usage qu'ils sont destinés et de Dieu ordonnés. Vous voyez à présent comme les ministres de l'Église se sont enrichis et munis de possessions et chevances, de la liberté de vos prédécesseurs et subjects ; lesquelles impossible a esté esbranler ou mouvoir de leur mains, tant ils ont esté provides soy parer et armer de loix et dispositions inhibitives d'aUénation ; de manière que par succès de temps, si telles loix ont lieu, autres plus amples biens pourront venir à leur puissance ; car il n'y a celuy des deux autres estats qui ne vende et aliène, faisant de jour en jour autres nouveaux maistres et possesseurs.
« Et vous pouvez cognoistre, sire, les forces, pouvoirs et facuUés de Testât ecclésiastique,
ET REPUBLIQUE, LIV. VI
rorigine, source et moyen de Tamas d'icelles ; pareillement ce que sentirez raisonnable pour vous soulager et subvenir en vos affaires, à la moindre jacture toutesfois qu'il sera possible élicier et extraire des moyens présentés à Vostrc Majesté. Le second estât compris soubs le nom de noblesse doit sçavoir et sentir ses forces, et selon icelles vous offrir. Ne peuvent vos très humbles subjects du tiers estât remonstrer autre chose pour leur regard, sinon qu'ils désirent les voir vivre en la craincte de Dieu, amour de leur prochain, et suyvre la vertu qui est vray lustre, ornement et source de no» blesse.
«Quant à la justice, plusieurs plainctes et remonstrances jà ont esté faictes à Vostre Majesté aux estats tenus en vostre ville d'Orléans, et sur-tout vous a esté remonstré et faict cognoistre comme ignorance, ambition et amour de deniers y sont entrés, chose réprouvée et prohibéededroict divin et humain. £t convient que les magistrats soyent esleus et choisis selon le conseil de Jéthro domié à Moyse, quand il ordonna les magistrats. Cela est escript en l'Exode : » Tu pourvoiras d'entre tout le peuple d'hommes vertueux et craignans Dieu, d'hommes véritables, hayssans avarice, et les constitueras juges sur Israël.*» Les premières et principales bultes de telle ambition et avarice proviennent du faict de ceux qui indifféremment reçoivent toutes personnes, moyennantfinance, laquelle seule domine, maistrise, et ouvre la porte aux estats et offices.
« En tant qu'il touche vostre peuple et subjects du tiers estât, dient qu'ils se ressentent grandement de l'injure du temps , et calamité des années passées, à raison des continuelles guerres qui ont eu cours en ce royaume l'espace de vingt ou trente ans ; sans lesquelles ont esté travaillés d'infinis subsides, tant ordinaires que extraordinaires, creues sur iceux, augmentation de gabelles, solde de cinquante mille hommes de pied, le taillon, les vingt livres sur chascun clocher du royaume, huict escus levés sur les officiers royaux, six sur les advocatsde parlement,qnatre sur les bourgeois, vefves et artisans,deux escus sur les autres ad vocats,practiciens, notaires, etsergens, emprunts, non emprunts, francs fiefs, nouveaux acquests, deniers levés après la journée Sainct-Laurens , aliénation du domaine, aydcs, gabelles, érection des bu- XVP siicL», La PI. et U PI.
reauxde la foraine, finances receues d'offices tant anciennement que nouvellement érigés, la suppression d'aucunsd'iceux, deniersde confirv mation, autres deniers prins et levés sur les communs et propres aux villes, deniers levés des consignations, vaisselles d'or et d'argent billonnées, munitions de guerre, vivres pour les camps et armées mises sus depuis trente ans, chevaul]^ et hamois d'artillerie, assiette d'estappes, fourniture, vesture et nourriture de soldats, solde et payement des soldats en plusieurs villes, salpêtre, pouldre fournis par le peuple, fournis par le peuple, gaiges d'officiers, gendarmerie, gens de pied non payés, suppression de la traicte foraine, deniers de convoy en Bretaigne, et plusieurs autres sommes infinies soubs divers noms ettiltre^tendans àmesmes fins d'avoir derniers de vos subjects.
«Au moyen desdictes charges insupportables se trouvent vos pauvres subjects tant languides, exténués et affaiblis, qu'à présent, sire, ne leur reste autre chose à vous offrir et présenter, qu'une bonne et loyale volonté. Se sont à diverses fois examines et fondés tous leurs pouvoirs aux affaires de Vostre Majesté, mais à grand regret se trouvent desnués du moyen de vous aider et secourir; vous supplians très humblement que vostre bon plaisir soit différer et remettre le secours qu'en attendez jusques à autre temps que ils auront repris leurs premiers pouvoirs, par tous devoirs qu'ils feront tant en labeur, industrie, espargne, sobriété, que bon traictement qu'ils recevront de Vostre Majesté.
« Ne se peuvent persuader, veu les grands subsides sur eux levés durant les règnes des rois Henry et François vos père et frère (de bonne mémoire), que soyez demeuré redevable de si grande somme. Et réduisans en mémoire ce que les histoires anciennes, tant saintes queprofanes, nous ont peu laisser de l'antiquité pour tesmoignages de leurs haults faicts, trouvent qu'il n'y eut oncques monarque, roy ou prince souverain qui soit demeuré debteur de si grande et excessive somme que le feu roy Henry vostre très honoré père, quelque longueset continuelles guerres que lesdicts monarques ayentsousteimes,ou bien entreprises pour Faugmentation des bornes et Umites de leurs royaumes et empires. Et à vray dire, la debte est si grande et excessive que qui voudront
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espuiser tous les thrésorg de vostre royaume, et rechercher vos subjects parliculièrement, à grande peine et diCQcullé se trouveroit or et argent en leur puissance concurrent à ladicte ^Olnme.
« Et quoy que cela semble dur etdiCQcileà croire, est encores plus ennuyeux à vos subjects Tentendre, qui n'ont pouvoir esgal à leur volonté. Cela les induit à croire que si grande somme de deniers levés sur vostre peuple n'est entrée entièrement en vos coffres, ny convertie au profict de vos prédécesseurs, ains par donations immenses et autres moyens sont de* meures pour partie entre les mains d'aucuns particuliers, les maisons desquels on voit reluire au détriment de vos subjects. Pour reparer telle administration, et faire qu'à Tad venir Ton ne tombe en tel abysme de debtes, vous supphent très humblement ordonner aux financiers et superintendans de vos finances, qui les ont mianiées et dispensées durant les règnes susdicts, rendre et tenir compte de leur dicte administration devant tels del^ués qu'il voijis plaira choisir ; les députés de vos estais y assistans, que.chacune province et gouvernement nommera. Par oe moyen, seront refroidis et révoqués ceux qui pourroyent à Tadvenir commettre mesme faulte.
« Ne reste plus, roy très débonnaire, que de Hionstrer en quoy gist et consiste vostre office envers vos suhjects, qu'il vous plaira recevoir en bonne part et équanimité, et n'Imputer à aucune ottltrecuidance ou témérité mon entreprinse, mais bien une volonté que j'ay et auray toute ma vie dédiée à l'honneur de jDieu et vostre service. Nostre Dieu tout puissant vous j9l constitué roy et prince souverain^ur nous, de quelque estât, qualité et condition que soyona; vous a cliargé par telle onction ,bénédic tion et a<ithorité,de régir, enseigner et juger vostre peuple. Le Seigneur dit au roy David : Tu reges, iu peuces, iujudieabis populum meum. C'est don^ vostre office gouverner, juger, faire instituire jet enseigner vos subjects en la cognoissai^ç^, craincte et amour de Dieu par laprédiç.9iti^ Kjie la saincte parolle.
« Or ces trois poincts sont si ooadunés ^t conjoincts,qu'ilsnepeuventestre séparés, voire de telle connexité, que l'un confessé et accord les autres suyvent: ï'un bien exécuté etaccomply , est satisfàict aux autres. Il est impossible de
bien régir et gouverner vostre pçople $an$ instruction et jugement, ne l'instruire et juger, que par puissance, prééminence et auUiorité joincte et annexée à vostre sceptre et couronne. Avant que Saul premier roy de Judée fut oingt et constitué roy sur Israël, Samuel gouvernoit le peuple soubs le seul tiltre de juge, lequel vieil et plein d'ans voulyt subroger en son lieu et function Joël et ^^ia ;ses enfaos. Et voyais les Israélites qu'ils ne cheminoye^t es voyes de leur père, mais déclinoyçut après l'avarice, et corrompus par dons pervertissoyent le jugement, ne les voi^lurcAt souffrir, dennandèrent à Samuel un roy pour les juger ; lequel conseillé de Dieu, coijnbien q^^ cesie parolle luy dcspleust, leur octroya sigoiilcatipn premièrement faicte selon le cojjamandemçnt diviu du droic^ d^ roy, qu'il requéroit sur eux. ^ dès lors continuèrent les rois la domination ;5ur leurs peuples. Yoylà comme le roy a Je jugement sur ses subjects, poinict très néeessaire pou,r régir et go.uver^, et sans lequ^ serpil impossible contenir son peuple en oiuice.
«Vray est quele faict principal* pfus préi ieux el salutaire cpnsiste en rinstructioo.etprédica* tion de laparoUe de Dieu, qui jest la viande et nourriture de l'ame. |?our vo^s y maintenu- et acquicter de jtelle charge dev^t Dieu est nécessaire et jexpédient, à l'exomple des bons roys^ comme David, £i;échia;5 et f osias de faire qu'en vostre royaume le vray et drpict service du iSeigneur soit administré. Josias, fij^s d'Amon, avoit huict ans quand il commença à régner : l'an di^esme.de son règne, et dix^huictiesmede ^n aage, pii trouvé le livre de vie, caché €;t recelé longuement par l'impostuf e des mauvais. Il fut soignci^x entendre et scavoir le contenu en iceluy, et grandeo^ent indigné que plustost M n' avoit esté .trouvé, pour les iniquités, transgressions et offenses précédemment faictes contre la luy, délaissa )1^ trac et chemin de I^anasses et Amon, s^ ayeul ^t père, et chemina es voyes duSeigneur, de façon q^'il luy fut agréa- We et son r^ne heureux. Cela est mopstré amplement au quatriesme livre des Rois.
«• Or, sire, vous voyez Içs divisions et di^çorde|5 qui pullulent çn vostre royaume pour lefaict de ladicte religion, .ppcques roy ny monarq .je ne fut mieux occasionné de regarder au livre de vie, sçavoir et cognoistrela loy y co^itenue et la faire observer, que vous estes à pré-
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ietït Et eértàlneftiènt cela dépend dé vostrè «atbori(é, prééminence et office, fl est èscrlpt an Déutéronortie : Qae le roy doibt lire la loy et ordonnance de Dieu, k fln de le craindre et ré* vérer. La religion et amour de Dieo apporte avec soy tonte nnion et concorde, conserve en intégrité les royaumes et monarchies, est mère nourrice de paix et amitié entre les hommes ; et est de telle force/vertu et vigueur, que semée et imprimée aux cueurâ des hommes en toute fermeté et constance, les rend prompts à exposer leurs biens, vies et personnes pour la maintenir, de manière que le père se lève et dresse Contré son enfant, le frère contre son frère, et souffrent toutes persécutions de grand artouf et affection qu'ils ont à ladicte religion. Cela nous est monstre clairement en sainct Matthieu, où Jésus-Christ le prédît à sé$ apostres.
« Les opinions diverses que tiennent vos subjects ne proviennent que de grand zèle qu'ils ont au salut de leurs âmes Les deux parties (dont l'une suit l'Église romaine, Fautre se dit suivre FÉvangile en sa pureté) confessent un seul Dieu et celuy qu'il a envoyé Jésus-Christ, son fils; mais le recognoissent par moyens fort divers et différens. D'autant que ceux qui se dient tenir le parti de l'Évangile croyent ne pouvoir communiquer aux Cérémonies de TÉglise romaine sans jacture dé leur salut ; fautre partie se promet mesme condemnation , si elle contrevient aux cérémonies introduictes en ladicte Église romaine.
« A cela, sire, donnerez ordre facilement s'il plaist à Vostre Majesté faire cesser toute perséeution contre les prévenus et accusés pour le faict de ladicte religion ; ne permettant qu'ils soyent travaillés et molestés en leurs biens, offices ou personnes. Et pour tollir et estreindre ladicte diversité d'opinions, restituer et remettre ladicte religion en sa première splendeur et pureté de la primitive Église ; vous plaira indire et assigner un concile national, libre et légitime, de seur accès et retour, en octroyant à ces fins sauf-conduict à toutes personnes qui y voudront assister ; auquel concile, comme le précellent et oingt de Dieu vous plaise présider, avec nosseigneurs les princes du sang, vos vrais légitimes et naturels conseillers, gens doctes, de bonne vie et mœurs, à ce convoqués, et non autres y ayant intérêt particulier pour y donner voix délibérative.
« Mais pour autant, sire ,'qu'il ne suffit donner ordre pour Fadvenir s'il n'est pourveo au mal présent, vos très humbles subjects sont d'advls qu'il est expédient permettre à ceux de vostre peuple qui croyent ne pouvoir communiquer en saine conscience aux cérémonies de FÉglise romaine, qu'ils se puissent assembler et convenir en toute modestie publiquement en un temple ou dutre lieu à part, soit privé ou public, en plein jour et lumière, pour là estre instruictset enseignés en la parolle de Dieu, faire prières et oraisons en langage vulgaire et intelligible pour la rémission des péchés, union de FÉglise, prO>spérité et manutention de vostre estât royal, la roine vostre mère, le roy de Navarre vostre oncle, nosseigneurs les princes du sang, et pour la nécessité de vos subjects. Par ce moyen chascun sera conduict à bonne fin, formera ses vie et mœurs selon FÉvangile, et à repos et tranquillité. A faulte de quoy, et que par vous, sire, fust différé y pourveoir, est à craindre grandement que partie de vos subjects ne tombent en nonchalance et mescognoiSsanee de Fhonneur et gloire de Dieu
« Nous n'ignorons, très débonnaire prince, que telles assemblées sont blasmées par aucuns qui supposent plusieurs mesfaicts y estre perpétrés. Pour à quoy obvier, fermer la bouche aux mesdisans, et faire punir aigrement tous délinquans qui s'y trou veroyent, commanderez s'il vous plaist à vos offBciers et magistrats d'y assister, et surtout avoir Fœil auxdictes assemblées pour vous informer de ce qui aura esté faict, sçavoir etcognoîstresi Fhonneur de DieE y est blessé et vostre authorité royale offensée. Le bon Gamaliel fut d'advis que les Juifs s'abstinssent de faire injure ou violence aux apostres, preschans la loy évangélique et Jésus-Christ crucifié, sous la raison et remonstrance que, si leur doctrine estoit de Dieu, elle demoureroit à jamais, nonobstant tous les efforts humains ; et, au contraire, si elle estoit des hommes, qu'elle périroit dé soy -mesme avec ses aulheurs, comme jà estoit advenu de Theudas et Judaa Galiléen, faux prophètes.
«Autre raison vous peult mouvoir, sire, pour ne permettre les consciences de vos subjects estre contrainctes, que de toutes ses créatures raisonnables FEternel demande le cueur et affection intérieure principalement ,lequel ne peult intervenir ny estre offert et présenté quand Q
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est contrainct. Si donc ceux de vos subjects qui ne veulent communiquer aux cérémonies de l'Eglise romaine sont tirés à leur regret et contre leurs consciences auxdictes cérémonies, vient à inférer par conséquence nécessaire que Tœuvre, encores que de soy-mesme fust bon (ce qu'ilsnient), toutesfoisnepeult plaire ny agréer à Dieu. David le monstre apertement, le cueur repenti et humilié et qui a regret d'avoir péché est sacrifice plaisant à Dieu. Sainct Paul aux Romains : «Tout ce qui n'est defoy,dict-il, est péché.» Plus aux Colossiens : «Quelque chose que vous faciez , faites-le de courage , comme au Seigneur, et non commeaux hommes.*» Sainct Matthieu : «Ce peuple, dit Jésus-Christ, s'approche de moy de sa bouche , et m'honore des lèvres , mais leur cueur est loing de moy.*» Sainct Paul aux Corinthiens : «Si je parle le langage des hommes et des anges , et que je n'aie point de charité , je suis comme l'airain qui résonne, ou la cymbale qui tinte.» Mais qu'est-ce autre chose charité qu'une bonne affection intérieure qui provient de nos cueurs?
«Autre raison pourroit cstre cy amenée : que les condemnés pour le faict de la religion sont déclarés hérétiques , laquelle cause , si tant estoit qu'elle fust vraye , perdroit l'ame avec le corps; et, au contraire, si c'estoit la vraye loy de Dieu que l'accusé maintient et défend, injustice et iniquité accompaigneroyent ledict jugement. Qui seroit chose par trop répréhensible. Sainct Paul accusé par Tertulle devant Félix , juge et gouverneur en Judée : Je te confesse bien ce poinct , dict-il , que selon la voye qu'on dit secte ou hérésie je sers ainsi au Dieu de mes pères, croyant à toutes les choses qui sont escriptesen la loy et es prophètes. Pour le premier chef, concernant la condemnation, Dieu nous défend laisser périr ou perdre les errans , et commande par exprès aux pasteurs chercher la brebis qui vague et erre , et la réduire et ramener au troupeau , déclarant qu'il vauldroit mieux dix mille cités estreabysméeset éverties, qu'une seule ame perdue et jugée à peine éternelle.
« De quelque part donc que l'on se puisse incliner, doivent les chrestiens procéder par admonitions fraternelles de Dieu ordonnées, rapportées amplement es évangélistes. Innocent quatriesme, parlant de l'admonition fraternelle, dit ces mots : « C'est le but et intendit de la dis-
cipline ecclésiastique qu'aucun ne périsse , mais qu'ayant honte et vergongne de sa faulte, il amende sa vie et face fruict. Il est de l'office du prince, en tant que nature humaine le porte, inviter et suivre la douceur et mansuétude de Jésus-Christ ,lequel nous commande venir à luy , et apprendre qu'il est doux et clément.» Sainct Matthieu : «Venez à moy, dict le Seigneur, vous tous qui travaillez et estes chargés , et je vous soulageray. Prenez mon joug sur vous , et apprenez de moy que je suis débonnaire et humble de cueur, et vous trouverez repos en vos âmes : car mon joug est aisé et mon fardeau est légier. »
« Or toutesfois , je n'entens par ce propos oster au magistrat la puissance du glaive contre les hérétiques, séditieux et perturbateurs de la tranquillité publique, quand ils seront atteincts et convaincus pour tels par laparollede Dieu bien et sainement entendue, lesdictes admonitions et exhortations chrestiennes préalablement faictes et accomplies.
« Quant à la permission de s'assembler es temples , sire, aucune division et tumulte n'en adviendra entre vos subjects, mais bien un repos public et extinction de toute sédition populaire. Caïus César, comme rapporte Josèphe au livre des Antiquités des Juifs , a bien permis contre la loy et sanction universelle prohibant toutes assemblées particulières et conventicules , que les Juifs se peussent assembler en certain lieu des villes et cités, et là continuer l'observance de leur religion ancienne. Anthonius Pius,Marcus Anthonius Verus, ont donné mesme permission, meuzde ceste seule raison que les chrestiens ne conspiroyent, ne machinoyent aucune chose au détriment et désadvantage de la république. Adrian Sévère voyant grand nombre de chrestiens par chemin, qui inopinément s'estoyent trouvés devant sa face, leur dict: «Où allez-vous, pauvres misérables, n'avez- vous pas licols pour vous pendre? »»Luy respondirenten toute humilité qu'ils ne l'avoyent offensé ny mespris contre Sa Majesté , et qu'ils adoroyent le Dieu vivant. Ceste response luy fut tant agréable, qu'il ordonna cesser toutes persécutions, et leur permit continuer en leur religion.
«Trajan, empereur romain, adverty du grand nombre des chrestiens qui adoroyent le Dieu tout-puissant, peuple néantmoins de son empire et dition, délégua Pline-Ie- Jeune pour aller
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es lieux où estoyent Icsdicts chrestiens, les expagner et chasser pour cause de ladicte religion. Ledict délégué, accompaigné de plusieurs gens d'armes arrivés sur les lieux , trouve les chrestiens en grande dévotion qui invoquoyent le nom de Dieu, sans faire injure, force ou violence à personne. Dont esmeu ledict ambassadeur s'abstint de son enlreprinse, et ne feit oultrage aux chrestiens; retourna devers l'empereur, et feit récit de sa légation. Icelle entendue , fut joyeux et content , ordonna dès lors qu'aucune injure ne leur seroit faicte. Le bon empereur Nerva défendit par édict général toute inquisition sur la religion et vie des hommes. Alexandre Sévère, empereur romain, tant recommandé par les histoires, combien qu'il fust payen, permit que les chrestiens eussent un temple dans Rome , ville capitale de sou empire.
« Plusieurs empereurs chrestiens, comme Théodose ,Const anlin et autres, ont donné mesme permission. N'y a donc péril ou danger en l'octroy et concession desdicts temples ; et semble à vos subjects que devez incliner en ceste partie, et embrasser cest œuvre charitable, par lequel retiendrez ceux qui sont vostres , pour en tirer service fidèle et loyal. Y a-il personne qui sente mieux le mal que lafDigé? Aux malades est le médecin nécessaire , et non aux sains et bien disposés. Nous commande le Seigneur de porter les infirmités les uns des autres.
« Je ne doubte point, prince très vertueux , que la pluspart ne ramène icy pour défense et fondement des cérémonies de l'Eglise romaine, Fancienne possession et observance de si long temps continuée ; mais en religion formée à nous laissée et transmise par les fidèles secrétaires de nostre Seigneur Jésus-Christ, les longues possessions n'ont force ou vigueur. Et si cest argument avoit lieu, ce seroit une semence pour nourrir les Juifs et Turcs infidèles en leur mescréance ancienne. N'est donc besoing s'arrester ou amuser à la longitude de temps, pour y asseou* aucun jugement de vraye ou faulse religion. Le temps est une créature de Dieu à luy subjecte, de manière que dix mille ans ne sont une minute en la puissance de nostre Dieu. Remémorez pour exemple de ce faict ce qui est escript en Genèse concernant la promesse faicte à Adam et Eve de l'advénement et nativité de Jésus-Christ. La promesse ne fut accomplie de
trois mille huict cens nonante sept ans après. Ainsi, nostre Dieu révèle et baille à temps et quand il luy plaist ses grâces et bénédictions. Chose qui nous est occuhe, secrette et cachée.
« Je conclueray, prince souverain, que toute réformation sera bien et deuement faicte, si les ministres de l'Eglise se contiennent en leurs offices, exécutent leurs charges et fiinctions, preschent et annoncent la parolle de Dieu en sa pureté, sans y substituer mercenaires : jouxte la défense de Jésus-Christ nostre Sauveur. Le bon pasteur , dit le Seigneur , met sa vie pour ses brebis : mais le mercenaire et celuy qui n'est point pasteur, à qui n'appartiennent point les brebis ; voit venir le loup , et laisse les brebis , et s'enfuit: et le loup les ravit et espart.
« Pareillement commanderez que tous gentilshommes se comportent en toute modestie et douceur avec vos autres subjects. Que tous magistrats et juges ne se laissent vaincre et corrompre d'ambition , vaine gloire et présens. Ferez aussi rejetter et débouter tous poursuyvans estats et offices par moyens indeus , ne souffrant qu'ils soyent venaulx , et principalement de judicature , ny conférez à ignorans de mauvais nom et conscience , en cela confirmant la voye d'eslection jà par vous accordée à vos derniers estats.
« Vous, madame, mère d'un si grand roy, vous roy de Navarre, et autres nos seigneurs princes du sang, vrais colonnes et défenseurs invincibles de ce royaume postposez toute chose pour aider et secourir nostre prince et monarque par vos bons advis, prudence et conseil. S'asKeurent, très débonnaire prince , que par telle réformation verrez le siècle doré renouveler, vostre sceptre royal florir sur tous autres, toute amour et dilection des vostres, l'esprit de Dieu venir , vos haults faicts et entreprinses augmenter de jour à autre à vostre grandeur et haultesse. Pour laquelle prieront incessamment vos très humbles subjects, et qu'il luy plaise vous illuminer et assister à toutes vos actions.
« Vous supplient très humblement vos subjects, sire, leur faire ce bien, grâce etfaveur, qu'ils reportent à ceux qui les ont délégués le fruict de leur délégation. Ce qui adviendra, quand plaira à Vos Majestés donner responses conformes à leurs supplications et remonstrances. Le roy des rois et seigneur des seigneurs, le Fils du Dieu vivant Jésus-Christ nostre rédempteur,
DE UEàTAT DE LA RËLfGlÔN
vueille mettre en vous la clémence de Moyse, la piété de David et là sapiencé de Salomoii. Ainsi soit-il. Louange à Dieu et gloire à tousjours mais, auquel est le règne et la puissance.»
Voylà ce qui fut harangué pour le tiers estât. Quant aux autres, nous n'en faisons mention icy, pour éviter à redictes et longueur superflue, ayant inséré au livre précédent celles qui furent faictes pour la noblesse et pour le clergé à Orléans. Et, au regard de ce que en la harangue prochaine a esté parlé des moyens présentés au roy pour la subvention et payement des debles du roy sur le clergé, lesdicts moyens contenus au cayer présenté par le tiers estât estoyent tels :
Premièrement, de faire rendre compte aux comptables et ceux qui avoyent ordonné des finances, ne pouvant penser ledit tiers estât qu'il n'y eust de grands abus qui se pourroyent vérifier. Et ce pendant, que tantauxdicts comptables que autres ordinateurs, et ayans eu le maniement et surintendance d'icelles finances, mesmès estans du conseil privé du roy, fust interdict l'accès audict conseil, et l'exercice de leurs offices jusques à ce que lesdicts comptes fussent rendus ailleurs qu'en la chambre des comptes, et en la présence des déhgués des estais, et le reste et débet qui se trouveroit fust payé.
Et que principalement l'on eust esgard à la révision des comptes de ceux qui avoyent receu les emprunts particuliers des sommes de huict, six, quatre et deux escus, vingt livres pour clocher, munitions, de vivres, fournitures d'estapes, et autres pour la guerre, deniers levés sur les villes closes après la journée Sainct- Laurens, et de tous autres deniers extraordinaires levés sur le peuple. Que les deniers des pensions excessives et donations immenses fussent répétés sans excepter personne, fors la roine mère, d'autant qu'il se cognoissoit évidemment que lesdits deniers n'avoyent esté employés à l'usage auquel ils estoyent destinés pour la subvention des affaires dudict seigneur. Que le nombre de sa maison fust retranché. Que le revenu entier fust pris de tous offices, bénéfices et dignités ecclésiastiques, non desservies actuellement et en personne par les personnes et titulaires d'iceux, les Rhodiens comprins, et les hospitaliers de Saint-Jacques ; les deniers distraicts nécessaires pour l'entre-
tenement du service du bastiment et aulmosneé selon les fondations. Tous les fruicts aussi des bénéfices litigieux , et que les collateurs ont accoustumé de prendre pendant la litige, et prendre avec ce et faire lever ce qui demeurera de Tobit des évesques et moines. La despouille desquels les successeurs des évesques, abbés et prieurs s'applicquoyent par usurpation.
De prendre en oultre sur les bénéficiers résidens actuellement en leurs bénéfices un quart des bénéfices, estans au-dessus de la valeur de cinq cens livres jusques à mille livres; de ceux de mille livres jusques à trois mille livres, le tiers; sur ceux au-dessus de trois mille livres jusques à six mille livres , la moitié ; sur ceux audessus de six mille livres jusques à douze mille livres les deux tiers. Et que à ceux qui tiendront douze mille livres et au-dessus, leur fusl délaissé quatre mille livres par an , le surplus prins pour acquitter les debtes, n'esloît que lesdicts bénéficiers fussent évesques , archevesques, primats et cardinaux, auquel cas seroitpris le surplus de six mille livres, à quoyse trouveroit monter le revenu desdits éveschés. El en tant que touche les archeveschés et primaces,le surplus de huict mille livres. Et pour le regard des cardinaux, le .surplus de douze mille livres. Et quant aux chartreux, célestins, mathurins et moniales, que le surplus de leur entretenement et nourriture soit pris, ensemble leurs thrésors, attendu qu'à eux n'appartenoit acquérir et posséder biens excédans sommes nécessaires pour leur dicte nourriture, aliment et aulmosnes y fondées.
Et, où tout ce que dessus ne suffiroit, ou bien ne fust en tout suyvi, de vendre au plus offrant et dernier enchérisseur les héritages , maisons, jardins, places, masures et autres pourpris de bastimens, assis au dedans des villes et faulxbourgs, appartenans auxdits ecclésiastiques, et les deniers qui en provien* droyent estre employés au susdict payement et acquict des debtes. Que tous les biens et héritages immeubles desdicts gens d^ église et commandeurs, par eux baillés à vie ou à longuei années, demourassentà perpétuité aux preneurs d'iceux en toute propriété, ou autres à leurs refus, en payant par eux les droicts assignés, charges ou rentes qu'ils dévoient aux gens ecclésiastiques à cause desdicts héritages, en baillant certaine somme de deniers pour la
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iSi
provision de perpétuité desdicts baux, ayant esgard à ladicte rente ou cens. Qu'en ce faisant se trouveroyent facilement deniers par les preneurs, en considération de ladicte perpétuité qui les rendroit propriétaires desdicts héritages; et néantmoins jouyroyent les preneurs et ayans-cause le temps de leurs baux et vies.
Plus, que toutes rentes foncières, ou autres redevances portans profict ou non, en cas de contract ou de mutation de personne, consistans en argent, bled, vin, ou autre chose deus aux gens d'église sur maisons et héritages assis au dedans des villes closes, ou faulxbourgs d'icelles, fussent déclarées racheptables, nonobstant tout amortissement octroyé aux gens d'église, et les deniers qui proviendront desdictes ventes estre employés à l'acquit et payement desdictes debtes.
Tous lesdicts moyens furent ainsi proposés au roy pour en choisir les plus commodes. Et estoit en oultre adjQusté à iceux que ledict seigneur pourroit s'aider des vaisseaux, pierreries et ornemens précieux d'or ou d'argent estans es temples et églises du royaume, à l'exemple des rois Clovis, Martel, sainct Louys, prédécesseurs ; à tout le moins ce pendant les faire inventorier et mettre en seure garde pour la conservation d'iceux. Et, pour l'exécution de ce que dessus, qu'il seroit requis que tous lesdicts bénéfices fussent baillés à ferme par les officiers du roy, présens ou appelés les eschevins et autres administrateurs des villes, au plus offrant et dernier enchérisseur, avec bonne et suffisante caution. Et les fermiers tenus d'apporter à leurs frais les deniers de leurs fermes è^ mains des personnages à ce establis jusques au parfaict payement des debtes.
Que si tous ces moyens ne sembloyent bons ou suffisants, un autre plus prompt et plus facile se présenteroit pour moyenner deniers*: asçdvoir de vendre le temporel des gens d'église mouvant de leurs bénéfices, soubs la réserve toutesfois d'une maison principale qui demeurera aux prélats, chapitre et collège titulaire, et autres bénéficiers, pour leurs habitations. Et les deniers provenants de ladicte vente, pour portion suffisante et concurrente estre employée audict acquit et payement des debtes; le surplus mis à profict, dont en estroit revenu annuel qui seroit distribué et départy
auxdicts prélats et bénéficiers par les eschevins et administrateurs desdictes villes, lesquels s'y obligeront à ceste fin.
Et audict cas de vente et subhastation du temporel de l'Eglise, que lesdicts bénéficiers et autres du clergé fussent préférés, en baillant semblable prix que le plus hault et dernier enchérisseur; et après eux les gentilshommes et autres personnes ayans succédé aux fondateurs et donateurs de partie dudict temporel.
Et pour informer le roy suffisamment que ledict moyen surpassoit tous les autres en profict et commodité, qu'il venoit à noter que le revenu du temporel desdictes églises revenoit pour le moins à quatre millions de livres, sans toucher à la réserve susdicte desdictes maisons. Lesdicts quatre millions et revenu annuel taxé et estimé à la raison du denier trente, la pluspart estant en baul te justice, revenoit en achapt à six vingt millions de livres. Laquelle somme serpit plus facile de trouver d'icelle aliénation que de tous autres biens, pour ce que chascun désire posséder terres et seigneuries, es quelles y ait jurisdiction, droict et profict casuel et fortuit, auxquels pourroit avec ce ledict seigneur roy attribuer encores plus noble tiltre ou jurisdiction pour les j*endre plus requises et de plus grand prix.
Que ceux du clergé n'y ressentiroyent aucune perte ny intérest, ca^r seroit pris desdicts six vingts millions de livres quarante huict millions pour estre délivrés à profict et intérest , lesquels à raison du denier douze feroyent lesdicts quatre millions de livres de revenu annuel pour eux. Dont le payement leur seroit continué sans intermission par gens solvables et cautionnés, qui apporteroit un autre bien public, pour autant de diminution des intérests qui ont accoustumé d'estre pris aux banques, et ailleurs par les subjects pour subvenir à leur nécessité. Que lesdicts quarante-huict millions distraicts, comme dict est, pour tenir lieu audict clergé de quatre millions de livres pour son revenu annuel, restcroyent pour le roy soixante douze millions de livres, dont quarante-deux seroyent employés pour lesdictés debtes, rachapts et retraicts du domaine. Se trouveroyent plusieurs créanciers contens de prendre des héritages dudict clergé pour argent, en payement ou rachapt de leurs deniers desboursés au profict du roy.
DE L'ESTAT DELA RELIGION
Finalement, que, toutes les debtes solues et acquitées, demoureroit encores de net la som- | me de trente millions de livrés, laquelle seroit bon et expédient de mettre es mains des villes principales et capitales du royaume, pour en \ accommoder les subjects à rente et intérest rai- { sonnable; et que tel moyen feroit croistre et ! augmenter les commerces, trafiques et marchandises, et donneroit occasion à Tadvenirde soulager le peuple. Que desdicts trente millions, le roy tireroitde profict cinq cens mille livres de revenu annuel, qu'il pourroit faire employer aux fortifications des villes frontières, entretenement et soulde de la gendarmerie. Et aussi par le moyen que dessus, se recevroit autant d'accroissement du ban et arrière-ban et nombre de bons vassaux.
A la fin desdicts moyens ainsi présentés, ledict tiers estât supplioit le roy de diminuer les tailles excessives levées sur eux , et icelles réduire à la raison du temps du roy Luoys douziesme. Supprimer et abolir les bureaux de la foraine, establis au royaume, permettant toutes marchandises entrer et sortir en iceluy franchement et librement ; et ne lever plus de deniers des confirmations des offices royaux , attendu qu'ils ne doivent estre venaulx; telle invention ayant esté mise sus puis cinquante ans, et n'estre tournée au profict du roy, ains d'aucuns particuliers.
Déclara en oultre ledict tiers estât avec les autres , qu'il ne pouvoit mieux faire, que de consentir l'accord passé entre la roine et le roy de Navarre. La supplia de continuer le gouvernement et administration receue par elle de la personne du roy pendant son bas aage , avec un bon conseil de bons et louables seigneurs, gens doctes et expérimentés, sans que en iceluy fussent receus le père et le fils , ou les deux frères ensemblement s'ils n'esloyent princes du sang, ne aucuns ecclésiastiques, en quelque dignité qu'ils fussent constitués, ne ceux qui avoyent manié et dispensé les finances du royaume, jusques à ce qu'ils en eussent rendu compte, et payé le reliquat.
Qu'aucune guerre offensible ne fust entreprinse, n'aucun nouveau subside mis sus durant le temps de ladicte administration, sans le consentement des estats, lesquels ils supplioyent le roy de convoquer et faire tenir de deux ans en deux ans, à fin d'ouïr les plaintes de ses
subjects, et y remédier selon le cas occurrent.
Que les moyens doulx et benings fussent tenus au faict de la religion , l'édict de juillet révoqué, sans toutesfois pardonner aux séditieux, libertins, anabaptistes et athéistes, ennemis du roy et de la république. La religion remise et restituée en sa première splendeur , et les abus extirpés par un concile national libre et légitime, ainsi qu'il avoit esté jà promis, auquel tous les articles révoqués en doubte seroyent décidés par la paroUe de Dieu, et auquel il pleut au roy de présider avec messieurs les princes du sang, et bailler sauf-conduict à tous ceux qui s'y voudroyent trouver.
Etde permettre ce pendant, pour éviter toutes séditions , et autres inconvéniens, qui procèdent des assemblées particulières ( lesquelles n'est possible d'empescher) que ceux qui ne peuvent en leur conscience assister aux cérémonies de l'Église romaine se peussent assembler publiquement en quelque temple, ou autre lieu ordonné , afin de ne faire rien qui ne fust au veu et sceu de tous, toutes particulières assemblées de jour et de nuict par ce moyen empeschées et défendues. Qu'en chascune église cathédrale, le revenu d'une prébende soit baillé à quelque précepteur pour instruire la jeunesse, et es lieux où il n'y a point d'église cathédrale , que sur le revenu du bénéfice plus prochain de la valeur de cinq cens livres par an, iust prinse la somme de deux cens livres pour cest effect.
Que nulles personnes fussent justiciables des personnes ecclésiastiques, la juridiction ecclésiastique remise es mains du roy, et administrée par ses officiers. Et conséquemment à ce que chascun feist mieux son office, que les officiers du roy s'abstinssent des bénéfices ecclésiastiques, et les bénéficiers aussi des offices royaux et politiques, et par exprès les gens des cours souveraines, sur peine de privation de leurs offices, à faulte de s'en desmettre dedans trois mois. Et que les causes des misérables personnes seroyent décidées tantes cours souveraines que es sièges présidiaulx, et autres jurisdictions royales gratuitement, sans aucuns frais et salaires pour les juges, advocats, procureurs, sergents, et le droictduseau es chancelleries. Avec plusieurs autres articles, dont je ne feray icy plus long récit, poin^ce que les cayers de chascun des trois estats sont mis en garde en chascun des treize gouvememens de
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ce royaume, où ils se peuvent voir, avec les respoDses fifiiictes par le conseil du roysurchascun article qui se publieront. Ce qui a esté mis en surséance, jusques à ce qu'il plaira au roy fordonner.
Ce pendant aucunes ordonnances faictes sur iceux ont esté publiées et imprimées, enregistrées es cours de parlement ( contre ce qui a esté accoutumé de faire ) pour contenter les délégués des estats, lesquels ne se tenoyent pour satisfaicts autrement. Elles ne furent toutesfois autrement vérifiées et receues, comme l'on faict les autres édits , non qu'il n'y ait beaucoup de bons articles et bien nécessaires, mais d'autant que ce qui est résolu aux estats n'a accous* tumé d'estre autrement vérifié par les cours souveraines, et aussi qu'il y a plusieurs poincts esdicts articles non accoustumés de passer par les cours du parlement, comme ce qui concerne les tailles, aydes, gabelles, et autres subsides.
Le clergé feit offre, pour le payement des debtes du roy , de continuer pour six ans le payement de quatre décimes, qui seroyent employées à cest effect. Et avec ce fut mis un impost de cinq sols sur chascun muid de vin entrant es villes closes de cedict royaume, pour estre levé durant ledict temps de six ans, et non plus.
Le pape Pie ayant faict publier le concile général, comme nous avons dict cy-dessus, envoya environ ce temps, et auparavant que le colloque de Poissy fust commencé, son légat le cardinal de Fcrrare ( accompaigné de plusieurs moines), oncle de la duchesse de Guyse, et frère du feu duc de Ferrare. Ledict cardinal tenant en France soixante mille escus de revenus en bénéfices, et oultre ce estant protecteur de France à Rome, prenant pour raison de ce cinq pour cent de toutes les expéditions consistoriales pour son droict et subside mis sus puis peu de jours, et par luy estroictement exigé sur l'Église gallicane. EÎitre autres choses, il layavoit esté donné en mandement bien exprès de ne permettre que rien ne fust déterminé ny décis en ceste assemblée, ains tenir la main que le tout fust renvoyé au concile général ouvert au lieu de Trente, ce qu'il sceut très bien exécuter.
Or pour autant que, entre autres articles ar-
restés aux estats, il avoit esté ordonné que les XVI'siàcLE, La PI. et La PI.
bénéfices de ce royaume seroyent conférés par les ordinaires, chascun en son diocèse , et non plus par le pape, et que aucunes dispenses ne seroyent receues, il y eut grande difficulté à recevoir le pouvoir dudict légat , le chancelier remonstrant qu'il ne pouvoit rien faire contre ce qui avoit esté si franchement résolu et conclud par lesdicts états. Mais ce i^onobstant ledict légat donnant à entendre qvie, estant allié de la maison de France, ce luy seroit un grand reproche et déshonneur d'estre le premier légat refusé en icelle , offrant de ne s'ayder dudict pouvoir, et s'en retourner tost après la vérification d'iceluy. Fut commandé au chancelier d'en sceller les lettres, ce qu'il feit, après plusieurs altercations entre ledict légat et luy, et avoir mis de sa main soubs le seel d'icelles lettres ces mots : me non conseniiente^ c'està-dire moy non consentant , lesquelles veues par ladicte cour furent refusées, et dict qu'elle ne pouvoit et ne devoit les recevoir, qui est la response accoustumée d'estre faicte es choses que elle juge estre plus desraisonnables.
Dès son arrivée , il trouva la cour autrement disposée qu'il n'eust voulu, pour ce qu'il y eut des pages et laquais si pétulansque de crier au regnard après son porte-croix, tellement qu'il luy convint s'en abstenir. On feit imprimer à son vitupère une effigie estrange du feu pape Alexandre sixiesme son grand-père, avec l'histoire de sa vie et de sa mort par escript au-dessoubs, parlant de la mère dudict cardinal en mesmes termes que fait le poète Pontanus, qui fut incontinent défendye. La mémoire de sondict frère ne luy servit de guères de faveur, pour les grands deniers qu'on disoit qu'il avoit tiré de ce royaume, mesmement à la rupture de la trêve, dont a esté parlé cy-devant, veu qu'il estoit homme lige du roy par obligation passée par Borso d'vEst premier duc de Ferrare pour luy et tous ses successeurs ducs, desquels cestuy estoit le quatriesme, et ce en recognoissancede l'honneur que sa maison receut, luy estant permis de escarteler ses armes de fleurs de lis, dont il y a acte solennel es Chartres du roy. Ledict cardinal toutesfois ayant trouvé à son arrivée ces difficultés, s'en sceut si bien desveloper, qu'il ne laissa de parvenir à ses desseings, ainsi qu'il sera veu cy-après.
Le vingthuictiesme du mois d'aoust mourut en la ville de Paris Jaqueline de Longvi, du-
t)E L'EStAT DE LA RELIGION
chesse de Montpêfisler, qui laissa un fils, monsieur te comte daulphin d'Auvergne François de Bourbon, et trois filles, Françoise, Anne et Loyse. L'aisnée fut peu devant ta mort du roy Henry mariée à Robert de la Marche duc de Bouillon, opportunément pour luy conserver le gouvernement de Normandie par la faveur de ladicte dame sa belle-mère. La seconde fut par elle rappelée d'Espaigne, où elle estoit aimée et honorée près la roîne Elisabeth, pour la marier à Henry de Clèves comte d'Eu, et par mesme moyen Tasseurer du gouvernement de Champaigne, après la mort du duc de Nivernois son père, qui mourut peu après; pour empescher que ceux à qui le feu roy François premier Tavoit tiré des poings par grand artifice, et baillé à monsieur d'Orléans son fils pourFimportance dudict gouvernement, ne trouvassent moyen d'y rentrer.
Elledésiroit que le duc de Longueville espousast la troisiesme, destinée par le père à estre religieuse à Fontevrault, au grand regret de ladicte dame , ainsi qu'elle feit entendre à son mary par ses derniers propos, ne luy celant ce dont il Favoit auparavant souspeçonnée, qu'elle estoit de la religion dicte réformée ; ce qu'elle avoit bien faict parolstre durant sadicte maladie (qui fut longue), elle estant à Fontainebleau, et le roy à Reims pour son sacre, où elle demanda un ministre de la religion pour conférer avec luy du faict de sa conscience. Malo luy ayant esté envoyé , qui luy refusa de luy administrer le sacrement de la cène, qu'elle demandoit,pour autant qu'elle estoit seule, et n'y avoit autre pour communier avec elle. Remonstrant ledict Malo qu'iceluy sacrement n' estoit institué pour estre particulièrement administré, comme estoit bien le baptesme, ains pour estre communié à plusieurs fidèles ensemblement, dont toutesfois elle ne se pouvoit contenter, voulant en toutes sortes faire déclaration de la religion en laquelle elle vouloit mourir.
Si elle eust plus longuement vescu, Fon estime que les troubles ne fussent tels survenus que depuis ils survindrent , pour ce qu'elle estoit d'une part fort aimée (et creue de la roine, et d'autre, le roy de Navarre se sentoit fort obligé à elle, qui servoitd'un lien pour les unir et entretenir en paix et amitié. Elle estoit femme de bon entendement, et clair-voyante au j âf&ires mesme d'estat.
Or, ainsi que les prélats de France estoyent assemblésàPoissyprèsSaînct-Germain-en-Laye, pour ad viser tant An faict delà religion, que aussi pour regarder le moyen de contribuer argent par eux et autres ecclésiastiques pour Fac* quiet des debtes du roy, ainsi que par lettres expresses à eux addressantes il leur avoit esté ordonné. Plusieurs de la religion dicte nouvelle, lors et depuis appelée réformée, commencèrent à s'assembler audict lieu, selon la foy et saufconduict qui leur avoit esté baillé par le roy, pour proposer librement tout ce qui appartiendroit à la vraye religion, paix et tranquillité du royaume. Lesquels, pour commencer à faire Fouverture dudict colloque, présentèrent une requeste au roy, contenant quatre poincts. Le premier, que lesdicts prélats et autres ecclésiastiques n'eussent à entreprendre Fauctorité de juges sur eux. Le deuxiesme,que le roy avec son conseil eust à présider audict colloque et conférence. Le troisiesme, que toutes leurs difficultés et controverses eussent à estre décidées et terminées par la seule parolle de Dieu. Le quatriesme, que tout ce qui seroit déduict, conclud et arreslé audict colloque eust à estre recueilli par notaires et greffiers, dont d'une part et d'autre Fon seroît d'accord, et auxquels foy entière seroit adjoustée. Sur ceste requeste fut respondu que le roy en communiqueroit à son conseil, non pour difficulté qu'ony feist, mais à fin de communiquer ladicte requeste auxdicts prélats, et de leur consentement, s'il estoit possible, conduire et acheminer Faffaire.
Ainsi que là dessus plusieurs remises se faisoyent,disans aucuns que les dicts de la religion nouvelle estoyent de long temps condamnés comme hérétiques, avec lesquels il ne falloit disputer, et autres propos semblables. plusieurs de ladicte religion arrivoyent, non seulement de toutes les provinces de ce royaume, mais aussi d'autres pays circonvoisins et loingtains. Entre lesquels les principaux furent Augustin Marlorat, François de Sainct-Paul, Jean Raymond Merlin, Jean Mallo, François Morel, Nicolas Tobie, Théodore de Bèze, Claude de là Boissière, Jean Boquin, Jean Tirel, Jean de là Tour, Nicolas des Gallards ; avec lesquels se vint joindre Jean deFEspine, homme docte, s'estant long temps auparavant tenu caché en France , qui lors renonça publiquement i FÉglisè romaine, et soubsigna à la doctrine desdicts de
ET JEIEPUBUQUE, LIV. VI
la religion appelée réformée. Et après aussi arriva Pierre Martyr Florentin, docteur et professeur de théologie en l'eschole de Zuric premier quanton des ligues, mandé pour se trouver audict colloque, homme jà vieil et grandement renommé.
Ce pendant lesdicts prélats estoyent empescbés à la dispute de plusieurs questions entre eux proposées, c'est à sçavoirde ce qui est requis de faire aux évesques, de la dignité des églises cathédrales, des chanoines et de leurs exemptions, des curés et de leur institution, fioit par présentation, soit par collation ordinaire, de la portion canonique, des presbtres moindres et de leur nombre effréné, de la réformation des monastères, des commendes, de l'incompatibilité des bénéfices, et autres semblables.
Or incontinent après l'arrivée dudict de |Bèze, advint ainsi qu'il estoit allé faire la révérence à la roine, estant lors en la chambre du roy de Navarre, qui avoit mandé ledict de Bèze pour venir, que le cardinal de Lorraine prient commença à Tenhorter d'estudier à la paix et concorde, tout ainsi (disoit-il) qu'il avoit faict cy devant à le mçttre en trouble; qu'en ce faisant ce seroit un moyen de le pacifier. Bèze luy respondit qu'il n'avoit jamais eu ce pouvoir de troubler un tel et si grand royaume, et moins encores de volonté de ce faire, comme ses escripts en pouvoyent tesmoigner, et espéroit qu'au colloque qui se devoit faire il le feroit encore mieux paroistre.
Adonc la roine commença à luy parler de ses livres, qui fut occasion audict cardinal de dire qu'il avoit veu un livre duquel on disoit ledict de Bèze estre autheur, et auquel il avoit leu une chose très absurde, à sçavoir que maintenant il falloit chercher Jésus Christ en la cène, tout ainsi qu'il estoit auparavant qu'il eust revestu nostre chair et fust nay de la Vierge. « J'ay aussi entendu, adjousta-il, s'addressant audict de Bèze, que vous avez escript en quelque lieu que Jesus-Christ estoit à chercher en la cène comme au bourbier et fange, usant de ces mots latins, in ccefia ut in cœno, dont plusieurs illec présens se sentirent grandement offensés. Si les livres dict de Bèze estoyent icy présens, je. pourrois plus certainement respondre s'ils sont miens; mais loutesfois quant au premier poinct, il semblerait véritablement qu'il y eust quelque
absurdité, ainsi que poonsîeur le cardinal Je récite : mais bien veu çjt ep tendu ce qui est devant et ce qtii s'ens .il après, il se trouvera estre très véritable. Mais au regard du second, il est meschant et blasphème, et suis certain qu'il ne se trouvera escript en mes livres, ny en aucun des nostres. »»
Ce dernier poioct donc délaissé, le cardinal reprenant le premier, dict : « C'est une estrange chose de vouloir maintenir que nous n'avons rien davantage que nos pères anciens, et comment es.t-ce qu'ils pouvoyent parier de la chair de Jésus-Christ devant qu'il fust faict homme?» Adonc de Bèze commença à demander au cardinal si depuis la création du monde il n'y avoit pas tousjours eu quelque Église : puis, si l'Église n'a pas tousjours esté dicte Église dès le conmiencement du monde, par celi^y qui a esté médiateur entre Dieu et les hommes; et si Jésus-,Chri5t, vray Dieu et homn;ie, n'estoit pas celui médiateur. Ce que ayant par luy esté accordé : « Doncques, dict de Bèze, la communion des fidèles avec Christ n'est à restreindre au temps auquel il a conjoinct réalement la divinité avec nostre nature : car ce <j[ui n'estoit encores selon l'ordre de nature a esté néantmoins tousjours présent par la vertu et efficace de la foy. N'est-il pas dict que Abraham a veu le jour de Christ, et qu'il s'en est esjouy? Et sainct Paul dit que nos pères ont mangé t,me mesme viande spirituelle, et beu un mesme breuvage spirituel que nous, à sçavoir Christ. »» Ce que ledict cardinal ayant accordé, ajousta ce qui est escript en l'Apocalypse : que l'aigneau avoit esté occis dès la création du monde.
De là ledict de Bèze estant venu à traicter
Îiuelques différences qui sont entre le vieil et e nouveau testament, de ceste question comme il est de coustume, s'en engendra une autre de la présence du corps de Jésus-Christ, en la cène. «Nous ne sommes d'accord, dict le cardinal, en l'exposition de ces mots : c'est mon corps, n — « Je le confesse dict de Bèze, et me desplaist que nous ne pouvons mieux nous en accorder, ce que j'aime mieux franchement confesser que le dissimuler.» — «J'enseigne aux enfans de mon diocèse, dict le cardinal, quand ils sont interrogués que c'est du pain en la cène de respondre qiie c'est Iç corps de Jésus- Christ. Réprouvez-vous cela?» — «Non, dict de
DE LESTAT DE LA RELIGION
Bèze; car c'est la parolle du Christ. Mais Ton demande comment c'est que le pain s'appelle corps de Jésus-Christ, car tout ce qui est n'est pas d'une sorte et manière. •»
Et lors il toucha quelque chose des manières de parler sacramentales. A quoy le cardinal ne répugnoit grandement; au contraire il s'arresta seulement sur ces mots : «La pierre estoit Christ, » allégué par ledict de Bèze, luy alléguant au contraire ce passage : « La parole a esté faicte chah*. » Ce qui est dict de la communion hypostaiique , dict de Bèze, diffère grandement de la sacramentale. Brief ceste question, adjousta-il, peult estre comprise et décidée en quatre poincts. Le premier est des signes ; le second, de la chose signifiée ; le tiers, de la conjonction des signes avec la chose signifiée; et le quatriesme, de la participation des signes et de la chose par eux signifiée. Quant au premier, nous sommes en cela d'accord, dict-il, que en la cène vous ne mettez pour les signes que les accidens, et nous y mettons la substance du pain et du vin, ainsi que la nature des sacremens le requiert, et toute l'Escripture l'enseigne. »
Le cardinal interrompant à cest endroict le propos : « J'estime quant à moy, dict-il, que je pourrois défendre la transsubstantiation, mais que les théologiens toutesfois s'en fussent bien aisément peu passer ; et n'estime point que pour ce regard il doive avoir division entre les églises. *>
— « Quant au second, dict de Bèze, suyvant son propos, nous ne disons pas que le mérite de la mort et passion de Jésus-Christ nous soit signifié par les signes du pain et du vin; mais que le vray corps attaché à la croix, et le vray sang espandu pour nous ; et finalement que Jésus-Christ vray Dieu et homme nous est offert par ces signes visibles, à fin que nos cueurs et nos entendemens eslevés par foy au ciel, où il est maintenant, le contemplent spirituellement, et jouissent de tousses biens et thrésors à la vie étemelle ; et ce aussi certainement et véritablement que nous voyons, nous prenons, mangeons et beuvons les signes corporels et visibles. *•
A quoy le cardinal s'accorda, déclarant que ce luy avoit esté chose agréable d'avoir entendu ce propos, pour ce qu'il avoit ouy dire que la doctrine de luy et de ses semblables fiist autre.
u Quant au tiers poinct, dict de Bèze, il y a grande différence entre l'eaue commune, et l'eaue de laquelle nous sommes lavés au baptesme; entre le pain et le vin duquel communément nous usons, et celuy qui nous est baillé en la cène; car l'eaue du baptesme, et le pain et le vin de la cène sont sacremens, c'est-à-dire, signes et tesmoignages visibles du corps et du sang du Seigneur. Mais nous ne disons que ce changement se face en la substance des élémens, mais en ce qu'ils sont changés à autre usage que celuy qui est naturel; pour ce qu'estant destinés à la nourriture du corps, estants faicts sacremens, ils représentent ce qui paist nos âmes. D'advantage nous n'attribuons pas ceste mutation sacramentale à la vertu des parolles prononcées, ny à l'intention de celuy qui les prononce, mais à la vertu et puissance de Dieu, la volonté et ordonnance duquel nous est déclarée par sa parolle. Par quoy d'autant que la chose signifiée nous est offerte et donnée du Seigneur, et ce autant véritablement que les signes nous sont offerts, d'autant pour ce regard, et non autre, est à recognoistre la conjonction des signes avec la chose signifiée. Et par ce moyen le corps et le sang de Jésus- Christ, en tant qu'il nous sont véritablement donnés et communiqués, nous sont présens en l'usage de la cène, non pourtant qu'il faille dire que ce corps soit soubs le pain, ou au pain, ou avec le pain, ou bien en autre lieu qu'au ciel, auquel Jésus-Christ est monté, et y est contenu selon l'humaine nature jusques à ce qu'il vienne juger les vifs et les morts. »
Sur ce poinct le cardinal tesmoigna de rechef qu'il ne mettoit en avant la transsubstantiation, et qu'à la vérité il falloit chercher Christ au ciel, entremettant néantmoins quelque propos de la présence réelle selon l'opinion des Alemans, et confondant l'un avec l'autre, de sorte qu'il monstroit bien qu'il n'estoit assez versé en cest article, ainsi que luy-mcsme confessoit, disant qu'il avoit employé la pluspart de son temps en autres choses. « Je confesse, dict de Bèze, que nous ne sommes d'accord en ce tiers chef et article avec quelques uns des Alemans; maisen cela, grâces à Dieu, nous accordons-nous que nous condamnons tous d'un consentement la transsubstantiation, et tout ce que par conséquent s'ensuit d'icelle : et confessons la vraye communication du corps et du sang d'une
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mesme manière .*» — « Confessez-voos donc , dict le cardinal, qmë vrayement et substantialcment nous communiquons an corps et au sang de Jésus-Christ? >* — «• Cest le quatriesme et dernier chef, duquel il reste de parler, dict de Bèze.
«Nous disons en somme que les signes visibles, qui naturellement sont mangés et beus, sont touchés de la main ; mais que la chose signifiée, à scavoir le corps et le sang de Jésus- Christ, sont vrayement et sans fard et déception offerts à tous: et que toutesfois ils ne peuvent autrement estre receus que spirituellement et par foy, car ils ne se prennent et ne se reçoivent de la main ny de la bouche, la conununication néantmoins demourant autant certaine que ce qui se voit des yeux, et se touche de la main; ores que le mystère de ceste communication et vertu du Saint-Esprit ne se puisse comprendre par nos entendemens. »
Le cardinal déclara qu'il luy estoit satisfaict par ses raisons et moyens, et Tafferma en parolles expresses, conviant ledict de Bèze de Je voir, à fin que plus souvent il peust conférer avec luy, pour chercher ensemblement quelque bonne voye et ouverture d'accord. Le lendemain le bruict courut, non seulement à la cour, mais aussi à Possy, et jusques aux pays loingtains, que de Bèze avoit esté vaincu^ et réduict par le cardinal de Lorraine au premier colloque faict entr'eux.
Ainsi que plusieurs remises et longueurs se faisoyent à la response de la requeste susdicte présentée par ceux de la religion dicte réformée, ils allèrent finalement supplier les princes du sang qu'ils fussent ouys, et signamment que les conditions qu'ils avoyent demandées leur fussent octroyées; mesmement de n' estre jugés par les prélats, à fin qu'ils ne fussent juges en leur cause, requérans response leur estre baillée par escript. Ce que leur estant desnié, ils furent à la roine, la suppliant très instamment de faire droict à leur requeste. Elle leur feit response que nullement lesdicts prélats ne seroyent leurs juges, et que un secrétaire d'estat leur seroit baillé pour notaire et greffier. Que si eux-mesmes vouloyent recueillir par escript ce qui seroit déduict au colloque, ce dont ils se pourroyent accorder, et qui demeureroit en controverse, l'arrestant jour par jour, faire le pourroyent; et mesmes protester publiquement de ne vouloir leurs difficultés estre décidées
par autre preuve que de l'Escripture; et que le roy avec les princes du sang seroit présent à leur conférence et dispute. Qu'ils eussent au reste à s'y porter modestement, sans rien chercher que la gloire de Dieu, de laquelle elle estimoit qu'ils fussent studieux et amateurs. Que de leur en bailler aucune chose par escript il n'estoit expédient pour plusieurs raisons^ mais quMl leur seroit baillé quand en seroit besoing : les admonestant de ne se confier moins en ses parolles que à l'Escripture; que il estoit malaisé mesmes avec l'Escripture d'empescher de décevoir celuy qui ha intention de tromper.
Ainsi qu'ils sortirent ayans receu ceste response, les docteurs de la Sorbonne entrèrent, supplians la roine de n'ouy r ceux de la nouvelle religion ; que si elle avoit arresté de les ouyr, que à tout le moins elle ne permist que le roy y assistast, pour le danger qui pourroit estre si en ce bas aage il estoit infecté de leur perverse doctrine, de laquelle malaiséement puis après il pourroit estre destoumé ; qu'eux estans pieçà condenmés d'hérésie ils ne devoyent estre oys. La roine leur feit response qu'elle ne feroit rien qu'avec conseil, et qu'ils pourroyent entendre que l'affaire ne seroit traictée à l'opinion de ceux de ladicte religion.
Le lendemain neufviesme jour de septembre s'assemblèrent à Poissy, au grand reffectoir des nonains, le roy, monsieur le duc d'Orléans son frère, madame Marguerite sa sœur, la roine, les roy et roine de Navarre, monsieur le prince de Condé son frère , ei autres princes du sang et sieurs du conseil où estoyent assemblés les prélats susdicts, cardinaulx, archevesques et évesques, jusques au nombre de quarante ou cinquante présens, avec plusieurs autres pour les absens et délégués des chapitres. Il y avoit d'une part et d'autre du long de la salie deux bancs, sur lesquels estoient assis les prélats ; à scavoir du côté dextre, les cardinaulx de Tournon, Lorraine et de Chastillon, les archevesques de Bordeaux et d'Ambrun, et plusieurs évesques de suyte, selon leur antiquités et prééminences: au senestre estoyent les cardinaulx d'Armignac, Bourbon et Guyse, et les autres évesques. Il y entra grand nombre de théologiens accompaignans lesdicts prélats, et autres gens mesmement de robbe longue. Puis après les ministres susdicts, douze en nombre, et environ vingt délégués des églises entre -
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reat, et, à Jto q^l^ la commune ne se jettast sur jBUJ^, i}^ furent conduicts de Sainct-Germain jusques audiqt Ueu par des arct^ers de la garde di^ roy.
Faisans tpqs lesquels silence, le roy commepça à dire qu'un chascun estjoit assez ad verty des troubles qui estoyent eijL ce royaume, et qae pour ce il ^voit faict faire assem^ée en ce lieu pour ré^ormjçr les choses qu'ils verroyenjt y estre à réfprmer, sans p^sion quelconque, py j'egard ancup (^u particulier intérest, paai^ seulement de rhonpeur de pieu, 4e l'apqui^ des consciepjces .et du ^epos du public. « Ce .que je désire, disoit-il, tapt, que j'ay délibéré que vous ne bpugiez 4e ce lieu jusqu'à ce que vous y ayez donné si t^on ordre que m.e/s sub-
i'ects puissient désormais vivre en paix et unioi^ 63 unjç avec les au]t^çs^ comme j'espère que vous ferez. Et ce faisant me donnerez occasion de vQ^s avoir ep Ja raesme protection qu'ont |su les rois mes prédécesseurs. »
Le roy après com.mapda à mopsieur le chancelier déclareyr pilus au long son intention à la jcompaignie, et le feit asseoir sur une escabelle assez avant en la salle vers le costé droict. Lequel, obéissajfit à .ce qi;^e luy estoit commandé, exposa auxdicts prélats çissemblés la cause qui avQit meu Iç roy de les assembler ; leur remons- Jtra que ses pr^écç^seurset luy ^voyent essayé par tous moyens l^nt de force que de douceur a réunir spii pei^ple, qui estoit si malheureusement divisé par la diversité des opinions, et jque l'un et l'autre desseing n'avoit que bien
i)eu proficté, tellement qu'à la division qui jà ong temps estoit commencée, estoit encores survenue une inipiitié capitale entre ses subjects, de laquelle, si Dieu n'y donnoit quelque prompt et brief remède, l'on ne pouvoit attendre qu'entière ruine et subversion de cest estât. Et pour ceste cause, suy vant ce que les anjciens roys avoyent faict se trouvans en pareille nécessité, il les avoit faict appeler pour levir communiquer le besoin qu'il avoit d' estre en ceste affaire conseillé et secouru ; les priant, autant que possible, d'advi^er avant toutes choses comment l'on pourroit appaiser Dieu, ,qui certainement estoit irrité, et en quelle manière l'on pourroit oster et desraciner tout ce qui l'a ÇQurf-oucé et offensé. Et s'il estoit trouvé qu'en la manière de le servir, par la paresse et avarice de ceux qui en ont eu la charge,
fîu^ent esté introduits quelques ^^ contre sa parolle, contre l'ordoimance de ses aposlres et des anciennes constitutions de FÉglise, il les prioit, d'autant que leur apthorilé se pouvoit estepdre , y voubir mettre la main si avant que leurs ennemis perdissent l'occasion qu'ils avoient prinse de mesdire d'eux, et distraire le peuple de leur obéissance. Qu'ils regardassent aussi tout ce qui pouvoit réformer, et leur vie, et l'administration de leur chargç.
Et d'autant que la diversité des opinions estoit le principal fondement des troubles et séditions, le roy avoit, suyvant ce que jà auroit esté arresté par les deux assemblées, accordé un sauf-conduict aux ministres de ladicte secte, espérant qu'une conférence avecques eux amiable et gracieuse pourroit grandement proficter. pt pou^ ceste causée, il prioit toute la compaignie de les recevoir, comme le père fait ses enfans, et prendre la peine de les endoctriner et instruire. Et s'il advenoit le contraire de ce qu'il avoit espéré, et qu'il n'y eust moyen de les réduire, ny de nous réunir, pour le moins ne pourroit-on dire cy-après, comme l'on a faict par le passé, qu'ils ayent esté condamnés sans les ouyr. Et de ceste dispute bien et fidèlement recueillie d'une part et d'autre, la faisant publier par tout le royaume telle qu'elle auroit esté faicte, le peuple pourroit comprendre qu'avec bonnes, justes et certaines raisons, et non par force ny par authorité, ceste doctrine auroit esté réprouvée et condamnée. Promettoit Sa Majesté que, comme ses prédécesseurs rois l'avoyent esté,aussi seroit-il en tout et par-tout protecteur et défenseur de son Église.
Adonc le cardinal de Tournon, président en ceste assemblée, comme plus ancien et doyen du collège des cardinaulx, et primat de France à cause de son archevesché de Lyon, respondit, remerciant Dieu de la grâce qu'il luy faisoit et à la compaignie, de se voir assemblés pour un si bon eflect. Il remercia pareillement le roy, la roine et les princes du sang de l'honneur qu'ils faisoyent à ceste assemblée d'y vouloir assister et faire proposer choses si siainctes, comme avoit déduictes monsieur le chancelier, tant doctement, sagement et ^ien qu'il n'estoit possible de mieux.
Au surplus qu'il s'estoît préparé pour respondre aux poincts principaux portés par les lettres à eux envoyées, à un de s'assembler en
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lâi)
ce lieu, pensant qu'on les deust proposer et en avoyentarrestémémoires ; mais qu'estans maintenant proposées plusieurs autres choses de grande importance auxquelles ne pourroit promptement respondre, et quand bien le pourroit, il ne le voudroit entreprendre seul sans l'advis de la compaignie, à raison de ce il reqnéroit que ledit chancelier baillast sa proposition par escript, et qu'il lui fust donné loisir d'en délibérer. A quoy luy fut respondu par ledict chancelier qu'il n'estoit besoing la bailler, et que chascun Tavoit peu entendre. Le cardinal insista au contraire qu'il eust à la bailler, mesmement pour la monstrer aux. autres évesques qui n'avoyent esté du commencement, et qui venoyent de jour à autre. Mais à ce, ledict chancelier finalement ne voulut entendre. Ce faict, estant commandé aux ministres dessusdicts de parler, Théodore de Bèze, esleu de tous les autres pour ce faire, dict et parla en la manière qui s'ensuit :
«Sire, puisque l'issue de toutes entreprises et grandes et petites dépend de l'assistance et faveur de nosire Dieu, et principalement quand il est question de ce qui appartient à son service et qui surmonte la capacité de nos entendemens, nous espérons que Vostre Majesté ne trouvera mauvais ny estrange si nous commençons par l'invocation du nom d'iceluy, le suppliant en ceste façon : Seigneur Dieu, père étemel et tout-puissant, nous confessons et recognoissons devant ta saincte majesté que nous sommes pauvres et misérables pécheurs, conceus et nais en iniquité et corruption, enclins à mal faire, inutiles à tout bien, et que de nostre vice nous transgressons sans fin et sans cesse tes saincts commandemens ; en quoy faisant, nous acquérons par ton juste jugement ruyne et perdition sur nous. Toulesfois, Seigneur, nous avons desplaisir en nous-mesmes de l'avoir offensé, et condamnons nous et nos vices avec vraye repentance, désirans que ta grâce subvienne à nostre calamité. Vueilles doncques avoir pitié de nous, ô Dieu et père très bénin et plein de miséricorde, au nom de ton fils Jésus- Christ, nostre Seigneur et seul rédempteur; et, en etTaçant nos vices et macules, eslargis-nous et augmente de jour en jour les grâces de ton sainct esprit, à fin que, récognoissants de tout nostre cueur nostre injustice, nous soyons touchés de desplaisir qui en-
gendre droîcté pénitence en noù^, laquelle hôus mortifiant, à tous péchéi^ {iroduise fruicis dé justice et innocence qui te soyent agréables par iceluy Jésus-Christ, nostre Seigneur et seul sauveur.
« Et d'autant que ce jour d'huy il te plaîst favoriser tes pauvres et inutiles serviteurs jusques là que de leur donner moyen de pouvoir librement, et en la présence du roy que tu ad establi sur eux, et de la plus ilhtstre et noble compaignie du monde, déclarer ce que tu leur as donné à cognoistre de ta saincte vérité, qu'il te plaise , continuant le cours de tes bontés et miséricordes, ô Dieu et père des lumières, tellement illuminer nos entendemens , guider no^ affections, et les formera toute docilité, et tellement conduire nos parolles qu'en totïte sincérité et vérité, après avoir conceo, selon la mesure qu'il te plaira nous départir, les secretà que tu as révélés aux hommes pour leur salut, nous puissions, et de cueur et de bouche , mettre en avant chose qui puisse servit à Phoùneur et gloire de ton Sainct Nom, à la prospérité et grandeur de nostre roy et de tôuà ceui qui luy appartiennent, avec le repos et consolation de toute la chrestienté, et nomméement de ce royaume. Sefgneur et père Tout-Puissant, nous te demandons toutes ces choses au nom et en la faveur de Jésus-Christ, ton fils nostre Sauveur, comme luy-raesme nous a appris de les demander, disans: <• Nostre Père qui es es cieux, etc.» Ceste prière ainsi faite à genouils, s'estant levé debout il continua comme il s'ensuit:
« Sire, c'est un heur bien grand à un fidèle et affectionné subject devoir la face de son prince, d'autant qu'icelle luy représentant comme la majesté de Dieu visible, faire ne se peult qu'A n'en soit grandement esmeu, pour considérer le devoir de Fobéissance et subjection qu'il luy doit. Car est ans tels que nous sommes ,ce que nous voyons à l'œil, pourveu que l'œil soit bon , et la chose responde à ce qu'on a conceu, est de beaucoup plus grand efîect que ce qui est considéré par nous avec une simple et nue appréhension d'esprit. Et s'il advient que non-seulement il puisse voir son prince, mais aussi qu'il soit veu de luy, et qui plus est écousté et finalement receu et approuvé, alors véritablement a-il receu une très gr&nde satisfaction et àingulier contentement.
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« De ces quatre poincts , sire , il a pieu à Dieu, usant de ses secrets jugemens, qu'une partie de vos très humbles et très obéissans subjects ait esté long temps frustrée, à son très grand regret, jusqu'à ce qu'en usant de son infinie miséricorde, et donnant lieu à nos pleurs et gémissemens continuels, ils nous a tellement favorisés que ce jour nous apporte le bien, jusques icy plustost désiré qu'espéré, de voir Vostre Majesté, sire, et qui plus est,d'estre veus et oys d'icelle en la plus illustre et noble compaignie qui soit au monde /Quand doncques nous n'aurions jamais receu autre bien, et n'en recevrions par cy-après, si est-ce que le reste du cours de nos ans ne pourroit satisfaire pour suffisamment en remercier nostre Dieu, et rendre grâces condignes à Vostre Majesté.
M Mais quand nous considérons avec cela que ce mesme jour non seulement nous fait ouverture, mais aussi nous convie, et par manière de dire d'une façon tant bénigne, tant gracieuse et tant convenable à votre royale débonnaireté, nous contrainct à tesmoigner tous ensemble le devoir que nous avons à confesser le nom de nostre Dieu, à déclarer l'obéissance que nous vous portons, force nous est de confesser, sire, que nos esprits ne sont capables de concevoir la grandeur d'un tel bien, et nos langues encores moins suffisantes à exprimer ce que l'affection leur commande. Telleittent, sire, qu'une telle faveur surmontant toute éloquence humaine, nous aimons trop mieux confesser nostre imbécillité par un vergongneux silence, qu'amoindrir un tel bienfaictpar défault de la parolle.
u Toutesfois, sire, nous souhaitons encores le quatrième et principal poinct, c'est à sçavoir que nostre service ce jour d'hui soit receu de Vostre Majesté pour agréable. Ce qu'aussi nous espérons obtenir, s'il advient, et Dieu vueille qu'ainsi soit, que nostre venue apporte une fin, non point tant à nos misères et calamités passées, desquelles la mémoire s'en va comme esteinte par ceste heureuse journée, qu'à ce qui nous a semblé tousjours plus grief que la mort mesme, sçavoir est aux troubles et désordres survenus en ce royaume pour le faict de la religion, avec la ruine et perdition d'un grand nombre de vos pauvres subjects.
«• Or y a-il plusieurs occasions qui jusques icy nous ont empesché de jouyr d'un si grand
bien, et qui encores aujourd'huy nous feroyent perdre tout courage, n'estoit que d'autre costé plusieurs choses nous fortifient et asseurent.
« Il y a premièrement une persuasion enracinée au cueur de plusieurs par un certain malheur et par l'iniquité des temps, que nous sommes gens turbulents, ambitieux, addonnés à nostre sens, ennemis de toute concorde et tranquillité. Il y en peult avoir aussi qui présument que, encores que ne soyons du tout ennemis de paix, ce néantmoins nous la demandons avec des conditions tant rudes et aspres que nous ne sommes nullement recevables, comme si nous prétendions renverser tout le monde pour en faire un autre à notre façon, et même de despouiller aucuns de leurs biens et facultés pour nous en emparer. Il y a encores plusieurs tels ou plus grands cmpeschemens, sire ; mais nous aimons trop mieux que la mémoire en soit ensevelie, que renouveler les vieilles playes en les récitant maintenant que nous sommes sur le poinct, non pas de faire doléances et plainctes , mais de chercher les plus convenables et prompts remèdes.
M Et qui nous donne donc une telle asseurance au milieu de tant d'empeschemens? Sire, ce n'est aucun appuy de chose qui soit en nous, veu que nous sommes en toutes sortes des plus petits et contemptibles du monde. Ce n'est point aussi, grâces à Dieu, vaine présomption ny arrogance , car nostre parure et vile condition ne le porte pas. C'est plustôt, sire, nostre bonne conscience qui nous assure de notre bonne et juste cause, de laquelle aussi nous espérons que nostre Dieu, par le moyen de Votre Majesté, sera le défenseur et protecteur. C'est aussi la débonnaireté desjà remarquable en votre face, paroUe et contenance. C'est l'équité que nous voyons et expérimentons estre empreincte en vostre cueur, madame ; c'est la droicture de vous', sire , et des illustres princes du sang. C'est aussi l'occasion toute manifeste que nous avons d'espérer que vous, nos très honorés seigneurs de conseil, vous conformans à une mesme volonté, n'aurez moindre affection de nous octroyer une tant saincte et nécessaire concorde que nous avons de la recevoir. Et quoy plus? Il y a encores un poinct qui nous entretient en bonne espérance; i c'est que nous présumons, selon la reigle de
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cbaiité, qtie vous , messieurs, avec lesquels nous avons à conférer, vous efforcerez ptustôt avec nous, selon notre petite mesure, à esclarcir la vérité qu'à Tobscurcir d'avantage ; à enseigner qu'à débattre; à peser les raisons qu'à les contredire ; bref, à plustost empescher que le mal ne passe plus oultre, qu'à le rendre du ^ tout incurable et mortel. Telle est l'opinion que nous avons conceu de vous, messieurs , vous priant au nom de ce grand Dieu, qui nous a icy assemblés, et qui sera juge de nos pensées etde nos parolles, que nonobstant toutes choses dictes, escriptes ou faictes par l'espace de quarante ans ou environ, vous vous despouilliez avec nous de toutes les passions et préjudices qui pourroyent empescher le fruict d*une si saincte et louable entreprinse ; et espériez de nous, s'il vous plaist, ce que moyennant la grâce de Dieu vous y trouverez, c'est à sçavoir on e^rit traictable et prest à recevoir tout ce qui sera prouvé par la pure parolle de Dieu.
«•Ne pensez que nous soyons venus pour maintenir aucune erreur, mais pour descouvrir et amender tout ce qui se trouvera de défault, ou de nostre costé ou du vostre. N'estimez que nous soyons tant oultrecuidés que nous prétendions de ruiner ce que nous sçavons estre éternel, c'est à sçavoir l'Église de nostre Dieu. Ne cuidez que nous cherchions les moyens de vous rendre pareils à nous en nostre pauvre et vile condition, en laquelle toutesfois, grâces à Dieu, noustrouvons un singulier contentement. Nostre désir est que les ruines de Jérusalem soyent réparées ; que ce temple spirituel soit relevé^ que ceste maison de Dieu, qui estbastie de pierres vives, soit remise en son entier ; que ces troupeaux tant espars et dissipés par une juste vengeance d^ Dieu, et nonchallance des hommes, soyent ralliés et recueillis en la bergerie de ce souverain et unique pasteur.
•Voylà nostre dessein, voylà tout nostredésir et intention, messieurs; et si vous ne l'avez creu jusques icy, nous espérons que vous le croirez quand nous aurons, en toute patience et mansuétude, conféré ce que Dieu nous aura donné. Et pieust à nostre Dieu que, sans passer oultre, au lieu d'argumens contraires nous puissions tous chanter un cantique au Seigneur et tendre la main les uns aux autres, comme quelquesfois est advenu entre les armées et batailles toutes rainées des mécréans mesmes et infidèles; XVIE «ÈcLE, La PI. et L« PI.
chose grandement honteuse \yo\xT nous si nous faisons estât de prescher la doctrine de paix et de concorde, et ce pendant nous sommes les plus faciles à estre desjoincts, et les plus durs et difficiles à rallier. Mais quoy? ces choses se peuvent et doivent souhaiter par les hommes^ mais c'est à Dieu à les octroyer, comme aussi il fera, quand il luy plaira couvrir nos péchés par sa bonté, et déchasser nos ténèbres par sa lumière.
« Et sur ce propos , sire , à fin qu'on cognoisse que nous entendons de procéder en bonne conscience, simplement, clairement et rondement, nous déclarerons en sommaire, s'il plaist à Yostre Majesté nous en donner congé, quels sont les principaux poincts de ceste conférence; en telle sorte toutesfois que. Dieu aidant, nul ne aura juste occasion de s'en trouver offensé. U y en a qui estiment et qui persuaderoyent volontiers aux autres que nous ne sommes discordans que de choses de petite conr séquence, et plustost de choses indifférentes, que des poincts substantiels de nostre foy. U y en a d'autres tout au rebours qui, par faulte d'estre bien informés de ce que nous croyons, présument que nous ne sommes d'accord en rien qui soit, non plus que Juifs ou Mahométistes. L'intention des premiers est autant à louer que l'opinion des derniers à rejecter, comme nous espérons qui apperra par la déduction des propos. Mais, pour certain les uns ny les autres ne nous font ouverture d'une vraye et ferme concorde. Car si les derniers sont creus, l'une des parties ne peult subsister qu'en ruinant l'autre, ce qui est inhumain à penser, et très horrible à exécuter. Et si l'opinion des premiers est receue, il fauldra que plusieurs choses demeurent indécises, desquelles il sortira une discorde plus dangereuse et dommageable que jamais.
« Ainsi donc, nous confessons, ce qu'à peine pouvons-nous dire sans larmes, nous confessons, dis-je, qu'ainsi que nous accordons en quelques-uns des principaux poincts de nostre foy chrestienne, aussi sommes-nous différens en une partie d'iceux. Nous confessons un seul Dieu en une mesme essence infinie et incompréhensible, distinct en trois personnes consubstantielles et égalles en tout et par-tout, c'est à sçavoir : le Père non engendré, le Fils éternellement engendré du Père, et le Sainct-Esprit
DE L'EgTAT DE LA. REW(5<QN
procédant du Père et du Fils, Noqs confes«o|[Ui un seul Jésua-Chrisl vray Dieu et vray homme, «an* contusion ny i^paration des deo^ naturea, ay des propriétés dMoëlles. Nous confessous qu'en tant qu'il est Lomme, il n'est point fils de Joseph, mais a ^asté e^m^eu par la vertu secrette du &inct-£sprti an ventre de la Uen heureuse vierge Marie, vierge* dis-je, devant et après Tenfontement. P^ous confessons sa nativité, sa vie, sa mort, sa sépulture, sa descente wa%. en* fers, sa résurrection et son ascension, cofAme elles sont oontenues au sainct Évangile. Nous croyons qu'il est là hault au ciel, assis à la dexire du Père^ 4ont il ne bougera qu'il ne vienne juger les vi£s .et les morts. Irions croyons au Sainct-Ësprit, qui nous iiUumine, nous console, et nous soustient. Nous croyons qu'il y a une saÂncte Église catholique, c'est-à-dire universeUe, qui est la coo^paignîe H copimunauté des Saincts, hors laquelle il n y m point de salut. DkMift nous afi»eurons de la rémjiision gratuite de JQOS péchés au sang de Jésus-Christ^ par la vertu duqujel, après que ces piesmes corps ressuftcités auront esté rejolnois à nos ^tmes, nous jouirons avec Diai^ 4e la v^e bienr heureuse et éternetie.
* Comment donc, dira iquelqu'un, ne yoylà pas las articles de nostre fby? En ^9y donc ;9omHies-nou8 disowdans? Premièrement, en rinterprétation d'une partie d'iceux ; secondement, en ce qu'il nous semble (et si nous «ommes trompés en cest endroict« nous serons irès «ises 4e le «ognoiatre) qu'on ne s'est contenté des dessusdicts Articles« ^s que long temps y a qu'on n'a cessé d'adjouster articles sur articles^ «comme si h religion chrestienne ^estoit un édifice qui ne fust jamais aclievé. ^ous diaoQS d'avantage que^ qui a estébasti 4e nouveau, aeiaja m que nous pouvons cognoistre, n'a toujours esté J>asti 3ur- les anciens fondeinens; icttpar constéqueo^ difforme f^lustost J'édifice qu'il jae luy .sert de parigu^e et orne- -Bkent £t •touteatois on s'est bien souiwnt jplus Anneaté.ii oesac^ssoices qu'au ,principjetl. V.oylà (somme un sommaire de ce que nous croyons et enseignons. MajiS à fin^ue nos^re intention soit encores mieuK entendue, nous déduirons ces poinot^ «par le menu.
u Nous disons donc et espérons maintenir en toute sobriété par les tesmoignagesdes Sainctes- J^riptures (|ue le vray Dieu, auquel il nou^
fault croire, est despouillé de sa parfaicte justice, si on pense opposer à son ire et juste jugement autre satisfaction ny purgation en ce monde , ou en l'autre , que ceste obéissance toute entière et accomplie, qui ne se trouvera ^n autre qu'en un seul Jésus-Christ. Et pareillement que si nous disons qu'il nous quicte seulement une partie de nos debtes, d'autant que nous payons l'autre, il est despouillé de sa « parfaite miséricorde. De là il s'ensuit, autant que nous en pouvons juger, que estant question de sçavoir à quel lîltre nous avons pa- " radis, il fault du tout s'arrester à la mort et passion d'un seul Jésus-Clirist noslre Sauveur et Rédempteur, ou bien, ^u'au lieu du vray Dieu on adoreroit un Dieu estrange, qui ne seroit parfaictement ny Juste ny miséricordieux.
« De là aussi dépend un autre poînct de très grande conséquence touclmnt l'office de Jésus- Christ. Car si luy tout seul n'est entièrement nosire salut , ce nom tant précieux de Jésus , ç'çst-à-dire Sauveur qui a esté annoncé par l'ange Gabriel, ne luy seroit propre. Semblablement s'il n'est nostre seul prophète, nous ayant pleinenient déclaré la volonté de Dieu son père pour nostre salut^ premièrement par la bouche des prophètes , puis après en personne en la plénuude des temps, et conséquerament par ses fidèles apostres; s'il n*est aussi ïe seul Chef et roy ;^rituel de nos consciences; s'il n'est aussi noslr^ seul sacrificateur éternel, selon Tordre de Melchisedech, ayant par une seule oblatîon de soy-mesme une fois falcte et jamais réitérable, réconcilié les hommes ii Dieu, et maintenant seul intercédant au c1elj)our nous jusques à la co.nsommation du monde ; t)ref, si nous ne sommes du to^t complets en luy seul , oe nom et liltre de Messias ou de "Christ, c'est-àdire oinct et dédié de Dieu son père à cest effect, ne luy appartiendra pqînt.
«5i doncques on ne se voidoit contenter de sa seule parolle fidèlement preschée, ef depuis enregistrée par les prophètes et apostres, il serdit dépossédé de son estât de prophète ; il seroit aussi dégradé de son estât de chef et de roy spirituel de son Église, si on vouloit faire nouvelles loix aux consciences ; et de son estât de sacrificateur éternel par ceux qui entreprendroyent de l'offrir de rechef pour la rémission des péchés, et qui ne se contenteroyent de Va-^
IIMI]
voir pour sêul tntercesMur «t tdvooat tti ciel entre Dieu et les bmines.
«fin traMedine lieu, notisnesomiyiesd'âccoiid^ »y de la dilBnition, ny de Torigine, ny des cf* fiècts de k foy, qm mms appeloiis, hifrH Minet Paul , josOfiaiitei et par laqueHe seule nous crayons que Jésus-^^hrtst avec toas ses biens notis est appliqué. <lnant a«x iMmnes ttavres, s'il y en a aocQns qui estiment que nom les mesprisions, ils sont très mat infof^ mes; car neus ne séparons non fins h foy de la charité qne la chalenr et himîère est sé^ ^rée da fed. Et disons avec sainct Jean, en sa première t^noniqne, qne celny qvi dKqn'il cognoist IHtm et n*obsénre ses oommandemens se^ desment sey-nieBme par sa propre eonsGîenoe, et en toute sa ^.
«Mais an snrphfô, nous eenfessons nondement qne vmxB sommes diseordaMs en trois pHndpaox peîncts sur «este matière : Le premier est tooëbant l'origine et première source d«it les bonnes ceuTres procèdent ; le s^ond , quelles elles sont^le troisiesme, à quoy elles sont bonnes. Quant a« premier, nous ne trouvons autre fFranc arbitre en Tbomme que celuy qui est affranchi par la seule grâce de nostre' Seigneur Jésus-Christ, fH disons que nostre nature, en Testât auquel eHe est tchwbée, a bcsoing d'estre avant toutes choses, tion pas aidée et soustenue, mais plustost tuée et amortie par la vertu de Ffisprit de Weo, d'autant que h grâce la trouve non pas seulement navrée et débilitée, mais du tout destiUiée de force et contraire à tout bien, voire morte et pourrie en péché et corruption ; et faisons cest bonneur à Dieu de ne vouloir point partager avec hiy; car wws attribuons, et te commencement, et le milteu, et la fin de nos bonnes œuvres à h seule grâce et miséricorde tficcttry besongnasit en nous. Quant au second poinct, nous ne recevons point autre reigle de justice et d'obéissance deï^ant Dieu que tes cofumandemens d'îceluy, comme 8s sontescripts et enregistrés en sa saincte parole ; auxquels nous n'estimons qu'il soit WsiMe à <»réatuTe quelconque d'adjouster ou diminuer pour obliger les consciences. Quant au troisiesmepoinct, c'est à sçavoir à quoy elles sont bonnes, nous confessons qu'en tant qu'elles procèdent de l'esprit de Dieu besongnant en notw, puisqu'elles procèdent d'une si bonne source, ^es tloivent
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estre allées bonnes, oombien que û Dieu les vouloit examiner à la rigueur, il y tiOQveroît par trop i redire.
» Nous disons aussi qu'elles sont bonnes à auMusage4*au<ant'quepariceitenostre Dieu est glorifié, tes hommes sont attirés à sa cognoissance^ et nous sommes aasefurés que, l'esprit de Dieu estitfit en nous {ce qui se cognoist par ses efifeets), nous sommes du nombre de sesesleus et prédestinés à salai. Mais quand il est question de sçavoir i quel tiltre la vie étemeUe nous apparttent, nous disons avec sainct Paul que is'est un don gratuit de Dieu; et non point rê* compense deue à nos mérites. Car Jésus-Christ en cest esgard nous justifie par sa seute justice, nous estant imputée ; tKius sanctifie par sa sente aaincteté, nous estant eslargie; et nous a ra^ cheptés par son sacrifice unique qui nous est aloué moyenna*t une vraye et vive fey par la seule grâce et libéralitéde nostre Dieu. Tous ces thrésors nous sont communiqués par la vertu du Sainct-Esprît, se servant pour cest effect de k prédication de ia parolte de Dieu et de l'administration de ses saincts sacremens, non point qu'il en ait nécessité, veu qu'il est Dieu tout puissant, mais d'autant qu'il luy plaist de se servir de ces moyens ordinaires pour créer fit nourrir en nous ce précieux don de foy, qiii est Comme ta seute main, pour appréhender, et comme te seul ^-aisseau pour recevoir Jésus-Christ en salut avec tous ses llffésors.
«Mais nous ne recevons pour parolte de Dieu que la doctrine escripte es livres des p«>phètes et apostiies, appelés le Vteil et Nwvea» Testament. Car par qui serons-nous acertwiés de nostre sahit, smoft par ceux qui «ont te»moings Sans hulte reproche? Et quant aux escripts des anciens docteurs et aux otmoites, devant que tes recevoir sans aucun contrediot, il feuMroit premièrem«it qu'tm les accordast entièrement avec TEscrrptwe; et purs aussi entre eux-mesmes, veu que l'esprit de Dteu n^t jamais Contraire i soy-mesme; ce ^foe noÉs croyons que vods, messieurs, n'entrepreftdm jamais de faire ; et quWîd vous l'auriei «itrepHs, vous nous pardomierez, s'il vous plaint, si jamais nous ne croyons qu'il se puisse Wnt, que nous ne te voyons ptar eflfect. Quoy donc? sommes-nous de la race de ce malheureux Cam fils de Noé, qui descouvrit la vergongne de um
DE L'ESTAT t>E LA RELIGION
père. Notis estimods-iious plos doctes que tant d'anciens docteurs grecs et latins? Sommesnous si oultrecuidés de penser que nous ayons les premiers descouvert la vérité, et de condamner d'ignorance tout le monde universel? A Dieu ne plaise, messieurs, que nous soyons tels ; mais vous nous accorderez, à nostre advis^ qu'il y a eu conciles etconciles, docteurs et docteurs, veu que ce n'est de maintenant qu'il y a €u de faulx prophètes en l'Église de Dieu, comme les apostres nous en advertissent en plusieurs lieux, et nomméement en la première à Timothée , quatr iesme chapitre et , aux Actes des A postres, chapitre vingtiesme.
«* Secondement, quant à ceux qui sont receua, puisque toute Isb vérité qu'on y sçaurolt trouver doit estre nécessairement puisée des Escriptures : quel plus certain moyen trouverons-nous de proufiter en leurs esprits qu'en esprouvant le tout sur ceste pierre de touclie, et considérant les tesmoignages et raisons de l'Escripture, sur lesquels ils se trouveroyent avoir fondé leur interprétation? Certainement nul ne peult ny doit leur attribuer plus qu'eux n'ont requis. Or voylà les propres mots de saînct Hiérosme sur l'épistre aux Galates : «La doctrine du Sainct- Esprit est celle qui est déclarée es livres canoniques, contre laquelle si les conciles ordonnent quelque chose, c'est une chose illicite.» Et sainct Augustin escrivant à Fortunatian : «< Nous ne devons , dict-il , avoir les disputes des hommes, quelques catholiques et grands personnages qu'ils ayent esté, en mesme degré que les escriptures canoniques ; qu'il ne nous soit licite, sauf la révérence deue à tels personnages, réprouver et rejecter quelque chose en leurs escripts, si d'aventure il se treuve qu'ils ayent autrement jugé que ne porte la vérité, estant entendue, moyennant la grâce de Dieu, ou par nous ou par autres. " Tel suis-je es escripts des . autres, et veulx aussi que les lecteurs des miejas s'y portent ainsi. Autant en a-il escript en l'épistre cent douziesme, et pareillement au second .Kvre, chapitre trente-septiesme, contre Cresconius. Sainct Cyprian aussi n'en a pas autrement escript, disant : «< Qu'il ne nous fault regarder à ce qu'un tel ou un tel a faict devant nous; mais à ce qu'a faict Jésus-Christ, qui est devant tous. Telle est aussi la reigle que baille sainct . Augustin escrivant à sainct Jérôme , et en un Autre lieu, quand il dispute contre ceux qui se
vouloyent aider du concile d'Arimin : «Ne nous fondons, dict-il, ny moy sur le concile Nicène (qui est toutesfois le plus ancien et approuvé), ny vous sur le concile d'Arimin, maisarreston»nous aux Sainctes-Escriptures. » sainct Chrysostome n'a esté d'autre advis en son exposition seconde sur sainct Matthieu, homélie quarante-neufviesme : « Car aussi l'Eglise est appuyée sur le fondement ^des prophètes et des apostres. *>
« Ainsi donc, pourconclusion, nous recevons l'Escripture-Saincte pour une entière déclaration de tout ce qui est requis à nostre salut. Et quant à ce qui se trouvera es conciles ou livres des docteurs, nous ne pouvcms ny devons empescher que ne vous en puissiez aider, et nous aussi, pourveu qu'il soit fondé sur exprès tesmoignage de l'Escripture. Mais, pour l'honneur de Dieu, ne nous amenez leur nue authorité, sans que le tout soit examiné sur ceste pierre de touche; car nous disons avec sainct Augustin, livre deuxiesme de la doctrine chrestienne, chapitre sixiesme : « Que s'ily à quelquedif&culté en l'interprétation d'un passage, le Sainct-£sprit a tellement tempéré les Sainctes-Escriptures que ce qui est dict plus obscurément en un endroict est dict ailleurs très clairement. «• Voylà quant à ce poinct, lequel j'ai déduict un peu plus amplement, à fin que chascun entende que nous ne sommes ennemis ny des conciles, ny des anciens pères, par lesquels il a pieu à Dieu enseigner son Église.
« Il reste encoresdeux poincts : c'est à sça voir la matière des sacremens, et la discipline ou police de l'Église. Quant au premier, il est vray qu'il mériteroit bien d'estre traicté bien au long, pour les difficultés qui en sont atyourd'huy en la chrestienté; mais pource que je n'ay maintenant entrepris.de disputer, ains seulement d'exposer les poincts principaux de nostre confession, je me contenteray de déclarer en sommaire ce que nous en tenons. Nous sommes d'accord, à notre advis, en la description de ce mot sacrement; c'est à sçavoir que les sacremens sont signes visibles , moyennant lesquels la conjonction que nous avons avec nostre Sei^ gneur Jésus-Christ ne nous est pas simplement signifiée ou figurée, mais aussi nous est véritablement offerte du costé du Seigneur, et conséquemment ratifiée, scellée, et comme engravée par la vertu du Sainct-Esprit en ceux qui
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par une vraye foy appréhendent celui qui leur est ainsi signifié et présenté. J'use de ce mot : signifié, messieurs, non point pour énerver ou anéantir les sacremens , mais pour distinguer le signe d'avec la chose qu'il signifie en toute vertu et efficace.
« Nous accordons, par conséquent, qu'es sacremens il fault nécessairement qu'il entrevienne une mutation céleste et supematurelle. Car nous nous ne disons pas que l'eaue du sainct baptesme soit simplement eaue, mais qu'elle est un vray sacrement de nostre régénération, et du lavement de nos âmes au sang de Jésus- Christ. Pareillement nous ne disons pas qu'en la saincte cène de nostre Seigneur, le pain soit simplement pain , mais sacrement du précieux corps de nostre Seigneur Jésus-Christ, qui a été livré pour nous; ny que le vin soit simplement vin, mais sacrement du précieux sang qui a esté respandu pour nous. Cependant nous ne disons pas que ceste mutation se face en la substance des signes, ains en l'usage et en la fin pour laquelle ils sont ordonnés. Et ne disons point aussi qu'elle se face par la vertu de certaines paroUes prononcées, ny par l'intention de celuy qui les prononce; mais par la seule puissance et volonté de celuy qui a ordonné toute ceste action tant divine et céleste, duquel aussi l'ordonnance doit estre récitée hault et clair, en langage entendu et clairementexposé, à fin qu'elle soit entendue et receue par ceux qui y assistent. Yoylà quant aux signes extérieurs. Venons maintenant à ce qui est testifié et exhibé du Seigneur par ces signes.
M Nous ne disons point ce qu'aucuns, par faulte de nous avoir bien entendus, ont estimé que nous enseignons : c'est à sçavoir qu'en la saincte cène il n'y ait qu'une simple conmiémoration de la mort de nostre Seigneur Jésus. Nous ne disons point aussi que nous sommes fiaicts en icelle participans seulement du fruict de la mort et passion d'iceluy; ains nous conjoignons l'héritage avec les fruicts qui nous en proviennent, disans avec sainct Paul en la première au Corinthiens, chapitre dixiesme:« Que lepainquenous rompons, selon son ordonnance, est la communication du vray corps de Jésus- Christ, qui a esté livré pour nous ; et la coupe dont nous beuvons est la communication du vray sang qui a esté respandu pour nous-, voire en ceste mjssme substance qu'il a prinse au ven-
tre de la Vierge et qu'il a emportée d'avec nous au ciel. Et je vous prie, messieurs, au nom de Dieu, que pouvez-vous donc chercher ny trouver en ce sainct sacrement, que nous n'y cherchions et trouvions aussi?
«J'entends bien là-dessus que la response est toute preste; car les uns demanderont que nous confessions que le pain et le vin sont transmués, je ne dis pas en sacremens du corps et du sang de nostre Seigneur Jésus-Christ ( car nous l'avons desjà confessé), mais au propre corps et propre sang de Jésus-Christ. Les autres], peult-estre , ne nous presseront jusques là, mais requerront que nous accordions que le corps et le sang sont réellement et corporellement ou dedans, ou avec, ou dessoubs le'^ain. Mais sur cela, messieurs, pour l'honneur de Dieu, escoutez - nous en patience sans estre scandalisés, et despouillez pour un temps toute l'opinion que vous avez conceue de nous. Quand l'une ou l'autre de ces deux opinions nous sera monstrée par la Saincle-Escriplure , nous sommes prests de l'embrasser et retenir jusques à la mort. Mais il nous semble, selon la petite mesure de cognoissance que nous avons receue de Dieu, que ceste transsubstantiation ne se rapporte à l'analogie et convenance de nostre foy, d'autant qu'elle est directement contraire à la nature des sacremens, èsquels il fault nécessairement que les signes substantiels demeurent pour estre vrais signes de la substance du corps et du sang de Jésus-Christ, et pareillement renverse la vérité de la nature humaine et ascension d'iceluy. Je dis le semblable de la seconde opinion, qui est de la consubstantiation , laquelle, oultre tout cela, n'a nul fondement sur les paroUes de Jésus-Christ, et n'est aucunement nécessaire à ce que nous soyons participans du fruict des sacremens.
** Si quelqu'un là-dessus nous demande si nous rendons Jésus-Christ absent de sa saincte cène, nous respondons que non. Mais si nous regardons à la distance des lieux (comme il le fault faire quand il est question de sa présence corporelle et de son humanité distinctement considérée), nous disons que son corps est esloigné du pain et du vin autant que le plus hault ciel est esloigné de la terre, attendu que quant à nous, nous sommes en la terre et les sacremens aussi; et quant à luy, sa chair est au ciel tellement glorifiée que la gloire, comme dict
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DE L'ESTAT DE LA RELIGION
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saiûct Augustin, ne Iny a point osté la nature d^un vray corps, mais PinQrmité d'iceluy. Et si quelqu'un veult conclurre de cela que nous rendons Jésus-Christ absent de sa saincte cène, nous respondons que c'est mal conclu; car nous faisons œst honneur à Dieu que nous croyons, suyvant sa paroHe, qu'encores que le corps de Jésus-Chrîst soit maintenant au ciel et non ail* leurs, et nous en la terre et non ailleurs, ce nonobstant nous sommes faicts participans de son corps et de son sang par une manière spirituelle et moyennant la foy, aussi véritablement que nous voyons les sacremens à l'œil, les touchons à la main, les mettons en nostre bouche, et vivons de leur substance en ceste vie corporelle.
« Voylà en somme, messieurs, quelle est nostre foy en cest endroict; laquelle, ainsi qu'il nous semble (et si nous sommes trompés, nous serons très aises de Tentendre), ne faict nulle violence aux mots de Jésus-Christ, ny de sainct Paul ; ne deslruit la nature humaine de Jésus- Christ, ny l'article de son ascension, ny l'ordonnance des sacremens; ne fait ouverture à nulles questions et distinctions curieuses et inexplicablesi ne dérogue nullement à la conjonction de nous avec Jésus-Christ, qui est la fin principale pour laquelle ont esté ordonnés les sacremens, et non point pour estre ny adorés, ny gardés, ny portés, ny offerts à Dieu. Et finalement (si nous ne sommes déceus), fait beaucoup plus d'honneur à la puissance et parolle du Fils de Dieu que si on estime qu'il faille que son corps soit réellement conjoinct avec les signes, à ce que nous en soyons faicts participans.
a Nous ne touchons point au reste de ce qui concerne l'administration du sainct baptesme; car nous croyons que nul de vous, messieurs, ne nous veult mettre au rang des anabaptistes, lesquels n'ont plus rudes ennemis que nous. Et quant à quelques autres questions particulières sur ceste matière, nous espérons, avec l'aide de Dieu, que les principaux poincts estans vtridés en ceste amiable et doulce conférence, le reste se conclurra de soy-mesme.
« Quant aux autres cinq sacremens qu'on appelle, vray est que nous ne leur pouvons donner ce nom jusques à ce qu'on nous ait mieux enseigné les Saincles-Escriptures. Mais ce pendant nous pensons avoir rcstabli la vraye con-
firmation, qui gist à catéchiser «t instruire ceux qui ont esté baptisés en leur enfance, et généralement toutes personnes, devant que les admettre à la saincte cène. Nous enseignons aussi la vraye pénitence, qui gist en vraye recognoissance de ses faultes et satisfaction envers les parties offensées, soit en puMîc ou en particulier, en l'absolution que nous avons au sang de JésushChrist, et en l'amendement de sa vie. Nous approuvons le mariage, suyvant l'ordonnance de sainct Paul, en tous ceux qui n'ont le don de continence, à laquelle aussi nous ne pensons estre licite d'astreindre personne par vœu ny profession perpétuelle, et condamnons toute pailkfdise et lubricité en parolles, en gestes el en faicts. Nous recevons les degrés des charges ecclésiastiques selon que Dieu les a ordonnés en sa maison par sa saincte parolle. Nous approuvons tes visitations des malades comme une principale partie du sacré ministère de l'Évan* gile. Nous enseignons avec sainct Panl de ne juger personne en la distinction des jours et des viandes, sçachans que le royaume de Dieu ne gist en telles choses corruptibles; mais ce pendant nous condamnons toute dissolution, exhortans les hommes sans fin et sans cesse à toute sobriété, à la mortification de la chair selon la nécessité de chascun, et à prières assidueHes.
« Il reste le dernier poinct concernant l'ordre et police extérieure de Testât ecclésiastique, duquel nous estinaons qu'il nous soit licite, mes^ sieurs, de dire, avec vostre consentement, que tout y est tellement perverti, tout y est tellement confus et ruiné, qu'à grand' peine les meilleurs architectes du monde, soit qu'on considère l'ordre tel qu'il esl aujourd'huy dressé, soit qu'on regarde la vie et les mceurs, y peuvent-ils recognoistre les vestiges et marques de cest ancien bastiment, tant bien reiglé et compassé par les apostres. De quoy vous-mesmes pouvez estre bons tesmoings, y ayant travaillé ces jours passés. Bref, nous laisserons ces choses assez cogneueS) et qui vallent mieux teues que dictes.
«* Et pour conclusion de ce propos , nous déclarons devant Dieu et ses anges, devant Vostne Majesté, sire, et toute l'illustre compaignie qui vous environne, que nostre intention et désir n'est, sinon que la forme de l'Église soit ramenée à sa naïfve pureté et beauté, en laquelle jadis die fut tant florissante du temps des apostres
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de nostre Seigneur Jésus-Christ. £t quant aux choses qui depuis y opt esté adjousiées, que celles qui se trouveront superstitieuses, ou manifestement contraires à la parolle de Dieu, soyent du tout abolies ; les superflues soyent retranchées ; celles que l'expérience nous a appris attirer les hommes à superstition soyent ostées. Et s'il s'en treuve d'autres utiles et propres à édification, après avoir meurement considéré les anciens canons et aul horités des Pères, qu'elles soyent retenues et observées au nom de Dieu selon ce qui sera convenable aux temps, aux lieux et aux personnes, à fin que tout d'un accord Dieu soit servi en esprit et vérité, soubs Tostre obéissance et protection, sire, et des personnes que Dieu aura establies soubs Yostre Majesté pour le gouvernement de ce royaume. Car s'il s'en trouve encores qui pensent que la doctrine dont nous faisons profession destoume les hommes de la subjection qu'ils doivent à leurs roys et supérieurs, nous avons, sire, de quoy leur respondre en bonne conscience.
«i II est bien vray que nous enseignons que la première et principale obéissance est deue à nostre Dieu, qui est le roy des rois, et seigneur sur tous seigneurs. Mais au reste, si nos escripts ne sont suffisans pour nous purger d'un tel crime à nous imposé, nous alléguerons, sire, îexeraple de tant de seigneuries et principautés, et mesmes des royaumes réformés selon ceste mesme doctrine ; lesquels, grâces à -Dieu, nous pourront servir de bons et suffisans tesmoignages pour nostre descharge. Bref, nous nous arrestons en cest endroict à ce qu'en dit sainct Paul au treiziesme chapitre de FÉpistre aux Romains, là où parlant de la police temporelle, 11 enjoinct expressément que toute personne soit siAjecte aux puissances supérieures ; voire dit sainct Jean-Chrysoslome sur ce passage : « Quand tu serois apostre ou évangéliste, pour ce que telle subjection ne dérogue au service de Dieu.» Que s'il est advenu, ou advient cyaprès que quelques-uns, se couvrans du manteau de nostre doctrine, se trouvent coupables de rébellion au moindre de vos officiers, sire, nous protestons devant Dieu et Vostre Majesté, qu'ils ne sont des nostres, et ne sçauroyent avoir plus aspres ennemys que nous, selon que nostre pauvre condition le peult porter.
« Pour conclusion, sire, le désir que nous