LIVRE SEPTIESME
Pendam ces emre6iictes,fes prélats s'assemblèrent, et prenans conseil avec aucuns théologiens et canonistes de la response quMls devoyent Caire à la harat)gtie dudict de Bèze , le cardinal de Lorraine commença à dire : « A la^ mienne volonté que cduy-là eust esté muet, ou que nous eussions esté sourds.*» Et, après longue délibération, la conclusion fut de ne respondre qu'à deux chefs mis en avant par ledict de Bèxe, sans parler des auires : à sçavoit à celuy de l'Église et celuy de la cène. Pu» fut mis en termes de dresser une confession de leur foy, laquelle ils soubscriroyent tous, et présenteroyent ensemble avec leur response. Et si les ministres refusoient de l'approuver , que sentence de condamnation seroit solennellement prononcée à rencontre d'eux , et fin par cemoyen mise à leur colloque et dispute. Ce qu'aucuns d'entre eux ne peurent approuver, et y résistèrent de tout leur pouvoir ; qui ne fut sans entrer en grande contention.
Les ministres d'autft part délibérèrent de supplier le roy qu'il luy pleust ne permettre que le colloque encommencé ftist ainsi interrompu ; et mesmes quelesditsprélatsentreprinssent Pauthorité de juges sur eux ; qu'ils n'avoyent encores que simplement proposé les articles de leur foy , saas avoir allégué aucuns argumens pour les soustenir, lesquels cy-après pourroient estre dédoicts par le tesmoignage de l'Escripture. Et que si Sa Majesté permettoit qu'iceux prélats prononçassent en ceste affaire jugement àieur plaisir, il adviendroit qu'il seroit frtistré de son attente, qui estoit de trouver quelque remède pour composer les troubles.
Et lut à ceste fin présentée requeste, suy* vant laquelle le seiziesme jour dudict mois de septembre, le roy présent , luy assistant la roine sa mère , le roy de Navarre et autres princes du sang et grands seigneurs, le cardinal de Lorraine commença sa harangue en la manière qui s'fensuît :
«« Sire, nous vous recognoissons pour twwtre souverain et naturel seigneur, et sommes vos très humbles et très obéissans subjects et servi-
teurs, et à la fldflRté qtie nous vous avons jurée et sainctement promise nous ne contreviendrons jamais. A nostre exemple doncques, et selon la doctrine de Dieu que nous vous annonçons, vous auditeurs, et tout ce qui est soubs vostre conduicte en ce royaume très chrestien, soye« subjects à toute police et ordre humain , pour l'amour de Dieu, soit au roy, comme au souverain , soit à ceux qui soubs luy tiennent les premiers lieux près sa personne, ou bien autres par luy establts par les provinces , chascun selon sa charge ; comme à ceux qui sont envoyés de par luy à la vengeance des malfaicteurs , et à la louange de ceux qui font bien : car telle est la volonté de Dieu qu'en faisant bien, vous fermiez la bouche jt Tignorance des hommes fob.
«Tout ce propos est de l'apostre sainct Pierre, lequel il conclud par ces quatre mots : Craignez Dieu et honorez le roy ; comme s'il disoit: honorez le roy pour ce qu'il fault craindre Dieu. C'est luy par lequel les rois régnent, et ceux qui sont pour décréter loix ordonnent choses justes ; par lequel les princes commandent , et les puissans jugent la terre. Et de ce qui vouldra chercher la source, il est nécessaire qu'il confesse que du Seigneur Dieu est donnée toute-puissance et la vertu et force vient du Très-Hault. C'est luy, dit David, qui donne le sauvement aux rois , et instruit mes mains à Combattre, et fait servir mes doigts à la guerre. Brief, estant ainsi que toute supérieure et haulte puissance est de Dieu, principalement celle des rois est ordonnée de hiy, à laquelle si quelqu'un fait résistance, il s'oppose à son ordonnance, et s'acquiert damnation. Soyons doncques à Yostre Majesté fidèles et obéissans subjects, voire pour la conscience > non -seulement pour ne provoquer vostre courroux.
« Ce nonobtant souvienne vous , sire, que non - seulement vous estes ministre de Dieu et de nostre Seigneur Jésus-Christ, mais aussi de son Église, laquelle vous nourrissez et conservez : vous en estes fils et non seigneur, membre et non chef, comme par son prophète jà de long temps nostre Dieu advertit l'Église, qui devoit estre assemblée des Gentils, dict Esaye : «Les rois
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seront tes nourrissiers , et se soubsmettront à te faire honneur et service. Les rois te seront amenés, et t'obéiront; et la gent et le royaume qui ne te servira point, périra ; et y sera faict tel dégast qu'il ne s*y trouvera aucune demeure.»» Ce que les premiers et plus anciens de nos saincts évesques ont bien osé escrire, et en pleine face protester à leurs puîssans et redoubtables empereurs , sans qu'ils Tayent trouvé mauvais. Sainct Ambroise parlant de Valentinian empereur le jeune, et de Justine sa mère , dîct ainsi : «Quel tiltre plus honorable se pourroit attribuer l'empereur que d'estre appelé fils de FÉglise?»» Ce que se dict sans offense et avec grande grâce. Car l'empereur est dedans l'Église, et non au dessus.
« Et luy-mesme en une requeste à cest empereur présentée a refusé soubs §on jugement disputer avec Auxentius, évesque arien : «Pource, disoit-il, qu'en la cause de la foy en PÉglise les évesques jugent les laiz, et non les laiz en leur consistoire jugent des évesques. Et ce, dict-il, nul ne révoquera en doubte,qui entendra le cours bien ordonné des Escriptures divines , ou qui vouidra suy vre les anciennes bonnes coustumes et observations : selon lesquelles, qui est-ce qui vouidra nier que les évesques en la cause de la foy n'ayent accoustumé juger des empereurs chrestiens, non les empereurs des évesques? En ce consistoire Jésus- Christ n'a accoustumé de tenir lieu de partie, ains juge. S'il fault traicter avecques luy, j'ay apprins que :ce doit estre en l'Église , ce que mes majeurs ont faict. S'il fault conférer de la foy, ceste conférence doit estre avec les presbtrès.»»
«Ainsi a esté gardé soubs ce grand empereur Constantin, qui sans aucune restriction permit aux ecclésiastiques le libre jugement es matières de la foy , et ne voulut oncques juger des plainctes privées faictes d'aucuns évesques au concile de Nice. C'est Dieu, dit-il, qui vous a constitué presbtres, vous a donné la puissance de juger de nous, non à moy de juger de vous ; il est seul vostre juge, et vous ne devez estre jugés des hommes. Bien suyvi en ceste saincte opinion par Valentinian le senieur, disant : U ne m'appartient point de juger entre les évesques, où il est question de la foy, ou de quelque ordre ecclésiastique ; celuy doit juger qui n'est pOint différent en charge, ne de^droict^dissem*
blî^ble, sçavoir est les presbtres des j^esbtres- <« £n ce mesme temps et de mespie liberté presjchpit devant l'cmpefeuriValens Grégoire Nazii^nzène, et luy disoit : ** L'ordonnance de Jésus-Christ vous a a$subjecti à ma puissance, el k ma jurisdiction; vou« n'estes pas seul qui impérez, aussi faisons-nous en plus grand etparfalci empire ; si nous Ae voulons soubsmettre l'esprit à la chair, et les choses célestes aux terrestres. Reçoy doncques, ô empereur, ceste voix plus libre. Je sçay que ta es ouaille de mon troupeau, tu l'as du bienfaict et grâce de Jésus-Christ. »» Mais à quoy sert ceste confér^ce de dignités royale ou sacerdotale, à nousmes^ mement qui n'avons oncques, ny nos prédéoes-^ seurs expérimenté de nos très cbre^tien» roia aucune indeue entrepriAse , et qui sommes et succédons aux estats de ceux desquels ladeue obéissance ne fut oncqqes à lev^rs^ rois <)émée, voire débatue?
a Soit doncques, sire, le premier discouvsde ceste proposition à ceste fin principalement, que par iceluy nous laissions à tous clairement tesmoignage combien nous vous révérons, honorons, et combien nous voulons que de nous, et de toqs ceux qui sont soubs nos charges il vpus soit fidèlement obéy. Soit aussi déclaration manifesta de l'authorité que Dieu nous a, lai^^ en li^ conduicte d^ ames; en la doctrine de nostre foy, et ce soubs vostre protection ; à fin que nç ip'aipusant plus à rien, je viwme à vous faire ^tendre mi^ charge, et paf qui je suis commis.
u Sire, en ceste compalgaie par vostre com^ mandement assemblée, qous sommes bon nombre d'arcbevesques et évesques, auxquels ont, esté les mains imposées par leurs métropolitani» et comprovinciaulx, et par la grâce de Jésus- Christ, le Sainct-Esprit donné, nommés par les rois vos prédécesseurs, lesquels succèdent au droict de leur peuple, à eux sç rappojrtans , et entre leurs mains s'estans desmis de tout ce qui est nécessaire à leur conduicte ; sommes receus au veu et consentement de nos clergés et des peuples qui soat soubs nous, après nostre institution faicte par nos saincts pères les papes et sainçt-siége apostolique; lequel nous recognoissons pour nostre supérieur, et sont tooa ces signes et marques accompaignés d'une succession depuis le^ apostres jusques à nous tr^
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*» II y a aussi bon nombre de presbtres envoyés par les évesques absens, et par les chapitres et clergés, comme aussi des docteurs de Paris, que je nomme par honneur, et d'autres universités fameuses, et à tous je suis inférieur d'entendement, de sçavoir et de bien dire ; et néantmoins par tous ordonné vous faire entendre chose à laquelle , grâces à Dieu, nous sommes d'un cueur, d'une ame et d'une foy soubs un Dieu et soubs un chef nostre Sauveur et Rédempteur Jésus-Christ, soubs une mesme Église catholique son espouse ; à luy nous servons en esprit, à luy nous, en une mesme intention et prière, fléchissons les genoils de nos cueurs, nous l'adorons, et par luy nous demandons les grâces et dons du Sainct-Esprit ; et n'avons aucune tache d'idolâtrie, quelque chose ^ qu'on nous vueille imposer.
« Or entendez, sire, le sommaire de ma légation. Il y a maintenant huict jours que par vostre ordonnance expresse furent introduicts en ce lieu nombre de personnes qui se sont séparés long temps a de nous à nostre très grand regret, faisans diverse profession de foy, et ne se voulans assubjectir à nos observations; et par leur dire ont monstre quelque désir d'apprendre et estre instruicts, rentrans en ceste leur patrie , et en la maison et assemblée de leurs pères, lesquels quand ils vouldront recognoistre, ils seront receus et embrassés pour enfans. A eux nous ne voulons aucune chose reprocher, mais compatir à leur infirmité; non les rejetter, mais rappeler ; non les séparer, mais les réunir ; à fin que tous d'une mesme bouche nous portions honneur à Dieu et père de nostre Seigneur Jésus-Christ. A eux doncques en toute charité et esprit de douceur nous respondons que nous sommes très aises de la profession qu'ils ont faicte des articles du symbole à tous chrestiens commun, et souhaitons de bon cueur que, comme ils conviennent au langage, ils fussent d'accord au sens et en l'interprétation.»
Ayant ainsi commencé, sa proposition fut de parler seulement de deux poincts, pource que de s'arrester à un chascun, il disoit qu'un jour entier n'y sulïlroit. La déduction de ces deux poincts fut fort longue^; et, pour en dire la substance sommairement, celle du premier fut de réprouver ceux qui disent que l'élise n'est que de|5 esleus^ plusieqrs passages 4e TEscripture
mis en avant pour vérifier qu'en Vaire du Seigneur il se trouve tousjours de la paille et du folng, que néantmoins l'Église ne peult faillir ; et si quelque partie de l'Église venoit à errer, qu'il falloit préférer le corps encores sain à un membre corrompu; et si le mal gaignoit qu'il falloit lors s'appuyer sur l'antiquité, et retourner aux premières et principales églises, entre lesquelles toute l'antiquité avoit eu recours à la romaine, recogneue estre la première de la chrestienté. Que si en l'antiquité il se trouvoit erreur en quelque lieu particulier de l'Eglise, il falloit opposer les anciens décrets des conciles et universels à l'ignorance de peu de personnes; et si en iceux conciles ne se trouvoit rien, qu'il falloit diligemment rechercher les sentences escriptes et accordantes de tous les anciens approuvés en rÉglise catholique; et sur-tout faire place au tesmoignage de l'Escripture. Et que pour n'avoir tenu cest ordre les ariens s'en estoyent mal trouvés, et seroyent aussi ceux qui vouloyent juger un festu en l'œil de leur prochain , et ne veoyent pas un chevron au leur.
Au regard du second poinct, qui fut touchant le sacrement de la cène, où il insista longuement à iceluy, et remonstra que luy et lesautres prélats du clergé avoyent un extrême regret, et tel qu'il ne se pouvoit dissimuler, de veoir que le très sainct et sacré sacrement de l'eucharistie, que nostre Seigneur nous avoit laissé pour un lien d'union et de sa paix, par une certaine curiosité de chercher plus hault qu'on ne devoit, fust faict un argument, non seulement d'un différend et altercation, qui estoit pour n'avoir jamais fin, mais aussi un vray chemin de perdre entièrement, ou bien esgarer la vérité et le fruict que l'on en doit avoir, qu'il disoit consister en quatre poincts ; le premier, en l'union et la réconciliation que devons avoir et faire ensemble, estant escript que plusieurs nous sommes un mesme corps, participans d'un pain et d'un calice. Le second, l'union avec Jésus -Christ, estant dict: Qui mange ma chair et boit mon sang, il demeure en moy, et moy en luy. Le troisiesme, la rémission de nos péchés, le sang précieux ayant esté respandu pour cest effect. Le quatriesmc, l'attente de la vie étemelle, suyvant ce qui est escript: Qui mange ce pain, il vivra éternellement. Tout le contraire advenant çn ceste dispute, c'est à scavoir
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division entre les uns et les autres, séparation d'avec Dieu, privation de la rémission des péchés, et de l'attente de la vie éternelle.
Que la division de ceux de l'Église nouvelle estoit telle sur ce poinct qu'il estoit aisé d'en inonstrer huict opinions, et plus, toutes diverses et contraires; et qu'il estoit bien meilleur de persévérer au sens que Dieu dès le commencement de l'Église catholique avoit baillé tel, pour le dire en peu de parolles, que le vray et vif corps de Dieu et nostre Seigneur Jésus- Christ et son vray sang est en ce sainct sacrement présent, et y est receu conformément à ce qu'il a dict : «» Cecy est mon cofps, cecy est mon sang. »
« Lesquelles parolles (disoit-il) si elles ne valent autant qu'elles disent et sonnent, pourquoy sont-elles mesmes et du tout semblables redictes par trois évangélistes, et par l'apostre sainct Paul? Pourquoy, après le dire de sainct Matthieu, premier des quatre évangélistes, sainct Marc, sainct Luc, et sainct Paul n'ont escriptde la façon que tant de temps après nos sacramentaires l'ont voulu exposer? Veu mesmes que ce n'est pas contre leur coustume qu'en chose de beaucoup moindre poix eux-mesmes aucunesfois l'interprètent, et aucunesfois l'escript de l'un est par l'autre esclairci? Le sainct martyr et philosophe Justin, Apologie 2, à l'empereur Anthonin, disant que les apostres nous ont apprins en leurs escripts , appelés évangiles, ceste sacrée viande que nous appelons Euehanstie estre la chair, et le corps et le sang de nostre Sauveur Jésus-Christ. Qu'en cest endroict il y avoit bien plus ; car à fin qu'en ce peu de parolles : Hoc est corpus meumy dictes par sainct Matthieu et sainct Marc, il ne de- Bttourast rien dequoy doubter, sainct Luc Tavoit exprimé par ces parolles, ne laissant aucun rdoubte ny ambiguïté : « Cecy est mon corps, lequel est livré pour vous » ; comme s'il disoit : non point un corps mystique, comme est dicte ^'Église par sainct Paul, mais le corps de chair de Jésus- Christ vray certainement, et conceu par l'ouvrage du Sainct-Esprit du très pur sang de la très sacrée et perpétuellement vierge Marie. Ce corps auquel le jour d'après qu'il disoit les parolles en sa cène, il nous devoit réconcilier par sa mort à Dieu son père.
« Qu'il y avoit en ces parolles l'histoire escripie, claire, vérilaWe et sans double, lecom-
mandement tout clair et ouvert, le testament lequel a esté confirmé par la mort du testateur, et par ce valable, lequel n'a deu estre si obscur qu'il laissast ses héritiers en dispute et procès de sa volonté tant esclàrcie par les mots du Testament, par lequel nous sopim^s héritiers de Dieu, cohéritiers de Jésus-Christi Que tel estoit l'universel consentement de nos vieux et saincts Pères assemblés es conciles généraulx, tesmoigtié par leurs escripts dispersés par toutes les églises en tout temps, à commencer depuis les plus anciens ; tous enseignansleur auditoire avant que communier à ceste saincte table, de ne rien totalement doubter de la vérité du corps et du sang de Jésus-Christ, et ne faisant difficulté de dire que de la main du presbtre se donne et reçoit non seulement ce que s'y voit, qui est sanctifié par celuy qui le donne; mais aussi ce que s'y entend, la sanctification sanctifiant le recevant, le corps sans double de nostre Seigneur, que sainct Paul escript nous avoir esté par le Père faict sanctification.
«Nous croyons donc, adjoustoit-il après, et confessons jouxte et selon le dire de l'Escripture et des Saincts Pères, le corps et sang de Jésus-Christ par l'ineffable opération de la grâce de Dieu et vertu de son Sainct>£sprit estre en ces saincts mystères présent exhibé et receu, nous passans des manières de parler de si grande chose, telles que par iceUes nous semblions faire icy nostre Seigneur sensible, mais soubs signes visibles les choses invisibles;; nous y sont livrées. Nous abstenons aussi de vos manières de parler telles, par lesquelles au contraire nous puissions sembler icy seulement représenter nostre Sauveur absent, comme enun jeu de tragédie ou comédie. Certes, la manière et façon par laquelle icy se présente à nous, s'y donne, y est receu et participé, est secrette, non humaine ou naturelle, non toutesfois moins vraye; nous ne la tenons par sens, par raison ou nature, mais par foy : par laquelle, comme nous enseigne le sainct concile de Nice, des quatre premiers le premier, non trop bassement attentif aux élémens , visibles, mais l'esprit eslevé considérons par foy en ceste saincte, sacrée table mis et posé l'aigneau de Dieu ostant le péché du monde ; et .vrayement nous y receyons son précievï\ corps et sang,
DE L'ESTAT DE LA RELIGION
<* Or en valoit-il mieax suyvre le conseil des anciens, fermement croire aux paroUes du seigneur Dieu, laisser à Dieu de ce sien œuvre le inoyen,Iavoye, la science qu'en chose si haulte j penser ou proférer ce mot judaïque quomodo, , mot, dis-je, d'incrédulité et perdition aux Juils , et Judaïsants. Croy, disent les Saincts Pères, sur ces paroles répétées : Hoc est corpus meum. N'en doubte point si elles sont vrayes, ains reçoy par foy le dire du Sauveur : car puis qu'il est vérité, il ne peult mentir. Merveilles, frères, et choses admirables sont dictes de ce sacrement, foy y est nécessaire, raison superflue, science se fonde sur raison, la foy surauthorité. Que le croye donc la foy, et l'entendement ne le cherche. Par quoy il fault croire simplement ce qui ne se peull scruter utilement. Plus seur, dis-je, estoit ainsi humblement sentir et parler; mais puisqu' aucuns si haultemeut en sentent, et plus qu'il ne nous semble en estre de l^esoing s'en enquèrent tant et de si près, nous pressans de k manière; or sus, où ils nous tirent malgré nous, suyvons-les volontairement. Ils ne dissimulent pas que griefvement eux et les leurs ne s'offensent de ce mot, corporaliter, en ceste manière; mais je les tiens gens trop versés aux anciens, pour pouvoir excuser ny l'y avoir trouvé ; car tel mot et ses semblables prou souvent se rencontrent à ce propos. Par quoy meilleur estoit modestement les interpréter que de les prendre en si mauvaise part.
« Les Pères donc grecs et latins nient les chrestiens avoir avec Jésus-Christ habitude, union ou conjonction seulement par vive foy et pure charité, ou qui revient à un que nous soyons seulement par fiance, espoir et dilection, religion, obéissance et volonté spirituellement à luy joincts et unis ; ains veulent d'avantage que spécialement par la vertu et efficace de ce sacrement deuement et dignement receu réallement et de faict, Jésus-Oirist s'y communique à nous par vraye communication et participation de sa nature et substance de son corps et sang ',et que vrayementil habite en nous, comme desjànous avons dict, que ces choses prinses et perceues font que nous soyons en Jésus-Christ, et Jésus- Christ en nous, selon qu'il dict: « Qui mange ma chair, il demeure en moy , et moy en luy.»» Pour laquelle demeure, union et conjonction de luy avec nous, et de nous avec luy, plus ex-
primer et nous recommander, ils n'abhorroyent point ces adverbes, subtantialiler, noturaliter, corporaliier.
« Spécialement sainct Hilaire use à ce propos de ce mot camaliter, c'est-à-dire jouxte et selon la vérilé de la substance et nature de la chair, du corps et du sang de nostre Seigneur Jésus-Christ; tellement qu'en rien ailleurs tant ou plus qu'icy a lieu, et est.vray et acçomply ce que dit sainct Paul : « Quod sumus « Christi comparticipes, concorporales, addo (ut «ita loquar)consanguinei, quia membra sumus « corporis ejus, de came ejus, de ossibus ejus ; » que nous sommes de mesme chair et sang avec hiy , membres de son corps, de sa chair et de ses os. Et nous usants aucunes fois après et avec eux de ces termes, ne sentons pas pourtant, ou disons que la raison et manière de ceste tant familière et intime mansion, union et conjonction de nostre Sauveur avec nous et de nous avec luy, soit par ce naturelle, substantielle, corporelle ou charnelle ; ains, nous la confessons au contraire, plus (si dire sepeult) que supernaturelle, supersubstantielle, spirituelle, invisible, ineffable, spéciale et propre à ce sacrement; vraye nonobstant, et non seulement figurative ou significative. Et quant à ta présence, aussi peu, etencores moins la disons-nous locale, circonscriptive, diffinitive et subjective, ou d'autre manière physique ou naturelle.
« Puis : Et ne répugne à cecy aucun article de nostre foy, spécialement celuy de l'ascension de nostre Seigneur sur tous les cieux, et session d'iceluy à dextre de Dieu son père; lesquels articles vous estes les premiers, que je sçache, de mémoire d'homme, avoir opposé et faict combattre la présence de nostre Sauveur en la cène. Pas si subtils, ingénieux ou curieux n'estoyent les Saincts Pères ; ains simplement et humblement preschoyent le Fils de Dieu ensemblement avoir eu sa chair quand il monta au ciel, et nous l'avoir laissée en ces sacrés mystères, estre icy, estre là : Sursum Helias, deorsum Hélice, dict l'un d'eux; et beaucoup mieux qu'Hélie qui, ravy en l'air, laissa et jetta son manteau à son disciple.
«Ils prioyent aussi en ta célébration de ce sacrement : « Qui es là sus assis avec le Père, et icy converse in visiblement avec nous, daigne nous de ta puissante main bailler ton corps
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immacolé et sang précieux. 0 miracle ! s'escrioyent-ils, 6 bonté de Dieu! celuy qui en haoltestassis avec le Père, en mesme article de temps est entre nos mains, se donne à tous qui le veulent recevoir, et fait ce à veue ouverte de tous les assistans, sans esblouissement aucun ou illusion , dont je ne voy pas qu'lcy n'y eust faulte, si les choses y représentées n'y estoyent aussi présentées. »»
« Ils disoyent nostre Seigneur avoir eslevé au throsne divin ce qu'il nous exhibe à manger, et la terre nous estre ciel quand encores icy sommes ; ce corps royal au ciel qui y est digne d'honneur souverain, nous estre proposé en terre, et monstre à voir, à toucher, à manger. Ils induisoyent Jésus-Christ ainsi parlant en ceste sacrée table à ceux qui l'y venoyent recevoir : *• Mange-moy, boy-moy , je t'ay là sus au ciel et çà bas en terre; je suis à toy joinct et uny, non simplement ou tellement quellement je suis de toy receu, mais je suis à toy distribué beu et mangé.» De sorte que si grande union et conjonction est faicte entre nous, qu'ainsi unis et joincts, nous ne sommes esloignés Tun de l'autre d'aucun moyen ou intervalle, comme de deux faicts un.
«• Us consoloyent ainsi FÉglise icy pérégrinante : Espouse amiable, tu as en terre ton époux au sacrement, qui l'auras au ciel sans couverture ou voile, et icy est la vérité, mais icy palliée ou voilée, et là manifestée. Ils osoyent bien ainsi parler à l'espoux : Dont nous vient cecy, doux Jésus, que petits vers nous trainans sur terre, nous, pouldre et cendre, t'ayons devant les mains et les yeux; et ce pendant tout et entier tu es assis à la dextre du Père, qui en un mesme moment d'heure, depuis l'orient jusques à l'occident, depuis septentrion jusques à midy, tu es présent, et à tous assistant, un en plusieurs, toy-mesme en divers lieux. Dont vient ceci? Certes non de nosti^e devoir ou mérite, mais de ta volonté et l)on plaisir, et de ta douceur.
« Ils préparoyent le presbtre devant célébrer, de ainsi s'addresser à nostre Seigneur: De quelle contrition du cueur, fontaine de larmes, révérence et tremeur, chasteté de cueur, purité d'esprit devons-nous célébrer ce céleste et divin sacrifice , où ta chair en vérité est prinse , où ton sang en vérité est beu , où les choses suprêmes sont joinctes aux infimes, les divines aux humaines. En vérité, qui ainsi dogmatisent
et preschent, pas ne doubtent le corps de nostre Seigneur jà passé tant de centenaires d'ans receu là-dessus , y estre, et tous ensemblement nous estre icy en ce sacrement présent, présenté et exhibé. Aussi peu songeoyent-lls ledict corps de nostre Seigneur descendre du ciel, s'en remuer, en partir , estre attraict dehors, comme bien dict l'un d'eux : Non quod tpsum corpus assumptum ex cœlo descendais etc. avec lesquels nous pensons si peu l'en faire descendre, l'arracher de la dextre paternelle, et à tous indeus tels termes , qu'au contraire plus que tous les jours en ce sainct mystère nous faisons profession de la foy, que nous avons de ces articles chantans : Qui sedes ad dexteram Pains, misère nobis, eiSursumcorda^ habemus ad Dominum, Et toutesfois on nous impose telles et tant indignes absurdités, comme si nous sentions qu'en ce sacrement, nos Christum Dominum cœlo vel dimoveremus^vel eliceremus, vel etiam descendere faceremus. Comme ainsi soit que les mesmes nos scholastiques en. dogmatisent le contraire.
« De pareille bonne foy nos parties veulent tirer à soy sainct Augustin l'alléguant ad Dardanum, ores qu'ils ne puissent ignorer, en ayant veu toute l'épistre entière ( comme je n'en fey double) n'y estre faicte aucune mention de ce sainct sacrement. Et pour autant que tant souvent ce sainct homme en a ailleurs et presché eLescript, plustost de totfe autres passages d'iceluy en falloit tirer la sentence touchant ce propos, que d'icelle épistre, ce que nous respondons pour le présent, non pas que nous n'ayons encores d'autres solutions.
« De pareille simplicité nos parties ont îcy, c'est-à-dire bien loing d'Alemaigne, et comme contre la loy médisant aux sourds, impugné ce que nous ne défendons, à sçavoir la consubstanliation, laquelle pour n' estre receue en nostre Église gallicane, nous laisserons soustenir aux princes et prédicans du sainct Empire, qu'on appelle protesians , qui pour le moins en ce conviennent avec nous contre ceux que la Germanie, comme nous, appelle sacramentaires, que jouxte selon et suy vant les très claires, les très vrayes, les très puissantes parolles de nostre Seigneur, jusques aujourd'huy constamment ils retiennent et maintiennent en ce sacrement la présence et communication du corps et sang de nostre Seigneur Jésus-Christ.
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DE L'ESTÀT DE LA RELIGION
« Or je viens à ce que vous avez tant iey dict que ailleurs escript de ce sacrement, oultre et plus que la confession par vous au nom de tous présentée ne porte et contient. Si vous n'estimez Jésus-Clîrist estre en ce monde quant à sa chair depuis son ascension, plus que devant son incarnation*, si vous n'en croyez autre corps que visible, ores que sainct Augustin, que voulez estre vostre, tant souvent l'appelle invisible; si vous ne le pensez estre autrement , combien de plus efficacement en l'usage des sacremens qu'en la prédication de sa parolle, si vous estimez estre choses pareilles se vestir de Jésus- Christ au baptesme, et manger son corps et boire son sang en sa saincte table, si brief, vous ou autres l'attachez ou logez tellement seulement au ciel , qu'aucunement on ne le cherche en la terre, et ainsi non plus in ccena, quam in scena, imo quam in camo (ce qui n'est de besoin de dire en françois de peur des infirmes). Nous au contraire enseignez que la cène se célèbre en ce monde çà bas, et non là sus au ciel, et n'estans pas tant aigus , subtils, ingénieux, que nous puissions comprendre chose vrayement et en substance absente de ladicte cène, y estre nonobstant vrayement et substantiellement exhibée et receue. Brief y estre et n'y estre pas, de peur de dépouiller et évacuer les sacrés signes de choses seulement figurées ou représentées, et non présentes ou présentées, de les séparer, absenter et esloigner d'autant que le ciel de la terre, à fin qu^en autant de parolles je vousresponde : nous sommes autant loing de vostre opinion en ce cas, que le plus hault ciel du plus profond de la terre.
«* Or voyentet en jugent tous ceux qui mesurent les choses de nostre religion comme elles doivent estre mesurées par théologie , et non par philosophie, lesquels de nous plus attribuent à Jésus-Christ nostre Seigneur et Dieu , ou entre vous autres qui maintenez le ciel où il est monté estre un certain lieu aux cieux, qu'en celuy seul selon le corps et ailleurs ne peult estre, ou nous, qui pour le croire estre au ciel ne laissons pas de le croire estre partout où sont célébrés ses saincts mystères, du moyen autrement et plus avant ne nous enquérans, que de sa tout-puissante parolle. Face le Dieu très bon et très grand que , comme la première hérésie entre les disciples de son fils nostre Sauveur print telle occasion de sa pa-
rolle en ce cas comme dure, que'plusieurs durs en murmurant s'en allèrent arrière, et plus ne le suyvoyent; aussi ceste nouvelle et dernière controversie, ceste guerre, dis-je, sacramentaire,qui tant souvent se renouvelle, nous oste tout moyen d'accorder ensemble, ou moyenner et addoucir les choses à meilleur repos de nos corps et âmes , et plus grande tranquillité du royaume; sur-tout ne nous trouble ou empesche nostre réformation présentement comme nous avons peu commencée, tant à nous et à nos troupeaux nécessaire. Mais beaucoup plus luy plaise nous garder qu'en ces derniers jours, et très périlleux temps, n'advienne ce qu'un homme de grand nom et estime entre nos parties, dissuadant à un sien compaignon dès le commencement de remuer ceste ordure ou tragédie, luy prédit, et quasi devina qu'elle menaçoit d'une horrible mutation, non seulement les royaumes et empires , mais mesme toute l'Église.
«« Il me semble vous avoir plus ennuyé par ma longueur que je ne voudroye, mais non tant persuadé que je désiroye. Que si vous voulez sans authorité ou raison continuer, et n'en croire nulle saison des années passées, tant proche vous la puissiçz trouver de la mort de nostre Seigneur depuis la primitive jusques à vostre séparation, dont de toutes nous vous donnons le choix. Si sans cause , pour soustenir si juste querelle vous sommes réellement odieux, et qu'ainsi par confession publique vous vous sépariez que ne soyons dignes de vostre regard, de vivre ou loger avec vous, ny en mesmes temples ( j'ay horreur le disant ) faire prières et sacrifice à Dieu, et administrer les sacremens, à tout le moins de ce différend ne refusez l'Église grecque pour juge, si tant vous abhorez la latine, c'est-à-dire romaine, recourant à une particulière, puisque l'universelle vous desplaist. Que diray-je grecque? Croyez-en la confession augustane, et les églises qui l'ont receue, de toutes incontinent vous vous trouverez convaincus.
«♦ Que si vous ne trouvez lieu avec ceux qui se sont séparés de nous, et qu'avec eux estans d'accord quasi de tous autres poincts, en cestuy-cy de ce précieux sacrement vous ne pouvez convenir, quel espoir autre que de paroHe pouvons-nous avoir que vous soyez pour accorder avec nous, qui différez et en ce, et en
tant d'autres' poincts? Et si. vous aimez vostre opinion ainsi seule , devenez par effect solitaires ; si de nostre foy et de nos actions vous voulez si peu approcher, soyez aussi de nous plus esloignés, et ne troublez plus les troupeaux desquels vous n'avez nulle charge, ny nulle légitime administration selon Tauthorité que nous avons de Dieu. Et donnant loisir à vos nouvelles opinions de vieillir autant, si Dieu le permet, comme ont faict et nostre doctrine et nos traditions ( car nous opposons la prescription du sens des Escriptures, avec plus de raison que l'on ne faisoit du temps de TertuUian ) cela sera cause de restituer la paix à tant de consciences troublées, et laisser vostre patrie en repos.
« En quoy, sire, nous vous supplions tous très humblement au nom de Dieu, de qui vous avez ce que vous estes, de vouloir tenir la main, et qu'il vous plaise demeurer en ceste saincte profession de foy, laquelle nous vous avons maintenant annoncée, selon que l'Église universelle a tousjours enseigné, et jouxte la parolle et ordonnance de Dieu. Et en ce faisant ressuscitez en vous et faites revivre les grâces que Dieu a mises en saincte religion en très grande abondance, non-seulement en vostre grand'mère la roine Claude, et en vostre mère la roine Catherine nostre souveraine dame, non seulement, dis-je, en ce grand et sage roy François premier, vostre grand-père, en ce bon et tant aimé roy Henry vostre père, en ce bien conditionné roy François vostre frère, mais aussi en tant de rois tous vos prédécesseurs, tous nos souverains seigneurs depuis ce premier roy Clovis jusques à vous, desquels nul n'a desvoyé de la saincte foy catholique , nul ne s'est trouvé abandonner la religion de ses pères, et tous vous ont par succession transmis ce nom de très chrestien, et de premier fils de l'Église. Face Dieu très grand et très bon que de vous en semblable intégrité le reçoivent vos successeurs, et que sur vous, sire, et sur vos subjects nostre Dieu n'exerce la puissante main et les vengeances de ses justes jugemens.
« Et vous, madame, puis que tout ce royaume yous a déféré toute l'administration durant la minorité de nostre roy et souverain seigneur, gardez-nous ce gaige si précieux, et le nous çende^s, venu en ses ans, de roesme religion et XVJB fiiciB, ù ?l Cl La PI,
ET RÉPUBLIQUE, LIV. VIL
foy qu'il vous est baillé, et que jusques icy vous l'avez si soigneusement instruict. Ce sera faire non moins que ceste saincte roine Clotilde,que l'on vous a proposée à imiter, laquelle, par ses sainctes institutions fut cause d'amener le roy Clovis son mary à la religion chrestienne. Et vous, madame, en icelle retiendrez le roj vostre fils bien instruict selon l'intention et volonté du bon roy Henri vostre mary.
«• De par luy doncques, madame, et en son nom, puis qu'après Dieu nous n'avons rien qui vous soit plus cher, par vostre commi:^ne et à jamais perdurable et indissoluble amitié, nous vous supplions très humblement en cest endroict, comme en tous autres , suy vre et exécuter ses sainctes volontés, et ne permettre qu'ainsi sa mémoire soilcondemnée, et de ce grand roy François vostre beau-père, qui vous appela à ce grand et heureux mariage de son fils ; et qu'ils soyent totalement frustrés de leur intention en l'instruction de leurs enfans.
« Nous ne doubtons qu'en ce faisant vous ne soyez bien assistée du roy de Navarre et de nos seigneurs les princes du sang, lesquels ne vouldront dégénérer de leurs très chrestiens progeniteurs. Cela mesme vous conseilleront ceux qui ont cest honneur d'estre du conseil du roy, et les pairs, et les officiers de France, tous nourris et avancés par ces bons rois, et qui ont sceu leur volonté. Et non seulement, vous illustres et très chrestiens auditeurs, vous vous montrerez en ce faict vrais chrestiens et fidèles à Dieu, mais très loyaux et affectionnés subjects de vostre roy, en quoy nous espérons tous, aydant Dieu, que tout ce royaume se trouvera uny.
« Et pour conclusion, sire, nous tous d'un cueur et d'une voix, et pour toute l'Église gallicane vouons à Dieu et vous prometton^v solennellement de jamais ne nous départir de ceste saincte vraye et catholique doctrine, laquelle nous mettons peine d'annoncer en nos églises, et pour icelles soustenir nous n'espargnerons tout nostre sang et nos propres vies, comme aussi serons-nous tousjours prests ne nous oublier en rien où il soit question de vostre service, et de la manutention de vostre couronne, n
Après que le cardinal de Lorraine eut achevé, les prélats se levèrent et s'assemblèrent tous à l'çntour du roy, auquel le cardinal de Tournoa
DE L'ESTAT DE LÀ REUGION
parla bricfvement, en confirmant et approuvant de la part de ladicte assemblée ce que ledict sieur de Lorraine avoit dictet exposé à Sa Majesté, et offrans de le signer si besoin estoit de leur propre sang, et protestans de vouloir vivre et mourir en ceste Iby et créance, comme estant conforme et selon la volonté de nostre Seigneur Jésus-Christ, et de la doctrine de nostre mère saincte Église son espouse; suppliant très humblement Sa Majesté de le vouloir ainsi croire , et y adjouster pleine foy, et persévérer en la religion catholique en laquelle ses prédécesseurs àvoyent vescu.
Et, au reste, que si ceux qui s'estoyent séparés et divisés de ladicte Église, se vouloyent recognoistre, ou soubscrire à ce que ledict sieur cardinal de Lorraine avoit exposé, îlsseroyenl recueillis , et plus amplement ouys es autres poincts où ils disoyent aussi vouloir estre instruicts; autrement, que toute audience leur devoit estre déniée, et que Sa Majesté les devoit renvoyer et en purger son royaume. De quoy il la supplioit très humblement au nom de ladicte assemblée des prélats, à fin qu'on ne veist n'y eust en ce royaume très chrestien qu*une foy, une loy et un roy.
Quand ledict cardinal de Lorraihe e«t paradbevé, Théodore de Bèze feit requeste instante au roy qu'il pleust à Sa Majesté de luy permettre de respondre sur le champ aux articles mis en avant par ledict cardinal, la imémoire de tous ses argumens leur estant fraische et récente ; joinct que luy et les autres ministres craignoyent de n'avoir plus l'opportunité de respondre s'ils perdoyent ceste -cy, pour ïe bruict qui se faisoit que les prélats avoyent délibéré de ne traicter plus ce jour passé avec eux "que par condamnations et excommunications.
La roine ayant sur le champ délibéré avec le conseil, dont les principaux estoyerit les cat-dinaulx susdicts, et aucuns des autres préfats, feit dire auxdicts ministres qu'ils eussent à se letbrer, et qju'une autre fois Jour leur serolt a^ signé pour venir respondre.
A l'occasion de quoy ledict de Bèze et ses compaigoons ministres, voyans qu'après plusieurs jours passés on ne s'advançoit en Hen, présentèrent requeste au roy, tendant àceque, Qîs qu il avoit pieu à Sa Majesté les appeler de
tant îoîngtains et divers ^pai^fe, s6u\)SÏa cbnduiete et asseurance d'une paroïle royale, aux fins de remonstrer îes erreiii*s H abus plantés de long-leïnps, et jà entacrtiés en ilÉglise pair le pape et 'fees supposts, et \è moyen de les exterminer du totit, ^ est la seule parolte de Dieu, glaive flamboyant', et pat taèsniè moyen pour en cènféret atnVaWeitoent 'et featemellettent avec lesdlts préfats là venus tout expressément potir ceste mes^è èa\ise 'dé ï)1eu, toufchant die pï-ès Son hôïïneùt et fèstaWrAtîdn de sa saincte Éelise ôp^Vittiéè, et presque du tout accablée et ditfotméé pat fe tyt'àhnite et invasion dè& ministres de Sathân , et loups ravissans <J[tlî l'ont dlespoùiUée de ^on nAïf et Naturel ornement, et l'ont desguisée par traditions hnnialneîs, i^ni né tèhdfeùt tju'à Ik sùbWerger et noyer, et à abblitde désétislà terre Ife précieux et saint ttbih èè feôh espoui J^éSûs-thrist; le tout tnené et cttndulcl ^àr la rtisé, èorisell et ayde de Sathan , de sbrtë qiie pour le jour d'huy elle n'avoit plus tjùe le seul bibto d'Église, estant dtspôttÛlée de àeé blèti*,tp3ii ^bnt lesbieiié des pauvreé, desquels àe âsont iekn|pkhésfeetix c|Ùl faulsement oht iïs^it^i lé ttlllt Ùe prélats et éves<pieSdepbiS le temps qtié là papauté à levé là creste en Ftthîvefs; et qde é'est l'bfflee dû rôy chresllèn de ]f>rendfé ïe bôUclier et les armes pour défeiid^e la feâûsé de érfuy qui l'avoitestâblyettcetht^stièr5yal,ct (}tie, |)âr les exemples atiéchias et Josias , et entres rois amateurs de Dîeu, Il estbit obligé d'employer tout Son sens et entendetaént, foWe et puissance potii* le rélâblîssêiTient dé là parolle de Dieu et de son divîti éei^viciEf; et (|u'â luy seul, comme chef et feapltàlhé de tant dé pauvres âmes plongées es àbysmei^ et léhèbfes d'Ignorance, ayans leur espérâiide et fecouri en lay après Dieu, prîftéipalèment âppàrlenoit d'y pourvoir. Que s'il piiétioit ceéte querelle en main & bon escient, s'il ptodttriSîi l'honneur de Dieu estre gardé inviolablëiiiënt , sa saincté parolle estre pfeSchée paf fotit éôri royaume, terres et S^etgncftlHeS, c(tfil ferait le devoir d'un bon et cathoR(|ue ro^ ehrè^llen, il senlli'oif là bénédiction de Dieu sur tA per^tÉaë, il verroît tforir son sceptre en prospérité et ^àndenr, expérlmenteroit la deué et fldèfe dbéiSsance de tous ceux sur lesquels ce bon Dieu l'avoit eslea roy.
Ladicte requeste fondée sur telles et plusieurs
[iseï]
semblables ijemonstrt^ïces eX doléapi;^ tvi répétée et itérée par plusieurs fois, et à la parfin respondae, non toutesfois sans^ande difficulté et empeschement faict au contraire, et fut ar.resté que le colloque se çarachèveroit avec lesdicts minislres, mais non, plus en publiCi ains en lieu privé tant seulement.
Suyvant ce, estant reculé le colloque jusques au vingl-quatrie^me jour dudict mois , ayans esté mandés lesdicts ministres estans à Sainct- Germain, se présentèrent devant la roine assistée des rois et roine de P<avai:re et autres princes et siei^rs, du conseil, là estans aussi lesdicts prélats et théologiens, et les douze ministres seulement, peu d*autres receus à y entrer.
Là convnença le cardinal de Lorraipe à déclarer en peu de parplles q^e césie assemblée avoit esté faicte pourouyr ce que les ministres vouldroyent dire sur ce que par luy avoit esté proposé auparavant. A quoy de Bèze se levant au nom de tous ses compaignpns ministres, et de toutes les églises françoises, appelées par eux réformées, dict en ceste manière :
« Madame, après avoir invoqué le nom de nostre Dieu, à ce qu'il )uy plaise nous assister d'une grâce spéciale en une affaire si grande conséquence, et nous despouiller de toutes opinions et passions particulières, plantant en nos cueurs au lieu d'icelleç une droicte cognoissance de sa vérité, avec un vray désir de la mettre en avant à l'honneur de son sainct nom, à Padvancement de vostre grandeur, et repos de toute la chrestienté, et nomméement dé c^ royaume, nous respondrons briefvement à ce qu'il pleut naguères à monsieur le cardinal de Lorraine nous déclarer sur deux poincts tant seulement de nostre confession, par tro^s fois présentée à Vostre Majesté; c'est à sçavoir sur ce qui concerne l'Église et son autjiorité, et puis sur la saincte cène de nostre Seigneur Jésus-Christ.
« Vray est que, si nous eussions eu ce bien de pouvoir respondre sur le champ, lors ((ue nous avions la mémoire fraiscbe de ce que nous avions ouy, ou bien d'avoir en nos mains et considérer la susdicte harangue, nous eussions peu respondre plus distinctement de poinct en poinct, et peult-estre plus pertinemment ; mais, quoy que ce soit, nous en dirons ce que Dieu nous donnera, à fin qu'oa entende de quoy
d'y K^pvRUQUç, Liv. vu
nous pouvons estre desjà d'accord, et pareiUemçï^t les poincts qui sont encores en différend, de^uels nous supplions nostre Dieu que« selon ses grandes miséricordes, il Ijiy plaise nous accorder. Ainsi donc quant au premier poinct de^ l'Église, nous traicterons trois poincts : le premier est, que c'est que l'Église ; le second, quelles en sont les marques : le tiers« quelle est son authQrité.
« Qr, c'est une chose sans difficulté que ce nom d'Église, q\ii est grec, est tiré d'un autre mot, qui signifie autant qu'appeler d'un lieu en un autre. Mais nous trouvons en l'Escripture qu'il y a deux manières de vocation: l'une est conjoiacte avec l'efQcace du Sainct-Esprit, de laquelle il est parlé au huictiesme de Tépistre aux Romains, quand il est dict que Dieu justifie ceux qu'il a appelés; l'autre, combien qu'elle soit de mesme la première par dehors, est toutesfois de nulle vallue quant au salut ; non point que ta faulte vienne de Dieu, ma\s des ho/nmes, qui veulent estre sourds, suyvant ce qui est dict en commun proverbe: « Qu'il n'y a pire sourd que celuy qui ne veult entendre. »» Et de ceste vocation a parlé le Seigneur, quand il dict : « Qu'il y en a beaucoup d^appelés, et peu dechosis. « Voylà pourquoy conséquemment il fault que ce nom d'Église, signifiant la compagnie de ceux qui sont çongrégés par la voix de Dieu qui les appelle, s^ prenne en deux sortes ; car estant pris géné^ ralement pour tous ceux qui font professioa extérieure de respondre à Dieu qui les appelle» il n'y a point de doubte que plusieurs hypçcrites et réprouvés n'y soyent comprins. Et do nostre part, jamais, grâces àDicu, nous n'avons parlé ny escript autrement, veu que c'est une chose trop clairement exprimée en l'Escripture, et confermée par une perpétuelle expérience. Mais s'il est question de prendre ce mot d'Église plus proprement et plus estroictemeni (comme souventes fois il le fault faire) alors disons-nous qu'il ne comprend que l'assemblée des esleus et prédestinés de Dieu.
- Et, à fin qu'on entende que nous n'avons point forgé ceste manière de parler, et moins • encores ceste doctrine, quand il est dict que rÉglise est le corps du Seigneur, os de ses os» chair de sa chair, voire mesmes jusques à luy attribuer le propre nom de Christ, en conjoignant le chef et les membres, comme fait T^i^
DE L'ÈSÎAT ÛE LA RÊLlÔIÔJî
El56l]
postre escrivant aux Corinthiens : « Comment seront les réprouvés comprins en ce nombre , attendu qu'ils sont membres du diable? >* Car c'est chose impossible d'estre membre de Christ et du diable tout ensemble ; ce qu'aussi sainct Augustin a très bien noté , nomméement au livre dixiesme, chapitre 21, contre Cresconius. De ceste distinction du nom d'Eglise le mesme autheur a usé sur le psaume 64, quand il dict que rÉglise, qui est signifiée par Hiérusalem, a pris commencement par Abel, et Babylone par Caïn. Et ce néantmoins, au premier livre du Baptesme contre les donatistes, chapitre 16, prenant l'Église, en la signification plus générale, dict que celle qui a engendré Abel, Enoch, Noé, Abraham et les prophètes a aussi engendré Caïn, Ismaêl, Dathan et autres semblables.
« Pour conclusion doncques, nous prendrons ce que le mesme sainct Augustin en a escript au mesme traicté, livre 7, chapitre 51, ce qui est aussi récité 24, q. 1. C. omnibiAS consideratisy là où il est dict qu'il y a deux manières d'hommes quant à l'Église. « Car, dict-il, les uns sont membres de Christ et la vraye ÉgUse, et tellement de la maison de Dieu, qu'ils sont de la maison mesmes; les autres sont bien en la maison de Dieu, et si n'en sont point; car ils sont comme la paille avec le froment jusques à ce qu'ils en sortent. » Or, de ce propos vient ànaistre une question, c'est à sçavoir si l'Église est invisible ; ce qu'il semble qu'il fault conclurre, attendu que Dieu seul peult cognoistre ses esleus, joinct que nous disons que nous croyons la saincte Église, et ce qui se croitnese voitpoint. Maisdecelails'ensuit un grand inconvénient, si on en parle ainsi simplement et nuement. Car s'il est ainsi, à quelle compaignie se pourra-on ranger, et quel moyen tiendra-on pour avoir salut, si on ne cognoist l'Éçlise pour s'y adjoindre, veu qu'en la seule Eglise Jésus-Christ desploye sa vertu et force salutaire.
«* U est vray, monsieur le cardinal, si j'ay bonne mémoire, que vous alléguastes encores un autre inconvénient, duquel nous ne sommes point salisfaicts ; c'est à sçavoir que, si l'Église estoit invisible, nous ne cognoistrions pas mesmes nostre roy; ce que nous ne pouvons entendre, pour ce que l'Escripture nous enseigne de recognoistre nos supérieurs, et leur obéir en tout et partout ( sauf l'honneur que nous devons au seul Dieu), quand mesmes ils se-
royent infidèles. Mais cela soit dict comme par incident.
«< Je reviens à mon propos. Mous disons donc qu'encores que la vraye Eglise soit comme invisible, au respect de ce que nous avons dict , toutesfois ; quand il est question de cognoistre à quelle compaignie nous nous devons associer et conjoindre, nous avons certaines marques, c'est à sçavoir la pure paroUe de Dieu, et sincère administration des sacremens; lesquelles marques sont claires et appércevables, tellement que, là oiTelles sont, là ne devons-nous douter que ne soit la vraye Église de Dieu ; et nous fault selon la reigle de charité tenir pour fidèles tous ceux qui font profession de la pure religion, sinon que Dieu eust descouvert leur feintise. Et de cela sainct Paul nous a donné bon exemple, quand il appelle les Corinthiens et les Galathiens saincts et fidèles, et leur attribue le nom d'Église en général, combien qu'il y eust entre eux de grandes faultes, tant en l'ignorance de la doctrine qu'en leur vie. Ce qu'il a axissi déclaré ailleurs , disant que tous ceux qui retiennent le fondement ne bastissent pas toujours d'or ou d'argent ou de pierres précieuses, mais aussi de foin et de paille. Voylà donc comme nous parlons de l'Eglise, sans en faire une chose imaginaire et fantastique, et sans donner occasion, à nostre advis, de nous mettre du nombre de tels frénétiques que jadis ont esté les cathariens et donatistes, et de nostre temps encores ces furieux anabaptistes, contre lesquels ceste manière a si souvent esté débattue par ceux de nostre part.
«Je viens donc maintenant aux marques et tesmoignages de l'Église, laquelle il est besoin de bien sçavoir remarquer, puisque hors d'icelle il n'y a point de salut, et qu'il n'y a chose que Sathan nostre ancien adversaire s'efforce de, plus desguiser. J'ay dict qu'elle a deux marques certaines et infaillibles : c'est à sçavoir la pure prédication de la parolle de Dieu, et sincère administration des sacremens. Aucuns y adjoustent la discipline de l'Église et les fruicts de la prédication ; comme à la vérité il fault que toute assemblée pour se maintenir soit policée par quelque supérieur qui soit obéy ; mais d'autant que nos iniquités sont souventesfois cause que ces deux marques n'apparoissent point, voylà pourquoy nous nous contenterons des deux premières.
ET RÈPUBLIQtîE, LIV. VÎl.
« Quant à la parolle, qu'elle soit certaine marque de TÉglise, il appert par ce qu'iceUe parolle est comparée à la semence, tant par Jesns-Christ que par sainct Pierre. A raison de quoy aussi sainct Paul a dict qn'il avoit engendré les Corinthiens au Seigneur, à sçavoir par la prédication de la parolle. Et pour ceste caose entant de passages est aussi nommée pasture et nourriture, suyvant ce qu'a dict le Seigneur, que ses brebis entendent sa voix, et non point celle de l'estranger. J'adjouste les sacremens, d'autant que le Seigneur n'a pas seulement voulu nous enseigner par les aureilles, mais aussi par les yeux et par les autres sens corporels ; et pourtant a vouln que les sacremens fussent tesmoignages et seaux certains et visibles de l'union de ses enfans, premièrement avec luy, et puis aussi entre euxmesmes. Yoylà pourquoy il a esté dict sous la vieille alliance, que l'incirconcis seroit exterminé d'entre le peuple de Dieu -, et pour ceste cause aussi falloit-il que tous les chefis de famille comparussent pour le moins trois fois l'an en Hiérusalem, pour tesmoigner par mesmes sacrifices leur unité de foy et religion.
«« Et depuis, quand la muraille d'cntredeux a esté rompue, les gentils et les Israélites ont esté réduicts en un corps, non seulement par la prédication, mais aussi par le baptesme et par le sainct sacrement du corps et du sang du Seigneur. Et suyvant cela Jésus-Christ a dict aux apostres : «Allez, endoctrinez toutes les nations (voylà la parolle) les baptisans au nom du Père, du Fils, et du Sainct-l^prit ( voylà les sacremens). f» Car avec le baptesme il nous fault conjoindre ce que dit sainct Paul, qu'il a aussi baillé quant à la cène, après l'avoir receu du Seigneur. Cest aussi ce qu'il dit en un autre endroict, que l'Église est fondée sur le fondement desprophètes et apostres, c'est-à-dire sur Jésus- Christ, qui est la substance de la doctrine prophétique et apostolique. Ainsi fault entendre un autre passage du mesme apostre, auquel il dit que rÊglise est l'appuy et colonne de vérité, c'est-à-dire que la paroUe de Dieu, qui est la vérité, comme il est escript en sainct Jean, soustient et appuyé l'Église, suyvant l'exposition de sainct Jean Chrysostome, ou bien pour ce qu'elle est coUoquée en l'église comme en un lieu ferme et éminent, d'autant que Dieu monstre sa puissance en icelle à tout croyant, comme sainct
Paul le déclare aux^Romains, premier chapitré. Voylà donc les vrayes et visibles marques de l'Église, appelée pour ceste cause la mère des croyans, engendrés et nourris en icelle de la vraye et incorruptible pasture.
« Or, s'il y a prédication de la parolle et administration des sacremens, il fault bien aussi conclurre qu'il y a des pasteurs et docteurs, auxquels ceste charge soit commise, suyvant ce que ï'Escripture en tesmoigne par-tout, et nomméement en ce gue sainct Paul escript aux Corinthiens, aux Ephésiens, à Timothée et àTite. Voylà pourquoy aucuns adjoustent une troisiesme marque : c'est à sçavoir la succession ordinaire depuis le temps des apostres. Sur quoy nous respondons que une telle succession est grandement à priser, pourveu qu'elle soit bien considérée et appliquée, comme les anciens s'en sont souvent aidés contre la nouveauté des hérétiques, comme il se voit en Tertullian,Irénée et sainct Augustin contre les manichéens et donatistes.
«Mais d'autant qu'on en fait un bouclier contre nous, comme si nous estions inventeurs de choses nouvelles, il est plus que nécessaire qu'on entende ce que nous en tenons. Nous disons qu'il y a une succession de doctrine, et une succession de personnes. Quant à celle de la doctrine, nous l'advouons comme une marque infaillible de la vraye Église, suyvant ce que nous en avons dict. Car, nonobstant que la doctrine évangélique ne soit en elle-mesme plus digne de croire pour son ancienneté, et qu'il advienne souvent par nos iniquités et par une juste vengeance de Dieu qu'elle semble qu'elle soit autant nouvelle aux hommes qu'elle leur devroit estre familière et accoustumée], ce néantmoins le tesmoignage d'une succession ancienne et continuelle sert beaucoup envers les hommes pourl'authoriser d'avantage.
m Quant à la succession personnelle , nous l'advouons aussi; mais sous condition qu'elle soit conjoincte avec celle de la doctrine prophétique et apostolique, pour le moins es poincts substantiels et fondamentaux, et non autrement. Et notez, s'il vous plaist, messieurs, que je parle notamment ^de la doctrine, et non point des mœurs; car encores qu'il soit requis d'estre entier en doctrine et en vie, pour estre bon et vray pasteur, si est-ce que pour ignorance, ou pour diversité d'ooiniou es poincts de la doctrine qui
Itô
DE L'ESTAT PE LA. RELIGION
ne sont sabstantiels, et aussi pour les mœurs, nous ne laissons de tolérer un pasteur pour pasteur, pourveu qu'il retienne le fondement. Nous sommes enseignés de parler ainsi par le dire de nostre Seigneur Jésus-Christ, lequel adict,que en tant que les scribes et pharisiens estoyent assis sur la chaire de Moyse, il falloit faire ce qu'ils enseignoyent, et non pas ce qu'ils faisoyent.
« Lequel passage sainct Augustin escrivant sur sainct Jean, traicté quarante-sixiesme, déclare devoir estre entendu des mercenaires, qui ne laissent d'avoir saine doctrine, et non point des faux prophètes, desquels Jésus-Christ aussi a dictau contraire : «« Gardez- vous du levain des pharisiens. » «« Estans,dit sainct Augustin, assis sur la chaire de Moyse, ils enseignent laloy de Dieu, et pourtant Dieu enseigne par eux; mais s'ils veulent enseigner leurs propres doctrines^ n'escouleznynefeitescequ'ibdisent. » Ce que le mesme autheur expose encores plus amplement au sermon quarante-neufviesme,Dc verbis Domini. Ainsi donc, messieurs, pour revenir au poinct,pour ce que les faulx prophètes peuvent succéder aux véritables, et les loups aux vrais bergers, voylà une raisonpéremptoirepourquoy nous réputons la succession personnelle nonseulement non recevable, mais aussi du tout à condamner, comme donnant couleur à mensonge, sinon que la succession de la doctrine y soit adjoustée pour fondement.
» D'avantage, si ceste succession personnelle estoit simplement tenue pour marque infaillible de l'Église, ilfauldroit nous monstrer quelque promesse de Dieu, par laquelle il eust astreinct sa grâce à certains sièges ou régions, ce que nous ne pensons qui se puisse trouver en la nouvelle alliance ; mais bien qu'il y aura tousjours une Église catholique, c'est-à-dire universelle, d'autant que les membres particuliers en sont espars çà et là par le monde universel, selon qu'il plaist à Dieu exercer ses jugemens sur ceux qu'il retranche du tout, ou qu'il chastie pour un temps ; et desployer ses miséricordes sur ceux qu'il entretient de bien en mieux, ou qu'il appelle de nouveau à sa cognoissance. Car en quelques endroicts le Seigneur usant de sa juste vengeance semble tout raser, jusques à n'y laisser aucune trace d'église, comme il en est advenu au pays de Barbarie, et en la pluspart du Levant , et en d'autres pays il laisse encores
quelque trace d'église, couple ao\;is le voyons es églises de Grèce, et |)Ius près de nous encores. D'autre part aussi, le Seigneur quelques f pis ne fait qu'entrecouper ceste succession personnelle de pasteurs, comme il est advenu en Antioche du temps de Samosatenus, et en Alexandrie du temps du bannissement d'Athanase , et en tant d'autres églises du temps que les hérésies ont eu la vogue.
«Mesmes, sans chercher les choses plus avant pour le présent, il y a eu interruption de succession personnelle, pour le moins du tçmps que. Honorius premier tenoit le siège, environ Tan 623, condemné pour l'exécrable hérésie d'Eutyches environ l'an 681. Et du temps du pape Jean vingt-deuxiesme, semblablement condemué pour hérétique, sinon qu'on voulust dire que les hérétiques notoires fussent pasteurs. Oultre ce. qui est advenu du temps de la papesse Jeanne, environ l'an 854, et durant tant de sehisme& d'antipapes qui se lisent es histoires.
« Par ces raisons, je conclus que, sanss'arrçster à la succession personnelle, pour bien cognoistre l'Église, il fouit tousjours venir à la pureté de la doctrine et sincère administration des s^cremensi de sorte que ceux-là sont à tenir pour vrais successeurs des apostres, lesquels esta^s légitimement appelés bastissent sur le fondement d'iceux, soit qu'il y ait eu une perpétuelle succession personnelle, soit qu'elle ait esté pour quelque temps interrorppue, ou mcsmes, qu'ils soyent les premiers annonciateurs de l'Évâ^ngile en quelque lieu; comme, au contraire, ceux, ou qui ne preschent point du tout, ou qui, au lieu de la doctrine apostolique, preschent la leur, encores qu'ils allégassent mille prédécesseurs consécutifs, ne doivent estre ouys pour pasteurs, mais fuis comme loups, par l'exprès commandement de JésuS'Christ et de ses apostres.
« Mais dira, quelqu'un, esl-ildict pourtant qu'il soit permis à chascun d'annoncer la doctrine et administrer les sacremens?Non certes; car il fault que toutes choses se facent par bon ordre en la maison de Dieu, comme dit l'apostre. Qi^ sont donc les vrais pasteurs? Ceux qui sont légitimement appelés. Il reste donc ae sçavoir quelle est la vocation légitime, et qu'on entende ce poinct. Nous disons qu'il y a une forme d,e vocation ordinaire, et une extraordinaire. Celle est ordinaire en laquelle est gardé Tordre que Dieu a establi en TÉglise, En cest ordre il y »
premièrement l'examen cie lia doctrine et de ïa vie, puis après l'eslection légitime, et finalement rimposition des mains. Ceci ise voit en plusieurs passages de FEscripture estans mis et conjoincts ensemble, comme l'eslection de sainct Matthias et dès sept diacres es Actes des Apostres, avec ce qui en est escript es épistres de sainct Paul à Timothée et à Tite. Voylà donc la vocation ordinaire, de laquelle il est aisé à recueillir que celle est extraordinaire, en laquelle (nonobstant que elle soit légitimée par l'authorité de Dieu) ou l'une de ces deux choses défault, ou les deux , ou toutes les trois. Or, que le Seigneur ait souventesifois usé de telles vocations extraordinaires, il appert par toute l'Escripture. Car qui a imposé les mains à Moyse pour consacrer Aaron ? et qui a oinct en Testât de prophète Esaye, Daniel, Amos, et plusieurs autres? et quand est advenu cela, lors que ceux qui tenoyent Tordre en leurs mains en ont abusé ? Lors, dis-je, a-il fallu que Dieu ait mis la main extraordinaîrement à son œuvre, non pas pour amener confusion en sa maison, mais pour corriger ceux qui, soubs ombre de leur succession ordinaire, avoyent tout renversé et perverti. Et qu'ainsi soit, je m'en rapporte aux escripts des prophètes s'addréssans principalement contre les sacrificateurs. Si là-dessus on réplique cjue tels personnages ont eu ce néantmoins quelque tesmoignage extérieur miraculeux et céleste de leur vocation, je respons que cela est bien vray en d'aucuns, mais non pas en tous, sinon qu'on vueitle deviner ce qui n'est nullement apparent par autre tesmoignage. Car mesmes je ne sçay s'il se trouvera guères de prophètes de la race d'Aaron, ou î^uxquels les mains ayent esté imposées pat" la façon ordinaire. Si on allègue aussi qu« les susdicts |)rophètes se sont contentés d'arguer et de re|)rendre, sans vouloir se mesler (les sacrifices, je respons en premier lieu que cela ne se trouvera véritable par-tout. Car Samuel, qui n'estoit de ta race d'Aaron, ains seulement de Choré, a sacrifié en Mispa, comme il est escript, iSaim. 7« chapitre. EtElieGalaadite a sacrifié en Carmel, comme il est escript au premier des Rois, 18® chapitre.
• Secondement ce n'est pas merveilles si les prophètes de ce temps-là n'ont estendu leur commission extraordinaire jusqu'à circoncire et sacrifier, veu que ceste charge estoit assignée pour béritaçe à la race de Lévi ; ce qui n'a
ET RÊt^UBLIQUE, LIV. VII.
point de lieu aujourd'hui. Voylà, messieurs, ce que nous appelons Église, et ce que nous sentons des marques d'icelle, et de la vocation des pasteurs. Desquelles choses, si vous voulez faire application ou à nos églises ou à nos personnes, nous espérons, avec Taide de Dieu, en monstrer si bonnes enseignes que nul n'aura juste occasion d'en doubter, suyvant la paroUe de Dieu, et ce qui en est véritablement escript, comme il nous semble, en un traicté qui se trouve entre les œuvres de sainct Augustin, intitulé «» Dialogue des soixante -cinq questions , ♦» en la question dernière.
- Maintenant, venons à parler de l'authorité de TÉglise. Il appert par les choses susdictes que nous ne déroguons en rien aux précieux et haults tiltres que le Sainct-Esprit luy attribue. Mais nous disons qu'elle est tellement le corps du Seigneur qu'elle est encores en partie en son pèlerinage, attendant la pleine jouissance de son chef. Telle est la maison de Dieu, mais qui se bastit encores, et croist de jour en jour; elle est gouvernée par Tesprit de Dieu, mais combattant encores contre la chair ; elle est purifiée, mais c'est pour estre petit à petit amenée à ceste perfection de beauté, où n'y aura tache ny ride quelconque; elle cognoist Dieu, mais c'est en partie. Et quand je parle ainsi, messieurs, je croy que vous recognoissez les propres mots de Tapostre. Èref, nous confessons, que hors TÉglise il n'y a point de salut, et qu'iceluy ne desplôye sa vertu vivifiante ailleurs qu'en ses membres, desquels Tunion et rassemblée s'appelle TÉglise. Mais la question est de sçavoir si en ce moqde elle peult errer, et sî elle est par-dessus TEscripture, ou bien entièrement subjecte à icelle. Sur cela, je respons que c'est une chose hors de doubte que les membres d'icelle en particulier peuvent errer, et errent tous les jours tant en la doctrine , qu'es mœurs, suyvant ce que dit sainct Paul, que nous cognoissons en partie; et sainct Jean, que sî nous disons que nous n'avons point de péché, nous nous décevons nous-mesmes.
« Or, si quelqu'un veult excepter de ce nombre les anciens docteurs, il nous pardonnera si nous ne Ten croyons pas ; car certes il nous seroit aisé d'assembler plusieurs tesmoignages des faultes qui se trouvent es plus grands et plus anciens (ce que soit dict sauf la révérence deue à leur excellente piété et doctrine) ; mais
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nous ne voulons nous y arrester, tant pour rhonneur que nous leur portons, et à bon droict, qu'aussi d'autant que si j'ay bien entendu le dire de monsieur le cardinal, il n'est d'advis, non plus que nous, de les recevoir sans exception. Voylà ce que nous sentons des membres de l'Église en particulier, desquels toutesfois l'imperfection n'empesche point que l'Église n'en soit composée; car petit à petit ils profitent tant en cognoissance de Dieu, qu'en amendement de vie. Mais si on considère les parties de l'Église plus généralement, comme elle est distribuée en divers diocèses et provinces, dirons-nous qu'elles puissent errer? De rechef, s'il m'en souvient, monsieur le cardinal fut naguères d'advis que mesmes les églises particulières et les conciles provinciaux peuvent errer, et ont erré souvent; et de faict cela est confermé par une si longue expérience, qu'à nostre advis nul homme de bon jugement n'en peult douter.
« Il reste donc de considérer toute l'Église en son universalité. Mais en quel sorte? car la considérant en la représentation d'un concile universellement, premièrement il n'y a pas grande apparence d'estimer que toute la vertu que le Sainct-Esprit desploye en l'Église soit restreincte à un certain nombre de prélats,"qui ne sont pas tousjours les plus doctes ny les meilleurs, encores qu'ils représentent toute la multitude de ceux qui les ont envoyés. Car combien de fois adviendra-il qu'une simple personne aura plus d'intelligence pour un coup que le plus docte de toute une compaignie? Et pourtant a-il esté dict long temps a par une glose au chapitre : Significasti de electionibtis, qu'il fault plustost croire à un homme privé qui soit fidèle, et qui ait meilleure authorité ou raison, qu'à tout un concile, ou au pape; et mesmes en ce grand concile Nicène, à quoy tint-il que la loy du célibat, qui a depuis amené tant d'ordures en l'Église, ne fust dès lors establie? A un seul Paphnutius, comme dit l'histoire.
« D'avantage, quand a esté assemblé un concile si général, qu'une grande partie non-seulement des plus sçavans et plus saincts personnages, mais aussi des prélats, ne soit demeurée derrière? Et qui nous asseurera que les absens ne puissent avoir aucunes fois plus de révélatipn c[ue les préseng? Oultre toiit cela, vous
sçavez, messieurs, combien il y a de temps qu'une horrible confusion règne en l'Église, et principalement es plus grands estats et dignités de prélature; de sorte que la plus grande désolation de la maison de Dieu est à l'endroict qui deust estre le plus entier et mieux orné. Pour le moins, long temps y a que les exemples en ont apparu, et que les bons évesques en ont jette des soupirs si haults et si clairs que nous les oyons encores. Et de faict, ce qu'en escript sainct Bernard es livres de la considération, et au sermon 33, sur les Cantiques, et encores au sermon de la Conversion de sainct Paul, n'est pas moins notoire que véritable. « Hélas ! Seigneur, dict-il , ceux qu'on voit aimer les premiers lieux en ton Église, et tenir la principauté, sont les premiers à te persécuter; ils ont pris l'arche de Sion ; ils ont occupé le chasteau, et puis ont par puissance mis toute la cité en feu,
« Cela soit dict, messieurs, non point pour injurier personne, mais pour monstrer que les vocations principales en l'Église, estans de si long temps si confuses et desreîglées, il est impossible de bien conclurre que les conciles universels, qui ont esté depuis un long temps congrégés d'une multitude si mal qualifiée, ayent esté conduicts par le Sainct-Esprit jusqu'à ne pouvoir errer. Un ancien sacrificateur (duquel je ne voudroy faire mention en ceste compaignie, si ce n'estoit qu'on allègue son exemple à ce propos) a bien prophétisé, combien qu'il ne vallust rien ; mais nous ne lisons pas qu'il n'ait point erré avec sa compaignie en condamnant Jésus-Christ. Joinct que le Sainct-Esprit en cest endroict a prophétisé, et non pas luy, qui ne scavoit qu'il disoit, et qui parloit estant meu d'un esprit tout contraire, c'est à scavoir Jésus-Christ le fils de Dieu.
«« D'avantage, si un concile universel a receu ce privilège de ne pouvoir errer, ny en la reigle de la doctrine, ny en la forme des mœurs, nous demandons de quel temps est daté ce privilège ; car il n'y a jamais eu qu'une foy et qu'une mesme Église. Or qu'il y ait eu de l'erreur en l'Église ancienne soubs la vieille alliance, les prophètes le tesmoignent ouvertement, et les histoires en font bonne preuve. «Tous leurs spéculateurs, dit Isaye, chap. 56, sont aveugles; iU ne sçavent rien, ils sont tous chiens muets; » et Jérémie, chap. 6 : «Depuis le prophète jusqu'au sacrificateur, tous sont faulsçté, » Et à fiii qij'or\
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ne restreigne point ceci à la vie des particuliars, il est dict expressément au chap. U du mesme prophète : «« Ils prophétisent choses faulses et une vision mensongère. » Et en Isaye, chapitre 29 : « Que la sapience des sages périra, et Tentendement des prudens s'esvanouira ; que Dieu fermera les yeux des prophètes et des principaux. » Et en Ezéchiel, chap. 7: «Que la ïoy périra du sacrificateur.» Et de faict, qui a condemné les prophètes, comme Jérémie, Michée, voire le propre Fils de Dieu, et, après luy, lesapostres, sinonles assemblées des prélats disraël? Si là-dessus on respond que ces choses sont advenues du temps de la vieille alliance , je respons que ce n'est pas assez dict, ny pertinemment respoudu; car la conclusion sera tousjours ferme que rassemblée des prélats de rËglise, quelque universelle qu'elle soit, a souvent esté gouvernée par l'esprit d'erreur plustost que par le Sainct-Esprit.
«Secondement, si nous venons à la nouvelle alliance , sainct Paul n'a-il pas expressément admonesté toute l'Église en la personne des Ephésiens : « Que les loups sortiroyent du milieu des pasteurs, et que le fils de perdition sera assis au temple de Dieu? » Et de faict, en conférant les conciles les uns avec les autres , il se trouvera tant de contrariétés entre eux-mesmes que force est de confesser que le Sainct- Esprit n'y ait pas tousjours eu audience ; ains que Sathan s'est pieçà transfiguré en la lumière des conciles généraux pour désigner sa Caulseté. n y a un passage exprès de cela en sainct Augustin, livre 2, Du Baptesme contre les donatiiieSy chap. 31, lequel j'alléguay en ma première harangue, et que j'allégueray de rechef, et pour cause. Là il est dict expresséement que les épistres des évesques particuliers sont corrigées par les conciles provinciaux, et les provinciaux par les universels , et les universels premiers amendés par les derniers quand, par quelque expérience des choses, ce qui estoit clos est ouvert, et ce qui estoit caché est mis en évidence.
« A ceci fut respondu par monsieur le cardinal en sa harangue, que cela s'entendoit des choses externes qui se peuvent et doivent varier selon que la nécessité le requiert. Mais considérant le tout de plus près, il se trouvera que ce mot emendari présuppose une faculté commise et puis corrigée. Joinct que si ceste XYI* iiicLE , La PI. et La PL
response estoit recevable,ilfauldroit direle semblable des épistres des évesques et des conciles provinciaux. Ce qui est directement contre l'intention de sainct Augustin, qui dispute en cest endroict-là non point de quelque police extérieure, mais d'un point de doctrine; c'est à scavoir de l'opinion de sainct Cyprian et du concile d'Afrique, touchant la rebaptisation.
« SI on allègue aussi un autre argument accoustumé, c'est à sçavoir que, si nostre Seigneur a promis d'estre au milieu de deux ou de trois assemblés en son nom, à plus forte raison il se trouve en un concile universel, nous concédons que cela est à présumer, mais il y a différence entre une présomption et une nécessaire conclusion. Car puisque la malice des hommes vient souventes fois jusqu'à ce poinct d'abuser du nom de Dieu, pour establir mensonge, tels peuvent avoir Dieu en leur bouche^ qui ont son ennemy en leur cueur ; et l'imbécillité de l'entendement de l'homme estant si grande qu'elle se voit ordinairement, oultre une infinité d'affections désordonnées qui nous bandent les yeux, nous disons que celuy qui n'a autre fondement que l'advis des hommes, et l'apparence extérieure d'un concile, est plustost en danger d'estre trompé qu'autrement.
« Quoy donc? voulons-nous que la doctrine de rÉglise soit incertaine puis qu'elle peult errer? Rien moins. Car nous confessons qu'encores que nous ne cognoissions qu'en partie, comme dit sainct Paul, et qu'en cest esgard erreur soit toujours meslée parmi vérité, si est-ce que Dieu ne permet point que la vérité des poincts substantiels de nostre salut soit jamais tellement ensevelie en toute son Église qu'il n'y ait toujours quelque nombre, maintenant plus petit, maintenant plus grand, lequel entende ce qu'il faut entendre, et suyve ce qu'il faut suivre, comme nous voyons estre advenu du temps d'Hélie en Israël, et de la captivité de Babylone, et de la venue de Jésus- Christ, quand à grand' peine y avoit-il un Zacharie, une Élizabeth, un Joseph, une vierge Marie, un Siméon, une Anne prophétesse qui cogneussent et eussent la droicte intelligence de l'accomplissement des prophéties parmi tant de scribes , pharisiens et sadducéens. Telles interruptions doncques en l'Église de Dieu, procédantes de l'iniquité des hommes, sont ainsi comme un orage ou comme un brouillard,
DE I/ESTAT DE Là RELIGION
qu'il fait esvanouir puis après par le soleil de sa paroile quand il luy plaist, et selon qu'il dispense les secrets de ses jugemens et de ses miséricordes. Voulons-nous aussi condemner les conciles anciens? A Dieu ne plaise. Car mesmes vous savez que s'il est question de se reigler par iceux, vous changerez plus de choses que nous, et vous y avez travaillé ces jours passés ; mais seulement nous requérons que l'Escripture soit la pierre de touche pour examiner tout ce qui se fait et dit en l'Église.
« Si cela vous semble estrange, je vous prie, messieurs, de considérer ce passage tant célèbre de sainct Augustin escrivant à Maximin, arien, livre ii, chapitre 14 : «* Y a-t-il un concile universel plus approuvé que le premier appelle Nicène ? Je crois que non. Et quel est le concile d'Arimin? un concile rejette et condamné à bon droict.» Et da quoy dispute là sainct Augustin? d'un principal article de foy et desjà plusieurs fois tout résolu, c'est à sçavoir de la consubstantiation du fils de Dieu. Ce pendant voylà sainct Augustin qui tesmoigne que sa partie n'est astreincte au concile Nicène, ny luy aussi au concile d'Arimin, mais qu'il veult combattre par les Escriptures, qui sont, dict-il, tesmoings communs aux deux parties.
« Or, là-dessus si on allègue l'obscurité des Escriptures, il nous fault bien confesser ce que dit sainct Paul: «Que Thomme naturel necognoist point les choses de Dieu ; *> et ce que dit sainct Pierre:- Que les Escriptures ne sont point d'une particulière interprétation.» Maisce pendant si ceste obscurité des Escriptures est si grande qu'elles ne nous puissent esclairer d'ellesmesmes, d'où vient cela que Jésus-Christ ne nous renvoyé ailleurs quand il dict : « Sondez les Escriptures. » Et d'où vient qu'Abraham, estant requis par ce malheureux riche d'envoyer quelqu'un de l'autre monde pour advertir ceux de cestuy-cy: « Ils ont, dict-il, Moyse etles prophètes; s'ils ne les croyent, ils ne croiront non plus quand quelqu'un des morts ressusciteroii.» Oultre cela, qu'eussent faict ceux qui n'ont eu que les escripts des apostres devant qu'il y eust commentaires escripts par les anciens? Là -dessus il me souvient, monsieur le cardinal, qu'en vostre harangue, vostre advis a porté de recevoir pour ferme interprétation et pour tradition apostolique ce qui a esté tousjours receu en l'Église, et par-tout, et de tous.^
Mais qui nous asseurera de ces trois poincts? certainement nul, à mon advis; car il se trouvera une infinie diversité es livres des anciens, voire mesmes en quelques articles de foy.
« D'avantage s'il fault venir à ce mot tousjours et de touSf par miel temps commencerons-nous sinon par l'Église apostolique? et qui seront les premiers en compte sinon les apostres, desquels l'histoire a esté si fidèlement escripte par sainct Luc, et qui se peult aussi cognoistre par leurs escripts?
a Et ainsi donc, messieurs, pour conclusion, d'autant que toute vérité vient de Dieu, lequel a pris pour ses truchemans, en ce qui concerne nostre salut, les prophètes et les apostres, nous révenons toujours à ce fondement des Escriptures. Nous ne rejettons ce pendant l'advis des conciles ny des Pères; mais c'est en tant qu'ils conferment leur dire par bons tesmoignages d'icelles Escriptures ; lesquelles, comme dit véritablement sainct Augustin es livres de la doctrine chrestienne, sont tellement attrempés par le Sainct-Esprit, que ce qui est dict obscurément en un lieu et très clairement dict ailleurs, avec plusieurs autres reigles de bien entendre l'Escripture, qui sont contenues esdicts livres de sainct Augustin de la doctrine chrestienne, et autres qui ont traicté ceste matière.
« Si est-ce qu'il reste encoresune difficulté à vuider, qui gist en ce que plusieurs ont pensé que la volonté de Dieu, touchant tout ce qui est requis à nostre salut, ne nous a esté du tout escripte par les évangélistes et apostres. Mais si cela avoit lieu, je vous prie, messieurs, de considérer quelle ouverture sera faicte à mettre en avant toutes les resveries qu'on vouldra. Et de faict, nous voyons que ce a esté le passage par lequel Sathan est entré pour dégaster la vigne du Seigneur.
<« Ce pendant nous ne nions pas que devant Moyse Dieu n'ait gouverné son Église par visions et révélations, et que les apostres n'ayent planté les églises de vive voix devant que leur doctrine ait esté escripte. Mais pourquoy estce que, croissant la malice des hommes avec le nombre, et, au contraire, descroissant leur vie, le Seigneur a voulu que ceste doctrine' fiist enregistrée en langage commun et entendu de tous? A-ce pas esté à fin d'obvier à ceux qui sçavent orner leurs resveries du tiltre de tradition, ou de révélation, ou de coutume? Or, si
ceste doctrine n'est escripte qu'en partie, de quoy servira ce remède? Certainement sainct Jean ne parle pas ainsi desEscriptures, quand il dict que les choses qu'il a escriptes sont escriptes à fin qu'en les croyant on ait la vie; ce qui seroit faulx s'il y avolt quelque autre doctrine nécessaire à salut. Sainct Paul aussi desclarant l'usage de l'Escripture, et voulant endoctriner, en la personne de Timothée son fidèle disciple, tous les ministres de rÉglise de Dieu, n'eust pas dict qu'elles rendent l'homme de Dieu, c'est-à dire le ministre de la parolle de Dieu (ou mesmes. si vous voulez, tout homme fidèle), parfaict et accompli, s'il y falloit adjouster encores quelque chose non escripte. Ce pepdant nous ne doutons point qu'il n'y ait eu de tous temps des traditions non escriptes touchant Tordre et manière de faire. Mais pource qu'on a abusé long temps a de ce nom, il fault tnontrer qu'elles sont recevables, ce qui ne se- ' ra malaisé de faire, si on se propose deux poincts pour en fiiire droict jugement, c'est à scavoir si elles sont conformes à la doctrine et propres à édification. Car c'est une chose toute asseurée que les apostres ny vrais pasteurs n'ont jamais dressé manières de faire qui fussent directement ou obliquement contraires à la vraye doctrine, ny pareillement qui destoumassent les hommes tant soit peu du service spirituel. Quand donc ceste reigle sera gardée, alors sera-il aisé de discerner la doctrine d'avec les traditions, etlesfeulses traditions desvrayes. u Et vous pouvezscavoir,mes8ieurs, combien Tertullian , en son Traicté des escriptures, a trouvé estrange le dire de ceux qui ont estimé que les apostres ont laissé quelque chose à enseigner, ou de bouche, ou par escript de ce qui est requis à nostre salut. Je dîray d'avantage, t'est à savoir que cela mesmes que les apostres se trouveront avoir fait en cest endroict n'est pas tousjours perpétuel, non pas qu'ils ne soyent tesmoings sans reproche, mais pource que selon la reigle de charité ils ont donné quelque chose à l'infirmité des Juifs, comme en ce qu'ils ont ordonné des choses estouffées, et de ne manger point de sang. Et en ce que sainct Paul a enseigné et praticqué luy-mesme en Timothée, et en sa personne, lesquelles choses n'auroyent aujourd'huy lieu, sinon en ensuyvant la reigle générale de s'accommoder au rocbain es choses indiiférentes. Et telles Cho-
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ses aussi se peuvent recueillir d'autres manières de faire qu'ils ont accommodées à leurs temps, comme quand il est parlé du baiser, et d'avoir la teste descouverte en signe d'authorité ; qui sont choses du tout contraires à la manière de faire aujourd'huy entre plusieurs nations, entre lesquelles il seroit trouvé fort estrange que les hommes s'entrebaisent, ou qu'un homme baisast une femme autre que la sienne, comme aussi aujourd'huy parler à teste descouverte est signe d'une condition inférieure. « Toutes ces choses doncques doivent estre considérées devant que fonder une coustume comme apostolique, à fin de n'abuser de l'authorité ou coustume des apostres pour troubler les Églises, comme nous voyons qu'il est advenu depuis le temps des apostres pour la feste de Pasques ; et du temps mesmes des apostres touchant ceux qui abusèrent de l'authorité de l'Église de Hiérusalem, pour mesler le judaïsme avec le christianisme, comme il est escript en l'histoire des Actes des Apostres. La il fut ordonné qu'on ne chargeroit les consciences de nul joug. Comment donc estimerons-nous que les apostres ayent inventé tant et tant de Gémonies, èsquelles puis après on a mis la rémission des péchés et les mérites, veu qu'ils ont faîct une si expresse protestation au contraire, et n'ont pas mesmes voulu donner lieu aux cérémonies mosaïques, desquelles Dieu luy-mesme estoit autheur? H y a long temps que sainct Augustin s'en est plainct escrivant à Januariùs, mais il n'y a point de doubte
Sue s'il eust esté en un tel temps que le nostre, en eust bien parlé autrement. En somme donc, nous requérons que FEscripture, qui est toute claire en cest endroict, discerne entre les traditions bonnes et mauvaises, sainctes et profanes, profitables et nuisibles, nécessaires et superflues.
« Ces poincts estans vuidés, il est aisé de décider ceste question si l'Église est par dessus l'Escripture; qui me semble une question aussi impertinente que si on demandoit si l'enfant est par dessus son père, la femme par dessus son mari, voire l'homme par dessus Dieu. Et de faict, jamais la vraye Église ne fera procès à Dieu en une telle querelle, mais passera tousjours condemnation. Et ne sert
rien de dire que l'Église est devant l'Escripture ;
car encores qu'ainsi soit, si est-ce que ceste
DE L'ESTAT DE LA RELIGION
parolle, qui depuis a esté escripte, est tousjours plus ancienne, veu que par elle a esté conceue, engendrée et nommée TÉglise, comme dict a esté. On allègue sur ce poinct le dire de sainct Augustin : « Je ne croiroye point à TEscripture, si FauthoritéderEglisenem'esmouvoit;»» mais il falloit considérer que sainct Augustin parle là de soy-mesme, comme manichéen. Quand donc deux parties seront en débat de la vérité d'un instrument, à qui aurons-nous recours que au notaire qui en garde le registre? Mais ce pendant ce n'est pas à dire que le registre soit fondé sur le tesmoignage du notaire, qui ne laisseroit pas d'estre véritable et authentique, encores que l'homme vivant n'en rendist tesmoignage. Autant en fault-il respondre à ceux qui pensent que l'authorité des livres canoniques n'est fondée que sur ce que l'Église en a déterminé, comme ainsi soit qu'il se trouvera des déterminations des conciles en cest endroict toutes diverses; ce qui pourra estre plus amplement déduict en la mutuelle conférence. Or, il me suffira d'alléguer oultre tout ce que dessus, une seule raison accompaignée de Tauthorité de quelques anciens biens approuvés.
«La raison est telle, Jésus-Christ luy-mesme a tant honoré la doctrine des prophètes qu'il avoit envoyés, qu'il a prouvé sa doctrine par leurtesmoignage.SainctPaulasouffertqueceux de Thessalonique feissentle semblable, comme il est escript Actes 17. Sainct Pierre loue expressément ceste manière de taire. Il ne Éault point donc que ceux qui se disent vicaires de Jésus-Christ et successeurs de sainct Pierre et de sainct Paul, refusent pareille condition.
« Au reste, voylà que dict sainct Hiérosme chap. 9,livre2 sur Hiérémie : «Il ne fault suivre l'erreur ny de ses pères, ny de ses ancestres, ains l'authorité des Escriptures. » Et sainct Chrysostome sur le 24 de sainct Matthieu, homélie 49 : «Celuy qui veultcognoistre quelle est la vraye Église de Christ, comment la cognoistra-il en si grande confusion de telle ressemblance, sinon par les Escriptures?» Item au mesme lieu : « Ceulx qui sont en Judée, qu'ils 8*enfuyent aux montaignes ,] c'est-à-dire que ceux qui sont en la chrestienté se retirent aux Escriptures. Et pourquoy est-ce qu'en ce tempslà tous les chrétiens se doivent retirer aux Escriptures? P'autant q^e depuis Iç temps quç
l'hérésie a occupé les Églises, on n'a peu avoir certaine probation de la vraye chrestienté, et ne peult estre autre refuge aux chrestiens voulans cognoistre la vérité de la foy, sinon les Sainctes-Escriptures. Quiconque donc veult cognoistre quelle est la vraye Eglise de Jésus- Christ, comme la cognoistra-il sinon seulement par les Escriptures?*» Item, le Seigneur, cognoissant si grande confusion devoir advenir es derniers jours, commande que les chrestiens qui veulent prendre la fermeté de vraye foy n'ayent refuge à nulle chose sinon es Escriptures ; autrement, s'ils regardent aux autres choses, ils seront scandalisés, et périront, n'entendans point que c'est de la vraye Église ; et par cela trébuscheront en l'abomination de la désolation laquelle se tient au sainct lieu de l'Église.
« Et sainct Basile, en la somme neufviesme de ses Morales, chap. 22 : « Si tout ce qui n'est point de foy est péché, comme dit l'apostre, et la foy vient de l'ouyr, et l'ouyr est par la parolle de Dieu ; tout ce qui est hors l'Escripture divinement inspirée, est péché.» Item, en un sermon de la confession de foy : « Si Dieu est fidèle en tous ses propos, et tous ses mandemens sont fermes et establis à jamais, estans faicts en vérité et droicture, c'est manifestement se destoumer de la foy, et un crime d'orgueil, de rejetter quelque chose de ce qui est escript, ou d'introduire quelque chose qui ne soit point escripte. »
« Jusques icy, madame, j'ay respondu amplement, et selon la mesure de la cognoissance que Dieu nous a départie, au premier poinct de la harangue dernière de messieurs les prélats, concernant Testât et authorité de TÉglise de nostre Seigneur; sur quoy nous sommes encores tous prests d'entendre tout ce qui nous sera monstre par la pure parolle de Dieu. Il reste l'article de la cène, duquel je me déporteray, s'il plaist à Vostre Majesté, tant pour vous avoir desjà par trop retenue, avec toute l'illustre compagnie, que pour le désir que nous aurions que ceste conférence fust commencée et suivie avec un meilleur ordre. Joinct qu'en parlant sommairement d'une matière qui a esté jusques icy tant obscure et enveloppée, il est malaisé que beaucoup de paroUes n'eschappent. quelque véritables qu'elles sqyent, qui ofien-. sept lescueurs de ceux qui les oyent. Toutes^
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fois, s'il plaist à Yostre Majesté que nous passions plus oohre, nous sommes prests d'en dire ce que le Seigneur nous en a donné à cognoistre, nous soubmettans tousjours à ce qui nous sera monstre par les Sainctes-Escriptures et, supplians très humblement Yostre Majesté d'estre persuadée qu'après la gloire de Dieu, auquel nous servons, il n'y a chose que nous pourchassions de plus grand désir que le repos de Vos Majestés, et de tout ce royaume. »»
De Bèze ayant achevé de dire, le cardinal de Lorraine feit signe à Claude d'Espense, théologien de la Sorbonne, l'invitant de parler.
D'Espense adonc ayant dict, par manière de préface, comme dès long temps il avoit désiré ceste opportunité et moyen de pouvoir conférer ensemble, et combien il avoit esté contraire aux cruels supplices desquels l'on avoit usé contre ceux de ceste religion , dict qu'il recognoissoit tout ce qui avoit esté dict de l'Église, de ses marques et succession d'icelle, estre véritable; que s'ils eussent dès le commencement ainsi parlé, que la controverse n'eust esté telle qu'elle estoit advenue.
Or, quant à ce, dict-il, qui a esté déduict de la succession de l'Église, je me suis tousjours esbahi de l'authorité de qui, et par qui appelés, vous estes entrés en l'Église, et prins la charge d'enseigner, veu que vous n'estes point entrés par la voye ordinaire, et n'estes institués par les ordinaires, ny receu l'imposition des mains d'iceux. Faisant un recueil par là qu'ils n'estoyent pasteurs et ministres légtimes. «Car vous ne pouvez (disoit-il) alléguer que vous soyez venus par succession ordinaire, et encores moins par extraordinaire, d'autant qu'elle se doit prouver par miracles, ainsi que Moyse excité de Dieu pour délivrer son peuple, ou bien par quelque tesmoignage de l'Escripture, comme sainct Jean, la vocation duquel fut prouvée apertement par le tesmoignage du prophète Malachias. L'une et l'autre vous défault, donc il s'ensuit que vostre ministère n'est légitime.
• Et quant aux traditions de l'Église, et l'interprétation des Escriptures sainctes, il est cer- Um que si quelque dispute en survient, qu'il fault recourir aux successeurs ordinaires, comme à ceux auxquels le Sainct-Esprit est promis, et qui à ceste fin sont ordonnés de pieu, comme l'on peult voir par l'exemple des J^viles, le^^els anciennement il falloit avoir
pour conseil et arrest, sans qu'il fust loisible décliner ny à dextre ny à senestre de ce qu'ils avoyent une fois dict.
«Que nous avions plusieurs choses par tradition que nul ne révoque en doubte, à sçavoir : Que le Père n'a esté engendré, que le Fils est consubstantiel, qu'il fault baptiser les enfans, que la vierge Marie demeura vierge après l'enfantement, et plusieurs autres semblables par conséquent ; ce qui nous a esté baillé de main en main par nos pères, ores qu'il ne soit escript, n'est pourtant moins certain et approuvé que s'il estoit tesmoigné par l'Escripture. Tout ce qui a esté ordonné par les conciles universels est certain et arresté, ne pouvant iceux conciles errer en ce qui est de la doctrine.
« Et ce que vous avez allégué de sainct Augustin que les conciles préeédens se corrigent et s'amendent par les suyvans n'est oncques advenu en ce qui est de la doctrine, et n'y a eu que trois conciles tenus du temps de sainct Augustin, à sçavoir le concile de Nicène contre les ariens, celuy de Constantinople contre les macédoniens, et l'éphésien contre Nestorius principalement ; desquels nul n'a esté depuis corrigé. Au regard de ce que vous avez déduict de l'histoire de Paphnutius, c'est chose doubteuse, et qui ne sert à propos. »
De là il vint à ouvrir le propos de la cène ; et, après avoir dict quelque chose de la présence du corps de Jésus-Christ en icelle, il feit lecture de quelques endroicts escripts aux livres deJ. Calvin, taisant le nom de l'autheur, disant qu'il s'esbahiroit bien s'ils y contredisoyent.
L'on estima que ce qu'en faisoit d'Espense, estoit pour agréer au cardinal de Lorraine, taschant par le moyen de ce propos de la cène trouver bonne occasion d'interrompre le colloque, et mettre les ministres en débat avec les Alemans.
Ainsi que de Bèze vouloit respondre, un moine blanc se présenta nommé Sainctes, ardent et eschauffé pour combattre et disputer, lequel répéta avec parolles aiguës et piquantes tout ce que d'Espense avoit jà dict suffisamment, afTermant en oultreque les traditions sont appuyées sur un fondement plus seur et ferme, que non pas l'Escripture; car l'Escrip-. ture- Sainct e, disoit-il, se peult tourner çà et \h^ par la variété des interprétations. Et sainct Cypri^n, soubs ce prétexté, fivoit esté déceq avec
DE L'ESTAT DE LA RELIGION
les Africains, en ce qu'ils disoyent que Jésus- Christ n'a voit pas dict : « Je suis la coustume,» mais : «Je suis la voye, la vérité et la vie ; »» de laquelle sentence les hérétiques n'avoyent depuis cessé d'abuser.
Il allégua le tesmoignage de Tertullian au fi\Te des Prescriptions des hérétiques, disant que de Bèzeavoit impérieusement et sottement parlé, tadmonesiant de bien voir et revoir le passage, où il dict que les hérétiques plastrent les Éscriptures, et par leur audace esmeuvent aucuns par ce moyen ; et que pourtant il ne fault pas recourir à icelles, ny fonder sur elles le combat, n'estant aucune victoire, quoy que c'en soit, certaine à espérer d'icelles.
Puis adjoustaqueDieUjOultreson intention, nous avoit baillé sa doctrine par escript, citant à ce propos Chrysostome contre Manichée, au proesme du livré.
La-dessus de Beze respondit modestement que tous ces longs propos ainsi diversement répétés, éstoyentpeu propres pourun tel colloque et dispute, pour en tirer quelque bon fruict et moyen de la paix et concorde que l'on cherchoit ; et que de tous tels amas et redictes n'estoit à espérer sinon confusion ; supplia la roine d'y ordonner pour i'advenir quelque meilleur ordre.
Pour doncques premièrement satisfaire à ce que d'Ëspense a voit dict, qui s'esbahissoit comment luy et ses compaignons avoyent pris la charge d'enseigner et prescher, vcu qu'ils n'avoyent point receu l'imposition des mains par ceux qui ont la puissance ordinaire de ce faire: «*Ce n'est pas, dict-il,la principale marine delà vocation légitime que l'imposition des mains ; les marques principales et comme substantîales sont l'inquisition des mœurs et de la doctrine, et ï'eslection, qui sont les voyes ordinaires, auxquelles, si l'imposition des mains défaùlt, la vocation n'est pourtant à estimer moins légitime. Nous sommes eslus et confirmés pasteurs et ministres, offerts et receus aux Églises solennellement, lesquelles ont approuvé nostre ministère ; et si nous n'avons receu l'imposition des mains et ne sommes institués des ordinaires, il ne s'en fault esbahir, si, les choses estans confuses et désordonnées en FÉglise romaine, nous, ny ceux par lesquels nous sommes institués, n'avons voulu attendre l'imposition de ceux, les vices des-
quels, la superstition et fauste doctrine est par nous réprouvée; car en vain eussions-nous demandé d'estre approuvés de ceux qui persécutent la vérité contre ceux qui la maintiennent.
«« Il est certain que les prophètes n'ont point eu anciennement de plus grands ennemis que les sacrificateurs, s'estans retournés de la saine doctrine, et ne faisants leur devoir. Les prophètes doncques, excités de Dieu à rencontre d'eux, leur demandèrent-ils approbation ou confirmation de l'authorité et charge que pieu leur avoit baillée? Et toutesfois l'on ne peult dire d'eux qu'ils se soyent ingérés en exécutant leurs charges au danger de leur vie, ce qu'il nous a aussi convenu faire, et aux nostres en ce temps.
« Et ne fault dire que les miracles soyent tousjours nécessaires pour la preuve de la vocation extraordinaire; car ce que nous lisons de Moyse, et des signes et miracles qu'il a faîcts, n'a pas esté commun à tous. Qu'ainsi soit, quels miracles ont faict Isaïe, Daniel, Amos,Zacharie,pour prouver leur vocation? Sainct Paul a-il attendu l'imposition des mains pour faire la charge qui luy estoit commandée de Dieu? Et ayant voulu prouver sa commission et puissance d'apostolat, il ne s'est tant aidé d'alléguer les miracles par luy faicts, que de mettre en évidence le fruict qu'il avoit faict par sa prédication et conversion de maints peuples et nations, si que, escrivant aux Corinthiens, il disoit qu'ils estoyent le sceau de son apostolat, ce que nous pouvons dire en semblable de tant de pays, royaumes, et provinces, ayans receu TÉ vangile par nostre prédication, malgré tous les empeschemens que l'on y a sceu faire au contraire; et ne pensons qu'il nous faille demander autre meilleure confirmation de nostre ministère , la vertu et efBcace de Dieu se mariisfestant assez en nous, à laquelle ny les liens, ny la prison, ny le feu, ny les bannissemens, ny la mort n'ont sceu donner empeschement. »»
— «« Voire mais, dict d'Espense, faites-moi apparoir d'un seul exemple qui depuis quinze cens ans soit semblable au vostre. » — « Tout ce qui est advenu, dict de Bèze , n'est pas escript par les histoires; mais ores qu'ainsi fiist qu'il n'y eust un seul exemple semblable, toutesfois il n'est inconvénient que Dieu face quelque chose de ce temps qu'il n'ayt faict cy-devant.
« QoaDt aux traditions» c'est une chose bien estrange de les esgaller, voire dire qu'elles sont plus certaines que l'Escripture, à cause de la diversité et variété des interprétations. Car quel fondement restera-il de nostre foy, si nous entrons en ce doubte? Quoy que les hommes puissent faire, si £ault-il demourer résolus en ce poinct que la vérité demeurera tousjours stable, encoreà que pour quelque temps elle semble estre obscurcie, et ne fault pourtant délaisser de recourir à icelle, encore que les hérétiques en abusent.
« Et quant au lieu de TertuUian, que Sainctes m'admoneste de bien voir et revoir, je l'ay veu et reveu aussi certainement que je sçay bien qu'il a faulsement allégué sainct Chrysostome ^ auquel ne se trouvera ce qui luy a attribué oontré vérité. Nous ne voulons pas nier que Tertullian ne se soit abusé en quelques endroicts; et toutesfois, le lieu allégué bien entendu, et pris garde à ce à quoy il tend, il sera aisé de le souldre ; pour ce que le but luy estoit proposé de monstrer qu'il ne falloit disputer en vain contre leshérétiques,ainsi que sainctPaul dit que après leur avoir remonstré une et deux fois leur erreur il les falloit délaisser. Mais monstrez-nous à quels hérétiques il avoit lors affaire, lesquels convaincus par la parolle de Dieu résistassent encores au contraire, et quelles traditions c'estoyent qu'il alléguoit à rencontre d'eux.
« Premièrement donc, il falloit nous convaincre par la parolle de Dieu, à fin que, nous monstrans que nous sommes en mesme erreur, nous en puissions estre retirés ; car, de vouloir simplement s^arréter à la tradition, laquelle n'est apostolique, ne fondée sur leur doctrine, ne seroit autre chose que d'ouvrir la porte à mille impostures, et renverser à la parûn toute la certitude de l'Escripture. Et pourquoy est-ce que Tertullian dit par manière de reproche aux hérétiques, en ces termes, qu'ils croyent sans escripture contre FEscripture, sinonipour les enseigner, que c'est à la vérité d'icelles qu'il fault recourir, et convaincre par elles les erreurs?
« Or, si les traditions et cérémonies que nos adversaires nous mettent en avant aujourd'huy estoyent apostoliques, l'Église en auroit usé de tout temps; mais puisque nous pouvons monstrer par les histoires leurs autheurs, il ne se
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peult dire qp'elles çoyent venues des ^pos^es- Gertes, Tertullian résiste à ceux qui disoient toutes choses n'avoir pas esté escriptes et enseignées par les apostres, à fin de faire ouverture aux nouvelles traditions, comme révélées parle Sainct-Esprit. «Usontaccoustumé de dire» dict-il, que les apostres n'ont pas sceu toutes choses, estans agités d'une pareille rage, par Iftquelle ils disent au contraire qu'ils ont sceu toutes choses, mais qu'ils n'ont à tous enseigné toutes choses ; reprenant en ce faisant en l'un et en l'autre Jésus-Christ d'avoir envoyé de^ apostres, comme non sufiis^mmept instruicts ou finets. Qui est celui qui peult croire à bon escient que ceux qu'il a envoyés pour estre maistres et docteui^ ayent ignoré quelque chose?»
« II fault donc nous retirer aux apostres, lesquels Jésus-Christ a envoyés pour nous instruire et enseigner. Et comment ppurra-il apparoir de leur doctrine, sinon par leurs escript^? Poji^tant ont ils esté oinçts du Seigneur, à ûd, qu'ys nous enseignassent toutes choses salutaires, et non pour nous laisser en doi4>te et incerjLains?
<« Le passage de Chrysostome allégué se peult par mesme moyen facilement dissouldre, auquel est dict en ceste manière : «Christ n'a riep laissé par escript aux appstres ; » et pour ceste cause n'a-il voulu qu'ils aye^t rien laissé par escript? Non. Mais pour ce les a-il exuieignés et illuminés par le Sainct-Esprit, à fin que sa doctrine mise par escript demourast éternellement. Yoire mais ils ont enseigné plus qu'ib n'avoyent escript. Nous n'allons au contraire ; mais nous disons que ce n'est chose qui appartienne à nostre salut ; car tout ce qui pouyoit appartenir aux cérémonies et à l'ordre et po* lice ecclésiastique, ils l'ont peu enseigner de voix. Mais pour ce que ce sont cbo;5^ qui peuvent prendre changement selon le temps et lieu auquel l'on est, il a tallu y asservir les consciences.
« Au regard de ce qui a esté diçt de ces mots: non engendré, consubsiantiel^ iriniié, haplesme des enfans et autres semblables , encore que ces noms ne soyent exprimés en l'Escripture, si est-ce que le mesme sens et la substftnce d'iceux y est suffisanmient exprimée, de laquelle lesdicts noms en ont esté depuis tirés, i»
Sur ce, après maintes interruptions et débats entremeslés par ledict Sainctes, qui disoit que
DE l'ËSTAT DE LA RELlClON
la virginité de la vierge Marie, après Tenfantement, ne se pouvoit prouver par TEscripturet ny que les enfans dussent estre baptisés , l'un et l'autre toutcsfois fut prouvé par tesmoignage de l'Escripture ; mais non pourtant délaissa-il d'argumenter et crier à la façon de la dispute sorbonique. Ce qui fut peu agréable à toute l'assistance.
Et ainsi que plusieurs d'entre eux parloyent ensemblément avec confusion, le cardinal de Lorraine se mettant entre deux, comme estant ceste question assez débattue, l'interrompit, et feit cesser la dispute d'icelle; qui fut cause que les docteurs de la Sorbonne, ayans eu le dernier, se persuadèrent d'avoir eu la victoire. Puis après vint à parler du sacrement de la cène, protestant au nom de tous les prélats de ne passer oultre jusques à ce qu'ils fussent d'accord de ce poinct avec les susdicts ministres; pour ce, disoit-il, que c'est le principal article pour lequel la chrestienté est en trouble ; adjoustant que lesdicts ministres estoyent cause qu'il Calloit par nécessité commencer tout premièrement par ceste dispute, pour autant qu'au premier colloque ils en avoyent si clairement déclaré leur opinion, que le bruict en estoit partout le royaume, et que la harangue par eux faicte estoit jà imprimée et divulguée par-tout.
Il commença doncques par la confession d'Auguste, demandant s'ils la vouloyent soubscrire; lesdicts ministres demandèrent d'autre part s'ils la vouloyent en tout approuver. A quoyledict cardinal n'ayant donné response, leur monstra l'opinion de quelques ministres, qu'il disoit luy avoir esté envoyée, et demanda s'ils y vouloyent soubscrire, les priant avec instance de ce faire. Ce que l'on dict qu'il faisoit cautement à fin que, s'ils refusoyent de ce faire, il les meist en combat avec lesdicts Alemans; et s'ils l'approuvoyent, que comme ayant obtenu la victoire il eust triomphe d'eux.
Lors de Bèze, pour éviter ses embusches, si telles à la vérité elles estoyent préparées, respondit que luy et ses compaignons estoyent là venus pour défendre leur confession de foy, et qu'ils n'avoyent autre pouvoir ny mandement de leurs églises ; et partant requirent qu'il leur fiist loisible de suy vre l'ordre d'icelle, à fin que toute la dispute et conférence fust suyvie et tenue par bon ordre, et qu'il peust mieux par ce moyen apparoistre en quoy ils pourroyent estre
ensemblément d'accord. Que l'ordre naturel et le moyen plus propre pour venir à qudque concorde requéroit que les poincts plus aisés et plus faciles fussent les premiers traictés^ et qu'estant ainsi que les sacremens dépendent de la doctrine, ce seroit faire au rebours que d'en traicter premièrement. Mais non pourtant en fut il faict autre chose, car ledict cardinal demeura ferme en son opinion.
Lesdits ministres craignans que ce ne fust pour les contraindre d'interrompre d'eux-mesmes le colloque, et en jetter le tort sureux, demandèrent qu'on leur baillast l'escript que Ton vouloit qu'ils soubsignassent, pour en délibérer ensemblément. Lors fut par eux produict une copie de l'article de la cène du Seigneur, extraicte de ladicte confession d'Auguste, ainsi que ledict cardinal disoit, qui estoit tel : « Nous confessons que le vray corps et le vray sang de Jésus-Christ est véritablement, réalement et sacramentalement au sacrement de l'Eucharistie, et tel offert et receu par ceux qui communient et le reçoivent,** et baillèrent avec ce quelques confessions de foy d'aucuns ministres de Wittemberg, faictes dès l'an cinq cens cinquante-neuf. Et fut ainsi mis fin au colloque de ce jour, et remis au premier jour.
Les ministres s'estant retirés, et depuis résolus, après avoir invoqué Dieu, de recevoir toutes conditions à eux offertes, encores qu'elles leur semblassent iniques , plustost que de donner occasion aucune d'estimer qu'ils eussent esté cause d'interrompre le colloque, ainsi qu'ils estoyent prests d'aller au lieu désigné, la roine leur manda que le colloque estoit remis au deuxiesme jour après ensuyvant.
Ce pendant vindrent nouvelles que la confession de foy des dessusdicts ministres de Wittemberg avoit esté envoyée avec lettres missives par eux escriptespar Bauldouin, professeur en droict, et un nommé Rascolio , cuidans les arrester par ce moyen, comme par un préjugé; et disoit-on que iceluy Bauldouin devoit luymesme venir en peu de jours avec les ministres de Hildeberg et Wittemberg, qu'il menoit avec soy, en espérant de les faire combattre avec ledict de Bèze et ses compaignons, n'ayant promis peu de soy au roy de Navarre, auquel il avoit persuadé qu'il avoit trouvé un bon moyen pour facilement appaiser les différends de la religion.
ET RÉPUBLIQUE, LIV. VIL
Et de Gûct, il vint dorant le coDoqae, sans tonteafois amener avec soy aucuns ministres, s'es* | tant hasté, pour pendant iceluy présenter un livre latin de l'office et devoir à tenir par Thomme chrestien durant le différend de la religion, s'estant bien persuadé que parce moyen il seroit le bien venu. Il Caisoit monstre dudict livre comme d'un thrésor propre pour moyenner la paix et tranquillité que tant soigneusement roncherchoit, parlant d'iceluy comme voulant donner à entendre à un chascun qu'il en estoit l'autbeur ; le louant néantmoins avec telle modestie, feincte et contre&icte que, niant en partie, et en partie confessant, il faisoit entendre, ou plustost persuadoit, que non seulement il avoit esté faict à son instigation et poursuyte, mais qu'il estoit celuy même qui l'avoit faict. Et bien qu'il eust ccste opinion de soy que par ce moyen il seroit incontinent appelle et ouy au colloque, ayant donné à entendre à maintes personnes de grandeur et qualité qu'il soavoit le moyen de composer tout le différend qui estoit en ce royaume pour le faict de la religion, il advint toutesfois qu'il ne fut appelé d'un costé ny d'autre, pour la suspicicm que les uns et les autres eurent de sa légièreté et inconstance, s'estant monstre pour et contre en ses précédentes actions; qui mettoit.un chascun en craincte et deffiance qu'il n'y eust quelque trahison feincte et cachée.
U avoit peu auparavant soufflé aux aureilles do roy de Navarre qu'il avoit trouvé un bon moyen pour recouvrer son royaume de Navarre, luy prodoysant des co|^ies de quelques vieilles Chartres, par lesquelles il l'avoit mis en bien grande espérance dudict recouvrement; qui fut un premier commencement d'appast si bie» continué et suy vi de près par aucuns, qu'à la parfin ce bon roy et prince, trop prompt et facile à croire, en fut misérablanent séduict et abusé, comme nous dirons cy -après. François BauMouin en sceut bien faire son profict pour une Ixmne somme de deniers qu'il en tira, avec la charge de son fils bastard, qui luy fiit donné pour Finstroire aux lettres, avec une pension de mille à douze cens livres.
Il ne peut dissimuler le despit qu'il avoit oonceu contre les ministres, lesquels il estimoit seuls avoir esté cause de ce qu'il n'avoit esté appelé en public pour dirp son advis sur le moyen qu'il avoit à proposer pour la padfica- > XVI" siÈGLBy La PI. et La PL
tion de la religion, conforme au livre qu'il avoit publié deux jours après, qui fut le vingtsixiesme dudict mois.
Les susdicts ministres furent mandés pour estre plus amplement ouys. £ux doncques assemblés, de Bèze ayant escript ce qu'il devoit dire, par Tadvis commun de luy et de sescompaignons, leut et récita en public ce qui s'ensuit:
« Madame, à la dernière fois qu'il vous pleut nous donner audience, nous feismes déclaration, selon la grâce que nostre Seigneur nous a donnée, de l'article qui avoit esté mis en avant» touchant l'Église, les marques etauthorités d'icelle; en quoy nous avons tellement suyvi la paroUe de Dieu, que chascun, comme nous es* timons, a eu occasion de se contenter de nostre response. Mais en Ueu d'approuver ce qui avoit esté dict par nous, ou de monstrer par l'ËscriptureSaincte ce qui mériteroit correction, on nous a demandé en quelle puissance nous administrons la parolle de Dieu et les saincts sacremens. Et là-dessus rien n'a esté espargn^ pour rendre nostre cause plus odieuse. Nous ne scavons à quelle intention cela a esté mis en avant ; car, en premier lieu, nous ne nous sommes pas ici présentés pour administrer la parolle de Dieu ny les saincts sacremens; par quoy il n'estoit aucun besoin de nous demander en quelle puissance nous le voulions faire.
« Si l'on nous dict que c'est pour nous faire rendre raison de ce que nous avons faict par le passé, il falloit considérer que nostre compaignie est de deux manières de gens : les uns servent de ministres hors de ce royaume, es lieux où leur volonté est receue ; à ceux-là ne peulton demander pourquoy ils sont ministres? U y en a d'autres qui preschent en ce royaume, lesquels vous n'avez pas appelles pour leur faire rendre raison de ce qui est passé quant à leur vocation, mais seulement pour conférer de leur doctrine; autrement, ce seroit un commencement de faire leur procès, à quoy nous sommes asseurés, madame, que vous n'avez pas pensé. Si c'est par une manière de conférer, soubs correction, il n'y avoit pas grand propos, et cela ne pouvoit servir qu'à nous faire entrer en une matière, de laquelle nous ne pouvons sortir sans, offenser et irriter messieurs les prélats; à quoy, nous n'avons pensé ny ne voulons donner oc-, casion à personne d'interrompre ceste saincte.
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èl chfestléhne cèhvtk cncô?nffiè*icéé. Et à fflï , que Fou cognoisse que nous rïe parldns saris , grande raison, à toutes les fdfs que deux par- , fîes cdfivl^nhent pour entrer en conférence; si Ptine démande : « 'En vertu de ^6y faites- Vous éëlà? w l'autre iày demandera le liertJblable; et ainsi il ^erà martai^é que, Mr ceà dëbiàiides réciproques , Il ne sùrvïehrië Quelque tiiiàensioti.
«• Or, laissant à part messieurs les prélats de ce î^ôyaume, lesqdds iie vodldris offétiser, figurons-riôus Un évesque qui tlotis demandast : •Soubs ^el tiltre preschez-vous et admitiistrez les sâîricts saeremèns? »• nrttis Itiy demanderions réciprôquèmeiîït s'il a esté eslèu des anciens de l'Église à laquelle il est député pbur évesqtlè; s'il a e^té demandé par le {)étople ; s*il y a eu information {nrécédénte de sa vie, de ses iKîeur^'ët de sa doctrine. Il diroit ouy ; mafs on sçait Wèn tout le contraire, et nous nous eh remettons à la conscience de ceux qtil rioiis es- <ioutent, qui ^çavent comme il ^h va. Et s'il Aous disoit : « Vous n'estes pas mlntâtres, parce que vous n'avei pas Timpositiou des ttiàins, »» floifslu'y respondrlonfe : «♦ Vous n^estes pàis éves- ^e, pour ce qu'en Voélre itistîtutlttb otit été ôbmis te pôiïicts subàtanliels et commandés de dMict divfei, sur lesquels on ne ^\x\i di^pëti- 5er. » Et, ^i la dispute s'eschaiïffoît d'àVàniàge, nous ]f)'asserIons plus oultre, et pourrions user de tëll(*s paroHes : « Vous n'avez qiie l'un des fbincts teqilfs à î'institutidn, qui efet rîm|)Ositîon des mains. Si ledéfauhdete^uy-là (cbriinA'é vouk ësttnlëz) notik*prîve de pOuvbir estre mlnSstrëà, par le dêfault des deux âtittres vOûs le ^ere!z Hf^oînfe que nous. Le contîte de ChaWêdolno, qui e^ l'un des quatre généraux, ordonne q'ue trrfta sit ordindlio du presbtrè qtfi n'a esté député spéci^ilement àû service de qu* ^e tègliàle : « Irrita, AMI, îh ihjUnùtH ordi- Minlis; ^ Il plus forte raison le ^poiiWdns-noùs dlbe à l'cVësque qui disputer oit âVëc riôus, quàbd lëà dëuk îWinfets éSàëritlëls lui défellferit, C(Jhti*fe Fbrddtmaricë del'AfJÔtre, 1 . THn: 3. A. Til. 1 . b.
« W, Voitey lïti tbtfe poinct ^l nôtis fait grand thaï de dite, et toutesfoi* tioU'S ^n iibriiïriés contraincts, à fln de monstrerli toute CeSffe éompàigirië que si cëste dîspuUe de la YOCéiti<M cstoit une fois ouverte, éWe ^erdt ^râYidetneitt diangereiise. Si nous tlèmandions à un tel éve^ qile de qui c'est qu'il a rteceu ceste Imposition ] <tes mains, et s! kh ne luy a rien cousté, que
LA RÊLifeKm psw]]
dir*(nt-ll? n <»tt)ic q^e nm, S\ ribte Iwy'a^mfedrons qui lui a imposé les mhins, If diroit : «* Ce sont les évesques, par l'authorité tpA leur a èâtér donnée. » Et si nous leur demandôtis : « Com* bien avez-vous âchepté ceste atrthorité?* il dira qu'il ne l'a pas dcheptée, mais qu'il en a donné tant de mîttierâd'èseuii, c'éârt-à-dii^ : «Je if ay pas achepté le {Miii, mais ffiy aehepté te* Bled, n Or, ceste disp«^, i^ oép la venk décider jWr les conciles et cahons de l'Ëgttse, feroit rougir une infinité d'évesqiieS et tfutdnt de curés. Eu laquelle; madame,' nous n'avons voulu entrer, afin de n'offenser per S6irhe. Bi deci soit dicti non pas pour y entrer, »y pour revenge, mais feulement pour voiis bonstrer, madame« qtie é\ hbtiB fb^ës briefs es réspon^es^ ee fat pbnr le désir que mrt» aviotifede tràictër cesàfftilres en toute doucetjr.
«« Et quant à l'article de Ta âftindte eène dv Seigneur, nOlis n'eft voulusmefi dernièrement parler plujs avants ayàns respect à plusieurs de ceste ccmipai^nte, qtil tt'ontpas accoustumé d'en ouyr parler si 'avant; qu'Hs ne se scandafiseut fàblle^eiit quand tl's oyéni quelque cbosè qui leur Semble n($uvette. Et isilmerions mieux qti'its lèntebdis^nt le lau^aige tfes anciens docteurs de f Église que le nostre^ atctendv mesihement que ïnonsiebr le cardinal de Lorraine s'estoit obWgé, par (iromesse piibltqi^^ de nous instruire et enseigner^ néramémetn sur cest article, par te j^ttjHes des docteurs qui ont éscrifit leà premiers cinq bens aiis> telfemem que noiis eii estiwii «préparés et avec Die» et avee ïious-f!iei5ttîe*ï^ receveur la irôWère, B*il rrowe estoit monstre que Jvisquès i<^y elle tk)US éust esté cadieë.'Ot, pour 'èatt^feire à noétre attente et & celle d'uhe partie de h chfestierité, on nous a pr^sé l'article du sainct isacrement, i*etrâLnChé des ptti^ principraox et nécessaireê [k)iriëts, ^t nous ktt-ondicl : ** Signe» tda, sinon nous ne ^sSë^ofts oblffe. • «l tïO'tts vous estions préifent^'S prisoftnteris ^p^S^ nous ïaire rfostre procès^ ertcores ne dtrîeà-vb^ pas : «Sî^ ^ez feela; Mnon nous vous cOndamtîètfs.^ Vosti^ estât, mes^eùrs, vbds oblij^e 3e ^rler autrement, et vous cciîftttikrtde de ¥ious mbnSti*ér nofe erreurs S^l y eft k^, et vèull q^e vbus stoyez poieniesexKortàyH in^êotftir^sëhà ceux qui ont besoingde doctrine et qui soiit près de rendre raison de leur iby par l'Escriptore ; et si la feçon de nous coiHhmner est nouvelle^ les
ÇT RÉPUBLIQUE, Liy. SU.
moyens dç^^plç op ^ qsç sejwblpmeftcpçiç? jf}^ e^tranges, comme nous diropis tantp^f .
« l)Jadan\e, pgi^ somipes ijçj pf éçjçijs 4ev^ vous pour deux fin^ principaje^ : Fif^ç c'esj pour readre raison et à Dieu, et ^ vous, çt à tout le monde, de nosfre foy j Fautr/ç, poijr servir § Dieu, au roy et à vou^, çn tQj^^ l^ moyens à nous possibles, poi^r app^i^çr Jes trouWçs qui sont susqtés au faiçt d,e la religion. Si vous nous ren V9y e? sans nous ayoj r dpij;?^ çt quf conférer amiablement, il nç noju^ç sjera jrien fajicfi qi?i ne soit publié par toute la çhresti^ntç. Cç ne sera paslje mpyen^d'appaiser les trou)^l^§, et ceux quile ijiçttent enavfLDt le sçjavçnjt Jj.iep. §i vous n'aviez affaire au à npus qui sommes ici présens, il n'y auroit pas grand dangef, selon le monde, d'en userc^mçiç Top y(^udpit; pais i,l vous plaira considérjçr aue nous ^mm^^ ip dp la part d'un milliop de pçrsQpng;^ qui §pnt en qç royaume, en Suysse, en Pologne, eç ^Hem^jgne, en Aijig^çtçrj^ et enEscosse, quyi.^t,tçpde;it tqu3 qpelque bonijp résolution d,e ce^e a§§em\)j,ée , et entenc^roi)t qu'au lieu ^e çoi^férer, cpaipxe l'on avoit promis, on nous baille la di^^ie^t^e parr tie d'un article, etdictron : "§ignez,cel?i, sj^on nous ne passerons point pultre;» etquaï^^bi^ nous l'aurions signç., quauroit-on gaigné? Ceux qui nousont ejnvoyespard^Çli vçuidroient sçavoir ^i npijp avçps estjé ^çpçtrainçt^ j[j^ force, ou convaincus ^ar bonis ç^t çer^aio^ ^gumens.
«Parquoy ijous vous suï)plipns,m{^d^,iïie,,de
ne point i^p ter rompre^es^e bonne (puyre, et nous
bailler des pei;sonnes^qui ne fac.çnt point cçn^
science d^ conférer avec nous; autj^mgnt Vos^
tre Majesté poult ^uger d'elle-mesme çpmbiçp
ceste manière 4e prçic^er, qu'pn vç^ult .me.tlije
en avapt, apportera ije scandale. Et tp\jtes|6is,
ÇQur ne ,c|^mourer sans responsp à qç ,qiii
nous a esté pr9ppsé , pous declarpç^ qup ^(ipup
ajijprouvpns tout ce qui a esté dict par ^po-
sjeur a'Espense, au rivrede M. Jean Ca(vip,
qu'il nous a baillé, sans autren^ent^n cpnfçrer.
«Et quapt àj'article quempnsieur Ip cardinal
nous a baillé, il est certain que ce n'est qp'un
extraiçt^et déclaratipn de la confession d'Àus-
boprg, en qqoy il y a beaucoup de choses à co^i;
sidérer: c'est qu il fauldroit nous communiquer
toute la confession ; car il ne seroit point rai:
spnnal)le de npus présenter une Jigne d'article,
et laisser tout le demeurant. D'avantage U laul-
droit que nous sceussions si monsieui; le cardinal la présentpit de soy-mesme (ce qujç tiOuteSf- Spis npps ufi pré^i^mqiops , mais nous dfisjrppp ppi?s çstrç testifié), ou si c'est de l'aut^pril^ de jgaessieurs Içs prélats que Ton nous prppose la .(^pfejçsjion d'Ausboprg, et pous en assurer tel- Je^xcn^t qpe nojps puissipp^ Ijlbreajent çqif^v&c ensemj^fie ; car pw là au mpins, nous reme^cierjpp$ I^ieu djç ce que monsieur le cardp^ 4e ^rraine etlçs a;u,tres pf^^eront cpndea;matjp^ 4e la transsîubst^ptiation, laquelle est réproi^yéç par le comptin accord de tputes les égÙsiçsréforDaées, tant en Allem^-igne qu'ailleurs. Ç.t sii'ony,e.U|ltqute nous signions quelque cljpjsp, il est raisonnable que monsieur le çardiç^ ^P Lpr/ain^ signe ausgi ce qu'il i^ous présenté au npm <j^e 1^ çoippaignie, à fin que nos égjiff §çs q^fl ;aou3 oflCt envoyé.s icy yoyenjt et çop gjpois^eat qc^e nous ne conféroiis ppi^ ep l|air .ç.t en yai^n.
t» Que si ijjonsifiujr le cardinal 4e Lofi;aiAç Cjpntinue encest^ volonté d'approcher de la^confesisiop des ^temans toute entière, ^ou? espérpi^ quç Dieu nous çipprochera et nou^ (jonjoindra à up si bpn poincjt que vous en serez coplente, et que son nom en sera glorifljé par tpq^ le wopdp. Et ,çe pendant, madame, nouç disons que no.9itre seigneur Jésus-Christ ejst aj l'usage de JLa saJu;icte cène , c;? laquelle il npqij pjéspntç , .^(ïïioj^ et exhibe vérijLahleçQ^nt sffp. cprjf3 çtsoja s^ par l'opéraAion du Sainçt-Espfit,,et^e]Dpus recevons, mangeons, et J)eu7 vpns spLritUe^enûienjt et par foy (je propre ,corg^ qui est mort pour ^ws, et cç propre s|ing .qui a estjé i^^^p^duppurnous, ppurestreosde ses ps, çJL cjbfi.ir de sa chçiir, à fin d'e;n estrç vivifi^., çtt percev/)if top^t ce qui est requis pour npstfje ^uL
« Et/si cel^ ne vc^^ciixtenjte, D(i^dame, et qu'il ^U bfi^ping de plus gr:aAde dépl^at^on {(^ojom^ çqi^es il est 4aJDige;)ceu^ ^t^alaiçé de parl^ d*uA si graqd rqy^tèyre ay,ec peu de parplles ),, s'il plaist à ppp\isieur Je,ça.rdinal de Lorraine 4f iepij^ ce qu'il a promis, qui est de vi^itpr enseï))^^ lés Escrij^tp^^-Sfiinctes.jÇt les anciens 4o^t,eqfy5 de rigjise, en tant qp'ilsspnt conformes a ic^e, ^ s'il plaist.àVostre Majesté d'establir(corame vpu;^ le pouvez faire 4e voslre aulhorité ) ur^e bonnp fprme,4e,p9njf^r^ïîce, de certains députés, disputans par ordre, ayant les livres eji présence, avec secrétaires pour recueillir e,t mettre le tou(
DE l'estàt dè la religion
[isèi]
en forme bonne et authentique, nous vous ferons cognoistre, madame, avec l'aide de Dieu, que nous ne spmmes point icy venus pour troubler le monde, mais pour accorder une saine doctrine. Car ayans en premier lieu revestu ce sainct sacrement de ce dont il a esté despouillé, et Tayans deschargé de tant de choses qu'on y a adjoustées, nous ne prétendons autre chose et ne désirons rien plus affectueusement, sinon qu'il soit restabli en son entier. Et pour parvenir à ceste fin, madame, nous dédions et consacrons en toute humilité à Dieu, à Vos . Majestés, et au repos de la chrestienté, et nommément de ce royaume, nos esprits et nos propres vies. »♦
Les prélats et autres ecclésiastiques se sentirent fort poincts et attachés pour cest escript ainsi leu et proposé, et principalement de ce qui avoit esté récité en la première partie d'iceluy contre la dignité, authorité et prééminence de leur succession et vocation. Sur ce le cardinal de Lorraine tout esmeu dict que tout alloit bien, puisqu'ils avoyent osé envahir et blasmer non-seulement la dignité sacerdotale, mais la régale aussi, voulant dire qu'ils damnoyent par ce moyen le concordat faict entre le roy François premier et le pape, receu aux cours des parlemens, par lequel les eslections des évesqueset abbés estoyentostées; comme si lesdicts ministres vouloyent rejetter toute la faulte sur le roy si nul d'entre eux n'estoit entré en sa charge par la voye d'eslection, d'autant qu'ils se disoyent estre nommés et establis par le roy en icelles, auquel le peuple avoii transféré tout son droict ; que partant s'ils vouloyent réprouver leur vocation, qu'ils avoyent à s'addresser au roy, les loix duquel ils estoyent venus débattrede pais estrangeren ce royaume. Adjoustant ledict cardinal qu'il voyoit bien que lesdicts ministres estoyent ignorans de la voye et manière par laquelle ils estoyent institués publiquement, un chascun appelle par le son des cloches, et qu'ils devinoyent et parloyent de ce qui leur estoit incogneu.
De Bèze là-dessus respondit que tout cela faisoit paroistre le renversement du vray ordre à tenir en Testât ecclésiastique avoir esté tel que les roys avoient esté contraincts de mettre la main à une si horrible confusion engendrée de l'ambition, avarice et brigues indignes des chanoines, moines et semblables, à laquelle, I
comme à une vieille maladie, rfavoit esté possible pour le temps d'y pourveoir autrement que par leur oster le droict d'eslection, duquel ils avoyent meschamment par «si long temps abusé. « Et quant à ce qui concerne la forme solemnelle, de laquelle les évesques et pasteurs ontaccoustumé d'user, un chascun sçait assez, dict-il, quelle farce que l'on y joue ; dont nous ne voulons autre chose dire, n'estans tombés en ce propos que par incident, sans avoir délibéré d'y entrer plus avant, mais seulement pour monstrer que nostre ministère excité du seigneur Dieu au milieu de ceste dissipation et confusion extresme de TÉglise est légitime, et néantmoins vilipendé et mocqué sans cause. «
— « Le commencement d'injurier est venu de vous, dict le cardinal de Lorraine, jusques à vous ruer sur nos roys. Nous n'entreprenons point sur ce qui est du vostre, mais vous entreprenez sur ce qui est nostre. Nous ne sommes pas esgaux vous et nous, il s'en fault beaucoup. »» Puis il vint à reprendre le propos de la confession d'Auguste, pourquoy il ne la vôuloit soubssigner.
Ils respondirent qu'il n'estoit pas raisonnable de leur faire ceste demande, pour ce qu'euxmesmes ne l'approuvoyent en tout; mais cpxe s'ils la vouloyent souscrire les premiers, qu'il y auroit moyen de facilement s'accorder ensemble. D'avantage qu'ils ne sçavoyent si c'estoit au nom commun de tous, ou bien au nom d'un seul privé que cest escript leur lut présenté.
<( EgOf dit le cardinal, nuUius addictus sum jurare in verba magistri, c'est-à«4ire , je ne suis astreinctde jurer en la parolle d'aucun maistre ; par quoy je ne soubscris, ny à ceux qui ont faict ceste confession d'Auguste, ny à vous, estant prcst néantmoins de soubscrire et à eux et à vous, si vous dites ce qui est de vérité. Au reste , mes frères qui sont icy présens me peuvent tesmoigner que je qc vous ay rien dict ny présenté que de leur commun advis ; ** lesquels, ayant ledict cardinal jette les yeux sur eux d'un costé et d'autre, ne feirent signe d'y consentir, ny de y dissentir aussi.
« Puis doncques, dict de Bèze, que vous ne voulez soubscrire ladicte confession, il n'est pas raisonnable de nous demander que nous la soubscrivions. »»
Ce propos ainsi terminé, ledict cardinal commença à reprendre le propos^ du sacrement de
la cène, et meit lesdicts ministres en dispute avec les docteurs et canonistes, qui estoyent li de sa part ; car Chasque prélat estoit venu accompaigné des* siens, ainsi quMls ont accoostumé. Et ledict d'Espense avoit esté précepteur aux lettres dudict cardinal, et advancé aussi par luy en bénéfices.
D'Espense commença le premier de mettre en avant la présence corporelle de Jésus-Christ en la cène, de telle sorte qu'il mettoit le corps enclos dans le pain, disant que s'il n'estoit avec le pain, il ne pou voit autrement estre mangé, et blasmoit lesdicts ministres comme estans contraires à ce que leur précepteur Calvin (monstrant un sien livre) leur avoit enseigné. Eux au contraire dirent qu'en rien ils n'estoy ent di^cordans d'avec luy , et protestèrent de soubscrire à ce qui estoit audict livre.
Il pesoit ce mot de substance, duquel avoit osé ledict Calvin. Ils respondirent qu'ils avoy ent accoustumé d'en user pour oster à un chascun l'occasion de penser qu'ils ne voulussent là feindre quelque corps imaginaire, ou bien une réception et communion d'iceluy fantastique ; que nul toutesfois ne pouvoit estre faict participant d'iceluy, autrement que par foy et la vertu du Sainctr-Esprit.
Là-dessus Pierre Martyr, excellent en doctrine, et ayant singulièrement traie té ceste matière, déduict en langage italien, ne sçachant parler françois, plusieurs choses servantes mesmes à tout ce qui avoit esté auparavant allégué par lesdicts cardinal et d'Espense, tant pour le regard du faict du sacrement, que pour tout ce qui avoit esté dict de l'authorité des conciles, et émendation d'iceux.
Et ainsi qu'il continuoit de dire fort doctement, et jusques en admiration de toute l'assistance, ledict cardinal dict qu'il ne vouloit avoir affaire à autres qu'à ceux de sa langue; non toutesfois qu'il n'entendist très bien la langue italienne, et que ledict Martyr ne fust clairement entendu de tous. D'Espense lors donna ceste louange audict Martyr, qu'il n'y avoit eu homme de ce temps qui si amplement et avec teOe érudition eust escript du faict du sacrement que luy.
Ainsi que les ministres vouloyent respondre, il y en eut un Espaignol de la part des prélats qui estoit jésuite, lequel demanda audience; ce que luy estant accordé, tout ^son propos fut
Et RÉPUBLIQUE, LIV. VU.
loy
presque injurieux et plein de mesdisance ; si qu'il fut peu agréable à toute la compaignie. Il s'arresta principalement à divertir un chascun d'ouyr plus les ministres, disant que leur erreur estoit assez convaincue et manifeste, les appelans singes et regnards ; concluant qu'il les falloit envoyer au concile de Trente ouvert par le pape, auquel chascun auroit libre accès ^ asseurant mesme que sauf-conduict leur seroit baillé pour y aller; que c'estoit le lieu auquel il falloit renvoyer toutes les controverses et disputes de la foy et de la religion; de laquelle ny les femmes, ny les gens de guerre, ny autres qui n'y sont ^exercités, ne peuvent estre juges idoines.
Mais estant entré au propos de la cène , il se monstra en cela ridicule à toute la compaignie, que voulant prouver la présence du corps y estre, promettoit l'enseigner par ceste similitude : que c'estoit tout ainsi comme si un prince, après une victoire obtenue contre son ennemy, ordonnoit des jeux estre faict s tous les ans en mémoire d'icelle, par lesquels la guerre et la victoire qu'il auroit eue seroyent représentées , et mises devant les yeux d'un chascun ; et que si celuy qui joueroit le personnage de ce prince vainqueur esmouvoit grandement le cueur des assistans, d'autant plus seroit un chascun esmeu si ce prince mesme y pouvoit estre veu en personne ; qu'en ceste manière Jésus-Christ instituant la mémoire de sa passion, y avoit voulu présider et assister luy-mesme.
Veulent à mettre fin à son propos, il incitoit la roine contre lesdicts ministres, avec souspirs et plainctes, faisant semblant de plorer, luy et quelques autres qui estoyent avec luy.
De Bèze adonc dict que ledict jésuite avoit parlé en telle manière, comme si luy ^de Bèze et ses compaignons estoient convamcus d'hérésie ; qaais puisqu'ainsi estoit que nul ne les en avoit encores convaincus, qu'il jésuite eust à se réserver à luy et ses semblables tels conviées, lesquels il^e cognoissoit aucunement appartenir à soy ny à ses compaignons. Et quant à l'advis et conseil qu'il avoit baillé à la roine d'eulx, qu'elle n'en estoit si despourveue qu'elle eust affaire au sien ; qu'elle et les princes entendoy ent assez ce qui estoit à faire, et par quel moyen il falloit pourveoir au bien et au repos public. Au reste, quant à ce qui touchoit le faict de la cène, qu'il n'avoit rien appris de luy, si-
DÇ L'EST^T DE Ik RELIGION
non qn^il en avolt faict une farce, de laquelle il vouloit que Jésus- Christ fast le principal basteleur ; qui éstoit un propos inepte et indigne d'estre dict et entendu.
Et puis laissant là TEspaignol, il vint à d'Espense et dict :« Au regard des mots exprès de Christ hoc est corpus meum, et le consentement des évangélistes que vous nous alléguez, les mesmes évangélistes ont dict : « Cecy est mon sang du Nouveau-Testament ; »• et puis en une autre sorte : «Le calice est le Nouveau-Testament en mon sang ; »» ce qui ne se peult entendre sans figure, que j'ay monstre estre une façon de parler sacramentale, ainsi que fait sainct Augustin en une sienne épistre escripte à Boniface vingt-trois en nombre : «Si les sacremens, dit-il, n'avoyent quelque semblance aux choses desquelles elles sont sacrement, elles ne seroyent pas sacrement; par ceste semblance elles reçoivent souvent le nom des choses qu'elles représentent, n Tout ainsi doncques qu'en quelque manière le sacrement du corps de Christ est le corps de Christ, et le sacrement du sang de Christ le sang de Christ; ainsi le sacrement de la foy est la foy , et ne peult estre la inanière de parler sacramentale sans figure.»
— «Si ainsi est, dict d'Espense, que la figure soit avec nos sacremens, ils ne seroyent guères différensdes sacremens du Tieil Testament, lesquels estoyent figuratifs ; car nous disons qu'ils ^estoyent figures et ombre de la vérité, laquelle nous a esté manifestée en Jésus-Christ ; autrement il fauldra dire qu'ils estoyent figure de la ISgure, ce qui seroit très absurde »»
Les ministres nièrent ceste conséquence, disahs « que les figures instituées de Dieu ont tousjours regardé à la vérité, de laquelle les Pères anciens estoyent aussi participans, mais de loing devant l'advénement de Jésus-Christ, et «depuis iceluy venu ; de sorte que nous ne disons plus que nous soyons soubs les figures, mais bien qu'il nous est encores besoing d'avoir des «ignés visibles et des sacremens, tant que nous serons détenus en ce corps ; annuels nous dirons estre une manière de parler figurée ou sa- <;râraentale, laquelle n'empesche pas qu'avec iceux nous ne jouyssions aussi de la vente.
«Finalement nous sommes d'une mesme opinion avec sainct Bernard, quand il dit: «La vérité i;n'eçt présentée, mais c'est en sacrement.' L'ange est engraissé de la graisse de froment.
et saoulé du grain seul ^ ipais qmtnj' ^ i^oy, il fault cependant que je me contente de l'escorce du sacrement, du cuir mort et excrément de la chair, de la paille, de la lettr^ et du voile de la foy. n Puis après : «Mais de quelque abondance d'esprijt que ces choses puissent estre engraissées, si est-ce que d'un mesme et pareil contentement et liesse ne peuvent estre receus l'escorce du sacrement et la graisse du froment, la foy et l'espérance, la mémoire et la présence, le temps et Tétemité, le miroir et la face, la forme de serviteur et Fimage de Dieu. » Par lesquelles parolles il est assez démonstré que nous sommes véritablement faicts participans de la vérité, mais que nous n'en jouyssons epcores pleinement d'autant que nous avons encore^ besoin du sacrement^ de l'escorce et du voile.»
Ce colloque ayans pris fin avec d'Espense, deux autres docteurs de Sorbonne se présentèrent, l'un desquels mettoit de recbef en avant ces mots hoc est corpus meum. Et ainsi qu'il demandoit ausdicts ministres que c'est qu'iU pensoyent estre signifié par ce pronom hoc , ils respondirent que le pain estoit signifié, et le corps de Jésus- Christ déclaré; à fin que nous entendions que le pain est le signe du corps ; ce que lesdicts ministres s'efforcèrent de prouver par Tauctoriti des Pères. Les docteurs de Sprbonne insistoyent au contraire, et disoyent que par les reigles de granimaire ce prjonom ne pouvoit se référer au paii)^ mais que c'estoit un individu vague, et que le corps estoit démonstré seulement, comme si quelqu'un disoit : « Cecy estde rhuiUe, cecy est du miel, cecy est un bastiment. »
Les ministres remonstrèrent qu'une telle interprétation répugnoi.t à la nature du sacrement, auquel si l'ysage défault, ou s'il est réduit à néant, ou tenu pour nyl, il délaisse de pl\is estre sacrement ; ef. qu'il n'y avoit onçques eu un se^^l des Pères, qui eust usé decempt çontrouyé: individu vague.
Ceux de Sorbonne satisfaicts, ainsi que les uns et les autres crioy,enj. rejfjçtans une ^npesme chose, le temps se passe en ces afgumçntations jusques au soir, J'un d'entre eux disant à de Bèze, en le menaçant du doigt : « Si nous tp, tenions en no^tre eschole.»»
Et ainsi que les ministres affermoyent qu^ tous les anciens Pères estoyent d'accçrd avec eux, le cardinal de Lorraine print sur sqy de
iBonstrer, et leur marcpmt qicore certain passage de sainct Augustin^ et cTàiutres âoeiens, par lesquels leur epioioa estoit renversée ,. ce qu'il ne fef t depuis. Par là aufeuns jugèrent que lediet cardinal voutoit remettre la dispute pour estre faiete de là en avant par escript, craignant qu'elle ne fost trop clairement entendue par les princes et seigneurs qui là estoyent; mais elle ne fut depuis &icte en une &çon ny en Tautre en ceste assendrfée.
Et fut b manière de conférer ensemble lors changée, estans cinq d'une part et d'autre députés po«r ce &ire, àsçavoir : Jean de Montluc, évesque de Talenee, Févesque de Sées nommé du Val, de Saltgnae et Bouteiller, abbé, et d'£spense, docteur, avec Pierre Martyr, Tb. de Bê2e, Augustin Marbrât, Nicolas des GaUards et Jean de FEspine. Fut accordé entre eux de Tordre qui y seroit tenu, du lieu, du temps, et des greffiers et notaires, pour rédiger par esr cript leurs disputes. Et dès ce meame jour, qui estoit le dernier de septembre, ils commencèrent à entrer en colloque, désirans fort les minislresi que tous ieâ articles par eux proposés en leur confession de foy fussent traictés par quelque bon ordre; ce que tous eonfessoyent estre raisonnable. Mais pour ce que la dispute estoit demourée sur le poinct de la cène, les députés des prélats furent d'advisque le mieux estoit de le poursuyvre; à ceste cause le tendelaain ils reprindrent ce poinct de la présence du corps de Jésus-Christ en la Cène, et après aroir CaicI lecture du passage escript en un vieil exemplaire grée de Cyrillus, évesque de Hiérusalem, et là-dessus avoir esté longuement disputé, finalement ils tombèrent d'accord de rarticle qui d'^auH : <• En tant que la foy rend les choses promises présentes, et que la foy prent véritablement le corps et le sang de nostre Seigaeiir Jésus-Christ, par la vertu du Sainct -Es^ist ; en cest esgard nous cionfessons la préMN^ du <3orp6 et du sang d'iceluy en la saiiiete cène, en laquelle il nous présente, donne et e&blbe véi^taUement la substance de son corps «t de son s^g, par l'opération 4e sonSaâôct-E^rit; y recevons et mangeons spirilueUeBoent et par foy ce corps qui est mort powr nous, pour estre os de ses os, chair de sa chûr, à On d'en estre vivifiés^t percevoir tout ce qui est requis pour nostre salât. *»
jîefl députés de la part des prélats le^r com-
ÉT RÉPUBLIQUE, LIV. VIL
muniquèrent ceàt article , mais ils ne fe vbularent approuver; par quoy le lendemain en fut proposé un autre auxdicts ministres, auqud y avoit quelque peu de changement, en ce qu'ieeluy attribuoit à la paroUe ce que le premier attribuoit à la foy, que les ministres ne votAurent recevoir pour Tambiguité, laquelle ils disoyent pouvoir engendrer scores plus grand erreur et doubte, à laquelle il falloit obvier, pour pourveoir à la tranquillité des consciences , pour laquelle ils estoyent assemblés.
Mais pour ne s'arresler aux parolles, lediet article fut changé et accordé du consentement de tous les députés, en la manière qui s'ensuit, que les députés desdicts prélats promettoyeni leur Cadre trouver bon. <• Nous confessons que Jésus 'Christ en sa cène nous présente, donne et exhibe véritablement la substance de son corps et de son sang par l'opération du Sainct- Esprit ; et que nou3 recevons et mangeons spirituellement et par foy ce propre corps, qui est mort pour nous, pour estre os de ses os, et chair de sa chair, à fin d'en estre vivifié, et percevoir tout ce qui est requis à nostre salut. Et pour ce que la foy appuyée sur la parolle de Dieu fait et rend présentes les choses prises, et que par ceste foy nous prenons vrayement et de iaict le vray et naturel corps et sang de nostre Seigneur par la vertu du Saiuct-Esprit^ en cest esgard nous confeiteons la présence du corps et sang d'iceluy en sa saincte cène. «>
Ce faict, les députés d'une part et d'autre se retirèrent pour en conférer càascnn à ceux qui les avoyent commis, ta Kherté d'y pouvoir adjouster et déclarer d'un costé et d'autre retenue en son entier. Aucuns de la part des prélats approuroyent grandement ce qui avoit esté résolu, jusques à combattre, comme si ce fussent esté les ministres mesme» là présens ; mais après avoir esté monstre aux. docteurs de la Sorbonne et antres, i^ changèrent d'q[>inion ; lesdicts députés demouransnéantmbins en leur, opinion avec leidiots ministres, se faisans forts iceux doutés de la faire trouver boiHie auxdicts prélats ; ce qu'ils ne peufent toutesfois faire, ains demourèrent en opinion envn*s eux de s'entendre ave<i le^licts miiiîstrfs ; lesquels ayans par ce moyen, perdu fespéramee de phia se. pouvoir assembler, envoyèrent auxdicts députas la déclaration de l'i^ide par ma, accordé, teUe qui s'ensuit : « Nous a&nnoni que
DÉ L*ESTAT DE LA RELIGION
nulle distance des lieux peult empescher la eommunication que nous faisons au corps et au sang de Jésus-Christ, pour ce que la cène du Seigneur est une chose céleste; et ores qu'en terre nous prenons de la bouche le pain et le vin, et les vrais signes du corps et du sang, toutesfois, par foy et par Taide du Sainct-Esprit nos entendemens ( desquels ceste viande est principalement) eslevés au ciel, jouyssent du corps et du sang présent. Et pour ce respect aussi nous disons le corps se joindre véritablement au pain, et le sang au vin ; mais non autrement que sacramentalement, c'est-àdire non selon le lieu ou situation, mais pour ce qu'ils signifient efficacement que Dieu le donne à ceux qui communient fidèlement, et que par foy ils le reçoivent véritablement.
«Par ces choses il appert en quel sens nous parlons de la présence du corps de Ciirist en Tusage et action de la cène ; car nous n'y recevons ny transsubstantiation, ny consubstantiation, mesmes en rejettons toute manière de présence, par laquelle le corps de Christ est maintenant cherché ailleurs qu'au ciel. Nous usons de ce mot de substance, pour enseigner que nostre foy n'est transportée en quelque corps feinct ou fantosme, ny aussi en la seule vertu de la passion, ou en ses seuls mérites, que toutesfois nous confessons estre avec la spirituelle manducation de la chair de Christ; mais qu'elle est portée au vray et naturel corps du Fils de Dieu, conceu et nay de la vierge Marie, crucifié et ressuscité pour nous, et maintenant résident es cieux jusques à ce qu'il vienne juger les vife et les morts.»
Voyià quelle fut l'issue de ce colloque, les députés des prélats mal receus d'iceux, n'estans plus retournés ny autres en leur lieu, combien que les ministres susdicts eussent souvent requis de passer oultre, sans pouvoir entendre autre response, sinon que lesdicts prélats s'en vouloyent retourner, remetlans le tout au concile de Trente; tellement qp'ayans advisé ensemblement sur la finance que le roy leur demandoit, qui fut de sept décimes, ^chascun d'eux se retira.
Et environ ce temps arrivèrent à Paris J. André, Jacques Buclin et Baltasart, ministres envoyés de Thubinge au roy de Navarre, par le ducde Wittemberg; et Michel Dillier, Pierre Bocqnîn, docteur théologien par Iç comte Pa-
ktin^pour estre présens audlct cdloque; ee qui avoit esté faict aux pourchas de quelques^ uns, attirans à eux ledict roy de leur costé^ estimé pour lors favoriser encores à la religion des princes protestans. Les dessusdicts-dès long temps attendus, ayans entendu la fin estre mesme audict colloque, ne passèrent oultre et ne feirent rien sçavoir de leur venue aux ministres qui estoyent à Poissy. Jacques Buclin susdict mourut ce pendant de peste en ladicte ville de Paris, environ la fin du mois d'octobre.
Aucuns, et principalement ceux qui avoyent pourchassé de faire venir les dessusdicts d' Alemagne, demandoyent et désiroyent fort que la dispute de la cène du Seigneur fust recommencée entre lesdicts ministres d'une part et d'autre, à fin que les ayans mis au combat les uns contre les autres, l'on se peust retirer dudict coUoque avec risée desdicts ministres. Ce qu'ayans senti ceux qui estoyent venus d'Alemagne bien délibérés auparavant de combattre, se retirèrent doucement en leurs maisons et pays.
L'évesque de Valence J. de Montluc, duquel nous avons parié cy-dessus, feit en ceste assemblée quelques remonstfsances doctes : et, entre autres, parlant de l'office de l'évesque, disoit librement : «Celuy qui nous dit que nous sommes les bergiers du troupeau de Jésus-Christ qui a esté si chèrement achepté, et qu'il nous est permis de nous aider du laict et de la laine dudict troupeau, celuy-là est le bienvenu; mais nous ne voulons pas entendre que comme bergiers il nous faudra rendre compte de toutes les âmes qui périront par nostre faulte. Nous estonppons nos oreilles à ceste sentence formidable que le grand bergier a prononcée : Sanguinem ejus de manu tua requiram; c'est-à-dire : Je rechercberay le sang de ta main.
Nous recevons volontiers ceste parolle : « Vous estes le sel de la terre, sans passer oultre, pour n'ouy r pas ce qui s'ensuit : Quod si sal tnfaluatum fuerit, nihil valebitnisi ui ejickUur foras ^ et conculcetur ah omnibtM; c'est-à-dire : Si le sel est sans saveur, il ne sert plus de rien sinon' pour estre jette dehors, et estre foulé aux pieds. «•- Nous maintenons nostre authorité par ces mots : Qui vos audit, me audit, qui vous ouyt, me" ouyt ; mais nous ne voulons pas ouyr. Quomodo audient sine prœdicante ? Comment pourront-^ ils ouyr sans prescheur? Et nous desplaist
quand on dit ce qoe dit Isaye : Canes muti non valenteê UUrare, chiens muets ne pouvans abbayer. Et sainct Paul : Vœ mhi si non evangelisavera l Malheur sur moy si je n'évangélise! et semblables. Nous sommes les ouvriers ^ gardiens de la vigne de Dieu pour en tirer profict, mais ^ous devons penser à ceste parole : Mahs maie perdet^ et dabit vineam suam aliis agricolis II ruinera les mauvais, et baillera sa vigne à d'autres vignerons. A Texemple de TAsie, de l'Afrique, de la Grèce et de la Hongrie, où il y avoit de trois à quatre mille évesques.
« Il nous e^ aisé de prévoir la subversion de nostre estât, ledanger est descouvert à un cbascun.» Et commençant par la résidence: <« C'est un article, disoit-il, toist accordé, mais qui ne sera exécuté. Le semblable s'est fiedct puis long tanps; aussi à bon droict sommes-nous appelés par Damase putains effrontées, pour ce que nous baillons nos troupeaux en garde au mercenaire. L'empereur Justinian et autres s'en sont ennuyés jusques à y avoir pourveu. Ce que je dis pour monstrer qu'il n'est pas impertinent que les princes quelquefois nous sollicitent à faire ce à quof nous sommes obligés.
«Et pour respondre aussi à ce qui a esté dict que monsieur le chancelier a baillé des lettres si estranges et indignes d'estre passées soubs un tel seel, leur commandant de se tenir en leurs diocèses sur peine que l'on saisira les meubles de leur logis, mais il est trop mieux séant audict seigpneur chancelier de faire soubs l'adveu et «ictorité du roy telles ordonnances, qu'au parlement de Paris d'avoir ordonné par arrest que tous les évesques vuideroyent la ville dedans certain temps, sur peine que l'on mettroît les meubles sur le quarreau. U est à ceste
ET RÉPUBLIQUE, LIV. VIL
cause {)e^ing d'adjouster à vos advis delà résidence une peine rigoureuse contre les transgresseurs.»
Il passa oultre aussi, parlant de la prédication requise, des habits et vestemens, de l'administration des sacremens, Visitation, cènes, conciles provinciaux, et choses semblables ; desquelles pour lors fut traicté en ladicte assemblée, déclarant les abus et remèdes qui luy sembloient estre nécessaires en toute liberté.
Et le trentiesme dudict mois les prélats s'estans départis sans faire autre chose, alléguans qu'il &Iloit aller au concile où le pape les appeloit, fut ainsi finie ladicte assemblée, sans apporter autre fruict, après avoir esté toutesfois assemblés par l'espace de trois mois ou environ.
Ainsi que ces affaires se traictoyent, le nom du roy Charles de Yalois (selon l'opinion du vulgaire, car selon vérité venans les rois à la couronne, ils perdent le surnom de l'appannage) fut tourné par aucuns en telle sorte, que sans perdre ny adjouster une seule lettre fut trouvé : Va chasser Vidole et en autre sorte : chassa leur idole , sur quoy furent faicts quelques vers que je n'ay voulu obmettre d'insérer en ce lieu :
Do Seigneur la Tdx Giiaduhault pôle: - Charles de Valois, Va chasser l'idole.
A cesie parolle Charles de Valois Chassa leur idole Et leurs foukes lotx.
Roy qui haïr dois Chose ioique et foUe, Puis que tu cogDois Ce qui nousaflblle,
jooe donc ton rooUe, Charles de Valois, Va chasser l'idole Du peuple françois.
Tous ces dieux d'einpoix DepasteetdecoHe, Me sont d*aQCuo pois En la sabicte eschoto.
A ceste parolle Charles de Valois Chassa leur idole De pain , pierre et bois.
nn DE l'eSTAT de la EBLIGION et .EiraBUQUE.