‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 14Chapitre 23 sur 69 · UM · texte numérisé non relu

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tieux, edocciisiond« lotite teescBahceté, ce qui s'est trouvé principalement en certains grande esprits adonnés à la poésie françoise, qui lors ▼indrcnt k sourdre comme par trouppes; les escrits desquels ords et sales , et remplis de blasphèmes, sont d'autant plus détestables ^'ils sont emmiellés de tous allècfaemens qui peuvent fiiire glisser, non seulement en toute lilaine et puante lubricité, mais aussi en toute horrible impiété, tous ceux qui les ont entre mains. Dieu doncques ayant frappé ce chef en premier lieu, lequel toutesfois estoit peut-estre (hors mise la qualité de roy) des moins coulpabUtt de ces fautes, il falloit aussi que lès membres fassent chastiés; ce que le Seigneur commença blentostà faire par eux-mesmes; et dure eiusor à présent ce chastiment, Unt tout les uns acharnés sur les autres à la ruine inévitable de tMil le eorps, si Dieu n'y pourvoit luy-mesme Mttitost. A cela se trouvèrent les choses du tout disposées par le décès inopiné de Henry, lequel ayant finalement apperceu l'ambition et avarice insatiable de ceux de Guyse, qui lui avoyent fait rompre les trêves si solennellement jurées, dont estoyent cttsoyvîes tant de pertes irréparables, avOit entièrement résolu, après avoir achevé eei mariages, et renvoyé les estranlgers, de les déchasscr arrière de soy, comme rtne peste de son royaume. Mais Dieu s'en vouloit encore servir comme d'înstrumens de sa vengeance, rompant entièrement cesle délibération et plusieurs autres, par ces te mort entrèvenoe. D'autre part, quant à la noblesse, une bonne partie ne demandoit qu'à se reposer en sa maison , après tant de travaux , ne se soudant beaucoup dix public ; Tautre partie estoit divisée par factions, cbascun regardant à soustenîi- le pârii de ceux de la grandeur desqn^s ils estimoient que leur advancement dépendoît. Les officiers de cour faisoient de mesme, et se tenotent prests pour suyvrele vent qui souflîerolt. Quant à Testât de justice, et nommément des pariemen^, tout y estant vénal jusques à la conscience, hors mis quelque petit nombre de gens de bien, à qui il estoit à grand* peine loisible de soupirer, et ipi se trouvo^ent encore estonnés de la tyrannie exercée en la précédente mercuriale, le reste y ayant esté fourré par les menéeset pratiques des gouverneurs du feu roy, cbascun d'eux, regardoit à fortifier de conseil et tous autres moyens ceux desquels ils estoient

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une roine veuve, et sur tout estrangère, entreprendre le principal gouvemementdu royaume de son aulhorité privée , en quoy elle pourroit avoir de grands empeschemens, si elle avoit en teste toutes ces deux bandes ; elle résolut premièrement d'en mettre l'une de son costé, à sçavoir ceux de Guysc, qu'elle s'asseuroit de manier à son appétit, comme ceux qui luy seroyent non moins redevables que si elle les avoit ressuscites du tombeau, les avançant si haut alors qu'ils faisoyent leur compte d'estre du tout abattus. Davantage, elle jugeoit sagement qu'à toutes aventures, s'il advenpit mescontentement ou trouble aucun pour cela qu'elle entreprenoit, la coulpeseroit toujours plutostrejettée sur eux que sur elle. Et si les cognoissoit finalement si audacieux, sur-tout en la nécessité où ils estoyent réduits, qu'il n'y avoit rien qu'ils n'entrcprinssent, à son adveu, ainsi qu'elle l'avoit résolu ; aussi luy fut il aisé de mettre le tout en exécution, ayant le roy son fils à leur dévotion, marié à la roine d'Ecosse, niepce de ceux de Guyse, s'appellant haut et clair les oncles du roy. Et pour couvrir le reculement du connestable, elle print une couleur fort propre, à sçavoh* qu'il avoit dict quelque temps auparavant au roy, comme en se raillant, qu'il s'esbahissoit qu'il n'avoit enfant qui luy resemblast aucunement, hors mis sa fiUe bastarde avouée, et mariée au mareschal de Montmorency , fils aisné dudict'.connestable; ce qu*elle fiiisoit semblant de prendre fort à cueur, comme s'il l'eust voulu taxer de mauvais gouvernement de sa personne. Elle n'avisa aussi moins dextrement à donner ordre que le mariage de madame Marguerite, sœur du roy, avec le duc de Savpye, nonobstant le misérable estât où le roy estoit, se parachevast, afin qu'il ne restast aucune occasion de trouble par dehors, qui luy donnast empeschementau dedans.Et fut faict ce mariage dans la chapelle des Tournelles, sans solennité aucune. Davantage, pour mieux encore s'assurer de tous les potentats d'Italie, il ne iut oublié de promettre de faire tout ce qui seroit possible pour l'extermination des hérétiques. Et quai)it au roi de Navarre, sans lequel il n'estoit à présumer qu^ les autres princes du sang entreprissent rien, outre ce qu'elle et ceux de Gayse cognoissoyent trop son naturel pour le craindre, elle avoit praticqué tellement ses plus favoris , et sur tout d'Escars et Pévesque de ,

Mende , que rien ne se povivoit bastir en sod conseil , dont elle ne fust adv^tie mieux et devant que luy-mesme.

Ces choses ainsi projettées et dressées quasi en un instant (comme tout esprit ambitieux est ententif à toutes occasions, et Dieu se faisoit dès lors une entrée à ses justes jugemens, dont nous ne voyons encore la fin), le roy Henry n'eustplutost la bouche close, que François duc de Guise, et Charles cardinal de Lorraine son frère, s' estant saisis de la personne du roy, et de messieurs ses frères, les menèrent au Louvre, se laissant aussi aisément conduire les deux roines, en délaissant à la garde du eorps les princes du sang, les coonestable, mares^ cliaux et admirai de France, avec plusieurs chevaliers de l'Ordre et grands seigneurs, qm n'estoyent de leur retenue. Là, ils délibérèrent dès lors de façonner le roy à leur mode, sans permettre qu'aucun approchast de sa personne, et encores moins luy parlast, sinon en la pré^ sence de l'un d'eux, avec si bonne garde qu'ils ne le perdoient de veue. Et à fin de donner couleur à ce nouveau changement et maniement d'affaires qu'ils vouloyent introduire, comme si leur intention estoit de remettre toutes choses en bon estât, ils rappellèrent soudainement le chancelier Olivier (homme réputé de très grande preud'hommie, et à bonne enseigne, si . elle eust duré jusques à la fin), qui avoit esté chassé à l'occasion de Diane de Poitiers. Car ils savoyent qu'il estoit grandement souhaité des gens de bien en ceste charge, et que s'ilsestoyent motifs de son retour, il seroit d'autant ■ plus obligé à ployer l'eschine sous eux et à . leur complaire, en recognoissaoce de ce bienfait ; en quoy ils ne furent trompés.

Olivier arrivé, comme si ce fiist pour luy gratifier, Diane fut chassée, et luy fit-on rendre les clefs des cabinets du roy, ensemble ses précieuses bagues, qui furent mises en aussi bonne main, à sçavoir de la nouvelle roine et du cardinalson oncle. Outre plus, la roine mèrel'avoit tellement à contre-cœur, qu'elle luy vouloit , bien faire pis, et la ruiner etdespouiller du tout , de ses grands thrésors et richesses, comme à jamais femme en France, de son mestier, n'en \ avoit tant amassé. Dès son jeune aage» elle racheta de son pucelage la vie du sieur de Sainct- Vallier son père, et depuis, par un malheur fatal de la France, estant en l'automne de son

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aage, a voit possédé le roy Henry, tellement que de grande séneschalle eue devint duchesse de Yalentinois de nom, et roine quand à Fauthorite, au grand deshonneur du roy Henry et dom* mage de la France. Car elle avoit sucé le sang et les mouelles du peuple, ruiné une infinité de maisons par confiscations, et toutesautres voyes^ eu du roy les escus à monceaux, vendu les offices et bénéfices, exigé et attrapé parci et par là une infinité de biens ; et ce par le moyen et industrie de tous les plus meschans gamemens du monde, que pour ce elle entretcnoit à son service, et lesquels elle récompensoit abondamment des plus beaux estats et offices du royaume, fust de judicature, des finances ou autres. Toutesfoîs Olivier ne servoit que de couleur. Car la vraye cause du courroux de la roine estoit Festrange traitement qu'elle avoit receu d'elle et à son occasion, luy ayant comme desrdoé son mari par Fespace de tout son règne, au veu et au sceu de tous.

Si faut-il remarquer, en cest endroict, des choses fort estranges ; car, en premier lieu, la roine mère, quelque juste occasion qu'elle eust de monstrer Feffect de sa colère sur ceste vilaine, et par ce moyen acquérir juste louange et réputation, monstra que l'ambition surmontoit la jalousie en un esprit tel que le sien, et pourtant aima mieux se contenter de médiocre vengeance, pour ne perdre le moyen de la maison de Guyse, seul escalier par lequel elle montoit, que poursuyvre ses vengeances jusques au bout. D'autre costé, ceux de Guyse, encore qu'elle leur eust servi de pont et corps et d'esprit, aimant mieux estre ingrats que perdre le vray moyen de leur grandeur, eq)érant aussi d'efhcer tout le passé envers le peuple en se gouvernant ainsi, condescendirent aisément À la volonté de la roine. La duchesse de son costé, comme femme rusée s'il en fust oncques, sceut bien se servir du moyen qu'elle s'estoit préparé de longue main, àsçavoirduducd'Aumale, Fun des frères de Guyse et son gendre, auquel elle remonstra que, combien qu'il fust (mcle du roy, si est-ce que de long temps U ne pourroit avoir de luy soixante et dix ou quatre vingt raillé livres de rente, qu'elle luy gardoit, et qui ne luy pouvoyent fuir après sa mort. •Considérez davantage (disoit-elle) que le car- \ dinal et duc de Guyse vos frères sont de nature taut taquine et avare qu'ils ne vou3 avanceront

jamais, et prendront plustost tout pour eux, comme vous avez veu par expérience qu'ils ont faict, jusques à contredire aux dons que le feu roy vous faisoit.»» Ce qu'ayant gousté le due d'Aumale, il feit aisément que la roynese ecMir tenta de la traicter plus doucement, moyeur nant certain eschange du chasteau de Chenonceauxsur la rivière du Cher, près Amboise, qu'elle avoit eu du roy, à celuy de Chaumont sur Loyre, que ladicte dame luy achepta.

Jean Bertrand, garde des sceaux, &it de la main de ceste grande séneschalle, fut déferré du tout. £t d'autant qu'il avoit, pris de nouveau le chapeau de cardinal, on s'aida de ceste occasion pour Fenvoyer finir ses jours à Rome, ce qu'il ne peust empescher, quelque remonstrance qu'il feist faire de son aage et de ses services, non seulement au roy, mais à la maison Guyse, de laquelle il s'estoit toujours rendu esclave, ce qu'il offroit continuer le reste de ses jours, s'employant mesme au procès de du Bourg (comme cy-après il sera dict) de tout soa pouvoir, pour gratifier au cardinal.

Quant àd' A vanson,conseiller du privé conseil, , combien qu'il fust de la mesme facture, si fut-il de la retenue, tant à fin qu'on ne peust dire le conseil du feu roy avoir esté du tout changé» que pour recognoistre homme propre à tout cela à quoy qu'ils le voudroyent employer. Toutesfois, ceste continuation estoit interprétée en diverses sortes par les clair-voyans, veu mesme que d'Avanson avoit descouvert au pape leur secret du voyage d'Italie, et empesché par ce moyen leurs desseings. Mais tous venoient à cefpoint, etcouroit le bruict commun qu'ils savoyent tant d'affaires les uns des autres qu'il n'estoit encore temps propre à ceux de Guise de le chasser du tout Bien luy ostèrent-ils la superintendance des finances. Et davantage, cognoissant plusieurs personnages tant propres à remuer mesnage que difficilement ils en eussent peu dresser de semblables, ils les entretenoyent et les employoyent aux plus difficiles charges.

Le mareschal SainctrAndré venu de bas lieux, et demeuré sans appuy depuis la mort du roy, estant de sa part en grande détresse, pour avoir frappé de tous costés, et ne s'estre rangé qu'à demy avec ceux de Guise, lorsqu'ils estoyent les plus forts, employa tous moyens a les praticquer; et ce d^autant plus diligemment

DE L'ESTAT DE FKANCE

qii*fl craîgnoit que, son criédi't perdu, il ne Iny fftilust desgorger la pluspart de soixante ou ^aatre-vingt milfe livres de rente qu'il avoit Ùtée^ de plusieurs personnes; par moyens exïfsàd etsoué la fiiveur de son inaistre, sans en aroir comme rien payé; et nommément des biens de ceux de la religion^ sur lesquels il s'estOft tant plus volontiers rué, qu'il les cognoîssoit eslongnés de pouvoir poursuivre leurs droicts. Il craignoit Aussi d'estrc poursuivy d'autres grandes sommes de deniers )pkr luy empruntées, et lesquelles on n'avoit jusques alors osé répéter, k cause de sa faveur. *ïl felt donc reraonstreir à ceui de Guyse les grande^ terres qu'il ^ossédoit, et qu'il n'àvoït qu'une seule fille, laquelle s'il leur plaisoit donner k l'un des puisnésdu duc de Guyse, fl leur en bàillepoit dès lors la possession, en mariage faisant, et n'en retiendrolt que l'usufruict, lequel dureroit peu, parce qu'il s'en alloit mourant ; que ifïl survenoît autres enfims, ils seroyent pourveus en bénéfices. Ces offres csioyent faictes, moyennant qu'il fust maintenu par eux en ses esiats et digiiités; leur promettant, en ce faisant, user de si bon mesnage, qu'avec leur aide il s'acquitteroit aiséinent de ses plus liquides debtes, et supprimeroit les autres. Ce qui fut accepté par eux, et partant fut-il ratppelé et remis comme devant.

Il y a une c«usttime en Frtmce, que les rois estant parvenus à la eotironne, tes cours souveraines dépotent des plus apparens d'entre CHX, pour aller gratifier le liouvd advénement ; €t lors fis entendent à bouche k qui ils se devront adresser puis après pour les affaires. Suivant ceste coustîime, les parlemens ayant envoyé ceux qulbjugëoyent devoir estre les pfus agréables au roy, il feur fit entendre que ses deux oncles, le cardittaî de Lorraine et le duc de Guyse» av(yyent la charge entière de tout; et commanda que Pon s'addressast doresnavant à eux en tout ce qui concemoft son service, et du royauttie-, et qu'on leur obéîst cemm^ à luymesme. Cela entendu par le connestablé, qui avoH reçéu ce mesme honneur du ffeu roy Henry, il ftit esmeu de double passion, l'une de voir ses ennemis mortels colloques en son lieu ; et l'autre de ce qu'ils s'estoyent emparés de l'exercice^ qtti appartenoit à ses estàts de connestablé et grïnd-maistre de France. Mais ce qui plus nedoid^ son ennuy, c'estoit que les i

Espagnols et estrangers estoyent spectateurs de ce changement, de luy, dis-je, auquel îk àvoyent eu auparavant toute addresse. En quoy apparut plus clair que le jour le peu de fermeté qui est eii là feveuir de la cour ; veu que ceSte authorité, qui semblé aucunes fois pouvoit faire trembler et le ciel et terre, est souvent changée en un moment. Tooteàfois, ce Vieil routier, accoustumé de long temps à diverses mutations, ^'y porta si discrètement, qu'on é'appercevoit peu de son mesconlentemerit, et trou\ a moyen d'avoir honneur en ce àiii luy éstôît Bk-âséé pour son déshonneur. Car, voyant qu'oii ïuy prqikroît quelque chose )|)ire, environ huîct jours après la mort de Henry, ayant disné de grand matin, et appelle tous ses parens et gentilshommeâ en asset grand nombre, il alla au Lonvire^ sous couleur de vouloir rendre le cachet dû roy, pour surprendre le roy au dtsner, et sentir sa conception naturelle et naîfvc, avant qu'il eust été autrement instruit. Mais cèuX de Guyse, adverlis de ia venue par gens quMls avoyent ordinairement aux guets, taAt pour ouyr ses propos que pour remarquer ceux qui s'addresseroyent à luy, luy furent au-devant par derrière, en sorte qu'il fut frustré de son intention. Entré qu'il fat en salle, à l'issue dt disner du roy, il usa de la mesme privauté dont il souloit user avec le père en propos et devis familiers. Adonc ledit seigneur, environné des deux frères, ayant eu le signal du cardinal, se levant de sa chaire, print le connestablé par la main, et le mena en sa chambre, suivi tant de ceux de Guyse que des enfans et neveut du connestablé ; lequel ayant prins la paroDe hiy dict : ** qu'après avoir pour veu à ce qui estoît requis pour les obsèques du feu roy, son bon seipieur et maistre, il n'avoit voulu faillir de luy venir faire la révérence, et en .luy rendant le cachet qu'il avoit pieu audit ffeu roy lui bailler, par mesme moyen luy présenter ses enfans et neveux, à ce qu'fi pleust à Sa Majesté les confirmer en leurs estais et charges, desquelles ils s'acquitteroient aussi fidèlement, comme ils avoyent fait par le passé ; et quant à lUy . . . »»' Sur ce mot, le roy l'arresta court, et Itiy dit «qu'il accordoit sa demande, j3rincîpalement envers l'admirai de ChastiHon, duquel il espéroît se servir. Et quant au reste, sachant le bon devoir et les grands services qu'il avoit faicts au feti roy son père, et la singulière amitié que lui por.

toit ledict seigneur, U leconfirmoit aussi e^ ses estais, et vouloit quUl jouist de ses pensions sa vie durant. Mais d'autant qu'il désiroit soulalager sa vieillesse, laquelle ne pourrpit à Tavenir porter les peines et travaux.de sa suite, il avoit parti en deux les principales charges de son royaume. Et ne cognoissant personnes tant capables ny si expérimentées à la conduite et maniement de ses a£Eaires que ses oncles le cardinal et le duc de Guyse, et qu'il n'y avoit gens auxquels il se deust tant fier ny qui eussent plus de soin de la conservation de son estât et grandeur, il avoit baillé à Fun la charge des finances et celles d'estat, et à l'autre le commandement sur ce qui concemoit le faict de la guerre, pour sur le tout adviser et ordonner comme ils verroyent estre bon. Au reste , il le retenoit près sa personne et de son conseil, le priant l'en servir aussi fidèlement qu'il avoit toujours fait ses prédécesseurs. Que s'il se trouvoit lassé, ou mal disposé à sa suite, il pourroit aller s'esbattre chez luy, et quand il voudroit retourner, il seroit toujours le bien venu, n Le connestable le remercia très humblement de ce qu'il lui avoit pieu, non seulement lui accorder seç requeste$ si libéralement, mais aussi avoir tel soing de son vieil aage pour le descharger des pesantes et difficiles charges que le feu roy son père luy avoit commises. « Aussi estoy-je venu, disoit-il, de feit exprès vers Vostre Majesté, pour la suppUer qu'ayant esgard à mon indisposition, elle m'en voulust entièrement descharger, et me permettre de me retirer en ma maison, pour finir le reste de mes jours en repos, et prier Dieu pour mon seigneur et maistre ; cpnsidférçz que mes plaies et vieu^L jours sonjt mal convenables avec les jeunes ans de Vostre Majest»é, pour porter le travail dçs voyi^es qu eUe fera çà e^ là. Et qpant à cç qu'il plaît à Vostrç Ma^é n^e retex?ir de son conseil, je la ^upplip aiUssi m'en excuser, d'autant que deu^i ç^ioses ne te m^e peuvent peripettre : Tupe, d'estxe souoii^ à ceux auxquels j'ai t^c^jofirs^ çompiandé; et l'autre, qu*esitant plein de jours et qua^i radotaoi, ce dict-on, v^n c^n;s^il hij pourroit de peu ou rien servir. Je ne dis pas que s'il survenoit afEaire où ma présence fût requise, je n'y employé et vie et bien avec celle de mes entan^, y estant doublement obligé comme à mon roy et naturel seigneur." Ce faict, il alla voir la rolne mère.

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à laquelle il tint seD8J)^bles proposa qu'i^, roy. Mais sa response fut totite ^utre, coQUBe l'on dict, qu'il ne s'attendoit. Car elle luy reprocha le propos mentionné cy-dessus ; adjoustant que si elle faisoit son devoir, elle luy feroit trancher la teste, pour s'estre tant oublié de toucher à l'honneur d'elle et de ses enfans. Mai3 qu'elle avoit en si grande recommandation cq que le feu roy son seigneur et mary avoit aimé, que pour l'amour de luy elle oublieroit volontiers son injure particulière; l'asseurant w reste de le maintenir, et qu'elle ne sou^iroit aucuij^tort luy estre faict. Au surplus, son advis estoit qu'il ne méprisast les cogitions que le roy luy avoit proposées, attendu qu'on n^ 1q vouloit assujettir d'être ordinairement à la cour; mais pourroit quand bon lui se^ibl^Qijt ^r et venir. Le çonnestable ne demeura muet, maifl^ tenant l'accusatiçn estre fausse; ^ s^ppUant au surplus de ne prester tellemeojt te$^ oreilles aux mesdisans qu'elle n'en réservast une pour ouyr l'accusé ; aya^t plustost esgard et souvenance de ses fidèles services faicts k elle et au royaume qu'à ses ennemis, qui ne chercbpyent que sa vie pour ses biens , lesquels toutesfois ne seroyent si aisés à luy oster qu'ils pensoyent, tant il s'estimoit homme de bien. 44nsi donc, le connestable ( après avoir toutei^ois, quelques jours après, condu|jc( ^on maistre au tombeau) se retira en sa maison, mais avec telle suite que Cjelle dû roy semblojt petite auprès de ceste-cy, de quoy ceux de Guyse conceurenjt grande jalousie. Ce néantmoins, cela les garda pour lors de rien entreprendra contre celuy qu'U;s savoyent avoir acquis tant d'amis durant sa pro^écit^, que mal aisément pourroyent-ik en avoir le dessus, sinon avec le temps>

Quant aux princes du sang, après que du çofpmencement le roy leur eut monstre autant de bon visage que ceux de Guyse pensèrent estre propre, tant pour les çmipieller que pour en acquérir quelque bonne réputation du peuple, ils ne furent non plus soufferts près sa personne. Car la roine ^i ceux de Guyse , ne voulant avoir teb coippagnpns, tirouyèrent moyen de les envoyer au ioin, sous couleur de quelques honprables charges. Le prince de. Condé fut envoyé en Flandres pour la confirmation (jle la paix, et pour entretenir amitié et alliance avec le roy d'Espagne. Et combien q^u'il eust peu 4e inpyen d^ dépendre après si:

DE L'EStAt DE f^RÀNCE

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longues guerres, si luy fallut-il entrer en nouvelle despense selon sa grandeur, sans estre aidé du roy que de mille escus. Après luy le prince de la Roche-sur- Yon y fut envoyé porter Tordre du roy, et à son retour ordonné avec le cardinal de Bourbon pour conduire la sœur du roy en Espagne. Brief, ils escartèrent si bien çà et là les autres princes et seigneurs, que ils demeurèrent maistres tout seuls. Cela faict, il fut aisé à la roine et à ses instrumens de venir à bout du demeurant. Car, quant aux parlemens, leur ancienne splendeur estoit desjà esvanouye peu à peu, depuis que les offices de judicature avoyent esté rendues vénales, et qu'il ne fut plus question de procéder par eslection, ny d'appeller les juges des provinces, et les fameux advocats réputés et cogneus amateurs de la république, au lieu desquels on y avoit fourré ceux qui apportoyent le plus d'argent , ou les solliciteurs des courtisans , et les advocats favoris des grands, qui en avoyent fait leurs juges. Ainsi estoit-il desjà advenu qu'avec ces vermines, les enfans des plus grands usuriers, avaricieux et e^acteurs, avoyent rempli le nombre, et corrompu tout droict divin et humain; vendu par le menu ce qu'ils avoyent acheté en gros, ou eu pour récompense ; déclaré les secrets de la cour contre leur serment , et en somme tellement villené la justice, qu'elle se devoit plustost appeler une caverne de larrons, que l'orner de cest excellent et précieux nom de justice. Pourtant fut-il aisé à ceux de Guyse de ranger ces cours à leur dévotion, tenant les uns en bride, et remplissant les autres de très grandes espérances. Et de vray ceste toile avoit esté par eux tramée dès le vivant de Henry, en disposant de tous estats à leur plaisir, de sorte qu'il n'y avoit coing du royaume qui ne fust i^rci de leurs gens. Quant au conseil des affaires, de tout temps on n'y a appelle que ceux qu'on a voulu; et finalement, quant au conseil privé, après s'estre asseurés du" chef, qui est le chancelier, la roine mère de sa part ne s'en donna grand' peine, et voulut toutesfois nommément que le cardinal de Tournon y fust rappelle, duquel elle avoit telle opinion, qu'il luy sembloit les affaires ne pouvoir mal aller quand il s'en mesleroit ; ce que ceux de Guyse toutesfois eussent volontiers empesché. Mais quand ils se remirent devant les yeux l'ancienne inimitié de luy et du oonnestable, en sorte qu'ils

estoyent incompatibles, et le cognoissant ennemy mortel de ceux de la religion auxquels ils délibéroyent faire la guerre, Ils trouvèrent bon qu'il fust incontinent révoqué de Rome, où il avoit esté comme relégué, en telle sorte toutesfois qu'ils luy feirent cognoistre que c'estoit par leur moyen, afin qu'il leur demeurast plus obligé, et que soubs sa couverture leurs menées fussent mieux conduictes.

Ayant ordonné du conseil du roy, et iceluy pourveu de gens desquels ils se fioyent, ils se meirent aussi à dresser les estats de sa maison (charge appartenant au grand-maistre). Et afin d'y colloquer leurs domestiques, ils ostèrent partie des officiers du feu roy, qui de tout temps estoyent continués de père en fils, et les cassèrent soubs ombre de bon mesnage ; comme aussi ils renvoyèrent partie des autres en leurs maisons avec demi-gages pour pension, combien que Testât nouveau des officiers domestiques qu'ils establissoyent excédast de beaucoup Tautre nombre , tant il y eut de nouveaux pourveus. Bref, il n'y demeura un seuf connestabliste, horsmis ceux qui, à la première provision, s'estoyent allés ranger et offrir à leur service.

Les provinces du royaume et les villes de frontière furent aussi garnies des leurs, et ceux qui ne leur sembloyent propres, destitués ; et fiit mandé à tous gouverneurs et chefs de guerre et des villes d'obéir au duc de Guyse comme au roy mesme. Les finances pareillement furent maniées par les plus favoris du cardinal, et furent advertis tous les parlemens qu'il avoit la superintendance sur la politique. Sonmie, la souveraine authorité tomba es mains de ces deux personnages pour disposer de toutes choses à leur plaisir; la roine mère toutesfois, tenant tousjours la bride, à laquelle furent donnés les deniers provenans de la confermation des offices et privilèges des villes et communautés, ce qui ne fut toutesfois sans que ceux de Guyse eussent part au butin, combien que telles sommes ne se deussent exiger de droict, sinon le royaume eschéant en ligne collatérale. Mais pour adoucir un peu ceste exaction, les escus qu'on avoit payés du temps du roy Henry pour estre réduits es coffres de Diane, forent changés en livres.

Ces choses se brassèrent et exécutèrent en partie à Paris, en partie à Sainct-Germain-en- Laye, par un accident survenu au cardinal, lequel sortant un grand matin de la maison de la

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beDe Romaine, courtisane renommée du temps de Henry, logée en la cousture de Saincte -Catherine, avoitfailli d*estre maltraité par certains miBans, qui cherchent volontiers les chappes cheutes à Tentour de telles proyes. De quoy estonnée, sa saincteté, se persuadant et donnant à entendre que les hérétiques luy dressoyent des embusches, traîna la cour à Sainct- Germain, etfiitcause que laroine mère, ne voulant , quoy qu'il en fiist , abandonner le roy son fils tant soit peu, rompit la coustume auparavant inviolable, qui portoit que les roines, advenant le décès de leurs maris, ne départoyent de la chambre de quarante jours, et ne voyoyent clarté du soleilny de lune, que leur mary ne fût enterré. Tost après, estant despartis les estrangers , il fiit faic t édic t défendant tout port d'armes, et spécialement les pistoles et bastons à feu, sous grandes peines, révoquant toutes les permissions particulières et précédentes, octroyées à qui que ce fust, s'il n'a voit nouvelle confermation du roy , de sorte que ceux de Guy se et les leurs demeurèrent seuls armés. Davantage, ayant à suspects les habillemens qui couroyent alors, comme les manteaux longs et les chausses larges ( et de faict aussi estoyent-ils par trop excessii^, car le manteau alldit jusques sous le gras de la jambe, et sans manches, et les hauts de chausses estoyent d'une aulne et demie de large, ou cinq quartiers), ilsmeirent en faict au conseil privé d'en défendre l'usage, d'autant que là-dessous se pouvoyent aisément cacher des armes. Et disoit-on que le carduial avoit ceste matière d'autant plus à cueur, qu'un nécromancien luy avoit pronostiqué à Rome qu'il seroit tué d'un4)aston à feu par l'envie qu'on luy porteroit, et pour les ennemis qu'il feroit en France, estant eslevé au plus haut degré d'honneur. Ce qui le tenoit en géhenne et luy causoit grandes inquiétudes ( vray salaire de ceux qui vont aux devins), lors mesme que tout ployoit sous luy.

Parmi tant d'affaires, le cardinal dès le commencement, pour tenir promesse aux ducs d'Albe et de Savoye, avec lesquels la ruine de ceux de la religion estoit jurée, et pour s'appuyer sur le bras spirituel, se délibéra de poursuivre très instamment les prisonniers, et tous autres notés pour le faict de la religion. Et de faict, dès le 14 de juillet (quatre jours seulement après la mort de Henry ), la commission desju- XVI- SIÈCLE, La PI. et La PI.

ges délégués pour le procès des cinq conseillers de parlement mis prisonniers par le commandement dudit roy Henry, fut reconfermée par lettres- patentes du roy. En vertu desquelles ils furent contraincts à respondre , et d'autant qu'entre tous Fumée ne plaisoit aucunement au cardinal, et moins encore au mareschal Sainct* André, pour ne leur avoir (comme on disoit) autresfois voulu prester sa conscience. U fut si bien recommandé qu'on l'alla caresser après du Bourg. Les articles du procureur-général estoyent : S'il avoit pas mangé chair aux jours défendus; s'il avoit pas marié une chambrière des a femme avec un presbtre ; retiré en sa maison une femme bannie par arrest et pour cause de la religion , et esté aux assemblées des hérétiques ; ce qu'il desnia comme iaussement controuvé , et se plaignit aigrement d'avoir pour juge le président Sainct-André , son ennemy mortel, accusateur^ dénonciateur et solliciteur, et qui estoit luy-mesme accusé d'infinies meschancetés et faulsetés contenues en ses causes de récusation, lesquelles il offroit prouver.

Jehan Bertrand, cardinal, et peu devant garde des sceaux, pour gratifier au cardinal de Lorraine, et essayer par ce remède de rompre son voyage de Rome, feit toute diligence de juger l'appel interjette par du Bourg ( vivant encores le roy Henry) de la sentence de l'évesque de Paris qui l'avoit déclaré hérétique. Et combien qu'on luy eust remonstré qu'il ne le pouvoit foire, attendu qu'il avoit présidé aux jugemens précédens, si ne laissa-il de passer oultre et confermer ceste sentence, alléguant pour défense que lors qu'il jugeoit et présidoit, c'estoit en qualité de garde des sceaux et chef de la justice de France; mais qu'adonc il le condamnoit comme archevesque de Sens. De laquelle sentence du Bourg appella de rechef, comme d'abus. Or se faisoit-il de merveilleuses m^ées pour l'opprimer , et entre autres choses , commandement avoit jà esté foict à ses deux Arères (qui estoyent en la ville pour solliciter pour luy ) de la vuider dedans trois jours, sur peine de l'indignation du roy , et d'estre privés de leurs estats , afin que tout secours humain luy fîist osté.

Estant donc du Bourg ainsi ramené de la Bastille en la conciergerie du palais , le premier président et ceux de la grand'chambre vouhirent juger l'appel comme d'abus. Mais il pré-

DE L'ESTA^T DE FRANCE

[is)>ei

senta contre eux , cl toeshrt (Contre le présidteni nommé le Maistre , des causes de récusation, contenant blasmes très déshonnestes et dignes de vtiMh gibets , requérant en outre conseil luy estre administré. Le cardinal, adverty de celé» afin de faire proniptement jtîger l'appel , «t esvanouir les causes de récusation, mena au parlement le chancelier Olivier, et plusieurs maiâtres des requestes , choisis à sa dé\ otton. D« Bourg mandé ne s'estonna de cest appâtai, aine persistant remonsira au cardinal qu'il s'esbahissoit comme luy, quiestoit son ennemy mortel , partie accusateur , et principal solKciteur, se rangeoit ainsi sm nombre de ses juges. Sur quoy,1tiy blêmissant s'excusa, Fasseurant qu'H estoit son meilleur amy. Toutesfois, puis qu'il avoit telle opinion de luy, il s'en déportoit volontairement. Finalement , ses causes de récusatitMn furent, par arrest prononcé par Olivier, ^édar ées admissîMes , et ordonné qu'il aurolt conseil, ce qui luy avoit esté auparavant desnié, de sorte que le cardinal se trouva tout confus. L'advocat MartUac luy ftit baillé, lequel meit toute peine de le faire desdire, luy alléguant que sans cela il ne pourroit -éviter la morl; ce ^pie n'ayant peu faire, il l'anrena à ceste nécessité qu'il lelaisseroit plaider sans l'interrompre, puis il diroit après ce qoe bon luy semWeroit. Estant donc venus devant les juges, l'adrooat i^evnonslra le méri<« de la cause, la manière de l'emprisonnement 'non jamaispraticquée, et encore moins la façon de procéder de Bertrand, qui n'avt)ft eu aucune honte ny v«rgongne de jouer deux personnages ou trois , en pr^idant ti asfsfstawt aux trois jugenjenspréoéëent». En quoyïion seulement apparaisaoyem tes causes î^d^m très évidentes , mais atissf la millité ûes sentefnces et arnest, en sorte qci'il fattoit nécessairement recommencer tocft le procès, casser «t aflrmulter*o«tes«eB procédures, veu que nuRe fermaUté^ justice n'y avoit est^ gardée. Mir|s au «lieH 'de 'conclure «l 'soïi appel , il acquiesça, recouramt à la miséricorde du roy et de ia cour, roafessMit sa partie avoir grièvcwient oiïeiiÉlé Dieu et saincte mère Église, irrité le roy , et s'esire motislré iiH>bédiem à son éveeq^ie , anquel et à la saincte Église romaine il désiroit estre réconcilié. Sur >çooy 4m Bourg qui «stoit présent, se voulant opposer, Mariilac it signe ma. présidesis, désirant luy sauver la vie parce looyen; lesqueh, au lie« de luy donner au-

dience, et savoir s'il avoueit so» odvocat, le renvoyèrent incontinent en sa prison. Mais pei^ dant qu'ils avisoyent de députer deux d'entr'eux pour faire entendre sa conversion au roy, et luy demander sa graee , voici arriver un bulletin escrit et signé de du Bourg , par lequel il désavouoit les conclusions de sob advocat, persistant en ses causes d'appel, et en saeonfessioo de foy Caicte devant le roy , laquelle il estoit prest de coniermer par l'effusion de son saAg en la mort , comme estant , disoit-il , foodée sur la pure parolie de Dieu, lequel il supplioit très humblement luy pardonner, tant de n'avoir interrompu son advocat, comme aussi d'avoir esté induit par la feintise d'aucuos à \ouloir interpréter et coulourer ceste «ienne confession de foy , sur quoy ils avoyeni arraché quelque chose de ses mains; naais qu'après avoir pensé à la vérité , il trouvoit avoir esté grandement «éduit, ce qui le feiâoit i«v6air et demeurer ferme en ses premiers propos- Cela veu par la cour, Ms en advertirent le roy, qui leur manda de le juger incontinent. Par aiasi y eut arrest de bien jugent mad appelle. Soa recours fut à l'appel devant le primat de Lyon. De là s'ea- «uy virent des hruicts qiieiki Bourg s' estoit desdit, qui re^jeuissovent les uns et faschoyent les «utres. Mais ceci venu à ses a^ireilles , il s'en «ixcusa grandement par «neépislfre qu'il addressoiti ses frères «et membres de l'élise de Paris, leur rendant raison deson faict, et les priant de ne s'en scandaliser, car il espéroit. Dieu aidant, de demeurer ferme jiAsques à la fim. Et quant à ce qu'il recouroit ainsi aux jugemeos des supposts du pape , il disoit que ce n'estoit Aucune- «leat pour approuver leur Église, ny aussi pour prolonger sa vie par sui>terfuges ; mais pour avaîr par <ee moyen d'autant phis^'opportunité 'de faire eogaoistre sa religioa , et profiter en plusieurs Heux autant ^'il. pourroit , et à fin d'ester tooie occasion de penser qu'il se précipitast , et qu'il fiist cause de sa mort devairt le temps , s'il oubliait «quelque ehose qui peust 4ieripir à sa fustificatioa. Car quanta luy il se Bentoit si i)ien fortifié par la grâce de Dieu, que l'ilieureide sa mort luy estoit chose souhaitable, laquelle il aflieBidrà avec toute joye. Cependant il 6'escouioit beaucoup de 4emp$ , qui causoit au cardiiiial et aux ennemis de du Bourg un fort grand ennuy et despit , car ils n'avoyent rien plus recommandé.

Voylft restât auquel esioyânt rédultâ eeuxida la religion, par ceste poursuite violente» ae* compaignée d'infinies captures qu'on faisoit par tous les endroicts du royaume; de sorte que leur condition estoit empirée par la mort de Henry^ plustost qu'amendée. Lsur recours fut premièrement de pri^ Dieu» et en second lieu d'envoyer devers le prince de Coodé la dame de Roye sa belle-mère et j'admirai^ non ennemis de la religion, ei qui estoyent Lors à la cour, à VilUers-Coste-Ri^s, pour les supplier d'avoir pitié d'eux ^ prendre leur cause en main^ el tant faire envers la roint mère, qu'ils fessent ouys en leurs justifications, en quoy ils avoyent espérance, parce qu'elle leur avoit fait auparavant quelque démonstration de bonne volonté, et promis, vivant Henry, la Caire cognoistre si «Ue en avoit le moyen. Ces personnages, combien qu'ils n'eussent lors grande auth<Mrit<^, promirent toutesfois de s'employer selon leur pouvoir, pour tant faire qu'ils fussent ouys. Toutesfois leur advis estoit qu'ils escrivissent à ladicte dame, ce qui fiit faict. La lettre portoit que : •• vivant ie feu roy Henry, et de iong temps, îts avoyent beaucoup espéré de sa douceur et bénignité, en sorte qu'oultre 1«6 prières qui se faisoyent onibMrirement po«r la prospérité du roy, 4is prioyent Dieu particulièretnenft qu'il luy pleust fo fortifier tellement en son esprit , qu'elle peust «ervir d^une seconde Estber. Mais que présentement, puis qu'elle esloit mère du roy, qui luy remettoit du t0iit ses aflaiires, ih avoyent cenoeu meilleure espérance , et s'addressoyent à eMe, pour la su^ier très humfblement Jes Imtc jouir des frurcts de leur attente, et »e permettre oe nouveau règne ^tne souillé 4u sang innoomt, lequel avok ta*m crié devait Dieu, qu'on s'estoit bien peu appercevoir son ire avoir esté embrasée; pour laqudie esieindre il n'y avoit autre moyen que de donner relasche aux pauvres affligés, tct les escouter en leurs justifications, fin quoy faisant, Dieu prenéroH le soin de ses enfens et d'eHe, et augmenteroit teur règne en toute prospérité. » Geste dame, qui d'un costé se voyott le chemin ouvert pour estaîMir son auilborité de plus en phis, tant pour ce qu'on s'a^ressdit à elle, que pour le nwyyen qu'on luy donnoit de savoir tous les secrets de ceœt (te la religion, fust pour les ruiner par eux^nesmes, ou pour les

SOUS PRiNÇOIS II.

avoir à sa dévotion en un besoing, usa d'une merveilleuse ruse en eest endroict. Car, feignant en premier lieq, comme elle a toujours &ict^ qu'elle estoit irritée de ce que la mort de son feu seigneur et mary luy estoit ramentue de telle façon : ** Hélas l dict-elle, de quoy estce qu'on ma menace ? Car comment pourroit Dieu me faire pis qu'il a fait, m'ayant osté ce ce que je prisois et aimois le plus. *» Toutesfois peu après, comme aucunement rappaisée, elle leur donna plus gracieuse response, promettant au prince, à la belle-mère d'ic^luy et à l'admirai de faire cesser la persécution, pourveu qu'on ne s'assemblast, et que cbascun ves^ cust hccrètement et sans scandale. Ce qui l'esmeut à cela, ce forent certaines lettres et remonstrances à elle envoyées le 26 d'aoust par un gentil-homme qui avoit servi la feue roine de Navarre, qui se souscrivit Yillemadon, auquel ladicte dame avoit autresfois privément conféré de ces affaires, et mesmes des poincts de la religion. £n œs lettres il lui ramentevoii comme, du temps de sa stérilité, il n'avoittenu à eeux-là mesme desquels maintenant die s'asseuroit, qu'dle ne fust répudiée; etqiie lops elle avoit eu son recours à Dieu, lisant et goustant sa paroHe et chantant avec grand plaisir les psaumes traduits en rime francoise, eotr« lesquels elle avoit choisi comme pour soy le 1 4 1 , eneoros qu'il ne iust de la traduction de Uarot, commençant j

Vers r^erael , des oppreasés le pèi« , Je m'eu ira^ , luy moDsiraot l'impropëre Que Ton me Cail ; et luy feray prière a haute voix , qu'il ne jette en arrière «esptteox crfs ; car en luy seul f espère.

Environ lequel lemps, Dieu hiy «ivoit donné son fits aisné q«e plusieurs autres enfans avoyent suivH. Il vouloit aussi qu'il luy souvinst comme te cai>diiMil avoit mis en usage, au lieu des psaumes, certaMs vers lasctfe et impudiques d^Herace et autres poètes infâmes, depuis lequel changemem tant de malbeuns lay estoyentadvenustesuns^urlesautpes, et l'exhortoit finalement, si elle ne vouloit tomber du tout en ruine avec Testât du royaume, à «e desfaire de tels<monstresd%ommes et n'endurer que ceux qui n'estoyent de la maison, et n'avoyent aucune part en l'héritage occupassent par dol et violence la puissance du roy etd'eUe^

DE L'ESTAT DE FRANCE

et que, soubs ombre du nom et d'elle, ils saccageassent et meurtrissent les enfans et légitimes peuples du royaume, reculant et mettant soubs les pieds les princes du sang; mais qu'au contraire elle fîst que tout allast selon Tesleclion de Dieu, et que les princes du sang qui estoyent leurs meilleurs et plus fidèles serviteurs luy fussent en honneur; finalement qu'elle advisast de conduire ses enfans en la voye du bon roy Josias. Voylà, dis-je, la lettre de Villemadon qui esmeut grandement la roine mère à penser à ses affaires, conjecturant que les princes du sang n'estoyent ainsi mis en avant, qu'ils ne fissent jouer ce jeu aux autres, ce qui pourroit rendre la partie forte où elle ne gagneroit rien, si elle tenoit trop roide d'un costé. Et pourtant, délibérant soubs main d'entretenir en quelque opinion de soy, tant les princes que ceux de la religion, et s'addressant pour cest effect à madame de j^Montpensier qu'elle savoit estre aucimement de leur party, et qui estoit au reste de ses plus privées amies, elle fit semblant de se plaindre de ce gouvernement qu'elle appeloit tyrannique, comme estant transporté aux estrangers, se plaignant du reculement du connestable, et du mespris auquel elle se voyoit ; promit avec le temps toute faveur à ces pauvres gens; brief , elle fit en sorte qu'ils la pensoyent tenir à leur dévotion, dont nous verrons les contraires effects cy-après. Je viens maintenant aux autres affaires de Testât.

Ceux de Guyse, non contens encore de se voir si haut eslevés, s'ils n'avoyent du tout terrassé ceux qui leur pouvoyent faire teste, s'advisèrent, pour y parvenir, d'un moyen qui pourroit mesme les faire trouver fortsongneux du public, et par conséquent rendre leur gouvernement agréable au commun, faisant lettres de révocation de toutes aliénations faictes tant à vie qu'à temps, fust pour récompense de services ou autrement, excepté les venditions dont les deniers avoyent esté employés aux grandes et urgentes affaires du roy, sans aucun desguisement, et l'appanage et usufruict des duchesses de Sa voye et de Ferrare, filles de France, et la dot de la feue royne Léonor, duquel jouissoit Marie, infante de Portugal. Le reste réuni au domaine et receptes ordinaires dudict sieur; chose qui despleut grandement à beaucoup de princes, grands seigneurs et per- .^onnes nptables qui se voyoyent frustrés de

I leurs bienfaits ; voire et d'autant plus que ces ! gouverneurs et leurs favoris avoyent telles lettres de déclaration qu'ils vouloyent.

J'ay dit cy-devant comme le connestabte, sentant approcher la mort de Henry, avoit envoyé au roy de Navarre, pour incontinent s'acheminer à la cour, à fin de se saisir de bonne heure du gouvernement du royaume, avant que ceux de Guyse s'en fussent du tout emparés. Mais ce prince, peu désireux d'honneurs et de maniemens d'aifaires, n'en fut autrement esmeu. Il se souvenoit aussi que le connestable avoit eu fort peu d'esgard à luy au traicté de la paix dernière, et pourtant n'osoit encore se fier en luy, et craignoit que ce message fust plustost pour sonder son intention, que pour bien qu'il luy voulust. Par quoy il ne se hasta aucunement, et donna loisir aux autres de s'insinuer en sonlieu. Mais se sentant continuellement resveillé par son frère le prince de Condé, celuy de la Roche-sur- Yon et autres grands seigneurs, il y entendit de plus près, joinct qu'on remonstroit la conséquence qui s'en pourroit ensuivre à eux et leur postérité, oultre le mauvais exemple qu'il laisseroit pour l'advenir, et le reproche qu'il auroit à jamais d'avoir laissé le gouvernement du royaume aux estrangers, l'avarice et ambition desquels estoyent tellement cogneues qu'ils ne se contenteroyent de telle authorité au royaume, puisque le ciel et la terre n'estoyent sufiisans à les saouler. A quoy on adjoustoit que ce remuement de toutes choses et principalement des gouverneurs des provinces et villes de frontière, considérée l'indisposition du roy, et qu'ils manioyent les finances à leur gré, rangeoyent la justice à leur dévotion, et commandoyent seuls aux forces, présageoit quelque plus triste changement.

Ayant donc communiqué ceste affaire à ceux de son conseil ( les principaux desquels estoyent Jamac; l'évesque de Mende, bastard du feu chancelier du Prat , maistre des requestes de la maison du roy, et chef dudit conseil; d'Escars, son chambellan , principal favori , et auquel il déceloittous ses affaires et secrets, comme aussi ce d'Escars faisoit les messages d'amy ; et Boucbart , aussi maistre des requestes du roy et chancelier dudit sieur) , eux voyant une chose de laquelle il ne leur pouvoit que bien advenir si elle sortoit son effect ( comme on les asseu-

SOUS FRANÇOIS IL

roît, s'ib se hastoyent avant que les autres eussent loisir de prendre pied et terre ferme au maniement des af&ires), luy donnèrent conseil de s'acheminer à la cour le plus diligemment qu'il seroit possible, et d'amener le plus grand nombre de gentilshommes qu'il pourroit,à fin que s'il y avoit quelque résistance , comme elle estoit à craindre du costé du duc de Guyse, homme de cueur et hazardeux, ils se pussent aider de ses Gascons attendant que plus grand renfort luy vinst, s'il enestoit besoin. Mais la chose ne fut plustost conclue que ceux de Guyse n'en fussent advertis par d'£scars , qui vouloit avoir deux cordes en son arc, et avoit tousjours faict mestier et marchandise du secret de son maistre. Cela les fit estonner du commencement, et se tenir sur leurs gardes, faisant faire un édict avec plus estroites défenses que jamais de porter armes et pistoles sur. peine de la vie. £t au lieu qu'ils s'estoyent rendus difficiles et de nul accès , quand ils virent qu'ils avoyent affaire d'hommes, ils commencèrent à caresser et appeller les gens de service, et à leur promettre de grands biens pour tenir leurparty . Ils ne faillirent aussi d'envoyer secrètement vers d'Escars et iViende,pour les prier de destourner leur maistre de son entreprise. Pour ce faire , l'un avoit promesse d'estre conseiller au privé conseil , et d'entrer aux affaires, et l'autre d'estre chevalier de l'Ordre avec cinquante hommes d'armes, oultre plusieurs autres grands biens qui leur estoyent promis; lesquels estats ils pourroyent accepter (disoyent ceux de Guyse) sans que leur maistre s'en doutast : d'autant que c'estoit la coastume en France d'avancer près des rois les favoris des princes , et que ledit seigneur leur maistre penseroit par ce moyen estre grandement gratifié de voir en honneur ses deux spéciaux serviteurs.

D'Escars donc et Mende, qui estoyent rangés à ces promesses , venans à la cour avec leur maistre, lequel avoit à sa suite nombre de gentilshommes d'eslite, petit à petit commencèrent à mettre de l'eau en son vin , et sans le sceu de Jamac, luy meirent en avant qu'il se falloit meurement et sagement conduire en une afoire de si grande conséquence ; et ce d'autant plus que les &its de feu monsieur de Bourbon luy estoyent et devoyent estre comme un clair miroir. Davantage , ils luy ramentevoyent qu'il avoit à perdre , et que ses ennemis ne cher-

choyent que nouvelle occasion de luy courir sus ; comme en semblable le roy d'Espagne l'espioit de si près, que s'il luy advenoit de rien entreprendre par force ( surtout estant entremeslé le fait de la religion), il se pouvoit asseurer d'estre aisément destruit sans espérance de ressource à luy ny aux siens, lesquels avoyent les reins trop foibles pour entreprendre telle chose. A ceste occasion doncques , leur advis estoit que plustost il taschast d'avoir par douceur la faveur qu'il pourroit que de rien bazarder par trop haut entreprendre ; et qu'il devoit estre tellement clos et fermé en cela que cependant nul ne sceust sa conception , entretenant ceux de la religion en telle espérance que quelquesfois illeur aidast et parlast pour eux, en ce qui ne luy pourroit porter nuisance , leur baillant entre deux vertes une meure, afin que s'il estoit pressé il se peust prévaloir de leur" secours, si on le recherchoit de trop près ; mais qu'il falloit surtout qu'il gardast de se laisser aller à quelque autre remonstrance . tant bien coulourée fust-elle, et quoy qu'on luy sceost amener au contraire. «Car, disoyent-ils , sire, c'est la manière de faire de ceux qui se trouvent offensés , de chercher par tous moyens la vengeance, et se munir de grandes et hautes remonstrances persuasives et pleines d'affections pour parvenir à leurs desseings. Tout ainsi que ceux qui veulent esbranler et mettre bas un rocher font provision et préparent toutes les machines nécessaires. «Voylà comme ce prince, autrement peu eschauffé, fut entièrement refroidy. Estant donc arrivé à Poitiers , il monstroit avoir le meilleur courage du monde , qui fit que beaucoup de grands seigneurs et princes luy allèrent au-devant, et entre autres le prince de la Roche-sur- Yon.

Les ministres aussi des principales villes du royaume, et spécialement de Paris , Orléans et Tours le vindrent trouver , lesquels il receust bénignement, et entendit leurs remonstrances tant en général qu'en particulier. Le sommaire d'icelles estoit que Dieu ne l'avoit pas seulement délivré de la main de ses ennemis pour son bien et profit particulier, mais aussi l'avoit miraculeusement conservé par sa providence pour maintenir et défendre la vraye et pure religion, accablée par les ennemis de vérité ; et pour es< tablir en France levrayetpur service de Dieu, à quoy il devoit entendre, puisque de droict il

lU

DE UESTAT DE FRANCE

ivoit esté appelléan gouvernement du royaume pendant la minorité du roy. A ceste occasion ♦ et puisqu'il apparoissoit manifestement que Dieu Tavoit choisi et esleupour réparer les ruines de son Église, ils n'avoyent peu moins Caire pour le devoir de leurs charges, que d'aller devers Sa Majesté luy remonstrer ce grand et inestimable bénéfice de Dieu, afin qu'en vraye recognoissance d'iceluy, il quittast entièrement Fidokitrie et faux service qui régnolt encore en sa maison ; et qu'au lieu d'iceluy il establist la vraye rdigionet piété, laquelle il ne devoit plus tenir cachée puisque Dieu luy avoit baillé si bon et asseuré tesmoignage de son assistance ; comme aussi il se devoit entièrement reposer sur la providence d'iceluy, pour n'estre abandonné de luy en si saincte entreprise. Ils disoyent davantage que tous les fidèles chrestiens de France qui avoyent embrassé la réformation de l'Évangile avoyent les yeux fichés sur luy , et s'attendoyent par son moyen d'cAtenir quelques bonnes trêves et relasche de l'oppression continuelle par eux soufferte depuis quarante ansî et qu'au lieu que toute défense et audience leur avoit esté jusques alors desniée, il les feroit ouyr en leurs justifications. Par quoy ils le supplioyent ne les frustrer d'une si bonne et saincte espérance, ains les faire jouir du fruit d'icelle; autrement, il se pouvoit asseurer d'encourir l'ire de Dieu , lequd ne l'en laisserait longuement impuni. Car tout ainsi qu'il Favoit préservé miraculeusement pour l'employer à une si excellente charge , aussi le sauroit-il bien trouver pour le mettre en exemple de son juste jug«ttcnt , s'il mesprisoit et desdaignoit un si grand bien.

Il donna sur cela boftoe espérance, les asseurant qu'il n'alloit à la cour pour autre chose que pour poiirvotrau faict delà religion et establir le pur service de Dieu^ car autrement il estMt si peu curieux d'honneurs et convoiteux de maniemens d'affaires, que le séjour en son p«rîs,etla simple conduicte de sessubjects luy estoit plus délectable. Bref, il les asscuroit de leur faire obtenir ce qu'ils demandoyent , et y employer tout son crédit et faveur sans rien desguiser. Ques'iln'abandonnoitsitostlamesse, il prioit d*estre supporté , pour ce qu'en ce faisant il n'auroit plus moyen de rien feire pour eux , comme deqà il estoit beaucoup soupçonné et scandalisé par ses ennemis. Us répliquerait

que s'il vouloit avoir Dieu propice et favorable, il ne falloit marchander avec luy; et qu'il avoit assez cogneu son assistance, sans en douter pour plus longuement temporiser. i

Estant approché de la cour, il envoya son mareschal des logis et fourriers à Sainct-Gerraain-en-Laye préparer ses logis, qui se monstrèrent assez fascheux , d'autant qu'on ne leur bailloit chambres au chasteau selon la grandeur de leur maistre, et au village encores moins de quartier pour sa suite. Mais pour ce (comme dict a esté) que ceux de Guyse se tenoyent asseurés qu'il n'witreprendroit rien de nouveau , ils tindrent peu de compte des remonstrances de son mareschal , ains le renvoyèrent avec paroles hautaines, voire jusques àestre dict par le duc de Guyse qu'il luy couslcroit la vie et de dix mille hommes avec , avant qu'on luy ostast le lieu et le logis que le roy luy avoit baillé près sa personne. £t ainsi ne craignirent ceux de Guyse de faire cognoistre leur authorité avec le mespris du Navarrois, en sorte que ses gens furent contraincts de retourner au-devant de luy sans avoir logis; ce qu'ayant entendu, il fit démonstration de quelque mescontentement^mais pour cela il n'en fut autre chose.

Les. roys de France ont ceste coustume en leur grandeur , que voulant caresser quekfuos princes ou seigneurs leurs favoris, sachawt l'heure qu'ils doivent arriver, ils leur vont audevant par courtoisie, feignant aller à la dtasse et les rwicontrer d'adventure, ce qui est estimé pour l'un des plus grands honneurs et faveurs ; car, à la veuede tous, le roy retournant les entretient de propos amiables. Les dames fimt aussi le plus souvent le pareil. Mais rien de tout ceci nefïit faict au roy de Navarre, quelque espérance qu'on luy en eust donnée. Ains le roy fut mené par le duc de Guyse à la chasse par chemins tout contraires. Et ainsi, le Navarrois arriva au chasteau sans que nul luy fost audevant de tous les courtisans, où il trouva son logis tant peu préparé que ses cofiCres estoyent en pleine cour, sans qu'on sceust o« les rangar hors du chemin des passans.

Descendu de duival, il alla droit en la diambre de la roine mère, où estoit le cardinal de Lorraine , lequel ne s'esmeut ni avamca 4' un seul pas pour luy aller au-devant. Au contraire, îlsouffritqu'ilJevinstchercherelcares8er,aprês avoir fait Ut révérence à ladictie dame ; encores

SOUS FRANÇOIS II

le receut-il assez eslrangement , de quoy plusieurs s'esmerveiUoyent,d'autant qu'ils n'attei^ doyent rien moins que ce prince se voulust ainsi abaisser, mesme au temps quMI sembloit devoir commander à tous. Il eut le mesme recueil à la venqçdu roy. Car luy ayant esté audevant jusques à l'entrée du chasteau, et fait la révérence, ceux de Guyse tindrent si bonne mine, que nul ne s'advança ; mais ce fut à luy de les aller embrasser , ce qu'estant remarqué , chacun en parloit diversement ; et surtout , cela despleut aux gentilshommes de sa suite, cuidans que ce fiist faute de cueur, à l'occasion de quoy la pluspart se retira à Paris : car aussi n'avoyent-ils poi^t de logis à la cour. Les autres estimèrent cecy avoir esté fait par le roy de Navarre selon la coustume des courtisans , qui reculent pour mieux sauter, et rient coustumièrement à ceux qu'ils voudroyent avoir baisé morts ; et que c'estoit pour mieux pourvoir à ses affaires, et les conduire doucement et par grande prudence. Et pour ce que ses gens luy allèrent rameiitevoir qu'il n'y avoit point encores de chambre au chasteau pour luy , et qu'on ne savoit où retirer ses hardes , le mareschal Sainct- André , là présent , luy offrit la sienne ; ce qu'il accepta contre Fespérance de l'autre.

Le lendemain, il s'attendoit qu'on l'envoyeroit quérir pour se trouver au conseil des affaires; néantmoins, il en fut deceu, et encore moins envoya Ton voir qu'il faisoit. Par quoy Jarnac et autres seigneurs des siens prindreat de là occasion de l'esguillonner, d'autant qu'on luy bailloit matière de se plaindre en toutes sortes ; mais il les remettoit de jour à autre, les paissant d'espérance. Et encor qu'ils luy remonstrassent qu'kV enfourner se font les pains cornus, que ses adversaires se fortifioyent et s'enorgueillissoyent de sa longueur, que son authorité en diminuoit envers tous les estrangers qui voyoyent telles indignités, et qu'autrement il luy eust esté meilleur de demeurer en ses pays, où estant lo'm on Teust toujours redouté, il advouoit bien toutes ces choses, leur promettant faire merveilles ; mais ils n'avoyent les talons plustost tournés, que l'autre conseil ne Farrestast tout court, en sorte que venant devant ceux de Guyse, il leur faisoit d'autant plus de caresses et courtoisies qu'ils se monstroyent rudes et difficiles en son endroict.

Finalement, au bout de trois ou quatre jeurs^

le roy le retira à part et luy tint les mesme* ou semblables propos qu'au connestable, pour le regard du maniement de ses affaires, lesquelles il avoit entièrement remises en ses oncles le cardinal et duc de Guyse, son frère ; en sorte que qui luy voudroit complaire, il falloit leur obéir en tout et partout, comme à luy-mesmes. Et quant à luy, il entendoit qu'il eust les mesmes pensions et estats qu'il avoit du vivant du feu roy son père, le priant de s'y porter, comme il avoit tousjours fait, et que quand il viendroit à la cour, il seroit tousjours le bien venu.

Le roy de Navarre ne luy fit autre response, sinon qu'il seroit bien aise de voir ses affaires tousjours conduictes par bon conseil, le remerciant de la bonne volonté qu'il luy portoit; aussi n'avoit-il en son royaume un plus affectionné et fidèle parent que luy, et qu'il feroit tousjours cognoistre par effect le désir qu'il avoit de luy faire service. Ayant déclaré ces propos aux gentils-hommes qui les suivoyent, chascun jugea qu'il n'entreprendroit rien, puis qu'il avoit laissé escouler tant de belles occasions. Par quoy voyant le mauvais visage qu'on faisoit aux uns et les menaces feictes aux autres, plusieurs grands seigneurs se retirèrent ; entre lesquels Jarnac, homme fort ad visé, estant du nombre des menacés, trouva moyen de se racointer avec ceux de Guyse, qui ne s'ymonstrèrent difficiles, en sorte qu'abandonnant ce premier party, il servit à Tautre. Ce qui fut trouvé estrange, attendu qu'il estoit retenu et advoué pour parent de la maison de Vendosme ; mais il s'excusoit sur ce qu'il n'estoit asseuré d'estre maintenu par le Navarrois, qui, se voyant de jour à autre mesprisé de ses adversaires, et abandonné des siens, faisoit tout ce qu'il pouvoit pour les retenir et contenter, alléguant que ce n'estoit faulte de bonne volonté, mais que la cour luy estoit contraire, et qu'il n'avoit trouvé aucun qui voulust prendre son party, par quoy il attendoit la venue du connestable et de l'amiral. Mais quand ces seigneurs eurent entendu comme il s'estoit porté mollement aux moindres choses, craignant qu'il feist le mesme aux plus grandes et principales, ils ne s'avancèrent d'aller à la cour.

Ayant donc séjourné quelques jours, il print congé du roy pour aller à Sainct-Denis faire le dueil du feu^roy, selon leur^^coustume. iiC-

DE L'ESTAT DE FRANCE

qael accompli par quelques jours en grande solennité, appareil et despense superflue, il print la roupte de Paris, là où, accompagné de son frère, le prince de Condé, et de peu de gens, il alloit secrètement par les maisons sonder la volonté, et prendre l'advis de ceux des présidents et conseillers qu'il cognoissoit ses plus affectionnés, poiir savoir comme U se de voit conduire, tant à demander le lieu qui luy appartenoit en la cour, qu'à faire assembler les -estats, selon l'ancienne couslume. Mais il trouva les iftis froids et mal disposés, les autres du tout contraires , et les autres pleins d'excuses, sur la crainte qu'ils avoyentdc la violence de ceux de Guyse ; si que le peu de chaleur qui luy estoit resté fut incontinent esteint, en sorte qu'il .se proposa de tout laisser. Toutesfois il ne peult manier ses affaires si secrètement que ceux de Guyse n'en fussent advertis, ensemble de ceste dernière résolution, dont leur orgueil s'enfla davantage, espérant, ce coup rompu, que tout leur iroit à souhait, puisque ce prince n'a voit peu rien obtenir de ce parlement, lequel ils avoyent tant gourmande qu'ils doubtoyent de sa bonne volonté, et craignoyent qu'il ne cherchast occasion de revanche ; partant, afin que leur authorité fust du tout con-. fermée, selon leur advis, et que rien ne défaillist pour ceste affaire, ils arrestèrent incontinent de sacrer le roy, d'autant qu'asseurant son estât en la présence de tous, jusques au premier prince du sang, qu'ils avoyent ainsi aisément dompté, c'estoit asseurer leur authorité. Le sacre donc fut faict avec toutes les anciennes cérémonies, par le cardinal de Lorraine, archevesque de Reims, en la présence du roy de Navarre, et de tous autres desquels on se servoit comme de personnages à jouer une farce ; mais c'estoit à bon escient qu'on se jouoit du connestable, à l'endroict duquel la roine mère fut si impudente , qu'elle se servit mesmè de deux de ses nepveux, à sçavoirdu cardinal de Chastillon et de l'admirai, pour luy persuader de résigner son estât de grand-maistre au duc de Guyse, auquel toutesfois l'année précédente le roy Henry Tavoit rudement refusé, quand après les nopces du roy, lors dauphin, avec sa niepce, roine d'Escosse, il avoit bien esté si oultrecuidé de demander cet estât, soujs ombre qu'en ces nopces il avoit servi de grand-raalstre, estant le connestable et grand-

maistre lors prisonnier entre les mains du roy d'Espagne , demande à la vérité par trop indigne et pleine d'impudence. Mais à ce coup il trouva qu'il feit ce message pour luy ; pour ce, disoit la roine, que cest estât est aussi bien inutile au connestable, et que ce sera un moyen de faire ces seigneurs bons amis, joinct qu'on baillera pour récompense à son fils aisné un estât de mareschal de France ; qui fut l'amorce qui feit recevoir ceste commission aux deux des susdicts. Le connestable, qui sa voit devant tous ces jeunes courtisans ce que cela valoit, trouva ceste procédure mauvaise au commencement ; mais finalement, se laissant aller à ceste eschange auquel sa maison ne perdoit rien, résigna bien Testât de grand-maistre entre les mains du roy, mais purement et simplement, et non en faveur dudict de Guyse, déclarant assez qu'il ne cédoit en rien à son adversaire, ains qu'il obéissoit à son roy avec récompense très honorable, se monslrant trop plus généreux en peu, qu'un plus grand^que luy n' avoit faict en beaucoup. Et sceut d'abondant si bien pourveoir à ses affaires que, sans se fier à une expectative de cour, son fils aisné tout ensemble fut pourveu d' estât de mareschal, extraordinai rement establi, avec suppression du premier estât de mareschal qui vaqueroit.

L'admirai , nepveu dudit connestable, alfant au sacre du roy, qu'il trouva à Nanteuil, maison aussi loyalement appartenant au duc de Guyse que plusieurs autres, avoit cuidé eslre surpris par une estrange ruse d'iceluy de Guyse» lequel, pour le remettre en mauvais mesnage avec le prince de Condé, qui avoit espousé sa niepce Léonor de Roye, la perle des princesses de nostre temps, luy feit entendre, comme s'il n'eust encore oublié leur ancienne amitié, que le prince avoit pourchassé de le despouillerdu gouvernement de Picardie ; ce que n'ayant créa l'admirai , et mesmes depuis ayant cogneu estre faux, parce que le prince mesme luy en dit, il délibéra de se défaire de ce gouvernement, prévoyant que ledit de Guyse prétendoit, n'ayant peu parvenir à son premier desseing, à luy faire recevoir une honte , ne luy faisant fournir ce qui estoit requis pour les fortifications de la frontière de Picardie; afin que le roy visitant ses places, en prinst occasion de l'en démettre avec qvielque note de déshonneur. Voylà pourqyoy , voulant aussi gratifier le prince de Condé j

SOUS FkÂNÇOIS It.

duquel il estoit si proche allié, il résolut de s'en déffaire. Ce qu'ayant faict entendre au roy, et pareillement à la reine sa mère, d'autant, di- 80it-il, que son autre charge d' admirai estoit plus que suffisante pour l'occuper; luy remonstrant aussi combien ce gouvernement seroit bien séant au prince de Condé, comme originaire du pays, de si long temps gouverné par ses prédécesseurs. Cela fut trouvé bien fort estrange, attendu que les autres courtisans tout au contraire, avoyent accoustumé de demander estât sur estât. Et de fait la roine mère hiy portoit afGection, pour le cognoistre homme rond, pour s'en servir sans craindre aucunement qu'il entreprinst rien par ambition, dont elle le cognoissoit estredutout vuide, joinct que die estoit contente aussi d'avoir tousjours deux cordes en son arc, et de tenir bridée l'authorité qu'elle donnoit à ceux de Guyse. Il fut donc à la fin prins au mot quant à la résignation de son estât, mais non quant à en pourveoir le prince, quelque poursuite que luy-mesme en fist ; car le mareschal de Brissac enfutachepté par ceux de Guyse, au soustenement desquels dès ceste heure-là il se dédia.

Ce qui pressoitle plus de ceux de Guyse estoit que, nonobstant leurs menaces d'un costé, et leurs praticques de l'autre, ils ne pouvoyent empescher qu'on ne commençast à murmurer contre eux tout ouvertement, tesmoing un escript en rime, qui fut semé entre autres contre Charles de Lorraine, cardinal, et que j'ai bien voulu insérer mot à mot, d'autant qu'il m'a semblé assez bien basti.

Ainy , ne tr<^iive pas estraoge , Si en tlUnt au poDC aa Change^ Pour escus, ducas et salus, On te paye d'un Carolus.

Car fon peut voir fliear de ce règne Où si bonne police règne / Que tel qu*ott estf molt le plus , Est sufaject k un Carolus.

On voit mathématiciens, Les plus doctes musiciens , Vénestriers et sonneurs de luths , 8e donner à un Carohn.

D'honneurs les plus ambitieux , Ou de biens avaricieui .

Les plus avides et goulus , Sont gorgés, par un Carolus.

XVl« SIÈCLE, La PI. et La Pi.

Ceux qui ont es règnes passés, Force grands ihrésors amassés , Afin que l'on n*en gronde plus , Les laissent à un Carolus.

Tel , au rang des plus grands seigneurs , Déparioii faveurs et honneurs ,; Qui est en sa maison reclus , Pour n'avoir pas un Carohis.

Le riche à force de ducas , Ne fera pas si bien son cas Que feront les plus irupclus, S'ils ont pour eux un Carolus.

L'estraoger ou le domestique , Fugitif pour quelque pratique , Recouvre honneurs et biens tollus , s'il peut cbevir d'un Carolus.

Si vous voulez, sans oiseleurs , Des oyscaux de toutes couleurs Prendre bien mieux qu'avec la glus , U no vous Caut qu'un Carolus.

Les inventeurs de tous malheurs « Les larrons et plus grands voleurs , Et les gens les plus dissolus , Sont maintenus d'un Carolus.

Ke'pensez pas aller en cour ,

Pour faire aux grands seigneurs la cour :

Car de faveurs serez exclus ,

Si vous n'avez un Carolus. *$

Pour au roy demander office , Quelque estât , ou bien bénéfice , U n'y a rien qui serve plus Qu'avoir en main un Carolus.

Tous contrats , accords et traictés , Quelques sermens qu'on ait prestes , Sont facilement résolus , Ayant eu main le Carolus.

La loy , le droict et l'ordonnance De Dieu , n'ont lieu en notre France ! Car mesme les arrests conclus , Sont rescindés d'un Carolus, '.

Bref , amy , pour le faire court , Je t'asseure qu'au temps qui court , '' Trois as ne font point tant au flus , Que fait en France un Carolus.

Tels escripts firent penser à la roine mère et à ceux de Guyse qu'il falloit s'acquérir des faveurs partout, qui fut cause que tout d'une volée on fit dix-huict chevaliers de l'Ordre, et la pluspart d'apparence, si on fait comparaison d'iceux avec la canaille qui y a depuis esté receue indifféremment ; et toutesfois dès lors com-

DE L'ESTAT DE FRANCE

mença ce dicton : Que le collier de Tordre (jadis tesmoignage de chevalerie bien esprouvée et sans reproche ) estoit devenu un collier à toutes bestes; se riant la Florentine de tout le respect de Tancienne noblesse françoise, qu'elle deffaisoit par elle-mesme. Mais ce qui les tourmentoit le plus, c'estoit ce nom des trois estats, la vraye bride de la tyrannie, desquels estais il se parloitfort. Pour y remédier de bonne heure, ils donnoyentàeûtendre auroy que quiconque parloit de convoquer les estats estoit son ennemy mortel, et coulpable de lèse -majesté. Car, donnant ceste ouverture, son peuple voudroit bailler la loy à celuy duquel ils la doyvent prendre, et seroit son conseil tellement changé que on le tiendroit à jamais comme sous la verge, tellement qu'il ne luy resteroit rien d'un roy , sinon le tiltre seulement. Bref, que cela seroit faire injure à sa prudence de luy vouloir bailler tuteurs et curateurs, veu qu'il avoil desjà assez d'aage et d'expérience pour gouverner et soy et son peuple, et cognoistre si ceux de son conseil se porteroyent bien et droictement. Partant, il ne le de voit aucunement souffrir, non plus que les praticques et menées que les princes faisoyent pour advancer ceste affaire ; en quoy ils estoyent soustenus et sollicités des hérétiques, pour l'espérance qu'ils changeroyent la religion de l'Église romaine et de ses Pères, à la mode des nouveaux chrestiens, mais s'il les vouloit croire qu'ils avoyent bien le moyen de chastier leur témérité. Quant à la roine , elle estoit en meame ou plus grande peine, présupposant que, si les loix du royaume avoyent lieu, elle seroit réduite à telle raison que d'avoir simplement la garde des personnes de ses enfans pupilles, sans maniement d'un seul denier qui ne passast par l'advis du conseil , ramassé de tous les coings du royaume, et lequel ne la respecteroit aucunement, mais luy tiendroit la bride si courte que condition ne luy pourroit advenir plus contraire à son authorité et grandeur, laquelle ceux de Guyse promettoyent bien maintenir, si elle les portoit aussi de sa part es charges que le roy leur avoit baillées, ce qu'elle leur promit estroictement. £t de faict, oultre les menées secrettes tendantes à ce que , si force estoit que ceste assemblée se feist, comme il y fallut venir à la fin, ce fust tout au rebours de l'intention de ceux qui la' demandoyent ; au mesme temps qu'elle faisoit bon' visage aux .

princes, et entretenoit ceux de la religion de bonnes espérances, elle en escrivit à bon escient au roy d'Espagne son gendre, se plaignant du roy de Navarre et des princes , comme la voulant, par le moyen desdits estats, réduire à la condition d'une chambrière, et troubler les affaires du royaume, qu'elle disoit estre autrement bien disposées. Cela fut cause, que ledit sieur roy d'Espagne, pour rompre de bonne heure tels desseings, escrivit une lettre au roy son frère (qui fut leue en plein conseil, et au nez du roy de Navarre ) , par laquelle il luy mandoit avoir entendu qu'aucuns mutins et rebelles s'efforçoyent d'esmouvoir des troubles, pour changer le gouvernement du royaume^ qui avoit esté si sageinent establi, de bon nombre de conseillers, par le feu roy Henry son bon frère et beau-père, et comme si le roy sonbeaafrère n'estoit capable de luy-mesme l'administrer, et en bailler la charge à ceux que bon luy sembleroit, sans y interposer autre consentement ne recevoir loy de ses subjects, ce qu'il ne devoit aucunement souffrir ; que, de sa part, il employeroit volontiers toutes ses forces à maintenir l'authorité d'icduy et de ses ministres, voire luy cousteroit sa vie, et à quarante mille hommes qu'il avoit tous prests, si aucun estoit si hardi d'attenter au contraire. Car il luy portoit telle affection, disoit-il, qu'il se déclaroit tuteur et protecteur de luy et de son royaume, comme aussi de ses affaires, lesquelles il n'a voit en moindre recommandation que les siennes propres. Sur cela, le roy de Navarre, combien que d'ailleurs il eust jà conclu de ne rien entreprendre, et qu'il fust certainement adverty que ceste menée estoit faicte exprès pour le tenir en' craincte, et que le roy d'Espagne avoit assez de besongne taillée en la guerre d'Afrique qu'il alloit entreprendre, fut tellement intimidé, que pour vivre et avoir paix, il alloit recherchant ceux de Guyse, leur faisant la cour (si ainsi faut dire) plus que jamais; comme aussi de leur part ils sçavoyent bien tenir leur gravité, feignant se soucier peu de ce prince, lequel sentant le roy Philippe avoir fait voile en Espagne, et craignant qu'il entreprist quelque chose sur ses pays, cherchoit toutes occasions de s'en retourner en Béarn; ce que sçachant ceux de la religion, ils le sommèrent de promesse avant son parlement ; mais il ne dit ni feit rien pour eux. Quant à ce partemènt du roy d'Espagne, il

m va ainsi. S'estaot trouvé yictorieux par tant d'exploicts, et par une paix si avantageuse sur la France, il se proposa de tenter fortune contre le Turc , et d'essayer d'estendre les bornes de 9a domination es parties de l'Afrique. Pour quof faire , ayant kvé une forte et puissante année, de l'eslite de ses vieilles bandes, et tiré à soy quelques vieux soldats françois, sous l'espérance de les faire riches, il les envoya par la voy e de l'Italie s'embarquer à Gennes, à fin d'al- 1er droict en Afrique , et luy de sa part se meit sur l'Océan, tant pour estre plustost en Espagne, à fin de pourveoir au reste de ses affaires, que pour ne se vouloir fier au François, en demandant passage par le royaume. Estant donc embarqué avec grand nombre de navires , et toutes les plus précieuses bagues et joyaux que le feu empereur Charles cinquiesme, son père, avoit peu acquérir en toute l'Alemagne et l'Italie, durant son règne et magnificence, avec les riches tapisseries et omemens qui avoyent esté faits à grands frais et despens es pays de Flandres , ainsi qu'il arrivoit au p<Mrt de Sainct- Jacques en Galice, il s'esleva une tourmente si grande que de tout ce magnifique esquippage, amassé de si longue main et avec tant de travaux, rien n'arriva à sauveté ; ains fut la mer bérllière de tous ces riches thrésors, à la veue des Espagnols, qui en menoyent un merveilleux dueil. Et quant à luy, ceste tourmente l'espargaa si peu, qu'à peine peut-U mettre un pied dans une barque que le navire dedans lequel il estoit n'enfoneeast au profond de la mer, tant estoit grande la fureur d'icelle et des vents. En somme, le danger duquel il estoit sorty luy fit oublier une teUe perte , disant tout hault qu'il cogooissoit que Dieu l'avoit réservé à ceste seule fin d'exterminer les luthériens, et croyoit que s'il n'eust eu ceste résolution et entière fermeté que Dieu Teust fait périr); avec ses bardes. Ceux de la religion, au contraire, prenoyent cela à leur advantage, et disoyent que tout ainsi que Dieu avoit ehastié le roy Henry, encores qu'il procédast contre eux par ignorance, et à l'appétit de certains cardinaux , aussi ce prince avoit eu cest advertissement pour se convertir à Dieu ^ sinon qu'il se pouvoit asseurer que c'estoit un commencement de douleurs, et que Dieu le scauroit bien trouver pour luy Cidre de rechef sentir la pesanteur de son bras. Yoyià queHe fut son arrivée en Espagne, pré-

80US FRANÇOIS IL

sage de la ruine qui luy vint test après en la guerre d'Afrique.

il a cy-devant esté fait mention des poursuites qu'on faisoit contre ceux de la religion, et comme l'on ne donnoit aucune relasche au conseiller du Bourg ayant interjette appel devant le primat de Lyon, qui lors estoit le cardinal de Toumon, Or, pour vuider cest appel, et à fin que les juges délégués dudit cardinal primat y peussent phis commodément vaquer, il fut amené en la Bastille. Toutesfois les diligences du cardinal de Lorraine ne peurent tant faire que ceste affaire ne prist plus long traict qu'il ne vouloit, d'autant que sur ces entrefoictes, et ainsi qu'on estoit après à recouvrer les mandats, survint le temps de vacations qui empescha que leur sentence ne peut estre confermée par la cour. Ceste poursuite précipitée fut cause que ceux de la religion de leur église de Paris escri virent de rechef à la roine mère; « Que sur son asseurance de faire cesser la persécution, ils s'estoyent de leur part contenus selon son désir, et avoyent faict leurs assemblées si petites que Pon ne s'en estoit comme point apperçeu, de peur qu'à ceste occasion elle ne fiist importunée par leurs ennemis de leur courir sus de nouveau ; mais qu'ils ne s'appercevoyent aucunement de Teffect de ceste promesse, ains sentoyent leur condition estre plus misérable que par le passé, et sembloit, veu les grandes poursuites contre du Bourg, qu'on n'en demandast que la peau, comme aussi ils avoyent entendu de bonne part ses ennemis s^en estre vantés. Quoy advenant , elle se pouvoit asseurer que Dieu ne laisseroit une telle iniquité impunie, veu qu'elle cognoissoit l'innocence d'iceluy, et que tout ainsi que Dieu avoit commencé à chastler le feu roy, elle pouvoit penser son bras estre encore levé pour parachever sa vengeance sur elle et ses enfans, et seroit le tesmoignage de son jugement si manifeste qu'il ne pourroit aucunement estre desguisé, ny dissimulé ; que la procédure contre du Bourg se trouvoil de toutes personnes si estrange que si on attentoit plus oullre contre luy et les autres chrestiens, il y auroit grand danger de trouble et esmotions, et que les hommes, pressés par trop grande violence, ne ressemblassent aux eaux d'un estang, la chaussée duquel rompue, les eaux n'apportoyent par leur impétuosité que ruine et dommage aux terres vdLnnes. Non que cela advinst

par ceux qui, dessoubs leur ministère, avoyent embrassé la réformatioh de FÉvangile (car elle de voit attendre d'eux toute obéissance), mais pour ce qu il y en avoil d'autres en plus grand nombre cent fois, qui, cognoissant simplement les abus du pape et ne s' estant encore rangés à la discipline ecclésiastique, ne pourroyent souffrir la persécution, de quoy ils avoyent bien voulu Pad vertir à fin qu'advenant quelque meschcf, elle ne pensast iceluy procéder d'eux. »»

La roine mère, trouvant ceste lettre fort aspre et dure, respondit aussi durement en ces termes : « Et bien, on me menace cuidant me faire peur, mais ils n'en sont pas encore où ils pensent. » Toutesfois, estant pourchassée et continuellement sollicitée par le prince de Condé, la dame de Roye et l'admirai, et feignant de céder à leurs persuasions, disoit n'entendre rien en ceste doctrine, et que ce qui l'avoit paravant esmeue à leur désirer bien estoitplustost une pitié et compassion naturelle qui accompaigne volontiers les femmes, que pour estre autrement instruite et informée si leur doctrine estoit vraie ou fausse. Car quand elle considéroit ces pauvres gens estre ainsi cruellement meurtris, bruslés et tourmentés, non pour larrecin, volerie ou brigandage, mais simplement pour maintenir leurs opinions, et pour icelles aller à la mort comme aux nopces, elle estoit esmeue à croire qu'il y avoit quelque chose qui outrepassoit la raison naturelle. A ceste occasion, elle désiroit de communiquer privéement avec quelqu'un de leurs ministres, ce qui estoit venu par autre occasion. Le faict est tel : l'admirai la voyant souventes fois en grande destresse (ce sembloit) par la mort du roy Henry son mari, entre autres propos, il l'admonestoit d'avoir recours à la prière et se consoler en la parolle de Dieu, où elle trouveroit une ferme consolation, sans s'amuser à la doctrine des moynes et docteurs de rÉglise romaine, qui plustost par leurs sophisteries amenoyent les consciences en im désespoir qu'à une vraye consolation ; que pour recevoir ceste consolation, il estoit nécessaire de communiquer avec quelqu'un des ministres de léglise réformée; et que si elle le trouvoit bon, il s'asseuroit de. luy en faire venir un de l'église de Paris, qui la contenteroit, et que Sa Majesté en auroit autre et meilleure opinion que auparavant. Ce que la roine mère feignant de trouver bon, elle le pria le vouloir faire venir,

l'asseurant qu'il ne luy seroit fait aucun mai ny desplaisir. De fait, à voir les contenances de la roine, il sembloit qu'elle eust singulière affection à ceste conférence. Pour à quoy parvenir Ton se servit de la dame de Roye, qui fit en sorte qu'un ministre de l'église de Paris s'achemina à un petit village près de Rheims, pendant le sacre du roy François II son fils. Il séjourna un jour entier, attendant l'opportunité de pouvoir conférer avec la roine, qui y estoit lors, sùy vant ce qui en avoit esté arresté. Ce qui fut empesché à l'occasion que ce jour elle fut visitée par plusieurs cardinaux et autres seigneurs estant venus au sacre. Au moyen dequoy ce ministre s'en retourna àParis; sans pouvoir rien avancer, d'autant que ladicte dame ne voulut estre apperceue vouloir conférer avec les ministres de la religion, ni leur porter faveur. Et dès lors ceux de la religion perdirent Tespérance qu'ils avoyent conceue de ceste princesse; laquelle leur feit beaucoup de maulx, en lascbant la bride aux persécutions, incontinent après esmeues contre eux, ainsi qu'il s'ensuit : Régnant encore Henry, un orfèvre de Paris, nommé de Russanges, apostat de ceste religion, etdcsmis de sa charge de surveillant pour avoir esté trouvé en larrecin des deniers des pauvres, avoit par despit décelé leurs assemblées au président Sainct-André et au sorbonnîstedeMouchi, se faisant appeler Démocharès, député inquisiteur de la foy par le cardinal, et avoit mesme baillé par escript les noms et surnoms de tous les plus riches et apparens de ladicte église, mesmes de tous les ministres et anciens, pour l'espérance de participer au butin. Ceste entreprinse fut retardée par la mort intervenue de ce prince. Ce que le cardinal voulant fremettre sus, il fut d'autant plus esmeu à ce faire, qu'il entendit que telles assemblées se faisoyent par toutes les provinces du royaume en plus grande hardiesse que devant. Car, oultre ce qu'il estoit extrêmement acharné contre eux , il pensa ceste licence estre au mespris de luy et de son frère. Partant ayant pris argument sur la promesse faicte à l'Espagnol au traicté de la paix, il ne voulut plus tarder à se venger de ses prétendus outrages. A quoy aussi resguillonnoit le désir d'acquérir renommée, et de posséder entièrement les ecclésiastiques qui luy estoyent du tout nécessaires, afin d'aplanir le chemin aqit entreprinses pr(\jetée5 de longue main par

SOUS FRANÇOIS IL

lay et son frère. Or, se proposoit-il de venir aiséement à chef de ceste entreprinse contre ceux de la religion qni estoyent àParis, à cause de l'entière obéissance que luy rendoit nonseulement le parlement et la justice ordinaire, mais atissi tout le corps de la ville en général et en particuKer. Et s'attendoit que la grandeur de ccst exploicttiendroit toute la France en telle craincte, que l'on ne songeroit à faire aucune résistance ailleurs, quand ils viendroyent à passer oultre, après avoir ainsi matté ceux de Paris. Cela fut cause qu'on publia des édicts tout nouveaux plus rigoureux que jamais, lesquels on rafraischissoit souvent , contenant défenses de faire aucunes assemblées, et de s'y trouver, à peine d'estre envoyé au feu, sans autre forme de procès. Promesses aussi estoyent faictes aux délateurs de la moitié des confiscations, avec autres grands sallaires ; commandement aux commissaires des quartiers de Paris d'estre diligens à recevoir les accusations, et saisir ceux qui seroyent déférés, et de rechercher les maisons de jour à autre, et faire rapport de leur diligence. Et à fin de ne rien laisser arrière pour les vacations du parlement ( ainsi qu'il a esté dict), puissance fut donnée par lettres-patentes au lieutenant criminel du Chastelet de juger sans appel ceux qui seroyent amenés devant luy, et à certains autres conseillers que l'on savoit estre capitaux ennemis de ceste doctrine, expressément choisis et esleus par le cardinal, qui accompaignoit les lettres dudict seigneur des siennes très affectueuses, portant menaces aux défatllans, et promesses de grands biens à ceux qui y employeroyent leur industrie et diligence, toutes choses cessantes.

Les curés et vicaires dfis paroisses dénonçoyent excommuniemens contre tous ceux qui cognoistroyent aucuns luthériens et ne les déféroyent, exhortoyent le peuple par toute sorte de persuasions de ne s'y espargner, et avoir l'œil chascun sur son voisin , proposoyent impunité aux accusateurs, si leur accusation n'estoit bonne et recevable. Bref, on cherchoit tous moyens possibles pour descouvrir ces hérétiques, jusques à adjousterde grandes promesses à ceux qui s'y monstreroyent vaillans. L'entreprinse de Russanges ayant longuement traîné par la mort de Henry ainsi intervenue , a ne sceut se porter si finement qu'il ne fast découvert en prat icquan t de l'aide, el se vantant

des grandes promesses à luy faictes. Car ne pouvant rien faire seul, il fit tant que d'attirer à soy deux compaignons, à savoir un Claude David, aussi orfèvre, frère d'un huissier de parlement, et un certain George Renard, tailleur d'habillemens. L'un d'eux devoit servir d'accusateur, et les autres de tesmoings, puis^ qu'autrement on ne pou voit attrapper ces héré^ tiques pour leur faire procès. Ce Renard avoit esté prévenu de ce crime durant la grande persécution faicte l'année des placards , il y avoit environ vingt-huicl ou trente ans, par le baillif Morin , et estant mené au supplice , avoit tant faict qu'il sauva sa vie, pour avoir promis d'accuser ses compaignons; ce qu'il feit, et meit des plus grands de Paris en peine. Depuis s'estant réconcilié à l'assemblée secret te dudict lieu, il cognent tous les principaulx. Mais quand la persécution retourna, craignant estre puni comme relaps, pour de rechef éviter la mort, il se retira auxsusdicts président Sainct-André et Démocharès par le moyen d'icçluy de Russanges. A ces trois fureiît adjoincts deux autres tesmoings, le fait desquels va ainsi.

Il y avoit à la porte Sainct-Yictor un peintre et un guiternier qui introduisirent chascun im apprentif esdites assemblées. Advint quelque temps après, que ne pouvant avoir argent d'eux pour leur apprentissage, et les ayant battus pour leurs faultes, ils les chassèrent : de quoy les mères despitées, sçachant la manière de vivre de leurs maistres, les menèrent confesser et avoir absolution. Les presbtres ayant sceu leur secret, en advertirent Sainct-André et Démocharès, qui les retindrent, sans permettre qu'aucun parlast à eux, et les sceurent si bien emmieller et traicter de toutes sortes de viandes;, * voire jusques à les ennivrer de ces bons vins théologaux, quenon seulement ils tirèrent d'eux tout ce qu'ilssçavoyent, mais aussi les attirèrent tellement à leur cordelle , qu'ils promirent de dire tout ce qu'on voudroit. Si qu'à leur délation plusieurs personnes, voire mesme des familles entières, furent prinses en un jour, et par le moyen des uns et des autres toutes les assemblées de la ville, et les maisons où elles se faisoyent, furent descouvertes.

Et d'autant qu'il y avoit plusieurs captures à faire, oultre ce que les juges de Chastelet et les commissaires départirent tous les sergens par bandes et cantons, il fut aussi mandé de la

DE t'ESTÀT DE FRANCE

cour aux maistres du guet, et aux arcbçrç cfe la ville de leur assister, fust de jour ou de nuict; lesquels, avec tous les bedeaux des jurisdictioos ecclésiastiques et subalternes, faisoyent assez p'and nombre. Du commencement, à fin de n'effaroucher personne , ils "firent semblant de rechercher quelques voleurs et larrons, et furent quelques jours rodant çà et là, saps toutesfois entrer en aucune maison suspecte de U religion, ny mesme approcher du (aul3j)ourg 8ainct-Gern>ain-des-Prés, qui estoit sur tous autres recommandé, pour ce qu'on Testimoit une petite Genève, comme ils en parloyçnt eor tre eux. Ceux de la religion s'estant ainsi r^sseurés, tout en un coup ce faulxbourg fut as^^iUit et commença Ton en la rue des Marets près le pré au Clercs, chez un nommé le Yisconte, qui rptiroit coustumièrement les allans et venans 4e la religion, et principalement ceux qui venoyent de Genève et d'Alemagne, en la maison duquel aussi se faisoyent souvent de grandes assemblées. Et à fin de le surprendre mangeait de la chair aux jofirs défendus , comme il en avoit la réputation , ils dressèrent leurs embusches par un jour de vendredy chez les accusateurs, et nommément chez un clerc 4a greffe criminel, nopmé Frété, caut et rusé en ces matières, s*il en futoncques. Aussi estoit -il dressé de la main du feu président Lizet, en sorte que quand on ne pouvoit tirer tesmoignage ^t confession suffisante des accusés de ce crime, on mettoit ce fin Frété aux cachots avec eux, lequel sçavoit si bien contrefaire Tévangéliste, que le plus subtil et ad visé tomboit en ses filets, et par ce moyen on en avoit faipt mourir beaucoup. Frété donc ^ alléché de la despouille de ses voisins, ppujr les avoir de (ong temps remar(}ués, retira chez soy quarante ou cinquante sergens en part, qui y estoyent entrés à la file. Et sur les onze heures estant arrivé Thomas Bragelonne, surnommé le Camus, conseiller au dhastelet ( je le nomme ainsi à la différence de son frère lieutenant particulier ), avec deux ou trois commissaires de plus envenimes contre ceste doctrine, la maison du Visconte fut incontinent environnée et rudemenj assaillie. Mais combien que de quinze ou seize personnes qui estoyent à table , il n'y en eust que quatre qui fissent teste ( car les autres se sauvèrent par-dessus les murailles et à travers champs), si firent-ils une telle résistance,

^'estimant attaqués par brigands e\ voleurs), que tous ces sergeps furent mis e^ ro\)pte,^t 1^ plus hardi si viveipent blessé , qu'on penaoit qu'il ^ dçust oiourir une douzaine pour le ippins ; ce qui leur vint par contre espérance, car ils faisoyent leur compte de prendre, piller çt cfnprisonner, et non d'estre battus. En ce conflict, Bragelonne et ses commissaires ^ept ep grand danger d'estr^ tués ; et n'ens^ esté cç Yiscûnte, c'çstoit faicf deu:i^. Le malheur toipba sur 1^ Idessés, qui n'eur^t part au butin, ains ouvrirent seulemeut te passage à (çurscompaignous qui Içur vindrent sur le soir pour renfort. Cependant tes çombattans ( du npipbre desquels estoyen^ deux frères, gentilsbomoies d' Anjpu , appelles Soucelles ) eurent loisir de s^ sauver, e( les autres de la religion deç maisous prochaines eurent aussi temps de se retirer, quittant leurs maison^ à|a iperci des juges et sergens qui y trouvèrent richesses d'or et d'argent monnoyé, principalement chez ce Visconte, où ces hostes avoyent laissé leur argent en garde. Et par ainsi furent menés prisonniers, la femme d'iceluy, ses petits ^fans, et son père, homme vieil et caduc : emportant devant eux, coipme eu triomphe, un chapun lardé, et de la chair crue qui estoit au ganlemanger; car de cuitp, il ne s'y ep trouva point. Cela estoit pour )es reudre davantage odieux aux yeux du peuple. Aussi receurent le père et la belle-fille tel mal traictepient, qu'ils moururent en prison, en grande pauvreté et langueur. Ils pripdrent aussi prisonnier un personnage qui avoit esté baillif de Sainct-Agnan, en une maison prochaine, où logeoit un gentilhomme nommé la Fredonnière» qui avoit aussi quitté la place, et y envoyoit cest advocat pour empescher le ^accagement de ses meubles : mais comme il contestoit par trop au gré des sergeps et commissaires, il fut souspeconné et à l'instant fouillé, et trouvé saisy de certains mémoires de grande conséquence , contepa^t des remonstrances au roy et à ses estats, tant pour la religion que pour Testât politique : qui fut cause qu'on le ^rda estroictement, et le chargea l'on de crime de lèse-majesté. Bourdin, procureur général du roy, ayant veu ces mémoires, les envoya au cardinal, et dict depuis, en oompaignie, privée qu'ils estoyent divinement bien faicts, et que ces fbls4à avoyent de merveilleusement bonnes raisons, toutesfois q^ a{^-*

quées, et que e'estoit dommage qu'ils n'employoy^t leurs esprits ailleurs qu'à ces resveries coateatieuses de la religioo.

Ayaot Brageioime et tes cooiinissaires trouvé afi joQmal du Visoonte que certains deniers qu'ils avoyent prins appartenoyent aux gentildMHnmes du roy de Navarre, et autres gens de nom, ils se persuadèrent que ceux-là ne laisseroyent perdre leur bien tégèr^nent, et qu'ayant osé le défendre en plein jour, ils pourroyent retourner la nuîct, et teur donn^ une charge pius aspre. Pourquoy ne voulant quitter ce butin , ils firent venir à leur secours plus de quatre ou cinq cens hommes de pied et de cheval tous armés à Uanc, qui firent le guet quatre ou cinq jours et nuicts, pen&nt qu'on vuldoit la maison des absens, et les fit-on tant boire de ces vins de provision du Yisconte, qu'ils se battoyent entre eux-mesmes, en sorte qu'il y en eut un tué d'un coup de pistole.

Ces juges et pillards tout ensen^le, ne sentant pkis de résistance, estendtrent leurs poursuites par tous les endroicts de la YiHe, là où pareillement les suspects avoyent abandonné leurs nuisons. Mais leurs meubles furent si bien remués par ces officiers de justice , que c'estoit à qui se reprocherott avoir ehascun jour mieux butiné, comme à vray dire, les coings des rues estoyent tellement fiîrcis de meubles à vendre, que durant les fuites de Paris pour craincte de la guerre, ni en autre temps, ils ne furent oncques à tel marché. Dequoj ne voulurent perdre leur part les conseillers de Cbastelet, à sçavoir Rohnd Poussemye', Jacques Rapovel, Guy AppoUo, Guillaume Yersoris , Nicolas Langlois; et les commissaires Jean Martin, Guillaume du Chemin, Jean Divonneau, Jacques de Sens et Tristan Cossian. Bref, on ne pouvoit aller par Paris sans passer à travers gens de pied et de cheval armés à blanc qui tracassoyent çàet là, menant prisonniers hommes et femmes, petits enfans et gens de toutes qualités. Les rues aussi estoyent si pleines de charrettes chargées de meubles qu'on ne pouvoit passer, les maisons estant abandotmées comme au pillage et saccagement, en sorte qu'on eust pensé estre en une ville prinse par droiet de guerre, si que les pauvres devenoyent riches, et les riches pauvres. Car avec les sergens altérés se mesloyent un tas de gamemens qui ravageoyent le reste des sergens, comme

SOUS FRANÇOIS IL

glaneurs. Mais ce quiestôit le plus à déplorer, c'estoitdevoir de pauvres petits enfanAqui dëm^uroyent sur le carreau, crians à la faim avec gémissemens incroyables , et alloyent par les rues mendians, sans qu'aucun osast les retirer sinon qu'il voulust tomber au mesme danger; aussi en faisoit-on moins de compte que de chiens, tant ceste doctrine estoit odieuse aux Parisiens. Pour lesquels davantage aigrir et acharner, il y avoit gens par tous les coings d«B rues (je ne scay de qui envoyés) et ressemblant à pauvres ou moynes crottés, qui disoyent à ce pauvre peuple crédule que ces hérétiques s'aAsemUoyent pour manger les petits enfans , et pourpaillarder de nuict à chandelles esteincteSt après avoir mangé le cochon an lieu d'ut! agneau paschal, et commis ensemble une ini« nité d'incestes et ordures infâmes : ce qui estoit receu comme oracle. Bref, ce spectadë dura long temps, en Aorte que ces manières de gens avoyent fait comme une habitude ordinaire d'aller de jour et de nuict tecoager maisons, au sceu du parlement, lequel cqpekidantfermoit les yeux.

La clameur de ces affligés parvenue à la cour, la rdne mère envoya scavoîr que c'estoit, à laquelle on renvoya certains escripts en rime françoise, trouvés chez le Yisconte, faisant mention de la mort advenue au roy Henry par le juste jugement de Dieu, èsquels aussi ladicte dame estoit taxée de trop déférer au cardinal. £t à fin que tout le coips de ceux de la reUgioa fost trouvé coulpable et non quelque particulier, et qu'on rendist leur doctrine tant plus odieuse envers iceiie dame, on adjousta d'àbondaHt certaines informations faites et dressées par l'industrie du président Sainct- André et Démodiaràs, sous la déposition de ces deux jeunes enfans, dont il a esté cy-dessus faict mention, qu'ils tenoyent sous leurs ailes, contenant entre autres choses, qu'en la place Maubert, en ïk maison d'un avocat nommé Trouillas, s'estoyent faictes plusieurs assemblées de luthériens; «lire lesquelles, le jeudi devant Pasques, (qu'on appelle absolut) y en avoit esté feicte une de grand nombre d'hommes, femmes et filles, environ la minufict, là où après avoir presèbé, fait leur sabath, mangé un cochon au lieu de l'agneau paschal, et la lampe qui leur esclairolt esteincte, ehascun s'accouplaavec sa chacune, et qu'entre autres femmes ils recogneurent celle

DE L'ÉSTAT DE FRANCE

fl65d]

dudict avocat et deux siennes belles et jeunes filles, l'une desquelles s'estant rencontrée avec un d'eux, il la cogneut pour deux ou trois fois pour sa part. Ces choses ainsi dextrement agencées et envoyées au cardinal avec les deux tésmoings, n'amendèrent la cause de Soucelles, qui estoit à la cour poursuyvant la restitution de ses bardes, cbevaux et argent pris chez le Visconte; carencores qu'à la prière et instance du roy de Navarre, le roy luy eust quicté et remis les meurtres qu'il pensoit avoir faicts en ce conflict, on trouva nouvelle occasion de le charger de ces libelles diffamatoires, d'autant qu'il se mesloit un peu de poésie ; pour quoy, au nez du Navarrois, Soucelles estant entré en la salle du roy, et remarqué par le cardinal, fut par son commandement pris prisonnier, et envoyé avec grandes et seures gardes au bois de Vincennes, là où il trouva le jeune comte d'Aran, escossois, pour l'envie que luy portoyent ceux de Guyse, à cause de l'évasion du comte d'Aran son aisné, et de la guerre d'Escosse, dont cy-après sera parlé : et Coiffart, baillif de Sainct Agnan, ayant esté trouvé saisi des susdictesremonstrances. Et furent ces deux, à savoir Soucelles et Coifl'art, d'autant phis recommandés que Ton pensoit qu'ils avoyent voulu mettre le roy de Navarre en besongne pour remuer mesnage, et que l'on espéroit descouvrir plusieurs secrets par eux. Le cardinal, de sa part ne laissa dormir ses informations. Car ayant au poing le sac où elles estoyent, et à sa queue les deux enfans, il alla trouver la roine mère, et avec exclamations incroyables, luy deschiffra de poinct en poinct le contenu d'icelles, n'oubliant rien pour rendre ceux de la religion les plus maudictes et abominables créatures qui eussent esté dès la création du monde. Mesmes, afin de ne rien laisser en arrière, elles furent par luy enrichies de toutes les pollutions desquelles se souillèrent jadis les anciens hérétiques Psalliens, Gnbstiques, Euchytes, Messaliens, Borborites, Origénistes et autres que Satan a autrefois suscités pour obscurcir la lumière de l'Évangile, quand elle fut du commencement preschée en cachette, à cause de la persécution que leur jEaisoyent les empereurs payens et idolâtres. Et à ce que ces preuves ne peussent eslre calomniées, et à fin qu'on cogneust tant mieux cnoimilé du faict, le caidinal prcsentoit les

tesmoingsqui les avoyent véues, et qui avoyeùt vescu de mesmes, comme il disoit : « Ces informations ayant esté envoyées par ces gens de bien de juges, auxquels le roy en avoit donné commission, desquelles (disoit-il) vous devez estre armée et munie, pour prévenir ceux qui vous parleront en la faveur de ces monstres infâmes, m'asseurant, madame, que leurs desguisemens sous ombre de religion ne pourront jamais trouver place en vostre endroict. Et que par conséquent au lieu de trouver mauvaise la procédure faite contre eux, vous jugerez qu'ils ont esté trop gracieusement traictés. »»

La roine, ayant entendu le dire du cardinal, et veu les tésmoings, qui par leur silence et visage asseuré sembloyent le confermer, fat merveilleusement aigrieetestonnécijoinct qu'on y mesloit des choses qui touchoyent son authorité, ensemble l'honneur du feu roy son mary. Mais le pis fut, que le chancelier Olivier se chargea volontairement de veoir ces informations, et pour complaire à ceux de Guyse, en fit luy^<fnesme le rapport au roy et à son conseil, dans le parc de Yilliers-Coste-Rets, avec des contenances et propos qui démonstroyent qu'il avoit ceste matière grandement affectée; ce que plusieurs gens de bien trouveront fort estrange, attendu qu'il savoit trop mieux comme les choses estoyent passées, pour avoir luy-mesme blasmé et détesté telles calomnies. Par quoy dès lors on estima que la France auroit beaucoup à souffrir, puisque le chef de la justice, et celuy de l'intégrité duquel on atlendoit beaucoup, estoit si manifestement rangé à la dévotion de ceux de Guyse ; luy, dis-je, qui, s'estoit du temps des rois précédens opposé à la tyrannie et oppression de justice, sans aucune craincte. La roine donc manda aux Parisiens de continuer les poursuites commencées jusques à ce que ces méchans fussent du tout desracinés; en quoy elle fut promptement servie. Les poursuites donc furent redoublées, en sorte que tous ceux qu'on pouvoit cognoistre et appréhender furent, ou mis en prison, ou exécutés à mort.

Davantage, la roine ayant trouvé à part quelques siennes damoyselles qui favorisoyent ceux de la religion, leur déclara ie rapport à elle faict de ces informations, auxquelles elle disoit adjouster telle foy que si elte sçavoit pour tout certain qu'elles en fussent elle les feroit

SOUS FRANÇOIS IL

mourir, qndqne amitié oa dvenr qu'elle leur portast. Les! plus familières et advisées d'entre elles insistèrent tant contre elle, que de la faire condescendre à oo!r ces enfans, dont il luy fut fort aisé de cognoistre Tencloueure, car estant vivement enquis des poincts esquels on ne les avoit point recordés, il apparoissoit manifestement qu'ils avoient esté apostés et pratiqués : ce qu'aussi ils confessèrent tacitement à l'une d'elles, qui feignoit trouver bonne leur procédure. Ce nonobstant. la roine ne fit cesser la poursuite, tant pour recommander sa chasteté envers le peuple, que pour la crainte de desplaire au cardinal, qui. avoit ceste matière grandement affectée. Et d'autant qu'il y avoit eu de la résistance à Sainct-Germain-des-Prés, luy et le duc de Guyse son frère en prindrent occasion d'envoyer par les maisons prendre toutes les armes, jusques aux cousteaux, et de les porter enl'hostel de Clisson (lequel ils s'estoyent aj^inroprié et iceluy nommé de leur nom de Guyse), afin que sans aucun inconvénient on parachevast ce qui avoit esté commencé, et qu'ils eussent nombre d'armes au besoin. En toutes lesquelles poursuites les noms de ceux de Guyse trottoyent comme avant l'authorité souveraine. Car il n'estoit question ni du roy, ni de sa mère, ains disoit-on le cardinal avoir commandé ceci, et le duc de Guyse cela. Et à ce qu'aucune faveur ne fîist f&icte, il y avoit tousjours un gentilhomme ou serviteur d'iceux pour accompaigner les juges [et commissaires par la ville, à fin d'espier quelle diligence et devoir ils feroyent.

Pour retourner à cest advocat Trouillas accusé, sachant son innocence, et que tout cela luy avoit esté dressé par l'envie |>articulière que luy portott le président Sainct-André; encores que luy et les siens se fussent absentés comme plusieurs autres pour crainte de la persécution, et qu'il y eust un merveilleux danger pour ceux qui paroissoyent : toutesfois il ne peut estre retenu que luy, sa femme et ses filles n'allassent, au milieu de ces grands feux, se rendre prisonniers en la conciergerie du palais, pour se justifier des actes exécrables à elles imposés. Mais au lieu d'en estre enquises par commissaires du parlement, on commença de leur faire procès sur le faict de la religion, et de les interroger de leur foy : à quoy elles ne voulurent respondre que préalablement l'autre XVI- «làcLB, La PI. et La PI.

faict ne ftist vuidé, et qu'elles en fussent ou convaincues ou déclarées innocentes. La cour les voyant fermes en cela, feit visiter les filles par plusieurs chirurgiens, sages-femmes, et à diverses fois. Mais il ne se trouva visiteur, hormise une vieille matrone, qui ne les jugeast entières ; encores n'osoit ceste-là résoluement asseurer qu'elles fussent corrompues par attouchement d'hommes ; et finalement leur demanda pardon après leur délivrance, déclarant comme, et par qui elle avoit esté subornée, luy ayant dict que c'estoit une œuvre méritoire de charger telles gens à tort ou à droict, estant desjà les plus exécrables du monde. Sainct-André cependant et Démocharès faisoyent toutes les diligences possibles de dresser d'autres tesmoings, d'autant que leur honneur y pendoit.

Les deux enfans aussi leur furent recollés et confi-ontés, mais il en advint tout autant comme devant la roine et ses dames. Car la court cognut en eux tant de variations et entortillemens de propos, avec certains regards et contenances, que cela seul justifioit du tout ces pauvres filles. Bref, on ne sceut asseoir sur leurs dépositions aucun jugement, encore que les juges députés y travaillassent avec toute diligence, et que ceste affaire leur fust très recommandée, tant pour le désir qu'ils avoyent tous ensemble d'accabler ceux de la religion à quelque prix que ce fust, que pour sauver l'honneur du cardinal, du président Sainct- André et des sorbonistes, qui avoyent mis ceci en faict. Cela estant divulgué partout, on attendoit avec merveilleuse dévotion quelle en serait l'issue. Car ceux qui n'estoyent préoccupés d'aucun préjugé disoyent ouvertement l'accusation estre vraye ou fausse : si elle estoit vraye, que punition exemplaire en devoit estre faicte plus grande sans comparaison que d'un simple crime d'hérésie ; d'autant qu'il y avoit parmi cela des pollutions et détestables infamies ; si elle estoit fausse, que les tesmoings ne pouvoyent éviter la mort ; et néantmoins on voyoit en liberté et les uns et les autres : ce qui n'estoit sans grandement taxer les juges.Tant y a toutesfois que l'issue n'en fut autre, sinon qu'elles demeurèrent comme ensevelies en prison, et n'en fussent jamais sorties que condamnées comme hérétiques, sans un édict dont il sera cy après fait mention, en vertu duquel, sans leur . faire droict sur ceste calomnie, eues furent dé-^

DE L'ESTAT bE FKAWfcE

îivrées comme par force. Car ïêfle estoît îorèïâ justice de France, et lek les exercices de plusieurs du parlement, îesquets délaissant toutes autres choses, vaquoyent ordinairertieïit à ces affaires. Et de vray les rnoùches et e^îoïis cy-dessus déclai^és, ainsi Nommés par lès jugefe délégués, avec quelques autres (Jue le cardinal y eraployoit, aggravèrent grahdemient là poursuite; tellement que depuis Te mOis d'àoust jusqu^en mars il n'y avoît que captures et emprisonnemens, pilleriés de maisons, proclamations à ban, et exécutions de cexit de là religion, avec très cruels tourmeris ; et loutesfois, parmi telles tempestes, ils ne discontiftuèretit leurs prédications et tout autre exeYclCe de leur teUgion, tant ils estoyent éschauffés. Entre cetix qu'on feit lors mourir à Paris pour ceste querelle,.furent un serviteur d'un Nicolas Ballon, peu auparavant exécuté pour ceste tnesme cause; Martin Marie, la dame de la 'Caîllè, un charpentier, Martin Housseau, tterre MÏIlet, Jean Geoffroy, oiiltre grand ndtnhre d'àuttiîs qui furent envoyés mourir settiblablénierit auX lieux de leur nativité ou capture.

Comme à Paris ils se monstrôyëtit ftfrt dïligens à exëcuierles màifidemens de ceux de Guy^e contre telles gens, lés autres paWeiriehs et juges né faillirent de tes seconder, l^hon qd^aticmls Jfes surmbnlèreht eïi nombre : ent^e atltres deux de Thoulouze et d'Aix en Pfovence, 4 cda és- ^guillohnés doublement par le cardinal d' Armaî- «nac qui taschoit d'entrer eti c'rédit, et par le légat du pape en Avignon, intrfne sdllidteur du pape, si que chacuù s'^achairnoit après à qui inieux mieux. Or, de s'arrestéràtoutelslefep'àtticularîtés dé§ pailettiens, fl m^ '$émfcle que tie seroit ënnùyèr les ledèurs. Suffisse "seiilèmeftt que j'âtlègue lés prôVistoris dfe inkgi^rats provinciaùlx, et que ïVâriçofs AtibetH,'Hc*titenahtgénéral de 1à séhesdhaticée de Poictôu, hdûs enseigne comiïië dhasctm d'eux tràvaîHoit diligemment en ce négoce. Car ié vhtgt et trdislesme fte sepleitibre , ètir les rettion^ti*ancés j tldi; ciairës ^é Jfeaîn baAfiër, Jean Pàldi^tre, ï*hilipîf)e Arembért et George Crësse, advocatk et "ptociiretirs du roy audit siège, et mésmemetit'pttàr obvier, dîsoyent-îls, aux scandales, feédîtion's, conventions publiques, et empeischerTefenlotîôn du peuple, par lé Ynôyeh des prédictftidtts et fausseis doctrines qu'on puWioit en plusieurs lieux de leur séne£chau(^ée, défenses forent &ic-

tcfe d'y faire àdcfdiiê^ a»dttftWes','€txte porter armes offiensi ves ou défensives; énjotectà tou&ceox qui n'auroyent jtiste «a«rSe de^etneofèrà Pwètiers, de vtiider dans v*ngt W qmxrt beul^s, stàx hosf éi^ de fKfttet iftikdM» yyfBder» les mtm et detheûreâ de feû^ p««iâkÂ^nàires n loeatsires, eft de refepondiîe die Wftr* pwwmtUM; inhibé à tous de lie sottfMr ïiy pfifertttièWHe en leurs paroisses d mafeoïis atlctiné '(i^iréâiektoii de mi*i ùTstreïs, sotis-mihlsfreS Où ft^rv^jtflans, ay rfé leur preStèr con^ rfy Aide, feS tewvohr, «Hmenter, donriét feu fty éàtiér, itj lnwr preftter aucun c/tece d^uiimnfté ; Mis éstott permis à toutes personhefe de leS*preàdfe à« coiçs et de lés mener frifeonttfert àéx pged royaux, 8sm pour ce eSti* "pifh à fmiè tmÉfm déiïonciateurs ny autremttit, et ce 'à fin d(e leàr fafîfc j)r6cès, et estfe feottllre eux ptàtMé exfraordinairemëht, càttita^ totiv^ë «éditiewt, p«rttirtmtie^urs ^ étinéthis'ëix roy « de fa dhose ptMlque 5 maiidëmerit ftUt à toùfe i*el^euris,l*iwms, chàtélainfe, Ifatfe jUî^tldliTS et'atftTéi tiyattit fttife m ladite ^hcfscham^, ^ à letits ôfBder», d'empèschëflësdtetés'prédîcaWonif,Wori-iSW*étoenteft leurs pafoîSStes, hïHlà «1 *t6ts 1ïtrt¥€«s iimt €l endrdîcTs ; prendr'e fcfe doghiati^m, m tieperniettre preschef Wfti'és ^e ceiix qui feront apparoir àt préalable rih cotigé de févès^e diocésain, ou de ises grkfldô viMii'èls : 1ë totrt ^ifr peine dé côrifièéartoh de ^éorps et de'Mefts, ^ d^estfe punis cdm^e'tJràrfWèut^ et tfecélettfis dés ennemiis publics ; dàiralita^, èttiè tou^ mânttfe etTîàbîtarts dèÇoîctiéfis et de la sétiëàchauftée, allassent à la messe, et asslstàs^lënt à la par6chîâle, à ititi le ttttfnft (te tfcis dIfttWiéhes fun, stliVaritte cdiiàlïtutWf» *e TÉ^, -et les fô- Idhdionls talfëfe atlparavkrtt, •et y liSSeht ttHér ledi^ femttefe, ërtfans, seirvîteuft et ftirtiBës. ^Ue les cufês et Vicâfîres dès paraisses Assent Vegistrt des àssî^tis, ^^s Seroytfnt tenus fcafllér éh "main de jui^tîce, par t^iaciin ^nây ^ la ^*hain'e, et révéler ceux ÉfuiA'y aurôfesit tsSiîsté, lesquels pour la dé^bêiSBattide Séroyent •jWs iu <5ofps dt iheftés prtéônniérfe aui jwtefectîoite des jiiges'drairi!iiî*e%, pdtlr éSti»e tôotta *ëux prcfcMé cdÈhtne de WiS6tt/f^t^éBleittMWt*it ^jôin(H% f ôutés^e^ttiéë'de ¥èvtkr a jtMiee, 'flédkns trois jotlrs apifl» làpdlili«rttoô de» présentes, le nom de ceux qu'ils Satiroyent, tant par ouïr dire qu'autreinent, estre dogmatisans ^t fréqu^tans les sermons qui se font es awem-

SÛU3 t'RàliÇOIS 11.

Wées de jaw et de npict, çt flp s^entent mal dç la foy et religiop d^restiew?! çatholiflue et ro- ]paauie, içur peine d'estre pvniç comme fauteurs et complices; et qu'à ces te fin les censures et guérimonies obtenues, à la requête du procureur du roy, s^rpyent publiées au prosne de la gra^^ me^se ^e cjiafuiiedeçdicteçparaissjes, ^ 1^ manière ^çco^stmnée, et le tout publié à son de trompe et çry p^bUç pçtr les l|ieux accoustuqaçs, à|ip quenul çi'gn prétendist cauçe d'ignorance, çt que tous* \e^, autfçs pfficieri? feissent rp§P^Ctivei)[ie^t J^rder ladite ordonnance sv|r lç§ peines de droict.

Yoyla, dig-je, Je fpnni|l?ire ordinaire des juges subalternes, pour leqyel exécuter chasçun s'employoit diligemment, et surtout les gens d'église ne dormoyent p^. Car pour intimider le peuple, et Fanimer davantage contre les autres, c'estoit merveille^ des accusations qu'ils produi^yept contre eux, les changeant dç tous les incestes et villenies q^ie l'ofi ^çauroit dire et penser. La populiace ausçi aisée à esmouvoir, principalement qu^nd il est quei^tipn de |a religion, eî^écutoit ses vengeances ; de sorte que c'esioit f^ courjr à ceu^ qui avoyent des ennemis, quand Ijsi porte d'iu^punité fut ouverte.

U fL e§té dict qpe le roy de Nayarre, ^yant senty le roy f^bilippte arrivé en Espagne, craignit meryejlleijsement qq'i] luy dpnna^ quelque v^m^e, d'aut^i^t qu^Û n'y ayoit aucune paix* ne guerre eAtre cto. Voyant donc Je mespris ^uquel U estoit i |a pour, et le peu de moyen par luy te^iq à r^çq^rer soo lieu et rang, en sorte qu'il estoit moqué de toyis costés, cela faisoit qqesaps cesse U cherclipit tous les moyens de ^ retirer en s,es pays ; en quoy ceux de Cuyse luy firent ce plaisir, p.our naiet^x le ppurfpener, de luy dpqner la çhargjç, jçivec son frère le cardinal de pourbop et le prince de la Rocheftqr-Yop, de fpeper Eli$^eib> §œur du roy, roarijèe à l'E^agnql, pour la rendre sur la fi-ofitière de France et d'Espagne. Par quoy prenant aon congé, il alla devanjt ^ire les prepar?itlfe à recevoir et bien tracter ladicte dao^e en sea pay?.

En ce mesme tenip^, p?ir le moyen d'un procureur nommé Purent, ^ qui fut adressée une lettre par mesgarde, laqiielle U porta soudainement au président S^ipct- Abdré , fut descouvert que quelques amis du conseiller du Bourg ta§choyent à le sauver de la prison, lequel ^ <iestc

cause fut restreint jusques à estre mis dans la cage de fer, attendant qu'on en eust adverty le cardinal. Et pour ce que Wostradamus, astrologien et invocateur de diables, avoit mis en ses

S^ronost ications d'adoncques : ic bon Bour^ sera oin, le cardinal voulant avoir la peau de ce personnage ,;espris de crainte, luy feit redoubler ses gardes, de sorte que si quelques-uns passant par devant la Bastille s'arrestoyent là, on les retenoit prisonniers, ou les menaçoit-on si tant soit peu Ils regardoyent la place. En ouhre, il fut mandé aux juges délégués du primat de Lyon de l'expédier hastivement, ce qu'ils firent et, confirmant les sentences précédentes, le renvoyèrent au bras séculier, dont fi appela de rechef comme d'abus. Et combien que, par les anciens privilèges du narlement, nul du corps d'iceluy ne puisse esire jugé en matière criminelle que séant la cour et les chambres assemblées, et qu'il restast peu de temps jusques à la Sainct-Martin d'hiver, si est-ce que le cardinal ne voulut tant attendre, ains lettres-patentes furent décernées à certains présidens et conseillers choisis à sa dévotion, par lesquelles leur estoit mandé, toutes choses cessantes, de juger ledict appel et luy faire et parfaire son procès, encore que la cour ne fnst assemblée, et nonobstant quelque privilège au contraire. Ces lettres signifiées à du Bourg le 24 d'octobre, il demanda du papier et de l'encre pour faire sa response. Et pour ce que l'huissier luy présenta seulement demi-feuille, et qtfil en demanda deux ou trois entières qui luy furent desniées, de là les juges délégués, interprétant ceste demande \ l^ur plaisir, firent brnict qu'A youloit retourner aux termes de soq advoçat. Or, comme le palais est composé de gçns spéculatifs et curieux, çhascun jugeoit de ce personnage selon ce que son affection le çonduîsoit. Les ui^s le confinoyent en l'une des cages de fer; les autres dispyent au'i'l y seroit le premier bruslé, et que le cardinal Tavoit trop à cœur pour en disposer autrement : autres, déplorant la misère de ce temps, blasmoyent ceux du parlement de ce que, estant sous un roy mineur (fans, ils laissôyent ainsi supprimer leur authorité et leurs privilèges anciens, alléguant que ceia ne provenoit que de la divisipn aentr'eux. Car U pluspart estoyent ou corrompus» ou faicts de la main de ceux de Guy^e, et ne cherchoyent qu'à renverser toutes choses s|t^lç•^

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DE L'ë6TA.Î de l^RAiîCE

tes et sacrées pour complaire à leurs maistres. Que s'ils eussent esté unis et d'accord, et légitimement colloques en leurs estats, c'estoit lors le vray temps de remettre ce sénat en son ancienne splendeur et intégrité. Davantage on sa voit assez que du Bourg n'estoit en peine que pour avoir usé en liberté de son office, et pour* tant devoyent-ils tant moins permettre luy estre faict procès. Ce nonobstant, ces juges assemblés pour la dernière fois pour gratifier le cardinal, et craignant qu'à l'avenir on feist recherchede ceste cause,etqueremprisonnement, procédures et jugemens fussent déclarés vioïens, cherchèrent nouvelle occasion d'aggraver s^ crimes à fin de sauver l'honneur du roy, qui y estoit (disoyent-ils) engagé. Par quoy ayant trouvé sur du Bourg certaines épistres de consolation en ses angoisses, Bruslard, procureur-général, print ses conclusions comme contre un criminel de lèze-majesté, et un traistre qui avoit intelligence avec les estrangers, contre son serment et contre les édicts et ordonnances, qui défendoyent toute communication principalement avec ceux de Genève, dont ils disoyent ces lettres estre parties. Et combien qu'il eust suffisamment monstre ces lettres estre venues des ministres et anciens de l'église de Paris, et qu'elles ne touchassent aucunes affaires d'estat, ce néanmoins tel crime par eux déclaré irrémissible, joinct avec les autres, s'en ensuyvit jugement de mort, l'exécution remise à la volonté du roy, si bien il ne luy vouloit sauver la vie, et le confiner en diartre perpétuelle. Toutesfois, cest arrest fut tenu secret pour les* raisons qui seront déduictes cy-après.

II ne faut obmettre une chose fort notable sortie de la bouche de ses juges, à sçavoir que du Bourg estoit heureux de mourir pour une si juste et saincte querelle ; et quand on les blasmoit de l'avoir condamné , ils se lavoyent les mains dans les édictsduroy, lesquels ils disoyent ne pouvoir oultre- passer, combien que leur conscience jugeast autrement.

Après que les parens et amis des autres conseillers prisonniers eurent longuement poursuy vi et sollicité le privé conseil , le 4 de septembre lettres de commission furent décernées à certains présidens et conseillers de parlement ' pour parfaire leur procès, nonobstant tous édicts 'et privilèges contraires ; lesquelles venues es mains dudict président Sainct-André, il choisit

tous ceux qu'il pensa estre leuM adversaires et ennemis de ceste doctrine, et plus agréables au cardinal ; lesquels commençant en octobre , y vaquèrent jusques au 8 de janvier ensuy vant. Quant au faict d'iceux conseillers, et la manière de leurs emprisonnemens, elle estoit bien semblable à celle de du Bourg, mais non leurs défenses ; car du Bourg entra librement en la confession de sa foy aussitost qu'on luy en demanda raison. Les autres , au contraire , trouvèrent moyen de se sauver par lesmarets (comme l'on dict), et de prévenir, par leur prudence humaine, les complots et machinations de leurs adversaires. De Foix, Fumée et du Faur se disoyent estre détenus pour avoir remonstré en saine conscience les abus qui s'estoyent glissés en la religion, et pour avoir donné leur advis de les réformer par un libre et sainct concile ; sur quoy on ne pouvoit leur faire procès , d'autant que toutes opinions estoyent libres, et que les leurs estoyent fondées sur le premier article de la paix avec le roy d'Espagne , que le feu roy avoit &it émologuer au parlement , où il estoit parlé de ce concile universel qu'on promettoit faire assembler pour déterminer des différends de la chrestienté sur la religion. Que si le vouloir du roy n'estoit d'en user ainsi, les députés de la paix qui l'avoyent accordé estoyent punissables, et non eux d'avoir ensuyvi l'intention dudict seigneur. Et sur ce qu'on leur vouloit faire rendre raison de leur foy, ils confessoyent lesSainctes-Escriptures du vieil et nouveau Testament, et les symboles des apostres et d'Athanase, receus et approuvés comme le sommaire de la vraye religion chrestienne. Mais quand on les pressoit de respondre sur les contentions et discords de ce temps , ils disoyent n'y estre autrement tenus , sinon qu'on prouvast^qu'ils eussent parlé au contraire de l'opinion receue en l'Église catholique, partant requéroyent d'estre interrogés sur leurs charges et informations. Voilà ensonmieleurs eschappatoires contre le cardinal qui s'attendoit triompher d'eux. Quant à Eustace de la Porte, il s'y porta autrement , se soumettant à croire ce que l'Église romaine croyoit, de corriger son opinion si elle estoit désagréable au roy, et pour ce faire, signer la charte blanche.

Jusques ici il a esté veu comme ceux de Guy se, appuy de la roine mère, et s'appuyant aussi sur icelle, avoyent gagné l'aureille de ce

jeane roy , esloigné les princes da sang et les seigneurs qui n'estoyent de leur retenue , reculé ceux qui auparavant manioyent les affaires, borné les viÛes frontières de leurs affectionnés serviteurs : somme, que l'un avoit empiété le commandement sur ce qui concernoît le faict de la guerre ; et l'autre lasuperintendanoe des finances et des affaires politiques, en sorte que Tauthorité souveraine estoit entre leurs mains. Mais quoy qu'ils sceussent faire , ces choses despleurent tellement- à tous les est^ts de France , que plusieurs se donnèrent liberté d'en dire leur advis hault et clair, jugeant ce gouvernement , administré par les estrangers , du tout desraisonnable , pour avoir esté mesmes establi avant la venue du roy de Nararre, premier prince du sang , et sans en demander l'advis à ceux qui y avoyent intérest , et auxquels il appartenoit, qui estoit fouler aux pieds les anciennes loix qui avoyent entretenu par si long temps la monarchie du royaume. Ces choses,dis-je,faisoyent sentir à toutes personnes un joug insupportable de ces nouveaux gouverneurs, et descouvrir les inimitiés secrettes d'aucuns qui esmouvoyent les autres : ce que ceux de Guyse pensoyent pouvoir suppri- , mer par leurs menaces, et la roine mère par ses menées ; lesquelles menaces estoyent d'autant plus remariquées , que l'on estimoit qu'ils voulussent petit à 'petit réduire le peuple en tdk servitude et captivité comme dessous le Turc, ainsi qu'ils avoyent essayé de faire dès le vivant du roy Henry.

Finalement, après avoir longuement attendu rassemblée desestats, etsceu que ceux de Guyse avoyent persuadé au roy qu'il n'avoit plus grands ennemis que ceux qui parloyent de les convoquer, toutes sortes de gens de la France s'animèrent contre lesdicts de Guyse, voire lors mesmes qu'ils s'estimoyent estre appuyés sur fermes fondemens, et que tout leur viendroit à souhait. Adonc on commença à disputer et mettre en avant qu'ils n'estoyent légitimes magistrats, mais plustost tyrans et usurpateurs, d'autant qu'ils avoyent renversé tout l'ordre anciennement estably et changé le bel estât de France et des François à une cruelle servitude et tyrannie, laquelle de voit d'autant moins estre supportée qu'ils estoyent estrangers, auxquels nulle subjection n'estoit deue.

Us se fondoyent sur la loy salique, establie

iSÔÙS FRANÇOIS IL 229

et inviolablement gardée dès le commencement de ceste monarchie par le commun accord et consentement des estats, ayant de tout temps aecoustumé de pourvoir de gouverneurs aux rois mineurs, comme il avoit esté practiqué à l'endroit de Charles-le-Simple, Philippe-le-premier, le roy Sainct-Louys, Charles sixiesme, qui ne fût mis hors de la tutelle de ses oncles que par privilège et ordonnance des estats, encores qu'il fust aagé de 22 ans, et disoyent que de plus fresche mémoire, l'an 1484, l'assemblée des estats s'estoit tenue à Tours, en laquelle, selon leurauthorité suprême, surmontant toutes les difficultés qui se présentoyent de la part des princes et de la dame de Beaujeu, tante du roy ( laquelle se vantoit d'avoir par testament la garde du roy Charles huictiesme, lors mineur d'ans, et l'administration du royaume pendant son bas aage ), ils donnèrent au roy des conseillers avec la manière de leur gouvernement et administration ; limitant la charge de ladicte dame, et celle des princes et du conseil. Quant à ce qu'on alléguoit ordinairement que tel estoit le plaisir du roy, ils disoyent qu'çn n'y devoit avoir aucun esgard, estant chose notoire que ce seroit contre tout droict que le pupille se peust luy-mesme constituer tuteurs, ou que le mineur se donnast soy-mesme un curateur à sa volonté. Que si cela estoit observé entre personnes privées, à plus forte raison devoit-il avoir lieu en un roy, veu qu'en sa personne il estoit question du bien commun et de la tranquillité publique ; joinct que les rois de France en avoyent tousjours ainsi usé, et qu'çn tels aages ils avoyent recogneu de leur bon gré les loix et statuts de leurs pays, de peur que la monarchie, qui porte le nom de très-chrestienne, ne fust abastardie ou changée en quelque estats de tyrannie, joinct que si le roy avoit quelquesfois tenu ce langage, c'estoit seulement a la persuasion desdicts de Guyse, qui le tenoyent tellement assiégé que nul ne pouvoit avoir accès à luy, sinon par leur congé et en leur présence,à quoy mesmes estoit appliquée l'ancienne devise du cardinal, savoir est un lierre enlaçant la pyramide, qui estoit la devise du feu roy, comme s'il eust voulu effrontément et tout ouvertement triompher de la France, qui fut cause que quelques gens d'esprit tournèrent son nom, qui estoit Charles de Lorraine^ en quatre sortes, à l'imitation des Grecs, qui ap-

DE L'EST AT DE FRANCE

pellent ceste façon de faire anagrammatisme, c^est-à-dire transposition de lettres, et se trouvèrent toutes ces sentences si convenables à ce dont estoit question, qu'il sembloit que ce fussent comme prophéties, i savoir : Raclé as l'or de Henri, — Hardi larron se cèle, — Renard lasehe le roi,— Il cherra Vasne doré, Ik disoyent davantage que toutes ces raisons cessantes, lesdicts de Guyse estoyent incapables d'un tel gouvernement. Car quant au cardinal, sa charge ecclésiastique l'en privoit, puisqu'il n'estoit responsable devant un juge séculier,

Eour laquelle raison le roy. Jean, pourveu de on conseil, a voit osté les sceaux à messire Jehan des Dormans, son chancelier, devenu cardinal ; et encores aujourd'hui, en la seigneurie de Venise et autres répubhques bien policées, les cardinaux n'estoyent receus au conseil. Que si on alléguoit là-dessus les cardinaux d'Amboise et du Pral, oultre ce que cela estoit advenu sous la majorité du roy auquel il auroit ainsi pieu, l'expérience avoit monstre, surtoi^t au dernier de ces deux, combien cela estoit pernicieux; comme dès le temps de Charles sixiesme, la France l'avoit jà essayé, n'ayant esté possible d'amener à raison le cardinal d'Amiens, qui s' estoit retiré à Rome avec ses thrésors. Mais que le roy Ix)uys onziesme et le roy Henry huictiesme, d'Angleterre , avoyent esté plus saiges à la fin, l'un se saisissant du cardinal Balme et l'autre du cardinal d'Yorck. Et sans faire plus ancienne recherche, l'exemple du cardinal moyne de Transylvanie, ayant assujetti au Turc ce royaume-là, estoit tout notoire, et estoit fort à craindre que ceux de Guyse ne se voulussent emparer de la couronne, attendu que dès le temp^ de Henry ils avoyent bien esté outrecuidé? jusques-là de dire que le royaume appartenoit à la maison de Lorraine,' comme issue de la race de Charlemagne, sur laquelle Hugues-Capet l'avoit usurpée ; en quoy toutesfois ils mentoyent avec leurs historiographes attiltrés, esUnt chose trop vérifiée que Charles, dernier de la race de Charlemagne, et duc de Lorraine qu'il ayoit soustr^il^e à son fi-ère, la relevant de l'empire, estoit mort avec ses deux seuls enfans prisonniers à Orléans, et le royaume, pour le forf^t quie dessus, avoit esté transporté par les estats à Hue- Capet, issu,-comme Î'oq estime, de la maison de Saxe. Or, est-il ainsi que par toutes Ipix

celuy qui s'est ingéré 4 quelque tijitelle ou curatelle en doit estre forclos comme suspect, et beaucoup plus encore celuy qui prétend quelque action sur les biens de pupille ou mineur. Au moyen de quoy lesdicts de Guyse estoyent du tout incapables du gouvernement de France ( quand mesmes ce poinçt notable d'estrangers cesseroit), puisque ils prétendoyent y avoir droict comme estant de la race de Charlemagne; et où ils youdroyent desguiser cela de peur d'encourir le crime de lèze-majesté, toutesfois ils ne pouvoyent nier d'avoir manifestement querellé et prétendu, comme encores ils font à faulx tiltre, le comté de Provence, le duché d'Anjou et autres membres de la couronne de France ; ce qui avoit esté formellement empesché par le connestable, au commencement du règne de Henry, et depuis consécutivement autant de fois qu'ils avoyent mis ce faict en avant, estant chose trop notoire que le duché d'Anjou estoit réuni à la couronne pour le moins par la nature d'apennage, et le comté de Provence ac*quis par donation du roy René, ennemi de la maison de Vandemont, dont ceux-ci sont issus, et ce à cause de la prison pour sortir de laquelle il avoit esté contraiqct y marier son héritière. Sur cela estoyent mis en avant les exemples de ceux qui, sous couleui^ de tutelle ou curatelle, avoyent-autrefois usurpe meschamment les royaumes et principaulcç, comme Tarquin-le-Superbe et autres- Nompaément, on alléguoit une lûstoire récitée par Tite-Live en son vingt-et-quatriesme livre, pour ce qu'elle avoit grande convenance avec le cas qui s'offroit. A savoir d'un Andronodorus délaissé pa? Hiéro, roy de Sicile, aveo quatorze autres personnes, pour gouverner Hiérosme, son petit-fils, âgé de quinze an$ ; lequel Andronodorus, voulant s'emparer du royaume, persuada à ce jeune prince de déchasser arrière de soy les autres quatorze gouverneurs establis par son ayeul, comme s'il eust esté dç soy-roesme assez suffisant po\|r gouverner sejjl son royaume. Ce que ayant feict Hiérosme, Andrqnodorus, qui estoit d^mouré seul auprès de luy parce qu'il estoit §Qn oncle (comme aussi ceux de Guyse se pppimoyent oncles du roy ), tascha d'opprimer ce jeune prince pour occuper le royaume, en quoy toutesfois il fut empesché par la noblesse du pays. On mettoit aussi en avant que ceux de

SOUS FRANÇOIS II

Giiyse entretenoy^t le |Mpe et la religion, non pour aucune bonne dévotion ni afTection qu'iU y eussenCyiBais «enlement pour le grand gain et pnmffiet qui leur en revenoit,etqu'ilsen espéroyeniàrâdvenir.Car.oultrecequ'ilss'estoyent merveilieuseBient enrichis du crucifix, tenant à trois <m quaû*e cent mille livres de revenu en relise, ertùgnant la ruine de ce siège, sinon qu'U fosi gardé à force d'armes, Hs s'attendoyent, en le maintenant violentement, d'en reeevoff les guerdons qu'eut Pépin, fils de Charles^Martel, prédécesseur de Charlemagne, et par ce moyen s'approprier le royaume de France, sous ombre de ce qu'ils se disent estre issus de la race de ceux qui ont tant faictde bien à «e siège romain. On remémoroit aussi les effects lamentables de leur ambition, d'autant que run se voulant faire pape, et l'autre ayant deqà eoglouti, par espérance, le royaume de Napies, ils avoyeat foit rompre la trefve tant kottorabie et advantageuse pour la France, et mené une bomie partie jdes forces du roy en Italie soQs couleur de secourir le siège romain, dont estoit ensuyvie la perte de la journée Satnct-Laurent, ayant mis le royaume en tel haiard que pour le racbepter il avoit&llu rendre toutes les oonquestes du feu roy François- V-Grand, et ronger le royaume d'une bonne partie d'iceluy. Et pour la fin n'estoit oublié le ebangement qu'ils fiûsoyent de toutes choses, outre les exactions et toutes s(»'tes d'imposts grandement ac<»'eusdepuis leur gouvernement, au Ueu de rondre compte de tant de finances maniées pi^ eux, dès le règjie du feu roy.

Ces choses et plusieurs telles autres estoyent pfoi^oflées'etdébatues ordinairement es compaignies, pendant i|ue «eux de Guyse, ayant &ict absenter de la cour tous ceux qui n'estoyent de leur iaciîoa, possédoyent paisiblement le roy et le royaume. Mais ces bruicts apportèrent après eux de merveilleuses conséquences, et firent lever Faureille à beaucoup de grands et nobles personnages, voire mesmes aux plus taciturnes et paislMes, et qui avoyent quicté toutes affaires publiques et particulières pour demeurer cois en leur? maisons; ceun-là, dis-je, estoyent comme réveillés d'un profond sommeil, pour penser au salut public, et à ne tomber es mains des personnes qu'on tenoH comme vrayes barpies, espongea et sangsues.

Ceprâdant le roy, pourmené çà et là par eux ,

commença en un instant de croistre à veue d'œil, en sorte qu'en peu de temps d'enfant il se monstroit homme par&ict; ce qui leur vint grandement à plaisir, estimant que par la cor^ pulence on le jugeroit plus capable de pouvoir administrer son royaume sans un conseil ordonné, et que par là ils le manieroyent à souhait. Mais comme nul plaisir humain ne vient sans estre suivi de tristesse et sollicitude, ce prince mal sain, et qui dès son enfance a voit monstre de grandes indispositions pour n'avoir craché ny mouché, sorty d'une longue fièvre quarte, avoit un visage blafart et bouffi ; lequel tira adonc sur la haute couleur, comme aussi se formoit une corruption en l'une de ses aureilles, qui faisoit l'office du nez, lequel il avoit fort camus. Toutes ces choses donnèrent grand pensement et crainete à la roinesamère, en sorte que les médecins plus suffisans furent par elle assemblés à Fontainebleau, qui luy conseillèrent de le* mener passer l'hyver à Bloys, tant pour estre ceste contrée au meilleur et plus gracieux air de tout le royaume, que pour y avoir ledict seigneur esté nourry dès le berceau ; là où aussi on luy pourroit appliquer certains médicamens précieux, en attendant qu'à la primevère on luy préparast des bains aromatiques et propres à sa maladie. On dît que de ce pas quelques médecins, faicts de la main de ceux de Guyse, les advertirent secrettement de pourveoir à leurs affaires, d'autant que ce prince n'estoit pour la faire longue. Et davant^e qu'ils ne se devoyent attendre que la roine leur niepce eust aucuns enfans, s'ils ne venoyenl d'autres que de luy, tant pour les causes susdictes que pour ce qu'il avoit les parties génératives du tout cwistipées et empeschées, sans faire aucune action ; toutesfois, ils pensoyent qu'il pourroit bien vivre encore deux ou trois ans, s'il ne luy survenoit autre flouvel accident, lequel on empescheroit par lemoyen des préservatifs à luy ordonnés.

Quoy que ce soit, ils se résolurent dès-lors de se maintenir à quelque prix que ce lust, et de n'oublier nul moyen que le temps offriroit, se faisant forts que, cestuy-ci leur faiUant, ses frères encores plus jeunes leur serviroyent tousjours de mesme appuy, pourveu que la roine mère demourast en son degré, comme elle de son costé y regardoit encores de plus près. Pour à quoy parvenir, tout ainsi qu'ils avoyent mal

DE L'ÉSTAT DE FtlANCÎE

mené le parlement de Paris, vivant Henry, et entièrement harassé ceux qui n'estoyent faicts de leur main, aussi (5ommcftieèrent-ils à en praticquer les principaux et plus anciens par pi^omesses et présens de bénéfices (desquels ils avoyent Pentière disposition ), en sorte que plu* sieurs d'iceux esblouis de leur autborité, et considérant le danger où ils se mettoyent en leur résistant, veu qu'il ne leur apparoissoit aucun autre moyen de s'avancer, ny aussi de les délivrer de danger, et d'autre costé alléchés de biens et grandeurs, s'enclinèrent tellement de ceste part, que s'est ant jettes dans leurs filets, ils s'y trouvèrent comme en un labyrinthe. Ayant doncques franchi le sault, et s'estant voués et consacrés à leur service, c'estoit à qui mieux leur complairoit. Le semblable advint de la pluspart des gens de guerre et autres courtisans : car comme plusieurs d'iceux cerchent volontiers leur profictet honneur particulier plustost que le bien public, ils ployèrent » bien au vent d'où venoit la faveur, qu'il ne restoit qu'à commander pour obéir promptement. Et combien que les uns et les autres cognussent par suffisantes conjectures que le but auquel tendoit ceste maison estoit tout autre que celuy qu'on leur figuroit, si est-ce qu'abreuvés de vaine espérance, et pour s'entretenir en une imaginée prospérité comme gens fenyvrés, chascun se précipitoit en ce gouffre. Mais surtout le cardinal, ayant plusieurs cordes «en son arc, se savoit tellement transformer en toutes façons, qu'il est impossible de croire €omme il se contrefaisoit en appropriant masques à son visage. Car avec une grande ruse il attiroit chascun, en sorte que d'eux-me^mes et à son clin-d'œil, ils entreprenoyent ou bien conseilloyent ce qu'il n'eust osé loy-mesme desgorger de son estomac. Et sitost qu'il avoit barre sur quelqu'un, comme les François sont prompts à se présenter, il les savoit tellement arrester court qu'ils n'eussent peu reculer puis après sans encourir un extresme péril. Mais entre tous stratagèmes, deux choses luy estoyent singulièrement recommandées : à savoir de tellement s'avancer qu'il jouast à bouUe veue, et d'avoir l'amitié des ecclésiastiques pour s'aider de leur bien, et du peuple qi si tenoit la religion romaine de ses ancestres, p our en avoir secours volontaire, sans lequel rier j de tous ses de^seings ne pouvoit avoir force r,e yigueur. Et d'autant

qu'il cognoissoit les un»avaricietit et les atitres^ superstitieux, il usoit d'autant de façons comme' il les cognoissoit d'humeurs diverses. Rien doncques n'estoit espargné de sa part pour Caire croire que ceitx de la religion estoyent non seulement ennemis du repos public, mais aussi de la personne du roy et de son estât. Pour sonder de quelle affection on estoit envers le roy, il déploroit quelquesfoîs la misère et condition pitoyable du temps, et regrettoît l'indis* position du roy, alléguant la crainte qu'il avoit que son règne fiist trop court pour chastier les hérétiques, et qu'après luy il survinst un autre règne qui leur laschast la bride. Sur quoy chascun disoit qu'il falloit, toutes choses cessantes, les exterminer, ce pendant que les choses y estoyent disposées, et avant qu'ils eussent pris plus longue racine. Lors voyant que cela s'accordoit assez bien à son souhait, ses passions aussi le transportoyent plus oultre, en insistant sur la maladie du prince, laquelle il remarquoit malicieusement de contagion de ladrerie. Partant ne fut-il question aux siens que de semer des bruicts pour rendre le roy et toute sa maison odieuse. Et de vray, c'est chose certaine que de là sortit premièrement le bruit que le roy alloit à Bloys se faire médeciner, à cause des teinclures de son visage. Et comme la curiosité des François estoit d'enquérir profondément qtioy et comment cela s'entendoit, ceux de ceste fection voyant combien cela leur pouvoit servir avec le reste de leurs préparatifs, disoyent en grand secret àl'aureille que pour vray le roy estoit entaché de lèpre, pour laquelle guérir k falloit le baigner au sang des petits edfans, et que desjà commission estoit expédiée à certains personnages d'aller prendre les plus beaux et les plus sains qu'on pourroit trouver depuis quatre jusques à six ans. Et comme volontiers mauvaises nouvelles courent plus viste que tes bonnes et certaines, ce faulxblasme esmevrt tellement le peuple, mesmes à l'entour de la rrvière de Loyre et de vingt lieues à la ronde dfe^ la cour, que c'estoit pitié de voir aller et venir les pères et mères cachant et enfermant leurs enfens çà et là où ils pensoyent avoir meilleure seureté.* Et de vray ceci ne fut sans occasion, car certains rustres suyvans la cour se transportèrent par les bourgades et villages, les uns demandant par les maisons particulières le nombre de leurs enfans qu'ils mettoyent par es^

SOUS fAançois il

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cript; les autres, feignant ignorer ce que lespremiers avoyent faiet, s'enqaéroyent s'il estoit venu gens pour enregistrer leurs enfans, disant qu'ils se devoyent bien garder de les bailler, car c'elBtoit pour baigner le roy en leur sang. Et par ces moyens prenoyent argent des pères et des mères, comme leur ayant foit un très grand plaisir et digne de grande récompense. Le roy arrivé à Bloys sceut ces nouvelles qui le troublèrent grandement, et sa mère aussi, qui s'appercevoitde je ne scay quoy outrepassant leurs communs desseings. Mais le cardinal qui nedonnoit aucune relasdie à ceux de la religion (pour les tenir hors d'haleine), affermoit ce* Masme estre provenu de teur part, à fin de rendre le roy odieux à son peuple, comme ils cerchoyent à Iny oster la couronne pour la transporter à quelqu'un de leur suyte.De quoy ledict seigneur conceut un tel ennuy que dès4ors il se rendit ennemi mortel des évangéliqûes, n'ayant plus grand plaisir qu'à s'enquérir des moyens de les exterminer du tout, far ainsi, d'autant que les peines sembloyent n'estre assez exprimées parles édicts précédens, il enfotfaict un autre, au commencement de novembre, contre les^ assemblées qui continuoyent plus que jamais de jour et de nuict. En qùoy ib disoyent non seulement Fnsage de l'Église Romaine estre vilainement propbané, mais aussi qu'il s'y semoit et divulguoit plusieurs vilains inf&mes et injurieux propos contré Sa Majesté, et pour inciter le pleuple à mutinerie et sédition. Partant estoitil dict que toutes personnes qui ferpyent conventicules et assemblées illicites pour le faict de la religion ou autre cause, et ceux qui s'y trouveroyent seroyent punis du supplice de mort, sans aucune espérance de modération de peine, et les maisons rasées et démolies, sans pouvoir jamais estre rebasties. Et d'autant que la ville de Paris estoit sur toutes autres- recommandée, et que les juges y avoyent plus de dévotion au cardinal, oultre le grand profict qu'ils faisoyent en ces. poursuy tes , autres lettres-patentes du treiziesme de novembre furent d'abcmdant décernées à ceux du Chastelet, contenant les mesmes blasmes semés contre le roy (comme Hs disoyent) par les hérétiques. Parquoy leur estoit mandé faire crier par la vUle que ceux qui auroyent cognoissance de ces assemblées les allassent révéler à justice dans certain temps, s'ils ne vouloyent encourir mesme peine. On XV1« tiBCLE, La PI. et JLa PI.

promettoit à celuy'qul les décéleroit, enoorcs qu'il eust esté des complices et coulpables, avecques le pardon et impunité du faict, cent escus pour loyer. Et à fin que tels délateurs fussent gardés de violence et oppression, ledict sieur les prenoit en sa sauve-garde. Suyvant lesquelles lettres publiées le vingtiesme dudict mois, la persécution recommença plus grande qu'auparavant, si que nul de tous ceux qui estoyent tant soit peu suspects n'<isoyent monstrer le nez qu'il ne fust happé par la diligence de Russanges et David, lesquek, accompaignés de plusieurs sergens, raudoyent sans cesse par la ville ; mais ayant eu le vent qu'on les menaçoit, ou bien la mauvaise conscience les ayant espouvantés, ils en advertirent le cardinal, lequel le fit trouver très mauvais au roy, si que lettres-patentes du quatorziesme de novembre leur furent envoyées poui^ informer et punir à mort ceux qui se trouveroyent avoir donné quelque faveur, conseil et support aux sacramentaires et entachés d'autre crime d'hérésie, et qui usoyent de menaces ou intimidations contre les juges, leurs ministres et ceux qu'on vouloit produire à tesmoings.

* Environ ce mesme temps, à sçavoir le 18 décembre, Antoine Minard, président au parlement de Paris, l'un des grands supposts de ceux deGuyse, fut tué d'un coup de pistole un soir, comme il retournoitdu palais en sa maison, et ce par gens incogneus. Et quelque diligence qu'on pust faire l'on ne sceut jamais sçavoir d'où cela estoit venu. Les uns disoyent que c'estoit pour paillardise, d'autant qu'il y estoit du tout adonné, et qu'il ne craignoit de séduire toutes les dames et damoiselles qui avoyent des procès devant luy, contrainctes de se prostituer à ce taureau bannier si elles ne vouloyent perdre leurs causes. Les autres, que c'estoit par quelquesdésespérés desquels il avoit vendu le droict , comme il estoit en réputation de juge du tout inique, et d'avoir destruit une infinité de grosses maisons par ses desguisemens et praticques. Les autres maintenoyent que c'estoydht les luthériens, parce qu'il donnoit toutes les instructions et mémoires à ceux de Guyse pour les molester, et qu'il leur révéloit les secrets de la cour, combien qu'il eust autresfois faict profession de leur doctrine. Entre les autres appréhendés sur le champ par souspeçon, le bastard du feu cardinal de Meudon, oncle de la

DE L^ESTAT DE FRANCE

daine <l'Eslam|pes> fat )»m prisonnier, d'autant que pea auparavant il s^estoit plainct que Minard avolt fait donner le bien de son père au cardinal de Lorraine, et s'estoit fait exécuteur de son testament sans luy avoir rien réservé; mais il prouva son alibi. Us avertirent aussi le roy par un nommé des Croisettes, substitut du procureur général , qu'il y avoit un certain £scossois, se disant parent de la roine, et surnommé Stuard comme elle, auquel soubs ombre qu'il alioit visiter les prisonniers pour la religion, ils imposèrent qu'il avoit voulu mettre le feu dedans la ville de Paris pour délivrer les prisonniers. Ce qu'entendu par la dicte dame, laquelle il réclamoit en aide, elle le désavoua pour complaire à ses oncles, qui fut cause de le faire durement traiter et tourmenter par gebennes. Mais on ne sceut rien tirer de luy. Ces nouvelles ainsi venues à la coui^, le cardinal en fut grandement intimidé, et encore^ plus quand au mesme instant, ou peu après, on tua un nommé Jutian Fermé, à quatre ou cinq lieues de Chambourg, où lors estoit le roy, lequel alioit porter force mémoires pour &ire procès aux plus grands princes et seigneurs du royaume, et autres gens riches et opulens qui favorisoyent ceste doctrine, et craignoit grandement le cardinal qu'on ne le traictast de mesmes. Toutesfois il ne se déporta pour cela de ses entreprinses; ains, despité et fasché d'avoir perdu ce bon serviteur et ses mémoires, il essaya de rendre ceux de la religion tant phis odieux, les accusant d'en avoir esté les meurtriers. £t de faict, l'apparence estoit grande que plusieurs de la religion, comme il avoit esté prédict à la roine B»ère, se faschoyent de la patience cbrestienne et évangéUque, n'obéissant rien moins en cela qu'à leurs ministres. Ramenant donc en jeu ces blasmes susdicts de la maladie du roy, desquels luy-mesme estoit autheur , et espérant que par subornations ou autrcQient on pourroit trouver quelque chose contre eux, il fit décerner commissions aux maistres des requestes, et mesme aux juges prochains qu'il sa voit estre à sa dévotion, pour en informer diligemment. U leur estoit aussi mandé de bife publier à son de trompe, et par affiches aux temples et lieux publics, que toutes personnes qui aauroyent ceux qui avoyent semé de tels bruicts l'aUassent révéler aux commissaires^ »ur ^ine de crime de lèze-ma- |

jesté. Que si aucun se présentoit, ores qu'il fust des complices et coulpables, oultre le pardon, loyer estoit promis de trois cents écus. Aux personnes privées estoit donné puissance de prendre au corps ceux qui avoyent tenu tels propos, et les mener au plus prochain juge, lequel, toutes choses cessantes, devoit leur faire procès, et iceluy envoyer au privé conseil. Et où les captures ne se pourroyent faire, on vouloit qu'ils fussent poursuyvis, et qu'on criast après eux : au boutefeu ! au traistre ! jusqu'à ce qu'ils fussent venues au lieu qu'on pouvoit sonner le tocquesain, et alors que chascun s'employast de les prendre, s'il ne vQubit encourir la mesme punition, et où il y auroit défense, estoit permis de les tuer. Or, combien que ceux de la religion fussent très mal voulus, et qu'oQ rejettast sur eux la faute de toutes mésaventures et malheurs, ce néantmoins il ne se trouva aucune preuve contre eux, dont le cardinal fut très marry, taxant les juges de les avoir espargnés, et avoir prins argent : toute laquelle procédure fut trouvée estrange de beaucoup de personnes de bon jugement, d'autant que ce bruict, au grand diffame du roy, eustpeuse vérifier accortemcnt, ou bien estre enseveli plus secrettement, que le publier ainsi solennellement au veu et sceu des Espagnols , qui attendoyent le partementde la roine leur maistresse» ât sœur dudict sieur roy.

Finalement,* un de ces gamemens s'estant rencontré auprès de Loches, le juge du lieu l'ayant pris prisonnier, saisi d'une commission qu'il maintenoit estre expédiée en la chancellerie et signée d'un des secrétaires d'estat, il fut mené à Eloys, où il fut recogneu comme ayant familièrement fréquenté en la maison du cardinal de Lorraûae, et iceluy servi d'espion, et comme ayant donné des nouvelles inventions de surcharger le peuple, ainsi que la cour est coustumièrcment farcie de telles gens. Somme, plusieurs le pensoyent estre domestique de ceste maison. Par son procès il confessa avoir exigé et rançonné du peupk, en vertu de ceste commission, douze ou quinze cens écus ; mais ce malheureux estant mené au supplice pour estre décapité, demeura si ferme et opiniastre que jusques à la fin il maintint la oommission estre vraye, et avoir icelle prinse par commandement du cardinal, comme aussi il disoit en avoir faict délivrer à plusieurs autres

«OUS FRANÇOIS IJ

t)oiirtisaxi8 et g«tis 4e sa maison. Cela fàt cause 4e mettre en doute et dispute ce qm auparavant n'estoit tenu qne pour faWe et pur men- «on^, comme è la vérité tout cela seroit digne <ffestre supprimé, sinon que les estrangers en ▼onkissént faire mémoire, et rapporter les tdioses autrement qu^les ne sont passées, à cause du grand bruict qui en fiit semé partout par la ruse desdesaus dicts. €e faiet aussi estoit trouvé du tout ridicule par tes médecins et chirurgiens, voire des erapyriques et triacleurs mesmes. Voyià en somme quelle fut Fissue de ces feux bruicts, qui furent semés, comme nous avons dict, et à douMe cautelle : l'un pour petit à petit desgouster les François de.l'amour naturel qu'ib portent à leurs rois , pour estre le roy, comMe îh vouloyent faire croire, entaché de t^e contagion, et par ce moyen les prépaie à nouveau changement; et l'autre, pour medre tellement odieux ceux de la religion envers le roy, que par son moyen ils fussent du tout exterminés, afin que cela raclé ils ne trouvassent aucune résistance à exécuter leurs desseings.

Il a esté fait mention de F arrest donné contre eu Bourg, lequel estant divulgué, ceux de réglise de Paris meirrait toutes peines possibles ée luy sauver 4a vie. Premièrement ils sommèrent la roine mère de promesse : mais ayant eu froide response, ils se retirèrent devers Otton Henry, comte palatin et premier électeur de l'Empire, qui aussitost envoya ses ambassadeurs le demander au roy, pour s'en servir en son université àHeydelberg. l>c quoy le cardinal adverty de la cause de leur venuej, despité extrêmement de la mort de son bon ami Minard, escrivît qu'on le fist mourir incontinent et avant leur arrivée, à fin que le rôy n'en fast davantage importuné. Et quand plus il estoil prié de faire superséder Pexécution, tant plusse monstroH-il difficile, puisque l'on a voit eu recours aux Alemands hérétiques, lesquels auB^ il espéroit chasiier k leur tour. Ceux de Guyse donnèrent les moyens et adresses pour faire l'exéctrtlon seurement, et en la manière qui sera tantost déclarée.

Cependant estant advertis qu'on les menaçoft, lettfes-patentes furent publiées narratives des défenses précédentes du port des pistoles et hacquebuttes, qui néantmoins avoyent esté si mal d)servées qu'il se commettoit journelle-

ment de grands et exécrables meurtres, pour lesquels en>pescher sembloit l'augmentation des pcittfes estre le meilleur remède. Il estoit donc défendu de par le roy à toutes personnes, fussent gentilshommes de sa maison, de se$ ordonnances, officiers, domestiques, ardierfe de ses gardes, gardes des forests, gens de justice, de finances, marchands et autres quelconques, ne porter aucunes pistoles, fust par les chemins ou dans les vlHes, sur peine de la vie, encores que Hs n'en eussent tiré, voire et sans espérance de grâce, de modération de peine, la confiscation départie moitié au roy, moitié à l'accusateur; toutes permissions, privilèges et congés révoqués ; ehjoinct à tous subjectset personnes privées de faire les captures sant s'arrester à aucun congé et les mener au plus prochain juge : que pour les saisir on criast i au traistrd au bonte-feuî qu'à ce cry cbascun fust tenu de les suivre jusqu'à ce qu'ils fussent appréhendés; que pour ce faire les paysans hissassent leurs besongnes, sonnassent le tocquesain, sur la mesme peine de la vie ; et aux juges commandement dMnviolablement garder ceste ordonnance, sur peine de privation d'office. Et à ce que ces patentes fussent plus estroictcment recommandées, y estoyent adjoustées lettres du cachet du roy, avec menaces, afin d'y avoir de plus près roeil. Voilà comme Te cardinal et son frère pensèrent avoir bien ponrveu aux . emreprinses qui se brassoyent contre eux.

Nous avons cy-devant fait mention du jugement à la mort donné contre du Bourg, et comme l'exécution avoit esté, différée jusques à nouveau mandement du roy. Or, n'estoit-B point en la prison sans beaucoup souffrir, car on le tenoît bien estroîctement en la Bastille, et 'n'avoit point le traictement que requéroit son estât; ains quelquesfols estoit là au pain et à Feaue. La communication de tous ses amis luy estoit interdicte, tellement qu'il ne pouvoit estre secouru ni soulagé; et quelquesfols, pour souspeçon qu'on avoit qu'il sefaisoit entreprinse pour le déllvreir par le bris des prisons, on le restraîgnolt en une cage, en laquelle il avoit tous les malaises, comme on peut penser. Ce nonobstant il se réjouissoit tousjours et glorifioit Dieu, ores empoignant son luth pour luy chanter psaUnes, ores le louant de sa voix. Plusieurs taschoyent de le déétoumer : mais ils y perdi-

DE L'ESTAT DE FRANCE

rent leur peine, estant reponlsés d'une grande constance ; car îl remonstroit tousjours l'équité de sa cause, et qu'il n*estoit détenu que pour la confession de nostre Seigneur Jésus-Christ; et pourtant ne falloit qu'il fust si lasche et desloyal' que de faire chose aucune pour rachepter sa vie et la bonne grâce des hommes, au déshonneur de Jésus-Christ et au péril de son ame. Mesmes son affection estoit telle, qu'il dressoit une requeste au parlement avec une confession ample de sa foy, et la présenta de peur qu'ils ne fussent assez satisfaicts de ses responses.

Ses frères , advertis du commandement du cardinal, luy firent savoir comme à force d'escus ils avoyent obtenu du pape des bulles pour le quart appel, le priant de s'en aider; car elles estoyent si expresses et fulminantes qu'il seroit, en vertu d'icelles, mené à Rome , et lors on le délîvreroit aisément par les chemins: autrement c'estoit faict de luy. Ce qu'il refusa, et asseure-l'on qu'il ne se resjouit jamais tant que quand il sceut sa fin approcher, et qu'en détestant la papauté, il déploroit les moyens par luy tenus pour prolonger sa vie, ce qu'il monstra ouvertement le 20 de novembre à ceux qui le dégradèrent des ordres de diacre et sous-diacre ; car au sortir ils estoyent merveilleusement estonnés de ses remonstrances.

Estant après ces cérémonies remené à la con* ciergerie du palais , on fit courir le bruict qu'il s'estoitdesdict,et qu'à ceste cause l'on avoit envoyé au roy pour obtenir sa grâce ; mais ce bruict se faisoit expressément pour rendre inutiles les entreprinses qu'on craignoit estre faictes pour sa délivrance. Or, la coustume ancienne du parlement estôit qu'aux quatre festes annuelles, qu'on appelle , on réservoit à mort les plus grands malfaicteurs , voleurs , brigans ou parricides, à fin que la punition fust plus mémorable. Mais depuis trente ou quarante ans que la persécution fust esmeue contre les luthériens, ce sort escheut sur les plus doctes et renommés d'entre eux, comme estant leur fermeté blasmée plus que les meschancetés des pires garnemens du monde. Par ainsi du Bourg fut réservé à Noël. Le samedy donc de devant ceste feste, que l'on comptoit le 21 de décembre, on assembla 400 hommes de pied et 200 de cheval, et plus, tous armés à blanc. Et à ce qu'on ne peust sçavoir où se feroit l'exécution,

et que les embusches fussent inutiles (si aucunes y en avoit), les juges délégués firent dresser des potences, et mener du bois par tous les carrefours de Paris pour ce accoustumés. Et en cest esquippage, le vingt-troisiesme de décembre du Bourg fut mené en Saint-Jean en Grève, et là brusié et son corps réduit en cendres. Il n'est possible de descrire la constance et fermeté de ce. personnage; car elle estoit admirable sur tous ceux qui ont souffert pour ceste querelle. Bref, sa magnanimité surmonta la violence de ses ennemis, quelque grande qu'elle fiist. Car ceux qui voyoyent sa contenance, depuis que son arrest luy fust prononcé, racontoy ent merveilles de ses propos et grandes sentences. Et combien que l'on fust observé de près, si est-ce que plusieurs disoyent hault et clair, qu'il ne pouvoit se faire que ce personnage ne fust conduict de l'esprilde Dieu, l'estimant très heureux de ce qu'il moucojt si constamment pour maintenir la vérité , et que le salut de sa patrie et l'honneur de la justice luy avoyent 'esté plus précieux que sa propre vie.

Après du Bourg furent menés à la mort plusieurs autres pour mesme raison, qui furent aussi bruslés , à savoir : André Coiffier en la ville de Dampmartin ; Jean Isabeau, menuisier, natif de Bar et pris à Tours, et là exécuté à la mort; et Jean Judet à Paris , le tout par arrest de la cour du parlement de Paris.

Or, si ce personnage notable estoit plaint des gens doctes et d'estat , la populace de Paris au contraire se monstroit tant plus envenimée contre les évangéliques ; car comme elle est composée de toutes nations , et de nature mutine , lessorbonistes et autres moynes leur servoyènt de souflets par leurs prédications, pour les enflamber contre ceste doctrine , disant que les sectateurs d'icelle estoyent gens sans Dieu et sans religion , et les chargeant des crimes cydessus allégués, ce qui mettoit ceste populace en telle rage et forcénerie contre eux, que souvent il y en avoit du peuple qui servoyènt de bourreaux , en les ostant à l'exécuteur de justice pour accroistre leurs tourmens, comme ils eussent faict en la personne de du Bourg , sans ce que les gens armés retinrent leur furie.

En ce mesme temps ils inventèrent plusieurs manières de descouvrir les évangéliques. Car oultre leur façon accoustumée d'accabler ceux qui ne s'agenouilloyent devant les prêtres por-

tant rbostie on corpus Domm qu'ils appellent, on érigea par tous les coings des rues des images de la vierge Marie, comme aussi elles estoyent eslevées au-dessus des portes des meilleurs catholiques romains, devant lesquelles se disoyent ordinairement des saluts et autres oraisons accoustnmées en telles dévotions. Que s'il serencontroit quelque passant qui n'ostast le bonnet, aussi soudain estoit-il assailH par certains hommes qui estoyent aux aguets dans les maisons prochaines. Ils firent aussi des boites et espargnemailles, où ik contraignoyent les passans de mettre argent pour les cierges et luminaires; que si on en faisoit la moindre difficulté du monde, on estoit chargé de coups. Ils alloyent pareillement de maison en autre quester argent* pour semblables services, et chanter messes à ces nouvelles images, et frayer aux procès des luthériens : à quoy si on leur contredisoit tant peu que ce fust, il n'y alloit que de la vie' et saccagement des maisons, dont s'ensuy virent plusieurs meurtres , qui néantmoins quelquesfois retoumoyent sur les testes des assaillans. Car certains gamemens , inquiétés de leurs debtes, suyvoyent leurs créditeurs, et les trouvant aux n]esesgarées,n'avoyent plustost crié : au luthérien! au christaudin! qu'ils ne fussent non seulement quictes de leurs debtes, mais le plus souvent revestus des dépouilles de leurs créanciers.

Ces façons de faire ouvertement tyranniques, les menaces desquelles à ceste occasion on usoit envers les plus grands du royaume, le reculementdes princes et grands seigneurs,te mespns des estats du royaume , la corruption des principaux de la justice rangée à la dévotion des nouveaux gouvemeurs,les finances du royaume départies par leur commandement, et à qui bon leur sembioit, comme aussi tous les offices et bénéfices , bref leur gouvernement violent , et de soy^mesme illégitime, esmeut de merveilleuses haines contre eux, et fit que plusieurs seigneurs se resveillèrent comme d'un profond sommeil. Voire et d'autant plus qu'ils considéroyeat les rois François et Henry n'avoir jamais voulu attenter en la personne des gens d'estat, se contentant de battre le chien devant le loup, et qu'on faisoit tout le contraire alors ; qu'on devoit ( pour le moins à cause de la multitude) user de remèdes moins corrosifs, et n'ouvrir la porte à un million de séditions.

SOUS FRANÇOIS II

Chascun donc fut contraint ae penser a son particulier; et ne pouvant plus portée une telle Op-t pression , commencèrent plusieurs à se ralliet ensemble , pour regarder à quelque juste défense , pour remettre sus l'ancien et légitime gouvernement du royaume. Ce qu'estant proposé aux jurisconsultes et gens de renom de France et d' Alemagne , comme aussi axi^ plus doctes théologiens, il se trouva que l'on se pouvoit légitimement opposer au gouvernement usurpé par ceux de Guy se, et prendre les armes à un besoin pour repousser leur violence, pourveu que les princes du sang, qui sont nés en tel cas légitimes magistrats, ou l'un d'eux le voulust entreprendre, surtout à la requeste des estats de France, ou de la plus saine part d'iceux. Car d'en advertir le roy et son conseil , c'estoit s'adresser aux adversaires mesmes , veu que le roy, outre sa minorité et son peu de sens, leur estoit mesme asservi, de sorte qu'il n'y âvoit ordre de tenir ce chemin pour leur faire procès par la voye ordinaire. Il estoit doncques nécessaire de se saisir de leurs personnes comment que ce fust , et puis d'assembler les estats pour leur &ire rendre compte de leur administration. Ceci , dis-je, arresté d'un commun consentement, il se trouva trois sortes de gens à manier ceste affaire : les uns meus d'un droit zèle de servir à Dieu , à leur prince et patrie ; autre» meus d'ambition et convoiteux de changement; et autres encore esguillonnés d'appétit de vengeance, pour les outrages receus de ceux ée Guyse, tant en leurs personnes qu'en leurs parens et alliés ; de sorte qu'il ne se faut point csmerveiller s'il y eut de la confusion et si Pissue en fut tragique.

Cela mis en avant, Louys de Bourbon, prince vrayment généreux entre tous les princes dusang, appelé le prince de Condé, estant sollicité d'entendre à ces affaires pour empescher la ruine du roy et de tout Testât , après y avoir longuement et meurement pensé, comme la conséquence du faict le requéroit, donna premièrement commission à certains personnages de preud'hommie bien approuvée , de s'enq«érir secrettement , et toutesfois bien et exactement, des charges imposées à ceux de Guyse , pour puis après régarder à ce qui se pouvoit et devoit faire en bonne conscience, pour le bien de Sa Majesté et du public. L'information faicte,il se trouva par le tesmoignage de gens notables

[istjori

et qualifiés , iceux estre chargés de plosieurs i^'imes de lèze -majesté, ensemble d'une infinité de pilleries, larrecins et concussions, non seu- Jbement des deniers du roy, mais de ses particuliers subjects. Entre autres choses notables, oa l'asseuroit estre bien vérifié » et par gens qui leur avoyent esté comme domestiques , qu'ils vouloyent s'emparer du royaume, et taire mourir tous les princes du sang, jusquesà ceux qui seroyent au berceau , si tost qu'ils aurôyent exterminé tous ceux qu'ils appeUoyent béréti*

, ques, qu'ils savoyent leur estre fort contraires pour les raisons cy-dessus alléguées. Et pour baster ceste affaire» sçachantque le roy estoit de peu de jours , pendant lesquels ils ne vou-

• loyent leur demourer un seul enpemy vivant , ils tascheroyent de parvenir à leurs desseings t ee qu'ils estimoyent leur estre aisé, veu qu'ils avoyent la justice, l'argent, les villes fortes,le« gens déferre en main et l'amitié du peuple , pour s' estre ainsi virilement portés contre ces hérétiques*

Ces informations veues et rapportées au ccniseil du prince t attendu que le roy, pour son jeune aage, nepouvoit cogooistre te tort à luy ÉMCt et à toute 1^ France, et encore moins y donner ordre, estant enveloppé de ses ennemis, il ne fut question que d'adviser les moyens de se saisir de la personne de François, duc de Guyse, et de Charles, cardinal de Lorraine, son frère, pour puis après leur faire procès par les estats ; mais h difficulté se trouva à qui attacheroit la sonnette, car toutes personnes de bon jugemient trouvoyent cela grandement bazardeux, attendu leur grandeur et andiorité* Par ainsi nul d'eux, encore qu'ils fussent courageux, ne vouMt l'entreprendre, d'autant qu'en cas de faillir à l'exécution, il n'y alloit que de la perte de la vie et des biens.. Finalement, après plusieurs advis et délibérations, se présenta un baron de Périgord^ gentilhomme d'ancienne maisoa, nommé Godefroy de Barry, seigneur de la Renaudie, se fusant nommer La Forest : eest homme estoit doué de fort bon entendemeni, et pour un procès longuement d^i^ené en plusieurs parkmens entre luy et du TiUet, greffier du parlement de Paris, finalement, y estant entrevenue une accusation* de faulseté, par arrest du parlement de Dijon, avoit esté fort mal traicté avec ignominie et réduict aux prisons ; desquelles ayant trouvé moyen de sor-

tir fort habilement, s'^toit retiré sur les terres de Berne, en Suisse, et depuis ayant obtenu lettres de révision pour Cure apparoir du tort à luy faict, et mesima estant par icelles rétably an êes H^iens et honneurs, estoit lors retourné en France pom: pourveoir à rentérineoiient <le de ses lettres, et a« resie de aes affaires. Ces choses estant cogneoes, aprèsqu'ileutfokdeuement apparoir <k aon rétablissement, la eompaignie le jugea propre à manier ceste af&ire sous l'authorité dudit sieur prince, lequel postposant toutes dioaes au éevoîr c^'il avoit à sa pairie» à sa majesté et à son sang, voyant ce personnage affectionné de mesmes, kiy dcmna pouvoir de comparoir en son nom oà il appar- . tiendroit, pour adviser à ee qui estoit de faire en telle nécesûté ; et luy promit icehiy sieur prince de se trouver sur lé lieu de l'exécutioB de ladite capture, pour la fav^oriser en ce quil pourrcfit, pourveu que rien ne 6iA dit, entreprins ne fait en sorte quelconquecontre Dieu, contre le roy, messieurs ses frères, les princes, ny l'estat; pouroe que faisant autrement, M s'opposeroit le premier à ce qui s'y diroit, entreprendroit ou feroit au contraire.

Ainsi doncques la Renaudie se trouvant authorisé, sousceste condition, fit si grande et extresme dilig^ice, qu'en peu de jours il assembla en la ville de Nantes, et le premier de lévrier, un bon nombre de noblesse et du tiers-estat de toutes les provinces de la France, lesquels il prétendoit avoir légitimement assemblés, en sorte qu'ils seroyent advoués d'avoir représenté et fiaict le corps de %ous les estats de fVance, en si extresme nécessité et urgente affaire.

La raison pour laquelle il choisit ce lieu pour parlementer, fut qu'oultre œ que Nantes est une ville située aux extrémités du royaume, le pariement de Bretaigne qui se tenoit lors leur donneroit couleur, et empescheroH que leur entreprinse ne fust découverte, parce qu'ils feignoyent y poursuivre des procès ; et de faict ils s'y portèrent si discrettement, que ckaecun fusoit porter après soy à ses valets des sacs à la mode des plaideurs. Que s'ils se renoontroyent par les rues, c'estoit sans se saluer, ne faire oognoissance ailleuns qu'en leur conseil.

En oeste assemblée, après aroir invoqué le nom de Dieu, la Renaudie proposa bien au long Testât des affaires du royaume, non seulement pour le fiaict dç )a conscience de plu-

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sieurs, mais surtout sur le maniement de Testât tel qu'il a esté dict.cy-dessus, mis entre les mains d'estrangers, qui s'estoyenl de leur propre mouvement ingérés à ceste charge, sans y estre appelés selon les anciennes ordonnances» femonstra le danger qui en pou voit advenir, et qui estoit prochain, pour avoir ceux de Guyse conjuré à la ruine du roy, de messieurs ses frères, des princes du sang et de tous les seigneurs du royaume qui n'estoycnt de leur party. Bref, après leur avoir allégué le changement par eux faict de toutes choses, et les décisions des gens doctes, sur les informations de cefaictes, il les pria de déclarer rondement leur advis de ce qui estoit à faire, et cas advenant qu'il se présentast un prince du sang, ou un gentilhomme duement authorisé de luy, s'ils voudroyent donner aide à se saisir de ces tyrans, à fin d'assembler les états-généraux pour leur estre fait procès, et au reste pourveoir au roy de conseil durant son basaage, suivant Tordre en tel cas accoustusmé.

Sur ce, plusieurs ayant opiné, et trouvé la chose saincte, juste et grandement nécessaire, il y en eut un qui, après avoir approuvé Tentreprinse et grandement loué les auteurs d'icelle, déclara qu'il luy sembloit, avant que de donner sa parolte et promesse, estre requis que chascun jurast et promist à Dieu solennellement de ne rien entreprendre contre Tauthorité du roy ny de Testât de France ; protestant de sa part que, §'il s'en pou voit appercevoir, mesmes quand ce viendroit sur le poinct de Texécution de Tentreprinse, qu'il en advertiroit le roy, et se feroit plustost tuer à ses pieds que de souffrir aucune chose estre attentée à son préjudice.

Ceste remonstrance trouvée raisonnable, on commença de recueillir les voix, et lors chascun jura de ne rien entreprendre qu'au profia et advantage de leur roy et naturel seigneur. Parquoy le premier article de cest accord, recueilli par le secrétaire ordonné en cest acte, fut touché en ces propres mots :

« Protestation &icte par le chef et tous ceux du conseil, de n'attenter aucune chose contre la majesté du roy, princes du sang, ny estât légitime du royaume. »

Après que Tassistance y eut donné son consentement, on advisa des moyens, du temps de Texécution, du nombre des hommes, quels capitaines conduiroyent les troupes, et quelles

SOUS FRANÇOIS IL 230

personnes assisteroyent au chef, ou son lieutenant, par Tadvis desquels ou de la pluspart se conduiroit Tentreprinse de prendre les susdicts de Guyse, laquelle il ne seroit loisible d'outrepasser ; bien la manière et le temps selon Toccurrence et la nécessité des lieux seroyent remis à la discrétion de ceux qui se trouveroyent sur les Tieux, ayant la charge de Texécution.

La Renaudie ayant le serment de tous, et réciproquement preste le sien, déclara le prince duquel il avoit charge, et aussi leur monstra son pouvoir, lequel veu, ils luy firent bailler pour conseil certains personnages de toutes le» provinces. En ce conseil il fat arresté que le dixiesme de mars on exécuteroit Tentreprinse en la ville de Bloys, où Ton présupposoit le roy devoir estre encore de séjour. Que Ton prendroit cinq cens gentilshommes de toutes les provinces pour accompaigner le chef, et se saisir des per^nues du duc de Guyse et du cardînal de Lorraine, son frère, desquels seroyent conducteurs le baron de Castelnau, pour les troupes de Gascogne; le capitaine Mazères, pour Béarn ; du Mesnil, pour Périgord et Limousin; de Maillé Brezé, pour Poictou et Xaintonge; de la Chesnaye, foxtt Anjou; de Chiray, pour Chastelleraud et les environs ; le capitaine Saincte-Marie, pour Normandie; le capitaine Cocqueville, pour Picardie; N. pour Champaigne, Brie et flsle- de -France; et le capitaine Chasteauneuf, pour Provence et Languedoc.

Il fat aussi advîsé qu^au mesme temps se trouveroyent es principales villes du royaume des gentilshommes qui tiendroyent la main à ce que le peuple ne s'esmeust que bien à poinct , comme aussi on empescheroit que ceux de Guyse n'eussent aucun secours ny aide de ceux qu'ils avoyent eslevés en dignité, ny semblablement qu'ils se peussent aider des forces et des deniers de France, le passage desquels leur seroit empesché.

Pareillement fat conclud que ces deux de Guyse pris, s'il j avoit résistance, on fourniroît des gens et argent, en sorte que la force demoureroit au chef jusques à ce qu'il eust faict établir un gouvernement légitime, et que les tyrans fussent punis par justice, pour servir d'exemple à la postérité ; et par ce moyen remettre laFrahce^en son ancienne splendeur.

DE L'ESTAT DE FRANCE

Ce faict, chascnn s'en retourna préparer sa charge, comme aussi la Renaudie vint trouver le prince sur la fin de février, et luy ayant faict entendre la conclusion ainsi prinse, alla donner ordre à lever gens, ets'esquipper d'armes et de chevaux : en quay il usa d'une diligence presque incroyable , tellement qu'il ne demoura rien de sa part.

Il a esté veu cy-devant comme le roy de Navarre s'estoit retiré pour faire ses préparatifs à recevoir en ses pays jet gouvernement Elizabeth , roine des Espagnes, laquelle luy avoit esté baillée en charge pour la conduire avec le cardinal de Bourbon son frère , et le prince de la Roche-sur- Yon, sur les limites et. frontières de France et Espagne , où il la déli vreroit au roy son mari, ou à ses députés, suivant le traicté de la paix. {Reste maintenant à poursuivre le voyage, lequel on pensoit estre remis à la primevère, à l'occasion de l'hy ver qui estoit prochain, et de la difficulté des chemins à travers les montaignes aspres et fascheuses. Totltesfois les nouvelles venues , elle partit de Bloysau commencement de décembre, et la ccwaduisirent le roy son frère et la roine sa mère jusques a Chastelleraud et Poictiers, d'où elle poursuyvit son chemin avec les cardinal de Bourbon, prince de la Roche-sur- Yon et autres grands seigneurs droict en Gascogne. Le roy de Navarre luy vint au-devant à Bourdeaux, et l'ayant magnifiquement reçue et traictée par ses pays, la conduisit bien avant dedans son royaume, et jusques aux confins d'iceluy, occupés par l'Espagnol. U avoit esté accordé entre ledit seigneur et le cardinal de Burgos et le duc de l'Infantesque, députés pour recevoir icelle dame, qu'elle leur seroit rendue le premier jour de janvier, au Ueu dict le Pignon, qui est sur le sommet des montaignes ; mais les neiges et le soudain changement firent arrester les dames au monastère de Roncevaux , à une Ueue par deçà. Joinct qu'il sembla au roy de Navarre qu'il avoit passé assez avant sans qu'il fallust qu'il hazardast plus outre sa personne. Parquoy il envoya devers lesdicts seigneurs députés qui estoyent à Espinal, distant de deux petites lieues françoises, pour leur faire savoir son arrivée, et le désir qu'il avoit d'accomplir le traicté de paix pour ce regard. Mais, comme ceste nation est pleine de cérémonies ou singeries, quatre ou cinq jours se^.

passèrent à débattre en quel lieu et on quelle façon se feroit ceste réception, qu'ils vouloyent à toutes forces estre faicte à mi-chemin les uns des autres, et fut aussi longuement disputé qui tiendroit le premier et principal lieu d'honneur et dignité. A quoy le roy de Navarre, qui se sentoit premier prince de la principale et plus illustre maison de la chrestienté, et qui oultre ce portoitletiltre de roy, refusa de céder. Finalement, après plusieurs allées et venues, voici ce qui advint. A l'entrée du logis de Roncevaux y a une grande salle, laquelle fut parée de la tapisserie de dueil que le roy de Navarre portoit du roy Henry. L'on mit au Ueu le plus éminent un dais, sous lequel le cardinal de Bourbon, accompaigné de, plusieurs chevaliers de l'ordre et seigneurs, outre ses évesques et protonotaires, et trois cens [gentilshommes du roy de Navarre. Luy , voyant les Espagnols approcher, leur alla au-devant jusques à la porte de la salle, et, les caresses faictes selon la coustume,il les conduisit sous le dais, là où, après quelques propos communs, l'Espagnol feit entendre ce qui les menoit. A doncques le cardinal de Bourbon, ayant leu leur pouvoir, les conduisit en une salle où estoit la roine et le reste de la compaignie. A l'aller, le cardinal de Burgos, prenant la maindroicte de celuy de Bourbon, le meit au milieu de luy et du duc de Tlnfantesque, ce qui ne fut sans un modeste refus pour l'antiquité^du chapeau, de façon que sur ces offres le duc, se retirant de leur rang, marcha devant eux. La salle haute de la roine estoit de pareille grandeur que la basse. Au bout d'icelle on avoit fait dresser un parquet de quatre ou cinq toises en quarré, dedans lequel, sous un poésie de veloux cramoisy enrichi d'orfèvrerie et broderie d'or, ladicte dame seoyt sur une chaire de pareille estoffe, et à sa main droicte estoit le roy de Navarre assis dans une chaire, et plus bas , sur un escabeau , le prince de la Roche-sur- Yon. De l'autre costé estoyent la damoiselle de Bourbon, fille du duc de Montpensier, et la dame de Rieux auprès, et uii peu plus arrière la dame de Qermont et toutes les dames et damoiselles de la roine, chacune selon leur ordre et la dignité de leurs maisons.

Au derrière de la chaire de la roine se tenoit dom Lopez de Gusman, maistre de salle du roy d'Espagne, lequel ayant la teste nue, advertis-

SOUS FRANÇOIS H

soit ladicte dame des noms de ceux qoi entroyent.

Au-devant desdits députés marchoyent les chevaliers et gentilshommes espagnols, les principaux desquels estant entrés Fun après Tautre dans le parquet, et ayant mis les genouik en terre, ladicte dame leur bailla la main. Le roy de Navarre et le prince de la Roche-sur- Yon, appercevant les cardinaux, se levèrent debout. Mais la roine demeura assise jusques à ce que, approchant le duc de Tlnfantesque pour luy baiser les mains, elle se leva pour le recevoir, comme en semblable elle reçeut fort humainement le cardinal de Burgos, la harangue duquel fut pleine d'offres de service et obéissance. A sa response on cognent en elle non seulement une courtoisie françoise selon sa grandeur et magnificence, mais aussi une dextérité d'esprit qui faisoit paroistre sa bonne nourriture. De là ils retournèrent devers le roy de Navarre, duquel, après avoir receu grandes caresses et honnestetés, ils requirent de luy la délivrance de leur dame et maistresse, suyvant le pouvoir qu'ils avoyent monstre au cardinal de Bourbon son frère. Sa response fut (comme pour certain il n'avoit faulte d'esprit ni de langage) qu'il le tenoit pour veu, et que ayant prins de la maison du plus grand et magnanime roy du monde ceste princesse, pour estre rendue entre les mains d'un des plus illustres rois de la terre, libéralement et volontiers il la leur remettoit ^ comme de sa part il les cognoissoit capables et bien choisis par leur prince pour une telle diarge, ne fiûsant doubte qu'ils ne s'en acquictassent dignement, au contentement de luy et d'elle. A ceste occasion, il s'en deschargeoit sur eux, et en la livrant leur recommanda sa personne et sa santé. Quant a ses vertus, il ne leur en feroit aucune commémoration , pour ce qu'elle-mesme en rendroit aux effects si suffisant tesmoignage, qu'ils jngeroyent n'estre jamais CAtré en Espagne un plus grand ornement de vertu, honneur et chasteté. Le roy de Navarre ayant achevé, les Espagnols receurent son propos avec démonstration de très grand aise et contentement, s'estimans heureux d'à- . voir une si vertueuse princesse, à laquelle ils rendroyent tel honneur, fidélité et obéissance, que cbascun auroit occasion de contentement. Sur ce, et à l'instant le roy de Navarre ajousta qu'encores que par le traicté de paix, et par le XVI" siècLB, La PL ci La PI.

pouvoir qu'il avoît apporté, il fust dict qte ladicte dame seroit délivrée sur la frontière de France et d'Espagne, qu'il ne pensoit, au lieu où ils estoyent , s'estre rien observé de cela ; d'autant que sans aucun doubte ils estoyent lors dedans'le royaume de Navarre, et bien loin des limites de France et d'Espagne. A ceste fin il protestoit que cest acte ne peust préjudicier, ores ni à Tadvenir, au droict qu'il prétendoit audict royaume, sur quoy il récent telle response qu'il s'en contenta. Ce faict, le roy de Navarre et sa compaignie ayant prins congé de ladicte dame, le cardinal de Burgos se meit à la droicte et le duc de Tlnfantesque à lasenestre, et la conduisirent en sa lictière, où elle fut saluée de cornets, haultbois, trompettes, tambours à la moresque et toutes autres allégresses, et ainsi menée à Espinal, où elle fut coucher, et les nostres retournèrent en France.

On dict que les députés estoyent accompaignés d'une grande et magnifique compaignie de mille cinq cens ou deux mille chevaux fort bravement accoustrés, et qu'ils estoyent merveilleusement faschés du mauvais temps, et de ce qu'on n'estoit allé au-devant d'eux afin de faire parade de leurs riches et somptueux accoustremens, lesquels il leur convenoit tenir cachés de leurs manteaux pour le mauvais temps. Les nostres, au contraire, estoyent bien aises de ceste rencontre, parce qu'ils n'estoyent revestus que de deuil. Voylà, en somme, quelles furent les cérémonies à délivrer ceste princesse.

En ce mesme temps, pour repaistre le peuple de vent, ceux de Guyse se servirent du chancelier Olivier, lequel ayant de tout temps envie de réformer les abus qui se commettent à l'administration de la justice, et à refréner le grand nombre de juges et officiers qui non seulement espuisent par leurs gaiges et pensions les finances du roy, mais aussi vuident au net les bourses de ses subjects; voulant restablir l'ancienne fohne d'eslire les gens de justice, fit expédier lettres du roy, d« premier de janvier 1560, contenant déclaration de sa bonne volonté à faire administrer justice en telle intégrité ei sincérité que sa conscience en demourast nette en la présence de Dieu et des hommes. Et qu'ayant considéré que le principal poinct de parvenir à Teffect de ceste bonne et saincte intention despendoit de la provision des offices de judicature, èsquelles quand phis songoêusement il pourveoi-

DE L'ESTAT DE FRANCE

roit de personnes vertnenscs et suflisantes, tant plus de devoir et moins de corruption on en devoit espérer par raison. Par qnoy il vooloît que, vacation advenant des offices de judicaturc en chascun siège de son royaume, les antres juges et officiers s'assemblassent en leur chambre de conseil, y appelés les advocats et procureurs du lieu ] et là, après serment preste par toute Fassistance sur les safncts Évangiles, ib esleussent et luy nommassent trois de ceux quMIs penseroyent en leurs consciences estre plus suffisans en probité, lettres et expérience au faict de judicature, pour estre pourveus de Testât vacant; laquelle nomination ils envoyé royent incontinent après, signée du greffier du siège, pour estre par ledict sieur choisi celuy des trois esleus que bon luy sembleroit, ou autrement en ordonner ainsi qu'il verroit estre bon. Mais ceste saincte ordonnance ne fut qu'une famée pour esbiouir les yeux du commun.

J'ay dict comme, en vertu d'une commission du 4 septembre, les juges délégués vaquoyent ordinairement au procès des quatre autres conseillers du parlement de Paris. Mais à lin que, oultre cela, ceste cause leur fast en plus grande recommandation pour les envoyer après du Bourg, le cardinal fît secrettement signer des lettres au roy, et icelles sceller par le sceau du' secret, gardé par le duc de Guyse, par lesquelles estoit demandé à ces commissaires d'user de toute rigueur et sévérité, attendu que l'honneur du feu roy y estoit tellement engagé, qu'il seiDlt blasmé de toutes nations si on tendolt à voye d'absolution, veu aussi que leur faict a voit telle connexité avec celuy de du Bourg, qu'il n'en pouvoit estre séparé sans manifeste impiété. Ne servoit de rien ce qu'ils n'avoyent voulu faire confession de foy, car leurs opinions monstroyent assiez leur mauvais et pernicieux sentiment de la religion romaine, sans qu'il fust besoin les enquérir plus oultre. Mais icy se monstra que les hommes ne peuvent que ce qu'il ptaist àDieu. Car combien que ces juges fussent pour la pluspart de tout à la dévotion de ceux de Guyse, si est-ce que tel commandement fut trouvé estrange non seulement d'eux, mais aussi des plus grands du royaume, comme chose qui emportoit une merveilleuse conséquence pour l'adveîxir. Et pourtant, par arrest de ce$ mesmes juges, le dixiesme de janvier,

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les prisons farent ouvertes à Eiistache de la Porte, estant dit seulement que pour ce que em son opinion il avoit blasmé la manière de procéder par ceux de la grand' chambre contre les luthériens, et usé par risée de répréhension, lorsqu'il opinôit en la mercuriale de l'année * précédente, il diroit lesdicts arrests estre bons et louables, et luy seroit enjoinct d'opiner discrettementà l'advenif. De Foix fat condamné à déclarer en pleine cour» les chambres assemblées, qu'au sacrement de l'autel la fbrme estoit inséparable de la matière, et que le sacrement ne se peut légitimement donner ny exhiber en autre forme qu'en celle de TÉglise romaine. Et oultre ceTa seroit suspendu de l'exercice de son estât de conseiller pour un an, arrest vrayement convenable à tels juges, qui eussent esté bien empeschés à interpréter que c'est ny de ceste forme, ny de ceste matière, de sorte que plusieurs comparoyent ceste procédure k la messe mesme, qui souvent rfest entendue ny de ceux qui la disent ny de ceux qui l'oyent. Quand à du Faur, ainsi que l'onopinolt sur son procès, il fat adverty que la pluspart de ses juges tendoyent à son absolution, mais qu'ils estoyetit intimidés par le président Sainct-André, qui se plaignoit du peu d'esgard qu'on avoit aux lettres du roy pour sauver l'honneur du feu roy son père, et les menaçoit d'envoyer au eandinal leurs opinions , lesquelles ils n'oseroyent soustenir. A ceste occasion, il présenta requeste kïa cour, tant pour récuser ce président, que pour avoir permission d'infcrmer sur les prétendues intimidations, laquelle estant rehvoyée à ces commissaires, sahs y avoir esgard et contre l'opiniwi de la pluspart d'entre eux, s'ensuyvit arrest, par lequel fat dict que mal, témérairement et inconsidérément du Faur avoit opiné en ladicte mercuriale, en ce qu'il avoit dict qu'avant qu'extirper les hérétiques il estoit bon de ftiire tenir un concile général, sainct et libre, et cependant surseoir les peines capitales contre les hérétiques, dont il demanderoit pardon à Dieu, au roy et fc h justice i et estoit suspendu pour cinq ans de son estât de conseiller, et condamné en quatre cens livres parisis d'amende envers les pauvres, et (ordonné que l'arrest seroit exécuté en pleine audience.

Après l'exécution de cest arreSt, du Fattr remonstra avoir payé l'amende, isupplîànt la coût dé déclairef si elle n'entendoit pas (j^'îl

[tm]

eost liberté dès lors, sans retourner en prison. Sur quoy s'opposa le procnrenr général Bourdin, requérant jour pour dire ses causes d'opposition. L'autre réplique qu'il ne luy falloit aucun délay, et que de droict il estoit tenu les proposer sur le champ. Sur ce, la cour, après avoir esté asse0U)lée au conseil, ordonna que les gens du roy proposeroyent sur le champ leurs causes d'opposition, autrement qu'il seroit pleinement délivré, attendu jqu'il avoit satisfiûct à l'arrest. Lediot procureur général remonstra que du Faur avoit esté si téméraire que de blasmer, par une requeste qu'il tenoit au poing, le président Sainct-André d'avoir intimidé ses juges. A ceste cause il empeschoit sa délivrance jusques à ce qu'il eust nommé ses délateurs. Ou Faur confessa avoir présenté ladicte requeste, laquelle il maintenoit estre véritable, etnéantmoins qu'au mespris d'icelle, et contre l'opinion de la pluspart de ses juges, ce président plein d'animosité avoit donné l'arrest dont estoit question, que d'alléguer ses délateurs ce n'estoit chose raisonnable. Mais s'il plaisoit à la cour luy faire justice et luy permettre d'informer du contenu en sa requeste, il feroitcognoistre que jamais telle iniquité ne fut veue en justice. Sur quoy, combien que ceux du parti du président fissent tout leur pouvoir d'empescber que rien ne fust décerné contre luy, si est-ce qu'il fut ordonné que, nonobstant l'empeschement des gens du roy, il sortiroit à pur et à plein, sans retourner en prison. Et en faisant droict sur «a requeste, fiit ordonné que conunission de la cour luy seroit expédiée pour informer sommairement dedan» un mois desdictes menaces et intimidations. En suyvant son réquisitoire, qu*il obtiendroit une quérimonie, à fin de révéla^ Uons sans nul excepter, pour sur-tout estre faict droict et enjoinct aux gens du roy de se joindre en cause. Mais cest arrest, ensemble les informations estant évoquées au privé con* seil par les menées du cardinal, stile tout propre pour esgarer les matières, le tout fut enseveli, tant parce que le président avoit suivy le desseing du cardinal , que par les poursuites et diligences des sorbonistes qui en firent plusieurs voyages à la cour, n^intenant de croc et de hanche que toutes voyes estoyent licites contre , les luthériens, tant fussent-elles estranges et ijAusitées. Leurs raisons estoyent que si on les

SOUS FRANÇOIS II

vouloit traicter avec toutes les formalités de justice. Ton auroit trop d'affaires, car les luthériens, disoyent-ils, ont tant d'apparentes et vraysemblables raisons, que, qui leur prestera l'aureille, se trouvera aussi soudain pris et vaincu ; par quoy le meilleur est de les faire mourir au moindre souspeçon qu'on aura d'eux. Yoylà en bref leurs raisons pour exterminer ceux qui leur contredisent. Et de vray ils ont de long temps gaigné ce poinct sur leurs adhérens, qu'il ne faut mettre en doubte ce qu'ils auront déterminé, autrement ils sont maltraictés d'eux, allant à confesse. Par ainsi tenant leurs consciences enferrées, s'ils en veulent jouyr, il faut qu'ils suivent la dévotion de leurs confesseurs, en quoy faisant toutes choses leur seront licites et pardonnées, et auront absolution plénière de leurs lubricités, paillardises, pillerieset concufiBions, pourveu qu'en récompense ils maintiennent l'autorité du siège romain.

La roine mère portoit de longue main faveur au sieur de Soubize, gentilhomme de la chambre du roy; luy aussi, qui aimoit tendrement Fumée, employoit tout son crédit pour la disgrâce d'iceluy, mais il y prouffictoit peu pour la malveillance du cardinal. Or advint-il qu'estant adverty de l'expédition de ces lettres du cachet dont j'ay cy-dessus fait mention, il print son occasion de parler plus rondement, et de remonstrer à ladicte dame le bruict qui en couroit, et que l'on rejettoit le tout sur elle. De quoy estant esmeu et s'appercevant bien que ceux de Guyse commençoyent à secouer sa bride, elle leur dict que ces façons de faire luy desplaisoyent, et que, s'ils enusoyent plus, elle en auroit mescontentement. Le cardinal, despité de ces remonstrances, luy dit qu'il voyoit bien que c'estoit, que son frère et luy se tuoyent le cueur et le corps pour donner ordre à ce que tout allast bien, mais que pour récompense ils n'en recevoyent que reproches, et tenoit à peu qu'il nequittast tout et se retirast en sa maison. Sur quoy ladicte dame n'eut autre réplique, ains tascha de les appaiser, comme si elle les eust griefvement offensés. Entre tous les conseillers, Fumée estoit recommandé pour les raisons que j'ay déduictes au commencement, et pour ce aussi qu'il estoit mal voulu des premier et second présidens et autres anciens conseillers, auxquels il faisoit souvent teste pour rompre leurs desseings. Bourdin ne s'y rendoit

DE L'ESTAT DE FRANCE

moins affectionné, et n*y espargnoit aucune peine ny diligence. Toutes sortes de gens furent ouys contre luy , entre lesquels les tesmoins suyvans sont notables. Il a esté récité cy-dessus de deux orfèvres espions, qui avoyent pour coadjuteur un tailleur de Teschelle du temple, nommé George Regnard. Ckîstuy-ci estant échappé des premières persécutions esmues sous le règne de François I^^ par le baillif Morin, pour avoir accusé plusieurs et notables personnages, et voyant que celles-cy estoyent plus dures, et que s'il estoit repris il seroit puni comme relaps, pour y obvier, il se rangea avec de Russanges, son voisin, et s'acosla du président Sainct- André, du procureur général et de Démocharès, inquisiteur, leur offrant son service s'ils luy vouloyent faire quelque bon party. Ceuxcy, qui cherchoyent tels pigeons mignons, le receurent avec promesse d'avoir part au gasteau. Estant doncquesen peine de preuves concluantes contre Fumée, ils voulurent persuader à Regnard de déposer contre luy, mais il n'y voulut entendre, soit qu'il craignist la renommée de ce personnage, ou qu'il ne fiist encore tombé en telle impiété. Eux voyant qu'il refusoit de signer la déposition qu'ils avoyent dressée, ils doublèrent incontinent de son inconstance, encores qu'il eust dict tout ce qu'il sçavoit et davantage, à raison de quoy ils conclurent de le prévenir en le faisant mourir, et voicy comme ils procédèrent. Regnard estant au palais avec nouveaux mémoires, le procureur Bourdin, voyant qu'il nommoit quelques parens de conseillers, fit semblant de le trouver mauvais; par quoy il n'eut pas plustost lasdié la parole, qu'il ne fut envoyé en la Conciergerie, où il ne tarda guères sans luy estre faict procès, comme estant relaps, lequel fut d'autant plus avancé que le président Sainct-André, avec une feincte contenance, le recommandoit songneusement , alléguant que le roy et le cardinal n'avoyent à plaisir qu'on courust sus à ceux qui leur faisoyent service, nommément en telles affaires, et qu'ils advisassent bien à ce qu'ils feroyent. Les conseillers qui vouloyent mal l'un à l'autre, ignorant l'encloueurc et cuidant qu'il parlast à bon escient, luy respondirent qu'ils avoyent les édicts du roy pour reigle, et qu'il en mourroit, puisqu'il estoit relaps. Le Regnard, se voyant prins au piège, somma de promesse ce président et Dé-

mocharès; mais ils l'endormirent de belles pa^ rolles, à lin qu'il n'envoyast à la cour; ainsi, estant pour la dernière fois allé devant ses juges, et se doubtant de la trahison, il leur dit : u Messieurs, je vous supplie, au nom de Dieu, m'escouter,et je vous réciteray les plus grandes meschancetés du monde, et vous décéleray. n - Sur ce mot, les conseillers, pensant qu'il voulust de rechef nommer quelques nouveaux luthériens selon sa coustume, ne le voulurent ouyr, et luy dirent qu'ils en scavoyent assez, mais qu'il mourroit toutesfois, quelque bonne mine qu'il feist, et qu'il avoit assez joué son roole; et comme il insistoit, et disoit que ce vol n'estoit pas cela, ceux de la compagnie qui savoyent le faict dirent : « Ostez, ostez cest importun, menez-le en la chapelle. «• Voylà comment les uns et les autres se despestrèrent de luy pour le faire mourir, et de faict il en passa par là. L'autre tesmoin fut le maire de Meudon, choisy expressément, d'autant qu'estant homme honorable et de bonne réputation, il fatisoit ombre aux autres tesmoins. Cestuy-cy donc, comme il n'estoit reprochable, aussi parla-t-ii du tout à l'avantage de Fumée : toutesfois sa déposition fut rédigée tout au contraire, et selon les charges du procureur général; et luy, souvent sollicité par les sorbonistes et les moynes de dire tout du pis qu'il pourroit de luy, en quoy il mériteroit paradis. Le président Sainct-André, cuidant l'avoir amené à ce poinct, le fit venir pour estre recollé et confronté. On demanda à Fumée s'il le cognoissoit, et s'il avoit quelque chose à dire contre luy. Il dict que non. Aussi n'avezvous, luy respondit le maire, car je n'ay dict de vous chose qui puisse préjudicier. Lors le président print la parole, et dict : «Escoutez, monsieur le maire, escoutez et entendez vostre déposition, ainsi qu'elle est transcripte,^ et ne vous amusez à luy. »• Le maire, oyant ceste lecture, fat tant estonné que, sans attendre la fin, il déclara plusieurs fois n'avoir dit cela, et qu'on prenoit la déposition d'un autre pour la sienne \ que Fumée estoit homme de bien, et que l'escript estoit faux. Le président, au contraire, par signes taschoit luy faire advouer cette déposition. Fumée voyant qu'en sa présence on vouloit forcer ses tesmoins, assaillit ce président par une infinité d'injures, et se porta pour appelaxit par plusieurs fois et en

SOUS FRANÇOIS it.

adhérant, de sa commissioD, de roctroy dUceUe, des procédures, et de tout ce qui s'en estoit eusuyvi. Mais pour ce qu'on ne laissoit pour tout cda à passer oultre, qu'il craignoit le danger de mort« et que on l'appeioit rebelle et contumax, enceste extresme nécessité, il escrivit à son mortel ennemy le cardinal qu'il s'eshabissoit que ses haineux eussent eu si grande iuith(mté en son endroict, qu'il Feust ainsi à contre-coeur, veu que luy et les siens avoyent toujours esté serviteurs très affectionnés de sa maison, et qu'il n'avoit jamais eu autre soin que de continuer en ceste bonne volonté. De là il luy foisoit entendre l'iniquité de ce président, et les faulsetés par luy commises en son procès, ensemble les appellations qu'il avoit interjetées. £t d'autant que la commission pour procéder contre luy estoit émanée du conseil privé du roy, et qu'il y tenoit le premier lieu, il le supplioit très humblement luy vouloir Caire tant de grâce et faveur, que d'y faire évoquer sa cause de laquelle il le faisoit seul juge, afin qu'il entendist la bonne opinion qu'il avoit de luy, ou bien qu'il le renvoyast par devant tels du royaume qu'il voudroit, autres que les récusés. Le cardinal fit assez bonne response à ceste lettre présentée par le frère d'iceluy, et maistre des requestes, et Tasseura, puisqu'il se remettoit à luy, de luy faire avoir justice. Par quoy autres lettres furent expédiées aux commissaires de du Bourg non récusés, pour faire son procès. Et néantmoins il manda secrettement à Bourdin qu'il récusast ceux qu'il cognoistroit n'estre pour eux en la compaignie; à fin que ce vieU renard, ainsi l'appeloitil, ne nous eschappe. A tant il récusa tant de présidens et conseillers, qu'il s'attendoit que difficilement on en trouveroit autres que ceux qu'il avoit en main. Finalement, après avoir fiiict publier des excommunications par toutes les paroisses de Paris, que s'il y avoit aucuns qui sceussent quelque chose en quoy Fumée *bïsX desvoyant de l'Église romaine, il estoit excommunié et damné s'il ne le révéloit, et avoir fait toutes recherches possibles, iceluy Fumée fut déclaré innocent, et délivré à par et à plein, ses despens, dommages et intérests et réparations d'honneur réservés envers qui il appartiendroit. Ce qui fut exécuté les chaml)res assemblées, et luy remis en son degré et honneur. £t telle fut l'issue de ces cinq conseillers pri-

sonniers. Ce que sachant le cardinal, il en fut grandement desplaisant, et cherchant de s'excuser envers la roine mère des véhémentes poursuites par euxfaictes, ilrejectalafautesur les premier et second présidens, le procureur général Boudin, Des Croisettes son substitut, Gayant et autres conseillers, comme aussi les juges et commisisaires du Chastelet, et pareillement sur Démocharès, Maillard et certains sorbonistes, lesquels il affermoit estre les plus meschans gamemens du m<mde et dignes de mille gibets, disant les hommes estre misérables qui avoyent à faire à eux. Sur quoy ladicte dame respondit qu'elle s'esbahissoit doncques et trouvoit merveilleusement estrange qu'il se servoit d'eux, puisqu'il les cognoissoit tels. Il répliqua que c'estoit telles gens qu'il falloit mettre en besongne contre les luthériens, car les gens de bien s'y morfondroyent, et n'en viendroyent jamais à bout.

Au commencement du quaresme, la princesse de Condé estant à Paris, les sorbonistes députèrent deux d'entre eux pour luy aller remonstrer qu'elle faisoit chose mauvaise et scandaleuse de manger chair en ce temps-là : l'on les chargea aussi de retenir songneusement sa response et contenances. Estant entrés en la salle de son logis, il s'y trouva d'aventure un gentilhomme nommé Séchelles, du pays de Picardie, qui les aimoit comme une espine en son doigt, pour le mal qu'il avoit receu d'eux. Toutesfois ne le cognoissant point, ils luy déclarèrent leur légation. Ladicte dame, d'ailleurs advertie de leur venue, s'adressant à Séchelles, demanda que c'estoit. « Que c'est, madame? respondit-il, messieurs de Sorbonne ont eu craincte que fussiez en peine de recouvrer de la chair ce quaresme, et sur ce voicy deux gras et gros veaux qu'ils vous cnvoyent. »» De quoy ces vénérables honteux s'en retournèrent sans faire leur légation.

J'ai fait mention del'entreprinse dressée pour la capture de ceux deGuyse. Or, commeeDe se diligentoit à Paris, la Renaudie, pour la difficulté des logis, à cause des troubles et persécutions, se retira chez un suyvant le palais comme advocat, nommé des AvencUes^qui tenoit maison garnie à Sainct-Germain-des-Prés, à la mode communémentusitée à Paris. Cestuy-cy, faisant profession de l'Évangile, avoit receu la Renaudie chez soy. Advint que, pour les conti-

DE L'ESTAT DE FRANCE

nodles allées et veûnei» de plasieurs gens, et pour les propos qui eschappoyent, il se doubla qu'on brassoit quelque chose. La Renaudie aussi voyant qu'il halienoit après, et qu'il ne se pouvoit passer de ceste maison, luy en jettoit quelques mots à la traverse, comme par forme de dispute. Ayant donc la Renaudie conféré avec luy, luy cognoissant le danger où il se mettoit de loger les ministres, etd' entreprendre beaucoup de choses hazardeuses pour le temps, il feit tant qu'on luy en déclara généralement tout ce qui s'en pouvoit dire. De quoy encores ne se contenant, fit tant que des uns et des autres il sceut le but, et de prime face loua et approuva grandement le tout, voire jusques à offrir et jurer d'employer sa personne et biens pour une chose tant saincte et équitable. Mais comme l'affaire prenoit long traict, ses bouillons aussi diminuoyent. Après donc avoir considéré la grandeur de l'entreprinse, Tauthoritéde ceux à qui on s'adressoit, et la difficulté d'y parvenir, il se proposa, que si elle ne sortoit son effect, il estoit en danger de mort, tant pour avoir logé le chef, que de n'avoir décelé ce qu'il en sçavoit. Davantage estant pauvre, avare et ambitieux, il pensa avoir trouvé prompt moyen de se faire riche et mémorable à jamais, comme il seroittousjours des plus avant et des moins prisés. Ces choses considérées, il se proposa d'en advertir les gens du cardinal, estimant qu'ils seroyent bien lasches s'ils ne recognoissoyent un tel service. Ayant donc retiré à soy un jeune Italien qui avoit aussi juré et promis de le servir à ceste affaire, il alla trouver un maistre des requestes du roy, nomtaé l'Ailemant, seigneur de Vouzé, autrement dit Marmagne, qui gouvernoit les plus secrettes affaires du cardinal, etMilet secrétaire du duc de Guyse, auxquels il déclaira tout ce qu'il en sçavoit et avoit pu conjecturer. Ceux-cy du commencement ne le pouvoyent croire, mais après que Milet eut esté quelque temps enfermé en son logis, veu les allées et venues, et entendu quelque propos des gens de la Renaudie, qui s'esjouissoyent desjà de la victoire, comme si elle leur eust esté toute certaine, il n'en doubta plus. Et d'autaiU que le temps de l'exécution estoit prochain, il mena A venelles en poste à la cour, laquelle estoit partie de Bloys. Or avoyent eu desjà ceux de Guyse d'ailleurs quelques ftdvertissemcns de se tenir sur leurs car*

des» dont ils ne faisoyent cas, pour ne sçavoir de qui, ne comment cela venoit, et meames quand cest advocat (qui lestrouvaà neuf lieueg de Bloys) leur eut déclaré par le menu ceux qui machinoyent contre eux,. encore ne le pouvoyent-ils aucunement croire. Car quand ils considéroyent le peu de puissance de ceux que l'on nommoit, cela ne leur pouvoU entrer en l'entendement. Toutesfois, comme il advient ea telles extrémités, d'autant qu'il affermoit que dedans dix ou douze jours ce seroil faict ou failli, ils délibérèrent garder cest advocat, et l'envoyèrent prisonnier à Amboyse secrettement, et en seure garde, auquel lieu le roy devoit aussi bientost aller. Avenelles, entre autres gentilshommes, en avoit accusé un qui avoit un sien frère à la suite du duo de Nevers, par le moyen duquel on sceut par le menu tout ce que l'autre avoit rapporté en oonfos. Car ayant juré et promis de servir à l'entreprinse, ses frères luy avoyent tout déclaré. Toutesfois il pria n'estre décelé, afin qu'il peust savoir le secret et le jour de l'exécution pour en donner advertissement. Ceci descouvert, le cardinal, tremblant de craincte, vouloit qu'on menast le roy droict à Amboyse, pour estre ce chasteau bien fort, au lieu que le roy déUbé-, roit de passer en Yendosmois partie du quaresme, pour estre le pays plaisant pour la chasse. Mais le duc de Guyse fut d'advis d'aller jusques à Montoire pour sentir s'ils pourroyent rien descouvrir ; ce que n'ayant peu faire, ils prlndrent la route d' Amboyse, là où estant, l'afibire fut communiquée au chancelier, à quoy on adjousta que c'estoit au roy que principalement on en vouloit. Le chancelier estonné tança aigrement ceux de Guyse de leur trop grande violence, qui ne recevoit autre conseil que celuy de leur teste, dequoy il s'ensuyvroit de grands maulx pour avoir irrité etgrandset petits. La roine mère entra aussi en grande craincte ; et se ramentevant ce que luy avoit mandé l'église de Paris, il luy échappa de dire qu'à ce qu'elle voyoit ces gens estoyent gens de promesse.

Il ne fut donc question que d' ad viser comment on préviendroitce danger. Ceux de Guise, ayant jugé Avenelles bien propre à leur service, luy firent donner quatre cens escus des finances du roy, et le renvoyèrent avec grandes promesses. Scachant aussi que lapluspart de ceuji de l'ea^^

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sous FRANÇOIS II.

treprinse avoyent r^tté le joug du pape, ib le firent comme héraut pour publier et rejetter partout la cause de ces troubles sur ceux de la religion, à fin d*en rendre la doctrine odieuse quand 00 croirott les sectateurs d'iceUe s'estre eslevés contre le roy, la roine sa mère, messieurs ses frères et les princes, et vouloir introduire leur rdifton à coups d'espée, abattre la monarchie de France, et la réduire en fonne de république et cantons. Bref, leur but estoit de feire croire rintention de ceux de la religion n'estre que de piUer, saccager et mettre les meilleurs maisons et les égittes du royaume en proye. Ils eurent anssi merveilleuses crainctes que l'admirai et son frère Andeiot ne fessent de la meslée, tant pour les eognoistre vatllans et de grande conduite, que pour avoir à commandement la pluspart des capitainai et gens de guerre du royaume. Parquoy ils requirent la roine mère de tes mander, espérant que la présence du roy et de im rokie les retiendroyent par gracieuses pamiles, prières et remonstrançes; car ils doubtoyent pouvoir eschapper ce danger, si tant soit peu ils s^en vouloyênt mesler. Ladicte dame ne fût malaisée à persuader, car elle avoit telle confiancedes vertus de ces personnages,et portoitune telle amitié à Tadmiral, pour ravoir tous- Jours cogneo loyal serviteur dtu roy, qu'elle se paisoit bien asseurer auprès d'un sage dievalier, par la prudence duquel eUe espéroit appaiser lout, et descouvrir ce qui se faisoit, et à qui on en vouloit. Parquoy lettres du roy avec les siennes très affectionnées loy furent entoyées, suyvant lesqudtes il se meit en chemin.

U a esté récité 4t trois priaonniers qui estoyent au bois de Y incennes ; à sçavoir Stuard, Escossofs, Saucelies et le baillif de Sainct-Agnan. CeuxdeGuyse, se doublant qu'ils savoyent quelque chose de t^ste entreprinse, les firent mener à la cour avec deux cens hommes bien montés et armés. Et à in qu'on ne les reeogneust, ils estoyetit bafdés et couverts par le visage,' comme aussi leurs iiabillemens desguisés. Ce pevidant le duc de Guyae, ne voulant estre surprins,«ins donner quelque venueàses ennemis, deqpescha aecrettement Stpierre , serviteur de leur maison, et lequel ils avoyent mis gouverneur des dues d'Orléans et d'Anjou, Tillegomblain, gmittlhomnie de la vénerie , le comte de Stneerre et phisieura autres courtisans poqr

aller en toute diligence assembler gens armés. Leur créance portoit prière et commandement à tous gentil^ommeset subjects, d'aller à Amboyse incontinent,au meilleur esquippage d'armes qu'ils se pourroyent mettre, pour servir au roy en cerlaines affaires, contre quelques séditieux et pernicieux hérétiques qui vouloyênt abolir son estât, et mettre le royaume en proye et confusion. Pareilles lettres furent envoyées k tous les bailliCs et séneschaulx, par lesquelles leur estoit mandé d'arrester prisonniers tous hommes de pied et de cheval qui seroyent trouvés portant armes, et prenant le chemin d'Amboyse , et que , s'ils faisoyent résistance , l'on usast de pareils moyens qu'il a esté veu cydessus aux défenses du port d'armes.

L'admirai, d' Andeiot et le cardinal de Chaatillon arrivés , la roine mère les appela k part avec le chancelier, leur faisant une ii^îfinité de prières de luy donner c<mseil en eeste urgente afraire,et de n'abandonner le roy son fils. L'admirai luy fit de grandes remonstrançes , et kiy déclara le mescontentement de tous les sutyects du roy, tant en général qu'en particulier, non seulement pour le faict de la religion,mais aussi pour, les a£hires politiques; et que Ton avoit mal à gré , et du tout à contre-cœur que les a^ &ires du royaume fussent maniées par gens qu'on lenoit comme estrangers , en eslongnant les princes et ceux qui avoyent bien déservy de la.chose publique. Eref,luy ayant faict entendre biÎBn au long la cause de ces esmotions et les brutctsquijoouroyotit, comme s'il eust expressémetit pris ceste charge, son advis fiit qu'on dofliiast relasche à ceux de la religion, le nombre desquels estoit teHement accreu qu'il n'estoit plus question d'y aller par force pour les penser exterminer ; mais que l'on s'asseuraat qu'il y en avoit plusieurs qui ne vouloyênt plus endurer les lourmei» qu'on leur avoit faicts depuis quarante ans,mesaies sous l'authorité d'un jeune roy, et gouverné par gens qui esioyent hafis plus que la peste,et lesquels on savoit n'estre menés tant de zèle cte religion, que d'une extresme ambition et avarice pour empiéter toutes les plus bdles et meilleures maisons du royaume. Finalement , après avoir supplié ladicte dmtùe luy pardonner s'il parloit franchement, puisqu'elle luy avoit donné telle liberté, il hiy dict qu'il estoit très nécessaire de non seulement étire expédier m bon ^ict w tj^mm

DE L'ESTÀT DE FRANCE

[IBCO]

clairs , signifians et non ambigus , mais aussi donner ordre qu'il fust inviolablemcnt gardé et observé, et que, chascun se reposant sur iceluy, peust vivre en repos et seureté en sa maison , en attendant que Ton peust faire tenir un sainct et libre concile, où chascun fust ouy et entendu en ses raisons. Quoy faisant il espéroit de voir une grande paix et repos au royaume; autrement il ne savoit les moyens d'empescher une grande sédition. Cesremonstrances eurent telle force que le chancelier remonstra au conseil l'advis dudict sieur admirai et le sienestre de traicter plustost les subjects du roy par douceur que par force, considéré qu'il n'estoit question que de choses qui se pouvoyent résoudre par un concile, lequel il falloit procurer pour le repos de la chrestienté. Le conseil privé, ayant diligemment poisé les raisons de Fadmiral, amena aisément les Lorrains à ce poinct, espérant que, cesteentreprinse rompue,ils le pourroyent aisément révoquer pour avoir esté faict comme par force. Par quoy édict du roy fut incontinent expédié, contenant que ledict sieur, à son advénement à la couronne , avoit trouvé de grands troublesaufaictdelareligion,tant par la licence des guerres que par le moyen de certains prédicans de Genève , la pluspart méchaniques , et de nulle littérature, et aussi pour la dispersion des livres condamnés, apportés dudict lieu, par lesquels partie du populaire avoit esté infecté, n'ayant peu, par faute de jugement, discerner les doctrines. Au moyen de quoy il avoit esté contrainct faire procéder par rigueur de ses ordonnances dont s'estoyent ensuy vies plusieurs et diverses punitions. Et d'autant que par leurs procès se trouvoit grand nombre de personnes de tous sexes, aages et qualités, s'estre trouvés les uns aux cènes et baptesmes qui s'estoyent faicts à l'usage de Genève, et les autres aux sermons et assemblées illicites , tellement que si l'on venoit à faire la punition de tous, selon la rigueur de ses ordonnances, il s'ensuyvroit une merveilleuse effusion de sang d'hommes, femmes, filles et jeunes gens en fleur d'adolescence, dont aucuns par inductions et subornations, autres par simplicité et ignorance, et autres par curiosité plus que par malice, estoyent tombés en tels erreurs et inconvéniens -, nevoulantdonc, le premier an de son règne, estre remarqué par la postérité comme sanglant de la mort de ses 8ubjects,il leur pardonnoit tous les crimes con-

cernant le faict de lardigkm, ordonnoit à ses juges n'en faire aucune question, pourveu'quê Ton veseust de là en après comme bons catholiques, vrais fidèles et obéissans fils de l'Église romaine , et que les coulpables desdicts crimes gardassent les institutions et commandemens d'icelle, ainsi que ses autres subjects. Toutesfois il n'entendoit en ladicte abolition comprendre les prédicans, ny ceux qui, sous prétexte de religion , se trouveroyent avoir conspiré contre la personne de sa mère et de luy , celle de la roine sa femme et de ses frères, des princes et de ses principaux ministres, ou qui se trouveroyent avoir machiné contre son estât-, ny ceux qui, par voye de faict ou violence, avoyent recouru les personnes des mains de justice, ravy ses paquets et tué les porteurs : comme de bict l'impatience de quelques-uns, plustost religieux de paroUes que d'effect , s'estoît deslnmlée jusques à commettre ces excès. £t afin que ceux de la religion eussent plus d'occasion d'y prendre asseurance , on mit en l'édict les noms de tous ceux qui avoyent assisté en ce conseil ; et ce principalement à cause de l'admirai et ses frères, qu'on savoit estre aimés de ce party. A quoy on adjoustoit des promesses verbales d'un autre édict encore meilleur, et comme ceste affaire devoit estre acheminée par le menu, à fin de n'irriter le party contraire.

Cest édict, porté en diligence à Paris, fut aocompaigné de lettres particulières aux présidens et conseillers du parti de ceux de Guyse, par lesquelles on leur faisoit entendre la cause pourquoy il avoit esté expédié. Il fut aussi mandé au procureur général Bourdin de bailler incontinent son consentement, avec rétention toutesfois ; ce que l'on tiendroit si secret qu'il ne pust estre aucunement descouvert. Par ainsi cest édict ne tarda aucunement d'estre enr^istré avec modifications qui demourèrent au secret de la^ cour, sans en faire aucune mention en la publication de l'impression. Cecy fut fait le % mars, ce que l'on trouvoit estrange du commencement, d'autant que le pariement n'avoit accoustumé se monstrer si diligent, principalement quand il est question de qudque relasche pour ceux de la religion. Mais on sceut tantost ce qui les avoit menés à cela. Car aucuns conseillers disoyent quec'estoit un attrape-minault. Aussi cest édict ny les promesses susdictes ne retardèrent nullement la Renaqdie , txm plus

SOUS FRANÇOIS IL

que radvertiMen^eat qu^cm Iny donna que son entreprinse estolt découverte; ainsd'un oœnr résolu délibéra la poursayvre, quoy qu'il en du8t advenir.

Ledit sieur prince avoit ad visé qu'il iroit devant à la cour» mais qu'il ne se manifesteroit qu'aux conditions 8usdictes,etque lesdictsde Guyse ne fiissenl pris : quoy faict, il déclareroit au roy et à son conseil les raisons, et que ce n'estoit pour aucunement attentera sa personne, ny eatat^ ains tout au contraire pour la conservation de la couronne aux vrays et naturels princes, et empescber qu'elle ne tombast en main estrangère. Bref, il devoit alors produire les informations, et requérir l'assemblée des estais. Ce prince acheminé, trouvant Sipierre entre Orléans et Btoys.cogneut que tout estoit descouvert, parce qu'il ne parloit à luy que par desdaing. Toutesfois, comme généreux de nature, il ne laissa de passer oultre, et de donner courage à ses gens. Arrivé à Amboyse, il fut si mal reeeu et tellement bravade de ceux de Guyse, qu'il ne sa voit faire autre chose, sinon bonne mine ; eux de leur costé, ne sachant qui leur estoit amy ouennemy, avoyent encore plus de crainte. Yoilà quelle estoit leur contenance. Pour doncques exécuter ceste entreprinse etadviser des moyens, du jour et de l'heure ( car il falloit changer tous les desseings, d'autant qu'ils pensoyent exécuter le tout àBloys),la Renaudie, sçachant que les forces marchoyent d^ toutes parts, comme il avoit esté ordonné, ledeuxiesme de mars , alla en la maison d'un gentilhomme Yendosmois,dit la Carrehère,à six lieues d' Amboyse, où se trouvèrent les principaux du conseil. Là le jour fut pris au seiziesme du mois , pour se conduire en ceste manière :

Le jeune Ferrières devoit aller trouver le prince et mener avec luy cinquante ou soixante capitaines et gentilshommes d'eslite que Ton tiendroit logés en un grenier et une cave pour la diiSculté des logis. Un autre aussi menoit de sa part trente hommes lesquels il devoit loger dans le chasteau. La Renaudie, le baron de Castelnau et le capitaine Mazères devoyent aller, le jour de devant, avec bon nombre d'hommes, coucher en un chasteau près Amboyse, appelé r^oizay, et le matin envoyer leurs gens à La file à Amboyse. £t luy, arrivé sur l'heure du disner, devoit aller droict au chasteau, où il espéroit trouver tous ses gens, partie desquels il or^ XVI- siàcLE, La PI. et La PI.

donneroît à saisir les portés du chasteau , et l'autre seroit mise en deux troupes , l'une sous sa charge et l'autre sous deux capitaines, à fin de se saisir du duc de Guyse et du cardinal ; et au mesme instant le signai mis au plus hault du chasteau , tout le reste des forces (qui se devoit trouver en embuscade en la forest) devoit approcher et entrer par la porte du parc , et par une brèche d'une muraille qui est du costé de ladite forest. Ce foict, le prince devoit parler.

Ces charges ainsi départies, et le mot du guet donné, les conducteurs allèrent au-devant de. leur troupe, et chascun à sa charge. Or il convient noter qu'au conseil tenu à Nantes avoit esté permisque chascmi pourroit parler de cestet affaire à des capitaines et gens de faict, que l'on cognoistroit pour servir et se employer en iceluy, d'autant qu'elle nepouvoitestre maniée de peu de gens, et aussi que ils vouloyent procéder par formalité de justice. Suyvant lequel congé plusieurs en attirèrent à eux. Quelqu'un s'adressa au capitaine Lignières, lequel ayant, donné sa foy, et s'estant pour ce acheminé à Amboyse, fut adverty de tout ce qui se faisoit et avoit esté conclu : toutesfois, il déclara tout à la roine mère, prenant excuse que c'esloit pour sauver l'honneur du prince qu'il voyoit estre accusé du crime de lèze^majesté, et en danger de sa vie. Par ainsi les troupes n'estoyent plustostarrivées où il leur estoit ordonné, qu'on ne les aUast prendre prisonniers les uns après les autres, sans qu'ils se peussent rallier.

Ceux de Guyse, ayant de si l)ons et certains advertissemens, ne dormoyent pas, ains sçachant que la Renaudie ne désistoii encore qu'il sccusi qu il estoit descouvert, envoyèrent de touscostés quérir leurs amis. Sipierre obtiutdes Parisiens secours de dix ou douze enseigoos de gens de pied, et fit marcher quelques compagnies de gendarmerie, assemblant force gens, délibéré de délivrer ceux de Guyse à main-forte, s'ils estoyent pris. On envoya aussi semondre toutela noblesse de vingt lieues à la ronde soubs la mesme couleur, à savoir que le roy estoit assailly par les hérétiques, lesquels on commença d'appeler les huguenots et christaudins pour la cause qui sera dicte cy-après. Outre ces semonces particulières qu'ils envoyoyent faire de maison en maison par Villegomblain et autres gens de respect, à fin de n' estre refusés, ils envoyèrent fûre coonnandemeii^ pai: tous les

DE L'ESTàT de FRANCE

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bailliages drcmvoiiiiia, à toai gentUdioairaei de la maison du roy et antres ses dosoestiqnes, de se rendre incontinent, et en esqoippage de gnerre, bien montés ^ armés^ là part qu'il seroit. Pareillement qoe tons les autres gentikhommes eussent à se trouver en la ville principale de leur bailliage, six jours après la publication, avec telles sortes d'armes qu'ils pourroyent, pourde là cheminer soubs la charge des seigneurs qu'ils y trouveroyent, ayant pour ce charge de les conduire et iceux mener devers le duc de Guyse, lieutenant général du roy. Et ai oultre que tous capitaines, lieutenaus,;enseignes, gendarmes et archers se retirassent en kurs garnisons, et eussent à amasser et tenir près d'eux le plus de gens qu'ils pourroyent, pour de là marcher et faire ce que leur seroit ordonné par le duc de Guyse, et en partir sans son congé. Il prioit donc sa noblesse de monstrer par effect la bonne volonté que Sa Majesté s'estoit tousjours promise d'eux, corre^ndant à l'amour que luy et ses prédécesseurs leur avoyent tousjours portée. N'ayant aussi artillerie, poudres ne munitions, et craignant que les huguenots ne se voulussent emparer de celles qui estoyent es villes de Tours et Orléans, ils les envoyèrent quérir en diligence. £t ce qui leur vint bien à propos fut que leurs espions descouvrirent force armes et pistoles qui avoyent esté amenées dans des bahuts ; car autrement ib en estoyent fort mal garnis, et leur eust fallu beaucoup de temps pour en recouvrer, encoros fussent-elles par adventure venus à tard.

Le grand'prévost de la connestaMie fut envoyé avec sa compaignie, et guidé par un archer de la garde du pays de Vendosmois en la maison de la Fredonnière, pour le prendre et toute la compaignie qu'il avoit assemblée chez' luy. De quoy ayant eu le vent, on n'y trouva que le nid . De là ils furent conduits par cest archer chez un autre gentilhomme nommé Dauvines, lequel ils prindrent prisonnier avec quinze ou vingt hommes qui estoyent prestsdese retirer, et les menèrent à Amboyse. On fit le semblable en d'autres lieux, et les amenoit-on à douzaines et vingtaines. Et d'autant, comme ditest, qu'on ne savoit en qui se fier. Le treiziesme de mars on changea toutes les gardes du roy, et fit-on condamner ceste porte du chasteau par laquelle les troupes devoyent entrer; combien que ils fissent mine d'attendre l'emiemy et le combattre

à sa vcQiie. Et à fin que les vfHes prochaines fussent retenues en bride, ils envoyèrent le oomte de Saoeerre k Tours, Vieilleville à Orléans, le mareschal de Termes à Bbys, le due de Montpaisier à Angers, Barbezieux à Bourges, Burie à Poictiers et ainsi des autres. Mais encores en ce d^rtement il y avoit un stratagesme ; car on envoyoit ceux dont l'on se mesfioit aucunement aux villes moins hazardeuses, et où ils seroyent plostost descouverts s'ils estoyent de la mesiée. Le comte de Sancerre ayant £aict venir pour sa seureté plusieurs gentilshommes ses voisins, fut adverty, lequatorziesme de mars, sur le soir, qu'au faulxbourg de la Riche arrivoyent à la file quelques gens de guerre bien montés et armés. Par quoy tirant ceste part avee sa compaignie, il trouva le baron de Casteinau et le capitaine Mazères, armés de corps de cuirasses dessoubs les manteaux, auxquels il déclara sa commission, et que, les trouvant armés contre les ordonnances, il les faisoit prisonniers du roy. Casteinau luy répondit modestement n'avoir pris les armes ne contre le roy ne pour endommager aucun, mais que c'estoit pour son service qu'il allolt à la cour où il en scauroit bien rendre compte; par quoy ne se laisseroit prendre prisonnier. Et comme Sancerre voulust faire effort de l'emmener ,voicy approcher la troupe qui commençoit à se loger, laquelle le fit retirer plustost que le pas, sans toutesfoi3 l'endommager ny aucun des siens, ce qu'ils eussent peu aisément faire, ains seulemrat pour le haster furent laschés en l'air quatre ou cinq coups de pistole.

Or ce qui l'intimida davantage, et ne luy dcmnoit aucun repos, ce fut qu'estant entré dans la ville, et criant de toutes parts : à Tarme ! force, force pour le roy ! nul ne sortit, sinon un boulanger, lequel ayant entendu le cry se renferma aussi soudainement dans sa maison; en sorte que Casteinau eust aisément prins la ville si tel eust esté son desseing. En cest effroy, le comte envoya au royl'advertir, non seulement de la bravade du baron et de ses gens, mais aussi de la mauvaise volonté des Tourangeaux envers Sa Majesté. De quoy il fut courroucé, mesmement quand il entendit par ses lettres qu'on avoit tiré plus de cinq cens coups de harquebuse et pistoles, et que nul delà ville ne luy estoit allé au secours , ains s'estoyen t embarrassés en leurs maisons; qui estoit cause que lo^

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sous FRANÇOIS II.

diet comte désiroit bien fort qu'on lay envoyatt gens, parce qu'il ne savoit qai luy estoit amy ou ennemy, et quMI ne pouvoit estre obéy. Le baron de Castebau, se sentant descouvert, remonta incontinent à cheval, et après avoir conduict sa compaignie du costé de Saumur, s'escoulant secrettement, se fit passer Teaue avec Mazères, et alla droictà Noizay , ainsi qu'il avoit esté advisé.

Sur ces nouvelles le mareschal Sainct- André fut envoyé à Tours pour sçavoir d'où ce désordre etdésobéissance procédoyent; mais il trouva que ce n'estoit rien, sinon que le comte avok eu plus de peur que de mal, et que le peuple estoit du tout obéyssant (St dévotionné au service du roy, luy offrant tout secours d'argent et

fens, voire de leurs propres personnes et vies, ar quoy ayant commandé aux juges, maire et escbevins de la ville d'obéyr audict comte en ce qui concerne le service du roy, et pourveu à fesquipage de Tartillerie pour la faire conduire à Amboyse avec les poudres et munitions nécessaires, il s^en retourna à la cour.

Ce mesme jour, ceux de Guyse advertis que les principaux de Tentreprinse estoyent arrivés à Noizay, ils ne laissèrent rien en arrière pour persuader au roy que c'estoyent des hérétiques qui le vouloyent mettre à mort pour se venger de ce qu'il avoit tant fait mourir de leurs compaîgnons. A ceste cause le roy y envoya le duc de Memours (amy famiUer du duc de Guyse) avec quelques gens de cheval, lequel cherchant par tous moyens de complaire à ceux de Guyseï arrivé du grand matin, trouvant Raunay et le capitaine Mazères se pourmenant autour du chasteau, saus autres armes que Tespée et la dague, les print prisonniers. Ce qu'appcrceu par le baron de Castelnau, il se renferma au chasteau avec bien peu de gens : le reste sentant approcher l'ennemi le gaigna au pied. Ayant donc Nemours environné le chasteau de fortes gardes, il emmena ses deux à Amboyse, et retourna après disner accompaigné de plus de cinq cens chevaux, ramassés tant de gentilshommes, courlisans, ceux de la vénerie et Cauconnerie que des officier^ domestiques. Le baron, se voyant assiégé, ne fit aucun effort à sortir, mais envoya seulement à la Renaudie et aux troupes, à fin qu'ils se diligentassent de le venir délivrer ; car il n'a voit voulu abandonner la place, et se ba»iMer de sortir, sçacbaot

que leurs ennemis se saisiroyent des anafies, poudres et munitions qui estoyent dedans. Mats quand il vit retourner Nemours avec sa grande troupe, il s'esbahit comment on avoit peu assembler tant de g^s en si peu de temps ; ce qui n'estoit peu advenir sans qu'ils eussent esté tribhis et décelés de long-temps. Cognoissant doncques qu'il seroit difficile que la Renaudie et sa troupe le peussent secourir, il se mit à parlementer comme il en estoit instamment prié et requis. Nemours doncques luy demanda par quelle raison luy et ses compaignons estoyent armés, à qui ils en vouloyent, et s'ils délibéroyent faire perdre aux François la louange qu'ils ont toujours eue d'estre fidèles et loyaux à leur prince. U respondit (comaie aussi avoyent fiiit les autres) ne vouloir attenter aucune chose contre le roy; mais qu'au contraire ils s'estoyent armés pour maintenir sa personne et la police de son royavh me; qu'ils vouloyent remonstrer à Sa Majesté les délibérations et machioatioiis secrettes de ceux de Guyse contre sa grandeur, leur violence manifeste contre ses subjects, l'oppression par eux ffticte de sa justice, de ses estats, des loix et coustumes du royaume ; qu'en telle nécessité, ils vouloyententretenirlenomdefidèlessubjeets qu'ils avoyent acquis de si long-temps ; et pourtant qu'ils s'y sentoyent obligés, ils n'avoyeat peu moins Caire que ce qui estoit convenable pour la conservation de leur prince. Nemours répliqua que ce n'estoit la &çon d'un subject de présenter quelque remonstrance à son prince ad armes et force ouverte, mats qu'il y falloit aller avec révérence et humilité. Le baron res* pondit que leurs armes ne s'adressoyent aucunement contre le roy, maiseontrelesdicts Guyse quiluy estoyentennemis,lesquelsempesdioyent avec violence^'aucuneust accès au roy,8inon celuy qui leur plaisoit; qu'ils s'estoyent doncques armés à fija que, si besoin estoit, ils peussent, maugré lesdiets de Guyse, se feire voye jusques à la majesté du roy, là ou estant, ib savoyent bien l'honneur et révérence qu'ils luy devoyent porter. Après ce propos et phisieure prières de Nemours dt laisser les armes et aller sur sa foy parler au roy , il s'obligea, par foy de prince, qu'il ne luy en reviendrait ny à ses compaignons aucun mal, mais qu^ils seroyent mis ^1 toute liberté. Le baron s'asseurant. (comme il appartenoit) sur la parole d'un prince et ne sedoubtaol aucunement de la trodi|>erie|

DE L'ESTAT DE FRANCE

obéyt kadictNemours/prenant tous (comme ils diso'yent) à grand honneur et advantage d'avoir ^ccès libre au roy, sans qu'il fust besoin de l'acquérir par armes ny par force. Mais estant arrivés à Amboysc, ils furent aussitost resserrés ^en estroicte prison sans qu'ils peussent parler à aucun, qu'à ceux qui leur estoyent envoyés de par ceux de Guyse. Cependant ceux que le baron avoît envoyés firent si grande diligence, comme aussi les autres qui s'estoyent sauvés du village tic TNoizay, que ce jour mesme la Renaudie fut «ad vert y et de la prlnse de Mazères et Raunay, et de Textresme danger où estoit Castelnau. Pnrquoy il envoya incontinent aux troupes qui estoyent ouUre la rivière, pour aller diligemment assaillir le chasteau d'Amboyse, duquel il espéroit avoir bon marché, d'autant qu'il estoit xlesgamy de gens, ralliant en ce mesme temps <5eux qui estoyent de son costé pour aller lever le siège au baron, auquel pour cest effect il mandoit de tenir bon. Mais ce message ne peut arriver sitost que le baron ne fust jà party avec ceoxdesa compaignie pour aller à Aml)oyse,où ils ne furent plustost arrivés, comme j'ay dict, qu'on ne lesemprisonnast, et procédast-on contre eux comme contre criminels de lèze-majesté. Le lendemain une troupe de gens de pied, ne sçachant ce qui estoit advenu , marchèrent droict à Amboyse par dedans les bois; mais ils furent descouverts et enveloppés de la cavalerie envoyée par ceux de Guyse pour battre les chemins. De sorte qu'à leur arrivée en la ville et le jour mesme plusieurs furent pendus, et puis jettes dans l'eaue. Voylà comment profictèrent les advertissemens de ceux qui avoyent décelé l'entreprinse. Car ceux qui abordoyent pour l'exécution n'estoyent plustost arrivés aux lieux à eux ordonnés, qu'on ne se gwisist d'eux, et les menoit-on à Amboyse, dix à dix, quinze à quinze, vingt à vingt, attachés à la queue des chevaux; mais ceux qui estoyent les mieux esquippés estoyent tués par les bois et forests, et jettes dans les fossés pour avoir les dépouilles, ïoutesfois, le langage des captiCs, et les raisons qu'ils proposoyent franchement , espouvantèrent le cardinal et son frère, veu mesmes qu'on ne s'estonnoit de leurs menaces, de sorte qu'ils pensoyent estre perdus. Mais en ces extrémités le duc de Guyse vouloit faire mourir les prisonniers, à lin que sa morl fust vengée , et ne tasçboit qu'à jouer à qaitte ou double : en quoy il

fut retenu par le chancelier jusqnes à ce qu'on sceust quelle en seroit l'issue, non pour aucune honne affection qu'il portast à ce party, ains pourcrainctede tomber en leurs mains. La raison estoit qu'il falloit auparavant trouver le moyen de départir les forces, et essayer de prendre le reste des chefs et principaux de ceste faction. Ce néantmoins l'impatience du duc de Guyse fut telle, que craignant nepouvoirjouyr du chancelier , et contourner le conseil du roy à sa dévotion, il conclud d'en faire tant mourir qu'il en seroit mémoire à jamais. A tant lettres-patentes luy furent expédiées pour ce nécessaires, du dix-septiesme de mars. L'argument estoit fondé sur l'amitié de ses prédécesseurs roy s envers leurs subjects, et comme ils avoyent tousjours esté trop plus faciles à leur pardonner leurs fautes, que sévères à les punir à la rigueur des ordonnances. Au moyen de quoy il seroit advenu que de bonnes, sainctes et louables intentions l'efïect estoit contraire. Car pour s'estre ledîct sieur rendu facile à pardonner, le cœur de ses subjects seroit quelques fois creu de telle sorte , que qui n'y eust pourveu incontinent , de grands inconvéniens en eussent peu advenir, ainsi que ceux de Guyenne firent au commencement du règne du feu roy Henry; mais il j sceutsi sagement et dextrement pourveoir quel'honneur et la force demourèrent de son costé, si que depuis n'estoyent advenues aucunes séditions au royaume : ains avoyent les François rendu toute obéissance et fidélité. Queledict sieur avant son décès n'avoit rien tant recommandé à luy son fils que d'user envers eux de toutes les douceurs et gracieusetés à luy possibles. En quoy suy vaut le sage et prudent conseil de sa mère, et des princes et seigneurs estans près de luy, on avoit veu, depuis son advénement à la couronne, combien il s'y estoit employé , tant par la diminution des tailles que par tous autres moyens, espérant par là acquérir leur amour et s'acquitter envers Dieu delà charge qu'illuy avoit donnée d'eux. Mais puis peu de temps il en estoit advenu tout autrement, s'estant en plusieurs endroicts de son royaume eslevés aucuns meschans et malheureux, lesquels ; sans avoir esgards à l'honneur, obéissance et fidélité qu'ils luy devoyent, cherchoyent d'esmouvoir une grande et damnable entreprin^e. Car par leur déposition mesme avoit esté découvert qu'ils avoyent

délibéré se saisir de sa personne, de celles des roines son espouse et mère , de ses frères et sœurs, et d'aucuns princes et seigneurs estant près de luy, à fin de disposer du royaume à leur volonté, le mettre en proye, et le priver de la doctrine de ses prédécesseurs , chose qui luy avoit entièrement despieu, non tant pour crainte du danger, que pour se voir en son jeune aage, et au commencement de son règne, réduict à ceste nécessité de mettre la main aux armes, et espandre le sang de ses subjects qu'il aimoit tant et désiroit bientraicter : toutesfois puisque les admonitions et doulces corrections les avoyent plus que devant obstinés , il luy avoit semblé, à sa mère et à son conseil, qu'il ne falloit plus user de dissimulation contre ceux mesmes qui ouvertement s'estoyent déclarés contre luy, mais estoit besoin de prendre les armes pour les cbastier aspremcnt. A ceste cause et qu'il estoit bien nécessaire de commettre un grand et notable personnage de crédit et authorité pour y commander, pour voir et ordonner de toutes choses nécessaires pour son service, la seureté et conservation de sa personne et estât. Considérant aussi ne pouveoir faire meilleure ne plus convenable eslection, que de la personne de son oncle François de Lorraine, duc de Guyse, pair, grand-maistre et chambellan de France, tant pour la parfaicte confiance qu'il avoit en luy, et la proximité de leur lignage, que pour les claires vertus, vaillance, grande expérience au faict de la guerre, dont il avoit faict tant de preuves en tant de lieux et endroicts que chascun estoit informé. Par-quoy ledit sieur le faisoit son lieutenant général, représentant sa personne absente et présente par tout son royaume, pendant les mouvemens et affaires qui s'offroyent, avec plein pouvoir d'assembler tous les princes, seigneurs, capitaines, gentilshommes et autres de tous estats, ayant charge et conduicte de ses guerres , pour leur commander ce qu'ils auroy ent à faire pour son service, la seureté de sa personne et estats, et la correction de la^ présente sédition. Et oultre de faire promptement lever les gens de pied et de cheval, en tel nombre qu'il adviseroit, pour punir les rebelles et qui pourroyent estre prins par toutes rigueurs , et sans autre forme de procès. Et généralement commander , ordonner et pourveoir en toutes choseS; soit de l'artillerie, réparations, fortifi*

SOUS FRANÇOIS IL

cations de villes et des frais à ce nécessaires, comme ledict sieur pourroit luy-mesme faire, promettant avoir agréable tout ce que sondict oncle feroit et exécuteroit en sadicte charge de lieutenant-général, et de tput approuver quand requis en seroit; mandoit à tous ses lieutenans, gouverneurs, mareschaulx de France, juges, capitaines de gens de guerre, tant de pied que de cheval, maire, eschevins et gardes de ses bonnes villes et cités, d'obéy r audict de Guyse en tout ce qu'il leur commanderoit pour son service, et pour la punition des séditieux et rebelles.

Le chancelier, ayant veu ces lettres ainsi expédiées du propre mouvement du roy, et sang qu'elles eussent passé par l'advis du conseil, tança aigrement Robertet de les avoir expédiées, et d'y avoir ainsi adjousté ceste clause : de Vad- . vis dudict conseil^ pour autant que l'on les pourroit à ceste occasion quelque jour débattre et déclarer faulses ; mais il eut tant de messagers queue à queue pour les expédier en ceste forme, sans y rien changer ny diminuer, qu'il fut contrainct d'aller au roy pour lui dire ses raisons. Mais il luy fallut passer oultre, et d'abondant au lieu de continuer jusques au bout ce qui estoit si bien commencé, il s'excusa envers le duc de Guyse, disant n'avoir fait ce refus au mespris de luy ny de son authorité, et qu'il ne sceust bien qu'il estoit capable de ceste charge, ou d'une plus grande ; mais d'autant qu'il voyoi t les affaires enteIlesorte,et leconseil du roy composé de tant diverses humeurs d'hommes, oultre ceux qui veilloyent sur eux à la cour, qu'il craignoit bien que ce pouvoir fust un jour mis en dispute ; et que luy et ceulx qu'il mettroit en besongne en vertu d'icelles en fussent puis après reprins, et luy aussi de les avoir ainsi scellées légèrement, et que son hut tendoit à renvoyer les ennemis là prochains. A quoy consentant aucunement ledict duc de Guyse ,autres lettres-patentes furent aussi expédiées de ce mesme jour, relatives des précédentes, qui furent émologuées au parlement , du consentement du procureur général , portant que plusieurs personnes, ou pour ignorer la grâce et bénignité de Sa Majesté, ou pour estre séduicts d'aucuns malins et séditieux esprits qui taschoyent sous le voile de religion à saccager toutes les riches villes et maisons du royaume, s'estoientmis en chemin en plusieurs et diverses troupes, la pluspart armés, et avec pistoles, pour aJler devers le roy, sous couleur

DE L'ESTAT DE FRANCE

itm]

de luy vouloir présenter certaine confession de leur foy , chose scandaleuse et contre tout droict divin et humain. Et combien que telle etdamnable entreprinse méritastgriefve et exemplaire punition , néantmoins ayant cogneu en aucuns de ceux qui estoyent prisonniers une grande simplicité et ignorance, en les faisant interroguer en sa présence, désirant conserver ceulx quirecognoistroyentleursfaultesetespargnerlc sang de ses subjects; il commandoit à toutes personnes arrivées ou qui estoyent en chemin d'aller vers luy en telles trouppes, assemblées et esquippage, pourlefaictdeleurfoy, que dedans deux fois vingt-quatre heures ils eussent à se retirer et rebrousser chemin deux à deux, ou trois à trois au plus, en quoy faisant il leur donnoit impunité du faict, défendant à tous juges de leur en faire aucune question. Et quant aux désobéyssans, vouloit qu'ils fussent pendus et estranglés quelque part qu'on les appréhendast sans autre figure de procès, permettant à ses subjects d'y user de pleine authorité, et si besoin estoit, de s'assembler au son du tocquesain, et en cas de résistance les tuer comme traistres et rebelles. Et toutesfois à ce quechascun cogneust que le seur accès estoit ouvert à tous ceux qui avec humilité et révérence ( comme il apparlenoitàbonssulyects) voudroyent aller devers luy présenter leurs requestes, il permettoit tant à ceux qui se seroyent retirés qu'à autres d'envoyer un ou plusieurs avec leurs remontrances pour les faire voir à son conseil, et sur ce leur pourveoir comme de raison; promettant, en parole de roy , ne leur faire aucune question, mais leur donner toute seureté.

Comme ces choses se faisoyent, la Renaudie, taschant par tous moyens de se joindre à sa troupe, le 18 du mois, fut rencontré en la forestde Chasteau Régnant par un gentilhomme nommé Pardaillan sou parent, qui, a,vec plusieurs autres, couroit çà et là pour descouvrir quelque chose. Or, voyant que la Renaudie luy faisoit teste et s'apprestoit au combat, il voulut tirer un coup de pistole,mais il ne print feu ; à ceste faulte, la Renaudie le joignit et luy donnant deux coups d' espée au costé droict, le tua. Mais il fut quand et quand frappé d'un coup de barquebuse par le serviteur du mort, duauel coup il mourut sur le champ. Son corps fut porté à Amboyse, et deux siens serviteurs me- ]^ prisonnîerSf A sqq arrivée, il j eut ^ande i

allégresse à la cour, et fut quelques jours son corps pendu sur les ponts avec un escripteau attaché au col, contenant ces mots: La Renaudie, dict Laforesi, chef des rebelles. Qui fat cause que plusieurs ayant entendu ce qui estoit advenu, et la publication de l'édict précédent faict à Amboyse le dix-septiesme mars , se retirèrent et perdirent courage.

Ceste mort de la Renaudie asseura à demi ceux de Guyse qui estoyent espris d'une grande frayeur ; toutesfois le remords qui leur venoit d'avoir offensé tant de gens qu'ils nepouvoyent discerner lequel leur estoit amy ou ennemy ; et la présence du prince qui ne s'estonnoit point , leur estoit une double géhenne et passion. Davantage le cardinal voyant d'Andelot devant ses yeux, cela luy raf&aischissoit la mémoire des ouvrages qu'il luy avoit procurés durant le règne du feu roy Henry, et luy eschappa de dire qu'il ne craignoit homme au monde tant que cestuy-là, et que s'il Tavoil pour amy, et aussi l'admirai son frère, il n'auroit plus de craincte de tous les autres; mais il ne se pouvoit autrement persuader qu'ils ne fussent de la menée , quelque bonne mine qu'ib feissent.pe quoy {la loine mère laschoit de le destourner, Tasseurant qu'il n'auroit aucun mal de ce costé là , d'autant qu'ils le luy avoyent ainsi promis.

Allégés donc de ce costé, et surmontant toutes autres difficultés, après leur estre venus gens à suffisance pour soustenir un dur et rude effort» voulant sçavoir particulièrement et par le menu ce qu'a voit délibéré la Renaudie, ils feirent venir devant eux l'un de ses gens, nommé la Bignei tant pour ce qu'il estoit son ancien serviteur» et qu'il sçavoit ses plus secrettes affaires , que pour avoir este saisy d'un papier en chiffres, et qu'il servoit de secrétaire à son maistre. Cestuycy, alléché par promesses et voulant sauver sa vie, déclara ce qui estoit contenu en cest escript, ensemble tout ce qu'il sçavoit de l'entreprinse, ainsi qu'il s'en pouvoit souvenir, encores qu'il eust juré et promis n'en jamais rien révéler^ voire quand M devrait estre tiré membre après autre. Mats son maistre mort, il se disoit quicte de tout serment. Or^ voyant le cardinal que son accusation n'estoit assez suffisante pour juger à mort les prisonniers et poursuy vre le$ autres, ils l'induisirent à dire et adjouster, comme l'on tenoit pou^ certain, que c'estoit principallemeat w roy (ja'on du vouloit, et par

tlMO)

SOU» FRANÇOIS II

isi

dODfléqtient à tOQt son estât, en quoy disant et y engageant le roy de Navarre, ils le feroyent grand, sinon qu'il se devoft assearer de mourir craellement. Et combien qu'en eeste furie il leur en eust donné quelque espérance, si demonra-t-il is termes de sa première déposition, laquelle néantmoins ils ne laissèrent de faire valoir, et dépeschèrent en toute diligence le secrétaire Deslandes vers le Navarrois de la part du roy, pour essayer de descouvrir quelque chose qui leurpeust servir. Mais il n'y proufOcta rien, en sorte qu'ils jugèrent ledit Deslandes avoir trahi le roy, pour ce qu'il ne leur avoit voulu prester son honneur ny sa conscience. Bien rapporta-t-il l'offre volontaire du roy de Navaïre pour secourir le roy, avec une puissante armée ; mais on ne luy fit nulle response, car aussi ce secours leur eust esté trop suspect. Pour retourner à nos brisées, le premier article de l'escript en chiffres trouvé sur la Bigne commençoit par ces propres mots :

«Protestation faicte par le chef et tous ceux du conseil, de n'attenter aucune chose contre la majesté du roy, ny les princes de son sang, ny Testât du royaume. »

A quoy s'accordoyent entièrement tous les autres articles, comme le récitoyent ceux qui Pavoyent veu, déclarant ouvertement que l'entreprinse ne tendoit à autre fin qu'à desmettre du gouvernement du royaume ceux de Guyse, redresser et Éaiire observer l'ancienne coustume de France, par une légitime assemblée des estats. Que si, pourraison de ce,lesdicts de Guyse les vouloyent blasmer de sédition, et se vouloyent aider des forces du roy, ils pourroyent etnpescher ceste violence par autre force, et que pour ceste cause ils s'estoyent armés. Davantage, outre cest escript,il se trouva entre les papiers de la Bigne une remonstrance à part qui devoit estre faicte au roy, en laquelle if y avoit un article pour défendre ceux qui tenoyent la doctrine appelée nouvelle, et qui s'estoyent volontairement adjoincts à ceste entreprinse pour estre une cause politique, qui concemoit les loix et statuts du royaume, le tout au proufGct et service du roy ; contre lequel s'il y eust eu la moindre chose du monde, ils ne s'en fussent jamais meslés, comme en semblable ils avoyent déclaré ouvertement ce qu'ils sentoyentde l'obéyssance deue aux roys, et autres principautés, par le dernier article de leur confession de foy

imprimée, où il est contenu qu'on doit fran^ chement et de bonne volonté porter le joug des roys et princes, encores qu'ils fussent infidèles. Sur quoy aussi ils condamnent et rejectent les séditieux et perturbateurs de l'ordre de justice, espérant, à l'assemblée générale des estats légitimemwit convocqués, présenter icelle leur confession de foy , à fin d'avoir quelque relasche des extrêmes persécutions et violences qu'ils souffroyent tous les jours par la cruauté de ceux de Guyse. Et ce qui leur donnoit espérance de bonne issue en cest endroit, c'estoit qu'à la fin du règne de Henri II, en la générale assemblée du parlement qu'on appelle mercuriale, il s'estoit presque résolu de ne persécuter plus pour la religion avant la détermination d'un concile, qmmd cela fut interrompu par le cardinal de Lorraine, à la persuasion duquel plusieurs conseillers furent emprisonnés pour ceste cause, et du Bourg bruslé. Il estoit donc à présumer que le cardinal et son frère, estant hors tfauthorité, la sentence libre des estats eust peu esteindre les feux qui estoyent encore allumés en France, contre ceux qui ne vouloyent obéyr au pape. Voylà en somme que contenoyent ces mémoires et le but de l' entreprinse pour l'exécution de laquelle la Renaudie avoit amené cinq cens chevaux qui estoyent suy vis de mille autres pour donner escorte à ceux-cy. Mais au contraire ceux de Guyse vouloyent feire croire que c'estoit au roy et à ses fibres qu'on en vouloit, et non à eux, d'autant qu'ils n'avoyent, ce dlsoyent-ils, offensé personne en leur privé, et que ce prétexte estoit prins par les hérétiques, pour plus à l'aise abolir toute authorité royale, réduire le royaume en cantons et république, tuer toute la noblesse de France, à Fexemple des Suysses, pour vivre en commun.

Tel estoit leur dire, tendant à ce qu'on despeschast autant qu'on en pourroit trouver; toutesfois craignant aucimement que tel nombre d'exécutés ne les rendist odieux à tous, et que ce nom d'estats ne chatouillast le cœur du commun, la roine mère et eux enfin trouvèrent qu'il seroit bon de délivrer la pluspart des pauvres soldats venus à pied, avec injonction (le se retirer et de ne se mettre plus en tel danger. Ce qui fut faict, et sous main fut donné à chascun un teston pour passer chemin. Mais oultre cela ceux de Guyse advisèrent de se fortifier aux despens du roy, sousonibre

dÔ6

DE L'ESTAT DE FRANCE

d'augmenter sa garde de harquebouziers à pied et à cheval, à fin que par ce moyen ils peussent estre mieux et plus seurement gardés. La charge de lever ces gens fut baillée au moy ne Richelieu , choisy par le duc de Guyse, pour le cognoistre confit en toutes dissolutions, lequel fit sa levée d'entre tous les voleurs et ruffians qui se peurent trouver, comme n'ayant telle manière de gens aucune convenance avec la manière de vivre des luthériens. Et disoit ledict duc de Guyse que le roy et luy en seroyent mieux gardés que par autre de meilleure vie. Or pour retourner aux restes des forces des assaillans qui tenoyent la campagne, encores qu'ils sceussent l'inconvénient advenu à leurs principaux conducteurs, et quoyque les choses fussent comme désespérées, si ne perdirent-Us pqgit encore courage. Et sur cela quelqu'un d'eux ordonna un nommé le capitaine la Mothe avec quelque peu de soldats estrangers, pour faire armer et assembler ceux de la religion de la ville d'Amboyse quand il leur seroit commandé, estant dans la ville jusqu'au nombre de cent ou six-vingts hommes de feict ; et d'autre part estoyent le capitaine Cocqueville avec le capitaine Champs, logés auxfauûbourgs versYendosme, qui avoyent charge de se saisir du pont, et ce au mesme temps que la troupe de Chandieu arriveroit du costé des Bons-Hommes où elle devoit venir, la nuict du samedy partant d'auprès de Bloys. Et estoit l'entreprinse, qu'ayant esté par cestuy-là recogneu un petit huis en la muraille de la ville respondant sur ia rivière, qui se pouvoit enfoncer d'un coup de pied, il vouloit introduire ceste troupe par là dans la ville, et par ce moyen se monâtrer parmy ceux de la cour , et tenir le chasteau bridé, sans avoir en iceluy chevaux aucuns, et comme rien de vivres, ains estoyent toutes les commodités en la ville et aux faulxbourgs. Mais la troupe qui devoit arriver la nuict arriva de grand jour, et fut crié alarme par des gens descendant par eaue qui virent ceste troupe marcher au grand trot tous avec escharpes blanches, qui feit armer chacun au chasteau et en la ville. Chandieu arrivant trouva celuy qui l'avoit fait acheminer en la rue du faulxbourg des Bons-Hommes, qui luy dict : « Vous avez tout gasté que n'estes venu la nuict ; mais puisqu' il faut tout bazarder, allez aux Bons- Hommes, et je vous y vay trouver. » Chandieu s'achemina avec sa troupe, et au lieu d'entrer

dans le monastère des Bons-Hommes pour se mettre à couvert du chasteau qui tiroit, et pour se rallier là, et aussi pour y laisser leurs chevaux, ils mirent pied à terre, et essayèrent de rompre la porte de la ville nommée ia porte des Bons-Hommes, et leur fut tiré du chasteau tellement qu'ils furent contraincts se retirer; que s'ils eussent eu loisir de bien entendre (comme ils ne firent pas estans ainsi hastés et eschauffés) ils pouvoyent encores entrer dans la ville par ce mesme endroict qui est dict, et lors la Mothe, Cocqueville et Champs chargeoyent les corpsde garde du pont et de ia place, et avoyent commandement de se saisir des maisons de ladicte place et prochaines des portes du chasteau, et fut merveille qu'à ceste alarme ils ne furent aucunementdescouverts. Quoy quesoit,ils intimidèrent si bien les courtisans, qu'il estoit plus de midy avant que les portes de la ville fussent ouvertes, qui leur donna moyen et loisir de se retirer, principalement aux gens de cheval, car plusieurs de ceux de pied furent prins et ramenés à Amboyse comme relaps. Le matin aussi de ceste alarme, s'en trouva six attachés à une perche, de ceux qui avoyent esté prins auparavant, lesquels on disoit avoir eu charge de conduire les gens de pied.

Il n'est pas croyable quel nombre d'hommes se rallièrent en peu de temps à ceux de Guyse ; car,oultre les personnes cy-dessus nommées, et les gentilshommes venus à leur mandement, il se trouva avec eux une infinité de fainéans, mulletiers, pallefreniers, chartiers, laquais, vivandiers et autres racailles, qui faisoy ent plus de deux mille hommes^ lesquels estans aCTrlandés aux despouilles d'or , d'argent , d'habits, d'armes et chevaux qu'on leur abandonnoit au pillage, ne pardonnoy ent à nul passant, fust buguenaud ou non. Que si on leur faisoit la moindre résistance, ces coureurs avoyent puissance de tuer, comme de vray il s'en trouva beaucoup à dire, oultre les pendus, noyés, et décapités publiquement.

Le duc de Guyse commanda pareillement au maistre des eaux et forests d'Amboyse qu'il en tuast autant qu'il en trouveroit sans plus les amener à la ville, qui estoit jà infectée de corps, joinct que tant de gens faisoy ent pitié aux dames. En quoy il fut très bien obéy par ce bon maistre des eaux et forests ; car, sous ombre des huguenots, il dévalisa plusieurs marchands, et entre autres deux de Rouen, allant

[lùm]

sous FRAKÇOIS II.

à la fojre en Poictou, aùquds il osta dé deux i trois mille esciis avec force bagnes, que depuis sa femme portoit aux doigts sans les cacher, et sans que ces pauvres gens en eussent autre restitution que des menaces. Par ainsi les fauguenauds firent riches beaucoup de coquins et belistres.

U a esté déclaré comme, après la publication du dernier édict, pour feire retirer ceux quï venoyent à la file, plusieurs, ayant entendu le seur accès que le roy donnoit de sa personne, avoyent reboursé chemin pour adviser à leurs affaires; mais eneores qu'ils eussent quitré les armes et se fussent rangés deux à deux, et trois à trois, si ne laissott-on de les pendre ou ils se pouvoyent rencontrer. Et depuis s'estant espandus deçà et delà, plusieurs tombèrent entre les mains de leurs ennemys, et les jours ensuyvans furent exécutés en diverses manières, avecques ceux qui estoyent jà prisonniers jusqu'au nombre de trente ou quarante. Ce qui fut cause que phisieurs ne firent difficulté de se rallier avecques ceste troupe qui alla jusques contre le cfaasteau. Entre ceux de nom qui furent pris après ladicte permission et avant ce dernier e£fort, y en eut deux : l'un, puisné de la maison de Bricquemaut, dit Yillemongey, l'autre dict du Pont.

Ceux de Guyse, après ces alarmes , scachant 4iu'ils tenoyent tous ks chefe , furent quelque temps en suspens, sans oser rien faire aux principaux prisonniers, sinon de peu à peu s'en- * quérir s'il se mouvoit rien aux environs, et de deq[)e8cher les petits compaignons les premiers. Mais quand Sipîerre eut amené leurs compaignies de gendarmerie, ^et que tous leurs amis forent venus à leur secours, en sorte qu'ils avoyent autour d'eux comme une armée, ils commencèrent à lever la teste, et à parler gros. Et tout premièrement firent commander par le roy au prince de Condé de ne partir de la cour sans congé, et cherchoyent occasion de s'attacher à sa personne ; ce que toutesfois il sceut assez proprement dissimuler pour le temps. Estantdoncquesadverty quechascun s'estoit re- ~tiré, le roy alla à la chasse*; mais le cardinal ne sortoit pas eneores qu'il n'y eùst toujours douze ou quinze cens chevaux d'escorte, tant il se fioit peu aux hommes, et craignoit que quelque désespéré se mistà la traverse pour l'outrager. Ce pendant qu'il tenoit garnison au chasteau, XVIB iiicLE, La Pi. et La Pi.

il poursuyvoit la mort des prisonniers, surtout de ceux de Noizay , lesquels interrogués respondoyent tous d'une sorte, à sçavolr d'estre seulement venus pour présenter leur reqpeste au roy, et que leurs armes n'estoyent que pour se deffendre de la violence de ceux de Guyse, qui s'-estoyent furtivement emparés de la personne du roy, et du gouvernement du royaume, contre les anciennes constitutions ; requérant à ceste occasion d'estre présentés au roy, pour luy rendre raison de leur faict,: comme on leur avoit promis, en leur faisant quitter les armes en son nom et commandement. Us requéroyent aussi qu'on leur fist jouir du bénéfice de ses édicts. Mais rien ne leur fut octroyé, principalement quand ceux de Guyse se sentirent les plus forts. Ainsi furent plusieurs jours, pendant un mois, employés, ou à couper testes, ou à pendre, ou à noyer. Et de vray il s'en trouvoit en la rivière de Loyre tantost six, huict, dix, douze, quinze attachés à des perches, qui avoyent eneores leurs bottes aux jambes, en sorte qu'il ne. fut jamais veu telle pitié. Car les rues d'Amboyse estoyent coulan^ tes de sang, et tapissées de corps morts de tous endroicts, si qu'on ne pou voit durer par la ville pour la puanteur et infection.

Il y en eut plusieurs, et entre autres un de la ville de Toulouze, qui disoyent n'estre venus de si loing pour s'en retourner, ainsi, et qu'ils vouloyent parler au roy, et luy faire confession de foy; mais ils forent incontinent arrachés et pendus aux fenestres du chasteau.

Un autre après avoir disputé longuement de la religion -en la {présence de la roine mère, rendit telle confession d'icelle, qu'il feit à demy confesser au cardinal sa doctrine estre vraye, mesmes en la doctrine de la Cène ; mais ladicte dame ne se fot plustost détournée pour entendre à autres affaires, qu'il ne fiit enlevé de la salle. Et comme ainsi fust qu'elle eust prins quelque goust à ce personnage le voulant faire délivrer, elle demanda où il estoit, et envoya après ; mais il estoit jà despe.«cbé, de quoy elle fot aulcunement faschée, ce disoit-elle, car elle l'avoit jugé innocent.

U fot prins plusieurs prisonniers à Bloys et à Fentour qui s'en retoumoyent, selon la permission du roy, pour la déUvrance desquels on envoya gens devers le roy et la roioe sa mère, mais a ne leur fot possible d'en pouvoir ap-

DE L'ESTAT DE FRANCE

procber, ne leur fidre aucune remonstrance, qn'ils ne fassent menacés de tes &ire tailler en pièces, s*il leur advenoit de se présenter an roy, ne craignant rien phis ceux de Gayse, sinon qu'il fàst adverty que ce n'estoit à luy qu'on en vouloit, mais à eux seulemoat. Car le roy demandoit souvent en pleurant que c'est qu'il avoit faict à son peuple, pour luy en vouloir ainsi, et disoit vouloir «atendre leurs plainetes et raisons. Il disoit aussi à ceux de Guyse : « Je ne sçay que c'est, mais j'entends qu'on n'en veut qu'à vous; je déairerois que pour un temps vous fassiez hors d'ici, à lin que l'mi Tist si c'est à vous ou à moy que l'on en veut. » Ce qu'ils rejettoyent entièrement, l'asseurant que luy ny ses fibres ne vivroyent une heure après leur parlement; et que la maison de Bourbon ne cherchoit qu'à les exterminer, à l'aide des hérétiques huguenauds, pour se venger de leur vieille querelle, en sorte que ce langage faisoit le prince de Gondé estre encores plus mal voulu dudict sieur qu'auparavant, et en danger d'estre tué comme il sera veu. Et à fin de destoumer le peuple de l'opinion qu'on pouvoit avoir conceue par les remonstrances de tant de prisonniers, qui déclaroyent avec grande ferveur la cause qui les avoit conduicts, comme il a esté déclaré, lettres furent expédiées aux parlemens et juges des provinces', par lesquelles le roy disoit avoir descouvert les conspirations estre faictes contre sa personne, celle des princes, et de ses principaux ministres par aucuns séditieux, lesquels, sous prétexte de religion, avoyent inventé tous moyens que peuvent mauvais esprits, et nommément sollicité aucuns princes estrangers de les fttvoriser et lever gens de guerre pour ratrer au royaume, leur donnant asseurance sans difficulté de venir à chef de leurs desseings, parce qu'ils seroyentsoustenus par plusieurs seigneurs et gentilshommes, et grand nombre d'habitans des villes et plats pais qui prendroyent les armes, et s'eslèveroyent à jour certain et desterminé entre eux. D'autre part, afin de mieux affermir leurs susdictes entreprinses et séduu^ plus facilement ses subjects, avoyent pratiqué de feire assemblées secrettes en plusieurs lieux du royaume pour tenter les volontés de ceux qui s'y trou voyent, etlàseseroyent efforcés,tant par leur proposer les dangers que l'espérance de biens> les aliéner de leur dd)VQir, soubspré*

texte et asseuranc^ du secotoi dea estrângeis qui se trouvero^ent à jour nommé avecgraûles forces sur les limites du royaume, pour les fortifier en l'exécution de leurs desseings, par lesquelles suppositions et inductions aucuns ae serpyent laissés aller josques à promettre d'adhérer à l'entreprinse et prendre les armes. £t s'attendoyent lesdicts conjcffés qu'en un mesme temps ils esmouvroyent telle sédition par tous les endroicts du royaume, qu'il ne seroit possible d'esteindre le feu qu'ib auroyent allumé, que pour le moins ils n'eussent mis toutes choses en té troiri>le et confosion qu'ils auroyent cependant le moyen de piUer les plus riches tempto, «t saccager les meiUenrés maisons des viUes, et lonir de se retirer avec leurs principaux complices pleins d'or et d'argait où bon leur semfoieroit. De iquoy ledict sieur disoit avoir ad vertissement et particulières informations de divers endroictr, mesmes des princes estrangers ses unis et alliés, et d*a;|hcuns ses sidajects que les conjurés pensoyent avoir tirés de leur party . Dont il les avoit bien voulu advenir, à fin que ces lettres receoes, ils en feissent certams tous ses autres subjects, et que chascun ^à rendist grâces à Dieu, et qée l'on advisast de pourveoir à la seûreté publique et privée d'un chascun. Au surplus, qu'ils feissent publier ^ue tous ceux qui par séduction ou mauvais conseib auroy^t consenty aui(>dictes entreprinses, et la dédareroyent âî^cliement et de bonne foy, dedans huict jours après, la peine et offense leur estoit remise ; ce qu il promeltoit en foy de prince et parolle de ro^, comme au contraire ib ne trou^eroyen^ après lieu de miséricorde, ains encoui^oyent les pe^ nés de lèze-majesté.

Lesprincipaux de ceste enireprinse se voyant ainsi dif&eimés, et ceux de Guyse n'entroyent en aucune detEetnse de leur chef, comme s'ib se fussent tacitement cotadamnés, publièrent aussi de letur part et f cirent imprimer la remonstnmoe dont aucuns d'eux forent trouvés saisb en la prison, soubs Pespéranoe de ta présenter au roy au nom des estats de Fran^.

Au commencement ib disoyent s'estre assez apperceus que leur assemblée avoit esté par luy trouvée estrange, pour n'avoir cognoiasanoe de l'extresme nécessité qui les avoit oontraincts d'essayer un extresme remède pour la e^mservation ée sa personne, de éa %nùr

ttSAO]

deor, et de tont le peuple npt Peu âvoit sobmis à son obéyssanee. Aeesle cause ils présent toyent à Sa Majesté iedie leur reiAonetrance par laquelle la cause de ce Met estant sommairement déclarée et bien entendue, fls espéroyent de non seulement efbcer lesouspeçon de sédition et nmtinerie, mafii aussi estreeogneus pour ses très humbles et trèsfldèles subjects et serviteurs. En premier Heudoncquesib proêestoyent devant la majesté de Dieu et la sienne qu'ils n*a- Toyentvouluattenter aucune cbose contre iceUe. ains vouloyent vivre et mourir en Tbommage, servitude et très humble obéissance quMIs luy debvoyent. Et que les forces qui luy estoyent apparues n^avoyent esté que pour son service, et pour s^opposer à la tvrannie de ceux de Otayse, qui n'ont jamais tasché, en toute leur trie, qu'à s*agrandir de sa raine, et de tous ceux qui luy appartenoyent.

Et combien que leur fliçon peust sembler de prime face nouvelle et violente, néantmoins Us suf^llbyent très humblement Sa Majesté de considérer que, n'ayant autres moyens pour destoumer le péril qui hiy estoit prochain et à tout son royaume, pour ce qu'ils craignoyent la cruauté accoustumée de ceux qui estoyent auprès de sa personne, ils avoyent pensé qu'on ne trouveroit jamais nouveau ne estrange ce que les subjects leroyent pour la conservation de leur pnnce, et que ti*est plustost justice que violence, de repoulser les ennemis d'un 1^ etd^m royaume, comme sont ceux contre lesquels il^ s'estoyent assemblés. Car premièrement, disoit ceste remonstrance, ils n'ont jamais dissimulé qu'ils prétendoyent avoir énAct sur deux des principalles provinces du royaume, à sçavoir, sur les duché d'Anjou et comté de Provence; dédarant ouvertement assez de Ibis que ce n^estoit que par forée qu'ils estoyent privés de la possession de ces deux pals, tellement que dû temps du feu roy son père, en son advènement à la couronne, ils vouidyent luy soubstraire ledîct comté de Pro- Tence, et combieti que leur entreprinse ne ftist parvenue à son but, si ftit-elle tellement acheminée, qu^l en estoit mesmes demeuré quelque chose par escript.

Davantage feur ambition avoit esté telle, que de mettre en peine quelques gens doctes pour rechercher leur race es vieilles chroni*se voulimt Are «tre deseeudœ de la

sots FRANÇOIS It

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dnriote ligne de Charlemaigne» espénnti M quelque jour l'oocasicm se présenteroit, de débattre le royaume, comme si luy et ses prédécesseurs n'en estoyent qu'usurpateurs. Et encores qu'ils eussent soigneusement tasché de dissimuler leur mauvaise et pernicieuse aflection, si en ont-ils tousjours murmuré quelque chose, et surtout depuis le temps qu'il avoU plu à Dieu l'appeHer à la couronne.

Au surphis, leur audace avoit esté du tout intolérable à ses subjects, quand ib s'estoyent conkme saisis de sa personne et du gouvernement de son royaume incontinent après le dé-* ces du ieu roy, espérant par ce moyen se faire si grands,* que de pouvoir abaisser et luy et les siens quand il leur plah-oit. Lequel acte seul estoit très suffisant pour descouvrir leur ambition extresme, attendu qu'il n'y a loy, coustume ny exemple qui les ait appelles au lieu qu'ils tenoyent près Sa Majesté ; mais au contraire les ordonnances des prédécesseurs roys, la coustonne et la résolution des estats du royaume les en empeschoyent assez, s'ils y eussent voulu prendre garde, veu mesmes que les estats tenus à Tours au commencement du règne de Charles huictiesme ne donnent aucun Heu aux estrangers auprès du roy estant en bas aage, mais plustost aux princes de son sang, par le cwiseil desquels il peult gouverner son royaume. A quoy ces ambitieux n'ayant aucun esgard avoyait empesché la convocation des estats ; sçaehant bien que ceux qui sont afTectionnés à son service n'approuveroyent jamais qu'eux, qui sont estrangers, qui prétendoyent quereller la couronne, et qui avoyent tasché d'en démembrer aucunes des principalles parties, eussent le maniement de ce qu'ils luy vouloyent ravir. 'Joinct aussi qu'on se souvenoit assez des grandes pertes qu'ils avoyent causées au royaume du vivant du feu roy, et mesmes au dernier voyage d'Italie, par lequel l'un prétendoit à se faire pape, Pautre roy de Sicile et de Naples, retirant, pour ce feire, les principalles forces du royaume, dont les grandes cl irréparables pertes estoyent ensuyvies. Ayant doncques senti tant de dommages par leur ambition, les estats n'eussent jamais estimé leur présence de Sa Majesté luy pouvoir estre profitable ; mais qu'eux n'avoyent point de crainte d'offenser icelle Majesté, de violer ses estats, de renverser les loix et coustumes du royaume.

DE L*ÊSTàT DE FRANCE

Davantage ik avoyènt bien monatré qu'ils voaloyent retenir par force le lieu qu'ils avoyent usurpé par leur audace, faisant jurer quelquesuns des estrangers ( entretenus néantmoins des deniers de Fraxu^ ) de marcher au mandement du seigneur de Guyse. £n après il luy pouvoit qiparoir de qudle affection ils estoyent poulsés pour prendre le maniement de ces affaires, en ce que n'avoit guères ils avoyent voulu sOubstrâire de la couronne de France la souveraineté du pays de Barrois, pour enrichir le duc de Lorraine, ne tendant. à autre fin qu'a affoiblir les forces du royaume, pour puis après faire ce dont quelqu'un de leurs frères s'est osé vanter, à sçavoir qu'il ne tenoit qu'au duc de Guyse qu'il ne se fist roy de France.

Or de faict, le changement qu'ils avoyent commencé à faire des gouvememens de ses villes de frontière et autres places fortes, pour y en mettre d'autres faicts de leur main, avoit bien faict penser à ses subjects que de longue main ils se vouloyent préparer le chemin pour parvenir à leur intention; les charges de plus grande importance, tant par mer que par terre, avoyent esté mises entre les mains d'eux-mesmes où de leurs serviteurs.

Qu'on pouvoit encore plus aisément cognoistre cela par grand amas d'argent qu'ils avoyent faict, et qu'ils ne pouvoyent nier avoir desrobé des finances ; car depuis qu'iU manient ces afEaires, les tailles avoyent esté redoublées ; l£is impositions et gal)elles extraordinaires sur le sel, bleds et vin, et emprunts de toutes sortes plus grands qu'ils n'estoyent mesmes du temps des plus grandes affaires; tellement que ses pauvres subjects qui avoyent tant souhaité la paix, pour l'espérance du repos qu'elle leur devoit apporter, la trouvoyent aujourd'hui plus intolérable que la guerre. £t mesmes que beaucoup de villages, surtout en Normandie, demeurent inhabités, parce que hommes, femmes et enfstns estoyent contraincts d'abandonner leurs maisons, à cause des exactions si grandes. Néantmoins on voyoit le nombre d'argent infiny ainsi recucilly n'eslre employé à son service, ny soulagement de ses affaires veu que tant la gendarmerie, infanterie, cavalerie .légère, officiers de sa justice que autres, avoyent demouré long-temps et demouroyent encores pour la pluspart sans estre payés, et ses debtes non acquictées. Et partant s'il plaisoit à Sa Ma-

jesté de foire ouy r tous les comptables , il apper-^ cevroit les larrecins innuméraUes que lesdicts de Guyse commettoyent journellement ea Testât de la superintendance d'icelles. Et parce qu'ils n'estimoyent rim tant contraire à leur ambition qu'une bonne justice observée en France, ils s'estoyent du tout estudiés à renverser tout son conseil, s'en estant faicts seigneurs et maistres, que aussi l'authorité des cours de parlement, et mesmes celle de Paris, laquelle néantmoins avoit esté* de tout temps honorée et entretenue par les rois prédécesseurs, comme le principal lieu de leur domination.

Tellement qu'eux voulant avoir tous les officiers de sa justice à louage, pour ne fstire, ne dire que ce qu'il leur plairoit, ordonnoyent commissaires à leurs fantasies cà et là, et leur donnoyent cognoissance de telles causes qu'ils vouloyent. Bref, raiversant tout ordre jusqaes icy observé, il y avoit grand danger qu'à l'endroict des estrangers, et de tous ceux qui ne cognoissent sa bonté naturelle, ils ne kiy acquissent quelque note de cruauté. Davantage, ne se contentant d'avoir mis une telle confusion en France, ils l'avoyent voulu estendre plus loing, se faisant cause de tous les troubles d' Escosse par leur audace iutolérable , et remettant toute occasion de bon accord et tranquillité, avoyent aliéné de Sa Majesté les cœurs de plusieurs princes estrangers, chose qui pourroit à l'advenir apporter grand dommage au royaume. En somme, on avoit tousjours veu et expérimenté que leur ambition produisoituneextresme avarice, laquelle estoit cause des injustices et oppressions dont estoit affligé son pauvre peuple ; ce que le feu roy commençant à cognoistre sur la fin de ses jours estoit prest de les déchasser d'auprès de sa personne, si la mort luy en eust donné le loisir. Et qu'eux complaignans, n'ayant peu jusques là faire entendre ces choses à Sa Majesté, eussent grandement désiré d'avoir les moyens non seulement de faire ample preuve de ce que dessus, mais aussi de produire autre chose concernant ce mesme faict; et s'estimeroyent très heureux si parleur remonstrance ils obtenoyent audience et permission de déclarer au long ce qu'ils avoyent à dire. Mais puis qu'ils voyoyent que leur cruauté,^ principallemeat contre les prisonniers pour ce faict, s'en aigrissoit de plus en plus, et

SOUS FRANÇOIS II

qu*il8 ne permettoyent aucunement que ceste cause parvinst jusques à ses aureiUes, dont ils se vouloyent faire juges et parties, ils ne pou- Yoyent faire antre chose sinon déclarer à Sa liajesté qu'ils, les tenoyent pour ses ennemis et de tout son peuple ; les suppliant très humblement n'avoir opinion que ce qui avoit esté &ict et se feroit par après contre leur tyrannie s'adressast contre Sa Majesté, quoy qu'on taschast de le luy persuader, et faire croire que tous ceux qui s'en mcsioyent ne prétendoyent à autre fin qu'à introduire quelque nouvelle religion. Car combien qu'entre ceux qui s'estoyent eslevés contre eux il y en eust qui désirassent vivre selon la réformation de TÉvan* gile, néantmoins ceste seule cause ne leur eust jamais fait prendre les armes s'il n'y eust eu une cause civile et politique, qui est l'oppression faicte par eux de Sa Majesté, estats,loixet coustumes de France. Et de faict, comme Dieu recommandoitla patience au faict de la religion, aussi vouloit-il que les subjects prinssent peine de conserver la grandeur de leurs princes, et maintenir les loix et coustumes du pays. Yoylà le contenu de leur remonstrance.

Ils publièrent aussi plusieurs autres petits'livrets, rendant raison de leur faict à ceste mesme fin, disant estre très injustement poursuyvis par ces ennemis de toute équité pour avoir demandé l'assemblée des estais, et pour confinner leur dire, ils alléguoyent Philippes de Commines en son cinquiesme livre de son histoire, chapitre dernier, qui dit ces mots : « Pour parler de l'expérience de la bonté des François,ne fault alléguer de nostre temps que les trois estats tenus à Tours après le décès de nostre bon maistre le roy Louys onziesme, qui fut l'an mil quatre cens octante trois. L'on poovoit estimer lors que ceste bonne assemblée estoit dangereuse, et disoyent aucuns de petite condition et de petite vertu, et ont dit par plusieurs fois depuis que c'est crime de lèze-majesté que de parler d'assembler les estats > et que c'est pour diminuer l'authorité du roy; mais ceux qui débattent cela, eux-mesmes commettent crime envers Dieu et le roy et la chose publique. Car telles parolles ne servent qu'à ceux qui sont en authorité et crédit, sans en rien l'avoir mérité, n'ayant accoustumé que de flagorner en l'aureille, et parler de choses de * peu de valleur, et craignant les grandes assem-

blées, de peur qu'ils ne soyenteogneus, ou que leurs œuvres ne soyent blasmées. »

L'advertissement au peuple de France contenoit exhortation de demeurer constans en l'obéyssance et fidélité deue au roy, et de se garder des entreprinses et machinations cy-des* sus déduictes. Puis faisoit mention comme ceux de Guyse avoyent de long temps composé un sobriquet et mot à plaisir par dérision de ceux qui se disent estre descendus de la race de Hue- Capet, les appelant huguenauds, et enveloppant en telle contuméUe, tant le roy, messieurs ses frères, que ceux qui leur estoyent loyaux serviteurs, à fin que cela, receu de longue main servist d'une planche à leurs desseings. Ce néantmoins j'estime que ce poinct est plustost procédé de passion que de raison.

La conclusion estoit que le peuple debvoit tascher par tous moyens légitimes de s'opposer aune si meschante et si malheureuse entreprinse, demandant secours et aide, premièrement à Dieu, autheur, fondateur et conservateur de ceste monarchie; puis aux parlemens et estats du royaume, à fin que le bas aage du roy, la bonté et douceur naturelle dont il estoit doué, et au contraire la grande puissance, les biens et richesses dont ses ennemis s' estoyent munis de longue main pour parvenir à leur entreprinse, ne leur donnast occasion de mettre ce florissant royaume en proye et pillage, et de se saisir de la saincte couronne de France à la ruine et désolation de tous les subjects du roy. A quoy ils prioyent Dieu de résister, et deffendre la France de tant de maulx et calamités qui la menaçoyent, par ceulx desquels le roy François premier avoit prédict le contenu en ces quatre vers :

Le feu roy devina ce poinct , Que ceux de la maison de Guyse lieitroycnt ses enfaos en pourpoint, Et son pauvre peuple eu chemise.

Ils feirent aussi leurs complaintes aux parlemens des choses susdictes, à fin de leur donner occasion d'empescher telles violences de ceux de Guyse contre leurs compaignons, et leur feirent présenter le tout. Mais nul d'eux ne s'esmeut, sinon ceux de Rouen, qui députèrent un président pour aller au roy et à la roine sa mère porter letout,àfind'y adviseret pourveoir; mais ce président, arrivé à la cour, n'osa exécuter sa charge, tant il fut intimidé. Toutesfois, la

DE L^ESTAT DE FRANCE

[mo]

roine mère vît le tout, et feît response qa'il y avoit beaucoup de choses (kulses. Les bonnes gens estoyent, en oest endroict, bien loing de, leur compte.

Et pour ce quHl a esté fait mention de ce mot de huguenaud, donné à ceux de la religion, du* rant Tentreprinse d'Amboyse, et qui leur est demouré depuis, j'en diray un mot en passant, pour mettre hors de doubte ceux qui en cherchent la cause assez à Pesgarée. La superstition de nos devanciers, jusques à vingt ou trente ans en çà, estoit telle, que presque par toutes les villes du royaume, ils avoyent opinion que certains esprits ftiisoyent leur purgatoire en ce monde après leur mort, et qu'ils alloyent de nuict par la ville battant et outrageant beaucoup de personnes, les trouvant par les rues. Mais la lumière de FÉvangile les a fait esvajQouir, et nous a apprins que c'estoyent coureurs de pavé et ruffians. A Paris ils avoyent le moine bourré; à Orléans, le mulet Odet; à Bioys, le loup garou; à Tours, le roy Huguet; et ainsi des autres villes. Or, est-il ainsi que ceux qu'on appeloit luthériens estoyent en ce temps-là regardés de jour de si près, qu'il leur falloit nécessairement attendre la nuict à s'assembler pour prier Dieu, prescher et communiquer aux saincts sacremens; tellement qu'encores qu'ils ne feissentpeur ne tort à personne, si est-ce que les presbtres par dérision les feirent succéder à ces esprits qui rôdoyent la nuict; en sorte que ce nom estant tout commun en la bouche du mçnu peuple d'appeler les évangéliques huguenauds au pays deTouraine et d'Amboyse, ce nom commença d'avoir la vogue, quand sur ceste entreprinse, la première descouverte en armes se feit à Tours, et les premières nouvelles en furent mandées à Amboyse par le comte de Sancerre, comme cy-dessus a esté dict.

Or tant s'en fault que toutes ces remonstrances servissent de quelque chose aux prisonniers, qu'au contraire elles donnèrent occasion à ceux de Guyse, qui se voyoyent ainsi traictés, d'en chercher la vengeance, notamment sur tous les seigneurs et gentilshommes de nom qui avoyent faict profession des armes, et qui requéroyent de jouir du bénéfice du roy. Et à fin d'en avoir la peau, si tost qu'ils sceurent toutes les troupes de ceulx qu'ils appeloyent séditieux eslongnées et rompues, pour révoquer les précédentes lettres, its en feirent expédier

d'autres du 22 de mars. Le fondement d'îcelles estoit, qu'ayant le roy descouvert la conspiration et conjuration laicte contre sa personne, sa mère, la roine sa femme, et autres princes et notables personnages estant près de luy, se »eroit trouvé qu'aucuns avoyent esté séduicts et conduicts en armes, les uns jusqu'à deux ou trois lieues d'Amboyse, lesquels ayant senty et cogneu la mauvaise intention des chefs n'auroyent voulu passer oultre, ains se seroyent retirés ; les autres, voulant mettre à exécution leur entreprinse , se seroyent acheminés jusques à Noizay, et prinsla hardiesse de s'aller présenter en armes, jusques à une des portes de ladicte ville et tenté de la forcer. Ce qu'ayant ledict sieur mis en délibération de son conseil privé, et cognoissant la simplicité de partie tficeui menés plus par fincilité et ignorance que de mauvaise volonté, il auroit, par ses lettres-patentes publiées le 17 dudict mois en ladicte ville, et aux environs d'icelle, faict faire commandement à tous soldats estant là venus, ou qui seroyent en chemin en tel esquippage, qu'ils eussent à se retirer dedans certain temps, auxqueb par compassion et miséricorde il avoit donné impunité du faict et crime. En quoy toutesfois il n'entendoit estre comprins ceulx qui avoyent conduictet conforté ladicte conspiration, et qui estoyent venus en armes, tant à Noizay , qu'aux portes de ladicte ville, pour l'exécution dMcelle. Sur quoy, pour oster tous troubles et doubtes, il déclaroit n'avoir entendu ladicte abolition s'estendre plus oultre qu'à ceux qui par simplicité et ignorance s'estoyent assemblés et venus pour le feict de leur foy ; sans qu'en îcelle fussent comprins ceux qui avoyentconduictlefaict de la conspiration. Et mesmes ceux qui, dès le dimanche I6dudict mois, estoyent venus en armes aux faulxbourgs de la ville, ne pareillement les prisonniers qui auparavant avoyent esté prins tant à Tentour que dedans la maison de Noizay. Pour lesquels, en tant que besoing seroit, il avoit, de sa pleine puissance et authorité royale, levé les inhibitions et deffenses fiaictes aux juges d'en cognoistre, enjoignant au prévost de son hostel, et à tous autres juges quTl appartiendroit, de procéder à la perfection et jugement de leurs procès criminels et extraordinaires, et exécutions des sentences et jugemens qui s'en ensuyvroyent, ainsi que le cas méritoit, et qu'ils verroyent estre à ftiire, poir

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SOUS FRANÇOIS II

le bien et debymr de justice, selon ses ordonnances. A qnoy il fat procédé en la plus grande diligence qnMI estoit possible. C|kr il ne se pas- 8oit joor ni nuict, que l'on n'en fist mourir fort ^rand nombre, et tous personnages de grande apparence. Les uns estoyent noyés, autres 4>eiidu8, et les autres décapités. Mais ce qui estoit estrange à voir, et qui jamais ne fut usité en toutes formes de gcmveroement, on les meaoit au supplice sans leur prononcer en public aucune sentence, ny aucunement déclarer la cause de leur mort, ny mesmes nommer leurs noms, lesquels on supprimoit (à ce que Ton dict) pour crainte que le bruict qui s'en feroit feist recommencer ipielque nouveauté- Une chose observoit-on à Tendroict de quelques-uns des principaux, c'est qu'on les réservoit après le disner selon la coustume. Mais ceux de Guyse le fusoyent expressément pour donner quekjue passe-temps aux dames, qu'ils yoyoyent s'ennuyer si longuement en un lieu. £t de vray eux et elles estoyeiit arrangés aux lenestres du chasteau, comme s'U eust esté question de voir jouer quelque momerie, sans estre aucuneoaent esmeus de pitié ne compasnon, au moi0B qu'ils en feissent le semblant. Et qui pis est^ le roy et ses jeimes firènes comparoyssoyent à ces spectacles, comme qui les €ust voulu acbamer; et leur estoyent les paliens montrés par le cardhial avec des signes d'un homme grandement resjouy, pour d'autant phis animer ce prince contre ses sul]gects. Car lorsqu'ils mouroyent plus oonstammoiit, il disoit : « Voyez, sire, ces effrontés et enragés, voyez que ta crainte de mort ne peut abattre leur orgueil et félonie; que ferôyent-ils donc s'ils vous tenoyent? w Entre les choses notables ^ advindrent en ce tumulte, ceste-cy n'est à publkr. Villemongys estant dessus l'eschaflaut et ayant trempé 8es mains au sang de ses compaignons, les eslevant au cid, s'escria à bauite voix, disant : • Seigneur, voicy le sang de tes enCuas. Tu en feras la vengeance ! «

L'on récite swr ce poînct une chose estrange et admirable du duc de Guyse : c'est que le duc de Longueville (jeune prince et auquel on avoit comme par force fait accorder mariage avec Faisnée dudit de Guyse, sa cousine germaine) estant malade à Chasteaudun, envoya un sien gentilhomme savoir nouvelles de ceux de Guyse, et leur dire de^ siennes; sur quoy le duc de |

Guyse disnant, usa de ces propos : « Dites à vostre maistrci qu'il se n^ouysse et guérisse: <)uant à moy je me porte bieii ; demourei ici, et vous verrez dé quelle viande je me repais. » Puis a.yant donné un clin d'œil à l'un de ses gens, on fit incontinent sortir d'une chambre un homme de belle et grande apparence, lequel il feit attacher par le col à la fenestre de sa chambre, et jettér du haut en bas, où il demoura pendu. Sur quoy il demanda à boire, en jurant qu'il engaleroit bien d'autreé. Quant au procès des gentilshommes prins à Noizay, on y procéda ainsi avant leur exécution & la mort.

Raunay , interrogué sur l'accusation de la Signe, voyant les choses descouvertes contre son espérance, commença à s'estonner. Ce que les juges appercevant, ïh lui dirent qu'il feiloit confesser la vérité, et que le capitaine Mazères Tavoit ainsi faict, sousl'asseurance qu'on luy saàveroit la vie. De quoy aussi il debvoit avoir bonne espérance ; car le roy ne demandoît quSt traicter ses subjects par douceur. Cela fit que franchement et libéraflement il confessa ce qui 'a esté dict de l'entreprinse et les causes d'irâllé. Toutesfois on lui dict qu'il falioit passer oultre, et dire que le roy estoit au rang de ceux qu'on avoit destinés à la mort, ou bien qu'il en mourrroit cruellement. Bref, estant sur la géhenne, il dit avoir été conclud en leur dernier conseil de tuer le cardinal et son frère, s'ils faisoyent résistance; mais quant à la personne du ro^, qu'on n'y avoit jamais pensé, non plus qu'à^ roine sa mère ny à ses frères.

Ce &ict, on demanda le capitaine Mazères, auquel la confession de Raunay fut teûe, et Ibi promit-on le mesme qu'à l'autre s^'û vootdtt confesser la vérité, et que le roy 4e Navarw, avec son frère le prince de Condé, estoyent chefs et auteurs ée ceste cntrqprinse. Quo^ voyant et s'asseurant sur ce qu'on luy promettoit sauver la vie, estant confronté i Raunay, il advoua tout ce que l'autre avoit dit. MaiiB quant au roy de Navarre, dit qu'il n^en estoit aucunement participant; bien le prince, ainsi qu'ils avoyent entendu de la Renaudic.

Restoit le baron de Castelnau, lequel intei'rogué ne confessa rien oultre ce qu'il avoit déclaré au duc de Nennnirs, quelques gehennèb et tourmensjqu'on luy fist endurer, ains demandoît de parler au roy. Et pour ce sommoit cfe

DE L'ESTAT DE FRANCE

promesse monsieur dé Nemours, lequel en tint beaucoup moins de compte que son honneur ne requéroit. On déclara à Castelnau les confessions supposées des dessusdicts, lesquels il reprocha accortement, à scavoir quç l'accusation de la Bigne n'estoit recevable ; car il ne pouvoit estre accusateur et tesmo'mg. Quant à Mazères, c'estoit un homme fol et maniaque, dequoy il avoit faict démonstration en plusieurs endroicU, entre autres au camp devant Calais. Car après avoir gaigné son chapeau plein d'escus, un vallet luy demandant sa barbe, il en fut si courroucé que, par despit, il jelta dans la mer le chapeau et les escus, sans espargner son argent mesme. Il allégua contre Raunay une querelle qu'ils avoyent eue ensemble, pour laquelle il luy pourroit rester quelque inimitié pour rejetter sa faute sur luy, si aucune il avoit faicte ou confessée. Les juges voyant ses dcffenses concluantes, et qu'il le alloit néantmoins faire mourir, puisque le plaisir de ceux de Guyse estoit tel, luy voulurent faire procès sur le faict de la religion. Il remonstra qu'il se vouloit aider des édicts du roy, en tant qu'ils Caisoyent pour destoumer les persécutions, et empescber la violence des juges. Toutesfois, pour ce que on luy demandoit raison de sa foy, il l'advoua soudainement avec grande fermeté et constance.

' Le chancelier, estant pressé de le condamner, voulut disputer contre luy sur ce faict, par faulte de plus sufBsans théologiens, et aussi sur l'entreprinse qu'il maintenoit audict Castehiau estre injuste , et contre toutes loix divines et humaines; et ce en la présence du cardinal et de son frère. Du commencement parce qu'il ne • respondit assez soudain au gré du duc de Guyse, il luy dit : « Parlez, parlez, il semble que vous avez peur. — Peur! dit le baron. Et qui est l'homme tant asseuré qui n'ait peur quand il se verra environné de ses ennemis mortels, comme je suis, quand il n'aura dents ne ongles pour se pouvoir deffendre et sauver? Quelque brave que soyez, si vous estiez en ma présence, comme je suis à présent en la vostre, et que j'eusse aussi mauvaise volonté envers vous que je scay que vous avez envers moi, et tous les bons et loyaux subjects du roy, je ne doute aucunement que ne tremblassiez de peur, n Ceux qui estoyent présens à ce colloque rapportèrent que Castelnau rendit telle-

ment raison de son £aict, et allégua tant .de loix et exemples notables que le chanceUer demeura court, et dit qu'il avoit merveilleusement bien estudié sa leçon, demandant où il en avoit tant apprins. Sa response fut que l'affaire estoit de telle conséquence, qu'il avoit bien voulu en estre résolu avant que de l'entreprendre, afin qu'il y procédast sans aucun scrupule.de conscience ; comme à la vérité il se tenoit certain de mourir pour les deux meilleures querelles, l'une pour la religion, et l'autre pour Testât de son roy et de .sa patrie. Il luy demanda aussi en quelle escole de théologie il avoit estudié pour estre devenu si savant en peu de jours, et qu'il n'estoit tel pendant les guerres : « Vous dictes vray, dit-il, monsieur. N'avez-vous plus de souvenance que, quand vous estiez retiré en vostre maison, et que je vous fus voir au retour de ma prison de Flandres, vous vous enquistes longuement des exercices que j'avois en la prison; et que je vous dis que c'estoit aux Hvres de la saincte Escripture? Ne vous souvient-il plus de quelle allégresse vous louastes mon labeur ; et après m'avoir donné résolution sur quelques doutes où j'estois encore de la présaioe locale du corps de Jésus-Christ en la saincte cène, vous ne me conseillastes pas seulement de continuer, mais aussi de fréquenter les sainctes assemblées de Paris, et d'aller voir les églises réformées de Genève et d'Alemagne? Ne désiriezvous pas aussi de tout vostre ooBur <pie toute la noblesse de France me ressemblast en zèle et bonne affection, d'autant que j'avois choisi la plus seure et certaine voye? N'est-il pas vray ? » Et comme Olivier eust la teste baissée, et ne luy respondist rien, il continua, et luy dem^ooda s'il estoit possible que luy, auquel Dieu avoit fait tant de grâces de l'avoir colloque au plus grand et digne degré de ceux de sa robe, et de luy avoir donné cognoissance de sa vérité, pour un honneur de petite durée, estant sur le bord de sa fosse, jà penché de vieillesse, et pour gratifier à ce cardinal, voulust ainsi malheureusement trahir sa conscience, son roy et sa patrie : *• Ne vous devriez-vouapas contenter, dit-il, des tours que vous avez joués aux pauvres chrestiens, nomméement à ceux de Cabrières et Merindol? Avez-vous oublié les pleurs et gémissemens que vous en faisiez chez vous, quand vous couiEessiez franchement qufô pour

fiseo]

cela Dieu vot» aroit rejette? Ha! malheureiix qui TOUS estes toute vostre vie joué de Diea, et à» sa sainete Escriptnre, sachez qae le temps est prochain que vons en rendrez compte, et pos^le phistost que voqs ne cuidez. Car la^ mesura d'iniquité est comble, laquelle crie devant Dieu. Vous avez trop long temps abusé de sa sacrée parolie en livrant le sang innocent. Et n'y a doubte que tout ainsi que vous vous estes acquis quelque réputation, par ceste feintise entre les hommes, vostre mort ne soit si espouvaiktaMe, qu'eUe demourera pour exemple à la postérité du juste jugement que Dieu exerce sur ses ennemis. •>

Le cardinal, voyant le chancelier muet, voulut prendre la parolie, et disputer de la religion, mesmement sur la matière de la cène. En quoy l'autre loy rendit tdie response qu'il luy feit confesser que tout ce qu'il disoit estoit bon, et qu'il le tenoit ainsi, pourveu qu'il n'y eust autre chose. Le baron luy répliqua qu'il ne retenoit rien derrière, ny de contraire ; et se retournant vers le duc de Guy se, le pria d'avoir souvenance de la response de son frère, qui approuvoit sa doctrine. Il luy dict qu'il ne scavoit que c'estoit de disputer, mais bien s'entendoit-il à faire couper testes, qu'il n'avoit que faire de sa religion, et que ce n'estoit son estât de parler ny se fonder en telles choses : « Plust à Dieu, respondict Castelnau, que vous l'entendissiez aussi bien que irostre frère, je me tiens pour certain que vous n'en abuseriez pas contre vostre conscience comme il £uct. Et quant à vostre menace de couper testes, cela est indigne d'un prince, n Iceluy donc ayant rcceu ce néantmoins sa condemnation, comme criminel de lèse majesté, remonstra qu'il n'estoit aucunement apparu qu'il eust rlenoitreprinscontreleroy, mais que seulement il a'estoit voulu opposer avec une grande partie de la noblesse de France à Pinjustice de ceux de Guyse ; ^ que si une entreprinse contre eux estait un crime de lèze-majesté, il les falloit pirononcer rois de France, avant que le condemoer de ce crime. Finalement que ne pouvant appeler devant les hommes d'une sentence tant injuste, il en appeloit devant Dieu, lequel en br^ feroit une vengeance exemplaire du sang innocent qui estoit respandu.

Sucées eatrrfaictes le roy et la roine samère estant pressés et importunés par Fadmiral et

XVI» tiicLV, La PI. et Lu PI

SOUS FRANÇOIS IL 265

d'Andelot de luy sauver la vie, tant pour ses vertus et pour les grands services faicts par se» prédécesseurs et par luy à la couronne et maison de France, que pour n'irriter beaucoup de grands princes et seigneurs auxquels il appartenoit, la roine en fit tout ce qu'elle peut» disoit-elle, jusques à aller chercher et caresser en leurs chambres ces nouveaux rois, qui se monstrèrent invincibles, et de fureur irréconciliables; et usa le cardinal de ces mots, envers Leurs Majestés: «Par le sang Dieu! il en mourra, et n'y a homme qui l'en puisse empescher! » Bref, plus on luy remonstroit le danger qui en pouvoit advenir, tant plus semonstroit-il félon et enragé. Devinez si la roine mère estoit de la partie, quelque bonne mine qu'elle feist.

De semblables propos que ceux de Castelnau usèrent plusieurs autres, lesquels ayant prié Dieu à haute voix, et iceluy appelé pour juge de leur cause, moururent avec telle constance que leurs ennemis mesmes estoyent contraincts de pleurer. Entre tous lesquels un orfèvre, nommé le Picard, ne peut estre oublié. Car si Castelnau sceut bien descouvrir quel estoit le chancelier, ce ne fut rien au pris de cestuy-cy. Car il luy deschiffra de fil en esguille, ( comme l'on dict ) quel il avoit esté toute sa vie. Combien de fois il luy avoit porté des livres, et d'iceux fait instituer sa maison. Bref, en luy annonçant l'horrible jugement de Dieu devoir estre prochain sur luy, il luy fît confesser en grande compaignie , qu'il savoit mieux sa vie que luy-mesme, qu'il estoit plus juste et homme de bien que luy -, et luy envoya tousjours sa portion de vivres, et son boire et son manger, jusques à ce qu'il tombast en maladie, laquelle luy vint de l'appréhension qu'il eut des remonstrances de ces prisonniers, et principallement de ces deux derniers. Ce que plusieurs estimoient avoir esté envoyé de Dieu, tant pour advertissement à ceux de Guyse de ne poursuyvrc leurs cruautés, que pour punition de sa desloyauté, parce que ayant faict profession de ceste doctrine, et cognoissant la justice de leur cause, qui n'estoit nullement contre la personne du roy ny son estât, comme jamais il ne s'en peut trouver aucun tesmoignage, il s'estoit néantmoins laissé mener à l'appétit et dévotion desdictsde Guyse.

Or, avant que passer oultre, il m'a semblé que je ne devois passer sous silence un actei

DE VESlk'î BB FRâNCË

dâgoe de perpétneHe mémoire de h daM de Gayse. Cest qu'ayant esié traisnée comme par force à renécution de ces notables personnages, elle en retourna tellement esplorée, et fondant en larmes, que entrant en b chambre de la roine mère, ses sanglots Dédoublèrent d*au^ tant plus aigrement, qu'elles djeux ensemble avoient fort privéement devisé deTinnoeoice de ceux de la religion. La roine,- la voyant ainsi oontristée, luy demanda qu'elle avoiU et qui luy estoit survenu pour s'attrister et eomplaindre de si estrange façon. « J'en ay, respondict-elle, toutes les occasions du monde. Car je viens de voir la plus piteuse tragédie et estrange cruauté à l'effusion du sang innocent, et des bons subjects du roy, que je ne doubte point qu'en bref un grand malheur ne tombe sur nostre maison, et que Dieu ne nous extermine de tout pour les cruautés et inhumanités qui s'exercent, n Ce qui fut songneusement remarqué, comme aussi ce bruict estant venu aux aureilles de ceux de Guyse, elle en receut très rude traictement. L'une et Tautre de ces dames abienchangéd'opinionet de conscience depuis. Au commencement de ces captures, un jeune homme nommé Pierre de Campagnac, homme de lettres, estant prins et mené devant le roy et la roine mère, le chancelier, ayant dict sans l'avoir autrement interrogué : « Pendez, pendez cest homme ! — Comment pendre? respondictril, Iç mot vous est bien aisé à dire. Mais qui vous eust pendu dès que l'eustes mérité, il y a trente ans que fussiez sec , et n'eussiez esté ministre de tant de meschancetés. Car vous savez bien qu'estant escbolier à Poictiers, voustuastes meschamment un de vos compaignons. Pour raison de quoy vostre père vous print en telle haine, que jamais depuis ne vous voulut voir. » Et de faict pour ce meurtreun certain nommé Arquinvillier, homme de maison et compagnon dudiet Olivier, lors escbolier fort desbauché, avoit esté pendu à Paris en la place Maubert. Olivier, picqué d'un soudain remors de conscience, comme l'on estimoit , tomba sur cela malade d'une extresme mélancholie par laquelle il jettoit d^s souspirs sans cesse, murmurant misérablement contre Dieu, et affligeant sa personne d'une façon très estrange et cspouvantable. Car ce corps, jà caduc et affligé de grandes et continuelles maladies, estoit tellement démené, qu'U sembloit frènéU^e^ at quo ce fust quelque

jeoBehommeeBh fleor de soiiaage., qui4le tovtè sa puissance esbranlasl le Ket et la eeuehe par la force de la maladie et dooleuf. Cequ^eslaat cogneu de tout le monde, on atle^Mloit av«>o ea* tonnement quelle en seroit Pissoe. &i ce toivm«at il fot visilé du cardinal de Lorraine, maia Olivier ne le peut voir ny souffirir en sa chambre, d'autant que ses douleurs luy rengregeoyent par sa présence. £t le senlant eslongné de hiy , il s'escria eo oes propvef mots : « Ha, ha, cardinal, tu nous dis toua damner. » Et comme il rapprochoit pour le vouloîrconso^ 1er, et luy dict que c'estcNt le malin esprit qui taschoit de le séduire, mais qu'il &Holt demeurer ferme en la fey : « C'est bien dict, respondict le chancelier, c'est bien rencontré », et par despit luy tournant le dos, demeura sans aucune parolle. Quoy voyant le cardinal, et que l'autre le desdaignoit, il se retira en sa chambre. Mais il n'y fut plustost arrivé , qu'on luy vint (tire que le chancelier estoit mort, sans avoir parlé depuis qu'il estoit party de sa chambre. En ses tourmens, il regrettoit beaucoup le conseiller du Bourg , qui par la préfripitation du cardinal avoit esté brusié, comme il a esté veu. Et affirme l'on que le duo de Guyse , ayant soeu la manière de sa mort , et qu'il ne s^estoit voulu confesser, et recevoir les cérémonies acooustumées en l'Égttse romaine, oubliant les services que il leur avoit &icU, dict qu'il estait mort ainsi qu'un chien, et qu'il le faloit porter à la voirye, comme indi^ae de sépulture. Quoy qu'il en soit, son corps fut mis en une lictière et emporté en sa maison, sans luy esire fait à la cour aucuns obsèques ny pompes funèbres^ Et de vray , le duc de Guyse prenoit fort à coeur, et avoit souvent en la bouche ce mot sorty du chancelier, qu'ils estoyent tous damnés : •< Ôamnés, damnés, disoit-il, il a menti le meschant. » Voylà la fin de ce personnage, le oorps duquel se ressentit des révolutions courtisanes, oomme luy-mesme les avoit goustées de son vivant. Et comme son exil luy avoit apporté un honneur et estime admirable de toutes nations , aussi fut il bientost enseveli à son rappel à la cour. Car au lieu que pour couronner l'oeuvre on at^ tendoit qu'il feroit à ceux de Guyse ce quHi ayoit faictàDîMie, et par sa prudence leur violence seroit réprimée , il se laissa aller à laira affections pour la cmncte d'estre chassé. Son eitat fat présamé i^ Monrfttlem éottseUler m

[iseoî

sous FllAN<;OIS IL

privé conieil et éveaque d'Oriéans» pour estre 8ervUe«r très affectionnéde la maison de Guyse. Mais il le refusa, s'excusant sur soa aage et indisposition. Plusieurs disoyent,que ce refus venoit d'ailleurs, et que voyant le commencement de tant de troubles , ce sage mondain ne voulut entrer en ceste dignité pour porter un si pesant faix. Autres alléguoyent qu'il jugeoit ceste vocation illégitime; que s'il advenoit quet que changement , il en sueroit le premier, et qu'ilavoitfaict sagement de se contenter de médiocrité. Mais il va tout autrement que lebruict commun. Car , ce que Morvilliers refusa du commencement ceste dignité , n'estoit pas qu'il m i'eust bien voulu avoir, et qu'il ne la désirast grandement, mais sentant les affoires privées, il ae vouloit iaire prier. Ce néantmoins ceux de Guyse s'aidèrent fort aecortement de ce refus. . Car estimant pouvoir mieux jouir de Michel de l'Hospi tal, nourri, advancé et iaict deleur main , ils prirent Morvilliers au, mot, et envoyèrent quérir l'autre à Nice, où il estoit chancelier de la duchesse de Savoye. On feitdonc entendre à madame de Savoye que, pour la gratifier, le ray prenoit son chancelier pour luy . Ce pendant les sceaux estoyent es mains dudit Morvilliers, qui n'obtint rien de ce qui estoit à l'advantage de ceux de Guyse. £i à la vérité, la craincte que l'on avoit d'eux &isoit que les plus affectionnés au bien public estoyent retenus et cachés, comme au contraire les factieux et turbulens ne perdoyent nulle occasion de les encourager et entretenir en leurs façons de &ire, car c'estoit à qui mieux mieux.

£ntre les autres, Yillegagnon, homme de nature cruelle, barbare et sanguinaire s'il en fost jamais au monde, s'estant présenté à tout faire pour ces gens dès le temps du feu roy Henry, pensant avoir trouvé matière propre pour se venger de ceux qui avoyent publié ses cruautés , commises du temps de Henry en l'Amérique , accompaignant le grand prieur, frère des iBsdicts, dressa durant ce tumulte une fantastique guerre navale , comme s'il eust esté question de résister à une grande et puissante armée, . et rendre par icelle la rivière de Loy re tellement inutile, que l'eau n'eust peu seulement servir à abreuver les chevaux de l'ennemi. Mais ceci commencé avec grande despense , fut tellement trouvé ridicule^ guele tput tourna ^ leur mocquéne et confusion, te (|qe voyant Viîlega-

gnon, pour ne demeurer oisif , entreprint d^atter à Tours disputer contre le ministre de Loudun^ Simon Brossier , qui autrefois avoit esté son compaignon d'eschole, et lors prisonnier es mains del'archevesque de la maison de Brezé, ua autre apostat. Pour ce faire il eut lettres du rof et du cardinal ; mais il y feit aussi mal ses besongnes qu'auparavant, en sorte que ne pou* vaut exposer de bouche ses raisons, il les rédigea par escript, principalement la dispute de la cène. A quoy Brossier respondict, au contente* ment de tous gens doctes. Entre autres choses, il luy remonstra que sa forme de disputer n'estoit sorbonique , et encores moins théologale, mais ressembloit plustost aux académiques, et à gens qui, sans aucun sentiment de Dieu , dis^ putent des choses incogneues aux hommes. Que s'il vouloit suy vre la vraye manière de disputer par les Escriptures (comme avoyent faict tous les anciens^docteurs, voire mesmes plusieurs hérétiques, tant farouches ayent-ils esté), il estoit prest de hiy satisfaire. £t néantmoins à fin qu'il ne s'en allast sans response , il confuta par argumens de l'Escripture toute sa doctrine. Et enfin le pria de corriger ce vice d'escrire qu'il avoit) à sçavoir de se rendre confus pour n'estre veu sans propos, quand il ne pouvoit rendre raison de son faict.

JTe reviens au prince de Condé, qui estoit en une merveillease destresse et ennuy de voir ses affaires aller si mal, et aussi du mauvais visage que. luy portoit le roy ; toutefois, comme ne se sentant en rien coulpable, il tenoit fort bonne contenance, encores qu'il fust observé en tout, voir mesmes par aucuns qui feignoyent luy estre plus affectionnés serviteursT. Sur cela, ceux de Guyse, n'ayant la hardiesse sans autre occanon de s'attaquer à luy ouvertement, conseillèrent au roy que luy-mesme le tuast, et qu'en faisant semblant de se jouer à luy, il luy donnast de la dague dans le sein ; que s'il faisoit auctme mine ou semblant de résister, ùs seroyent là présens pour luy aider. Mais c^ ne peut estre exécuté, parce que le prince en fut adverty, et, se tenant sur ses gardes, n'approchoit plus dudict sieur, qu'il eust occasion de se jouer à luy ; joinct que Sa Majesté, quoy qu'on luy eust mis en teste, ne pouvoit se résoudre à estre meurtrier de son sang; ce que ceuiL de Guyse luy impotoyeut à couardise. ,

Adviftt un jour, ïîomme Ton meuoit au «up-

DE L'ESTAT DE FRANCE

ptice quelqn'pn de ces seigneurs et capitaines, que le prince fut invité, par ceux qui le chevaloyent, d'aller en une chambre là prochaine pour les voir mourir, ce qu'ayant longuement refusé ; et enfin ils le contraignirent, comme par importunité, de regarder par une des fenestres du chasteau. Lors estant saisy au cueur d'une grande amertume et angoisse : « Je m'esbahys, dict*il, comme le roy est conseillé !de faire mourir tant d'honnestes seigneurs et gentilhommes, et de si bonne part, attendu les grands services par eux faicts au feu roy et au royaume, desquels s'estant ainsi privé, il seroit bien à craindre que les estrangers voulussent, durant ces grands troubles, faire des entreprinses. Car s'ils estoyent soustenus par .quelque prince, ils mettroyent aiséement le royaume en )[)roye.* Ces propos ne tombèrent à terre, ains furent bientost recueillis et interprétés par le leardinal, lequel n'en feit lors instance, parce que )a mémoire en estoit encore trop freische, mais les garda à bonne bouche, pour s'en servir comme il sera veu en son lieu. Ce nonobstant, ils chemchoyent sans cesse nouvelles occasions cle luy faire procès, et de le faire mourir, mais «n telle sorte qu'ils ne fussent mis en jeu ny dispute, ains en s'aidantde la personne du roy, comme en tout le reste. Le roy donc finalement, à leur sollicitation, envoya la Trousse, prévost de l'hostel, au logis du prince, lequel trouvant au lict, il luy feit entendre la charge que le roy luy avoit donnée de se saisir de quelques-uns de ses gens, les suppliant ne le trouver estrange, comme aussi il n'avoit voulu ce &ire sans l'en advertir pour l'honneur et révérence qu'il luy portoit. Le prince luy dict qu'il exécutast sa charge, fust-ce mesme en sa personne, et qu'il ne luy sçauroit jamais mauvais gré de suy vre les commandemens du roy. La Trousse répliqua que ce n' estoit tout, et que le roy luy avoit chargé expressément de luy dire qu'il allast parler à luy à son lever, ce qu'il promit faire. La Trousse donc au sortir emmena prisonnier son escuyer de Yeaux, accusé d'avoir baillé un cheval au jeune Maligni, et iceiuy faict évader et conduict jusques à cinq ou six lieues d'Amboyse. Estant le prince entré en la chambre du roy, ledict sieur luy dict l'avtMr envoyé quérir pour luy déclarer comme il'avoit entendu estre prouvé et vérifié par informations qu'il estoit le chef de la conspiration

faicte par les séditieux et rebelles contre sa personne et son estât; s'asseurant s'il estoit vray , qu'il luy feroit sentir combien il est difficile et dommageable de s'attaquer à un roy de France. Le prince le supplia d'assembler tous les autres princes et chevariers de l'Ordre qui estoyent à sa suite, avec ceux de son conseil privé, à fin qu'il entendist sa response en si bonne compaignie. Ceux de Guyse qui estoyent là près et resserrés au cabinet du roy, ayant entendu ceste response , la prindrent à leur advantage, cuidant qu'il ne faudroit d'avouer le faict, et qu'il ne seroit besoing de plus long procès ; car les chevaliers de l'Ordre seroyent compétens pour le condemner sur le champ. Par quoy ils feirent toute diligencedeles assembler. Et à fin d'avoir preuves plus concluantes pendant que ces choses se faisoyent, ils envoyèrent le prévost avec un gentilhomme de la chambre au logis du prince, pour chercher en ses coffires et voir s'ils pourroyent trouver quelques papiers servant à vérifier ceste affaire. Sur quoy ces fouiUeurs estant entrés en contestation avec les gens dudict sieur prince, il y arriva , et ayant sceu que c'estoit, luy-mesme fit l'ouverture; mais soit qu'ils fassent espris de honte par sa présence, ou bien qu'ib cogneussent à sa contenance asseurée qu'il n'y avoit rien, ils ne feirent que la mine de fouiller, et rapportèrent n'avoir rien trouvé. Un secrétaire du roy de Navarre^ qui estoit à la suite de la cour pour ses affaires, fut aussi à ceste fin entièrement fouillé, et ses meubles remués. De quoy il fit grande instance, se plaignant de ce qu'on avoit ainsi recherché tous les secrets de son maistre et de ses ;procès. Et ainsi parlant haut , il s'en alla en poste advertir le roy son maistre de cest outrage et du souspeçon qu'on avoit de luy, par la suggestion de ceux de Guyse.

La compaignie assemblée en la salle du roy et en sa présence, le prince commença à leur dire les propos que le roy luy avoit tenus le matin à son lever. Et pour ce qu'il sçavoît qu'il avoit des ennemis près sa personne, qui cherchoyent la ruine entière de luy et les siens, il l'avoit supplié luy faire tant de bien et faveur d'entendre sa response en ceste compaignie, qui estoit que, la personne du roy exceptée, celle» de messieurs ses frères, de la roine sa mère et de la roine régnante, et sauf leur révérence, ceux qui avoyent dict et rapporté au roy qu'ii

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estoit le chef et conducteur de certains séditieux (pi'on disoit avoir ccmspiré contre sa personne et son eslat, avoy ent faulsement et maU heureusement menty. Et pour preuve de son innocence, vouloît quitter (pour ce regard seulement) son rang et dignité de prbce du sang (lequel led ict sieur toutesfois ny les siens ne luy avoyent donné, mais Dieu seul qui l'avoit faict naistre de sa souche) pour les combattre et leur foire confesser à la poincte de Tespée ou de la lance que c'estoyent poltrons et canailles ; et qu'eux-mesmes cherchoyent la subversion de son estât, et d'éteindre le sang royal, pour la conservation duquel il voudroit employer et vie et bf^ns, comme il en avoit £aict tousjours bonne preuve : etaussi pour son intérest à la couronne et maison de France, de laquelle il devoit procurer l'entretenement à meilleur tiltre que ses •accusateurs; sommant la^compaignie, s'il y en avdt aucun qui ei:^ faict ce rapport ou qui le vouhist maintenir de le déclarer promptement. Sur quoy , nul ne se présentant, il supplia le roy de le tenir pour homme de bi»), et ne presterà Tadvenir Taureille en derrière à tels calomniateurs et abuseurs, mais les rejetter comme ennemis de luy et du repos public. Cela dict, il sortit hors du conseil pour les laisser opiner. Mais

- le roy ayant eu le signal du cardinal rompit l'assemblée sans demander l'advis de la compaignie. Et dict-on que ceux de Guyse le Mteat expressément, parce qu'ils craignoyent grandement-que les trois frères de Chastiilon, joincts avec le eonnestabic, tous alliés dudict sieur prince, prinssept sa cause en main, et que leur dernière condition fast beaucoup pire que la première, ayant lesdicts seigneurs une infinité

• d'amis, tant de la noblesse que d^autres pins apparens des principales viUes. Or, quant au connesta)>le, qui.estoit demeuré tousjours en sa maison, ils avoyent pourveu, dès le 28 de mars, à découvrir s'ilestoit de ceste partie, luy ayant faict commander par le roy qu'il eust à faire récit an parlement de Paris de ce tumulte ad-

- venu à Amboyse, à quoy, comme vieil courtisan, il se porta tellementtqu'il loua mesmes hau-

- tement ceux de Cayse pour s'estre employés diligemment à y remédier, mais en telle sorte qu'il ne donna jamais à entendre que ceste en-

- treprisc'fœt contre le roy ny autre qu'eux, de sorte que le cardinal sceut bien dire qu'ils se fussent bien passés de cette louange. Ce néant-

moins, ceux de Chastiilon estans venus à la cour à leur grand regret, et sachant bien que ce n'estoit pour bien qu'on leur voulust, ny pour servir à Leurs Majestés, prindrent congé de se retirer dans leurs maisons. Ce que ex)nsidérant la roine mère, soit qu'elle se fiast lors entièrementài'admiral,soitqu'elleaimastmieux l'occuper que de luy bailler espace, estant retiré en sa maison, de penser à quelque autre tre chose, le pria au partir d'aller en Normandie, et luy feit commander par le roy que, pourveoyant aux choses nécessaires de sa charge, il meist peine d'appaiser les troubles qu'il trouveveroit entre les sobjects dudict sieur, en quoy il feroit service très agréable au roy son fils, en la bonne grâce duquel elle l'entretiendroit tousjours. Et parce qu'elle se disoit estre en doubte de la cause des esmotions, elle le pria très affectueusement s'en enquérir au vray, et de le leur mander rondement et sans aucune dissimulation, l'asseurant qu'elle l'auroit k plaisir et suyvroit entièrement son conseil, comme de celui qu'elle cognoissoit très loyal serviteur du roy son fils et d'elle. Aussi prenoit-elle sur sa vie qu'aucun mal ny desplaisir luy en adviendroit,mais tiendroit secrets ses advertissemens. Ce feisant la roine, oultre ce que elle s'acertenoit de plus en plus de ce qui pouvoit survenir à cause de ceste entreprinse , entretenoit soubs main la faction des connestablistes, si aucune y aiavoit, abusant en cela de la rondeur natnrelle dudict sieur admirai, qui ne faillit de luy obéyr promptement. Car, sans craindre les menaces de ceux de Guyse, il envoya de Chastiilon peu de temps après, un gentilhomme avec lettres très amples contenant en sommé lesdicts de Guyse eslre la cause et vraye origine des esmotions et troubles survenus au royaume à cause de leur gouvernement violent et illégitime. Le disoit sçavoir de bonne part, et de gens qui n'estoyent nullement contentieux, lesquels affirmoyent (et il le croyoit aussi) que ces calamités ne prendroyent fin tant qu'ils seroyent à la cour. Il luy sembloit donc pour le meilleur qu'elle devoit arrester le cours de leur ainbition, pr^Kire elle-mesme les affaires en main, donner relasche et estât paisible à ceux de la religion réformée. Et que les édicts bien et meurement ordonnés à ces fins fussent inviolablement gardés; car, entre autres choses, on se plaignoit que le dernier n'avoit eu aucun lieu>

DE L'ESTAT DE FRANCE

«t qu'on avoit contreniàndé partout d'en supertéder rexécutîon, chose de dangereuse eonsé* quence, laquelle attireroit après soy de teerveilleuses confusions et désordres qu*U voyott préparés de plusieurs, ayant délibéré de ne plus endurer la persécution^ notamment sous ce gouvernement illégitime. Cestadveriissementcooir muniqué à ceuii de Guyse, cuida estre causede leur faire vomir dehors ce qu'ils avoyent caché au dedans contre les maisons de Montmorency et ChastiHon. Mais réprimés par la prudence de la roine mère, Italienne, ils furent «onteifô., en reculant pour mieux sauter, qu'itératives lettres et commandemens très après "fussent fiiicts à tous les parlemens et autres juges, pour mettre hors à pur et à plain les prisonniers qui serôyent détenus pour le faict de ih religion, desquelles lettres toutesfois Vexéteution fut bien longue et difficile.

Quant à ceux qui restoyent à Bloys et à Tours de Tentréprinse d'Amboyse, et des deux amenés ^u bois de Vincennes, il en alla ainsi. Après que le baiilif de Bloys eut longuement secoué h bride à vingt ou trente qu'il détenoit à fin d'avoir argent, et que tous eurent monstre qu'il ne leur iestoit possibte d'eh ftmmir promjptement, tant pour leur lointain pays et pour avoir esté dévalisés, que pour estre si esti^ietiement détenus qu'ils nepouvoy«it mander de leurs nouvelles à leurs parens : ih fbrent mis en ]prison moins eslroicte pour leur donner moyen de recouvrer deniers, là où ilsfeh^nt en sorte qu'îfc eurent moyen de recouvrer fcrce cordes et des tenailles par le moyen desquelles Us rompirent une grtHe et évitèrent des prisons.

Quelques jours après ceux de Tours feirent presque de mesme hors mis que le baiUif 4e Sainct-Aignan tombafnt se brisa, et demeura en la place jusques au matin qu'il fut remené. Les autres ayant sceu ce qui estoit 'advenu à Bloys, escri virent une plaisante iettre au cardinal de Lorraine, par laquelle ils l'adver Asseyent avoir entendu l'évasion de ses prisonniers de Bloys, de quoy ils avoyent receu tel dueil pour l'umour de luy, qu'ils estoyentaussitost sortis des prisons pour les aller chercher, le priant ne se fascher de leur absence; car ils Tassearoyent de le revenir tous revoir en bref, et de les ramener, ensemble tous les autres qui avoyent conspiré sa mort. Et combien que telles lettres fassent pleine* tle ^andes gawlisserCes, m es-

toyent-eHes eowSiées en ed style, ^'il sèmbMt par là qu'on les mamçagt de plus grandes tem* pestes. Aussi en receurent^ils «ne telle crainte et frayeur (encores qu'ils eussent délibéré de les faire tous mourir) que cela aida bien à ùàH sortir les «utres prisonniers détenus poor k religtoA, partent le royaume. Quant aux troupes des Provença«uL qui avayent esté retenues à Rouane et descouvertes en cberchant de la poudre, ils sortirent par la porte dorée^ et «insi en advint des autres arrestés çà et là.

U a esté faict mention (^-dessus des lettre patentes et publiées pour donner setf accès à «eux qui voudroyent atter vers Sa Miyeslé faire leurs plaittctes et remoastraaoes.Or,cett^ bien que l'on veist cecy |)rooéder du conseil de ceux de Guyse, à Sn d'effacer les reprocbei qui leuravoyentesté faicts par ceux d'Amboyse, et que ce n'esloîi que par manière d'aequict, d'autant que leur voloi^é envers tous ceux qui demandoyent un bon estaMissement des affaires politiques sdon les anei^Ofies loix du re* yaume estoyent du tout ctNAtraires à leutes desseings. Tant y a to^tesfois que ceux de %, religion usèrent du temps et du loisir que Dten leur donnoit, de sorte que s'estent osé aâsem- Um* de plusieurs lieux, ils députèrent bon nombre de gen^tishonmek et du tiem-estat qui allèrent trouver Sa Mqei»té à Ch^ionceau, avec une requeste peut* estre ouys, suy vaut son ordonnance dernière. Maiscela se leur proGBcta de rien; car Mtost que ceux de Guyse 6n eurent le vent, ils usèrent de telles ikienaees ei iatiaudations, à rencontre de oes dqiutés, qu'U leur folktt gagner au pied avec tous les dangers du monde, à oauae ^ies aguets qu'on leiâr av<rit préparés. Ce qu'estant rapporté par-tout, on jugea qu'il n'y auhnt jamais repos au royaume» ny asseurances aux édicts et promesses du r«f > tandis que tels gens gouvemeroyent ses affiùres. Par ce moyen ehascun regarda de se sauver. Aucuns aussi dressoyent d'autres entreprinses, dont la ronie knèire eut le vent^ qui la mit en grande doubte, voire jusqnes à se repen« tir aucunement de -s'estre joincte de ii près avec ceux de Guyse, qu'elle ne s'en pouvoit diqoindre que son estât n'en fustanssi eÂranAé. Mate eux oognotssant son naturel estre td de caresser ceux qui la rudbyeyenC, la traitoyent de mesme.

VoMt e omfne ^œste grande et ^ute^mr^

tîsaoi

iôUfi ËRANÇOfS H.

|»ki» ne Tint à lo&taA^pow ftwir es^dMIée m dnooa^Êrie ptr œm laetna qoi avoyent jwi d'y lervird» leurs bien» et vies. €«r au^ Imneiit il n'est fmcmfiU» qn'on no Teust OBéenlée, s^'esunt tes coodocttore d*lceHe approehra à ptà», tans eatre décooverts, yen nnisî f intelligence qu'île avoyent dans le dias- IMQ, comme, an ccntraire, ceux de Guyse se tcnoyent tellement asseoré» de lew crédit et aittiorité, qu'ils n'eussent jamais p^nsé qu'on ensi deo entfeprenctreoontretenx. Se trouvant donc ainsi desceos et Tilipendés par les escripts de ceox de la reUgion, ils estimèrent, que d'entier en deSçnse de leur particulier seroit leur donner |dos d'argument que devant, et qu'il vmlloit mieux interposer le nometrauthoritédu r«fy, laquelle auroit plus de yertn et d'efficace, tant envers les estrangen qu'envers les subjects du royaume. Par quoy le dernier mars , lettres du loy furent expédiées à tous les pariemens, taaUlifii et sénescbaulx, comme en scml)lable à tens les rois, princes, seigneurs et potentats, iaqueUes Sa MÎjesté al&rmoit estre contenu le iQpay récit des choses passées, adjoustant les moyens qu'il délibéroit tenir pour empesclier à- IMvenir que les mauvais ne puissent altérer le repof des bons, bisoit davantage les vouloir munir eontre ceux qui oseroyent desguiser le biet en diverses sortes, et qui taseboyent de donner couiecnr ou de justice ou d'excuse à si damnable et détestable rébellion, pour tousjours induire les simples à p^oser quMIs avoyent en qudqpies causes de »'esmouvoir et à confirmer cbascun à suivre leurs inventions. Mais qu'il espiroit que le seul bruit, qu'un peuple tfM aMè en armes de¥ere son prince, luy proposer aucune cbose, pour bonne qu'on la puisse figurer, esmouveroit assez un cbascun à conctemner telles gens comme -infracteurs de tout droict divin et humain. Ces lettres d<mc contenoyent, qu'on avott descouvert et vérifié tant par délation que par les complices mesmes, et par les lettres des conjurés, informations envoyées de plusieurs lieux, confessions des appréhendés, et toute autre sorte de preuve, qo'aucuns de ses subjects prévenus de plusieurs crimes, bannis du royaume ou ils n'osoyent converser pow leurs maléfices ( dont la con- BOienoe leur représentoit la peine qu'ils eussent endurée^ s^ils fiisoent tombéis es mains de jus- Uio)j woysnt enfin machiné une abominable

tnMson, laquelle tendott à Pentière subversion de son estât, comme aussi de ses mère , ftmmea et frères, et autres princes ayant le principal maniement de ses aEhires, ou à tout lemoinsque Sa Majesté ftist réduiete à tel party que l^utborité du roy seroit rabbaissée à la B^reickisubjeci, pour dcmnerk by à iceluy duquel il la doibt prendre. £t comme il semblast à telles gens que ceste œuvré ne se pouvoit exploiter sans l'a/ïsentiment de grand nombre de gens, et sans venir aux armes, désespérant de pouvoir amener le peuple françois à ce poinct, pour leurnaturelle obéyssance envers leur roy, et pour n'avoir jamais donné exemple de révoquer en doute leur loyauté, ils s'estoyent aidés de certains prédicans venus de Genève, et disp^^ par tout le royaume, lesquels après avoir dogmatisé en assemblées seerettes et oonventicuies réprouvés par toutes les loix, voyant beaucoup de gens imbus de leur doctrine, désirer mutation en la religion, feirent tant à la longue par leurs persuasions, que d'induire ceux qui les escoutoyent à s'eslever et retirer de son obéyssance, en intention d'aller en grand nombre loy présenter une requeste, tendant à ce que sans les rechercher sur leur doctrine, ils pussent seurement vivre selon la nouvelle institution de leur secte, encores qu'elle fust contraire à l'ancienne observance de saincte Église. Laquelle exhortation voyant estre receue, ils obtindrent que ceux qui ipoyent devers iceluy sieur , seroyent armés, parce qu'autrement il n'y auroit seur accès. La chose donc ainsi délibérée sous le masque de la religion , à la persuasion de ceux qu'ils avoyent en estime, comme ministres de la parolle de Dieu, et sous l'asseurance qu'on leur avoit faulsement imprimée, que quelques princes embrasseroyent leur desseing et se constitueroyent chefe de leur menée ( combien que la preuve du contraire les eust exemptés de toutsouspeçon), les autheurs de la conspiration s'eetoyent aussi renforcés d'ailleurs d'autres personnages feictieux , dont les uns ayant suivi les guerres, et vescu comme la licence du temps et l'impunité leur avoit toléré, chercboyent aussi les moyens de piller tant durant la paix que l# guerre, et qu'après avoir malheureusement consumé leurs biens, ils vouloyent vivre de eèu d'autruy. Que plusieurs autres, turbulents de leur oature ei désireux de chan|e

DE L'ESTÀT DE FRANCE

meû^, joindfiavec ceux-ci > et tous ensemble se* duicts, les uns par mauvais conseils, les autres par leur mauvaise volonté, avoyent attenté si avant en ce qu'ils avoyent désigné, que la bonté de Dieu, qui miraculeusement feit descouvrir leur trahison peu auparavant, et sur l'instant de l'exécution, et livré entre ses mains les principaux autheurs et conducteurs de l'entreprinse , les plus malheureux d'entre eux eussent exploicté quelque piteux effort , avant qu'on s'en fust apperceu, ou que on eust eu tempsd'y remédier. Car estantsuyvisdeleurs troupes, ils approchèrent de toutes parts, voire les plus furieux coururent jusques aux portes d'Amboyse, qu'ils pensoyent trouver ouvertes. Autres soubs divers prétextes, s'estantjlogésdedans la ville, avoyent intelligence avec ceux de dehors, pour après s'estre réunis ensemble, procéder à si damnable exécution, dont ne se pouvoit ensuy vre que désolation et subversion de Testât institué de Dieu , et tant nécessaire pour la conservation des bons, et chactiment des mauvais. Ce qu'il leur avoit bien voulu escrire au long, afin qu'ils en ad ver tissent tous ceux de leur ressort, et que ceux de la conjuration qui n' avoyent encore esté appréhendés, et qui tascheroyent divertir le peuple du droict chemin, considérassent le péril où ils mettoyent eux, leurs familles et biens, de prester Taureille à tels séducteurs qui les voudroyent induire à se soustraire de la fidélité et entière obéyssance qu'ils devoyent à leur roy. Puis, qu'ils se représentassent devant les yeux les fruicts qui pouvoyent procéder de la diversité des sectes, qui ne pouvoyent estre autres que division, et d'icelle division ne se pouvoit attendre que désolation sur eux. Et que de là ils apprinssent combien ils devoyent détestar une telle faute, de vouloir proposer en armes choses à leur prince, qui reçoit et donne accès sans exception de personnes à tous affligés , prèstant l'aureille aux plus pauvres qui avoyenj recours à justice , laquelle Dieu avoit mise en sa main pour distribuer. £t partant qu'ils jugeassent ceste faute qu'ils estimoyent petite, devoir estre estimée grande et capitale, veuqueles armes ne se peuvent ny doivent prendre sans commandement du prince, qui ai est dispensateur.

Qu'ils considérassent aussi les maux qui de là comme par degrés s'en estoyent ensuyvis.

conune de faire ouverture aux ][)arHcides, de mettre la main au sang, rompre l'ordonnance de Dieu, abolir les loix et dissoudre les liens, de toute société humaine, pour introduire toute, licence aux mescbans , opprimer ,les bons et mettre toutes ctioses en confusion. Et finalement qu'ils n'aèttsaâsent de la décence dont il avoit usé envers les simples, leur remettant la peinequ'iis avoyent méritée, pour avoir cogneu qu'ils avoyent esté séduicts sous le nom de religion par ceux qui devoyent entendre que nulle sédition ne pouvoit estre conforme ny approuvée par religion ; et que telle clémence n'avoit esté pour leur promettre impumté, s'ils reprenoyent tel chemin , mais pour leur déclarer par effect, qu'il n'avoit rien si cher que leur repos et conservation, ny tant en horreur que l'effusion de leur sang, laquelle toutesfois seroit nécessaire si le malheur les conduisoit jusques là, comme de rencfaoir exi mesmes crimes qu'il avoit abolis et oubliés. Sur - tout qu'ils se gardassent de ces conventicules et assemblées illicites, où s'estoit commis tout le mal qui après se seroit si avant respandu, tant pour le regard de la conscience, que aussi parce que toutes les loix les reprenoyent. Car ceux qui y seroyenttrouvés à l'advenir soroyent punis comme criminels de lèze-majesté. Et pour autant qu'en la diversité des doctrines , les perverses mœurs des ecclésiastiques donnoyent souvent occasion de scandale, et mesmement que par le mesprts de l'ancienne discipline ecclésiastique, aussi par l'intermission des conciles, et négligence des prélats, s'en estoit ensuy vie grande corruption, et qu'en l'Église de Dieu s'estoyent avec le temps ^gendrées et accumulées plusieurs choses mauvaises, qui avoyent besoing d'estre retrancliées ou réformées, il tiendrait la main , et donneroit si bon ordre par les exhortations qui se feroyent de sa part, que tous les prélats et membres de l'Église gallicane s'assembleroyent dedans six mois au lieu qu'il ad viseroit, pour considérer de toutes choses ensemble, réformer Testât ecclésiastique, et le réduire en son ancienne splendeur et intégrité, à fin que ceux qui seroyent offensés de la corruption de ce siècle se peussent doulcement réconcilier, et revenir à ceste union de loytant amiable, tant désirable et tant nécessaire, puisque hors la communion et société d'icelle il n'y avoit ny rémfôsion des

SOUS FRANÇOIS IL

péchés, ni espérance de stlnt. Cependant ledict aenr doimeroU vA ordre, qpe les gourerneors des provinces de son obéyssance se retireroyent et réskleroyentchascon en songonvemement, accompaiptiés de telle force, que Taudace des meschans ne povrroit altérer ny troubler la senreté et repos des bons.

A ces lettres on fit nne ample req[>onae, qni fut présentée aux pariemens, an nom des estats de France, laqoeUe représentoU tout au vif la desgnîsée laçmi de parler dû cardinal de Lorraine, poiiree qa'ils ne (kHdMoyent point qu'A n'en fost rauthêor, encores qu'il les eost iiu<^ trotter sons le nom du roy. Par qnoy avoit semblé nécessaire leur escrire, pour repouber les évidentescalomniesqQ'ik versojent sor leurs testes, et poor fiure voir à tous ceux qui ont jugement, sa fraude et malice plus que diabolique, à fin que s'ils obéyssoyent par contrainete à la tyrannie guisienne, faisant publier lemrs mensonges, ils sceussent toutesfois leur innocence, laquelle aussi ils feroyent entendre à tous les estats du royaume et à toute la durestienté. Car ils ne pouvoyent en saine conscience souffrir d'estre faulsanent accusés, et en ne reapondant à l'accusaticm donner scandale à ceux qui par ce moyen les pourroyait jug^ coulpaÛes de ces meschancetés qui leur estoyent par ces hypocrites bulsement imposées. Us supplioyent donc les parlemens de lire leur deffense nécessaire eo ce temps pow descoQvrir le bxd d'une tyrannie tant dommageable, et desjà venue à tel degré qu'elle ne se pouvait ny devoit plus supporter, et de ne prendre les lettres du cardinal pour lettres du roy. Car vous n'ignorez point (disoyent-ils) au secret de vos consciences , qu'il ne bce ordmairement servir le tiltre et couleur de la majesté du roy à ses cruautés, piUeries et toutes sortes de crimes. Sadiez donc que c'est un [tyran, usurpateur du gouvernement, qui vous escript, et non le roy ; et entendes la vérité du &ict dont U nous charge, autant fauk^ment, comme nous le pouvons à la vérité cfaai^^ de {dusienrs, le moindre desquels le rend d%ne d'estre exemplairem^it pumssable.

£npremi^ lieu,il dict que vous et un chascun doit avoir horreur d'entendre que un peuple soit venu en armes devers son prince* pourluy proposer aucune chose, pour boane qu'on la pqisse désigner. Nous savons ïÀea que tout le ^yV siicLX, La PI et La PI

monde a plus en horreur la cruauté et avarice de la maison de Guyse que ce faict. Toutesfois parce qu'il le noircit en le desguisant impudem* ment, scadiez que le motif de nous faire praidre les armes n'a esté autre que pour les faire servir à nostre prince, lequel nous voyons par leurs trahisons et menées secrettes estre en danger évident de la couronne, à laquelle ces factieux et ambitieux notoirement aqnrent ; et c'est bien vraysemblable que pour y parvenir ils ne pardonneront (s'il leur est permis) à son iimooeate vie, et aussi pour soulager t(»is les estats de France durement et extresmeraent affligés en allant au-devant de leur audace. C'est cela, c'est cda qui nous a armés ; et nç fault point que ces hypocrites changent l'occasion, donnant faulsement à entendre qu'on vouloit présenter au roy une requeste pour le faict de la religion. Ce n'est point là le but ; mais on vouloit prendre ces deux conspirateurs, fléaux de tous les bons, pour mettre le roy hors de leur subjecUon, sauvant sa vie et les princes de son sang, et délivrant tant d'hommes -accablés d'un joug insupportable. Cependant ils ne cessent de crier qu'on s'est armé contre la majesté du roy, et par toutes les lettres -patentes ont (tonné à entendre que par toutes manières de preuves ils avoyent vérifié ceste accusation « chose très faurie et très impudemment forgée, comme il pouvoit apparoir par les procès des pauvres prisonniers innocens exécutés, qui ont tout hautement maintenu le contraire jusques à la mort, sur lesquels procès eux aimi déférés et accusés estoyent mesmes contens de prendre droict. Quant à celui qui leur estoit imputé, ceste entreprinse avoir esté dressée par aucuns prévenus de plusieurs maléfices et bannis du royaume, au contraire si ceux de Guyse osoyent subir jugement de leur preudbommie il se trouvera encore bon nombre de ceux qui avoueront ceste entreprinse, et ne craindront de se maintenir aussi gens de bien et sans reproche qu'ils prouveront leurs accusateurs meschans et détestables. Bien estoit vray que feu la Renaudie avoit souffert jugement d'inCamie au parlement de Dijon, mais que le roy l'avoit depais relevé par lettres expresses, luy octroyant lettres de révision, l'exécution desquelles il poursuyvoit en toute diligence; et d'abondant le sieur de Lomenie, enveloppé au mesme jugement, juslîfioit assex la Renaudie, estant reœu et advoué

VA

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