‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 14Chapitre 25 sur 69 · JI · texte numérisé non relu

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cakMunie luypeseit sur le coeur, qu'ils'aaseara, coHune encores il faisoit, qae]toiis ces nudhearcux avoyent menty, en sorte qu'il demoora très content etsatis&ietdeluy. Ceqo'il luy avoit bien voulu escrire, le tout à la vérité, à fin que si on luy avoit donné à entendre d'autre façon, il n'en fiist m peine, et n'ajoustast foy qu'à ce que iceluy sieur luy en mandoit. Outre ce il luy envoyoit la copie des lettres qu'il avoit advisé d'escrire à tous les parlemens et baiUifs de son royaume, touchant les choses passées. Surquoy ildemandoitson avis. Odtre cela, d'autant que ceux de la maison de Guyse avoyent une merveilleuse envie d'accrocher et avoir prinse sur ledict sieur roy de Navarre, sçachant que ledict Boisnonnand estoit grandement estimé par luy pour sçavoir et autres vertus, ib firent mettre ime recharge de la propre main du roy au bout de ladicte missive, l'asseurant qu'il cognoissoit ledict Boisnormand et David, qui estoit mis de ce nombre pour les raisons que je diray cyaprès, si meschans qu'ils estoyent dignes de toutes peines. Et partant le prioit d'autant qu'il avoit envie de luy faire service, les faire mettre en lieu si seur, qu'il les peust par après recouvrer pour leur faire recevoir la punition qu'ils avoyent bien méritée. Et faisoyent ceux de Guyse ceste poursuyte, non point tant pour l'esgard de ces deux personnages, qu'ik eussent bien voulu tenir toutesfois, que pour l'attente qu'ils avoyent qu'il ne les rendroit jamais, et par ce moyen il seroit rendu coulpabie et consentant à la conspiration, pour avoir arrière soy les autheurs d'icelle, sans les produire à justice, comme il en auroit esté expressément chargé par le roy.

Nous av<His veu comme le prince de Condé, ayant évité tant de dangers de sa vie, s'estolt retiré en sa maison, là où estant arrivé il envoya un sien secrétaire des plus féaux devers le roy de Navarre, pour lui faire entendre comme toutes choses estoyent passées, et avoir conseil de ce qu'il avoit à. faire, désirant sur toutes choses se retirer en Béam auprès de luy pour estre en plus grand' seureté. Car de jour en jour, et d'heure à autre on luy rapportoit que ses ennemis macfainoyent sa mort, bien marry s de ce qu'il leur estoit eschappé des poings pendant ce tumulte, et que le cardinal de Lorraine avoit proposé en plein conseil qu'il se falloit saisir de sa personne et luy fitire procès.

Le duc de Guyse au contraire avoit opiné^ qu'il n'en faUoit enoorei rienCaire ; car ce seroit reconmiencer de plus grands troubles, lorsqu'on n'avoit encores rien prest pour y résis* ter. Mais ceste contrariété d'opinion n'estoît que pour sonder la volonté de ceux du conseil en une afiEaire de tdle importance, pour mieux sauter puis après. Ce nonobstant, Dieu se servit pour lors de ceste ruse des ennemis mesmei dudict sieur prince pour le garantir.

Ce partement de ce secrétaire ne fut si secret, que les gens mesme du prince, serviteurs secrets des ennenns et entretenus aux despens du roy, ne les advertissent diligemment, comme estante craindre que qudque chose se remuai de ce costé là. Car ils voyoyentque leur maistre reprenoit courage ; ce qui fut cause de faire haster la dépesche cy-dessus mentionnée. Et davantage pour asseurer le prince et l'emmieller, il eut lettres fort gracieuses et pleines de courtoisie des duc de Guyse et cardinal de Lorraine son frère, lesquelles ils s'excusoyent de la proposition faiete au conseil, et démentoyent tous ceux qui voudroyent dire qu'ils en fussent autheurs , le suppliant bien fort n'^i vouloir rien croire, ains les retenir au nombre de ses plus affectionnés serviteurs et 'parens. Ce qu'ils e^royent luy faire touqours cognmstre par bons efiEécts; mais d'autre part il devoit estimer qu'eux touint le lieu qu'ils avoyent près le roy ne pouvoyent moins que tenir la bride roide en toutes dioses , principallement quand il s'agissoitdu service de Sa Majesté, et delà conservation de son estât. C'estoltla cause qui les avoit faict rudes envers les condenmés, et non pour mauvaise volonté qu'ils luy portassent. Le prince envoya aussi ces lettres au roy de Navarre son frère, qui luy fit response à la mode de la cour, pour remédier à la surprise des lettres, disajat qu'il avoit grand contentement en son esprit des offres que messieurs de Guyse, ses cousins, luy avoyent faictes,de quoy il se veut autant ressentir, comme s'ils les avoyent faictes à luy-mesme,qu'ilne fiauldra à les en gratifier par la première dépesche qu'il feroit en cour. Au demeurant qu'il estoit très aise de la bonne volonté qu'il avoit de le venir trouver, ce qui ne sera si tost qu'il désiroit, pour la grande dévotion qu'il avoit de le voir. Bien estoit -il d'advis qu'auparavant il feist encores un voyage à la cour, à fin de mieux en

SDUS ï*RAWÇOIS IL

mieux faire cogikHstré aa roy le désir qn'il a de luy &ire servke ; qu'il hiy envoyoit la copie des lettres qii*il avoit plea à Sa Majesté loy escrire , par lesquelles il oognoistroi t assez claireméat la boane opinion en laquelle il les tient, coBime n'ayant rien de comnran avec ces tragédies qni se sont jouées, encore moins avec les meschancetés des malheareux entrepreneurs. Yoylà comme ces princes s'entretenoyent les nns les antres par dissimulation.

Ce que fay dict deDarid va ainsi. Lefen roy Henri voulant à la sollicitation du cardinal de Lorraine traicter le mariage du roy son fils à présent régnant, et lors dauphin, avec la roine d'Ëscosse, niepce de ceux de Guyse, le roy et la roine de Navarre furent pour ce mandés en cour, ayant desjà pris quelque goust à entmdre les abus du pape, par le moyen de ce David, homme vrayemei^ efihmté, et ne cherchant qu'à se &ire vaUoir, soubs couleur de presdier quelque vérité, à l'exemple de phisieurs autres parvenus à estre aÛés et évesques par ce moyen, du temps de la feue roine de Navarre , sœur du grand roy François. Ce moyne donc ayant quitté le froc, et s'ingérant de soy-mesme à prescher, ladicte dame le &isoit ordinairement prescher en habit de cape* lan , et sans surplis; qui fut cause, joinct la grande vivacité et gravité dont il savoit bien user, de luy donner grand bruictet réputation, nommément le long de la rivière de Loyre. Ce que parvenu aux aureiUes du cardinal, il dissimula jusques à tant que le mariage fat consommé. Ce qu'estant &ict, aussi soudain les presches de David furent défendus à la cour et fut hiy-mesme appdé devant les cardinaux de Bourtnm et de Lorraine, lesquels après l'avoir intimidé par menaces, vindrent aux promesses, de sorte que David, amorcé de l'espérance d'avoir incontinent un gras bénéfice, promit de mettre ses maistre et maistresse en la papauté plus avant que jamais. Sur cda, il est envoyé à Paris pour signer sa confession de foy devant les sortwnistes, alijurer, prendre absolution, et accuser ceux de sa secte. EsUnt là, et voyant qu'on ne luy tenoit promesse, il remet l'afihire en longueur, et poursuit sa proie. Cecy parvenu aux aurdlles de son maistre, on le tient pour un bon ventre tel qu'il estoit. Estant chassé, il se retire au cardinal de Lorraine, qui l'envoyé finalement à Sainct-Denys, pour

s'en dépestrer; màndè qu^on luy baille une place de moyne, et qu'(m luy enjoigne de vivre sagement en toute lair discipline; autrement qu'il soit chastié. Yoylà comme ce cardinal traictaDavid,estimant'n'avoir peu faict de l'oster d'auprès des princes, et de l'avoir rendu odieux aux évang^ques, par un tel révoltement public. D'autre part, ce pauvre malheureux se sentant frustré de son attente et mocqué, ne veult demeurer cloistrier, ains aime mieux suyvre la cuisine plus grasse que celle où il estoit relégué. Estant doncques lîduict en si pauvre et misérable estât, il feint se vouloir repentir, promet qu'il fera merveilles, accuse le cardinal de Lorraine d'avoir voulu procurer la mort du roy de Navarre, pour avoir ses biens. Par ce moyen, comme ce prince estoit extresmement fecUe à ployer, il rentre aucunement en grâce, de sorte que les afEnires estant en Testât que nous avons desduictes, ceux de Guyse estimoyent avoir en ce David un grand ennemy, lequel procureroit contre eux du pis qu'il pourroit. Voylà pourquoy il fut mis au rangde Boisnormand. Carautremaatscavoyentils bien qu'il n'auroit nul crédit ni authorité envers ceux de la religion, pour les persuader et les dissuader ; ce qu'eust bien peu faire l'autre,'s'il eust voulu s'en mesler , et ressembler à David, qui donna depuis beaucoup de peine aux gens de bien, et finalement durant la première guerre civile mourut es prison d'Orléans, atteint de plusieurs grands et détestables crimes.

Il est temps maintenant de venir à la guerre d'Escosse, qui commença lors de s'eschauffer, estant commencée à l'appétit de ceux de Guyse, sous un prétexie qu'il me faut reprendre de bien haut, pour en bien entendre le fondement.

Henry huictiesme de ce nom , roy d'Angleterre , espousa en premières nopces Catherine relai&sée de son f^ère, et tante de l'empereur Charles cinquiesme , lequel frère toutesfois ne l'avoitoncques cogneue,disoit-on,àcausede son bas aage. De ce mariage Henry ayant eu une fille nommée Marie , il répudia Catherine long temps après, faisant déclarer ce mariage incestueux, et sadictefiOe bastarde. En secondes nopces il print Anne Boulen, simple damoiselle , dont il eut Elisabeth à présent régnante. D'une autre quatriesme femme il eut Edouard, qui luy succéda, et fut le sixiesme roy d'Angleterre de

6e nom, lequel estent éUbtàé en f sage de seke «us, MAiie, nonebstâol qn'^He eost esté déda-* rée bâsurde , fot reine par k inolonté du pen-* jple , irrité tomre le àûe de Nartbnmèerland « homme si ambitieux qu'il t»a bien faire tomber p6ar peu dt jours la couronne ttn sa «Aison > par le mariage <te son fib aisné avec T^tMiée des flUes de Soffolk. Geste Marh» dédédée sans botrs, Elisabeth, qu'elle arott au contraire feict déclarer basterde et très durement traiotée, fut l^r la bonté de Dieu et faveur du mesme peuple , eslevée de ta prison au throne royal , où «lie sied heureu^efeneftt encore acyourd'huy, sans avoir jamais voulu se marier.

D'autre co8té,U faut entendre ^é k tasdict roy Henry hnîctiesme eut trois sours^e Taisnée desquelles mariée au roy d'Éoesse soi^t Jacques Stuard du nom» et demièrefnettt décédé roy d'Écossè, ijui eut en s««ondes nopces de la douairière de Lohgoeville , sflsur de ceux de Guyse, une seule filleet héritière, à seavoir, Marie, qu'espousa François denxtesme du nom, roy de France, de aorte que sans double, tiécédant jièisabeth^ les deux couronnes ^ si notre chose «e l^empeschôtt, semMeroyeot appartenir à la- <Kcte M[ane,fiHe de soncousîn-germahi. Mms k roy Henry huictiesme,oonHne pi^voyàéntoe qui tdviendroit de sa postérité , avoit donné ordre que par eomoHin accord desestatsd'Angteterre, qu'ils appellent pariement^ti avott esté dict qne ny les enfems venus dé sa ^nr mariée à l'Ëscossois, ny les descendus d'ioeux, ne ponrroyent jamais succéder à la oo«ronne d'Angleterre. Cett arreot setnbtoit à ceux de Guyse se pouvoir aisément resciirier, et par Ddesme oftoyen Hs se voulorent servir de l'antst donné contre ladtcte Elisabeth, comme bastarde, pensans par conséquent avoir trouvé une très belle et cer*tatne occasion de s'agrandir ^ en déboutant la susdicte roine Élisabeth.Voylàpourquoy de première ventie^ ils firent preirire à le«r niepce le iiltrè et les armes des deux royaumes d'Angleterre et d'Escosse : non point tant à la vérité pour l'en faire roine, que pour s'approprier celuy d'Angleterre auxdespens de la France, fiist ce par praticques ou par armes, soubs le nom de kur niepce. Voyant donc que la roine Elisabeth, incontbient après le décès de Marie^ avoit restably la réformation de la religion , comme irite avoit esté du temps d'Edouard son frère (ce ^ estott désagréable à une bonne partfe des

DE L^ËSTAÏ DE FRANCE [tm\

Anglois, ne pouvant se départir de l'Église ro-

name ), ih nelMUifrent ày enirc cest^ occasion comme par le poil, kttr remonstrant que pas une des deux rohies précédentes n>estoit iégi^ time par dé^laratim de leur parlement, ce qui n'avoit lieu en leur niepcte, vniyc fiHe de roy el de roine tesoe de ieur snig ^ el à laquette on n'avoH peu noUeiiieMl osier son degré, et aè restev qtii estoit bette , sage , vertueuse , et de bonne nature^ et par le moyen de laquelle toc^ l'tsie seroit à jamais nnie et invincible , et en r^pos. Surtout, qu'elle estoit bonne chrssttennè etcatlndîque, souslaqucMe avec le restaUtsseiment qu'elleferoit Incontinent faire delà samcte Église romaine , ils dmyyent ^espénr un règne plein d'heur et félîctté : adjoutailt hifinis alléchemens pour faire remuer mesnage et eshver le peuple d'Angleterre crnitre c^te prinœsseï Mais leur mine f&t hicontinent esventée par la roine Elisabeth «qui ieft prendre prisonniers plu^ sieurs de ces soÛciteuri , lesqueh néantmoins eurent si bonne bouche^ qu'on ne kur peut rien finre confesser: ee qui accreut respénmee de ceux de Guyse. Aussi ceux qui tiroyent proffiet d'eux ne les rebutèrent du tout, stns fi^^ filer certe corde tant qu'ilspeurent, et ieur donnèrent bonne espérance avec le temps > d'autant qu'il se trou voit ( à leur dire) graml nomère de peuple bien doiens d'estre frustrés de leur refigion romaine, et qui portoyent singulièrement bonne affection à ceux àe Guyie, pMr les oognoistre amateurs des traditions de leurs pères et enne^ mis mortels de oeslè religion iiauwelle. Toiltwfols qne, poury mieux parvenir^il falloit nécessairement qu'ils tinssent là bride roide k ceux d'Escosse, d'autant que ceste religion y preooit de grands aecroissenbens^ et que la roine douairière leur soBUT ne !eor estoit pas contraire ; à quoy s'ils doOnoyent ordre, l'espérance qu'ils donnoyent aux catholiques d'Angleterre seroit si bien coirfermée et fertile qu'on leur ferdit bientôt oognoistre par effécts la bonne volonté qu'ils leuk* portoyent et à leur mepce. Mais à fin que l'occasion n'esehappast quanid elle se présenteroit , qu'ils devoyent prendre qdelque charge d'autborité en Ëscosse,et faire en sorte que l'un des six frères y tinst toujours le pied ferme.TeHes estoyent leurs praticques, èsquelles séconsommoit grand argent des finances de France; car ces mauvais serviteàrs coustoyent lâen oher« Ils estoyent doncqnes après pour Uh

[ISM]

SOUS FRANÇOIS II

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veotar les mey«n9 de dernier des aStoes à eeom de b rd^ion en fiseosse. Et d» fuel une ehoM sembla se présenler fort à prop^ pour tou»« JoQi» entretenir leur crédit eavers les eathol^ ^pesronaîQB decesdeos ieleStO^eet àsçavoir b séditîoa popubirefai advmt em Eseosse. Car «yaoilUct bire phisieurs ngoureos édlete cootre ceux de b religloD, qui autreoieiit vivoyeat eo grande paix et iranquiHIté 8aq3robéyasaDoe de b ffoine dooairière , sans qu'il y eust ponr taison deeebancm détMitny qnereUe entre les •iit>|eeisda royaume, et mesme ayant biot pu* Mier cpM le r<^ n*entendait permetu^ qu'autre retigioQ Aist tenue audict pays que b romaiine» on n'eut plustost commencé de Youbir mettre ttnédîctsà eoéeutio», qu'il se trouva un grand «ambre de gens de basse ecmditkNi » lesqueb afesbvèsent el prindrent les armes; mais ib fo* fcat en peu d'heures séparés , moyaanant b pmdoicede bdiote dame, et à Faide de b n<^ tabssedo pays. Yeyb Testât auquel estoyent les ftSairetd'£soo8se,quand le principal gouverne- ■leai de France tomba es mains de ceux de G^yse après b mort de Henry. Et combien que œ commencement leur dnst avoir servy pour imr tt|Hrésentsr b danger de phaa grands troubbs^s'ibnedésisloyeDtdebur entreprinse^tant Y a néantttoins qu'ib se tengyent telbment Sttseniéssurles praticqueeetmcMes qu'ib bu»- «nyen| «a An^âerre, qu'ib fermèfont les yeux à toutes bs remonstfances de bur sœur, b* qœUe tascheit par tous bs moyens de bs de»lautner deceste bttlse pctsuasion, et kiyescnp' uneot des bttrss^fort rigoureuses, b bbsmant d'avoir usé de trop grande doulcenr au faid de b nsligifm. iref , ib jugèrent le temps estre v«n»dat«ntàpiiepos (cependanl^'Us avoyent fe vent «1 psiippe) d'amender les butes passées et de meure b main au sang, voire sur les prlacq^aux. fit peur ce bire envoyèrent en iseosse l'évesqued'Amkns et b Brosse, bars pfaia aKectîoanés serviteurs ; bsqneb pour se moQstrer à bur arrivée bons catholiques nn saaias «voulurent contraindre un cbasoun d'aller àb messe^ rq^rochaot souvent à bdicte ' dame et au sieur d'Oisel qui b gouvernoit pai- Sftbfement qu'ib avoyent tout gasié ; publièrent bur intention estre d'user de b force, sans eft* pargner petit ny grand. L'éves^pie d'Amiens , tomme légatdu pape, attendant bs bulles de sa légsiinn^ psamsttçît d» réduire b phmputtde

ccaiL qu'il disoit fourveyéa; et b Brœse enlDe^ prenait en un mob d'exterminer par armes cens qui ne vopdroyent revenir. Au ^orplus^pour ce quefavarieeest toujjourscomps^ede «ruauti il» regardèrent de bon œil bs tecres et passes** sions de b noblesse , et eseripvirent à ceux (b €uyse qui les avoyent envoyés, qu'en reodanfr b peupb taiHalBb,et bisant mourir les gentils* booMies qui avoyent suy vi b religion nouvelle^ il y avoit moyen d'augmenter b revenu du rof de deqx censmiUeeseus paran,etdepourvcmc mille g^nlibboi^mes trançois de maisons et Mens pour y demeurer continuellement et yi servir comme d'une gendarmerie ordinaira^ €este condition Aiit volontiers ireceue, et avea grande buange de ceux qui en estoyent ks au* tbeurs, et qui ne che^cboyent i^ tant que de pemMbe pied ferme en JEsoosse, afin d'esteodre burs aisîes plus bin av«c b temps. Mais ib avoyent un merveilleux despbisir de se voir oontredicts par bur soBur, bqueUe cognoissanl Phumeur des £8ce6so1s,sçavait oertainemcfit q^atà jamais on ne les raageroit à ceste condition de quêter un seul arpent de burs terres, et de soiif' Mr qu^ y eust rien de changé aux albires po^ litîques ; que si on bs vouloit contraindre pour b bici de b reKgi^n, ib se mettroyent pktttost es mains des estrangers , et useroyent de telb ▼engeance contre ceux qui bur voudrayent ré^ sister, qu'iky avait danger très apparent de vair une subversion emicFe da Testât du royaume, et qu'au lieu de Pagrandir et d'en augmenler b revenu, et en euhre asseurer Testât ecclésiastique (qi» n'estait nuttement empesdié) on ne veist un tel ebangement, cp'enfin A n'y demau* reroit ni roy n\ roine , et pareillement que tout b clergé serait traielé de mesme ceby (^ Angle* terreou pis encore. L'advbdonp de bdicte dame estoit de pe rien changer au bict du gouvernaiment ; et pour b regard d^ b religion, que Ton tasebast doulcement et modestement de gaigner et praticquer les plus grands par promesses ; puis d'assembler les eMats généraux du pays , et iaire décréter b forme de vivre (pi'oa tien* droit à Tadvemr; de quoy eHe espéroit banne issue, et s'asseçroit d'amener bs piqs grands!^ ce poinot. Mais tout cela fat rejette par ceux df Guyse, disant que b roine leur s<xuf estoit banne femme, mais qu'eUe avpit tout gasté ; qu'Oisel estoit un sot, et n'avoit point d'entendements pasoecp'il ne vo^loi^ n^ett^a ai hawrd Testi^t

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DE L*ESTA.T DE FRANCE

du pays qa'il avoit par sa diligence si liMigiiement et fidèlement gardé, comme il s'excosoit. Mais enfin les plos grands, et la plnspart de la noblesse, se voyant ainsi harassés par ces deux exécuteors des entreprinses de cenxde Gayse, prindrent les armes pour la ccmservation de leurs personnes, de leurs femmes, enCeois, biens et possessions, et pour la religion, entretenement des libertés et franchises soubs lesquelles ilsestoy ent nais^aimant mieux mourir ,disoyentr ils, tous ensemble en gens courageux , que de souffrir restablissement d'une tyrannieque vouloyent introduire ces estrangers. Et pour ce faire plus seurement, ils s'accompaignèrent de leurs voisins, quelque ennemis qu'ils enss^t esté auparavant» Si qu'en peu de temps ils chassèrent les presbtres , qui toutesfois eussent yescu et continué leur estât , s'ils se fussent voulu accommoder. Aussi la roine douairière réduicte en de grandes extrémités , pour avoir prins le party de la Brosse. Tellement que Tévesque fut contrainctde f&ire voile en France pour envoyer secours. De toutes ces dioses la roine d'Angleterre se plaignoit continuellement par son ambassadeur, comme estant directement contraire à la paix. Mais elle n'avoit aucune certaine response, ains se passoit le tout par connivence. EnsortequelesAngloisestimoyent, veu les menées et pratioques de ceux de Guyse en leur pays, qu'ils avoyent envie de leur faire guerre. Quoy advenant , ils ne vouloyent de leur part perdre une si belle occasion pour y mettre bientost fin ets'accommoderde l'Escosse pendant les troubles et divisions de la France. A tant, le 24 de mars,la rcHue d'Angleterre feit publier à L(mdres, et bientost après semar par la France, une proclamation par laquelle elle se plaignoit de ce que les François avoyent puis les dernières trefves cherdié tous les moyens d'en^ vahir l'Angleterre, spécialement par la voye de r£scosse,soubs couleur de vouloir chastier quel* ques gem que l'on prétendoit estre rebelles : di^ sant que pour prévenir telles embusches et surprinses, elle avoit esté contraincte se munir de grandes forces : toutesfois considérant la grande diversité d'opinions et parolles qui en pouvoyent sourdre, elle avoit trouvé expédient de déclarer par cest escript sa délibération , et les justes occasions suy vantes qui la ccmtraignoyent de ce feiire.

£n premier lieu , elle disoit avoir esté con-^

tffiitede croire que le tiUreetles armes de ses royaumes d'Angleterre et Irlande estoyeni ainsi prétendues et prinsespar laroine d'Escosse, contre le traictédepaix, n'estoit veau d'ailleurs que de l'ambitieuse volonté de ceux de Guyse, ses oncles maternels, lesquels après s'estre emparés du gouvernement de France, chercboyent les moyens de s'accroistre par-tout : sçachant bien que le roy de France, nyladicte dame, pour leur bas aage^ n'estoyent capables d'une telle entreprinse, et que les princes du sang ny les estats de France (qui devoyent gouverner les affaires durant la minorité du roy ) n'eussent d'eux-mesmes imaginé une tant injuste et desraisonnable entreprinse.

Et combien que ce fust chose contre tout droict de nature, qu'une femme entreprist de transportera couronne et la tran^rer à d'autres qu'aux vrays et naturels héritiers, et d'asservir le peuple naturel d'un pays à des estrangers , tant y a que soubs ceste ciraleur lesditcs de Guyse délibéroyent avec lesforcesfii^ançoises qui estoyent desjà en Escosse, et celles qu'ils y vouloyent envoyer d'aboodant, s'approprier le royaume d'Angletere, sçachant bien qu'ils n'avoyent aucun moyen de l'envahir que par la voye de l'Escosse. A ceste cfMise ayant ladictedameexpérimenté|avec beaucoup de calamités la singulière bonté de Dieu , qui avoit tousjours eu le soing d'elle plus que perpétuel, cognoissant aussi en ceste nouvelie querdie le bon droict de sa cause et la naturelle amour, inclination et obéyssance de ses loyaux subjects, elle nedoubtoit aucunementdaseooursd'en haut et que Dieu ne luy fiist pour deffense. N'ayant d(mc de sa part autre plus grand désir que d?entretenir la paix avec tous, mesmement avec les François et les Escossois, elle &isoit scavoir à toutes personnes que, combien qu'ellese meist en grandes despenses, et qu'elle fust conlinuelleo^tassailliede parolles injurieuses et menaoes de guerre, ce néantmoins elle n'entendoit £ûre aucune guerre ni user d'hostilité, mais chercher toute union et concorde. Ce qu'elle avoit bien monstre, en requérant amiablement le cardinal de Lorraine et son frère de Guyse, par le moyen du roy de France, d'effacer ces tÂtres, de cesser toutes querelles, et d'accorder àPEscosse un si paisible estât de gou v^-nement^qa'ib n'eussent occasion de s'eslongner de la deue obéyssance de leur roine et princesse, oemoiie

[\m] - Sôoâ i^RANÇôîà II.

fis «Cfroyent la tny rendre, et qae par ce moyen il évitast sadeqpense, et ledoobte, où die estoit, desorprinae; estans révoqués les gens de guerre firaneois qui estoyent en Escosse, desquels die avoit souspeçoDt offhuit de leur doimer retour et sauf-coÂduiet, tant par mer que par terre. Car coBome les forces françoises se diminueroyent, die casseroit aussi lessiennes. Ce ncmobstantelle n'avoit peu avoir surcda aucune respcmse pertinente, con^en qu'die y eust consommé long temps, et que ses ambassadeurs y eussentfoietde grandes despenses. Le tout évidemment contrevenant au traicté de la paix et concorde. A tant elle &isoit savoir qu'elle continuoit et voul<Ht continuer en bonne paix,'avec lesdicts roy de France et roine d'Escosse, paidant qu'ils ne feroyent aucune invasion sur ses pays et peuples, et taseheroit par tous moyens, qu'il y eust bonne union en £scosse,ct que les soldats firaneois s'en peussent retirer sans dommage. Que s'ils refusoyent de ce faire, mesmement après tant de délais, die feroit son effort à les contraindre de départir, sans autrement user de violence. Et partant die commandoit à ses subjects de monstrer toute faveuret amitié à ceux du roy de France, et de trafiquer ensemble, comme en tonps de meilleure paix, sinon que par hostilité procédante des François, ils fussenteontraincts de se défendre. En somme, nonobstant les grandes injures susdictes receues par kdtctedamc^dle vouloit qu'ils usassent de bon et honneste langage du royaume, et de la nation françoise, sans fitire autres apprests de guerre, sinon autant qu'il seroit requis pour repoulsser telles injures et se garder desentreprinses qui seroyent faictes et dressées sur son royaume par ceux de Guyse, pendant le bas «Age des roy etroine,et jusques à ce qu'elle ait entendu si les princes du sang et estats du royaume veulent et approuvent tds actes, ce qu'diene peut croire. Quoy advenant, encores qu'elle fiist grandement desplaisante de voir la paix rompue, comme elle la désire ferme en toute la chrestienté, elle espéroit tant au Dieu tout pmssant, qu'il luy donneroit force de résister à tds dangers et de se venger de tant d'outrages receus.

Ceux de Guyse, voyant lecffs desseings descouverts de ce costé là, et pour avoir trop embrassé à la fois dedans et dehors le royaume» ils avoyent très mal estreint ; craignent sead)la- XVI' siicLE, La PL et La PI.

2ôi

Mement d'en recevoir reptôche, et que leur niepce fust roine de tiltre seulement, advenant que l'Anglois se dédarast pour secourir l'Escosse, n'y pouvant autrement remédier, et ayant affidre de leurs amis et de gens pour la garde de leurs personnes, envoyèrent incontinoat devers le roy d'Espagne pour moyenner la paix, et semblaMement au chevalier Sèvre, ambassa* deur du roy, estant près la roine d'Angleterre» pour aussi faire ses protestations de la part dudict sieur, lesquels furent aussi imprimées et publiées par-tout. Le contenu d'icelles estoit qu'on avoit assez clairement veu depuis le décès du roy Henry que le roy son fils ne luy avoit seulement succédé au royaume, mais aussi au mesme zèle et affection d'entretenir la paix avec ses voisins et toute la chrestienté, n'ayant rien laissé de tout ce qui estoit nécessaire à l'entretenement et conservation d'icdle ainsi que les effects en pouvoyent tesmoigner; nommément à Fendroict de la roine d'Angleterre, sa bonne sœur et cousine, envers laquelle il avoit usé de toutes démonstrations, tant pour satisfaire à l'obligation des hostages qu'il devoit tenir en Angleterre pour le faict de Calais, qu'à maintenir aux subjects dudict royaume leur commerce et trafique en France. Ce néantmoins s'estantles Escossois rebellés et distraits de Pobéyssance deue à la roine sa femme leur souveraine dame, le roy auroitesté contrainct, pour les réduire, y envoyer quelques forces. Sur quoy la roine d'Angleterre ayant pris jalousie, et craignant une invasion de ses terres, auroit dressé deux fortes et puissantes armées, tant par mer que par terre, et icdles envoyées du costé d'Escosse, soubs couleur que la roine de France et d'Escosse portoit les tiltres et les armes d'Angleterre. De quoy le roy adverty luy auroit incontinent faict entendre par ses ambassadeurs la sincérité de son affection, et combien il estoit eslongné de vouloir contrevenir au traicté de la paix. Et afin qu'elle en eust phis grand tesmoignage , il avoit fiiict expressément retarder quelques autres, forces qui estoyent prestes d'envoyer en Escosse, pour chercher la réduction des rebdles par la recognoissance amiable de leurs fitutes, lesquelles il vouloit oublier et leur pardonner, moyennant qu'ils luy prestassent obéyssance, ainsi qu'il leur avoit faict ouverture et offre : voire jusques à prier ladicte dame de la vouloir moyen^

asâ

DE L'fiSTAT DE FRANCE

ner envers eoxj afin que cek faict, il evst oo<casionde luy ostertont souspeçon et jalousie de ses forces, desquelles il kisseroU seulement ce qu'il jugeroit nécessaire pour Tasseurance de ses droicls et obéyssance, et si petit nombre, qu'elle n'auroit aucune occasion ny doubte. £t quant au surplus, il estoit prest à députer gens de son costé, si elle en vouloit autant &ire du sien pour traicter amiablement de leurs différends, selon le contenudutraicté de paix.Aquoy elle n'avoit voulu prendre autre expédient que de luy prescrire sa décision, et entre autres choses la totale renonciation de ses dictes forces de r£scosse dans certain tenais, sans vouloir entrer en autre traicté ny dispute, chose qui ne pouvoit estre trouvée que grandement estrange, veu qu'entre roys et princesen temps de bonne paix, les traictés estoyent comme médiateurs et pacificateurs des diÔérends, sans qu'il soit loisible à Tun ny à Tautre de se donner la loy, ny imposer des conditions. Car telle façon ne se pouvoit adresser qu'àsuliigectset vassaux seulement. £t qui pis est» elle n'avoit cependant laissé d'envoyer son armée de mer en Esoosse, laquelle y avott fiûct plusieurs déprédations sur les subjects du roy, à leur arrivée, tant aux navires qui estoyent au Petit-lict, pour la garde d'iceluy, que depuis de plusieurs chargées de vivres et autres choaes appartenantes audict sieur et k plusieurs siens sukgects. Outre cela elle auroit ûxi ouvertement la guerre à ses ministres et soldats , jusques s'efforcer de kire descente à l'isle des chevaux pour la surpren* dre, et foire prisonniers phisieurs de ses gens, usant de tous autres actes d'hostilité. De quoy toutesfois il n'avoit peu estre esmeu à croire que ladicte dame eust aucune intention d'entrer plus avant en guerre, d'autant qu'elle n'avoit aucun droit au royaume d'£seosse , ny occasion d'y rien quereller, ny encores moins de redoubler ses forces desquelles il luy avoit tousjours faiet entendre le nombre. Au surplus il estimoit luy avoir assez amplement satisfoict et déclaré sa volonté à la conservation de la paix par les offres qu'il luy avoit faictes d'entrer en accord amiable, tant par son ambassadeur qui estoit en Angleterre résident auprès d'elle, qu'au sien qui estoit près sa personne. Et à fin que rien ne demeurast de sa part, il luy avoit de nouveau envoyé Mont lue, évesque de Yalence et conseiller de son privé conseil, pour

de rechrf luy confirmer sa b^one îatentiin du tout tournée au repos de la chrestienté, et à la continuation de sa bonne amitié, avec charge d'entendre d'elle, s'il luy seroit après cela de- ' mouré aucun scrupmle pour l'en advenir, et de là passer en Escosse, pour essayer de ramener les rebelles à l'obéyssance de leur prince et princesse, par la clémence qu'il leur offroit de Leurs Majestés, lesquelles vouloyent oublier toutes foutes passées, et après retirer une bonne partie de leurs forces, à ce que ladicte dame ne les peust plus redoubter. Il disoit d'autre part n'avoir laissé d'employer la faveur du roy ca*tholique envers elle pour monstrer l'affection qu'il avoit à fo paix ; lequel, cooHne prince qui avoit assez cogneu les maux que la guerre attiroit après eUe, luy avoit envoyé Glajon, grand-maistre de son artillerie. Toutesfois tous ses devoirs et offices n'avQient peu retenir îcelle dame de foire marcher son armée de terre en Escosse, pour avec celle de mer, en chasser par force ses ministres et soldats; ce qu'elle avoit assez déclaré vouloir faire, par sa procUmation, en laquelle n'y avoit aucune apparence de raison; estant bien aisé à juger que e'estoit le vray moyen de priver luy et sa fiemme dudict royaume; qui ne seroit chose seulement injuste, mais de très mauvais exemple à tous princes chrestiens> à açavoir que tels gens fussent soutenus en leur rébellion. Et pourtant ledict «ieur vouloit bien faire remonstranee à ladicte dame par son ambassadeur^ avec eharge expresse de luy renouveller l'asseuranee de son vouloir et désir de la conservation et entretenement de la paix. Ce qu'il avoit foict le quinze avril, tant à l'endroict de ladicte dame, que de ceux de son conseil , présent le sieur de Sainct-Florent, lequel sien ambassadeur, luy présentant ses lettres de créance, l'auroit requise de se déporter de fo voy e des armes, pour commettre leur différend à personnages que Ton esUroit d'une part et d'autre, pour les démesler. Sur quoy il eust response que sadicte armée estoit depuis douze jours au Petit-lict, preste à exécuter l'entreprinse pour laquelle elle l'avoit faict entrer au pays, qui estoit d'en chasser tous les soldats françois suyvant les maiaces précédentes : disant ne vouloir perdre temps, pour l'intérest qu'elle en pouvoit recer voir, en quoy elle contrevenoit au traicté de la ^x. Ce que voyant Sèvre^ qui avoit char^

de protester, j^a Glajon et révesqoeâ'AqoHa, ambassadeur du roy d^Espagne, de se trouver vers la roine d* Angleterre, pour de rechef remémorer en leur présence tous les devoirs en ouoy le roy son maistre s'estoft mis pour satisAiire à la paix, à ce quMls peussent tesmolgner qu'il n'avoit tenu aiHUct sieur que les choses ne fussent amiaMe ment pacifiées. Mais eBe favoit refhsé pour n'avoir, disott-elle, te8e charge du roy. Par quoy il rédigea par escript sa protestation, et la prononça devant ladicte dame et son conseil, affiermant que tous les préparatifs du roy pour envoyer en Escosse n'estoyent que pour ce respect; et que voulant oublier toute Toffense des sufajects et leur pardonner le passé, il offiroit de rechef de commettre gens pour vuider amiablement ce qui aeroit à démesler «itre Leurs Majestés, et venir à tous les moyens qui se pouvoyent t^h" entre amis. Ce fatct et ladicte obéyssance rmdue, il révoqueroit ses forces pour Fasseurer de la crainctequ^elledfsoit avoir que Ton feist entreprinse sur son royaume, en quoy elle seroit hors d'intérest ; que si elle ne désistoit, le roy mettroit peine de se défendre et conserver le «ien. Ffotestant en oukre, qu'en ceste desconvenue, s'il estoit contrainct d'entrer en guerre, ce seroit à son très grand regret et desplai- 5ir, ainsi que tout le monde pourroit juger ; car il n'avolt autre fin et intention que de «e defiendte. Duquel escript Sëvre baiHa le double à iceHe dameen soncHct conseil, le vingt avril. Quant à k légaticm de Montluc, il en va ainsi:

• €eux de Guyse, ayant ouy le vent des praticques de la roine d'Angleterre en Escosse, et craignant que foccasion fost lors propre à ladicte dame de leur rendre la charité, qu'ils hiy vouloyent prester en siAomant ses subject», ib advisèrent qtfH seroit bon d^envoyer en Escosse quelque personnage qui fust aucunement agtéaMe à ceux du pays, afin de trouver iMyen par gracieuses paroHes et remonstrances de leur faire mettre les armes bas, et départir teurs force». Bt pour autant qu'ib cognoissoyent que Monthic, évesque de Valence, fevoHsoit auCunenaent ceste doctrine, et estoit asseï bien venu en ce pals là pour y avoir autrefois demeuré chancelier de la roine douaitiire; ite hiy Arem bailler ceste charge avec '0OiluttU4KiN0Bvti^pÉ8ÉMr par'F ntt^leterre, pour

SOUS FRANÇOIS H

essayer tout ensemble de moyenner quelque bon accord avec la roine dudict pays. Il y passa donc, et y fut bénignement receu par ladicte dame, de laquelle toutesfois il ne peut apprendre autre chose que ce qui estoit porté par sa proclamation, se plaignant tousjours aigrement des brigues et menées que ceux de Guyse avoyent faictes et ftiisoyent ordinairement en ses pays mesmes; de quoy elle se ressentoit tdlement que elle mettroit toute sa puissance en jeu pour se revcncher. Ce que ayant escript à la cour. Il print la route d'Escosse par la voye de la poste. Mais s'il trouva matièrede plainctei contre ceux de Guyse de la part de l'Anglois, ce ne fut rien au prix de FEscosse , laquelle estoit du tout cmvenimée et forcenée contre eux, d'autant que ne se contentant d'avoir voulu dominer et forcer leurs consciences, ils avoyent aussi entreprins d'establir la tyrannie en leur pays comme en France, et de s*agran* dirde leurruyne. Parquoy tant s'en falloit qu'on deust espérer un bon accord tandis qu'on chanteroit tel langage, que phistost ils se feroyent tuer l'un après Fautre, jusques aux enfens du berceau, pour maintenir leur liberté. Ce que voyant la roine douairière, et le sieur d'Oysel, Us renvoyèrent Montluc comme il estoit aHé, et le chargèr^t de fcire des remonstrances telles, comme il voyoit les affaires disposées. Ladicte dame aussi escripvit à ses frères, que les Escossois n'estoyent pas aisés à dompter; et que si oft les vouloit contrahidre pour le fhict de la rebgion, ils se meltroyent plustost es mains des estrangers, avec Faide desquels, pour s'asseurer du tout, ils déchasseroyent entièrement le nom et Pobéyssance de FÉgKse romaine, et que de là on mettroit en danger Testât et ce qui appartenoit à l'authorité du roy et de la roine. Cela estant rapporté à ceux de Guyse, ils trouvèrent que c'estoyent les mesmes remonstrances qu'on leur avoit fSaiictes dès le commencement, dont th ne tenoyent non phis de compte qu^uparavant. Mais Montluc tes asseura au retour, que s'ils n'y donnoyent autre ordre, et en brief, ils verroyent bientost leur niepce sans terre, sans royaume et sans subjects. Car desjà les gens d'église estoyent chassés, et leurs bieiw en proye; et avoit Farmée de mer et de terre de la roine d'Angleterre tellement gaigné pals , qu'il estoit bien malaisé de les pouvoir empescfaer d^xécuter leurs desseipgs.

DE L* ESTAT DE FRANCE

Yoyià comme la roine d'Angleterrebesongna en ces affiaires ; ce que ceux de Gayse calomnioyent, comme si elle eust prétendu à s'approprier FEscosse, plastost qu'à se deffendre. Mais l'effect monstra tout le contraire, comme cy-après il sera dict. Car nous reviendrons maintenant à descrire ce qui se faisoit au royaume de France, pendant cette dispute d'Escosse.

Il y a une ville épiscopale avec université en Dauphiné, située sur le fleuve du Rhosne, nommée Valence, partie des habitans de la- ^ quelle estoyent de la religion, lesquels sçachant quelques autres villes du royaume avoir rejette l'Ëglise romaine et faire des assemblées, ne voulurent j demourer des derniers. Par quoy estans fournis d'un ministre nommé Pierre Bruslé, natif de Metz en Lorraine, ils avancèrent grandement leur assemblée. Mais après y avoir séjourné quelque temps, et estre remarqué et menacé des adversaires, ilfutcontrainct se retirer, et fut un autre nommé Gilles Sadas de Montpellier mis en son lieu, en suyvant l'ordre étably par leurs synodes. CestuyH^y , tant pour estre du pais que par son sçavotr et diligence, accreut si bien son troupeau, ^e ne pouvant plus contenir dans les maisons privées, ils s'eslargirent dans les grandes escholes, ety faisoit-on les presches la nuict, sans que pour cela il y eust plus grande rumeur. Et d'autant que le nombre croissoit, un autre ministre, nommé Lancelot, gentilhomme Angevin de noble et ancienne race, leur estant envoyé de renfort, il fut lors question d'entreprendre de grandes choses. Car quelques esprits pétulant, qui ne se contentoyent d'un estât médiocre et paisible, vouloyent se manifester en public; autres non. Voylà le commencement de leur division, et la source dont grand mal survint puis après. Avec ceux de la ville et les escholiers qui alloyent aux prédications, s'adjoignirent plusieurs jeunes gentilshommes, les uns curieux de nouveautés et peu instruicts, les autres meus d'un zèle qui toutesfois avoit besoing de discrétion. Car n'ayant peu sitost estre rangés à quelque bonne discipline, pour la multitude et diversité des esprits, chacun s^estimoit assez sage pour commender et non pour obéyr. En ce désordre les nouveaux venus et plus hardis entrepreneurs ne se voulant assujettir au consistoire

desjà dressé, et meq[)nsant ceux qui avoyent mis les fondemens de leur Église sans regwler à la conséquence de ce qu'ils entreprenoyent» ny poiser l'incimvénient arrivé à ceux d'Amboyse, jugèrent le temple des cordeli^s estre propre pour faire leurs prédications, duquel ils se saisirent aussitost, et y feirent prescher publiquement et de plein jour, au son de la clodie, qui fiit cause de faire venir gens de toutes parts, et du menu populaire du plat païs une infinité, lesquels prenoyent merveilleux goust à ceste doctrine, détestant ouvertement les abus desquels ils avoyent esté si longuement ensorcelés, et louant Dieu de leur avoir révélé les secrets de sa parole, et k vérité de son sainct Évangile. De là en avant, à fin qu'on^ne leur ostast ce temple, ils k^rent dedans lés cloistres, avec Mirabel et Quintel, bon nombre degentilshommeset gens aguerris, sans toutesfois faire aucun outrage ni moleste aux moynes, lesquels pour certain estoyent traictés si paisiblement et amiablonent, qu'ils désiroyent pour la pluspart que cela continuast, parce qu'ils estoyent bien aises sans rien fiiire. Bref c'estoit merveilles du peuple qui affluoit aux presches; car ils abordoyent de six, sept et huict lieues à la ronde.

Ceux de Montéllmart de leur costé, estant supportés par Bourjac, sénescbal de Valentinois, duquel aussi la juridiction s'estendoit en la ville de Valence, et es environs pour les cas royaux, prindrent courage, ayant lors un moyne nommé Tempeste, qui preschoit le caresme en son habit, et néantmoins tenoit et enseignoit la doctrine des évangéliques. Mais si ne laissèrent-ils pour cela de Mte prescher leur ministre nommé François de Sainct-Paul, grandement estimé pour son sçavoir et érudition, et ce au parvis des cordeliers. En quoy ils furent suyvis et soustenus de plusieurs seigneurs et gentilshommes, et entre autres de ceux de Comps, de Montbrun, des capitaines Sainct-Aubin, Condorcet, Nocaze, Sezet et autres.

Ceux de Romans aussi feirent le semblable, estant conduicts et aidés des seigneurs de Changy et autres gentilshommes. Et feirent prescher au temple Sainct-Romans, qui est au plus haut de la ville.

En tous ces lieux, durant les assemblées, y avoit Ixim D(oo(ibreide gens aripéà fQ^t fes|ar-

SOUS FRANÇOIS II

derde sorprinse, etiTestre saccagés par les adversaires qoi les menaçoyent. Sur ces entrefitictes, voicy arriver les lettres de pardon et d'abolitiOD,dont cy-dessns aesté iaict mention contre ceox qn'on disoit avoir prins les armes pour la religi(Hi, et conspiré contre la personne da roy et son estât, lesquelles furent apportées par Pnn des gens de Monthnc, évesqne et seigneur temporel et spirituel de Valence, qui se dtooit en cela gratifier ses fpenples. Mais à la vérité c'estoit pour complaire an duc de Gayse, gouverneur de I^nphiné, da tout forcené de ce que ceux de son gouvernement, desquels il attendoit le plus de secours et support, advenant qu'on luy voutust donner quelque venue, contre toute espérance s'estoyent déclarés estre de la religion, et des premiers de tout le royaume. Et de vray, ceste pitlule luy estoitde dure digestion. Car il pensoit bien avoir desjà tenu la main si roide à exterminer tdies gens de son gouvernement, qu'il n'y en devoit avoir aucun de reste, eh quoy se voyant si évidemment trompé il en accusoit publiquement cest évesque; et de vray cen'estoitsans quelque occasion. Car cestuy-cy estant en $on évesché, s'estoit mesié de' prescber contre la coustume des évesqoes de maintenant, et faisoit comme un meslange des deux doctrines, blasmant ouvertement plusieurs abus de la papauté, qui faisoit croire qu'il y en avoit plus qu'il n'en disoit, et qu'on presta plus fiteilementiFaureille à l'autre party . Montluc donc, voulant regagner la grâce de ceux de Guyse, et craignant de perdre son évesché dNme fiiçon ou d'autre, promet foire merveilles , et [de descouvrir de grandes choses, et de fitict y envoyé le plus habile de ses gens qui n'y feît rien pour lors, sinon qu'il tendit les pièges que nous monstrerons cyaprès.

Le séneschal de Valantinois Bourjac, ayant receu ces lettres de pardon, vint à Valence pour les faire publier en assemblée de viUe, comme il hiy esloit mandé. Là se trouvèrent tous ceux' de la justice, les consuls et les plus notables delà religion, aussi bien queTofficial et le clergé. Adoncques Bourjac ayant prins son argument sur les patentes et sur la calamité du temps, commença par Finvocation du nom de Dieu, et à prier pour le roy et la conservation de son estât, le suppliant de jetter l'œil de sa démence surhy et um spn peuide, no-

tamment sur la compaignie là présente, à ce que chascun s'esvertuast, après avoir entendu la volonté de leur roy et souverain seigneur, à la bien et diligemment accomplir. Ce faict, el lecture achevée de ces lettres, il leur remonstra la grande bonté du roy en une si grande jeunesse, qui devoit donner occasion à ses peuples d'espérer unbontraictement à l'advenir, puisqu'il avoit esté meu d'une si grande compassion que de vouloir pardonner et oublier toutes ces choses, voire quand même on auroit conspiré contre sa personne et estât, pourveu qu'ils le révélassent. Pour quoy faire il exhortoit chascun de le' venir trouver en sa maison, et aussi que puis après chascun vesquist paisiblement, sans se mesfaire ou mesdire en aucune manière. Puis se retournant vers ceux de la religion, demanda s'ils entendoyent s'aider du bénéfice de l'édict dudict sieur. Sur quoy Mirabel prenant la parole ,dict que la coustume des Eglises réformées estoit de prier Dieu, avant que rien entreprendre ny faire. Parquoy estant question de traicterd'af* foires de si grande importance, il requéroit ceste louable observation leur estre ainsi permise. Bourjac regardant les autres assistans, leur dict : « Messieurs, il n'y a celuy en ceste compaignie, comme je croy qui ne treuve ceste requeste équitable , attendu que toutes choses doyvent estre faictes <m bon ordre, et avec l'invocation du nom de Dieu, et n'estre jà besoing de recueillir les opinions sur cela, n Sur quoy s'estant présenté un des citoyens de la ville, nommé de Saillans, diacre de l'Église réformée, il commença la prière avec une ardente affection, et la prononça fort haut, ayant tous les seigneurs le bonnetau poing, et les genouils en terre. A Fexemple desquels ceux de l'Eglise catholique romaine s'inclinèrent aussi, hors mis le clergé qui demoura ferme sans se mouvoir. La prière achevée, qui contenoit en somme une supplication à Dieu pour la prospérité du roy, de son estât et royaume, ensemble pour l'accroissement de l'Evangile, et pour toutes les nécessités des autres estats du royaume, Fun d'eux commença à haut louer et très humblement remercier la bénignité du roy d'avoir voulu, en une si grande jeunesse, donner repos à l'Église de si long temps persécutée, suppliant Dieu leur foire la grâce de ne mettre jamais en oubli un si graml bénéfieci

DE L'ESTAT DE FRANCE

pour recognoissahce duqqel ils rendroyent à leur prince de plus en plas entière subjectiop e| obéyssance. Mais quant à Tarticle derabolitîon pour ceux qui avoyent conspiré contre sa personne et estât, d'autant que cela ne leur toucfaoit en rien, ils ne s'en vouloyent aucunement ayder, n'estant, Dieu merci, telte et si hsche pensée jamais tombée en leur en-* tendement, croyant le mesme de tous ceui qui faisoyent profession de leur religion flondée sur la pure parolle de Dieu, laquelle au contraire commande de porter tout honneur et toute obéyssance à leurs seigneurs, supérieurs et magistrats, encores qu^ils fussent mesehaas et infidèles. £t pour le regard des armes par eux prinses, ce n'avoit esté pour oCfeaser jov endommager aucun , mais seulement pour ae deffendre contre les personnes privées, qui autrement les eussent peu outrager, esdant prêts toutesfois à les mettre bas, et sitost qu'H plai- Fott au roy le leur commander, voire de s'aller eux-meames rendre prisonniers, au simple eommandement que hiy ou autre magistrat légitime leur voodrott fidre.

Ce faict, un procureur de Valenee^ nommé Marquet, print la parole, etdlctavoîrteoubuk^t ans le greffe de la villa, durant lesquels mt s'estoil passé une seule nuiot que le lendemaîii ses registres ne fussent remplis de plaiBdeB qu'on fiaisoit à justice des insolenoes que cornmettoyent les coureurs de pavé, en sorte que nul n'osoit aller par la viUe', qu'il oe^sl battu, rblé et pillé, les maisons eschêilées, les portes rompue^ et iceUes maisons saccagées, les filles et fenunes violées ; bref, que les estraogers y eommettoyent tant de mesohancetés, qu'il n'ealoit loisible, la nuld estant venue, d'aller en façon que ce soit visiter l'un l'autre, pour quelque grande afEaire qui eust peu surveair. Mais que depuis qu'il avoit pieu à Diieu allumer sa darté en leur vi^le, par le moyen de h prédi* «atioade son sainet Evangile, tout cela avoit presque cessé, comme s'il fust venu, avec le changement de doctrine, changement de vie. Quoy qu'il en fiut, nulle de c^ violence^ m s'estoit exercée par a»euA de oeux ^) fêik' soyent profession de l'Ëvangîle, et qui s'eft^ toyent rangés à la discipline eeelésiastique, d)a quoy il veuloii respondre sur sa vie, eombiea qu'il n'eust également tenu à quek|ues-uos, les ptootpauU dQic|aela ettoyenl lii pfféwi»^ 4»

leur faire perdre patience par une infinité dii^ jures proférées et de jour et de nuiet, voire mesme ji^sques à avoir attenté en leurs pei^ sonnes et biens. €e que toutesfois ils avoyeni enduré paisiblement pour ramouor de Dieu, el pour le désir de nourrir paix. Bref, apm avoiv sommé tous les autres de paHer s'ils avoyent à dire quelque cbem au ecmtraire, et tous estant demoqrés muets, il oemmença à les Maamer grandement, de oe qu'ils les dtihmoyem en chr* rière par toutes sortes d'aeeusations forgées à plaisir, el n'avoyent rie» à dire en leur ptcaenec. Toylà quelle fct l'isoue de ceste assenUée^ £m nouvelles parvenues au duo de Guyse» voyant que fe Dauphiné premit gaust de plus e^ pina à ceste doelnne, sa colère rodMUa grande ment, voire et sunnonla tellement sa raison, quMl résolut leur eourir sus, comme à ses eor^ aemis mortels, et qui av^e^t intdligenoe se* erette avee ceux qui les esloyent venus trouva* à Amboyse. Et d'autant qu^l oagnoîasoit Ctorm(mt, Kculénaat du roy en ma absenee, au-^ diot pays du Dauphiiié, gentiibonime sage «t bien advisé, et qui s'estoit modeslement cem^ porté en toutes sesacttans ppécédeatea, thm^ chant pluslost d'ado«etr et madéver les cbeses que d'user de forée et vioieaeetMip «q)re> mk* tre ee qu'il luy voulait malMe longue main (car il estoit par^t de Diane), estîna ^'11 avoit quelque oommunleaiieci avee ses ennemis, ou à tout le moins qu'Une seroît propre à exéenter ses desseings sur eux. Par quoy il escripvit et donna tente chaire à Maugiron, tattt pour k cognoisire homme vident, que pour ce qu'M s'estoit rendu de ses plus affectioniié» aervi^ teurs, sny vant la faveur de la cour, et déelaté ennemy mortel de cette dœtrii», eommc s'acoordant fort mal avec la vie dissolue qu'il menoit. Cestuy-cy doncques, ayant comman»dement de foire entendre au ^ue de €«iyae la vrayti cause de ces esmeutcs, et oe pendant de lever gens pour saccager et mettre tous ceux de la ret^ion de œ pays là à fen et à sang> com* B^eaoA à tendre ses ghisut, et à pvMiequertous ses amis , espéraat d'y faire de si boas services qu'il empiéteroit lu chai^ge de Glermeot, le^pnl pendant ces nouveautés avoit envoyé k sieur de Vinay à ftomanse, et d'autres gentiJshottines de qualité aux autres villes, à fin de tenir toutes chfMM en pais.

ViMft <pit ptraiHcman^ tofnoift en. Il nw

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sous ËRàNgoiâ It.

4«i «mrtiaaiM à fia <f avoir pari aa gasieau, i ayant eaiendu la chargede Maugiron son grand amy et tamilieri et eu de luy le mot du guet, «cent si biea se tranaformer» qu'il jouoit trois |>er60iinages* Car feignant d'un costé tenir le party de eeux de la religioni il avoit acquis telle privauté et familiarité envers les prineîfaux d'entre eux^ qu'il sçavoit toutes leurs entrei^rinses et délibérations; mesmes il avoit de aes serviteurs suy vaut les assemblées et exhor- Utioos, les uns de bonne aifectioo, les autres jfour espier ce qui se iaisoit et disoit. D'autre part, il alloit et venoit deçà et delà devers les autres pour les esmouvoir à sédition et «prendre les armes, conviant les pauvres soubs espérance de gain, et les riches pour acquérir honneur et réputation en se déclarant ennemis de ceste religion. Durant ces négoces^ il parloit souvent et familièreiaentavec Mirbelet les surveillaos de l'église de Valence, et tenant langaige à chascun sekm leur humeur, lespaissott tous d'espérance, et leur faisoit croire que ces allées et veaues n'estoyent que pour unir les deux religions et maintenir la paix publique, «elon ledebveir d'un b(m serviteur et la charge qui luy esloit donnée, comme aussi il les asseuroit l'intention du roy estre telle* Maugiron, adverly de toutes ces ohoses par Yinay , et des troubles et divisioes qui estoyent, et qu'il avoit semées et enuretenues entre ceux de TégUse de Valence, commença à bien espérer de ses affaires. Et les ayant bict sçavoir à ceux de Guyse, Vint à Lyon lever tous les rufians, pipeurs, oou^ rcnrsde pavé et eoupe-go. ges, qu'il feit descendre à Vienne pour les joindre avec paretUe canaille de voleurs et mauvais garçons de Dau* pbiné, qui Esisoyent nombre de trois à quatre ttOM hemmci* Et de là par batteaux arriva à Vaknce, deux heures avant jour, où il fut reeeu des oonsub et de ceux de TÉglise romaine sçacfaaat sa venue, et qui s'estoyent apprestéa, ayant retiré à Saincte-ApoUinabre toute leiir ar^ tiUerie, poudres et munitions par ladretee et diligence de Vinay. Leur délibération fut d'aller surprendre ceux de la religion quand ils aeroyent au sermon, à fin qu'ib n'eussent au^ cun moyen de se deCTendre. Mais quand ils se vtrem deseouverts, ^ que chacun d'eux, se garant au combat^ se retiroit aux Cordeliers l^ur estre œudoicts par Mirabel, Quhitel et lel MrtB gens de^oerre là logés» ib eurem beUe

peur; car ees canailles, qui ne se bazardoyeni pas volontiers à leur désadvantage, avant que sortir de leur tannière, avoyent eu promesse el asseurance de trouver la nappe mise, de buti^ ner et paiUarder, non pas entendu qu'il leur fallust combattre en ceste façon. Pourquoy voyant les choses autrement préparées, ils fsi soyent mauvaise mine de mordre. D'autre pari, toute ceste troupe savoit qu'ils alloyent assaiU lir des gens bien délibérés à se delfendre comme pour les choses les plus précieuses, à sçavoir, pour leur religion, leur liberté, leur vie et leun biens, et pour la deffense de leurs femmes et enfans. Et pourtant chaseun regardoit la portev et eust voulu estre hors l'enclos des murailles, à fin de gaigûer au pied. Adoncques Maugirob considéra nt que si son premier exploict avoit telle issue il se verroit eslongné de toutes 8e$ grandeurs imaginées, et se souvenant des menées de Vinay et de la bonne espérance qu'il luy avoit donnée de trouver les chefs ployables et tratetables, délibéra d'aller sonder le gay avant que faire si honteuse retraicte, et d'essayer s'il pourroit départir les gens de guerre qui estoyent aux Cordeliers^ et les envoyer sous belles el gracieuses paroles, pour cbevir aiséement puis après de ceux de la ville, ayant l'artillerie à son commandement. Il print donc quinze ou seize gentibhommes de sa compaignie, avec l'espée et la dague seulement, et s'acheminant vers les Cordeliers, demanda à parlementer avec les prineipauxd'entre ceux de la religion. Mirabel, Quintel et quelques autres s'estant présentésv Maugiron leur déclara estre là venu de la part du roy pour sçavoir qui les aVoit meus à prendre les armes, et à qui ils en vouloyent. Uh respondirent ne s'estre aucunement armé^ contre leur prinee, mais seulement pour se tenir sur leurs gardes, d'autant qu'ils sçavoyent leur religion estre odieuse, et que Ton fiiisoit des entreprinses seerettes pour les saccager, s*estre eoquis de leur bonne ou mauvaise cause, encore qu'ils n'eussent meffait ny mesdit à per'senne. Lors Maugiron répliqua que s'ils n'a* voyent prins les armes pour autre fin, ils les pouvoyent bien mettre bas et les quitter, leur jurant sur sa vie et honneur que pour raison de ht religion H ne leur serait faict aucun tort ny desplaisir ; que le roy voutoit et entendoit qu'ils se peussent assembler et ikire prescher rÉvan^* ^te tant qu'ils voudroyent, pourveu qu'ils ei^

t)É L'ÉàTAf DE FRANCE

UMÛ[

portâfisent les anuM qui loy estoyent suspectes, à Toccasion des entreprinses et esmotions toat fraiscfaement sarvenaes à Amboyse. «Et quant à moi, dîsoit Mangiron en ces propres termes, à fin que soyez plus asseurés de ma personne et de la bonne volonté que je porte à ceux de vostre religion, je vous jure et atteste que vous n'avez un meilleur amy que moy, et

que je porte si peu de respect à ce b de pape,

que je voudrois qu'il fust enquoué avec mon lévrier. »• Finalement, après avoir tiré à part Mirabel et Quintel, et eu quelques propos ensemble, il s'en retourna à sa trouppe, et d'autre part, ceux qui avoyent parlementé, ayant troussé bagage, se retirèrent avec tous les gens de guerre , l'un deçà et l'autre delà, sans dire à Dieu ny avoir faict donner aucune seureté aux citadins, lesquels, voyant ces choses, perdirent courage, et, s'asseurant sur la promesse de Maugiron, quittèrent les armes. Mais ils ne furent plustost séparés et désarmés, que Maugiron et sa trouppe se saisirent des portes et places de la ville, ensemble des armes de ceux de la religion et du plus léger et meilleur de leurs meubles qu'ils butinèrent comme si on eust prins la ville d'assaut. Les ministres, qui estoyent seulement arrivés deux ou trois jours auparavant, furent mis prisonniers, et les prisons remplies des plus riches de la religi(m ; on pilla leurs maisons, et furent rançonnés à argent, soubs promesse de les délivrer et mettre en liberté. Mais quand Maugiron eut tiré d'eux ce qu'il en peut arradier, ils'oi mocqua et les lais^ là. Il exigea aussi argent des gens d'église, qu'ils appàlent, et en général de ceux de la religion romaine, pour payer, comme il disoit, la solde de ses gens; mais ils avoyait si bien remply leurs bouges, que cela luy pouvoit bien demourer; aussi luy feit-U grand bien, car il en avoit grand besoing. Ce pendant le duc de Guyse ne perdit aucune occasion de luy envoyer renfort : car il feit descendre seize enseignes de gens de pied du Piedmont des vieilles bandes, et y en envoya des nouvelles en leur lieu. Semblablement Tavannes, son favori, y fut envoyé pour chef avec sa compaignie de gens d'armes, et celles de Clermont, du prince de Saleme et autres, qui feit que les gentilshommes qui faisoyent prescher à Romans et Montélimard, craignant leur fureur, se retirèrent, et pareillement leurs ministres et principaux

ayant charges aux égbsed. iVudiOD, premier président de Grenoble, esclave de ht maison de Guyse, et faIct de leur main, sentant les forces approcher pour leur &veur, vint à Valence accompaigné de ceux du parlement qu'il jugea plus propres pour complaire à ses maistres, à sçavoir : les conseillers Rinard, Ponce, Laobépln, du Vache, Rostain et Belièvre, avec du Bourrel, dit Ponsenas, advocat du roy, pour foire procès aux prisonniers. Passant par Romans, par l'aide et instigation de Vinay, 6urent prins soixante des principaux et mis es prisons de Jacquemard. Estant tous arrivés et mis en besongne, Maugiron print ht route de Montélimard. De quoy les habitans advertia luy furent au-devant en armes et avec bon esquippage, desquels il eut grand peur, car, estant surprins, il n'attendoit rien moins que d'estre taillé en pièces, veu le traictement qu'il avoit foict à leurs voisins. Toutesfois, ne sçachant que devenir, il retourna à son artifice premier pour les endormir de belles parolles. Et pourtant alla droict à eux, accompaigné de quatre ou cinq gentilshommes des plus apparens de sa compaignie. U leur demanda qui les mouvoit de prendre les armes, et s'ik ne vouloyent pas obéyr au roy et à justice. Ils respondiroit qu'ils estoyent très humbles serviteurs de Sa Majesté et obéyssant à justice; mais ne sçachant s'ils estoyent ennemis, ils avoyent prins les armes; au demourant, qu'ib estoyent prests d'obéyr en leur monstrant qui le mouvoit, et quelle estoit sa charge et commission. Somme, après qu'il leur eut juré ne vouloir autre chose que repaistre et passer oultre, sans vouloir attenter aucune chose contre la ville en général ny ea particulier, ils le laissèrent entrer avec toute sa compaignie, et meirent les armes bas; mais il les traicta pires encore que ceux de Valence. Et voyant que ceux qu'il cherchoit s'estoyent retirés, il saccagea les meilleures maisons, et n'oublia celles du séneschal, sur lequel il avoit une dent de laict, rançonnant jusques à ses servantes. Puis, estant bien gousse, il se mocqua des huguenauds qui estoyent si crédules, et disoit qu'il ne leur fedloit tenir ny foy ny promesse.

Pendant que le président Truchon poursuyvoit ceux de Valence, Montluc, évesque du lieu, fut meu de quelque pitié et compassion de ses citoyens, après avoir entendu qu'ils n'avoyent

SOUS FRANÇOIS IL

eu ftocune communkatioii avec ceux d'Amboyae, se voyant donc sollicité de ses plus privés amis, qui luy disoyent qu'estant conseiller au privé conseû et ayant autresfois tenu le parti de l'Évangile, il ne pouvoit éviter la note d'inlaime,s'il laissoitsessubjectsau besoing, ilfit tant qu'il obtint autres lettres de pardon et abolition ; mais eVes ne peuvent arriver ny estre vérifiées au parlement si à temps, que les juges n'eussent fait décapiter deux ministres et pendre trois des principaux de la ville, à sçavoir Harquet, dont a esté fiiicte mention cy-dîessus, le cbastelain de Soyon et Blanchier. Lès ministres fiirentexécutés en qualité d'autheurs de sédition, et leur furant pendus au col ces titres : Voic^ lié chefs des rebelles. Laubépin, rapporteur des procès, qui avoit fait profession de leur doctrine, craignantque, si lêsdicts ministres faisoyent des remonstrances au peuple, ils le poorroyent induire à croire tout le contraire dece qui estoit porté par leur sentence, attendu leur vie et conversation et la doctrine par eux annoncée, et que à ceste occasion se pourroit ensuy vre quelque^éditiondangereuse pour eux, remonstra à ses compaignons qu'il les falloit l)aillonner^ autrement que la dernière condition seroit pire que la première, ce qui fut trouvé très Ixm et ainsi exécuté.

Quant aux autres prisonniers, ils sortirent par la porte dorée, avec adjurations, fouets , banniasemens et grosses amendes. £t disoit-on que c'estoit à qui mordroit le mieux du président, des conseillers ou de l'advocat du roy , et qu'ils eussent soubaité d'avoir souvent de telles commissions. Et de vray , cest advocat jouoit à toutes restes; car ayant quitté TÉvangile et ^endu tout son bien pour achepter cest estât, il chercboit de s'en rembourser au pris de sa conscience, se constituant omany de ceux desquels il s'estoitjà approprié les biens par fantaisie; mais il n'eut loisir de se remplumer, estant prévenu d'une mort estrange et espouvantable, comme il sera dict cy-«près.

Ces juges, ayant achevé à Yalence, vindrent à Romans, où ils firent pendre deux hommes , » «avoir Roberté, qui avoit logé le ministre; et Matthieu Rebours, pour avoir gardé le temple de Sainct*Romain avec une arbakste et l'espée. Ibestoyent chargés parleurs procèsd'avoir&ict confession de foy, destesté la messe, et nié que Dieu se voulust mettre es mains de si malheu- • XVP siicLB, U PI. et La PL

reusesgens qu'estoy ent les presbtres, qu'on scavoit estre paillards, meurtriers et larrons ordinaires. On les mena de la prison jusques à la plaoe du supplice sur une claye, ayant sous eux du bois et de la paille fourrée parmy, où ils moururent fort constamment, surmontant la , violence de leurs ennemis. Ce faict, on fouetta par les carrefours un portefaix nommé Chevillon, pour aprèsestre confiné engallères. Cestuy, estant fustigé , disoit au bourreau : « Frappe, mon amy, frappe bien fort, chastie ceste chair qui a esté tant rebelle à son Dieu : «> s'estimant au reste bien heureux de souffrir pour telle querelle. Voilà en somme ce qui advint de notable en Dauphiné. Quant à la Provence , il faut que je commence un peu plus loing, pour plus facile intelligence des occurrences de plusieurs choses mémorables qui lors y survindrent.

Ënl'an 15&9, Antoine et Paulon Deriehiend, seigneurs de Mouvans, après avoir longuement suyvi les guerres, s'estant retirés ea leur mai-^ son qui est au haut pays de Provence, en la ville de Castelane, désireux de vivreselon Dieu, avec quelques autres, feirent tant qu'ils recouvrèrent un ministre. Lequel venu en janvier, tost après, plusieurs personnages et de tous estats s'adjoignirent à ceste assemblée, laquelle du commencement se faisoit la nuict chez lêsdicts Mouvans. Et combien que l'hyyer fust dur et aspre, si ne furent-ils retenus par les neiges et verglas , ni autres difficultés , d'y aborder de fort loin.

Le quaresme venu, ceux de Castelane eurent pour prescher un cordelier à la grand manche, lequel ne pouvant souffrir ces assemblées, les détestoit par toutes sortes d'injures et accusations calomnieuses, si que le populaire commença à murmurer à rencontre. Voire et d'autant plus que le ministre luy ayant envoyé cer> tain escriptoùsavie et doctrine estoit déchiffrée, il s'en plaignit en pleine chaire, comme aussi des menaces que il disoit luy estre faictes par un des frères, à sçavoir Antoine; ce qui irrita tellement ses auditeurs, que sans enquérir du vray ou du faulx, leur recours fut aux armes, et assiégèrent ledict Antoine avec cinq ou six cens hommes. Paulon sur cela vient au parlement d'Aix faire sa plainte, ce que les mutins font aussi de leur part , où ils furent recueillis et soustenus de quelques conseillers qui avoyent la dent sur ces gentilshommes. Si que par leurs

DE L'ESTAT DE FRANCE

doléances, coinmiâsaires forent envoyés pour informer d'une part et d'autre. Mais au lieu de ce £aire, et tenir la balance droicte, on informa simplement contre ces deux frères du pur faict d'hérésie, sansentreraux voyes de faict. Ce que voyant Paulon, et que desjà on a voit décerné * adjoumement personnel, il se retira devers le roy Henry, encore vivant, duquel il obtint aiséement évocation de leurs négoces au parlement de Grenoble, en considération de leurs services. Laquelle signifiée au parlement d'Aix, ils feirent tant envers le cardinal de Lorraine qu'ils eurent lettres de cachet, par lesquelles leur est mandé ne se dessaisir du procès. Geste matière, ainsi esgarée contre toute équité, feit que lesdicts de Mouvans prindrent le frein aux dents, joinct que les évangéliques de divers lieux de Provence , lesquels se sentoyent pareillement oppressés d'une infinité d'injustices , leur baillèrent force mémoires et instructions contenant une infinité de conclusions, larrecins et crimes énormes commispar leursadversairesdo parlement; en sorte que pour arrester le cours de leur tyrannie, ils conclurent de faire une bourse commune, pour les poursuyvre devant le roy. Pour ce faire , jour fut assigné en la ville de Draguignan.

En ce mesme temps, Antoine fut poursuyri d'entrer en voye d'accord avec ceux de Gastelane, et pour ce faire se trouver à Fuyeuse« à la requeste de ses plus proches parens et grands amis, lequel cognoissant que c'estoit son chemin pour aller trouver les autres, s'y achemina. Mais n'ayant trouvé les moyenneurs qui l'y avoyent convié, il alla coucher audict Draguignan, où il ne fust plustost arrivé que les petits enfans de la ville (esmeus et esguillonnés par certains presbtres) crièrent si fort au luthérien ; qu'à la diligence de ces bons solliciteurs, plus de trois mille personnes eurent en moins de rien environné son logis. Antoine, voyant qu'il ne se pouvoit sauver, usa toutesfois de telle et si vaillante résistance que les mutins recoururent au Yiguier de la ville, entre les mains duquel il se rendit pour obéyr à justice. Mais la rage de ce populace esmeu ne pent estre retenue, qu'il ne fust tué en ses mains et usèrent en son corps de tant d'inhumanités et cruautés qu'il est impossible les descrire. Entre autres choses par trop barbares, ses entrailles lUy furent ar-* rachées du ventre, traisnées par la ville, puis

[i5eoi

jettées dans les fanés d'icdie, en im lien le plus puant et infect. Son cceur et son foye itR'eiit despartys, emmanchésdansdesbotstonset portés par la ville comme en triomphe. Bref, feor rage fut si desbordée que l'uo d'eux présenta un morceau de ce foye à son ctûeD, aaquei fut trouvé phis d'humanité qu'aux bonuiMs, carille refusa ; et s'en allant bontaix,soQ maistfeeoonitaprèg et dit en jurant et reniant Dieu: « Seroîs-ta aussi bien hithérieH qoe Mouvans?» Le parlement, requis par Paulon de loy tske justice d'un si énorme et détestable crime^ envoyé à Draguignan les conseillers Henry Victeris et Esprit Vitalis, lesquels, au lieu d'en informer, enquh*ent de sa vie^ mœurs et Imoversation, et non des meurtriers. Puisayant btitsalter le corps lefeirentconduh*e par tes assassmeurs mesmes, avec un qui fut prins en sa compagnie, nommé Blamaire, jusques aux prisons d'Aix, et leur ordonnèrent salaire. Qvii phia est^ Pun de ces commissaires tança aigrement ceox de Caste^ lane, qui estoyeiit venus déposer contre iemort disant : « AUez, allez, canaittes; on a ici tué le vieil, poorquoy ne tuez-vous le jeune? vovs ne valiez rien, et ne montrez bien n'avoir aucun courage. Tuez, tuez t<Mite ceste racaîHe de lo^ thérien. «

Ge peuple, qui de soy n'est que trop bouillant et acharné, se sentant' mcouragé par cettx mesmes qui le devoyent retenir, devint si fier et orgueilleux que rien de plus* Et n'ayant peu attraper Paulon, tuèrent grand nombre d'autras gens, sans que aucune punition ne perquisition en fust faicte,en sorte que touteschosesestoyent licites à ces insensés. Yeilà Testât auquel es* toyent les affaires du jeune Mouvans lore^e le Ttfj Henry décéda. Ne pouvant donc avoir justice de l'outrage faict à son frère, et se voyant d'autre part tellement poursuy vi par ceux de son pays, qu'il kiy falloit tousjours entretenir gens pour sa garde, voici arriver de la ville de Naùtes le capitaine Chasteâuneaf , qui avoit charge de par la Renaudie et des compaignons, d'assembler les églises de Provence, pour adviser qa\ on envoyeroit à l'exécution de l'entrepHnse d' Amboyse, et à qui onbaillcroit la charge de tout conduire au pays^ advenant qu'il feUust prescher publiquement. Le lieu assigné à Mértndol, les députés de soixante églises de Provence (car autant s'y en trouva lors) s'y trouvèrent, où ledict Mouvans fat esleci d'un commua aocord

[im]

sous FRANÇOIS IL

et consentement poof chef et conducteur de leurs gens de guerre. Ce qu'ayant accepté, il osa d'incroyable diligence, allant par toutes le»dictes églises savoir le nombre d'hommes de combat, desqods on se pourrait asseurer advenant la nécessité, et y en trouva deux mifle qui avoyeoc bon moyen de se monter, armer et entretenir, outtre les gentildiommes et soldats vodontairesquiestoyent aussi en grandnombre. Ayantdoncques desparty ses forces par compaignies, et à îcetles pourveu de cheb et toutes dMses nécessaires, selon le temps et la commodité, le temps de (a susdicte exécution entreprinse par laReoaudie s'approcha *, qui luy feit assembler les principaux qui luy avoyent esté baiHés pour conseil, lesquels conclurent ensem^ Med'entrerdansia ville d'Âix,avecle plus grand Doii^)re de gens qu'Hs pourroyent , et d'y faire presdier publiquement. Us y estoyent conviés par ceux de Téglise du lieu, estimant qu'à leur imitation les autres villes prendroyent plus hardiment courage, et ainsi qu'estant déclarés tous issk un mesme temps, le roy cognoissant le grand nombre de ses sï^jects suyvre ceste doctrine, seroit facilement esmeu à leur donner quelque reksche et estât paisible, ptustost que d'incKr ner à la passion desmesurée de ceux de Guy se, qui ne demandoyent que faire tout baigner en sang. Je ne double pas que Mouvansne fastbien aise de ceste résolution, pour l'espérance d'avoir justice des meurtriers de son frère et de tawt d'indignHés par luy receues, et aussi pour y faire enterrer le mort que l'on détenoit aux prisons en attendant que le jugement difHnitif ftist donné contre luy pour confisquer son bien. Ce qu'ils n'avoyent encores osé faire, craignant eekiy qu'ils eussent désiré tenir compaignie à «on frère; car ils savoyent en quel crédit et authorité il estoit entre ceux de sa religion. Pour exécuter ceste entreprinse, Mouvans se meit en campagne, toutesfois secrettement, et avec un rendez-vom à ses gens, lesquels n'y firent fauhe. Mais quand ce vint au faict, ceux dededansqui avoyent promis se saisir d'une des portes de la vite, saignèrent du nez. luy estant à trois ou quatre lieues de là, en sorte qu'estant descouvert des adversaires, le parlement saîsy de merveilleuse crainte, envoya en toute di^gence à Marseille, devers le comte de Tende, gouverneur et lieutenant général pour le roty mk Frweoce, et vers le baron de la fiarde«

autrement nommé îe capitaine Paulin, pour avoir secours. Ceux d'Arles feirent de mesme, avec la noUesse, et donnèrent si bon ordre à contenir le peuple de leur ville, que les suspects qui mettoyent Mouvans en besonghe furent eontraincts le contremanJer et se retirer de la ville pour la crainte des forces qui se préparoyent. Mouvans ayant, par la faute d'aotruy, perdu une si belle occasion, et se sbntant descouvert, ne se voulut retirer sans quelque exploict mémorable. Par quoy, il se meit à courir le plat pays et à abbattre toutes les images des temples ; en quoy il advint une chose qui est grandement à considérer, à sçavoir la bonne reigle et discipline qui lors estoit entre ses gens de guerre, non jamais auparavant, ny depuis entendue ny pratiquée. Car de toutes les reliques d'or et d'argent qui se peurent trouver, une seule ne fut pillée ny enlevée par eux ; ains forent toutes fondues en la présence des consuls et syndics des lieux où ils pas8oyent,dont Mouvans retiroit les quittances rière luy. Le. pareil fut faict de tous les omemens de la messe , chose esmerveillable en ceux de ceste nation, qui ont accoustumé de se monstrer les plus insolens de tous les gens de guerre françois. Mais l'on attribuoit cela à ce qu'ils estoyent tous domiciliés et recogneus de leurs chefe par nom et surnom. Aussi que s'ils en eussent autrement usé, il estoit dict par leur chef qu'on les feroit mourir, ou que retournés chez eux ils seroyent excommuniés en leur église et livrés au magistrat. Ce bon ordre n'a pas tousjours duré.

Sur ces entrefaictes , le comte de Tende assembla Tarrière-ban, et toutes les forces qu'il peut promptement recouvrer, lesquelles joinctes avec sa compaignie de gens d'armes, montèrent phis de six mille hommes, avec lesquels il vint trouver Mouvans, lors appelé par ceux de l'église de Sisteron, pour les remettre dans leur ville, qui leur avoit esté fermée après qu'ils en forent sortis, pour aller au sermon, qui se faisoit là auprès. Mouvans, (pii n'avoit pas plus de quatre à cinq cens hommes, se sentant poursuy vi de si grandes forces, ne voulut se hazarder d'aller assiéger une ville, et en ce faisant, avoir à combattre l'ennemy douze fois plus fort que luy. D'autre part il ne pou voit seurement despartir et renvoyer ses gens sans les mettre en trop évident danger, estant tous remanfiés. Car sans doubte, on (es eust toua

DE L'ËSTAT DE FRA.NCE

f xécutés à la mort à leur arrivée chez eux, ou bien tués et saccagés par les chemins. Par quoy il se retira en battaiUe rangée, et se fortifia au mieux qu'il peut au haut pays, en Tabbaye Sainct-André, assise au eoupet d'une montagne, en lieu où il ne pouvoit estre commandé ; et y feit mener vivres de toutes les autres abbayes, priorés et bénéfices là prochains, si qu'en peu dç jours il en eut bonne quantité, en sorte qu'il délibéra y attendre des nouvelles de la Renaudie, et de soustenir l'assault de l'ennemy s'il y abordoit. Le comte de Tende, ayant entendu ceste retraitte, si achemina. De quoy Mouvans adverty, laissa quelque petite garnison dans l'abbaye, et l'alla affronter d'une telle alaigresse et asseurance, combien qu'il n'eust qu'une poignée de gens, que le baron de la Garde, qui l'estoit venu recognoistre, s'en retourna hastivement au comte, luy rapporter qu'il avoit trouvé des gens merveilleusement résolus au combat, et que malaiséement les pourrpit-on avoir sans grande perte des leurs. Ledict sieur aussi, considérant de sa part qu'il ne falloit légèrement espandre le sang des subjects du roy, qui luy pourroient bien servir ailleurs, et à plus grand besoing, ayant pitié d'eux, et craignant aussi de s'attacher à gens désespérés et résolus au combat, choisit plustost la voye d'accord que d'en venir aux mains. Par quoy il envoya à Mouvans pour parlementer, ce qu'il accorda. Estant arrivé devers luy à my-chemin, le comte luy demanda la cause pour laquelle il avoit prins les armes. Sur quoy il commença à se plaindre de la barbare et non ouye cruauté exercée contre feu son frère et luy, par ceux de Castelane et Draguignan, soubs ombre de la religion chrestienne, qu'ils avoient receue, et toute leur hmille. A quoy tant s'en falloit que la cour de parlement eust donné aucune provision, en retenant et chastiant les meurtriers, que mesmes elle avoit authorisé le meurtre, et tellement encouragé les mutins, qu'ordinairement ils s'assembloient à grandes troupes pour le tuer. Et d'autant qu'il estoit homme de guerre, plusieurs bons soldats, sçachant le danger auquel il estoit de sa personne, leseroient volontairement venus accompaigner, et l'avoient suyvi comme par force, pour la bonne volonté qu'ils luy portoient, délibérés de mourir plustost à ses pieds que de souffrir aucun outrage luy i

estre faict. En telle sorte toutesfois que nul d'eux n'avoit attenté en la personne ny aux biens d'autruy. Mesmes qu'il n'avoit voulu prendre vengeance de ses ennemis, combien qu'il eust le moyen de les ehttstier ; espérant en avoir quelque jour la raison par la voye de justice, qui seroit plus exemplaire et équitable, que non pas s'il la faisott luy-méme. Sur tout il se plaignoit de l'iniquité et injustice de ceux du parlement, et déclara des fautes etmeschan^ cetés énormes, lesquelles il offroit de prouver et deuement vérifier. Toutesfois ce qu'il estoit approché d'Aix, n'estoit pour aucun mal, ne soubs espérance de fascher personne; mais, pour ce qu'il estoit mal voulu d'eux, et qu'il avoit à faire là auprès, ses amis ne l'avoient voulu abandonner; ce que venu à la cogtK)issance de plusieurs autres, il l'avoit suyvi les premiers, de façon que le nombre seroit acereu tel que l'on pouvoit voir. Et que d'autant qu'eux et luy faisoient tous profession de la pure religion et chrestienne, il falloit pour n'estre sans religion, qu'ils eussent la prédication de la pure paroUe de Dieu, ce qu'avoyenjt veu et pourroyent tesmoigner ceux où il estoit passé; auxquels aussi il seremettoit s'il avoit prins d'eux la valeur d'un denier sans payer, non de gré à gré seulement, mais au double. Le comte luy dit qu'il luy feroit faire justice de l'outrage par luy receu, et de la mort ignominieuse commise en la personne de son frère, en sorte qu'il seroit content pour ce regard. Il luy rendit aussi tesmoignage de ce qu'il disoit n'avoir offensé aucun, ne prins du bien d'autruy. Mais il trouvoit bien estrange que, pour la seureté de sa personne, il eust tçnt de gens auprès de soy, quidonnoyent occasion de penser qu'il estoit du nombre de ceux qui s'estoyent eslevés à Amboyse, et qui avoyent prins les armes contre la personne du roy, son authorité, et estât, le sommant de déclarer si c'estoit pour ceste raison là. Il jura et afferma que ceste pensée de se dresser contre le roy, en sorte quelconque, ne luy estoit jamais venue en l'entendement; ains au contraire que tout ainsi qu'il avoit esté très humble et très loyal serviteur du feu roy Henry, aussi Tesloit-il du roy régnant, qu'il recognoissoit pour son prince et souverain seigneur. Et tout ainsi qu'il avoit souventes fois exposé sa vie et ses biens pour le service dudict feu seigneur, on le

trouveroit toujours prosl a faire le mesme pour Sa Majesté, quand elle lay feroit tant d'honneur que de l'employer et hiy conunander. Finalaonent après plusieurs autres propos, ils capitulèrent et fat dict que Mouvans se pouroit retira», ensemble toute sa compaignie, seurement et librement, sans qu'il leur fiist faict aucun tort ne desplaisir. Que pour sa seureté et deffense, il en pourroit retenir tel nombre qu'il cognoistroit nécessaire, auxquels et à toute sa femille il pourroit faire prescher l'Évangile, comme il avoit accoustumc, sans que pour ce on l'en peust aucunement inquiéter. Et au reste que ledict sieur comte procureroit qu'on luy feist justice. Voilà commoit se départirent les forces, après avoir juré d'une part et d'autre de tenir l'accord inviolablement, et de ce baillé instrument à chacun des chefs, que le comte promit faire ratifier au roy pour plus grande seureté. Cest acte est tel et si généreux, que vrayement il doit recommander la mémoire de ce simple gentilhomme entre tous ceux de ce tanps-là.

Ce néantmoins, le baron de la Garde, ancien ennemy mortel de ceste religion, ayant pieça pratiqué au sac de Cabrières et Mérindol, qu'il ne leur falloit garder la foy , voulut de rechef mettre enjeu Particle du concile de Constance. . Ce que n'ayant peu obtenir du comte de Tende, luy-mesme entreprint d'assaillir Mouvans en un destroict, et le tailler en pièces ; ce qu'il estimoit aisé à cause qu'il avoit sqmré ses forces, et n'avoit retenu pour sa garde que cinquante soldats, suyvant la permission du lieutenant du roy. Ce qui le mouvoit aussi à ce frire estoit pour rentrer en la bonne grâce de ceux de Guyse, qui le tenoyent pour ennemy, d'autant qu'ils l'avoyent despouillé de Testât de général des gallères, pour en vestir le grand-prieur de France , l'un des six frères. Et de faict, si cest homme eust esté tel que le présuHkoyent ceux qui l'avoyent si honteusement désarçonné, il avoit bien moyen d'avoir sa revanche. Mais luy de si basse lignée, qu'à grand peine scait on son père ny sa mère, et encores plus bas de coeur, tel que tous autres le cognoîasoyent, au contraire taschoit de faire qu'on ne luy ostat ledemourant, oumesmesque pour un si bon service il obtinst par leur moyen quelque manière de récompense. Mais quand Mouvans en fut adverty, il ne voulut aller lo-

SOUS FRANÇOIS IL • 2&S

ger au chasteau où onTattendoit, ainsse reposa la nuict en une grange ; puis le matin venu, au lieu de donner la peine au baron de l'aller charger, luy-mesme contre toute espérance luy alla au-devant de telle furie, qu'ayant surprins les coureurs en un village, il trouva la nappe mise pour les gens du baron. Et s'estant présenté en ^Kimpagne pour le combat, amena ce traîstre à telle raison, que espris de crainte, il demanda à parlementer; et fut de rechef accordé et juré que chascun se retireroit par son chemin, sans rien demander les uns aux autres; en quoy faisant il renonça au concile de Constance, dont il fut tellement puis après mocqué du comte et de plusieurs autres grands seigneurs, qu'il fut long temps sans se monstrer.

Mouvans, estant en sa maison, eut advertissement de plusieurs endroicts, qu'on luy brassoit des entreprinses pour le faire mourir, et que le duc de Guyse luy en vouloit sur tous autres, pour avoir esté le premier qui avoit prins la campagne et empesché plusieurs de ses desseings. Par quoy il fut conseillé de se retirer de France, et s'aller esbattre pour quelque temps. Ce qu'il feit, et ne fut plustost arrivé à Genève, que le duc de Guyse ne luy envoyast un homme pour essayer de le pratiquer, luy faisant des plus belles promesses du monde, tant de bouche que par escript, louant ses vertus, et l'admirant sur les capitaines et gens de guerre provençaux. Mais pour tout cela (vertu grandement recommandable) il ne fut aucunement esmeu, ains luy manda que, tandis qu'il le cognoistroit-ennemy de sa rdigion et du repos public, et qu'il occuperoit le rang des princes du sang, il se pouvoit asseurer d'avoir un ennemy en Mouvans, pauvre gentilhomme, mais qui avoit tel crédit et faveur avec les bons subjects et serviteurs du roy et de la couronne et maison de France, qu'ils estoyent cinquante mille (dont il estoit le moindre) qui employeroyent leurs vies et biens pour luy faire amender ce qu'if avoit commis contre tant de bons subjects et serviteurs de Sa Majesté; et se pouvoit tenir pour tout asseuré que tandis que l'un d'eux vivroit, il n'auroit repos ne vie asseurée. ny pareillement toute sa race, puisqu'il avoit tant irrité la noblesse et le peuple de France. Ce qu'entendu par ceux de Guyse avec plusieurs semblables advertissemens, cela leur feit

t)E L*ESTAT DE FRANCE

de plus près adviser à eux, et à joaer à quitte OQ à double, pour extenmaer tous ceux de la religion qui s'estoyent ainsi déclarés leurs en^ Tiemis mortels.

Devant ces belles sollicitations par ceux de Guyse, et devant que Mouvans partist de ces quartiers, il receut lettres du roy et de la roinc sa mère, que j'ay veues, par lesquelles il le gra^ tifioyent grandement, comme Fun des plus loyaux et affectionnés serviteurs de Sa Majesté, luy promettant de grancb biens, et confermant raccorddu comte de Tende, gouverneur et lieutenant général dudict »eur aouhei pays. Mais au mesme instant il eut adverttssement que ladicte dame aroit escript à ceux du parlement qu'ils cherchassent tous moyens de le faire tuer ; et qu'en quelque sorte que ce fust le pays en fust desengé, comme aussi de Chasteauneuf et de certains autres capitaines qui s'estoyent mesiés de ses af&ires. c

J'adjousteray icy un acte mémorable et bien certain qui advint après la mort du frère aîsné de Mouvans. C'est que deux de ceux qui furent aussi tués par ceux de Castelame après ledict Mouvaas, furent enterrés au rivage de la rivière qui y passe. Ces corps estant descouyerte par la ravine des eaux, demourèrent plus de trois mois sans prendre corruption, encore qu'on leur eust changé de lieu. Ains furent trempans en une fosse jusquesau mois de mars, que les trouppes de Mouvans les tirent enteirer honorablement, et selon leurs cérémonies; sans qu'auparavant nui l'osast avoir entreprins, pour les aguets des autres du lieu, qui les gardoyent ainsi expressément comme chaussetrappes pour en surprendre quelques uns de la religion. Et tient-on pour très certain (chose admirable et autrement incroyable) que les playes de l'un des corps se trouvèrent, au temps de leur dernière sépultore, aussi frai^icbes, et avec le sang aussi vermeil que s'ils eussent esté tués à l'heure mesme. Au contraire, on récite qu'un capitaine, Fun des gardiens de ces corps, ayant esté tué durant ces troubles, ne demeura demy jour en la place, qu'il ûe fust tellement pourry et in8e<â qu'on n'en peust aucunement approcher; en sorte que les corbeaux et les chiens le mangèrent, avant que ses compaignons y pussent arriver pour luy donner sépulture. Je proteste icy déviait Dieu n'escrire rien de ce bâci qui n'ût

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peu se vérifier par ceux du pays en grand nombre, de toutes les deux reUgjkifis.

Quand les prebstres et moynes soeonent que Mouvans estoit deslogé^ ik reprtndrent hakine. Car on leur avoit fisiict creire qu'il ne eesseroit tant qu'il les eust tous exterminés, et qu'il al* loit prendre m ce r^aume le train que tenoit en AUemagne le marquis Albert de Brandebourg. Estimans doncques qu'auiant qu*il brisoit d'images, autant abbattroit-il de leurs testes, ils ne cessèrent de crier après le populaire, et de Fesmouvoir tant qu ils Feussent mis exk besongne, pour courir sus pour exterminer ceux de la religion. £t vindreat à tel efGect que ceux quiestoyenttantfustpeusouspeconnésde la religion t furent contraincts se retirer, et abandonner leurs villes, maisons et patrie, tant la fureur du peuple estott embrasée et animée à les tuer et massacrer.

Ceux de Castelane de leur part, ayant eqi crainte de Mouvans, et qu'il voulust se venger d'eux, envoyèrent devers le capitaine Poulin, son ennemy, pour obtenir garnison du gouverneur. A quoy il ne demoura lasche ne paresseux ; car, pour avoir la vie et les biens de Mouvans, il y fit ordonnerun prebstre renié, nommé CaiUe, qui luy estoit iort dévotionné, et avec luy nombre d'hommes désespérés ; lesquek n'ayant peu attrapper Mouvans, passe-, rent leur colère sur plusieurs de sa religion qu'ils meirent cruellement à mort, sans respecter aage, sexe, qualité ne dignité, et sans espargner aucun.

Les autres provinces fiirent au mesme temps grandement esmenes à venir en avant, au lieu que ceux de Guyse présumoyent les avoir du tout estonnées -, nommément la Normsmdie, en laquelle il y eut beaucoup d'églises qui s'émancipèrent et s'enhardirent jusques à prescber puMiquement ; mesmement en h ville de Sainct- Lo, Caen et Dieppe. Ce que scachant ceux de Rouen, voulurent faire le mesme, sinon qu'ils furent retenus par l'instante prière d'aucuns présidens et conseillers de parlement qui les favorisoyent et exhortoyent à se porter plos cou vertement sans rien attenter de nouveau, ains à se contenter de leur estât paisible. Et de vray la cour passoit soubs connivence leurs assemblées, et n'estoit aucun contrainct d'aller à la messe, ne de rien Caire contre sa conscience. Mais Satan, ennemy de la paix et dç

térité, ne faillit pAê de taiter on sntre moyai. Estant dcmcque» arresté par les mimstres et anciens de Tégiise qu'ils demoureroyent cois, eeh ne peut avoir lien en fendroict de quelques libertins et écrits frettilans, amateurs de nouveautés, qui pour leur mauvaise vie et conversation n'avoyent esté receus au nomlire de ceux qui s'estoyent submis à la discipline ecclésia^ique. Ayans doncques trouvé soulier à leurpied^àscavoir un certain maistre d'escole de ce pays-là, lequel pour ses rcsveries et ré* vélations fantastiques qu'il avoit apprinses en la boutique des anabaptistes, ayant esté chas^ sé4 premièrement de Genève, et puis de plusieurs autres gltses de France, s'estoit retiré à son pailler, où il avoit acquis le bruit de bien instituer les enfans en quatre langues tout à une ibis, et en peu de temps, par certaines reigtes estranges et inconnues, néammoins tant certaines, comme il disoit, qu'il promettoit d'en foire merveille. Or eognoissoit-il le naturel fiàciie des hommes non expérimentés ; qui k &isoit parler phis hardiment au simple po^ pulaire, lequel à ceste occasion le recevoit comme un oracle descendu du ciel. Bref, il se plaisoit tellement en ses spéculations, et trouvoit tant d'autres aussi fob que luy, qu'on avofi grand peine à contenir ceux qui le hantoyent. Estant doncques chassé de l'assemblée de Rouen pour les raisons susdictes (au moins h cène loy estant ifiterditef à cause de ses propositions hérétiques, et pour avoir faict des bandes de oenx qu'on ne vouloit nullement a{q^rouver pour leurs déb(miemens et dissolutions), il conceut inimitié mortelle contre les ministres, disant qu'ils portoyent envie à son sçavoîr, pour n'y avoir aucun d'eux qui en approchast , et entretenoit ainsi son crédit avec ces libertins et gens désespérés. Advint qu'il ouyt le vent de la résolution prinse qu'on de prescheroil publiquement. Par quoy ayant nouveau argument de calomnier, il s'adresse à ses compaignons, et leur dit qu'il y avoit à Rouen d'habiles ministres et prescheurs soubs la cheminée, qui ayoyent leur vie plus chère que le devoir de leur charge, laquelle les astreignoit à prescher publiquement. Mais quant à loy* qu'il n'estoit tel. Car si on le vouloit sdyvre, il estoit prest d'aUer prescher en pleroe campagne, et de jour, où il dirolt choses merveilleuses que Dieu luy avoit révélées. Ces es-

SOUS FRANÇOIS IF

tourdis le creuirent fecilement, et allèrent de maison en maison advertrr leurs compaignons^ ea sorte que trois ou quatre jours durant^ il s'y trouva grande assemblée^ car ceux de l'église de Rouen, qui seavoyent qu'on avwt mis en délibération de prescher publiquement, estimant qu'on eusi changé d'advis, suyvirent la muhitude, pensant que ce fussent leurs ministres qui preschasseni ; mais cpiand ils vh*ent le galand et entendirent ses songes et resveries, chascun d'eux se retira. Entre autres choses, il disoit Pesprit de Dieu loy avoir révélé que l'Antéchrist seroit ruiné et abbattu de son siège par foirce d'armes; que Dieu l'avoit esleu pour chef et conducteur de l'armée ; qu'il destruiroit et osteroit tous les meschans de la terr^ ; qQ'il avoit coramendement exprès de ^mettre à mort totis les mesdians princes et leurs magistrats, et qu'il avoit pour certain et asseuré tesmoignage de ses révélations de ne mourir point qu'il n'eust estably un monde nouveau et net de tout péché, exhortans par là un chascun de prendre les armes, et ne s'estonner si Fentreprinse d'Amboyse n'avoit succédé, car ils ïtte l'avoyent daigné y appeler; mais pour certahi ses prédications adviendroyent de bref. Ce di^ sant, et sur chascun snrticle il feisoit une in-finité de trongnes et mines phantastfques, bcmchant ses yeux, ouvrant la bouche grande, la teste renversée, puis se courbant sur sa face se laissoit choir et vautroit par terre, escumam comme un verrat les yeux esraillés. Et ce feiisoit-il principalement quand il attendoit quelque révâation du ciel, en sorte qu'il faisoH rire le monde comme un basteleur. Toutesfois il abusa quelques gens simples, lesquels s'âmtisant à l'apparence extérieure de sa vie, plustost qu'à examiner sa doctrine et la conférer à la vraye pierre de touche, qui sont les Saineteé Escriptures, demourèrent fort opinlastres et creurem devoir advenir ce qu'il avoit prédit. Entre autres, deux frères Mis eoustn» le reeevoyent chez eux, après avoir esté chassé de toutes bonnes compaignies, et le maintenoyent de toute leur puissance , estant au surplus gens simples et de bonne vie. Le parlement ddverty de cecy, envoya à Gaillon où estoit le cardinal de Bourbon, et aussi devers Vlllebon, lieutenant du roy en Fabsence du duc de Bouillon, pour les faire venir à Rouen, à fin d'adviser aux moyens d'empescber cest enragé. Lequel

DE L'ESTAT DE FKA^CE

prescbant en pleine campagne lors de l'arrivée dadict cardinal, et l'ayant apperceu, commença à crier après lay, en telle sorte que ce bon pasteur accoustumé d'assaillir plustost les jambons que de deffendre des loups ses brebis, le gaigna de vistesse, et se sauva à course de mulet dans sa maison , combien que nul se fust mis en effort de le Cascber, ny d'aller après ; de quoy il fit plaincte au roy et audict parlement. Yilld)on d'autre part, arrivé avec sa compaignie de cinquante lances et autres gens qu'il avoit levés d'ailleurs pour empescher les esmotions, envoya quérir le prévost des mareschaulx, et sans dire mot le mena droict au logis de cest anabaptiste, pour le prendre, cuidant à la vérité que ce fust l'un des ministres de l'église. Le prévost, qui de son costé £avorisoit les assemblées et y alloit secrettement, et mesmes avoit retiré les ministres en sa maison, craignant toutesfoisqu'ilsen fussent sortys pour aller à la ville, et qu^on les eust suyvis et espiés entrant en ceste maison, ne sçavoit comment s'y porter ; car il ne vouloit estre ny descouvert, ny moins encores faire les captures. Ce pendant le phantasUque voyant qu'on le cherchoit, perdant son zèle, gaigna un grenier fort obscur, là où estant suyvi du prévost, il se meit dans une lucarne pour gaigner les tuilles ; à quoy le [Hrévoat mesme luy ayda, ne le voyant que par derrière et le prenant pour maistre Jacques Yalier, ministre, retourna dire qu'il n'avoit rien veu. L'anabaptiste, se voulant le lendemain sauver bors la ville, fut recogneu des cbartiers et brouettiers, qui le prindrent et le menèrent à YiUebon ; de quoy la cour fut aise au possible, et tous ceux aussi qui faisoyent profession de la religion ; car on leur avoit desjà rejette toute ceste pernicieuse doctrine sur les espaules, ce qui donnoit une grande couverture aux calomnies de leurs ad-* versaires. Somme, son procès luy fut faicten quatre jours, et à ses deux cousins, lesquels il avoit tellement eny vrés de ses fausses persuasions, qu'ils le pensoyent estre immortel, et ne les pouvoit-on destourner de ces resveries^ mais quand ils le virent brusler, et que ses révélations alloyent en fumée, ils recogneurent qu'ils avoyent esté séduicts et deceus, et montrèrent un grand signe de repeatance avant que d'estre pendus. Ceste condamnation estoit ^ulemcnt pour leur opiniastreté, etd'avoir logé

cest imposteur, mesmes de l'avoir mené et fait prescher. Alors tout fut appaisé, et le roy adverty de tout ce qui estoit passé.

Or, puisque nous sommes revenus à la cour, nous reprendrons nos dernières erres. Ceux de Guyse, ayant opinion que ceux de Tours lenr avoyent esté adversaires, et favorisé l'entreprinse d'Amboyse, meirent grosse garnison à l'entour de la ville, et persuadèrent au roy qu'entre toutes les villes du royaufioe elle luy portoit très mauvaise affection, et que presque toute la justice se ressentoit de ceste nouvelle doctrine, qui troubloit ainsi Testât de son royaume. Partant fut-il condud, que pour la chastier le roy iroit faire là son entrée incontinent après Pasques; de quoy on les advertit, pour tenir prests les préparatifs. Cependant pour les rafiraischir on y envoya un moyne renié, nommé Richelieu, avec sa compaignie de harquebouziers à cheval, levés pour la nouvelle garde du roy, et les meit-on en garnison en la ville; ce que le cardinal bisoil expressément pour les harasser, sçachant bien que ceste ca-. naille, levée de gens autant vicieux que leur capitaine, ne demoureroit sans remuer mesnage, et que se rebellant tant soit peu les babitans, on auroit argument de leur courir sus. Ce moyne, accomply en toute vilenie et desbordement, pour monstrer sa pétulance, de première abordée se vante à ses plus privés amis de la ville qu'elle seroit la première mise à sac, pour servir d'exemple aux autres ; et leur dict avoir esté expressémaat là envoyé par ceux de Guyse pour les irriter et trouver la moindre occasion du monde de les attrapper ; ce qu'il espéroit faire aiséement les cognoissant gens peu endurans et aisés à esmouvoir . Mais comme ilsedépartoltdesjà le butin, faisant son compte de mesurer le veloux, satin et taffetas à la pi-, que, et de se faire riche de la despouiUe des meilleures maisons qu'ilavoit jà marquées pour luy et ses soldats , les maires et eschevins de la ville, ayant sçeu ce secret , donnèrent ordre d'advertir leurs concitoyens du plus grand jusques au plus petit, à fin que nul ne s'esm^t; ains quechascun portast patiemmentsa violence et luy laissast jetter son venin. Ce pendant on faisoit secrettes informations de ses déportemens. Bref, on se gouverna si paisiblement jvsques au jour de l'entrée, expressément re-< tardée pour cela, qu'il ne peut esbranler au-

tiseo]

con, encores cfnHl letir en èdst donné toutes les occasions da monde. Les habitans doncqnes feîrent tout devoir à recevoir le roy, selon le temps et le loMr cpi'on leor avoit donné, et luy allèrent an-devant selon la constnme, miUeou douze cens hommes de pied, despartys par enseignes en assez bon esquîpage, portant mine de soldats. Ce qu'estant entendu par le cardinal, et craignant qo'en ceste mesiée quelque folastre se voulust venger de l'outrage faict à ses parais 09 amis (attendu qu'il s'estoit attaché à toutes manières de gens, et que c'est en tels lieux que Ton preste aiséement une charité) feit de^ndrede parle roy, sur peine delà vie, que nul des gens de la ville, ny autre que de la garde du roy, portast aucun baston à feu, se souvenant tousjours de ce qu'on hiy avoit pronostiqué, qu'il devoit mourir de ceste mort violente. Voilà l'ordre qu'il y donna pour l'heure, auquel toutesfoîs ne se voulant asseurer, il ne voulut tenir aucun rang en ceste entrée, ains se meit toutdesguisé en une maison privée, où il regarda passer le roy , jettant sa vue par-dessus les espaules de quelques siens gentilshommes qui regardoyent par les fenestres. Il advint en ceste entrevue une chose qui offensa grandement ceux de Guyse. Un homme méchanique ^u faubourg de la Riche, ayant un seul enfant de l'aage de sept ou huict ans, qui le prioitsans cesse de le mener à la monstre, de l'importunîté duquel le père vaincu, luy dressa cest esquippage. Estant boulanger de son métier, il print un asne de moulin, sur lequel il meit la garderobe de sa femme pour servir de housse, et son fils dessus tout nud, les yeux bandés, ayant sur la teste un morion de bois, peint en façon d'argent, sur lequel estoit un perroquet ou autre forme d'oyseau, qui avoit la teste rouge, picottant sans cesse la teste de cest enfant ; Fasne duquel , attaché à deux lesses, estoît eonduiet par deux jeunes garçons nuds et noirçiscommeMam^ etgensestrangers, etan ceste façon ceste mascarade marchoit à la queue des gens de pied de la ville. Estant cela remarqué par ceux de Guyse, ils eurent opinion que c'estoit un jeu expressément dressé par les eschevins et principairix de U ville, pour leur brre deq[>it, et représenter en un mystèresansparler, €e que portoyent les escripts des huguenauds, isçavoir^uele roy enfuit estoit eondnitt, gouverné et mangé par un cardinal et des estran- XVI« SIÈCLE, La PI. et La PI.

SOUS FRANÇOIS il. 297

gers. Par quoy leur tbH talent redoubla de tdle furie qu'ils vouloyent mettre toute la viBe à sac, sans autrement attaidre ; mais finalement l'inquisition foicte par ceux mesmes qu'avoit choisis le cardinal , il se trouva que ce pauvre homme l'eut plustôt faict que pensé, et qu'il n'en avoit eu aucun advis, et que son esprit ne s'estendoit jusques à telles spéculations. Ce néantmoins on ne le peut arracher de l'opinion de ceux de Guyse, qui disoyent qu'on avoit supporté la ville contre eux. Le roy cependant ne feit que disner dedans la ville, et alla coucher en Tabbaye de Marmoustier qui est là auprès, où il séjourna quelques jours à cause du cardinal qui en estoit abbé. Richelieu, fasché de ne pouvoir trouver occasion de commencer la mesiée, s'advisa tm soir, environ à minuict, de s'aller pourmener par la ville avec ses soldats, et se meit à chanter des psalmes à haute voix (pensant faire sortir quelques-uns delà religion hors des maisons pour le seconder ) à fin d^avoir l'occasion qu'ilcherchoit. Mais il ne fut suyvi que de deux ou trois valets de boutique qui alloyent aussi chantant de loing après luy. Quoy voyant, -et qu'il perdoit temps, il commença des chansons dissolues et pleines d'injures contre la majesté du roy, de la roine mère et de ceux de Guyse, et alloit dé maison en maison heurter aux portes de ceux qu'on souspeçonnoit, les conjurant d'aller à l'assem- Mée et chanter avec eux. Et le lendemain au matin fut trouver son' cardinal, lequel le présenta au roy et à sa mère, pour leur faire entendre que ceux de la ville de Tours avoyfent esté si impudens que de faire leurs assemblées de nuict, sans estre aucunement retenus de la présence du roy, et qu'après avoir chanté leurs psalmes ils avoyent finy leurs synagogues par plusieurs chansons infâmes, et qui touchoyent l'honneur de Sa Majesté, des ruines, mère et femme. De quoy le roy fut grandement irrité, en sorte qu'H envoya le prévost de l'hostel pour en informer sommairement. Mais il ne sçeut estre si diligent que la justice ordinaire et maire de la ville ne le prévinssent. Et sçachant ce Scandale estre procédé par Richelieu, cela fut joinct avec les précédentes informations. Le prévost cependant ayant enquis les soldats de Richelieu et quelques faquenelles de cour, en fit rapport au roy qui le trouva si mauvais, que la ville cuida tomber en merveilleux péril, sinon que

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DE t*EST4T DE FRANCE

ks juges, le nMrine et jâscfaevtwatriir^reDt anm Boobdaia, lesqnebfeirent viveneat entendre i Lettre Maje^bésfesdéporteBiensde ce moyoe, qoi ne fat sans faire rougir ceux de Guyse. Toutes* fois Us «xe laissèrent de oontiauer leui!s mena* ces, et foire i^finû^s reproches à ceste compaî* gnie, -taxant spécialemeni les gens de justice d'esU« tous béréti({ues, sinon un { pariaôl d'un eertaifi adiK>eat nommé CJhaloppin , homme du tout adonné à mai et à remuer mesnage), et les blasmant de leqr connivence aufaict de la iretigio»» veu qu'ils n'en avoyeot faid. mourir W^4ia d^ longtemps ce qui avoit donné Cayeur a«x rebeUes. A quoy ils feirent de grandes ex- «fuses, rabattant les coups au mieux qu'ils pouvoyent, en sorte (fm le roy nuxiéra aucune* i^ept sa colère; joiACt qu'il vint ce jour4à i)Qttvellesqtte par tous les endroicts du royaume 4i» feisoit preseber publiquement ; ce qui es* ipnna grandement la cour, en sorte que tout lut remûs k une a^tre fois, ^ leur baiJla*t-oa des gens de pi^d en garnison, pendant que la -gendarmerie (aisoit comme un dégast de lem:s * JUens aux champs. Entre autres reproches qqe JiS candinal de Lorraine feit aux présidens et 4xmseiUeFs 4e Tours, il les blasma aigr^iv^ent de ii^qa'ih avoyent aoufieet prescberenlenr ville «n JDfavid, qu'il appeUoit «postât de sa raligioa, fl^ lequel, oultre sa fausse doctrine, preschoU £3^ habit indéeent. licur response fust qu'il estait à la suite de la roine de Navarre, princesse 4» sang, autorisé de sa présence ; qu'ils ne saifoyent queHe estoit sa doctrine, pour ne l'avoir wy peeseber, ny de queUe religion il estoii aujMuravanl. m Vous vws en deviez enquérir, réf)liqua le cardinal, et ae devez aucunement ^miiffrir teUe chose à qui que .ce soit, non pas, 4isoiit-ii, à moy*me$me si je le voulois faire presoher , ou autre de sa &rine. » De là se peut ^mr quel rang il vouloit temr en France, ê'oslevant par-deswis le rang royal, voioe mesmie fMtr-dessus ceux qui portent tiltres de roys.

La roine mère , depuis le &iet d'Amboyse, Yoyant que les évangéliques ne s'adressoyent plusà elle, maispoursuy voyent leur poincte par 6ux*mesmes, entra en grand souspeçonqueles >Q£Gansés tascheroyent à se venger. A tant elle s'adressa à un sien maistre des requestes nommé Cbastelus, abbé de la Roche, qui favcNrisoit aueunement ce party, à fin de trouvier moyen de laire parler à ^e Chundieu^ mm^trede Farîç,

par la bouche duquel eOe désl»>ît mervetUeuse* m^t estre inatruiete de la yraye aource et on* gine des troubles, et pareillement d'avoir son ad vis comment onypourroitpourveoir, et quel moyen on tiendroit pour donner estât paisible à ceux de sa reUgion» sans qu'il advinst auenn inconvénient de l'autre partf . » Car , disoit-elle, j'ay ouy réciter tant de vertxis et grâces singulières de ce jeune gentUbomme • que je crois qu'il ne me trompera point , join(^ que ce sont gens de parolle. Car quand ils vindr^t à Vil* liers-coste*&ets l'an passé pour parler à moy, ils m'asseurkent que si je ne faisois cesser les persécutions, on verroit une mervdileuse con* fusion et désordre en ce royaqme, et vous voyeï où nous en sommes vmius, mais je crains que pis advienne. » Cbastelus, ayant eu ce com* mandement au partement du roy de Chencm* ceau, s'acbemina vers Tours accompaigné d'un nommé Hermand Taffin, gwtilbomme servant deladictedame, qui aussi faisoiit ^ande profession derÉvangile, estimant tous deux &ireser* vice très agréable à Dieu et au roy. Estant donc là, Taifin qui estoit nneux cogneu, pour avoir fréquenté ks prédications à Paris, fit entendre la légation de Cbastelus à queJques-uns de l'église qui lui furent adnessés. On lui fit vesponie que le ministre que ia roioe deman* doit n'estoit pas àTours,ni mesmes au royaume. £t sur ce qu'il demandoit en son lieu le ministre de Tours, nommé Charles d'Albiac, autre* ment Duplessis, on lui dit x]u'il vouloit bien y aller, mais qu'il estoit sous la puissance de son égUse, laquelle ne le hiy permettront, ayant ses pasteurs trop cbers pour les hasarder ainsi; joinctqueladictedaiiieavoit donné peu de témoignage de son bon vouloir envers eux par les actions passées , aussi que ce qu'elle désirait sçavoir sepourroitbien escrire par lettres, i ref , qu'on oonnoiasoit l'esprit de ceux de Guyse estre tel, que s'ils avoyent descouvert un nûnis^ tre à la cour (encores qu'il y fus! allé sous la foy et sauve-garde de ladictedame), il ne seroit toutesfois en sa puissance de le pouvoir garantir. Et pourtant ils la supplioyent d'estre excusés, n'ayant au reste faulte de bonne volonté envens le roy , qui les trouveroit tous^urs loyaux et fidèlessubjects. Ilsadjoustècentaussi pour excuse les indignités receues par 4XK0i qui en toute humilité, et selon la pernussion du roy, estoyent allésdevers Sa Majesté luy À^ Jeun lemoei^

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SOUS FRANÇOIS II

trances ; car OA les & voh tellement menacé» et intimftdés q^e rien pk», etn'avoyem Mllem«il esté tmys en lemrs (Méances. Partant Hsayoyent advisé en somme de là ^pplier de reehef de se** vwriolr contenter de letnrs lettres, par lesquelles ils espérô^ent la rendre certaine etasseurée de ce qn'eHe demandœt, et que Dieu leur feroît la grâce de lui donner des ouvertures grandes, par lesquelles les deut partys demeureroyent coniens, et le royaume autant florissant et pai-^ sible qu'il fut oncques, lequel autrement estoit en danger d^ncourir un lamentable danger, si on continooit le cours des persécutions. La rohie ayant entendu ceste respoose, manda qu'on lui eseriTH par l'adresse de Ghastelus, promettant qu'elle moûstreroît par eltect n'avoir dédaigné leur conseil. Cependant elle les prioit se contentr en la plus gratîde modestie que hàre se pourroit, à fin que leurs adversaires n'eussent occasion de leur courir sus. Mais sur tout elle les prioit très instamméttt de tarir secret tout c^ qu'ils voudroyent lui envoyer; car elle vouloit s'en aidèr< en' telle sorte que Ton pensast que les ouvertures qu'ette feroît vinssent seulement de son advis et industrie, et non d'autre main , autrement elle gastemit tout, leur pensant aider. Cela fat cause qu'on meit la rnatn à la plume, et fet ceste remonstrance fliticte sous le nom emprunté deThéiophile, qui signifie en françois aime Dieu, etcoutenoit en somme ceste re^ moDStrance ce qtrt s'emiuH :

Que tous bons et loyatit subjectsdivroy devoyent en général et particulier chercher l'accroissement et grandeur de leur prince et souverahiseigneur, voire d'autant plus diligemment que de luy dépendoit le travail ou le repos, False ou la misère de tous eem qui vivtofent sous ieetay. Que suivant cela, Il y avoit trois mots que hry prévoyant les misères et calamités depois advenues , et tendantes k esmotion contre la maison de Guyse, meu de pitié et de crainte, Il avolt usché d'en advertfr le feu chancelier, mais ces lettres ne luy forent rendues. Quedepuis, voyant d'un eosté le seur accès qu'il avott pieu au roy donner à tomes personnes, estre hiterrompu de la part d'aucuns; et d'autre pffft, les dangers qui à ceste occasion m préparoyent plus grands que jamais; bref, voyant que telles choses ne luy pouvoyentéstredédumekà bouche, sans metifëMÛàA^Mïk ^mt^^^tê présenta

royentr et hii avoH sénblé nécessanre de recc«rir à ce seul remède, de parler à dk par escript , encores que les escripts fussem saaa ré^ pHque pour hry faire attendre la cause de» esmotlons, et luy déclarer le seul ittoyen (à son jugeaient très aîsé) pour appaiser le mal qui estoit à la porte ; scachant bien qu'il estoh cb s» puissance d'y remédier, et qu'elle ne refuseroit nub moyens pouf teaàm le règne de son fils heureux et paMMe. Que si cbascun voulott entendre son office, k ce que la raison tet seule maistrease, et non la force et violence, ceste calamité seroit alséement tournée en une paix et umm très profBtable à tous. De là entram en matière, ce Théophile dict qu'il croyoit qu'elle estoit toute résdue (queîfoe chose qu'on luy eust voulu persuader au eontraîre) que les forces qui estoyeat 8p|)aruef près Amhoyse n'estoyent cfntre la majesté d« noy, ny contire eHe, ou aucun ptinee du sang^ mais seulement pour se nninir contre ceu^ qui les vt>udroyent émpescher de se présenter à Leurs Majestés, pour leur remonstrer les chose» qui concernoyent Testât d« roy et la conservation du toyaume ; estant la mort plus dési*' rable aux bons subject^franfeols, quedc souffrir hi domination des estrangers qui se voulôyetit fartivement emparer du royaume, akm que portoyent leurs remoMUranoes pubiiéei partout; et leflqœlles aveyent obtenu grand Reu envers toutes sortes de gens peur éstre maintomes. Citr autrement on scait bien qu'on ne pourreit excuser une teHeeoÉirepnnse^ ains faudroit la détester comme permcieuse, attendu qv'il n'y a droict divin ni humain qui permette aux subjeet» d'aller en armes faire doléance à leurs princes, ains seulement avec humbles prières^ Et pour monstrèr ceste leur fidélité estre siU' eère, eUe se pouvoit souvenir eond)îett de kkê^ quand on avoit parlé de par le roy, oe nom leur aveit esté si précieusement rcoemnHmdé, que comMen qu'ils eussent assez de force pou» vepoulser une violence contraire^ si est-ce ept mettant les âmes bas, lia avoyent mieux al« mé encourir la note de oueur lasche que de faire aéte approchant de rébellion et de désobéis* sance contre leur prince et naturel seigneur. Ce que n'estant prins en payement, mais au contraire ayant sevvyd'oecasiim aux meschans d^escre tant (flui aodacieum, jusque» à faire tt«te de tyrint, usdrpatewa du poy e( du

DE L'ESTAT DE FRANCE

royaume, contre toutes les loix et statuts inviolablement observés en France , il a esté finalement licite de repoulser ceste violence par autre violence, veu cpie leurs ennemis empruntoyent les forces du roy pour les destruire. Et ce qui les esmouvoit davantage, c'estoit que ïnesmes les édicts du roy Caicts auparavant et durant les dangers, par quelque petite forme de conseil i^hoisy à la dévotion de ceux de Guyse, sans le consentement et vocation des estats, comme revoqueroyent les anciennes observations, n'estoyent aucunement gardés, et encores quMls fussent captieux et subjeets à diverses interprétations , ce néantmoins l'exécution en a voit esté interrompue par lesmenéesdes dessusdicts, lesquels oultre ce qu'ils avoient pratiqué, que le retentum faict par la cour de parlement en publiant Fédict de mars dernier, ne fust imprimé (pour cy-après attrapper ceux qui voudroyent jouyrdu bénéfice d*iceluy), ils avoyent aussi mandé à tous les juges particuliers ne le faire publier, ains superséder Texécution d'ice* luy, en quoy ils avoient plustost estéobéys que le roy, pour ce que Tautborité souveraine et les forces estoyenten leurs mains. £t combien que par contrâlict ledict sieur eust quitté et remis la peine que pourroyent avoir encourue tous ceux qui avoyent prins les armes, et que tous en dussent estre partidpans , si n'avoit-on laissé de faire mourir sans aucune figure de procès, et au préjudice de cestédict, tous ceux qui avoyent quitté les armes au simple mandement du roy, et estoyent allés parler à lui pour luy remonstrer qui les mouvoit, encores que quelques-uns d'eux eussent la foy promise de M. de Nemours, chose insupportable à ceux auxquels ces meurtres appartiennent, et qui s'en ressentent ; joinct qu'on n'avoit eu aucun esgard aux accusations par eux proposées contre ceux de Guyse, lesquels (disoit-il) n'ont autre soingquedese saouler du sang innocent, dont on les a allaités durant la guerre des païsans en l'an 1525 (là où pour un coulpable dix mille innocens passèrent au fil de l'espée), et depuis consécutivement ald)reuvés de ce mesme breuvage. Davantage que pour rendre du tout inutile cestédict, ils poursuyvoyent par tous moyens et sans cesse les autres gentilshommes qui s'estoyent retirés, pour les faire aussi mourir et s'emparer de leurs biens. £t eneore^que le roy eust £aict ouverture à toutes

personnes affligées d^aller seurem^t devers Sa Majesté présenter leurs requestes et supplications, si s'estoit-on bien apperoeu de l'empeschement que ceux de Guyse y mettoyent, ac* compaigné de dures menaces. Et ce quifaisoit de plus en plus paroistre leur mauvaiae affection, c'estoit leur déclaration de la maniât de tenir un concile, où ils faysoicQt parler le roy comme leur inférieur, lequel, au lieu d'y présider et faire tout décider par la paroUe de Dieu, serviroit seulement d'exhorter les prélats à changer leur mauvaise vie, sans toucher à la doctrine, ny donner aucun lieu aux pauvres infligés de monstrer comme elle a esté corrompue et pervertie par le clergé, et sans qu'il fust loisible audict sieur roy y députer juges oompétens, d'autant qu'ils vouloyent estre juges et parties, et condamner leurs adversaires sans les ouyr... De quoy on inieroit qu'il ne falloit avoir aucune asseurance aux édicts et promesses du roy, pendant que les dessusdicts seroycnt près Sa Majesté. Voilà, dict Théophile, les bruits qui courent, et qu'r ont tant de force que ceux qui s'estoyent retirés paisiblement, voire mesmes qui n'estoyent encores bougés de leurs maisons, surmontés par impatience, se préparoyent à marcher comme désespérés, jugeant qu'il leur convenoit plutost mourir tous ensembleen combattant, qu'estantprins en leurs maisons l'un après l'autre tendre le col à un bourreau. Ce qu'elle devoit bien considérer, et penser en elle-mesme à la conséquence où pourroyent tomber cesdésespéréesentreprinses, oùl'onjouoit à quitte ou à double. Car encores que ce fust la ruine de ceux qui s'eslèveroyent, si est-ce qu'elle devoit plutost y remédier promptement, que l'eCEect advenu procéder à la destruction emière de ceux qui autrement estoyent de ses meilleurs subjeets. £t quant au moyen d'y remédier, qu'il &Uoit en premier lieu pourveoir au gouvernonait du royaume, et bailler un conseil au roy, non à l'appétit de ceux de Guyse, mais selon les anciennes constitutions et observations de France. En second lieu, qu'il falloit appaiser les troubles de la religion qui estoyent seulement provenus des traditions humaines, à l'observation desquelles on vouloit contraindre les consciences à les croire et recevoir comme les Sainctes Escriptures, sur peine de damnation, encores que la pluspi^t fwsmi dirçctemept cwtmires a«ix

SOUS FRANÇOIS IL

commandemens de Dieu. Car quant aux principes et fimdeinens de la doctrine^ ils en estoyept d'accord, loe^es de la vérité et substance des sainctssacremens, desquels abusoyent ceux de TÉgM romaine^ les faisant seulement servir à leur avarice et ambition, et délaissant leur vray et naturel usage. Ce qui ne pouvoit estre souffert de ceux qui avoyent la conscience pure et nette devant Dieu, et qui ne demandoyent sinon une réformation tirée des Sainctes £scriptures et des docteurs vrayement catholiques et conformes à iceUes, devant la corruption parvenue en ce tcsaps, jusques au comble de son pis, et qui ne se deffendoit que par continuation d'erreur avec feux et fagots pour toutes raisons, comme si les Sainctes Eseripturesdu Vieil et Nouveau Testament, ou lesdicta docteurs anciens n'estoyent plus anciais que les plus nouveaux survenus depuis. Que ces choses doncmeurement considérées (joinct aussi que par le dernier traicté de paix, conformé par le roy,ledict concile ayant esté accordé et par ce moyen les poincts à présent contentieux, que Ton vouloit auparavant estre tenus pour certains, estant déclarés disputables), Ton ne pouvoit en bonne conscience procéder contre eux par feux et tourmmis au préjudice dudict accord. Le meilleur donc estoit de faire tenir ce o<mcile, sainct et libre; autrement Ton pourroît à bon droict déclarer toutes les exécutions faictes, sinon auparavant à tout le moins depuis ledict accord, violentes et précipitées par attentats. A ceste cause ladicte dame y devoit d'autant plus incliner le roy son fils, et tenir pour certain que ledict sieur et elle n'auroyent jamais joye au cueur, s'il estoit trouvé que son règne et domination eust esté souillé du sang innocent, qui demande sans cesse vengeance à Dieu ; car il n'y a vertu au monde plus excellente ny mieux séaiUeauxroys, nequi les fasse mieux ressembler à la nature divine que débonnaireté et démence. Et combien qu'on se fust apperceu y en avoir quelque semence au roy, en rédiet par lequel luy a pieu commander de mettre en liberté ceux qui estoyent retenus pour cause de leur foy , toutesfoisc'estoit bien peu d'oster pov un instimt la douleur d'une maladie, si quant et quant la cause et la racine n'en estoit ostée. Car de quoi servira-t-il d'avoir ouvert les prisons aux pauvres misérables» i^it^eo^ist après .on recoam^oe plus q^e de^

vant.à les tourmenter? Il est certain que par ceste sin]q[>le délivrance, ils ne diangeront ny de conscience, ny d'opinion, puisqu ils n'ont peu estre Ueschis par longues prisons, gehen-. nés, fagots et feux, ne par aucune autre violence, mais bien par disputes, par textes de la Saincte Escripture, et par un concUe sainct et libre, sinon général, à tout le moins national, auquel toutes les qualités requises estant observées, et le droict rendu au petit comme aa grand, sans exceptions de personnes, toutes choses soient décidées par la parolle de Dieu, et non par ce qui semblera bon aux hommes. Yoilà donc le moyen que bailloit ce Théophile pour appaiser les troubles, lesquels autrement ne prendroyent fin. £t ce pendant il requéroit qu'on laissast en repos les consciences qui demeureroyent en la simplicité des Escriptures, et que on leur permist de vivre selon le contenu d'une confession de foy accordée et receue en toutes les églises réformées d^ France (laquelle à ceste fin seroit baillée à Leurs Majestés), donnant assurance certaine par édict irrévocable à ceux qui pour cest effect iroyent devers eux la présenter, et monstrer qu'elle est prinse des sainctes et sacrées £scripture8,ne répugnant en ri^, ains se conformant à la doctrine des docteurs anciens et approuvés. Au reste, que ce qui la devoit esmouvoir àcela, estoit la continuelle expérience des choses advenues depuis quarante ans en çà, qui monstroyent assez combien peu ou rien avoyent prolfité les feux et les glaives, veu que pour un mort deux cens s'estoyentadjoincts de nouveau à leurs assemblées; par quoy si on vouloit continuer il y avoit grand danger, non-seulement que la fleur et l'eslite des subjects du roy fust mise à mort, mais aussi que tout le royaume tombast en désolation, et finalement fust du tout destitué d'habitans. Car pour dix mille qui se monstroyent, cent mille se tenoyent cachés. Joinctque lesanciens, que nousappelons Pères, avoyent tenu toute une autre procédure pour destruire les hérésies de leurs temps, et qui se sont attachés à la faulse doctrine, et non à la haine des hommes. Et que quand bien, leur cause seroit mauvaised'elle-mesme, ainsi qu'aucuns le jugeoyent , toutesfois veu qu'une grande partie du royaume en estmt entachée, il seroit ' plus raisonnable à un chef de supporter ses • pauvres membres que, les retranchant les uns

DE L'ESTAT DE FRANCE

après les autres, desfaire tout son corps, et vaudroit mieux avoir un corps malade que de n'en avoir point. Cecy, dsoit il, en attendant la médecine d'un concile auquel ceux qu'on eondamnoit maintenant sans estre ouys s'attcndoyent de gaigner leur cause.

Geste remonstrance fat envoyée à Chastehn par un jeune homme nommé le Camus, fils du feu peletier de ladrcte dame appelé le Prince, lequel eut charge expresse de la mettre es mains dudict Chastdus, et non d'autres, pour les raisons susdictes qui luy furenft expressément déclarées. Mais ne l'ayant trouvé en cour, s'a^ dressa à Fescuyer Feuquières et à la damoysellc du Goguier (favorisant pour tors le party , ôt qui avoil l'aureilte de ladicte dame), qui firent d'advis pour l'importance du feiict, présenter ces remonstrances à ladicte dame, sans attendre le retour de Chastelus qui estoit en Piedmont, devers la duchesse de Savoye. Or, combien que le Camus préntéditast le danger où il se pourroit mettre, si est-ce que préférant le salut public à son Intéresit particulier, it 96 résohit de les luy présenter. Ayant premièrement tiré du paquet deux lettres adressàîites à des particuliers, au lien d'ie^ks il y meit h confession des églises de France, dressée quelque temps auparavant en un synode tenu k Paris. Et pour cest effect prenant couleur de présenter un paquet à ladktedame, pour avoir a^ignation des deniers qui estoyent par elle deus à feu son père, après avoir par plusieurs fois essayé sous ce prétexte de la trouver opportunéement à part, enfin un jour de l'Assomp* tfon, qu'on appelle, en l'abbaye de Beaulieu es faulxbourgs de Loches, tenant son paquet en une main, hiy présenta son paquet de l'autre où estoyent lesdîctes remonstrances et confession de foy des églises, pour Ta voir trouvée à propos entre deux porches, sans estre apper* ceu de la jeune mine qui la soyvoli, conufle estant atnt aguets de toutes ses actions. Estant entrée dans la chambre, elle se retira à pan pour lire, où elle en eut tout loisir. Mais durant ceste lecture s'approcha la jeune roine pour les voir. Ce qtie ladicte dame luy permit, et luy bailla potir les porter au cardinal et duc de 6cryse< Le Camus s'estant retiré de sa présence et cherchant lieu de seureté en attendatit la iraict,ftit envoyé quérir par Noblesse, valet de ebambr^ de ladtete dame, (m m$m reoomtré

devant le logis du roy, fbt remené en sa chambrCi là où intcrrogué par ces deux ruines qui luy avdit baillé lé paquet, et qui estoit Patitheuf de ces remonstrances, arriva le roy, le cardinal et le duc de Guyse. Le cardinal print la parolle, demandant qui l'avoît chargé de ce paquet. Il respondit que c'ewoit; un gentilhomme gascon notmné Théophile^ tfatrement Bordenave, en la ville de Tours, qui l'avoît cogneu à Paris et à Rome, duquel ayant entendu avoir affaire à ladicte dame pour chose de très grande importance qui concemoit la sau veté dd roy, de ladicte dame et de tout le rcfyaume; luy qui ne demandoît pa» mieut que d'avt>tr ceste ouverture de pouvoir fiiire ttti borf service k son prince, n'avoit faict aucune dfffi^hé de le prendre et présenter k 8ar Majesté, U suppliant que s'il y avoft Chose dont elle se peust offenser^ cela fust pardonné à aa légèreté, de s^estre ainsi aiséement laissé pehroatter, sans avoir assez de prudenoé pot» àdvî^ à ce qu'A entreprenoit.

Le cardhiat Penquîf exactemetrt de l'entre-' prinse d' Amboyife, et i*'îl ne s^tdit pa^blen qtf I! y avoit un prince qui en estofl chef ( sans toutesfidis le nommer jjpur lors), et stn- ce entt-emesfcant plusieurs propos et redîctes tant de sa religion que du faict d'Amboyse, pduf tasfeher i le surprendre en parolles : enfin le Camus i^spondït qu'il n'en sçavoit rien. Bîefr avôit-il ouy dire que l'entreprinse d*Amboyse n'avoit esté faicte à autre fin que pour assembler les estat^ du royaume, pour remédier aux confu«ons qui y estoyent; et que c^te entreprinse ayant mal succédé, n'avoyent pour cela pefdu courage les entrepreneurs, mm qu'ils avoyent délibéré la redresser plus asseuréement que jamais, en s'emparant d'une des provinces du royaume, et là s'y fortifier et faire courir tant d'escripts et en tant de langues « que toutes nations entendroyent le mérite de leur cause. Ne pouta«t tirer autre chose de Oamus, quelque beHe pro* m^sse que luy sceut faire spécialement le dûc de Guyse, de luy faire pardonner, y^ vindrent aux menaces de le faire mourir, s'il ne vorfott autrement dire la vérité. Et sur ce Fenvoyèrent au chancelief de THospitat, qui l'interrogea en la présence de Marillac, arcfaevesque de Vienne, et de Morviffiers évesque d'Orléans, auxquels le cardinal avoit commuttJqué le tout. Mais n'en àyam peu tirer «titre ebose que oe qb'H

SODS FRANÇOIS tl.

«voit 4ict cy4eiiitf, ils r«Q?oyèrent prisonnier «otre 1^ marns de Grtseo^ lieutenant dn pré> van de rhostei, qui dès le lendemain, la cour lestant sur son parteœent, exhorta le Camus de {Mmerà lay, et dire la vérité; ne pouvant antre chose tirer de luy i|ue ce <pi'il avoit dict le jour préoédeni» l'ayant admonesté de peqser à sa coQBcience, sans Tavoir autrement ouy ni examiné sur aucune» chaînes et inforanations, oy observé aucune formalité de justice, luy l^ronoAça une sentence simulée, par laquelle il le oondamflhoit à estre pendu et estranglé ce jour mesoMt incontinent après dianer. adjou»tant que le bourreau estoit* là près, pour faire Tejiécuûoa; chose qu'il disoit avoir à grand desplaisir, pour la oognoissance qu'd avoit eue 4e sfm leu père et de luy, mais que o'estoit par commandement du roy; ne voyant aucun moyen de pouvoir sauver sa vie, sinon en requérant un presbtre pour le confesser, prendre uae croin et faire comme un bon catholique, et que lors le roy passant par là, il se pourroit troQvcr quelque bon gealllhomme qui deman- 4eroit sa grâce, tant pour la bonne amitié qu'ils avoyent porté à sein père, qu'aussi en eonsidéjïation de sa jeunesse.

Or combien que le Camus se trouvast saisy d'une merveilleuse crainte de l'appréhension de ^cestie sentence de mort, si est-ce qu'après avoir prié Dieu, ^tant disposé de mourir, puis que c'estoit son plaisir, il dict qu'il seroit bien roarry de tenir le roy pour un tyran, mais bien dtsoit-il que puisqu'il n'avoit commis aucun «rii»€ contre la majesté du roy, il ne pouvoit le faire mourir que par manifeste tyrannie. Tout^sfois puis que la volonté de Dieu estoît 4elle, il s'y accordoit, mais quant à demander ^a presbtre pour se coniesser, et prendre une citHX, qu'il n'enferoit rien,«t que cela estoit ipanifestement contre sa religion.

Et comme ledid lieutenant du prévost sur cela luy proposoit ne trouver autre expédient pour luy sauver la vie, survmtun bommepour le mener parler au chancelier, lequel à son re- UWT trouvant le Camus plorant et pensant à m conscience, lui dict qu'il avoit bien matière de remercier la roine sa maistresse, mais qu'H ne pouvoit asseurer de sauver sa vie, si iuymesme ne s'aidoic. Néantmoins la cour partant fit jour jmsme pour aUer à Romorantin, il te |aî«Ni prisonnier au cb^^ean de Loches.

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