‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 14Chapitre 40 sur 69 · UU · texte numérisé non relu

UU

ennemis se estoient reserrés en leur camp, après avoir à leur veue mis le feu es villages à l'entour, commençasmes au petit pas à nous retirer, toumans visage par deux fois devers eux pour veoir s'ils nous suyvroient, et ainsi assez tard arrivasmes à Montcauré, une lieue près de Montereul, où fusmes de séjour cinq jours entiers pour tousjours sentir et cognoistre les entreprises de l'empereur ; ausquelles, estans encore nos forces assemblées , plus aisément pouvions obvier et aller au-devant, s'il se mettoit sur les champs. Mais estant sceu que son armée n'estoit encore sortie de son premier logis des plaines de Marque, pendant le temps qu'on réparoit les ruines du chasteau de Ranty , le roy proposa aussi donner quelque peu de repos et ralreschissement à la sienne , nonobstant qu'avant les cinq jours entiers, la faute de fourrages et le mauvais air de la marine nous contraignèrent de desloger et approcher plus près de Montereul, où séjoumasmes cinq autres jours entiers, estant le roy logé en la Cbartrouse, et le camp estendu le long de ceste petite rivière de Canché. Là nos compagnies angloises et escossoises receurent une mauvaise attainte pour s'estre escartées et logées deux lieues plus avant que l'avant-garde, en un village appelé Marenlo, où les ennemis en estans advertis, guidés par un paillard du village mesme, les vindrent surprendre environ la minuict, et meirent le feu en leurs logis, où furent bruslés quelques-ims, et de leurs valets et chevaux les aucuns tués ou emmenés prisonniers.

Et s'estant l'empereur retiré à Sainct-Omer, sans qu'il eust moyen de pouvoir entreprendre chose de grande importance et dommageable contre nous, aussi que Thyver et mauvais temps arrivoit, le roy partit de là avec M. de Guyse et quelques gentilshommes de sa maison, et s'en vint à Gompiègne après avoir fait bien munir et renforcer les garnisons des villes d'Ardres et de Boulongne, pour &ire teste et tenir fort contre l'ennemy , s'il les vouloit assiéger ; et demeura chef du surplus de l'armée M. le connestable, tant pour la contenir unie, que pour mieux et promptement prouvoir à ce que délibéreroit l'empereur, qui.a de coustume, sur sur la fin et issue de la guerre, user de quelque ruse et cautelle. Par quoy journellement nous faisions courses et charges sur son camp, tant pour en scavoir et cognoistre quelque

chose, que pour tenir escorte à nos fourrageurs qui estoient contraincts de aller fort loing pour recouvrer vivres et fourrages pour nos chevaux. Lesquels, n'ayant plus de quoy pouvoir nourrir, force nous fut de rechef desloger et passer la rivière de l'autre part où estoit nostre armée logée et campée es villages de Brumeu, Eqpinea et Beaurin, et le long du rivage de ladite rivière. Nous séjoumasmes là quelques jours, pour la doute que nous avions si l'empereur romproît son camp, parce qu'aucuns soldats des siens qui avoient esté pris nous certifioient qu'il assiégeroit Montereul, et les autres Ardres ou Dorlans. Toutesfois, depuis fusmes advertis que ses soldats le laissoient et se départoioit à la file par faute de vivres, et qu'ils estoient mal payes. Dont M. le connestable, pour ne consommer aussi davantage le reste des vivres de ceste frontière, qui estoient de^à fort diminués et renchéris, renvoya les rière-bans en leurs maisons, et donna congé aux Suisses, bien contentés et satisfaits de leur solde. Et peu de jours après, avec M. le maréchal de Sainct-André, vint retrouver le roy , estant la conduite du reste de nostre armée remise à M. le duc de Vandosme ; qui fut cause que l'empereur, qui tousjours avoit délayé et dissimulé sa délibération, voyant nos forces diminuées, rappeUa quant et quant quelques compagnies qu'il avoit auparavant fait partir de son camp pour sortir en campagne et tirer vers Hédin. Ce que prévoyant mondit sieur de Yandôsme, et qu'il se vouldrcnt venger en bruslant nostre plat pays, comme nous avions fait le sien, feit desloger scm camp pour tousjours le costoyer, et tenir en crainte de n'oser départir et escarter son armée ; et ayant passé la rivière d'Authie, ce soir campa à Dampierre jusques an lendemain environ midy, qu'il fut adverty que la plus grand^part de l'armée et cavaUerie impériale estoit descendue à Auchy-le-Chasteau, qui est au comte d'Aiguemont, et y avoit mis le feu et desfait et rompu quelques compagnies de nostre cavaUerie légère que mondit seigneur, se doutant de leur venue, et pour les empescher de passer la rivière en cest endroit, y avoit envoyées. Demi soudain leva son camp de Dampierre, et <^dant, selon le chemin que l'ennemy premMt, qu*ii viendroit assiéger AU>eville ou Dorlaos, s'approcha plus près de ces deux places» qu'il remunit et renforça de tout ce qui estoit néces-

GUERRES DE BELGIQUE, LIV. VI

saire. Pais, le lendemain» premier jour de septembre, passa la rivière de Somme, eât a;Bseit et logea son camp à Pontdormy, lieu fort commode pour couvrir et garder toute ceste contrée et le passage de là rivière.

Ce jour mesmè les ennemis commencèrent à faire dégast et brusler le {dat pays que nous avions abandonné, qui n'estoit d'estendoe de plus de deux ou trois lieues, et vindrent can4)er à Sainct-Requier , à deux petites lieues de nous, d'où ne pensions qu'ils desipgeafiiseat sans nous présenter la bataille et faire quelques courses et bravades. Par quoy, le lendemain de grand matin M. de Yendosme feit partir la cavallerie légère, avec trois cens hommes d*armes pour les soufltenir, soubs la conduite de M. d'Anguian« qui s'approcha de leqr camp le plus qu'il foi possible, et les garda de s'escarter pour brasier et destruire les villages, les tenans tellement en crainte et subjection, qu'ils marchoient tousjours à troupes et fort unis et ser- .rés ; et sur le soir destroussèrent à leur queue quelques diariots chargés de leurs vivres, qui n'estoient que pommes, bierres^bouilions et fort mauvais pain; qui nous feit penser qu'en si grand défault et nécessité de vivres ne se tiendroient longuement campés. Toutesfois après ils dévallèrent le long de la rivière d'Âuthie, et meirent le feu par tous les chasteaux et villages du long du chemin, comme à Dampierre,Dourne, Madiy, Machié, Maintenayet plusieurs autres. Dont soudain mondit seigneur de Yandosme feit partir six vingts hommes d'armes, tant de sa compagnie que celle de M. de Sainct- André, avec neuf enseignes de gens de pied, pour se loger dans la ville de Montereul, que

les ennemis, ainsi qu'aucuns de leurs soldats prisonniers disoient, vouloient assiéger. De quoy advertis, changeans de propos, retournèrent passer la rivière d'Authie, et descendirent en un mai'ets au-^lessoubs de'Hédin, entre icelle et un autre qui vient de la comté de Sainct-Pol, où, en un lieu appelé Mesnil, propre à estrc fortifié pour la garde et asseurance du bailliage de Hédin et comté de Sainct-Pol, le douziesme de septembre commencèrent à dresser et bastir un fort, ayans, pour plus tost le mettre en défense, levé des pays des environs grand nombre de pionniers et manœuvres, en quoy ne pouvoient estre empeschés ; car, outre ce qu'ils estoient les plus forts, nostre armée estoit fort diminuée et amoindrissoit tous les jours, tant à cause des maladies qui survenoient à nos soldats, que des compagnies que nous avions envoyées aux villes qu'ils nous menassoient de vouloir assiéger. Puis M. de Yandosme,cognoissant ses soldats fort ennuyés du long travail de ce voyage, pour les rafreschir et soulager, rompit son camp et envoya quelques compagnies de gendarmerie des plus travaillées, hy vemer à leurs anciennes garnisons, et la cavallerie légère départit es lieux plus prochains des en-, nemis, pour ayder et faire faveur aux pauvres gens à labourer et semer leurs champs. Les compagnies de gens de pied françoises, angloises et escossoises forent logées es villes et bourgs le long de la lisière et rivière de Somme; les Allemans du comte Ringrave et baron de Fontenay, à Sainct- Esprit de Reux, et celles du comte Rocdolphe et Reifberg prindrent le chemin de Piedmont et d'Italie.

XYP aiicLK, La PL el U FI.

Page 1