SEPTIESME LIVRE
De la continnelle diligence des ennemis à la fortification du Mesnil, snrnommé Nonreau Hédin, arec quelques entreprises da due de Savoye et l'armée impériale sur la rivière de Somme; ensen^f» d'autres foits d'armes exploittés en Picardie et Champagne. — Des propositions et espérance de Ja paix, à lasoKdtation de laroyna Marie et cardinal Pol d'Angleterre et des Anglois. — Et ee que, depuis la séparation de rassemblée sans ancnn dfeot, a esté eirécuté à guerre ouverte» tant en Picardie que Ohampagne, en l'an 1555.
11655] L'on a peu voir sur la fin de mes premiers et derniers livres * comme, après la bataille de Ranty, estant Tannée françoise fort harassée et travaillée et démembrée de la meilleure part de ses forces^ après avoir quelqncs jours temporisé et campé en divers lieux, finalement iijt réduitte et amenée à loger es marets de Pontdormy, lieu mal sain de soy-mesrae, mesmement sur la fin de l'automne, estant occasion de multiplier les maladies, et très grande diminution de nostredilte armée. Ce que venu à la cognoissance des ennemis, continuèrent de besongner au fort du Mesnil, avec telle diligence que, y faisant travailler incessamment, non seulement les pionniers et manœuvres qu'avoient levé et amené de leurs contrées et lieux circonvoisins, mais aussi chacun soldat y portant la hotte, dans deux mois ou dix sepmainés fut eslevé fort haut, et mis en défense, ayant suivy le mesme desseing et trace que nous avions projecté pour y en construire un pareil. Et à ce faire beaucoup leur servirent, et s'aydèrent fort des ruines des chasteaux des environs , qu'avoient commencé à abbattreM destruire, et de celles de Hédin, qu'ils parachevèrent de démolir. Cependant le duc de Savoye avec la cavallerie et le surplus de l'armée impériale, qu'il avoit tousjours retenu unie pour favoriser cest œuvre, faisoit serrer et amasser vivres et munitions, pour à l'instant mettre là-dedans, prévoyant bien que malaisément en pourroient recouvrer ceux qui y demeureroient après qu'ils se seroient séparés, tant à cause que tout le pays circonvoisin estoit fort desnué et destruit
(1) ce n'est qu'à la fin da Vie livre qu'il a parlé de la position de l'année firançaise après la i>alaUle de Reot^.
par nous et eux (mesmement le roi, craignant qu'ils assiégeassent Dourlan, ayoltpeq de joufs auparavant fait brasier les viltageiB plus prochains), aussi que toutes les garnisons de dessus la rivière de Somme leur donaeroient tous les empeschemens que leur seroH possible. A ceste cause, avant que Thyverfiist du tout venu, le vouloit fournir de tout ce que pouvoit penser y estre nécessaire. Si est-ce qu'adonc la saison estoit fort avancée et proche des grandes froidures, car nous estions jà au commencement du mois de novembre ; qui fut ocoaston que ce prince, ayant fait tout ce qu'il avoit peu pour mettre ce fort en bonne disposition, ne voulant départir sans tenter quelcpie plus Importante entreprise, délibéra, environ la Salncl Martin, dixouunziesmede ce mois, suiprendre Sainot- Esprit de Rue, que, d'autre costé, nous fiaUions fortifierpourestrecontrefortàeestoy-cy .Toutefois ne peut-il conduire son fait tant seorette* ment, que M. de Yendosme (maintenant rof de Navarre ) n'en fust adverty ; lequel y envoya en diligence toute la nuict le régiment d'Ailemans du comte Ringrave, ensemble quelques autres compagnies de gens de pied françoises. Et, d'autre part, M. de Nemours ne cessa, avec sa cavallerie légère, les tenir en continaelles alarmes jusques dans leur camp, qui les meit en doute que les nostres fussent en plus gros nombre qu'ils n'estoient ; tellement que, ce jour mesme qu'ils essayèrent d'exécuter leur délibération, les ayant rencontrés sur le chemin, après avoir rompu lances, donné coupd'espées dans leur cavallerie, au front de leur avantgarde, malgré eux et à leur nez se retira jusques auprès la Justice d'Abbeville, leur faisait
GUERRES DE BELGIQUEi UV. VU.
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p«r f<Hf teite. Ancplel Uea estuot 8M soldats es^ taKiM et rangés €n balaîUe, le» alteodit assea long-temps, el leur molistra visage d'ass^irance, sans q/a% les eitneilus osassent les enfoncer. Qui fet ( selon l'et^inîon de beaucoup de bout cajHtaines) Tune des belles retraites, pour une poignée d'hommes, que Ton ayt vea il y a long-temps, fin laquelle le eapitaine Pelon, arec sa compagnie, augmenta fort sa réputation; tant y a que l'entreprise du duc de Sa- Toye demeura sans nul eÂct. Ce néantmoins, voulant remédier et parer ceste faute, estant réioki ne se retirer sans noue avoir fait sentir quelque bravade, repnnt le chemin le long de la rivière de Somme, bruslant et dégastant ce qui estoit encore resté Mitier ou à demy consommé ; puis dévalla sur Pecquigny, où, une autre fois^ M. de Mevers, prince courageux et hardy, hiy appareilla une cargue sur la queue de son eamp, mais tant hardie et furieuse, que, ayant remis et repoulsé certaines compagnies de la cavallerie légère de son arrière-garde, contraignit toute l'armée tourner visage. Enfin estant suivy, et ayant la foule de toute ceste cavallerie sur les bras, fut contrainct, et fit encore si bien que luy et ses gens se retirèrent jusques sur la chaussée et pont-levis dudit Pecquigny; et Ik, combattant pesle mesle et en foule, attendit si longuement qu'un eertain nombre d'harquebufliers, qu'on avoit ehoisy pour le sousteair à sa retraite, y peut arriver commodément, eu toutefois il fiiillit d'estre pris. Au partir de li, le duo de Savoye avec l'armée impériale aHa passer eteamper devant Amiens, où estoH Jà M. de Vendosme, et le lendemain prit sa descente devers Corbie, jusques à un Keu appeUé le Bao-Adonxt où il se meit en effort de vouloir gufâer et traverser ceste rivière de Somme, pour venir brusler ce qu'il pourroit du plat pays de deçà. Et de ee M. de Vendosme adverly, l'avoit toujours suivy et eostoyé avec tetle promptitude, qu'auasitoçt que luy se trouva au mesme Ueu où il avoit délibéré de passer, en bonne volonté de le combattre sur le bord, s'il se fost essayé de prendre rive; ce qu'U ne fieit, ains s'en retourna comme il estoit voiu, sans rien exploiter à son advantage, et non sans depnis luyHnesme s'estre esmerveiUé, et avoir hautement loué la soigneuse diligence de M. de Vendosme.
Or^ si du cQsté de Picardie les Ftaa^ et
Impériaux ftisoient tout devoir de couvrir et fortifier leur frontière, l'on peult croire que du costé de Champaigne n'en estoit moins fait ; car M. de Bordillon» qui de Disnan y avoit esté renvoyé pour aller au devant de quelques garnisons et gens du pays qui s'estoient ramassés et mis aux champs, et qui jà conmiençoient à fourrager et brusler devers Mésières, si-tost y estre arrivé, non-seulement les fit, au bruit de sa venue, retirer et d'eux mesmes rompre, mais, ayant forcé le chasteau de Fument, qu'ils avoient repris et en la meilleure part ruiné* avec d'autres petits forts d'alentour où ils se retiroient, les tint dès lors tellement soubs bride et en crainte, que facilement et seurement on peust besogner au parachèvement de la fortification de Mariembourg, du fort de Rocroy et du chasteau de Maubert-Fontaine. Davantage, toutes les garnisons des villes fortes, que nous tenons le long de ceste frontière, et sur les marches des duchés de Lorraine et Luxembourg, couroient journellement sur les ennemis, desquels leplussouventrapportoientlesdespouilles, et retoumoient chargés de butin; tenans toute ceste commune en terreur et mesme effroy qu'elle resentoit encore du passage de l'armée du roy, tellement que le capitaine Vaulusseau, gentilhomme vaillant et hwly, qui lors estoit en garnison à Yvoy avec sa compagnie de gens de pied et quelques pièces de bois montées sur roues en façon d'artillerie, surprit et se fit rendre un asseï fort ehasteau près delà, appelle Villemont, lequel depuis fot repris par les Bourguignons, y usant de plus grande cruauté envers ceux qu'ils y trouvèrent qu'on n'avoit fait précédemment envers les leurs. Devers Mets, M. de Vieilleville, qui en est gouverneur, sçachant que ceux de Théonville bastissbient un fort appelle la mauvaise S entre les deux rivières, et sur le chemin de l'une à l'autre ville, pour empescher que la garnison de Mets n'ai-* last tant hardiment courir sur leurs limites qu'elle soufoit, y envoya un bon nombre de cavallerie et de gens de pied avec quelque peu d'artillerie. Mais pource que ceste entreprise ne fot conduite ny exécutée tant accortement qu'dle avoit esté délibérée, les François retour* nèrent avec peu d'avantage et perte de beaU' eoup de vatllans hommes •
L'hiver, estant adenc du tout venu, par ses importunes pluyea eontraignit leduc de Savoye
PKANÇÔJS DE IVABUTÎN.
rompre son Câmp, et qmtter la cafmpagne de Picidrdie, pour mettre son année à couvert contre TaflprKé et rigaear défi froidures ; et, ayant laissé le sieur Dais, gonvernenr du fort du Mesnil (qui auparavant l'estoit d'Arras), avec vingt «ïseîgnes de gens de pied espagnols et allemans et quelque cavallerie, alla retrouver Fempereur à Bruxelles. Pareillement furent
contraints les François se contenir en leurs
garnisons, et les aucuns se retirer en leurs maisons pour laisser passer Pindisposition et contrariété du temps, laquelle seule fut cause de donner un peu de séjour et délay aux soldats. Néantmoins que, là où le temps, par aucuns jours, se monstroit beau ou propre pour appareiller surprises ou embusquades, à peine laissoient-ils eschapper l'occasion, sans se le faire sentir et cognotstre les uns aux autres. Comme advint au capitaine Mazières, lieutenant d'une compagnie de gens de pied que M. de Yendosme avoit adonc, lequel, retournant d'une course devers Ranty avec force butin, fut prévenu et rencontré par ceux du fort du Mesnil, et par eux tué avec deux autres capitaines françois, et cent ou six vingts vaiUans soldats taillés en pièces. £t d'ailleurs, où les combats et &icts d'armes cessoient , toutes machinations et toutes sortes de ruses estoient cherchées, inventées et mises en avant pour suborner les gouverneurs et che6 des villes de l'un ou l'autre party, et les solliciter à commettre trahisons et infidélités contre leur honneur et devoir ; mesmement en ce temps furent descouvertes deux conspirations fort dangereuses pour nous, si eUes eussent sorti effect selon qu'elles estoient traitées. L'une, du lieutenant du capitaine du chasteau d'Abbeville, nommé Anvoelle, qui, pour -se venger d'un sien ennemy , avoit conspiré et conclud avec le gouverneur du fort du Mesnil de le mettre dans ledit chasteau, ce qui fut révélé mesmes par le messager qui portoit l'advertissement. L'autre, des cordeliers de Mets ; les quels, soubs couleur que leur chapitre général s'y devoit assembler, où dévoient comparoir de leurs frères de toutes les provinces de la chrestienté, avoient entrepris et machiné y bire entrer un grand nombre de soldats ennemis en habit de corddiers, et toutes sortes d'armes y dévoient estre amenées, enfoncées dans des pippes et tonneaux comme si ce fussent vins et provisions pour oeslfe assemU^. Pbîs, estant
sortie une partie de la garnison de Mets à une allarmequeœuxdeTbéonviUedevoîentdoDDer, tous ensemble sortirolent en armes et desferolent oe qui resteroit dans la ville, et, sur l'heure, se saisiroient des portes pour y faire entrer une embuscade qui seroit prochaine de là. Il peult aussi estre qu'ils avoient quelque intelligence avec aucuns citadins de léans. Toutefois, ceste leur malheureuse et maudite trahison fut décélée et avérée par l'un de ces bons religieux, qui fut guetté et expressément espié par quelques chevaux légers irançois, entrant et sortant à diverses et réitérées fois dans ThéonviUe, et non sans que chacun se soit grandement esmerveiUé de la vulpine cautelle et meschanceté de tels hypocrites, estant un grand scandale pour tout cest ordre, faisant évidente preuve que cest habit monastique et régulier sert bien souvent de couverture et parement à plusieurs énormes péchés et crimes, pour lesquels encourons l'aigreur de la justice divine, et dont adviennent tant de maux et malheurs en ce monde, combien que je m'asseure que les dessusdits conspirateurs et traîtres ont esté punis selon le mérite de leurs Sedts. Tout ainsi que oeste saison d'hyver estoit diversement variable et muaUe, aussi diversement tous les jours advenoient estranges et nouveaux accidens par tout le monde, et principalement en ceste partie de l'Europe; ponrce que estans ces deux les plus grands princes chrestiens irrités, et en guerre l'un contre l'autre, l'on peult facilement croire, et ne peult estre autrement que les moindres, et ceux qui sont soubs eux, n^eussent à souffrir en plusieurs sortes et manières. Et quant à eux, encore que leurs personnes fussent en repos et au milieu de tous . plaisirs et passe-temps, si est-ce qu'ils travaiUoient continuellement en leurs esprits, pour subvenir et remédier aux afibires survenans qui se présentdent journellement devant leurs yeux, tant pour leurs longues guerres que pour la nécessité où estoit réduit tout leur pauvre peuple pour le souatenement et maintien d'icelles, ansqnelles toutefois chacun d'eux vouloit donner si bon ordre que de n'estre point surpris, ou que^par &ulte d'avoir préveu, l'un se peust avantager sur l'autre. Parquoy ne fault douter qu'ils ne fissent tout devoir, et qu'ils n'employassent tous leurs amis et servitemrs, pour appareiller et mettre sus tous pré-
feUËRRES DE BELGIQUE, LIV. VU.
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paratib, afin qu^advenant la saison, se trouvassent tant plus tost prests, ou d'assaillir, ou de se défendre, sdon que le moyen et occasion se présenteroient, comme il advint. Car, sur Padvénement du printemps, estant semé par la France cebruitque les Impériaux commaciçoient à sortir en campagne pour endommager les pays du roy, tellement qu'on disoit qu'ils s'ar massoient en gros noml^ au Cambresis pour entrer en Picardie, et devers Namnr pour venir essayer s'ils pourroient recouvrer Mariemboorg ; le roy estant à Fontainebleau (après le solennel festin des nopces du comte de Vauldenumt* et de mademoiselle de Nemours), sur le commencement de caresme envoya devers la Picardie M. lemareschal de Sainct-André, scm lieutenant en l'absence de M. de Yendosme, et avec luy allèrent M. de Nemours, le vidasme de Chartres , le Ringrave, et plusieurs gentilshonuneset capitaines. Lesqueb.aussitost y estre arrivés, ayans assemblé toutes les garnisons de la frontière, entrèrent dedans le comté de Sainct-Pol et le baiUage de Hédin, pour derechef les ruiner, sçachans certainement que tous les vivres venoient de là, que ceux du fort du Mesnil pouvoient recouvrer. Et ee faict, costoyans l'Artois, et y fiiisans tout le dégast qui leur estoit possible , feignirent et firent semblant de se vouloir retirer; mais estans seuronent advertis que au Chasteau Cambresis estoit logé un nombre d'Espagnols et quelques autres compagnies de gens du pays, en une nuict les allèrent surprendre si cautement et secrettement, qu'au poinct du jour, et changement du guet, furent eschellés et assaillis de toutes parts, et n'eurent meilleur advis ne moyen que de se sauver et sortir où ils trouvoient les passages délivrés et ouverts, mesmement les Espagnols, ausquels fut Cûte bonne guerre et gracieux traitement. Le surplus de ceux du pays qui se trouvèr^t en teste, et qui s'estoient mis en défense, à la furie furent exécutés et mis au fil de l'espée. Après tout cela, pour autant que ce b'eu sembloit fort propre à l'empereur pour y assembler un camp, à raison des commodités de toutes choses qu'il y pouvoit avoir et recouvrer, ruinèrent ceste
(1) Nicolas de Vandemont, onde da Jeune duc de LorraiDe Charles, qui épousa Jeanne de Savoie, sceur du doc de ife- ■MHirs.
petite villetteet quelques endroits de ceste belle maison de l'évesque de Cambray.
Dpvers Champagne fut renvoyé M. de Bordillon, comme lieutenant du roy en l'absence de M. de Nevers, et avec luy idla le marquis d'Albeuf, que suivirent les seigneurs de Montpesât, de Cursol, de Suze, le Pelou et autres gentilshommes et capitaines. Où si-tost estre arrivés,pareillementassemblèrent toutes lesgarnis<H)s, tant de cheval que de pied, et sçachans que dedans Mariembourg y avoit faulte de vi^ vres, nonobstant les grandes neiges et pluyes, y menèrent gros nombre de chariots et charrettes chargées de farines, de vins et toutes autres munitions. Puis, cependant que ceux de là dedans se fournissoient de bois pour se chauffer, passèrent oultre jusques à Cimets, en délibération de forcer et desfaire quelques ennemis qui s'y estoient remis pour nuire à ceux de Mariembourg, ce que toutefois ne trouvèrent, l'ayant quitté et abandonné pour avoir ouï nouvelles de ceste venue, dont le feu y fut mis partout et en tous les villages des environs. Mais pource que ceux de Saultour cognurent ou furent advertis qu'on n'avoit point de grosse artillerie capable à faire bresche, ne se voulurent rendre, et ont tousjours tenu fort. Cela Caict , nos gens s'en retournèrent en leurs garnisons, et depuis, à plusieurs et diverses fois, ont tousjours continué de remplir Mariembourg de force vivres et provisions.
Au milieu de tous ces troubles, le vingt-troisiesme de mars, pape Jules troisiesme décéda de ce siècle, après avoir fait tout ce qu'il avoit peu pour réparer la faulte dont il estoit autheur, s'estant efforcé, avant mourir, d'appoin* ter ces deux grands princes qu'il avoit ainsi divisés. £t,peu de jours ensuyvans, au conclave, par trente-sept cardinaux, sans longues difficultés, mais (comme je croy) par inspiration divine, fut esieu et publié pape le cardinal Marcel Cervin de Montpolitian, du tiltre de Saincte- Croix, Boulonnois, le dixiesme d'avril, intitulé Marcel deuxiesme, qui ne demeura que vingt ou vingt-deux jours en ceste dignité, ayant esté empoisonné (selon la publique opinion) pource qu'il estoit trop homme de bien, et qu'à son nouveau advénement et création il avoit cassé et aboli tant de superfluités de gardes et honneurs que les premiers saincts papes n'avoient point» et que les n)o4emes ont voulu aypir,
MÂNÇ0I9 DE RAftUtî^.
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qwad itê 6é êOûX vetis riches des biens que les empereurs et p^ysleur avoient donnés, desquels eâ apir^ se sont aydés contre eta pour leur dire la guêtre, ou se sont alliés aut uns pour tascher à ruiner les antres. Peu de jours après, s'estans derechef les cardinaul rassemblés au enclave, le jeudy, vingt-troisiesme de may, jour de l'Ascension, firent élection du cardinal Jean- Pierre Caraffe, dit Théatin, Néapolitain, de la noble et ancienne maison des Caraffes, intitulé Paul quatriesme, que Ton avoit tousjotirs tenu hoknme de bien, et de grand sçavoir et éloquence.
Donques on a peu voir une partie des advcràités et accidens qui survenoient en aucuns endroits et contrées des Gaules, sans que nous ayons encore auctmement parlé d'une infinité d'autres, desquels tout le reste du monde estoit frappé et csmeu; comme des innumérables préparatife que le grand Sulymande Turquie mettoit sus pour esbranler et envahir toute lachrestienté, ayant dompté et rendu tributaire son plus proche et fort ennemy le roy de Perse; comme des ligues et partialités d'Italie, favorables à Tun de ces deut princes, pour lesquels beaucoup de villes, chasteaux et bourgs ont esté destruicts et ruinés, et infinité de corps et d'âmes mises à pettiition. Je n'ày rien dit aussi des divisions et guerres sociales de la Germat^le, causées et menés, tant pour les départements, donations, bannissemens et confiscations que Témpereur avoit feit des plus grands de cesté nation, après les guerres qu'il avoit eues contre eut, que des potentats et grands seigneurs séculiers contre les évesqueà et ministres de l'Église, et de mesme pour le faictde nostre religion, remettant ceste charge à quelque plus docte personne que moy, et de plus grande authorité, et qui auroit veu et feceu toutes ces choses certainement. A tout cela on pourroit encore adjouster les grandes esmotions et mutinemens des Anglois à la réception du roy d'Espagne, leur nouveau roy; pour lesquelles l'empereur se trouva d'autant plus esloigné du secours qu'il en espéroit promptement, que ceste alliance luy sembloit commode pour facilement dresser entreprises au désavantage des François ; espérant, pour cause qu'anciennement les Anglois estoient appelés anciens ennemis des François, tant plus facilement les pouvoir iaduiie à Geste invétérée inimitié par
le moyen de son su[^rt et graiideor ( noncd)stant que peQ auparavant , do rivant de ÉdouMd , leur dernier t*oyt fussent entrés en leur allîaaceet confédération), et par ce moyen se promettant qne avec les Flameûs et Hennuyers, qui nous appareiOeroient forte guerre par terre, et les Anglois par la mer, nous pourrait tenir en telle subfection eeste part) que tant plus un autre accès et advenue sur nous luy seroit ouverte et £acile. Mais tout luy advint au rebours, et contre son opinion ; car, après la consommation de ce mariage du roy d'Espagne, son fils, avec la nouvelle royne d'Angleterre^ sa tante, à tel' les conditions que chacun sçait, U fit to«w les ^orts qui estoient en sa puissance pour taiir preste une armée de mer, avec laquelle il fdt amené et conduit en Angleterre. Où sitoat qu'il fut descendu, au lieu d'estre receu avec grands honneurs et triomphes, et estre bien venu et salué comme roy, trouva partie de ce royaume divisée et en armes, des grands seigneurs, tenans le party de la royne contre le populaire mutiné, pour ne vouloir accepter un roy estranger à leur commander, mais un qui fùstde leur nation et origine. Tellement que, peu de jours après son arrivée , le serrèrent et saisirent de si près, qu'ayant deffkit et tué partie d'un nombre d'Espagnols qu'il avoit amenés avec luy pour sa garde , le contraignirent avec sa femme se retirer en la forteresse de LondreS) ou ils ont demeuré qtielque tonps pouif éviter la foreur d« ce monstre populaire ; en la^ quelle il a assez longuement ophiiastrè, encore que la royne ait fait décapiter Nortembdiand, gouverneur du pays, mourir plusieurs de ses adhérans, et punir rigoureusement les plus coulpables qu'elle peut attrapper ; et que depuis l'empereur se soit essayé de les appaiser et at* tirer avec promesses grandes, et toutes sortes de blandimens,cenéantmoinsnelesa peu convertir à advouer leur naturel roy et seigneur^ estans assee advertis de ses ruses, et eognoissans la présomptueuse audace des Espagnols, ne à ae déclairer pour lors ennemis des François, sçachans bien qu'ils n'ont voisins plos prompts et prochains à les secourir &ï lears dangers et afEsdreS) ny plus aspres et belliqueux, où ils se seroient autrefois dédairés
(1) Marie , fiUc de CaUierfue (TAragoo , comlao scnnaine d4 <Jiarleft-Quiiit, père de PtOUppe.
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GUERRES DB fiELGIQUB, LIV. VII.
eontre eux. Depuis advint qu'on certain nombre de navires et vaisseau marins, armés de quelques Flamens et peult^estre d'aoenns Anglots (à raison quMI est fort difficile qn'en ia eommnne d'nn pays il ne s'en trenve de pinsieurs ligues et partis, mesmement où ils soient reeouvrer quelque profit, ou des pauvres et fuitifs, qui eurent parvenir et s'aggrandir ou retourner en leurs biens et liberté), fit descente en au^ns endroits de la coste de Normandie, spécialement en la province de Gaux. Et pource que promptement on fit entendre au roy que c'estoient Anglois, doutans qu'ils se lussent déelairés ennemis, soudainement fit arrester par tous ses ports les marchands et vaia^ seaux anglois qui y firent trouvés, et la traite qui leur avoit esté accordée de grande quantité de bleds et vins décUirée nulle et enfrainte. Ce que leur ambassadeur, qui lorsestoit encore à la cour, leur fit sçavoiren diligence; mais eux, ignorans et non coulpaMes de ceste exécution, s'excusèrent envers le roy, et jusUfië^ rent avec bonnes raisons, &isans que là où en leur pays se trouveroient personnes qui y auroient aœisté, ou donné port ou faveur, d'en faire exemplaire punition, voolans persévérer en l'alliance et amitié du roy ; ce que davantage ils confirmèrent en leurs estats, qu'ils assemblèrent en ce temps ; protestans, oultre plus, de n'advouer ne proclamer le roy d'Espagne leur roy, jusques à ce qu'il auroit hoir masle de leur royne.
Ainsi demeura l'empereur frustré du secours qu'adonc il attendoit des Anglois, et son fils et sa feinme en doute et peine pour les séditions et guerres intestines de leur pays. A quoy chercbans tous moyens de remède, et considérans bien qu'il estoit in^iossible d'en venir à bout sans que l'empereur et le roy fussent amis, ou, pour le moins, sans une couverture de paix ou de tresve, cherchèrent occaaioo d'inviter le roy avoir eommisératioQ de la tranquillité de l'Eglise et du bien puMic, advertissàns le roy Philippe et la royne d'Angleterre sa femme, par leur ambassadeur, qu'ib avoient une entière et . parCitite affection de vivre en paix avec luy, et fieroieat «n sorte qu'ils moyenneroient une perpétuelle union et concorde entre l'empereur et hiy , safeisans réciproquerestitutk)» de ce mHls ne détenoieitt ks uns aux autres. A U conduite 4e fesi€Nivff sejpfé^eataderefbeneçaidiwl
Pd d'Angleterre, qui, Vàû précédent (ainsi que j'ay de^ dit), estant envoyé légat de pape Jctles troisiesme, s'estoit mis en tout devoir de les appointer, et, ce que n'ayant peu résouldre, estoit passé en Angleterre, en intention de réduire et remettre à l'ancienne religion de rÉglise ce peuple qui, dès le vivant de leur roy Henry, dernier de ce nom, avoit adhéré et reeeu la nouvelle doctrine que l'on a appelle lu^ thérienne. Mais, prévoyant que mal-aisémeitf les en pourroit distraire ne retirer, à cause que les principaux princes et seigneurs du pays o<y cupotent et usurpoient les possessions et do* maines des églises, qu'ils ne vouloient quitter et rendre, se parforoa de plus profonde et aSfiectiannée intention, inventer et chercher tous moyens çt conditions à pacifier ces deux prii^r ces, et ks ranger et faire convenir à ceste raison« d'avoir plus en recommandation la religicm et Église chrestienne et le bien public, qu'une privée et péculière ambition ; si que se foisans amis fussent autheurs d'admettre la paix de Dieu entre hiy et son peuple. En quoy si bien besongna, que tous deux consentirent d'entrer en termes d'amiat)le justice et équité, en se fiatsans mutuelle restitution en tous droicts, estant ce bon cardinal de cest arbitrage comme un commun et équitable médiateur ; et oray fermement que si fraude y avoit esté d'un co^ té ou d'autre, que ce n'estoit de son advis et consentement. Dont ne fouit douter que par toute l'Europe n'en fust démenée une joye et allégresse Indicible, pour l'espérance que chacun avoit d'obtenir et recouvrer ceste désirée paix, comme si (selon le dict du psalmiste) justice et paix se deussent baiser et embrasser. Et par loute VÉglise des fidèles direstiens «s* toient adressées à Dieu prières et oraisons, en jeunes et toute mundicttéde l'espHt, afin d'obtenir sa grâce à ce qu'ette dirigeast et conduisist les pas et affections de ces fviiiocs en bonne paix et concorde.
Ces choees eurent si bon cammencement»
<pie le vingt-troislesme de may, au village 'de Marc, ^tre Ardres, Calais et Gravelines, se trouvèrent le cardinal Fol d'Angleterre, Téves^ que de YukhestreS chancelier d'Angleterre, les mllopds d'Arondel, gratnd-maistre dudit royaume, et Paget et le seign^r PaUnier. Les dépités pour l'empereur f$^m\ \êj^ de M«^
FKANÇOIS DE RABUTIN.
dinaceli, Févesqùe d'Arras, le comte de Lallien, le seigneur Yiglino , président du conseil privé de l'empereur, le seigneur Briarre, président de Malines, et le secrétaire Bavç. Pour le roy estoient le cardinal de Lorraine, M. le connestable de Montmorency, les évesques de Vannes et d'Orléans, et le secrétaire de l'Aubespine ; avec ce, plusieurs grands seigneurs et personnages d'authorité, tant de ceux qui y furent appelles et mandés pour la décision d'une affaire de si grande importance, que d'avtresde chacun party, quitenoientà singulier honneur et plaisir se trouver à la confédération et perpétuelle alliance de leurs princes et maistres. £t là toutes causes furent débattues, et les droicts de chacun costé mis en avant et allégués, avec plusieurs cérémonies et particularités que n'ay voulu icy déduire partialement ^ et de mot à mot, pour estre choses trop prolixes et de petite utilité, ains ay seulement voulu discourir brièvement les principaux poincts et articles d'où dépendoient leur différent, et ce que sur cela a esté répliqué par leurs commis et députés, afin qu'on puisse facilement juger d'où venoit la £Biulte, et auquel devroit estre le tort donné pourquoy la paix n'ait peu estre conclue et faite. Après toutes disputes d'une part et d'autre, tant avec M. le légat et députés anglois à part, qu'avec les Impériaux et tous ensemble, finalement cest effect tomba en tel polnct, que l'empereur avoit donné charge et commandé expressément à ses gens de ne faire aucune restitution au roy de chose qui luy dé- ' tenoit avamt ces dernières guerres, principalement du duché de Milan, qu'il dit luy avoir esté adjugé par autres premiers traictés ; demandant oultre plus, avant que venir à aucun accord, que le roy luy rende et restaMisse tout ce qu'il a gagné, non-seulement sur luy, mais ce qu'il détient d'autruy depuis cesdites guerres, et, quoy que ce soit, qu'il remette M. de * Savoye en ses pays ; offrant, en satisfaction de ^ce, le mariage de dom Carlo, fils du roy d'Espagne son fiis, avec madame Isabelle, fille ai»née du roy, pour le dot de laquelle il prendroit -4a querelle que le roy prétend audit duché de Miian, oùil renonceroit; et, pour le surplus, donneroit au roy le comté de ChuroUois en récompense deThérouenne,et lefort du Mesnil pour Hédin, qu'il vouloit et «itendoit estre démoli, comme il consentoit de grâce de l'une
des places siennes, à sçavoff, oud'Yvoy,DaDvillé, ou de Montmédy. Sur cela, après plusieurs controverses, après diverses rcmonstrances proposées ipar les députés du roy, faisans entendre qu'il n'y avoit aucune apparBice d'équité es demandes de l'empereur, enfin, pour plus apertement faire paroistre qu'ils ne demandoient qu'occasion d'avoir paix, ontdéclairé résolument que, pour la confermer et stabiUter plus durable, il estoit nécessaire que ce fiist en rendant rendre, et en retenant retenir, sans faire différence des vieilles et nouvelr les conquestes ; car les vieilles piayes estoient renouvdlement, et celles qui avoient rentamé les premières, et qui les pouvoient guérir. Toutesfois, ne pouvans les parties là-dessos s'accorder, fut trouvé un expédient par le cardinal d'Angleterre et députés anglois, désireux de la tranquillité universelle ; à sçavoir que le roy trouvast bon laisser juger par le concile la querelle de Milan et celle de Bourgongne, aussi celle du duc de Savoye, en le restituant néantmoins en ses pays, et retenant les places fortes ; en le récompensant autre part, moyennant le mariage de luy et de madame Marguerite, soeur du roy. A quoy a esté respondu par les François qu'ils avoient tousjours dit estre contens que toutes querelles, vieilles et nouvelles, qui concemoientles princes, fussent jugées par le concile, sans les spécifier; et, quant au duc de Savoye, que lorsque l'empereur feroit raison aux alliés et amis du roy, comme au roy de Navarre, au duc de Parme et autres intéressés, le roy feroit le semblable. Sur laquelle response les Impériaux demandèrent cinq jours pour en advertir l'empereur. Lesquels finis, et sa response venue, n'ont jamais parlé que d'entendre aux trois premiers articles; essayans cependant tirer ce n^ooe et dispute ea longueur, pour attendre l'opportunité propre d'endommager le roy, et l'issue de l'enirq^rise que le duc d' Albe avoit mis sus pour recoavTer le Piedmont. Ce qu'estant cogneu par les François, se sont despartis et retirés après avoir prins congé amiaÛement les uns des autres, et avoir très affectionnément remercié ledit légat, cardinal d'Angleterre, et les députés anglois, du bon et grand devoir où ils s'estoîent employés pour conduirece sainot ceuvre à borne fin, et qu'eux, ayaods ouy et entendu les rûMBs de chacun costé, ils pounoiinA reeoâUv et ja>
GUERRES DE BELGIQUE, LiV. VIL
ger anqod le dr^t devroit appartenir, et de la raison où le roy s'estoit soubmis, estant tonsjours prest de se laisser conduire à bonneste party, quand il se présenteroit. Pourquoy ie seigneur de NoaiUes estoit sur lé lieu où les choses avoient esté commencées, auquel ils pourroient faire sçavoir ce quesurviendroit de nouveau pour le bien de la paix, où le roy ne fermeroit jamais l'oreille.
Tel fut le commencement d'une très grande espérance de paix, et triste et ennuyeuse l'issue; et la départie inutile de tant de grands seigneurs qui s'estoient assemblés et entremis pour la traiter, a esté cause d'un grand désespoir entre tous les peuples de ces princes, de pouvoir de long temps recouvrer pareil moyen de repos; se desfiant un chacun de voir finer son aage avec paix, s'il ne plaist au Dominateur de toutes choses, de son infinie et immense pitié et miséricorde la nous envoyer de là sus, car de la tirer d'entre les hommes est impossible, pour la division des règnes, et la merveilleuse avarice dont tout le monde est embrasé, et tous genres de péchés si exécrables et énormes, que je m'esmerveillerois comme il nous chastie encore si doucement, et qu'il ne confond et abysme tout ce siècle, si je ne savois que, ne voulant ainsi perdre l'œuvre de ses mains, que son fils a recouvré à si inestimable prix que de son prc^re sang, il attend et nou^ présente tous moyens de conversion et recognoissance de luy et de sa bonté. Vray est qu'on doit douter qu'après avoir longuementattendu,ayantsondé nos cuenrs endurcis à malice, il ne nous visite en extresme rigueur, et que de gravité de punition il ne récompense sa longue attente; veu mesnoement que, nonobstant le travail de la guerre, et divers autres périls et accidens qui surviennent journellement surnous, qui sont les monitions et advertissemens de Dieu, il n'y a nulle apparence d'amendement, mais plustost, oultre les vices communs, l'on n'entend parler que de toutes sortes d'hérésies, d'athéistes, épicuriens, parricides, sodomistes, apostats et interdicts. A bref dire, je croy que sont revenus les jours ausquels le bon Hélie disoit : « Seigneur, il n'y a depuis le grand jusques au petit qui ne t'ayt délaissé, pour décliner à mal et toute iniquité.» Voilà qui est, à mon jugement, cause que nous ne pouvons recouvrer la paix. Quant à allégoer à cela l'obstinaticm des prin- XVI- siàcLB, U PI. et La PU
ces, et que ce que l'empereur en a fait estoit une couverture et expectative pour donner tant meilleur ordre à ses affaires, qu'il cognoissoit estre en mauvaise disposition ; encore qu'il fust vray, si nous venons à considérer que les cueurs des princes sont en la main de Dieu, avec laquelle ils combattent et sont victorieux ou vaincus ( ainsi que quand Moyse tenoit sa main haute les ^ans d'Israël vainquoient leurs ennemis aux déserts, et quand elle s'abaissoit estoient vaincus), on jugera qu'il peut rompre et froisser les monarches, empereurs et roy s, comme un potier de terre fait son pot, et de la mesme masse et estoffe en redresser autres, et les prévenir en leurs cogitations et pensées; comme l'on cognoistra, s'il est considéré que l'empereur au commencement estoit en la meilleure volonté qu'on eust peu souhaiter, pour «9tre conduit en toutes voyes d'équité, où de iuy-mesme s'estoit offert; comme pareillement le roy s'y estoit converty, en parfaict désir de préférer l'union et utilité publique à son particulier. Davantage, que ce bon cardinal divinement inspiré estoit introduict à avoir trouvé tous moyens de les appoincter; ce qu'il avoit desjà si prudemment conduict, qu'il n'y avoit, je suis certain, homme qui ne s'asseurast de venir la paix. Puis qu'à tout cela on vienne rapporter comme, tout à coup, l'empereur se changea et esloigna de toute raiscjn, le roy se prépara de poursuivre son droict avec les armes, qu'il avoit amiablement requis avec justice, les Anglois se départirent pour continuer et persévérer en leurs divisions et partialités, on trouvera que toutes ces choses estoient œuvres divines, et les merveilleux et eslranges jugemens de l'Omnipotent, contre lesquels rien ne peuvent toutes les puissances humaines. Et, en cela, ne scauroient nos excuses donner couleurs n'y artifices; car, tant qu'il luy plaira, la guerre durera, et, quand il serasatisfeitde nous avoir punis selon sa justice, lorsqu'il nous verra retourner à luy, et que garderons ses commandemens, il nous donnera, ainsi que Iuy-mesme a dit, tout bien et toute félicité.
Maintenant que j'ay nuement, et selon la vérité, descrit le fait de ceste proposition de paix sans y avoir adjousté aucun fard ny palliation pour farder et colorer* nostre querelle; sans aussi y entremesler plusieurs articles, comme de la reddition des pdsonniers et trafiques des
KftANÇOlS CE RAÔtJTlft.
mai'chandises, afin de rendre ma n&tration phiâ brefve et moins odieuse, je reprendray la snlte de mon histoire, et diray ce que durant eeste assemblée à esté faict en nos parties de la Gaule belgique, et ce que depuis est ensuivy. Le roy, combien qu'il fust en termes de paix, ne voulant eatre surpris, tenoit unies et serrées toutes ses forces, faisant, après les monstres d'avril, temporiser en garnison toute sa gendarmerie; et n'y avoit que quelques compagnies de cavallerie légère et celles de gendarmerie de M. de Nevers et de M. de Bordillon, qui lurent envoyées au gouvernement de Champagne, tant pour tenir escorte aux vivres qu'on menoit à Mariembourg, que pour asseurer la frontière de certain nombre d'ennemis qu'on disoit s'assembler devers Namur et au pays de Lièges, qu'on doutoit vouloir dresser quelques entreprises ceste part, soubs couleur de ceste paix. Laquelle doute croissoit tous les jours par les rapports qu'avions ordinairement, comme à la vérité leur nombre multiplioit de heure à autre, et sceusmes comme les vieilles bandes espagnoUes y estoient arrivées. A ceste cause furent renforcées les garnisons de ceste frontière, et, sans feire bruit, on y envoya nouvelles compagnies de gens de pied et de cheval pour les soustenir s'ils eussent voulu user de surprises. De quoy peut-estre advertis, entrèrent en pareille doute de nous qu'estions d'eux; mesmement s'esleva un bruit que devions aller brusier les deux Givets et tout le plat pays de Fenviron, et ruiner quelques petits forts qui nuisoient à Mariembourg, où, selon qu'aucuns ont voulu dire, l'on trouva ceste ruse pour mettre hors de Namur les Espagnols et autres gens de guerre qui y estoient logés, et qui y vivolent à discrétion. Pour autant qu'ils s'estoient mutinés à cause qu'ils n'avoient esté payés, et n'avoient receu leur solde d'un. fort long temps; par quoy ils menassoient et murmuroient de piller et saccager ceste grande et riche ville. Tant y a, en quelque sorte que ce soit, que, s'estans renforcés au nombre de dix-huit ou vingt mille hommes de pied, tant de gens de guerre que des communes du pays, et de trois à quatre mille chevaux, à la conduite de Martin Roussan, suyvans la rivière de Meuse, se vindrent parquer aux deux Givets, qu'ils a voient choisis comme lieux commodes pour recouvrer aisément toutes munitions et appareil de gucrte par
le cours de oesté Hvière, aussi pan» nous défendre lé passage et entrée de lettrs terres. P» quoy deslors commencèrent à bastir, pour plus se asseurer, un fort sur une haute montagne au pied de laquelle flotte ceste grosse rivière de Meuse, joignant le port de Givets deçà ; au sommet de laquelle desjà un comte d'Agimont en avoit voulu construire un, et y voit-on encore quelques fondemens que l'empereur ne luy voulut permettre parachever .£t quand etquand, peu de jours après y estre arrivés, firent des courses au long de ceste frontière, devers Maubert-Fontaine et Aubenton, et meirent le feu en deux villages, l'un nommé Tarzy et l'autre Anteny. De toutes ces choses estant M. de Bordillon adverty, qui lors estoît à Mésières, à la fortification de laquelle il fisiisott besongner en extresme diligence, l'ayant mandé au roy, fit promptement serrer dans les villes et lieux tenables toutes les garnisons de cheval et de pied , qui estoient espanchées et eslargies es villages pour le soulagem^t dii commun peuple, afin de trouver vivres plus commodément, à raison que les avoines et fourrages estoient adonc fort rares et chers ; et, d'autre part, envoyoit journellement certaines compagnies légères courir et recognoistre le plus près du camp de l'ennemy qui leur estoit possible, pour prendre langue et scavoir des prisonniers qu'ils saisiroient quelle estoit leur délibération et ee qu'ils vouloient entreprendre. Au dire desquels estoit malaisé d'asseoir bon jugement, &sans les uns que c'estoit pour garder leur pays , les aucuns qu'ils proposoient d'assiéger Mésières, les autres Mariembourg, et se trouvoient en différentes et contraires paroles, mesmement les espions n'en pouvoient asseurer aucune chose certaine ; et néantmoins ne désistoioit quelquesfois à faire courses le long de la frontière, où ils pensoient avoir du meilleur, voire jusques à se bazarder de venir fourrager aucuns villages assez près de Mésières, d'où ils emmenèrent grand nombre de bestail et meubles» partie duquel fut recouvert par ceux de la garnison de Mariembourg, qui, en ayans esté advertis, leur couppèrent chemin et les destroossèrent, et non sans se estre furieusement et bravement escarmouches les uns et les autres. Or nous estions désjà bien avant au mois de juin avant qu'on peust sçavoir oertainem^tit quelle fin et ct^K^lusion se résouMroit en oesC^