‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 14Chapitre 42 sur 69 · SS · texte numérisé non relu

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GUERRES DE BELGIQUE, LlV. VU.

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assemblée ; et tenoit-on par tonte la France as^ senrément que nous aurions la paix oo la trefve. Toutefois le roy, qui avoit advertissement dlieare à autre de tout ce qu'estoit traité, es* tanade^à tout arresté ce qu'il vouioit ou n'entendoit pas estre accordé, ayant sceu nouvelles de cest amas et descentes d'ennemis, envoya en diligence M. de Nevers en son gouvernement, luy ordonnant très expressément, entre toutes autres choses, de fournir et munir Mariembourg si abondamment de tout ce que y seroit nécessaire, que ceux qui seroient dedans n'eussent occasion de se rendre pour aucun défaut, s'il advenoit que l'empereur voulust convertir toutes ses forces pour la recouvrer. Peu de jours après son parlement, luy envoya renfort de quatre à cinq cens hommes d'armes et autres compagnies de fanterie, qu'il départit et logea tout au long de ceste frontière le plus commodément qu'il y fut advisé, et selon que le besoing le requéroit. Puis, après avoir prudemment donné ordre aux affaires plus nécessaires, advisa avant tout autre satisfaire et exécuter la charge que le roy luy avoit si affectionnément eiyoinct; et pour ce, estant au Chesne Populeux, manda venir devers luy le sieur de Bouran, qui lors estoit à Rhétel, commissaire général des vivres de Champagne et Luxembourg, auquel il commanda assembler audit Rhétel le plus qu'il luy seroit possible de farines et vins, pour estre charriés dans un jourou deux ensuivans. Ce qu'estant desjà prest, assemblé et enfoncé, comme faict d'homme sage et propre à telles charges, à son asseurance au mesme instant ce prince en chargea à tous les capitaines de gendarmerie, cavallerie et fanterie, qui pareillement estoient venus devers luy à son mandement, qu'ils eussent à tenir toutes leurs compagnies prestes et préparées pour marcher dans vingt-quatre heures qu'ils seroient advertis. Et, afin que ceste entreprise fiist tenue plus secrette, et ne peust estre légèrement descouverte par le bruit de ceux (j[ui feroient les levées des charrois, dès le jour et la nuict mesme fit serrer tant de cbarriots et charrettes qu'on pouvoit trouver en l'estendue du comté de Rhételois et du village, et pareillement des plus prochains villages de Champagne, qui furent menés quand et quand à Rhétel, et là aussi tost chargés ,*et d'un mesme train leur feit-on prendre le droit chemin à Maubert-Fontaine, où sem-

blablement, à poinet nommé, se trouvèrent vingt enseignes de fanterie françoise, vieilles et nouvelles ; ainsi que feit le prince le soir mesme, qui estoit du quatorziesme de juin, estans toutes les autres compagnies de gendarmerie et cavallerie logées aux prochains villages d'alentour, et es environs de sa personne. Auquel heu ayans seulement séjourné environ deux ou trois heures pour prendre haleine et repaistre nous et nos chevaux, environ les neuf heures de la nuict en partismes à l'advertissement d'un coup de canon, comme aussi feirent la cavallerie légère, les gens de pied et tous les charrois ; le tout tenant ordre comme si nous eussions voulu, au partir de là, aller aborder et combattre nos ennemis; selon que, pour en parler vray, estoit bien requis à si scabreuse et dangereuse entreprise que ce prince avoit délibéré mettre à fin, ayant un tant gros nombre d'ennemis prochain de nous, lesquels estans advertis, sur le chemin allant ou retournant, nous pouvoient rencontrer et facilement tourner en rotte (mesmement en tels destroicts et chemins difficiles des bois de large et grande estendue, qu'ils cognoissent et fréquentent coustumièrement, pleins de forts taiUis, ruisseaux dangereux, vallées et montées difficiles et pénibles), si la discipline militaire n'y eustesté prudemment observée. De laquelle conduite j'ay bien voulu en cest endroit dire ce que j'en ay peu voir, apprendre et retenir d'aucuns expérimentés capitaines à qui je en ay ouy parler ; selon aussi que j'ay quelques fois leu que les Romains en ont usé anciennement en tant de longues et loingtaines guerres, allans assaillir leurs ennemis en pays estranges, où aucune fois n'estoient pas les plus forts ; parquoy leur estoit de nécessité inventer et practiquer nouvelles ruses, ou, pour le moins, se ranger et tenir si serrés en telle ordonnance, qu'encore qu'ils fussent chargés et couverts de plus gros nombre, se pouvoient néantmoins le plus souvent sauver et retirer. Telle estoit donc l'ordonnance que ce prince fit tenir à sa petite armée, allant à cest avitaillement : premièrement furent envoyés devant les coureurs , pour descouvrir et recognoistre tous les passages, au nombre de trois cens, partie harquebusiers à cheval françois, partie anglois et escossois, soldats fort duits à ce mestier, soubs la charge, ce me semble, de M. de Sansac, que suyvoJl

FRANÇOIS DE RABUTIN

d'assez près le marquis d'Eibeof, prince prouveu de hardiesse et toute autre vertu, avec sept ou huict cens chevaux-légers dont il estoit général, et, après luy , M. de Bordillon, qui menoit Favant-garde au nombre de deux cens hommes d'armes, et à sa queue huict enseignes de fanterie, desquelles tous les corcelets et piquiers marchoient dix à dix de front, et leurs harquebusiers estendus et eslargis des deux costés du chemin et à leurs flancs. Les deux autres enseignes, disant le nombre de dix, estoient mises aux deux flancs de la file des charrois, à scavoir à chacun chariot deux piquiers et deux harquebusiers, deçà et delà. Et, pour autant qu'à ceste charge de flanquer et défense de chatnots, ne pouvoient suffire deux enseignes ^seulement, estant la file fort longue, qui duroit tm grand quart de lieue pour le moins, à cause t[\i'il n'y pouvoit marcher qu'un seul chariot à la fois pour la difficulté des chemins, on y en mit encore deux autres des deux qui estoient à la queue du prince, lequel venoit après la bataille de trois cens hommes d'armes, suivy de huict enseignes de fanterie, au mesme ordre que les premiers. Tout au derrière demeuroit l'arrière-garde de dcBx cens hommes d'armes, que conduisoit M. de Jamets(ce bon vieillard et vertueux chevalier), lequel encore f&isoit demeurer après luy cent ou six vingts archers, pour faire tout suyvrc, et ne laisser rien derrière, aussi pour l'advertir de ce qu'ils verroient ouentendroient. Nous continuasmes ceste marche et forme de bataille tout le long du chemin, qui dure huict grandes lieues, qui en vallent plus de dix françoises, et tous bois , sans nous rompre ou desbander; encore que, tant pour la longue traicte que pour les mortes et mauvais passages, souvent versassent ou fussent rompus ou demeurés de nos charrois , si est-ce que, sans se troubler ny changer l'ordonnance, l'on faisoit haut le bois, et ne partoit-on de là que tout ne marchast quand et quand. Laquelle ordonnance, selon l'opinion de tous ceux qui sont practiqués et usités en l'art militaire, est l'une des meilleures qu'on eust sceu inventer à telle nécessité, pour sauver un petit nombre d'hommes devant une bien grosse armée en lieux contraincts et serrés, aussi pour la conduite d'un grand et lourd cariage et bagage. Car, s'il m'est permis en dire I ce qu'il m'en semble, les ennemis, combien ^'ib '

fussent au double de nous, ne nous eussent sceu affronter de quelque endroict que ce fust sans toujours trouver teste, et n'eussent peu enfoncer sans une grande perte, d'autant qu'ils ne pouvoient ordonner de faire marcher xm gros bataillon sur nous, tant à cause de l'incommodité et espesseur du bois, que pour estre en butte à nos harquebusiers, au danger de endurer une infinité d'harquebusades, sans encore pouvoir joindre. Et là aussi peu leur eust servy leur gendarmerie qu'à nous, sinon en escarmouchant, et sçavions bien que la leur estoit beaucoup moindre que la nostre ; parquoy, en tout événement, quand nous fussions trouvés les plus foibles, ils n'eussent sceu empescher que, malgré eux, en nous soustenant les uns les autres, ne nous fussions sauvés et retirés. Toutefois ne tombasmes point en cehazard; ains, sans estre aucunement importunés des ennemis, estans libres et ouverts les chemins, environ les dix heures du matin, le marquis d'EIbeuf avec la cavallerie légère, et M. de ik>rdillon avec l'avant-garde, arrivèrent à Mariembourg, où, peu après, entrèrent et furent mis dedans les charriotset charrettes, au nombre de quatre à cinq cens, tant de la munition du roy que des marchands volontaires. La bataille et arrièregarde demeurèrent à une petite lieue près, pour soustenir les charges des ennemis, s'ib nous eussent voulu hoguisner* et fescher; et le prince, accompagné de ses plus favoris et asseurés, passa oultre pour voir et visiter la ville, et sçavoir Tordre qui estoit dedans, qu'il trouva en bonne disposition. Mesmement le sieur de Fumet, qui, depuis que M. de Gonnort s'en démit, en estoit gouverneur, l'asseura de sa parfaite et fidèle volonté de se bien défendre et garder ceste brave petite ville, si les ennemis s'y addressoient. Autant luy en dirent et asseurèrent le fils du sieur de La Roche-du-Maine, qui, peu de jours auparavant, y estoit entré avec la compagnie de son père, et le seigneur de La Ferté, qui y estoit aussi avec ses chevaux-légers, et généralement tous les capitaines et vaillans soldats, tant de cheval que de pied qui estoient là-dedans logés et ordonnés pour la défense. Dequoy ce prince bien satisfait et content, après que toutes les munitions furent deschargées et mises à poinct, environ deux heures après midy en partit avec touti^ (I) Inquiéler.

GUERRES DÉ BELGIQUE, LIV. VIL

l'avant-garde, laquelle deptâs demeura derrière pour servir d'arrière^arde; et le prince avec Pavant-garde et bataille alla devant, estant suyvi de la foule des chariots, au mesme ordre que nous estions allés. Sans trouver aucun empêchement retoumasmes, non par le chemin qu'avions tenu en allant, ains passasmes au retour par le fort de Rocroy, où le [capitaine La Lande estoit adonc chef et gouverneur. Lequel, sans ce qu'il est vaillant et hardy gentilhomme , se démonstra davantage honneste et pourveu d'honneur, tant à Tendroit du prince que d'autres plusieurs gentilshommes ses amis et cogneus ; ayant foit sonner la salve à coups d'artillerie, présenta tous rafreschissemens de pain et vin, selon que il avoit le moyen en lieu mal-aisé. Le prince voulut entrer et considérer ce petit fort, pour sçavoir sa force et ce qu'il pourroit soustenir; et trouva, à mon advis, que sans estre battu de grosse artillerie, f I estoit capable et assez tenable pour se garder de tous assaults, estant remparé, percé et flancqué assez proprement pour ce qu'il contient; prouveu de menue artillerie et munitions pour tenir quelque espace de temps. Pourtant il ordonna au capitaine La Lande veiHer et se tenir sur ses gardes, et ne se point rendre si légèrementqu'il n'eustadvertissementetcognoissance de la puissance des ennemis, s'ils le venoient envelopper, dont il le feroit certain, s'il lui estoit possible, pour le venir secourir s'il estoit en son pouvoir; toutefois que là où il verroit les ennem is trop roides et puissans, et qu'il se sentist n'y pouvoir résister, qu'il ne fost si téméraire et outrecuidé, qu'estant forcé fist perte, non-seulement du fort qui n'est rien, ains de sa personne et de beaucoup de vaillans hommes qui Taccompagneroient, comme il a veu par divers exemples advenir. Au partir de là, sur les quatre heures du soir, M. de Bordillon, avec les compagnies tant de cheval que de pied, qui estoient en garnison à Mésiires et es environs, se départît et print son chemin ceste part ; et le prince avec les autres qui estoient en garnison & Rhétel, Chastel en Porcean, et là autour, retourna au coucher à Maubert-Fontaine, et les compagnies en leurs premiers logis , et de là en leurs garnisons ordinaires.

Ainsi fut la forte ville de Mariemboui^, en vingt-quatre heures, à la barbe des ennemis, remplie d'un gros nombre de vivres et muni-

tions, estant deqà garnie de neuf compagnies de gens de pied, des estimées entre les vieilles enseignes, de cinquante hommes d'armes et deux cens chevaux légers. Dequoy le roy estant peu après adverty, osta toute doute et défiance qu'il en eust peu avoir auparavant, et les ennemis au contraire perdirent tout espoir d'y pouvoir addresser leur premier effort. Encore a il esté dit, suyvant ce propos, qu'un soldat, qui estoit sorty de Mariembourg pour venir à Rocroy, passant par le chemin que nous avions tenu, et ayant de long entendu et apperceu quelques Bourguignons à cheval, se jetta dans un fort taillis avant qu'il fiist veu d'eux, d'où il les oyoit devisans de cest avitaillement, s'esmerveillans d'une si incrédible diligence, comme s'ils eussent trouvé presque cela impossible d'amener si grande quantité de chariots par tels inusités destroits et passages, et sur tout comme, sans grand péril et perte, on les avoit peu foire avaller et descendre en un vallon duquel le précipice estoit fort roide et droict, au fond duquel y avoit un pont de bois rompu, lequel, pourtant qu'il estoit force de passer pardessus, fot tant soudainement réparé et redressé, qu'ils s'en esbahissoient comme d'un miracle. Tant y a, le repos et contentement qu'en eusmes après nous fit oublier le précédent labeur et travail qu'y avions souffert ; d'autant qu'il nous sembloit avoir gaigné le plus grand advantage sur les ennemis, ayans ainsi abondamment muni nos forteresses les plus esloignées de nous, et à eux les plus prochaines et dommageables, comme ceste ville de Mariembourg et le fort chasteau de Bouillon, où pareillement on avoit fait besongner à davantage le fortifier es lieux qu'on avoit peu considérer et cognoistre subjects à estre battus du canon; mesmement y a esté eslevée une plateforme du costé de la montagne, où fot mise l'artillerie quand dernièrement il fot rendu; estant au surplus suffisamment pourvue et remplie de tous vivres et munitions, pour soustennr le siège si longuement que l'ennemi en pourroit estre ennuyé. Dedans lequel chasteau estoit le seigneur de La Lobe, enseigne de M. le duc de Bouillon, qui, quelque temps après la prise du chasteau de Hédin, ou il fot fait prisonnier avec sondit maistre, en homme de gentil esprit, s'estoit eschappé et sauvé de la main de ses ennemis. Et pour la défense de ce chasteau, avoit

choisi et emmaié avecques loy qninze hommes d*armes et treate archers des plus ex|>ériinentés et fidèles de ceste compagnie, faisans ordinairement sorties et diverses entreprîtes sur leurs voisins Boargnignons et Ardennois et lAégeois, desquelles le plus souvent avoient bonne issue et victoire. Entre lesquelles je ne veux alléguer que celle du septifâme d'avril, jour de Pasques flories en cest an, en laquelle furent tués, rompus et ûûts prisonniers plus de trois cens ennemis ( euz estans seulement au nombre de quarante ou cinquante chevaux ) , lesquels ennemis s.'estoient embusqués près de là» pensans attraper et surprendre vingt-cinq pu trente chevaux anglois de la garnison d'Yvoy. Quant à Mésières, Yvoy, Montmédy, Stenay, DanviUé, et toutes les autres places le long de ceste frontière, èsquelles le chemin estoit £icile et nœi dangereux, on peult croire que les gouverneurs laisoient tout devoir de les munir et tenir en tel ordre que Tennemy n'eust perdu que temps de les assaillir, meismement Mésières, où M. de Bordiilon et le sieur de Troussebois, qui en est gouverneur, faisoient besongner à la remparer et fortifier à grand soing et diligence, pour autant que c'estoit celle (selon le rapport des espions) que les ennemis le plus menassoient.

Voilà les choses les plus mémorables que j'ay veu ou sceu avoir esté faictes le long de la frontière de Champagne, durant le temps de ceste assemblée, sans que j'aye aucunement parlé d'aucune entreprise exécutée en Picardie , pource qu'adonc trefves y estoient accordées pour Tasr seurance des passages et chemins. Toutefois, peu de jours après cest avitaillement de Mariembourg, sur la fin du mois de juin, eusmes certaines nouvelles comme eeste assemblée s'estoit départie sans nul effect, et comme M. le cardinal de Lorraine, et M. le connestable et .les députés du roy estoient de retour. Parquoy, estwt toutes trefyes rompues, et la guerre ou- .verte entre le roy et rempereuir plus que devant, chacun d'eux commença à réunir toutes .ses forces, et à les faire acheminer et assembler es lievx oùilsjugeoientetcognoissoient avoir le xnoye^ d' assaillir ou de se défendre. La gendarmerie du roy, laquelle cependant avoit tousjours temporisé et séjourné en garnison, fut .^Btost mise aux champs et départie ea divers endroHs de ce royaume, Certain noqabrç,, I^Q^e 4e trai^ k ^wtre (m» bonnes d^rmea^

FRANÇOI$ DE RA.BUTIN. \i)U^

fut envoyé en Piecbnont devars M. de Brissac, qui tenoit adoro Yutpiaa assiégé en extresme nécessité. Du costé de Champagne, furaiit envoyés de renfort sept ou huict cens hommes d'armes, et pour le moins autant en PicaifUe. La maison du roy fut pareillement mandée, ^ les rières-bans criés et advertis pour marebar en tel équippage qu'il leur esioit ordonné. Quant à la fanterie, peu de ocnapagaieç de g«» de pied nouvelles lofeat levées; ains aucuns capitaines , qui de long temps estoient dép^ebé^, et qui avoimit leurs eommisavuis prestes de lever soldats quai^ on les advertiroît, les ayans deijà tous prests, furent taniost sur pied et prompts à estre mis en besongpe. A d'autres capitaines des vieilles ensei^es furent données les creues pour redresser leurs compagnies complettes, aveo exprès commandement de les tenir armés, et en tel équippage qui couvenoit à leurs charges. D'estrangers, le roy n'en fit point venir par-deçà de nouveaux ksm service, et se contenta des vieilles OAseignes d'Âl lemans du Ringrave. Yray est que furent envoyés en Piedmont trois ou quatre mille Suisses, et quelque nombre d'AUemans, à cause que le duc d'Albe, qui lors esioit lieutenant pour l'empereur au duché de Millau, faisoit gros amas d'armée pour venir secourir et avitailler Yulpian. Ainsi, à ce que j'ay peu eognoistre, le roy, pour ceste année, délibéroit se défeiulre seulement, ayant mis toutes ses afSures en meilleur ordre que ne pourrois dire, à raison que le tout estoit conduit et exécuté si secrettement et seurement que peu de personnes en pouvoient juger, aussi que tels négoces peu souvent sont descouverts à petits soldats comme je suis, sinon que l'eCfect soit ensuivy. Or, pour retourner aux ennemis, je croy bien qu'ils estoient autant peu paresseux que nous à disposer et ordonner de leurs forces qu'ils prévoyoient estre de besoing, cognoissansmesmement n'eatre petite entreprise d'assaiUir un si grand et puissant prince comme le roy, ayans frescfaemeot ressenti pertes et très grands dommages pour ce avoir esprouvé et avoir osé entreprendre; ans» que, pour luy faire teste et le soustenir, estoit fort requis qu'ils fussent bien forts d'hommes et tout autre appareil. Pourtant, sans rien de nouveau attenter, de plus en plv» s'assemblèanent aw deux Give^^ et là, en toute solicitaicte et avec tout labeur, s'empïpy^t k (élever et

GtJÉRftËS !>Ë feÈLGiQtJÊ^ LîV. VÎL

mettre ea ééÏBOÈè ee flnrt ipie j'vf ey-devant dit qa'ÉÈ Avoiimt eonunencé, otnnme Bi, de ce lieu, deiiswnt dresser et prendre tel advis et cheoiin que bon leur setiaÛeroit. Quant à descrire le nombre qu'ils pobroient estre, il m'est fort dlflicile, sinon par le eommun rapport de ceux qui y alloient pour les reeognoistre, ou des espions, qui les disoient passer le nombre de vibgt miUe irâmmes de pied, de bas AUemans, (Revois, Gueklrois, Walons et Liégeois, et quelques vieilles enseignes espagnoUes, et de cinq à six mille chevaux, la pluq)art reitres ou pîstoUlers, avec aucuns gensdarmes clévois, fkmans et boui^ignons de la Franche^^omté. £t, pour en fkire un brief compte, Us s'y amassàrent en si gros nombre, qu'en peu de jours ils eurent consumé les vivres du plat pays de eeste contrée, veu mesmcment que le territoire n'est fort fertile, aussi que l'an précédent Parmée du roy y avoit passé, qui y avoît fait si grand dégast que tout le pays s'en ressentoit encore ; de sorte qu*il estoit fort malaisé, et se trouvoient les grosses villes de dessus ceste rivière de Meuse fort grevées de fournir tant de vivres pour nourrir si grosse armée, qui ne faisoit que despendre. D'autre part les soldats, qui, estans flMd payés et sans argent, se voyoient en fiaolte et disette de vivres, murmurolent et se mutinotant les uns contre les autres ; tellement que les AUemans commencèrent à se bander et attaquer aux Espagnols, eognoissans qu'on les traitoit mieux qu'eux, comme la raison le veult, estans vieux soldats aguerris et fidèles à leur prince. Et davantage, parmi ceste nécessité se mesla la peste, ainsi qu'il advient souvent en camp mal ordonné, tumultuaire, et qui n'est remué ; laqueBe, en peu de temps, esdaircit et feit un grand desbaut < de tout ce peuple, Unt pour en faire mourir plusieurs, que donnant occasion à d'autres de se retirer et esloigner. De laquelle maladie mourut en ce lieu de Gi- Tets, entre autres hommes de renom, Martin Roussan, bastard et mareschal de Clèves, et, en ceste armée, lieutenant général pour l'empereur, qui, en sa mort, feit perte de l'un des meitteurs serviteurs qu'il eust,et autant sage et expérimenté aux armes qu'homme de son temps. Aucuns jours se passèrent jusques au comttiencement de juillet que ne nous demandions rien les uns aux autres, si ce n'estoit quelquefois

qoe ceux de Mariembourg les alloient eecarmoucher jusques dans leur camp. Eux, au cas pareil, vénotent veoir bi ville, et dressoient quelques algarades devant, pour faire sortir ceux de dedans au cond)at. Ainsi nous tenions tousjours en doute de leur délibération, et ne sca voit-on que penser (veu qu'une partie de Testé estoit jà passée) qu'ils délibéroient entreprendre, sinon qu'on présumoit (selon qu'en v^oiaoït aucuns advertissemens) qu'ils chercboient et attendoient trouver quelque endroit foible de ceste frontière, pour le plus qu'ils pourroient entrer et brasier du plat pays, puis s'en retoumerolent avec tant de vivres et de butin qu'ils sçauroient traîner et emporter, se retirans dans leur fort, pour tenir Mariembourg en sul^tion et empescher qu'on la peust aisément avitailler. Ce qu'estant prudemment préveu par le roy, estans toutes ces choses débattues et résolues en son conseil, fut condud qu'U valloit mieux les prévenir et les aller cher-» cher et semondre jusques en leur fort que demeurer continuellement en ceste doute et crainte; aussi qu'on vouloit bien faire paroistre aux Impériaux que le roy n'estoit point si petit compagnoti et despourveu de bons hommes , comme quelqu'un d'eux s'estoit avancé de dire en ceste assemblée que l'empereur son maistre estoit assez fort^ et avoit assez puissante année à Givets, pour non seulement contraindre le roy à luy rendre ce qu'il hiy détenoit, ains pour le venir veoir jusques dans ses pays. A ceste cause on le vouloit bien relever de ceste peine, et aymoit-on nneux l'aHer veoir qu'il nous vtsitast de la façon qu'il entendoit. Et pource que n'y voulions aller en ^ petite compagnie que fassions contraints r^oumer avec honte, on advisa de joindre aux forces de Champagne celles de Picardie. Et fot si couvertement conduite ceste menée, que sans bruK les compagnies de gendarmerie qui estoient ceste part forent ame» nées et logées à l'entour de Rhétel, et les garnisons qui y estoient jà, de cheval et de pied, forent r^forcées leplusestroitement et commo» dément que se peut foire. Les AUemans du Ringrave s'approchèrent et vindrent loger à Montcomet en Thirasse, et le surplus des corn-* pagnies de gens de pied franeoises forent dé^ parties es villages circonvoisins. Puis, estant M. le nmreschal de Sainct^André venu trouver Mi de Never& à Rhéid^ priodreat jour de sa

FRANÇOIS DJLRABUTIN.

trouver a Maubert-PonUioe avec toutes leura forces.

Or, pour retourner aux ennemis qui estoient à Givets, je ne sçay s'ils estoient advertis de nostre venue, toutefois que nous avions souvent nouvelles d'eux et sçavions bien que ils s'aCfoi- Uissoient journellement, tant à cause de ceste maladie contagieuse qui en dépeschoit plusieurs, pourquoy on avoit fait retirer les plus sains en prochaines garnisons: aussi que ils avoient envoyé du secours en Artois et Hénault, pour défendre le plat pays que nos gens des garnisons de la frontière de Picardie, qui s'estoient renforcés, endommageoient fort. Et davantage, nous fut rapporté que le mutinement des Espagnols et des Allemans s'estoit si fort eschauffé, qu'ils estoient venus jusques à prendre les armes et à se battre, de sorte qu'il en estoit beaucoup demeuré de chacun costé. Toutes ces choses furent cause de foire avancer nostre voyage ; car, estans toutes nos provisions prestes, et tous les charrois conduits à Maubert-Fontaine, se trouvèrent en ce lieu, le treiziesme de juillet, M. de Nevers, chef et lieur tenant général pour le roy sur toute l'armée, accompagné de la meilleure part de la gendarmerie, cavallerie et fiamterie de son gouvernement, et M. le mareschalde Sainct- André avec la gendarmerie, cavallerie et gens de pied de Picardie, et les vieilles enseignes du Ringrave ; ensemble plusieurs grands seigneurs et capitaines, comme M. le marquis d'Elbeuf, général de toute la cavallerie légère, M. de Nemours, M. de Sansac, M. d'Annebault, le comte de La Rochefoucault , les sieurs de Sipierre, de Montpesat, de Cursol, de Suze et de Négrepelisse, et plusieurs autres, montant le tout au nombre de huit ou neuf cens hommes d'armes, et près d'autant de chevaux légers et de sept à huict mille hommes de pied. M. de BofdiUon avec sa compagnie et quelques autres, tant de cheval que de pied, nous vint rencontrer sur le chemin, amenant avec luy des chariots chargés de boulets, de pouldres et autres munitions. ' Au partir de là, le lendemain allasmes camper à Convins, petit chasteau à demy ruyné, distant une lieue de Mariembourg, dedans lequel toutefois Ton avoit mis un esquadre de soldats pour empescher que les ennemis ne s'en emparassent, et pour descouvrir et donner advertissement des advenues. Le jour ensuyvant allasmes

passer rasibm et près des portes de Mariembourg, où l'on fit entrer les vivres qu'on avoit amenés pour mettre dedans, et là s'assemblèrent à nous le fils de M. de La Roche-dn-Maine avec les cinquante hommes d'armes de son père, le seigneur de La Ferté avec ses chevaux légers, et cinq enseignes de gens de pied.

De ce lieu, ceste petite armée , encore que elle eust tenu forme de bataille selon que la commodité des lieux le permettoit, fot adonc davantage eslargie et estendue , tant pour se monstrer plus grosse et mieux complette, que pour plus facilement occuper laplanure qui estoit bien ample et descouverte, et pour y choisir l'advantage, y survenant la nécessité, d'autant que nous doutions, et ne sçavions à la vérité où ny comment nous atlendroient nos ennemis. M. de Sansac avec sa compagnie et quelques chevaux légers anglois et escossois, estoit parti des premiers pour descouvrir et reoognoistre le chemin que nous devions tenir, que suivoient d'assez prîs M. le marquis d'Elbeuf et M. de Nemours avec la cavaUerie légère. M. le mareschal de Sainct-André conduisoit l'avant-garde de cinq cens hommes d'armes, montant au nombre de deux mille chevaux, et trente-deux enseignes de gens de pied françoises. M. de Nevers, général sur toute l'année, et chef de l'entreprise, venoit après avec sa bataille d'autres cinq cens hommes d'armes et /es vingt enseignes vieilles d' Allemans du Ringrave, le tout autant bien armé et complet que Ton eust sceu demander ne choisir. Et quant à la vobnté et maintien, s'il faut que j'en die ce que j'en ay peu cognoistre aux visages, qui sont volontiers tesmoings des sentimens de l'esprit, tant des plus apparens que des moindres, et aux langages qui communément estoient tenus, je croy que chacun se promettoit ce jour faire autant d'exploits d'armes qu'Homère et Virgile en dient d'Achilles et Ulysses ^ Aasâ sembknt il que le ciel et la terre nous vouloient favoriser en ceste affaire, estant ce joor autant beau et clair qu'on n'en avoit point ▼eu de l'an, et la terre ny trop molle ny trop seiche, couverte de toute verdure et diverses fleurs. Mais fortune coustumière le plus souvent oodtrarie aux desseings et faaultes délibérations de tous hommes de vertu, pour mieux les décevoir leur démonstre une grande apparence de pro-

(1) Et EDée.

GUERRES DE BELGIQUE, LIV. VIL

chaîne faveur^ qtiand d'autre costé leur brasse et prépare quelque désastre, comme il advint. Car^ estans toutes choses conduites à si bon poinct qu'il ne restoit plus, ce sembloit, qu'à exécuter une victoire si grande qu'elle eust fait retentir le nom des François par tout le monde, remémorant la gloire et louange de leurs prédécesseurs, se représenta au roy douteuse et pleine de crainte d'une mauvaise issue de ceste délibération, luy formalisant une grande perte et meurtre d'hommes vertueux en une chose de si petit proAt et grand danger, comme d'assaillir hommes désespérés en un fort de terre. Parquoy, meu de ceste opinion, ou ne scay de quel autre conseil, dépescha le sieur de Bouquart, qui vint trouver M. de Nevers à une petite lieue par-delà Mariembourg, près d'un chasteau appelle FaignoUes, par lequel il luy mandoit et enchargeoit expressément qu'il ne mist rien au hasard, et n'entreprist aucune chose qu'à son plus grand advantage, et surtout qu'il n'allast point assaillir les ennemis dans leur fort, mais que s'ils vouloient sortir et combattre en campagne, qu'il ne ditférast point. Desquelles nouvelles estant ce prince fort ennuyé, comme ayant desjà préveu et projette le faict et conduite de ceste entreprise, ayant corn* muniqué le tout à M. le mareschal de Sainct- André, les princes et capitaines, dignes de ce conseil ad visèrent de redresser le tout selon le mandement de Sa Majesté. Sur l'heure arriva un trompette que M. le marquis d'Elbeuf luy envoyoit, par lequel estoit adverty que M. de Sansac avoit descouvert et recogneuies ennemis au nombre de cinq cens chevaux, aussi qu'on avoit desjà donné allarmes sur des premiers bagages qui alloient devant. Lequel advertissement feit soudainemcait partir ce prince d'un p^it bois umbrageux et frais où il s'estolt arrêté, tant pour quelque peu se rafraischir et repaistre, que pour donner haleine à ses soldats, noesmement aux gens de pied, qui estoient fort travaillés et édiaufEès de l'ardeur du soleil, qui a'estoit renforcé sur les dix heures du matin, les rendant grandement altérés et pesans. Toutefois que nul ne fut paresseux de s'acheminer et suivre quand les trompettes et tambours sonnèrent, et marcha toute Farmée deux grandes lieues sans trouver ennemis, ni sçavoir plus grands advertissemens d'eux.

Quand la cavallerie légère fut arrivée près XVI* siicu, La PI d La PI.

d'un petit village appelle Gemigny, distant une trop grande Heue de Givets, leurs coureurs descouvrirent et recogneureut dix-sept enseignes de gais de. pied et dix-sept ou dix-huit cens chevaux ennemis, qui estoient sortis du fort et s'estoient embusqués en un bois, le long d'un couatau, au-dessus de ce petit village, ayans délibéré nous défendre et empescher le logis qu'ik prévoyoient qu'avions choisi pour camper. A l'arrivée s'attaqua l'escarmouche, forte et aspre de chacun costé, mesmement de nos chevaux légers et arquebusiers à cheval, qui estoient contraints d'aller chercher l'ennemy jusques dans Ijes bois, d'où ij$ ne vouloient sortir, comme estans en lieu advantageux pour eux et difficile à estre forcé ny eux enfoncés, sans faire un grand meurtre par leurs harquebusiers, qui estoient couchés sur le ventre dans des fossés et cavins, d'où ils pouvoient tirer en butte et asseurément; dequoy M. le marquis d'Elbeuf donna de rechef advertissement à M. de Ne vers de luy envoyer promptement mille ou douze cens harquebusiers pour CEiire ouverture à sa cavallerie, et trois cens hommes d'armes pour les soustenir. Donc n'estant ce prince fort esloigné avoit receu ces nouvelles, fit tirer et choisir entre toutes les compagnies ce nom-* bre d'harquebusiers, et davantage, les plus dispos et allègres qu'on trouva, pour les luy envoyer en diligence, commandant à M. de Bordillon avec sa compagnie, et trois ou quatre autres qu'il esleut, d'aller à ceste charge; et luy et M. le mareschal de Sainct-André s'advancèrent de faire suivre et marcher toute l'armée, en telle opinion, comme j'estime, que les ennemis nous relèveroieiit de peine de les aller chercher, mais qu'ils viendroient au devant^e nous, et que le surplus de cejour ne se passercJtt sans un furieux combat, ou peult estre une bataille. Parquoy chacun d'eux, commença à départir les régimens de la gendarmerie, ordonnans aux capitaines de ranger et tenir leurs compagnies en bataille estendue, pour occuper tous les Ueux que l'ennemy pourroit prendre, et ne marcher confusément les uns sur les autres, mais séparément avec esgale distance, pour donner espace aux chevaux de se manier, comme aussi nous avions la commodité du lieu pour nous.

Or, pour retourner à l'escarmouche, estans nos harquebusiers arrivés au lieu où elle avoit

FRANÇOIS DE ^ABUTIN.

esté commencée, sans se faire semondre, mais d'une incrédible hardiesse, donnèrent dans ce bois, où ayans rencontré ceux des ennemis, s'entresaluèrent les uns les autres d'une infinité d'harquebusades; et lors s'eschaufTa et s'aigrit l'escarmouche de beaucoup plus qu'auparavant, car noslre cavallerie légère, voyant l'embus* cade descouverte et le passage ouvert, entra quand et quand dans ce bois, escarmouchans si vivement, tant ces compagnies de gens de pied que ceste cavallerie, qu'estans favorisés et secourus de certaines compagnies de gendarmerie, finalement les contraignirent de le quitter et abandonner^ non en désordre ou comme du tout rompus; mais, cognoissans bien qu'à la fin n'y seroient les plus forts, au danger de se perdre tous, se retiroient en gens de guerre, de pied à pied, en se soustenans les uns les autres. Puis, estans réunis sur le bault et en planure de la montagne, ce fut adonc que lameslée recommença de plus belle ; car nostre cavallerie, toute d'un front, commença à les charger de toute lucte et force, et nos harquebusiers et les leurs se vindrent à joindre et approchera la portée de l'harquebuse, mais tant furieusement de chacun cosfé, que c'estoit esmerveillâble d'en ouyr le chamaillis et le tonnerre, qui dura plus de cinq grosses heures; ce qu'accrut davantage l'opinion à M. de Ne vers et à M. le mareschal de Sainct-André que pour le seur ce jour nous aurions la bataille, estimans cç que les ennemis s'estoient pour quelque temps tenus forts dans ce bois, et puis l'avoient quitté* avoir esté fait par une ruse, pour attirer les nostres en lieu aisé et advantageux pour eux, presque ainsi qu'en avions usé à Ranty; et aussi avoient ce fait pour donner temps et es. pace à leurs gens de se disposer et asseoir commodément. Parquoy, soubs ceste asseurance, envoyèrent au deyant gens de pied qui venoient à l'aise, estans fort ennuyés et la&, tant pour ce qu'ils marchoient armés^que pour la grande et extresme chaleur qu'il fiaisoit ce jour;etcro9 fermement, s'ils eussent peu arriver à temps, pour certain que les eussions combattus et pour» suivis jusques au bout ; car il me semble qu'il n'est possible de veoir hommes en meilleure volonté qu'estions adonc, et sur tous le prince, qui, se promenant de rang en rang avec un visage asseuré, iaisoit cognoistre à tous que sa vertu, accompa^ée de nos fidèles affections et

forces, luy acquerroit et à nous uae grande gloire et rq>utation.

M. le mareschal de Saiact-André faisoit le semblable (comme il est chevalier duquel ht sage hardiesse est aomée de sçavoir et éloquence), exhortant et admonestant avec ua doux langage ses eoB^ptagnîes d'avoir en recon»mandation cest hooneur et estimation, que de tout temps ht noblesse et gendarmerie françoise s'estoit acquise, et surtout qu'ils nç se deabandassent, mais qu'ils se tinssent serrés et prèe de leurs enseignes. A bref conclure, il ne restoit plus qu'à donner dedans qnan4 les ennemis apperceurent exfi la prairie et vallée aq dessouto d'eux toute ceste grande asseinblée de gendarmerie, ayans les visières baissées et ki lances sur la cuisse, prests à les enfoncer, et les gens de pied venir au grand trot, de^à asseï proches. Lors commencèrent à ctUer et leur fureur première s'appaisa; lenten^ent se retirans de bois en autre, de vallon en vallon, tousjours escarmouchans et s'entre-soustenans, furent tant qu'ils passèrent un petit ruisseau qm court en une creuse vallée tirant à leur camp, et de-là gaignèrent leur grand fort. Ainsi commença et finit l'escarmouche de ce jour, en laquelle je n'ay ouy parler y estre tués honunes de renom des François, sinoQ quelques har* quebusiers à pied, encore bien peu, et quelques chevaux blessés et tués. Yray est qu'il y eut un cheval léger des iM)stres qui y fut deux fois abbattu et par deuxfois rescoux^ala deuxiesme voyans les ennemis qu'ils ne le pouvoienl re* tenir et emmener, le foulèrent aux pieds des chevaux, et passèrent plusieurs fois par dessus ; toutefois enfin ses compagnons le relevèrent el sauvèrent. On disoitqu'ûyestoitmortdavantag^ des leurs, mesmement un capitaine espagno!, vaillant homme et bien estimé. Après ceste départie, à soleil couchant, toute nostre armée monta en ceste plaine dessus la montagne, poof camper au mesme lieu où ce furieux eombul s'estoit démeslé, à la vérité bien raze et de^ couverte, n'ayans aucuns yivres pour noiia, ny pour les chevaux^ sinon ceux que nous avloos portés, combien que de foing et bleds yerds on en pouvoit ^recouvrer aucunement ; mais il falloit aller loin et en danger» est^t If miicl prochaine. Ce qui restoit encore du joqr, tl- de Ne vers et M. le mareschal de Sainct-André, inessieur^ \e marqui^ d'^lbeu^ de NemoocB^

[mi]

GUËRRËâ DE BELGIQUE, LlV- Vit

comte de la Roehefooeaulti de Randan et antres capitaines des plus vietn et expérimentés, employèrent & revisiter et considérer les places et endroits propres à y loger et accommoder lecrs gens de pied ou de cheval, pour de rechef le lendemain inviter les ennemis à la bataille; et davantage sur la nuict envoyèrent secrettement recognoistre les advenues et addresses i leur camp, à scavoir s^i^ y auroient point appareHléquelquesemtmscades, afinqu'estant le chemin asseuré et non suspect, tant plus seurement peussions entreprendre de les assaillir, ou de nous défendre.

Au surplus, les guets furent si bien assis, renforcés et revisités si diligemment, qu'ils ne poQVoient en aucune sorte nous surprendre, eonîbien qu'on n'ouit point de bruit quMb s'en fassent mis en essay; ains nous reposasmes et passasmes ceste nuict paisiblement. Le lendemain, Jour de mardy , seiziesme de juiHet, dès que le jour commença à poindre, toute l'armée fut mise et rangée en bataille en la plaine de ceste montagne ; marchèrent les deux bataillons de gens de pied coste à coste environ deux traicts d'arc, tenans le chemin pour tirer au fort des ennemis, et toute la cavaherie et gendarmerie prit la descente le long du grand diemin et pendant du cx)«stau. Mais avant que continuer davantage la description de ceste escarmouche, il m'a semUé, pour plus grande intelligence d'iceUe, estre requis frire eeHe de k forme de ce fort, et de la contrée et situation ou il est basty, selon que j'ay pu le considérer et comprendre. Il me semble que ceste montagne et coste est celle mesme qui commecice as- 0» -près de Nimes, laquelle s'eslargissant fait diverses vallées et combes * (mesme cestegrande vallée par laquelle allasmes à Givets), toutefois qu'en approchant près dudit Givets, elle va tousjours en estrécissant, et, finissant sur Givets deçà, faict une poincte et quelque peu de plaine d'environ cinq ou six cens pas, sur laquelle est oe commencement de fort; et de là continue en précipices, rochers et estranges ^estroicts cantremont le cours de la rivière de Miose. Et pour dresser ce grand fort, qu'ils ont depuis construit, ont fermé de trenchées un quarré traveramt eeste petite plaine du haut de la poincte et croppe* de ceste montagne. qui enceint le vieil petit fort ; venant respondre

à un boulevert qui estoit là presque hors d'eschelle, à my chemin de la descente sur Givets deçà, avec une courtine le long du pendant, qui se rend à un autre boulevert regardant et commandant sur toute la rivière, *et dans tous les deux Givets; ayant chacun boulevert ses flancs pour défendre et tirer au long, tant de ceste courtine que des tranchées hautes et basses. Car, à l'un des coings de ce premier boulevert, se joinct une longue trenchée, qui enferme tout le bourg de Givets deçà, qui se va rendre à la rivière de Meuse, ayant pareillement ses flancs et défenses bien à propos; et ont appelle ce fort Charlemont.

Or, pour retourner à la narration de ce qui est ensuivy, assez près de ce petit village de Gemigny, où commença la première escarmouche, du flanc de ceste longue montaigne en sort une autre en forme d'un fourchon, revestue d'un bois taillis; laquelle à main gauche tirant contre Agimont, et sur soleil couchant, va tousjours en diminuant, et s'abaissant, traversant et rendant à demi la vallée en cest endroit assez estroitte, et presque close, pour autant que le ruisseau qui coule ^u long d'icelle y fait deux ou trois tours, et se courbe en forme d'une lettre appdlée S, rendant ce passage marescageux et difficile. Mais la descente du vallon qui est entre ces deux montagnes est assez aisée, aussi y passe le grand chemin ; par quoy fut trouvé le meilleur de feire prepdre ce chemin à la gendarmerie; car de suyvre la plaine et le haut de la montagne, à la main droitte, pour aller à leur fort dessus, il y avoit encore entre deux un vallon pénible et mal-aisé. A ceste cause on mit à ceste advenue le bataillon des François, et remplit-on ce vallon d'harquebusiers, et dessus une petite motte eslevée et eminente, on y affiista deux coulevrines, qui battôient au long de la plaine, et jusques au fond de la vallée. Entre ces deux montagnes et Givets deçà, y a encore un autre coustau, sortant de la grande montagne, qui commence sa montée à travers de ceste petite combe, qui est en trépied ou presque comme un triangle, d'estendue deux ou trois cens pas, où fot le plus fort de l'escarmouche; et au miUeu de ce coustau est un mont aigu, qui depuis le pied va tousjours s'aguisant en forme de pyramide, de fat hauteur d'envn*on quatre-vingts ou cent brasses, le haut duquel avotent forcy d'har*

FRANÇOIS DE RABUTIN

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