‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 14Chapitre 47 sur 69 · LIVRE NEUVIESME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIESME

Des pr^MiratilB pour le renouveUement de la guerre dlsntre le roy Pkillppes et le roy.— Dessiëgeset prisesde SaineM^entin, Hao et Le Castelet^et de la raicontre et routte des François, advenue le jour de Sainct-Lamrent. — Ensemble . de plusieurs choses depuis advenues et exécutées en ce temps, jusques au mm de juTier en cest an MT.

(1557)Estantdenouveau la guerre criée et ouverte entre leroy de France et le roy Philippes en toutes les parties de l'Europe où leur puissance s'cstend sur terre etsur mer , il ne fut pareillement question que de nouveau rechercher et inventer tous moyens pour recouvrer argent et amasser gens de guerre ; et en cela ne faut douter que tout le peuple en chacun estât n'eust à grandement souffrir; car, outre les imposts ordinaires où le populaire est contribuable, nouveaux subjects, taillons, emprunts particuliers furent mis sus, avec une grande foule et surcharge. En quoy furent semblablement compris les ministres et bénéficiers de TÉglise, cottisés par ampliation de décimes à Téqùipollent du revenu de leursdits bénéfices. La noblesse et gendarmerie, retournant fireschement de la guerre précédente, qui se promettôit avoir quelque peu de repos pour se remonter et mettre en

équipage, et pour donner quelque ordre à leur mesnage et Camille, fiit derechef rappellée, tant pour comparoir aux rières-bans que pour se trouver es compagnies, èsquelles plusieurs gentilshommes sont enrollés. Commissions furent despeschées à plusieurs capitaines pour bire nouvelles levées de gens de pied, et pour remplir les vieilles bandes qui estoient es garnisons sur la frontière, combien qu'adonc toute la France estoit fort destituée de la pluspart des meilleurs et plus expérimentés soldats, pour avoir esté les compagnies d'eslite envoyées en ce voyage d'Italie, et le surplus avec grand nombre de la noble jeunesse l'avoir entrepris, tant pour l'espoir d'y voir diversité de choses, que pour davantage s*exerciter au faict des armes ; ce qui retourna en après à nostre grande perte et dommage, comme depuis s'est veu. D'estrangers leroyenfeitpeuvenirdepardeçàjseulementneuf

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GUERRES t)É RELGlQtlÉ, LtV. IX.

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ou dix miDe Altemans, et huîct cens oa mille pistoUiers, queleRingrave retira et amena. Le roy Philippes au contraire (comme fay peu touché cy devant) avoit de longue main mis ordre et pourveu à dresser ses forces autant belles et grosses qu'il luy estoit requis pour exécuter haute entreprise et esprouver sa première fortune pendant qu'elle luy présentoit ample occasion, et scachant bien la diminution de celles du roy, à cause de ce voyage d'Italie ; mais ce fut si cautement, qu'avec longue difGculté et doute on n'en pouvoit estre adverty ; et moins encore estoit sceu où il se vouloit adresser et qu'il oseroit attenter, d'autant que l'on présumoit qu'il seroit empesché à répondre de pardelà, où tous les efforts tendoient de toutes parts. Ainsi dès la fin du mois de janvier, ce qui estoit resté de gendarmerie en France fut mandé (estant la plus prompte force que le roy peult mettre soudainement aux champs), et fut départie es endroits du royaume où l'on sentoit estre le besoing, et le long des frontières que Ton cognoismt estre foibles, mesmement en Champagne, a cause que ce sont les advenues ou le plus communément l'ennemy prend sa descente en France, aussi pour favoriser l'œuvre et fortification de la nouvelle ville de Rocroy que le roy avoit fait commencer en ce temps, pour servir de cqptrefort et appuy à Mariembourg et à Maubert-Fontaine, et pourde tant plus facilement mener des vivras de l'un à l'autre. Pareillement à toute diligence l'on âusoit remparer, fortifier et munir toutes les places de défense de ceste lisière, mesmement Mésières, à faire relever la plate-forme et le pan de muraille derrière le chasteau, qui avoit prins coup et qui s'estoit avallé, rendant une entrée et ouverture facile, si de bonne heure n'y eust esté remédié. A quoy M. de Ne vers, qui est en toute ceste province, lieutenant général pourle roy, se rendoit tant vigilant et attentif, que, ne s'en voulant fier à tout autre, en vouloit estre luy mesme l'oculaire examinateur. M. de Bordillon, lieutenant aussi pour le roy en l'absence de ce prince, n'y espargnoit rien de son acçoustumée solicitode et prudente conduite ; de sorte qoe depuis s'est veu comme l'eimemy, ayant cognoissance du bon ordre qui y estoit, tourna son desseing ailleurs, où il fut adverty que moins y avoit esté pourveû.

Tout le printemps et la plupart de Testé se

passèrent sans qu'il y eust gros amas d'armée d'une part ny d'autre, et ne furent faites que courses et entreprises particulières les unes sur les autres, entre lesquelles je n'ay voulu oublier celle que les gouverneurs des forts de Philippe-ville et de Charlemont, de Cimets et d'Avesnes, firent le jour de Pasques flories, quatriesme jour d'avril, pour venir tailler en pièces les vastadours et manœuvres qui besongnoient à Rocroy , cuidans gaigner le vieil fort et ruiner ce qui estoit commencé de neuf, estant encor le rempart de deux à trois pieds hors de terre ; laquelle fut si secrette, que, sans que le fils du sieur de Châmbry, qui en est gouverneur, en sceust aucunes nouvelles, se présentèrent en bien petite troupe assez près de ce fort ; pourquoy les soldats de la garnison, pensans que ce fussent quelques coureurs seulement, sortirent à l'escarmouche, et tant espessement à la file, que peu en resta dedans; si que la grosse troupe des ennemis, s'appercevant que ce que ce fort pouvoit contenir de soldats estoit hors, essaya de traverser et leur couper le chemin de leur retraite , ce que toutes fois ne peurent si tost faire, qu'estant cogneue leur délibération, les François y redoublèrent tellement leurs forces, que, après avoir longuement combattu pesle mesle, rentrèrent et se retirèrent dedans à la barbe des ennemis, qui, par ce moyen, n'exécutèrent leur entreprise, et n'en remportèrent que force canonnades et arquebusades, et perte de beaucoup des leurs. Vray est qu'il y eut quelques pionniers des nostres tués et blessés, et non en si grand nombre qu'ils en espéroient faire carnage, à cause qu'il advint si bien que ce jour là ils âdsoient leurs monstres et estoient empeschés à recevoir argent. Tant y a que ceste entreprise mal exécutée accreut encor la diligence rendre à ceste ville au plustost en défense ; de sorte que le prince le plus souvent n'en bougeoit, pour par sa présence solliciter chacun à la besongne ; et quand les affaires l'appelloient ailleurs, il y commettoit personnes où il avoit grande fidélité et asseurance ; mesmement y envoya le sieur de Giry, lieutenant de sa compagnie, qui y fit assez long séjour, pendant qu'il donnoit ordre aux autres nécessités de la frontière. Et pource que nous sommes encore sur ce propos, il m'a semblé estre bon de faire une brefve description de la situation et forme de ceste nouvelle ville, pour démonstrer. que c'est

un lieu bien propre pour 7 bastir une forteresse et place de ffuei;re, autant bell^, forte et convçhàble que ï^)!! ei^ poûrroit choisir. En premier fieu^ rissiette est stérile à plus ie deux lieues au plus près, esls^nt tous bois de baultesfutayés, marescageux et pleins de mortes; et Vux lieui dféfricliés çî'y crôist que bruyères, Voncés, genesies et" n^enus taillis, a cause que le terroir est argilleux et biorveux es ionarières et plaines, commç enrendroit où elle est située, et es autres lieux sont rocfeers durs et aspres çt maigres, où il n'y a aucune humidité, et n'y vient que du polliot et de la mousse; ainsi il e^t impossible d^y pouvoir camper en gros nombre pour Tassié^er plus de virigl-quatre heures au plus, encor en y portant des vivres. Quant à la forme, elle est pehtagone et à cinq fronts, cou* verte et défendue de quatre gros bouleyerts gami^de leurs flancs, cases-mattes et plates formes, et le vieil fojî quiiEail le cinquiesme, ayant chacun son nom particulier; à savoir : le Real, le Daùfphlr^, MontmorancypourM. le coiinestable, Nevers et Bordillon.|Et fault dire quMjs sont si grands et spacieux, qu^aisément en chacun Fph poîirroït loger au Tarçe plu$ de deux mille soldats et un grand nombre d'arfilleri^; chose bien requise en lieu de défense, pour la commodité que'l'on a de se remparer etVetràncher,, él de n'festre presse. Au surplus les ijéfensès y sont st seureïneni couvertes et hors àé batterie, qu'il est ipipossiblè dç les pouvoir pster, Î'âutarit que les talons çt espaules sont si gr^'neset larges et espesses, qu^eUjes cotjvfent inésmement grande partie déà coijrtlnès. tt aùafilt ail rampai-ti le gazon et 1^ terré est si argifleus^ et gluaïîtè", tomme j'ay 3il, qû'àj si pçù d'eau qu'on liiy]fâi§pit boire elle'sé conroye h ênàufdi d'elle mesme. Or ceste ville a esté trouvée en toutes choses si seure et commbcie k toutes \e$ comniunes de cestç frontière^ que dix fois autant de place qu'elle contieiit n'éust peu suffire pour distribuer à la moitié de ceux <jui dêmap- 4olent' Ijeu et permission d'y bastir ; encor ceux a qui a esté permis s'y sont en si peu de temps accommodés et logés, qu'en b^ief \\où peûlt espérer &y voir l'une des plus belles villes 4^ çeste contrée; et croy, de m^ part, que, estait parachevée selon son dessein^ et commencemeht, qu'il n'y aura point de comparaispn , en toute sorte, de i^a^iembourg a eue. PendAnl lé teoifs^^e ces deux princes j^ré-

Çl\ANÇÛt^ È^E tVA-^UîIJjL

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paroient leurs arm^s, et faisoien^ tçut devoir de pardeca de se pourvoir de denierset\ôu)t équipage, l'un pour âssaiÛir et r'autrèpour^ âéfendre, le septiesme c^u mois de* juin, la rpyne d'Angleterre, Marje, envoya pjar un béraqlt tfarmes signifier la guerre au roy. et se.deçla^ rer son, ennemie, luy estant ^, Reims avec tou^ sa cour et grosse a!ssemblée de prince^ et grande seigneurs. Auquel I^a Majesté mesmes, après la| avoir esté remonstré par M. le connestâble de quelle douceur le roj usoit eijyers luj, ayan^ mérité griefve punition (Tavoir passé gar son royaume sans jjauf^con^uit, fît brefve et prompt^ réponse que, si, sans occasion et cause j sa maistresse luy vouloit estr^ adversaire et ennemiç, sWant tousjours monstre amy et secourant aux Ànglois en leurs adyergïtés et tr<)ul)les^, Dieu, juste examinateur de toutes çnoses, ^t équitable rétrlbuteur, luy donnerojt te ipoyen et pouvoir de se diéfendrè d'elle, qui n'estoit qia'Une fenjme, autant bien etheureusemént^què ses prédécesseurs avdierit! repôulse et battu les s^ens, et avec autant d'avantage ou'il luy' ferpii (a grâce d'^n avoir sur eTIe. TOl's le hérauU

gance et avar/cieuse cupidité des Espagnols, c|t apre^ ressenti non moindre per{^ par les Frànçoisi ainsi que cy-après sera «dit. Dès ce temps venoient plus fréquentes nouvelles et advértîssemens du grand' amas que te roy Philippes dressoit, et du graïkl nombre d'hommes qui , s'amassoLent ea tous ^s eiiidrblU de SQS pays;

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GUERRES DE BELGIQUE, LIV. IX

înesmement ^ le bniît courolt par tout que TAIIeinagne se iremuoit fort, et qu'en diverses conirces se laisoient diverse» levées de jgens de ^erre, Ae cbèvkl et de pied. De nostre costé pareillement tes compagnies s'assembloTent peu à peu aux lieux qui leur éstôieni nomméà, et la fanterie sembrabtement èstoit recuêiTlie et retU rée, maïs non en si grand nombre» ny en tel éilpiiipage qiiUl s*est véu, pour beaucoup de caù- ^eà. DavahUge tes Memans, que le Ringrave aVec grande difBculté 'tiroitd'Airemagne/serattassoîént à là ïîle et en petites troupes en Lbrfàïne ; èVsémï>loit, pour en parter sansclissimùbttion , veu le petit estât et assemblée que n9us faisions, que nous fussions desjà tous asseiireé de la puissance et délibération de nostre ennemy, et comme s'il ne fust question que dé sie gaitièr et défendre, tant est oultrecuidéé nostre ùatlon, et coustumîère de mesprîser son ennemy ; ce qui tuy retourne bien souvent à grand'bonte et perte irrèparaltté. Peu de jours ensuivans, enviroh la my-juîlîet, Ton sceut que le

S' rince de Pîedmont, le duc d'Ascôt, comtes de [ansfel, d*Aiguemont, de Màigue, de Bârleihont, estaient a Gl vêts pour y dresser camp, ou desjà s'estôiént joihteis quelques compagnies (fAllemans, Namurrois, Liégeois et Wallons, ' attehdanslk de brief le surplus du secours d'AIfemagné, aVeé Tes ducs de Bninswich et leurs rëitres, et comme aussr la gendarmerie et cavàllerie dé là Franche-Comté, qui devoît venir pht le duché de Luxembourg. Ce qui donna opinion qu*ils en vouloient et s^àttaqueroient à (Juel^ué ville de ce costé là, cômhie à MariemboÛTg, Mésières ou Rocroy, que te rapport de qhelqueâ espions augmentèrent davantage, disant que certains réglmetiS dé gens de pied et dé cavalerie, eètoient passés jusqiies à Nimes, et <|ué là jls cliarpentoient et bastissoient grahde quantité d*eschelles et autres engins pour surprendre é. emporter d^âissault une place. Outtf'eplus, '^ùè côntrërtîôht la rivière de lileûse montôîeht des Pàvk-fias îhnumérables quantités de iobiek sortes dé provisions et munitions de glierfe, tkill vivreà, qu'artillerie, poutdres et boQiets. Pour toutes lesquelles causes Ton tenoit pour certalh que ce Seroit ceste part où Tenûemy ëbiivertitoil sa furie, et surtout Ton craignbit Mésièrcé et Rocroy; lesquelles prises, demeurott Mariembourg enclose éi fort difficile à^tfesecourae,etpar ainsi aisé^ à estre reprise

et remise en son premier estât. ïl rie fault douter SI adôd'ic M. dfe 'l^evers avoit peu dé repos en l'écrit, eît moins de sa personne, comme cetùy en qui redohdoit tout l'honneur et vitupère, *s1, par mauvais ordre, y ^st advenu quelque daiiçér ] de àorie que ce gentiLprihce, vigiïarit autant qu'il est possible, et d^un travail incrédïblè , sans interm'îssîon discôur'oit de fteù à autre, recognoissoit toutes choses trois et'quâtVe ibis, et, feii toutes les manières q'ûè l'cMi pouvait inventer, mettait une si seure police fear tb'ut, que ce éùst êèté par un merveiuéuA desa'sire s'il en tust' niai advéniu. Et surtout renforça Rocroy de toutes munitions et artiïlèhV, autant qu'il estoitbesoing pour soustenir un lo'ni siège. Au surplus, encore que léis rem'parts et fortifications lussent desjà si avancés qu'elles se monstfassent bàstantés pour attendre faiôutdre de Fartillerîe, et que Fon y besongnast êii toute assiduité, si est-ce qu'A là rahnparà éricor mieux de vaillans hommes, 'et ^ui estoîént armés d'un si grand et asseuré courajgé, qii'encof que là place eust été toute raze, il éust fallu que les enrieinis les eussent tous tailles eh pièces les' uns après les autres, et leur passer sur le veiître, avant les faire démârcliëret se rendre fa)'nteusêment ; ordonnant chef là-dedàhs le sieur Fontaine, et là compagnie ae g'ehdaifmeriè (le M. de Montpensîér , dont il est liéulénarii, et les chevaux légers du capitaine fcillés de feovfêrs et unie enseignes de gens dé pied dés capifaîhes Chamb'ry, gouverneur; Soleil, LeBois, wêr, Jacques, Le Fresné,LaMalaise, Pavàflloh.baliu, du seigneur de Savignj de Lorrairié, et aii capitaine Fonténilles, y estant pour sèVçént majeur le capitaine La Faye, Toutefeis, le roy estant enmesme dbuteque, sîTénnémY entreprenôil céslé nouvelle ville non encor esprouvée, et où \ek ramparts et foriidcàtiohà estoieni, encor frés^ cliës et non endurcies et sùtarinëes (mesmem^eni ou il y avoit à présumer qu'il y èmplbyefoit le vèrd et le sec, pour par ce bon commenceinené acharner et encourager ses soldats a entreprendre davantage), il n'advinst que, en la çuidani sauver et défendre, non-seulement on en fîsi perte av,ec honte, mais aussi de beaucoup de vaillans' hbinmes, desquels l'on avoit bien affaire ailleurs, envoya expressément un gentilhomme , nommé Saînct-Héràii, enseigne ae M. le conneslable, pour la révoir et visiter, et pou^ liiy faire rapport dèsâ valeur et suffisance. Au ràp-

port duquel, ne sçay pour quelle cause, il escrivit à M. de Nevers qu'il avoit sceu que sa ville de Rocroy n'estoit si avancée et seure que Ton luy avoit fait entendre, comme par un meséontentement, et pourtant qu'il n'estoit point d'advis qu'attendant les efforts d'un si puissant ennemy, l'on fist perle de beaucoup de bons bommes et d'autres choses qui luy serviroient bien autre part. A quoy ce prince, estant à Mésières comme en lieu qui sembloit plus foible, et qu'il réparoit en toutes les sortes qu'il luy estoit possible, fit response qu'il savoit Rocroy, en Testât qu'elle estoit, si asseurée et bonne, qu'il avoit délibéré, si tost qu'il seroit certain que lennemy y tourneroit, de s'y enfermer, pour se présenter le premier à la défendre, le suppliant remettre sur luy toute la crainte qu'il en pouvoit avoir. Et est chose certaine que ce prince l'avoit ainsi résolu de s'enclorre en l'une de ses places, s'ilfust advenu qu'à l'improviste et soudainement Fennemy les eust assiégées , pour par sa présence accroistre aux moindres le courage et affection de faire comme luy, et Tensuivre en valeur et hardiesse, et, aux biens asseurésj de n'oublier rien de leur devoir et honneur, combien que ce ne soit chose raisonnable, et qui ne doit estre permise, que tels et si grands princes, qui importent par leur perte de beaucoup à tout un royaume, soient exposés à tels dangers comme en prises et assaults de villes, oùadviennent infinis inconvéniens, ains doivent estre réservés à plus grands secours et besoing. Toutefois, le roy, bien adverti adonc des forces que l'ennemy avoit en campagne , manda à ce prince se retirer en lieu propice pour y assembler son armée, et fut le bourg d'Attigny désigné pour y dresser le camp; auquel lieu toutes les compagnies de cheval et de pied furent mandées pour s'y trouver en toute diligence, estans desjà nos reitres et Allemans logés à l'entour. Ainsi, ayant laissé M. deBordillon dedans. Mésières avec sa compagnie de cinquante hommes d'armes, et celle du comte de Sancerre, et le sieur de Troussebois, qui en est gouverneur, avec ses deux enseignes de fanterie, et quatre autres, se retira à Attîgny.

En ces entrefaites, les ennemis s'estant de beaucoup renforcés à Givets et à Nimes, et se voyans en assez bon nombre pour exécuter quelque entreprise, après a voir donné plusieurs et diverses allarmes et algarades à la ville de

Mariembourg,de laquelle estoit gouverneur le sieur de Losses, brave et vaillant chevalier, comme par manière de la vouloir recognoistre, en la plupart desquelles ils acquirent peu de profGt et moins d'honneur, ayant une seule compagnie de gens de pied françois fait tourner visage à toute leur avant-garde, ils délibérèrent avec ce grand nombre d'eschelles et antres artifices aller surprendre Rocroy, en &isant si peu de cas qu'ils l'estimoient emporter en six heures. Suyvans ceste résolution, comme je présume, que si ceste délibération succédoit comme ils se le promettoiei^t promptement, poulser encor plus avant en paîs ; si autrement, que, sans s'esloigner de leur traicte, ils suivroient où ils avoient desja prévu leur rendezvous, pour parachever et mettre à fin leur dernier exploit. Doncques ayant leur armée prins ceste route, leurs coureurs se présentèrent le vingt-cinquiesme de juillet devant ceste vifle de Rocroy, pour attaqi|er l'escarmouche et soliciter ceux de dedans à sortir cependant que les esquadrons et leurs grosses troupes arriveroient, pour en après tout à un coup mettre toutes choses au dernier poinct Mais, estans desjà les nostres advertis de leur venue, ne leur donnèrent la peine de les aller semondre de plus près ; ains, estans sortis ceux qui estoient ordonnés pour les soustenir, sitost qu'ils les apperceurent, leur sonnèrent une salve avec telle tempeste et tintamarre, que les boulets y ploavoient aussi eôpessement que la gresle, et W venoient nos harquebusiers avec telle asseurance choisir de si près et en butte, que ceux sur lesquels ils eouchoient se sentoient plustost morts ou blessés qu'ils n'y pensoient; de sorte qu'il ne leur fut jamais possible approcher le rampart de plus de quatre cens pas près ; car les grosses troupes estans arrivées, pensans s'approcher pour soustenir et favoriser l'escarmouche, estoient tellement pressées dé forces canonnades et de notre harquebuserîe, qu'à tous coups estoient contraintes se retirer en "arrière, s^ouvrir et rompre d'elles mesmes ; sur quoy nos gens ne failloient promptement à donner la cargue.

Ainsi, pour en parler au vray, en bref il y fut faite l'une des plus belles escarmouches qui se soit veue depuis cent ans en çà, en laqudle firent fort bien leur devoir et donnèrent grand* preuve dcle\;ir valeur et h^rdies^ le$ capital <

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GUERfeES bE BËLGiQtJÈ, LlV. IX.

ne3Bois,0gieretJacqaes,avêclears soldats braves et vaîUans ; aussi feit le capitaine Gilles de Bçuviers. Enfin les ennemis se retirèrent avec leur courte honte, ayant seulement veu deloing Rocroy , encor à leur grand intérest et perte de beaucoup de vaillans hommes des leurs, entre autres d'un fort brave capitaine espagnol, comme Ton dit, délaissans pour trophées et marques de leur venue forces charongnes et corps morts. Et en ceste façon allèrent camper au gué de Houssu, et de làse retirèrentet retournèrent camper en la vallée d'entre Nîmes et un lieu appelle Haulte-Roche, auquel lieu, selon l'advertissement qu'en donna M. de Bordillon à M. de Nevers, les capitaines Saincte-Marie et La Lane les allèrent recognoistre, et l'assiette de leur camp, d'où ils ramenèrent quelques chevaux d'artillerie et prisonniers, qui asseuroient e\x\ n'avoir encor d'artillerie que quinze ou seize pièces, la pluspart canons; mais qu'il en arrivoit de jour à autre d#Malines, et ne pou voient estre adonc que de quarante à cinquante enseignes de gens de pied ; que toute leur cavallerie n'estoit encor assemblée. Us disoient aussi que Ton ne parloit point en leur camp d'assiéger Mariembourg, bien qu'on tenoit certain qu'estans leurs forces assemblées ils s'adresseroient à Rocroy, ce que toutesfois ils ne firent; aîns, au partir de là, quittans du tout ceste frontière pour le peu d'avantage qu'ils s'y voyoient avoir, tournèrent leur chemin devers la Picardie, prenans leur adresse devers Cimets, où ils ne firent séjour, tenans le chemin de Glaion et Trélon, et de là à Montereul-aux- Dames, passans près de La Capelle, et à Vervins, qu'ik saccagèrent et brusièrent, et de là tirèrent à Guyse où ils campèrent, monstrans grandes apparences de le vouloir assiéger. Or en ce lieu se rendit toute leur armée complette, estimée de trente-cinq à quarante mille hommes de pied, de douze à quinze mille chevaux, tant de leur gendarmerie que de reitres et pistol- Kers, qui estoit toute leur plus grande force, et n'attendoient plus que huict ou dix mille An glois, qui descendoient à Calais et au comté d'Oye, et qui les dévoient venh* trouver à Sainct-Quentin, comme depuis s'est veu. Quant à nostre petite armée assemblée à Attigny, comme j'ai dit montant de gensde pied au nombre de dix-sept ou dix-huict mille hommes, allemans etfrançois, et de cinq à six mille che- XVI» tiicLB, L« H. ei La PI

Vaux de gardarmerie, cavallerie et reitres, si tostque Ton sceut les ennemis marcher en campagne» aussi fit elle, les costoyans tousjours de quatre à cinq lieues près, suivant le paysdeThirasse, et fut advisé de l'aller fermer et parquer à Pierrepont, lieu fort commode pour couvrir toute ceste frontière, et pour y départir le secours avecseuretéet avantage pour nous, eu égard principalement à Topinion qu'ils donnoient de vouloir assiéger Guyse, place adonc fort douteuse et non encore rendue en sa parfaite force, dedans laquelle estoit pour l'heure chef et lieutenant de roy le seigneur de Vassé, chevalier de l'Ordre, et capitaine de cinquante hommes d'armes. Estans M. de Nevers,le prince de Condé, le Ringrave, le baron de Curton etle sieur de La Roche-du-Maine, avec nostre armée, près Nostre-Dame de Liesse et d'une belle mai* son appellée Marchetz, qui fut au sieur deLongueval, M. le connestable, messieurs l'admirai et mareschal de Sainct-André, qui estoient lors près de la personne du roy, mandèrent à ce prince qu'ils se trouveroient à Pierrepont, où l'armée alloit au partir de là, qui estoit le 28 de juillet, et que là ils adviseroient ensemble a ce qui estoit à faire pour remédier aux surprises de l'ennemy, que Ton cognoissoit adonc très fort, et que l'on prévoyoit ne sedépartir, ayant employé si grands frais à recueillir si gros nombre d'hommes de diverses contrées, sans exploiter quelque œuvre prémédité et projette d'asseurance. Toutesfois il s'est dit que quelques-uns estoient encor si opiniastres, qu'il ne pou voit tomber en leur entendement que l'ennemy osast entreprendre davantage que ce qu'il avoit fait, s'arrestans à ce que, n'ayant peu assembler son armée si tost qu'il avoit projette, pour la distance des lieux et autres incommodités, l'occasion hiy seroit eschapQée de plus attenter chose de grand effect ; mesmement qu'il estoit rebouté de la frontière de Champagne, ou l'on estimoit estre son principal but, adjoustans à cela que nous estions desjà trop avant en la saison, pourtant que tous les semblans et mines qu'ils fai-^ soient n'estoient que pour prendre une honneste retraite. Mais autres, qui voyoient plus . cler et de plus loing, selon peult-estre que leur bon esprit, ou que leur expérience les advertissoit, présgpposoient tout le contraire,asseurans fermement que l'ennemy avoit un corn-

682 FRANÇpiS £)E RABUTISJ

plot tout arresté, et un rencjez-yous a&seur^ et

f>réyeu, où il devoit tourner et employer toutes orccs, co-nme à chose qu il tenoit desjà à deray conquise pour luy, bien adverti du default qui y pou voit estre. Mestnement M. l'admirai ^dvertit M. le connestable que, par les advis qu'il avoit eu des sieurs de Senarpont et Ville- ]^on, les ennemis menassoient etdevoien^ tourner ^eurs efforts en Picardie, qui esioit adonc fort mal pourveue ; et ce qui en donnoii la plus grande apparence, estoit que les bandes espagnolles qui estoient dedans le nouveau Hédin n'estoient pas deslogées, qui estoient les plus vieilles et meilleures bandes qu'ils eussent, et sur lesquelles ils faisoient plus de fondement. Or cependant que l'on estoit sur ces disputes et diflicultés, estant nostre armée à Pierrepont, le prince de Piedmont, qui avoit campé deux ou trois joursdevantGuyse, tenant bonne mine, et démonstrant tous signes de» s'y vouloir arrester, sans autre plus grand bruit envoya la plupart de sa cavalerie légère enclorre la ville de Sainct-Quentin ; et de mesmè suite, faisant en exlresme diligence marcher toute son armée, se trouva campé à l'entour avant qu'jon l'eust cuidé à moitié chemin, maiô si mal a poinct pour ceste pauvre ville, qu'adonç n*y avoit dedans que le sieur de T^ligny, lieutenant de la compagnie de 1^1. le dauphin, de cent hommes d'armes, et quelques gentilshommes de ladite compagnie qui estoient la en garnison (au^si y estoit le capitaine Brueil de Bretagne, qui en estoit gouverneur), et au surplus si mal pourveue de gens de guerre^ qu'il n'y avoit ordre de recevoir toute ceste grosse armée, et moins encore dj' y résister- Toutefois lesdits sieurs de ïéligny et Le Brueil, et généralement tpus ceui qui estoient là dedans, feireiit tout devoir de mettre sus un premier appareil pour soustenir la première poincte, attendant le secours qui leur seroit envoyé. Ces nouvelles estans apportées à M. le connestable remplirent tout le camp de grande doute et crainte de surprise de ceste ville par défaut d'hommes, redondant et retournant en partie la faute sur ceux de 1^ ville, comme le bruit estoit que ne vouloient souffrir aucunes garnisons. Et aussi, to§t s'(*Ieva un grand murmure des causes pour lesquelles on en pouvoit mal juger, et d'où et par qui elles provenoient ; ainsi que l'on voit communément infmUé d'opinions cstre forgées et^controuvccs

en une incertain^ et tumnl^^ife çomif^une. Enfin M. Tadmiral, a qui le éas touclîoit, se délibéra mettre au dernier hazard de 1^ secourir. Et pource que du faict de ce siéçe toutes les opinions sont trouvées différentes et contraires, et que de moy seul n'en pouvois sçavoir le plus certain, il m'a semblé le plus seur suivre un discours que ledit seigneur adfmiral, l'un des premiers de ce royaume, qui estoit chef làdedans, en a escrit luy-mesme ; lequel, selon lé plus commun jugement, ne youldrôit pour chose de ce monde contrevenir à la vérité.

Iceluy seigneur admirai doncques partit de Pierrepont le deuxiesme jour d'aoust, après avoir derechef communiqué à M. le connestable tout ce qui appartenoit pour le remède de ceste nécessité, qui luy dist pour la dernière fois qu'il se hastast de s'aller mettre dans Sainct-Quenlin ; et, à l'heure mesme, partit avec sa compagnie et celles dei^ sieurs comtes d'Arran, de Jarnac et de La Eaiette^et les bandes de chevaux légers des capitaines Miraumont et Tenelles, françoises, et celle d'Achisson, esscossoise, s'acheininant droit à La Fère pour ce qu'il ne pouvoit prendre autre chemin, à raison que les ennemis avecques toutes leurs forces estoient e ^ '^ - - - - ^^^

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pour les recognoislre, et lliy print résolulioQ, avec ceux qui cognoissoient Iç pais seuremen^', de s'en aller droit a Han, pource qpe de là il îuy estoit plus facile d'entrer à Sainct-Quentin à raison qu'il estoit malaisé qu'encor que les ennemis se fussent voulu là arrester, quMI& f eussent sceu si estiroitte^aen^ envelopper ^çt

GUERRES DE BELGIQUE, LIV. IX

par l'autre costé de l'eau il n'y fùst entré ; et davantage il leur gagnoit le devant pour couvrir Péronrie et tout le reste de la frontière. Il y kvoû bien quelque apparence qu'ils ne se vouloient li arrester, car ils brùsloient villages et fourrages^ ce qui n'est pas accoustumé a geus qui veulent conquérir et garder iin païs. il y avoit cinq bandés de gens de t)ied dans La Fere des câpîlairies Caumônt qui en avoit deux, Sainct-André, Rambouillet et Loy, ausquels il commanda partir incontinent pour s'en aller droit à Hani encor que celles desdicts Sainct-André et Rambouillet fussent ordonnées pour aller au Castellet, et que pour cest effect fussent partis des le soir, comme luy, à l'assiette de la garde ; mais ils n'y pouvoient plus entrer pour estre empesche le chemin par les ennemis. Le sieur de Coucy fut présent a toutes les délibérations qu*il leit ; parquoy il le pria de is'en retourner devers M. le connestable pour luy faire entendre le tout, mesmement ' qu'il ne laissoit dedans La Fère que le sieur de Ruallohàvec sa bande, considérant que nostre camp venoit coucher à trois lieues de Pierreplont, et à demie lieue de La Fère.

M. r'admiral eut nouvelles par ses coureurs que les ennemis se logeoiént devant Sainci- Quentin, et avoient desjà veu quelques tentes dressées près la maladrerie du (auxbourg d'isle; mais qu'il leur sembloit qu'une partie de Içur armée coulast fe long de l'eau, tirant à Han. Parquoy lés gens de pied et le bagage, qui prenoient ce chemin, il les feil. tourner à main gauche par Gentil pour aller seuremenl ; et luy alla le droit chemin, pour estre adverty (carie païsestoit assez advantageux pour prendre tel party qui luy eust semblé le meilleur), et se démesler aisément, ou charger à tel nombre d'hommes qu'il eust voulu; enfin, sJans aucun danger ny rencontre, il arriva à Han. A l'entrée il rencontra le sieur de Vaulpergvie, avec une lettre de créance du capitaine Brueil, gouverneur de Sainct-Quentin, qui luy feit entendre le grand estonnément qui estoit dans ceste ville, et qu'il estoit besoing la secourir promptement, ou elle estoit eu grand danger. Après s'eslre informé, et quMlluy eust dit qu'il se faisoit bien fort de le mettre dedans ceste nuict, mais (Ju'après ce ne seroîi sans grande difficulté, il 4é résolut à\y entrei* cestè nuict mesme, Et sans que personne se désarniâîl, Il les feit

tous advertir qu'ils fissent manger une mesure d'âvofne à leurs che^ux,-et qu'il vouloit partir dans demie heure. Les voulut aussi informer d'une chose; c'estoit qu'il prioit les capitaines et chefs se passer au moins de valets qu'ils pourroient, et, quant aux gendarmes, qu'ils n'en menassent plus d'un chacun, et entre deux iarchers un ; qu'il s'en alloit à Sainct-Quentin pour y entrer et attendre le siège, où il ne leur feroit bailler vivres pour davantage de personnes. Et pource qu II desiroit y conduire ceste inesme nuict ces cinq enseignes de gens de pied qu'il avoit fait partir de La Fère, s'estant enquis si elles estoîeht venues, il trouva qu'il n'estoit encor arrivé que celle du capitaine Loy, estans les soldats si liasses et harassés, venus freschement de Gascongne, que quasi la moitié estoient demeurés par les chemins. D'autre part le capitaine Caunjorxt estoit demeuré derrière a La Fère, pour faire délivrer les armes de ses soldats, qui estoient encores encassées sur les charrois ; en sorte que, tout considéré, des cinq compagnies il ne se peut servir ■ que des deux des capitaines Sainct-André et Rambouillet; et encores qu'elles fussent fort loing derrière, il donna ordre, avant que partir, les faire marcher incontinent qu'elles sèroient arrivées.

Ainsi qu'il advisoit a ordonner toutes choses avant son bartement, les sieurs de Jarnacetde Luzarche rallèrent trouver pour luy dire quMl ne leur sembloit pas bien raisonnable qu'il s'enfermast dans Sainct-Quentin, pource qu'il pouvoît faire plus de service dehors; mais que s'il vouloit, qu'eux et tous les autres capitaines qui estoient là avecques luy s'y en iroient, et c[ue tous s'y accorderoient si bien, que le service du roy n'en demeureroit pointi H leur respondit en peu de paroles qu'il les remercioit du conseil qu'ils luy donnoient, biais qu'il estoit commandé d'y entrer, et qu'à ceste condition estoit là venu ; qu'il aymeroit mieux avoir perdu tout ce qu'il avoft vaillant que d'y avoir failli; pour le moins seroient ils tesmoings qu'il feroit son devoir d'y entrer.

Après que M. Tadmiral eut adverty M. le connestable de toute sa résolution par le sieur • de Rouran, qui s'en retournoit vers luy de Han, il monta à cheval environ demie heure avant , soleil couchant, mettant son mareschal des lo- ^\s devant luy avec cinquante bons chevaux et

FRANÇOIS DE RABUTIN

[Ifi57]

bonnes guides, auquel il commanda marcher cent pas devant luy seulement, et, quoy qu'il trouvast en chemin, qu'il *chargeast sans le marchander ; comme au semblable il advertit tous les capitaines de sa r^olution et de ce qu'ils avoient à faire. Il ne fut pas fort avant en paîs qu'il trouva l'abbé de Sainct-Pris, qui estoit sorti ce soir environ quatre heures de Sainct- Quentin, lequel luy dist qu'il alloit trouver le roy, et qu'il espéroit y estre le lendemain à son lever. Après qu'il se fut enquis du logis des ennemis et sommairement des autres choses, il le pria présenter ses très humbles recommandations à la bonne grâce du roy, et luy dire qu'il l'avoit trouvé avec une bonne troupe qui faisoit son compte. Dieu aydant, d'entrer ceste mesme nuict dans Sainct-Quentin, où il espéroit luy faire un bon service. Ainsi y arriva une heure après minuict, où il entra avec luy des quatre parts de la gendarmerie les trois pour le plus; les autres, ou pour s'estre perdus par les chemins à une allarme qu'ils avoient eue, ou par faute de bonne volonté, n'y entrèrent point* Quant aux chevaux légers françois et escossois qui estoient partis avec luy de Pierrepont.il n'y en avoit un seul arrivé quand il partit de Han, comme il l'avoit ordonné; aussi n'entrèrent-ils point dans Sainct- Quentin. Des deux compagnies de gens de pied qui partirent de Han selon qu'il l'avoit enchargé, il en entra ceste mesme nuict environ six vingts, conduits par le lieutenant du capitaine Rambouillet, s'estant la mesme nuict esgaré le capitaine Sainct- André avec autant d'autres; lequel toutefois y entra le jour ensuyvant, environ quatre heures après midy. Tant y a que, pour le plus des dites deux compagnies, il y en entra deux cent cinquante hommes.

Estant M. l'admirai entré et arrivé dans Sainct-Quentin, ainsi qu'il a esté dict cy-dessus, sitost que le poinct dujour se monstra, s'en alla au fauxbourg d'Isle, où il trouva que nos < gens avoient abandonné leboulevert qui avoit esté fait nouvellement, et s'estoient retjrés à la vieille muraille ; s'excusans que, pour n'y avoir point de parapects audit boulevert, et estre la .terre de dehors pour le moins aussi haute que celle de dedans le boulevert; et d'autre part, que pour avoir esté gagnées par les Espagnols certaines maisons sur le bord du fossé, qui estoient à cavalier et*de mesme hauteur, et enfm 1

pour le peu d'hommes qu'ils estoient à le défendre, avoient esté contraincts à ce faire. Or, sur cela faut- il savoir que la première entreprise que les ennemis feirent si tost qu'ils arrivèrent devant Sainct-Quentin fut de gagner ce boulevert, qui estoit commencé, à l'entrée et défense de ce fauxbourg et de la chaussée d'Isle, encor que ceux de la ville avec ce peu de gens qu'ils estoient, et avec force cannonades, eussent &it tout effort pour les en débouter. Ce néantmoins estant adonic les plus forts, en demeurèrent les maîtres, et s'y logèrent les seigneurs Julian Romorou et Carondelet, avec les vieilles bandes espagnoles.

Pour suivre nostre propos de Pordre que M. l'admirai establit là-dedans, s'estant enquis quel nombre de gens de guerre y estoit, il trouva que la compagnie de M. le dauphin y estoit quasi complette. Quant à la compagnie de gens de pied du capitaine Brnell, il luy dit que la fleur de ses hommes estoit à Bohain, où il avoit une esquadre de ses meilleurs soldats barquebusiers; cela estoit aisé à croire, car le demeurant estoit fort piètre. Il estoit excusable pour une chose : c'estoit qu'il n'y avoit pas plus de huict ou dix jours qu'il estoit entré en ceste place, et estoit bien sceu que il avoit perdu beaucoup de gens au partir d'Abbeville.

Voyant de quelle importance estoit garder ce fauxbourg, M. l'admirai prit Popinion de tous les capitaines pour sçavoir ce qu'on pourroit résouldre pour le plus expédient. Il futconclud que sur le soir on feroit faire une saillie pour mettre le feu dans les maisons qui empeschoient et portoient dommage, et qu'ayant osté les ennemis de là, l'on feroit faire une terrasse tout le long du boulevert, qui serviroit de parapect. Cependant, pour ne perdre temps, l'on feît besongner à deux flancs pour regarder la poincte dudit boulevert; ce qui estoit facile en faisant ouverture à la muraille, tant qu'il en f alloit seulement pour Pembouchure d'une pièce d'artillerie. Et par mesme moyen Pon feit gratter et piocher terre à relever une trenchée où le rempart avoit esté osté devant, lorsque Pon estoit d'advis de rctrencher ce fauxbourg, pour autant qu'en cest endroit Pon y pouvoit faire bresche en moins d'une heure, et telle qu'il n'y éust eu homme qui s'y fust osé présenter, pour estre le dehors beaucoup plus haut que le dedans, et le rempart du tout razé.

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GUERRES DE BELGIQUE, LIV. IX

Ces choses ainsi ordoonéesy M. Fadmiral s'en alla Ssiire le tour de la haute ville, pour considérer et remarquer les plus foibles endroits où premièrement faudroit besbngner, et pour adviser où Ton départiroit les quartiers, a ce que Ton commençast à y travailler de bonne heure sans attendre la nécessité. Cependant il manda à eeux de la ville quMls s'assemblassent à leur hostel commun, où ils appellcroient tous les principaux et plus notables de tous les estats pour entendre ce qu'il auroit à leur dire. Après que M. Tadmiral eut recognu et re visité tout le circuit et contour de la ville, et qu'il fut revenu au lieu où ils estoient jà assemblés, il leur meit en avant tous propos de consolation, et qui les pouvoit asseurer, comme pour lors ils en feirent grande démonstration, qui toutefois ne leur dura guières. Et oultre cela, il ffeit rédiger par mémoires ce à quoy luy sembloitbon de pouvoir, et qui requéfoit proche diligence, entre autres de la recherche des hommes qu'ils avoient en leur ville, portans et ayans armes, et qni les pourroient porter, et pareillement besongner, tant hommes que femmes ; que pour cest efFect il estoit besoing rechercher et ramasser tous les outils, hottes et paniers, et le tout faire apporter en la maison de la ville, afin que plus facilement on les peust là trouver, quand on en auroit affaire. Et pource qu'en une si grande ville ne pouvoit estre autrement qu'il n'y eust grand nombre d'artisans et manœuvres qui en pourroient livrer et forger grande quantité, que ils les advertissent d'y besongner continuellement. Davantage s'asseurant que là-dedans y avoit grande quantité de bouches, et qu'il falloit scavorr de quoy on les nourriroit, qu'ils feissent une description de tous les greniers, vins et bestail qu'ils avoient en leur ville.; que tout ce que ils trouveroient par les maisons, ils le missent en garde es mains de ceux mesmes à qui le bien appartiendroit; et, afin qu'il ne s'en feist point de dégast, il feroit faire une défense à toute personne de n'y toucher sur la vie, attendant qu'il eust mis ordre pour la distribution; aussi qu'ils luy sceussent à dire quelle quantité d'artillerie, pouldres et boulets il y avoit, et quelles gens pour les manier et pour en tirer. Et pource que, en &isant la ronde par la ville, il avoit veu user grande munition sans propos, en avoit donné la superintendance au capitaine LanguetottCt soobs luy

deux gentils-hommes de chacune compagnie de gendarmes^ qui estoient dix en tout, afin qu'il les peust départir par les quartiers pour le soulager; qu'à ceste cause ceux qui y demeureroient eussent à luy obéir, et qu'il vouloit sçavoir tous les soirs quelle quantité de pouidre auroit esté despendue le jour; semblablement, qu'ils eussent à luy monstrer toutes les pouldres qu'ils avoient, et les lieux où ils les retiroient, pour sçavoir si elles estoient en lieux dangereux. Adjoustant avec tout cela qu'il n'a- • voit point de cognoissance qu'en toute la ville il y eust plus de deux moulins, l'un à eaue et l'autre à vent, cessans lesquels il désiroit sçavoir quels moyens ils avoient de mouldre et recouvrer farines. Voilà les principaux poincts de Fordonnance que M. Tadmiral proposa à ceux de la ville de Sainct- Quentin pour le faict de la police et conservation de la ville; délaissant encores plusieurs autres menus articles, qu'il donna plus amplement escrits en un mémoire, concemans aucunes particularités qui seroient trop prolixes à déduire.

En après, ayant esgard au f&ict de la fortification et défense d'icelle, se retira en son logis, où il feit appeler tous les capitaines, et là leur déclara tout l'ordre qu'il avoit mis en tous les endroits et nécessités ci-dessus narrées. Parquoy ne luy sembloit pour lors chose plus requise que dépariir les quartiers et lieux de la ville où il vouloit et entendoit que chacun fust logé et se retirast advenant l'affaire, et s'em ployast pareillement à travailler, remparer et se fortifier. Entre autres propositions, d'une principalement M. Tadmiral requit et somma tous les capitaines et soldats, qui estoit que là où quelqu'un scauroit quelque chose bonne et utile à exécuter, qu'on lui feist entendre, et qu'il l'auroit fort agréable, et le recevroit de bonne part, d'autant qu'il ne douioit point que là-dedans parmi les compagnies il n'y eust lieilucoup de gens de bien qui se seroient trouvés en bons lieux, où ils auroient veu et retenu diverses ruses et inventions incognues à autres. A l'instant mesme, au sortir de son logis, allèrent départir les quartiers tout à l'entour de la ville, et aussitost feit commencer à besongner et remuer terre, pour remparer èslieux où il veit estre de besoing, et ordonna aux capitaines, tant de cheval que de pied, qu'ib eussent à luy bailler un roolle du nombrç

de leurs hommes, tant pour voir ce ^û'îl avôit pour le corhfcat, que pour la distribution des

vivres.

et tourniyànt la

;. i. .1,: ■ i s re de jardmsqui

ord dés fossés, et

nt du coslé iê là

desquels les en-

i couvert jusques

encore qu'il rast

oui (eç cliarpen-

tiers qui se peurerit trouver, et les feit conduire

par deux archers de sa compagnie, ann a em-

ployer le reste de la journée a coupper arbres

pour faire fascines, et leur commanda qu'il

continuassent tous les jours ; ce qui fut faîct

tant que l'on peust, mais non pas tant que ce

qui demeura du costé de la porîe dé Rémicoiirt

né leur ayt apporté à îa fin' grand domitiâge.

Ôr, pourcé qu'il âvoîtesté conclud dé faire

une sortie pour brusler les maisons qui leur

nu\soient,. et pour essayer de regagner le

boulevert d'Islë, ;1 pria messieurs de Jarriac,

de Télighy et de Luzarche la dresser et ordo'n-

liér ainsi , et jusques au lieu où il teur âvoit

monstre.

Cependant il monta au cloclier de la grande église , pour recognoislre ('assiette du guet des ennemis, et voir par oul'onferoii venir dû secours, afiix qu'il le mandas^, fet par mesme moyen le monstrast au sieur de ^aulperçue qu'if ^ youloit envoyer exprès, d'autant que cela luy serhbloit le plus nécejssaire, et plus on attendroit et plus seroit diflicile, a ce ^ue s'il amenoit gens, il fust tout seur et informé de l'endroit où il les feroit passer sans danger. Pendant qu'il estoit sur ce clocher, ceste sortie se va faire ; mais nos gens trouvèrent les ennemis si forts qu'ils ne peurent exécuter tout ce qu'ils vpuloient ; et encor qu'ils brusiassent quelques maisons, Ce pe furent celles qui nuisoient le plus ; et ainsi fallut que Hôs gens se retirassent, es* tans poursuivis des ennemis de si près, que quasi pésle-mesle ils entrèrent dans la, ville. Toutefois ne sceurent-îls si bien faire, qu^avant partir de là nos cens ne brusiassent le tapecul par ou l'entrée dé ce i>oulevert leur estoU aisée; car il ne restoît que une petite porté qu'on eust aisément rom^i^e d'un coup de pied; et du boulevert pour ejptrer dai)s le fàuxbour^, il n'y^ avoit qu'une muraille d'énvirbh sept ou Êuicl

FÀHnÇOIS de k^BUTIN. [ÏS57]

pieds de haut, èb laqûette y ayoïi tncore deux grandes bre^cUjes par où Ton por'toît qe îa terre sur une ptaté ferme, qui n'est ôierit bouchées que de clài^ et dé 'quelaues Dallés (ïe laine. Par

quoy toute là nuict, et en ta pius grande diligence que se peust fairê^ Fon y releva une ti'enchée afin d'âmiiser tes énhemïs le plus long-

,».. »i . , '. • W 4 '«« "l' >••: mi- W' ^ ' ^f

temps qu on pourroit, pource que M. 1 admirai vouloit temporiser et attendre le plus tard qu il luy seroit possible a rendre et UMindoQ^ ne'r èé Fauxbôurg, encore qu'il ^st beaucoup d'opïnïons contraires et contre luy, entre lesqueues u y en avoit deux principales contre lesquelles ne pbuvoit contester; runé,qûe,par les màrets, Ton y pbuvoit entrer en deux endroits, et prendre nos gens par derrière^ en danger qu'en les voulant retirer où secourir oii perdist la ville avec le faûxbourg; l'autre, qii'il avoit si peu d'hQmraes qu'il les de voit plustost conserver que bazarder, et mesme^^ qu'il avoit veu à cesté sortie s'y éstre perdus ou fort bles^ ses quinze où seize des ineilleurs soldats qu'il eust, du nomfiire desquels estoit le capitaine Sainct- André. Enfin, pour ne demeurer opiniastre en chose desraisonnablé, et contre Fadvis de tous les capitaines, M. l'admirai dit, que quand il verroit plus évidente occasion, il se r'etireroit^ mais que cependant aussi il ifallôit faire nonne miné comme si on àyoît aéfibéré dé le acfendre, et ne laisser pourtant a y tenir la main avecques bonne gâi^e, surtout par les endroits où les ennemis pouvoiént arriver par lés mârets, afin de p'estre point surpris, él qne sur là vfe cela né fust décelé ny descouvert.

Le second jour que M. Fadmiral fut entré dans Sainct-Quentih, il dit et remoiistra en conseil aux capitaines que, combien que les ennemis eussent eu cojgnoissance de quelque secours qui y estoit entré, si estbit-il bien malaisé qu'ils tussent certains du nombre, et pourtant qu'il avoit envie de lâire sortir q^uarantë ou cînquanle cheyàuîL pour battre et dèscoavrir Fadvehiié de leurs logis qui estoient un peu plus avant gué lé village de Ràîncourt, et assez escartés des autres, et que, selon qu'ils se gouvernérbîèùl, il adviseroil à dresser quelque en-

treprise ; et pource qu^iïs âvoient desja eu cognoissancé de la compagnie de M. le dauphin, il pria M. dé Téligny donner céste charge à quelque sage liçmme d'Srmès de â compagnie. 4m surtout ^'doiiÀ*il§t ^ifâiA^ ^att^quer ny

[th^i]

Gt3ËR^|:S |)f: B§tGIQt^ UV. IX.

s!^intiseràcombat^r^; que la spr^}^ qu'il faiàoît faire pouf Tors n^esioit que pour entreprendre en après quelque autrç chose meilleure; il le pria de s^cn reposer sur tuy, et qu'il y commettrôit personnage si suffisant, et aiiquâ îi recorderoit si bien la leçon, ^uTl n'en aàviendroit aucune faute. "

6r adonc M. fadmiral se trou voit si qial d'unç douleur de teste, qiie il fut contraint se mettre sur un lict au logis de M. dé ^^rnac, ou il estoit lors ; et cependant M. de Tèligny s*en alla ifaire monter ses gens à cheval, et les enseigner àe tout leur faict. Mais avant que partir U . fadmirallui répliqua une douzaine de fois qu'il ne vouloit point que ce fust luy qui sortist, ce que ledit seigneur de Téligny luy asseura, lequel, au partir de là, feit une fort prompte diligence a faire sortir ses hommes. Car M. Tadmiral ne fut point deinie-beure à se reposer qu'il se leva pour aller veoir comme tout s'estoit pojté a ce^te sortie, e\ trouva messieurs de Jaipac et de Luzarche qui retournoien; de la porté par ou elle ayoit esté faite, et luy comptèrent le grand désordre qu'il y avoit eu ; disans que lés premiers coureurs a voient très mal exécuté ce qui leur avoit esté enchargé , et que M . de Telignj cela voyant, et voulant réparer la fjauUe.cncores qu'il ne fust point ^rmé, ^ur un fort maij^vaîs coiirtâult y estoit voulu aller pour les faire retirer, laissant un sien ^entiihomq^e aveq çinàuante ou soixante chevaux auprès, dix moulin qui est hors la porte Sainct-Jean; que qpf^nd il fit arrivé où estoient les coureur^, le^ ennemis leur avoient fait une cargij^e où il ayoit çsté enveloppé ei porté par terre ;'que l'on ne sç(ivoit s'il estoit mort ou vif, sinon qu'aucuns disoient qu'il n'estoi^.èncor ipojct, selon qif'ils Ta voient peu appei;cévoiri bien que lesennpmis teûssent despouilljé; qu'il estoit d.emeurp sur la place près du m<^ul/ii. '

M. Tadmiral^ voyait qu'il çsto/yt si pi;îj5 (J|^ murailles, dit qu'jl Iç youloil^ ayoii; vif 9]^ iport, pi cocnmanda aux autres che^ de 1^ compta; gnie de M. Iç daulp^iin monter^ ^ cheval, pomme il flj au^i aux autres qi^i se tro^vèren^ ^rbjs de luy. Ço s'achejpi^iant vers la porte, sg présenta m splcjat a pieij oui luy c^i^t, s'il lui riaisoi't, qji'ilessaye^it ojç l'aljec q^e^i^. 11

pc^rt.er; ç^ qu'il fit fort bm. e^ (e, i^jBporja lyoc sc^Qomj^jgjiQi^ 9i^^ ^.hW^ ^^^z

lief , ain^i bj^e^ q^'U esjoit, y\\ M. l'adipiral, ^ç première parole i\ ^e pri^ l,iiy pfltrdopner, ^çhant bien qù'iu'^Y?,^^ offensé, et \m réitéra oe flàesme langage par. cinc^oy six îfoisi lequè| luy re^pondit qii \\ n'es^oit pjiuç, temps, deo^i^- ^er pardon ^u3^ horpmes, ofii^ bien^ P>i^H> car il eistoi^ ^ ï)a\i:è <l çnta^ie pair plp^içujçs parties' 4e s^ pe^jSppnç, V^\4 Bi'*^cï?doit pjjij^ que luy veçir rçijdre. Te^p^it ; ce néantmpinS? jurvft^uit çpççr unç l^eurç çt'deçiiç apr.e? avoir est^ rapporté, e^ ne fut, petite pjçrte dç cç geptilboojime , estant hardy , bîen. advisé, e^ s'employant. volontiers pqur soif d^evoir ^t^ ^ç service du rpy, comme dppui^ est' apparu, e^ ceste çpiippaçnie que le principal chef eçloit mort. Ce quç çQçest accident fut c^çjjuistrouy^ IjC plus mauvais, e^, selon qu.ç,be^y,9^MP ^ Ç^^ de bi.çn Vont tjémqigné, çstoit quel quand il fut ])lesséi les exmemis n'estoiçnt point p^us de d^X' î)uict 911 yipgt à 1^ cargue qu'ils ûrçnt; lej nostres estoiçnf bien i^U|tant d^ çpureurs, çt celuy que Téligny y lajssa n'estpil pofpt à Cjçpt pas du lieu où il fiite pqrt^^ paf terre; et^noaobsiant il fut massacré et despouiliq aans Wr çunemenjj e^tnç^sfcqpru de ifjfi des sjlpn^. Cestuy allègu.e pout; sop excu^p q^'il ayoit expf^ çpipmaçdÇfpépt de M,. (îs Téjjgny çp, partir de ce lieii oiji il estoit, q^:|e It^y meçane ne le vint (juérir ; ajJSiçi quij^ pe ppflîjoit ayoi^ çogpoi^saifC(ç dç ce qjje Ipç qçV^PFfl'iWP^'*^ *^ Ç^^?? ^qn p^Mt ^\i\l qui^ e^oii a^i devapt 4fi luj.

i^près cel^ il ^ p^^saàeq^ çp^troLf joqrq quç,l^ ^finçfpi^çé sçremûoje'ftjlpojpt» forjLetpe b^mï grades (jhofjep/i ^pifipiept qif'iU presspienti ^^ sapprochoj,çnj le plus.qq^itepou^vqien^t du,cof^ oy ULub^iboiit^ a'^lev ^t, creu^èr^^ qp^lflu^ tranchées au Ueu, des^ ipaisqns qu'il^ spuli^j^i tçp^r^, qjf le Ijeu. ayojt, e^t^ ipi^, avec cert^ijtt^ artifices, p/çir, l^-jn^enUop 4'.up. EsjÇQ^spis dç; 1,^ Çpïj^p^lg^ie du^comte cÇ-A i;rap . Ççjjçnd^oJl oé^ V ipoins ï^^.^pejdpit tçinpf d^n?^ la ville, çap l'ofl y b^n^oit i^ la plus, graqd^e dllig^cq que Ton iK)i|vqit èa tpus les» eudrOii^ qu'il ayoU esté ^vjsé; e;^ dehors 1^ viUe l'on çouppit les( a^J^res aqtapV qpip If qonpodAté le pouypi^ perme^ttrf /^t, de la par^df li^. l'i^iral, il soUicft^it Cj^xi^ d^ la ville à toutc^ heiires ppuf.sci^- Vjp.if qt^lte qwaatilé de vivres ï]^ trouypient ^ ifàfm^ %^ pq^ luy s^sfaii;^ sur, Içs. ^n^c^^ qu'il leur avoit donné par mémoires. Eol^ ilj^

tHANÇÔÎS DÉ RABUTil^.

bla bien petit ; éar, k en despendre assez es- | troitement, & peine en ponvoient avoir pour trois sepmaines ; et pouree qu'il se doata qu'en ceste recherclie il y avoit eu de la fraude et de l'excuse, il donna charge à un homme d'armes de sa compagnie la reprendre et recommencer de nouveau, et n'exempter pas une seule maison, et qu'il pnnst encore deux ou trois autres de sa compagnie avec luy, de sa cognoissance des plus suffisans pour ceste charge, afin d'y estre soulagé; d'autant que, oultre ceste commissioQ, û lui estoit enjoint faire tuer et saller lebestail qui estoit là dedans en fort gros nombre, avec si peu de moyens de le pouvoir nourrir, qu'il fat force le départir par les compagnies tant de cheval que de pied, pour certains jours qui leur furent limités. Aussi avoit il en charge de faire départir le pain et le vin ; en quoy il s'acquitta si bien, qu'au lieu que ceux de la ville n'avoient donné cognoissance à M. l'admirai de vivres que pour trois sepmaines, il en fut trouvé pour plus de trois mois ; et si se descouvroit tous les jours quelque chose de nouveau.

Pour revenir maintenant à ce que faisoient les ennemis, après qu'ils eurent parachevé ceste trianchée (dont dessus est parlé) du costé du bourg d^Isle, une nuit ils approchèrent leurs pièces pour tirer en batterie. Et ainsi que M. Fadmiral retoumoit de faire la ronde à l'entour de la haute ville, ceux qui estoient en garde au bourg luy mandèrent que les ennemis estoient dans les fossés dudit bourg, qui sappoient, où il alla incontinent ; et, après avoir longuement escouté, entendit aisément qu'ils ne sappoient point dans le fossé, ains que c'estoient pièces qu'ils approchoient. Pourtant, suivant ce qu'airoit esté résolu par Padvis de tous les capitaines, il commença à faire retirer quelques pièces d'artillerie qui estoient là, et grande quantité de boulets de plusieurs calibres, pouldres à canon, balle de laine, picques, outils à pionniers, et plusieurs autres choses; en sorte que les ennemis ne se pourroient vanter y avoir trouvé aucunes utensilles dont ils se soient peu aider. Et quant aux maisons, estans vuides dé tous meubles, on les avoit fieiit si bien appareiller, que, soudainement que le feu y «eroit mis, ne feiûldroient aussi tost à s'enflammer et embraser.

Il n'estoit pas demie heure de jour que la pre«

mièré voilée de canons fut tirée, lorsque M. Fadmiral commença à appeler les capitaines qai y estoient en garde, et leur dist qu'ils retirasseiit leurs gens le plus oouvertement et celément qu'ils pourroient, afin que, pour attendre plus tard, ce peu d'hommes qui estoient là n'entrassent en effroy, et que par ce moyen n'y survint quelque désordre et confusion, enchargeant au surplus qu'on ne fist faulie à mettre le fea partout ; ce qui fut fort bien exécuté diligemment, réservé en l'abbaye d'isie où le feu ne peut prendre, encor qu'on eust mis grand'peine à Festanconner et amorcer en tous les endroits plus subtils et secs et prompts à s'allumer.

Après avoir retiré tous les gens de guerre et tout ce qui estoit dans le faulxboui^ en* la haulte ville, on commença à remparer la porte par où on y entroit de la haute ville, pour ce que cest endroit se trouvoit fort foible et mauvais. £t environ une demie heureaprès que l'on commença à y besongner, un homme de la ville alla dire à M. l'admirai qu'il seroit bon oster quelques pouidres à canon qui estoient dans deux tours joignantes ceste porte, dont il n'a voit esté parlé aucunement, non pas seulement au capitaine Lanquetot à qui il avoit donné la charge de les visiter, et sur toute l'artillerie et telles munitions. Soudainement, à tel advertissement, M. Fadmiral fit lever les serrures des portes, pour ce que les clefs ne se trou voient point; où iiit trouvé que les caques où estoient ces pouidres, si tost qu'on les touchoit, tomboient en pièces, tant estoient pourris, de façon qu'on ne les pouvoit ainsi transporter, et fallut avoir des linceuls pour les ensacher et mettre à les oster hors de là.

Voyant M. l'admirai que sa piésence estoit plus requise ailleurs, et que ses gentilshommes qu'il y laisseroit pourroient foire continuer ce que jà avoit commencé, après y avoir ordonné trois ou quatre, il s'en alla faire la ronde à Fentour de la ville, à fin que les habitans ne fussent estonnés pour avoir esté ce faulxbourg quitté et alSandonné. Comme il eut quasi achevé tout ce tour, ainsi qu'il estoit près de la plate-forme de la tour à l'eau, il veit le feu qui se prenoit aux pouidres estàns en ceste porte ; où il courut le plustost et vistement cjne ses jambes le peurent porter, et trouva que desjà la violence de ceste diabolique mixtfdh, et comme une fouldre, avoit ouvert une si large bresche, qu'il y pouvoit entrer vfaigt ou vingt-cinq hommes de

il«7]

GUERRES DE BELGIQUE, LIV. IX

froot. A eest icaprouvea et nouveau •accident, U rallia promptement ce qu'il peut de gens auprès de lay pour la défense de ceste brèche, à cauie que les ^nemis avoient desja gaigné ce fauUboufg, et leur eust esté dès ceste heure là ^i«é d'en faire autant de la Tillé, si Tesclair du feu et la fumée des maisons qui brusloient ne leur jeu eussent ostéla veue et cognoissancc ; car H. l'admirai fut une bonne demie heure et pluflf qu'il n'avoit que sept hommes avec luy pour défendre ceste brèche s'il y fust survenu .aCbire. Il n'y a QuUe occasion d*en imputer le tort aux gens de guerre, pour autant qu'eux ayan» veu la porte fermée et remparée, chacun d'eux se retira en son logis pour repaiçlre et se tafreschir, et rinconvénient qui survint estoit trop inespéré. Les uns pensoient que ce fussent les bluettes des maisons qui brusloient ; les autres disoient le feu s'y estre mis dtme pièce d'artillerie qui tira au-dessus de la porte; ainsi chacun trouvoit le cas fiôrt estrange. Il s'y fetklit trrate-cinq ou quarante personnes» entre aulrçscinq gentilkiommes deceun deM. l'aidmir^, fortgcna debien et de service, qu'il y avoit délaissés pour dlligenter les ouvrages attendant qu'il fust de retour. Mais aussi tost que le bruit fitt entendu de cest infortune, «t la vérité chacun yaccounitàtoute haste; tellement qu'en moins de rien labrècbe fut bien bordée,etyfutemployée . tellopromptitudeàla réparer par haultetparl)as, qu'eÛese trouva aussi forte qu'auparavant.

tejpwr mesme que ce faulxbourg fut abantioone, les ennemie continuèrent à s'approcher eucor de plus près de la haulte ville ; lesquels donnèrent aussi occasion à chacun dé se parforcer et eavertuer davantage à rendre les ouvntges en perfection, fust à rehausser les'rem-. pars et terreplains, fust à applanir et à niveler ks plates-formes ; et n'y avoit adonc jusques aux moindres, tant des geiûrde guerre quede la ville, qui ne dévoyassent les bras, et qui volontaiijieaieiktnecourbassentleseschines pour oorter lahotte et les foscines et la terre aux répal'ations.

De toutes choses, et généralement de tout ce qui se passoit dans la ville, M. l'admirai advertissoit, an plustost qu'il en avoit le moyen, M. le oonaestabic, à fin qu'il ^ fust hors de* pdm, et peust ad viser de tous remèdes nécessaires. Pareillement, pour makitenir tousjours ceux de la ville en boime volonté et asseurance, et ies gratifier, il alloit ordmairement en leur XYl' siicLBi La PI et U PI.

faostel commun I où fatsoit assembler les principaux, et là résolvoit les choses qu'il vouloit bien qu'ils sceussent; entre tous lesquels citoyens et habitans M. l'admirai s'eçt grandement contenté et a loué et eu en singulière recommandation le maieur de la ville, nommé le sire Gibercourt, et l'a trouvé fort affeetionné serviteur du roy, tant au service de Sa Majesté que pour la conservation de la' ville; mais il n'y en avoit point d'autre qui le seoondast. Les ennemis adonc jTurent un jour ou deux qu'ils ne leur donnoient grands empeschemens. Et cependant, puisque j'ai fait assez ample narration des principaux poincts de ce siège, et des exploits etbon ordreque M. l'admirai avoit mis au dedans de la ville, je diray maintenant qç^dque chose du dehors, de la soltCitude de M. le connestable à y faire entrer secours, mesmément de gei)^ de pied , la jugeant a^ses suffisamment garnie de cavallerie. Doncques est il à fiçavoir qu'estant nostre armée arrivée à La Fère, Ton avoit fait partir M. le mar^scbal de Sainct-Andt^ avec trois ou quatre cwis hommâs d'armes, et le prince de Condé avec une partie de la cavallerie légère, de laquelle il estoit lors général, et M< Dandelot avec huiet ou dix eiH seignes de fenterie françoîse, pour s'ai aller à Han, tant pour teiyr l'ennaaay en doute et luy retrancher le moyen de s'eslargir^ recognoi)tre le pays, que pour recouwer tousjounr oœasions plus prochaines d'entreprûidre ^tnr kiy, et finalement essayer de tous cndrwts a màtrc gens dans Sainct-Quentin. Sur cela ayant le sieur de Vaulperguc fait entendre à M, le ewinestable les endroits que M. Tadmlral luy avait monstre du grand clocher de la ville, comme j'ay dit cy dessçs, par où il poinroit conduire le secoursqu'il guideroit, fiit advisé que, n'estant le costé devers Han fort pressé et couvert des ennemis, à cause que ce quartier avoit esté réservé aux Ang^is. M. Dandelot, avec deux mille hommes de pied, poucroit par ceste advenue plus scurement de nuict se jetter et entrer dans la ville, pendant que nostre gendarmerie et cavallerie de toutes parts tiendrott les camps des ennemis en allarmes. Laquefie entreprise eust succédé heureusement si elle n'eust esté deacouverte, comme l'on a soot, par qjaelques cfcevaux légers i&î^lots des nostrea, qui avoient été pris des ennemis, lesquels, pour se sauver d'estre ptuim, prondrem domw tel . • 87

FRANÇOIS DE RABUTIN

advertissement qu'il seroit cause de leur faire en brief recouvrer la ville de Sainct-QuenUn, et sur cela leur déclairèrent tout le faict. Parquoy, es lieux où ils sceurent que nos gens dévoient passer, firent fossoyer forces traverses et tranchées, qu'ils remplirent de leurs meilleurs harquebusiers, et, sans foire aucun bruit, ny se descouvrir, attendirent nos gens de si près, qu'ils les pouvoient tirer en butte. En faisant ainsi tomber efmourir une partie des premiers, le reste fut rompu*et tourné en routte : les uns se sauvèrent avec M. Dandelot, et les autres furent tués ou prisonniers. Sur ce propos je ne veux oublier à dire ce que M. l'admirai raesme a escrit au discours de ce siège, que ledit sieur de Yaulpergue ne retint et n'imprima pas biéh en sa mémoire les adresses et accès qui luy a voient esté monstres et enseignés; car au lieu qu'il donna k la teste d'un corps de garde de gens de pied^ et en lieu fort désavantageux pour gensqui vouloiententrer , il eust passé entredeuxcorpsdegardcl'undegensdepiedjet l'autre de cheval, où ils n'eussent trouvéque sentinelles ; et avant que les corps de garde eussent pensé à ce qu'ils avoient à faire, cçux qui eussent voulu entrer pouvoient gaigner une colline le long des vignes, par ou le capitaine Sainct-André estoit en plein jour entré, comme ils pouvoient faire en despit de tout le inonde, d'autant que, estant la nuict obscure, il eust esté malaisé qu'un corps de garde se fust desplacé pour les venir chercher, pour le moins qu'ils n'eussent esté en lieu de seureté, pour ce que c'estoit fort près de la ville. Avant aussi que passer plus oultre, je ne veux fiiillir à dédairer que ce secours d' Anglois, que la roine Marie envoya au roy Pbilîppes son mary, et qui arriva en ces jours au siège de Sainct-Quentin, estoit estimé au nombre de neuf à dix mille hommes de pied, et quinze cens ou deux mille chevaux, soubs la charge des milords Pambrock, Clinton et Grey, lesquels passans près d'Ardres firent quelque semblant de s'y vouloir attacquer; mais M. de Sansac, qui estoit dedans, estant la place bien pourveue et garnie, leur fit assez cognoistre et veoir qu'il ne les craignoit pas, et ainsi se rendirent au lieu ou ils estoient attendus. Or, pour maintenant retpumer à la suitte du siège de Sainct-Quentin, ayant le secours qu'amenoit M. Dandelot failly à y entrer, ceux de la ville commencèrent à s'estoimer. Maia M. l'admirai fit tant pour cêste

fois qu'il les remit, leur remônstrant qu'il n'estoit point là venu pour se perdre, et qu'il avoit amené tant de gens de bien, qqe, quand il n'y en entreroit point d'autres, ils estoientsuffisans pour se défnidre contre toute la puissance des ennemis ; mais qu'il les asseuroit davantage que M. le connestable tenteroit tous moy^is du monde pour les secourir. M. l'admirai fui lors adverti qu'entre ceux qui s'estoient retirés dans ceste ville de l'allarme qu'avoient donné les ennemis marchans en pais, il y ayoit plusieurs bons hommes de la firontière qui avoient accoustumé de faire la guerre en des petits forts où ils se tenoient; par quoy, pour se servir de tout ce qu'il pouvolt, il donna charge à deux gentilshommes du pa!s, l'un nommé Colineourt, et l'autre Avemal, d'arborer chacun une enseigne, et, comme ceux qui lescognoissoient mieux qu'autréis, qu'ils eussent à retirer soubs eux h phis grande quantité et les meilleurs hommes qu'ils pourroient, et les mieux armés; qu'après les avoir enroUés ils les fissent assembler en la grande place, auquel lieu hii-mesme iroit bm leurs monstres, et leur feroit bailler à cihacim un escu ; ce qu'ils feirent fort promptement, et ce mesme jour lui monstrèrent tous deux deux cent vhigt homnres assez bien armés et en bon équipage pour le lieu; lesquels il fit payer comme il avoit promis, et puis loger en un quartier comme les autres compagnies.

Ainsi que M. l'admirai discouroit et se promenoit par la ville pour tousjours considérer et entendre les afiEaires où il falloit remédier, il advisa plusieurs pauvres personnes qui s'y estoient sauvés et retirés des villages ; lesquds, pour quelque commandement qu'An leur fist, ne vbuloient travailler ny s'employer aux f3rtifications. Pourtant fit publier uùe ordomianoe que toutes personnes qui s'y seroient retirés des villages eussent à aller besongner aux remparts, sur peine d'estre fouettés par les carrefour^ pour la première fois qu'on les trouve* roit défaillans, et, pour la seconde, d'estre pendus et estranglés ; sinon, qu'une heure devant la nuict ils se tinssent près de la porte de Han, qu'on leur feroit ouvrir pour les mettre dehors. Il en sortit de sept à huict cens ou environ. Ce fut autant de 'décharge, d'autant qu'il falloit les nourrir ou les laisser mourir de faim ; qui eust peu apporter unepeste et infection d'air avec plusieurs autres maladies eratagieuses. II

GUERRES DE BELGIQUE, LIV

fet pareUlemeiit de bescriag cpe de rechef il donnas! ordre à répartir et égaler les que^en de la yiIle,oùil7 avoit grande confusion'; car, encor qu'il 7 east seize hommes de la ville délégués pour eeste charge, ils y faisoientsi mallenr devoir, quec'estoit temps perdu de leur en commander quelque chose. Aceste cause il renchargeaàsdzegentilshommesde ceuxquiestoient ré* sidens ordinairement en la ville de retenir cest ^ esgardsur les quartiers, tant de leurs hommes ' quftdes armes qu'ils avoient en leurs logts.

Quand M. l'admirai veit que le premier secours n'^toit pas entré, la chose où ilprenoit .plus garde tous les soirs et matins, estoit à l'as- 'siette des guets qu'ordcmnoient et asseoient les ennemis, pour veoir s'il 7 aurbit moyen d'7 en Caire entrer d'autres, et pour en advertir M. le connpstable. Et aprte avoir d'un bout à autre tout considéré, il IU7 sembla* faisable et possible, comme aussi le jugeoioit tous ceux à qui il en communiquoit, principalement pour n'avoir pas encore lesdits ennemis saisi et pris le logis qui plus pouvoit incommoder et resserre;* les assiégés en ce faict. Pour ceste cause il dépescha trois archers de sa compagnie, qui estoient de ce pais, et leur fit bien au long entendresa conception, leur monstrant trois endroits par l'un desquels ils ne pouvoient &illir d'entrer à trois signab qu'il leur fit voir, afin que par iceux ils peussent cognoistre le plus aisé, et rendrbit où ils pourroient plus seurement venir. Cela faisoit-il à raison que les ennemis pouvoient changer de logis, ou asseoir un nouveau guet : dequo7 il ne pourroit si promptem^it advertir ceux qui viendroient.

Le premier soir que ces trois archers cuidèrent sortir, ils ne peurent, pour avoir esté descouverts des ennemis; mais le lendemain les eni^emis dedogèrent, et se vindrent mettre et camper es lieux que l'on craignoit le plus, dont lesdits archers peurent avoir cognoissance. Ce nonobstant, ils furent si hardis et asseurés, que ils passèrent et traversèrent une partie de l'armée qui marchoit. Toutefois M. l'admirai ne se voulant du tout fier à cela, par un autre mo7enÀ l'inslant mesme advertit H. le coimestable qu'il ne le pouvoit plus secounr par les endroits qu'il lui avoit mandé par ses archers. Dès- ceste heure-là les ennemis commencèrent leurs tranchées, et approcher de plus près la • ville du costé delà porte de Remicourt : ce qui

leur estoit facile à cause de la grande quantité de ha7es et arbres qu'il 7 avoit jusques.sur le bord des fossés, où l'on n'avoit pu faire ^esongner pource que les ouvriers avoient esté employés en autres endroits plus douteux et à craindre que celu7 là dès le commencement. . M. l'admirai apperceut que les pionniers jettoient grande quantité de terre en un mesme lieu ; et pource qu'il estoit aisé à juger que c'estoit plustost une mine qu'une tranchée, pour en avoir meilleure Cognoissance, il monta au grand clocher, et y mena avecques luy Lanfort, anglois, lequel aussi estoit mineur, qui fut bien d'opinion que c'estoit l'ouverture d'une mine. Mais comme, de bonne fortune, il 7 avoit deqà deuxou trois jours qu'il avoit commencé de contreminer en lieu si à propos qu'après avoir tout bien veu et considéré il lu7 dist qu'il ne sedonnast peine de ce qu'ils faisoient ,' qu'il gaigneroit le

* devant,.et pourtant qu'il pourveust au reste. Cependant les ennemis travaUloiènt fort à remuer terre en leurs tranchées, et commencé* rent de fort près approcher les fossés ; à quoy M. l'admirai ne pouvoit remédier, car il n'avoit pas cinquante harquebusiers dont il peust faire estât, n'estant encore entré dans la ville que ce qu'a esté dit C7-devant des compagnies des capitaines Sainct-André et Rambouillet; de harqoebuses à croc, quand il entra dans la ville, il n'en trouva que vingt et une, que bonnes que mauvaises; sur cda l'on peult juger combien il en pouvoit mettre ensemU^. U n'7 avoit une seule plateforme qui eust cognoissance du Uea où ils besongnoient; parquo7 d'artillerie il ne s'en pouvoit a7der en aucune sorte. Quant à faire sortir gens, il n'estoit pas non plus raisonnaUe, veu le petit' nombre qu'il avoit; aussi qu'il eust été besomg mettre une bonne troupe d'harquebusiers , pour soustenir ceux qiii sortiroient et qui feroient l'exécution , et dedans et ddiors ; tellement que, pour en parler briefvement, M. l'admirai ne leur pouvoit donner grande fatigue et empeschement, dont il estoit fort marrf, estant sa principale occasion de faire remp^r les lieux qui en avoient besoing. Mais encore estoit-il grandement diverti par des pièces d'artillerie que les ennemis avoient logées sur la plate-forme du faukbourg d'isie , qui vo7oient et commandoient tout au long ^e la courtine, où ^

I toit la principalç et plus nécessaire beaongne.

FRANÇOIS DE RABUTIN

Pptir laqueUê «anse m ne ponvolt plas recouvrer ouvriers, si ce n'estoû à coups de baston. Et po«-ce que tous ceux qui y a volent l)esongné auparavant, c'estoit de leur volonté et librement, M. Vadmjral fut lors contrainct de faire faire un rolle des pionniers auxquels il promettolt les nourrir et, outre cela, leur bailler argent chacun jour, à raison que les vivres coramençoient à estre fort ex)urts. Et pour la friandise d'un petit d'argent, cela fut cause qu'il s'en enrolîa environ trois cens qui servirent assez bien pour quelque .temps ; toutefois on ne. laîssolt pas, outre ceux là, d'y çimener et contraindre ceux de la ville, tant hommes que femmes ; tous lesquels encor ne pouvoient satisfaire en divers lieux qui se présentoientet se retrouvoient de nouveau avoir de besoingd'y mettre la main, et d'estre réparés et fortifiés. Ainsi passoientlesa^airesdeoesiégeau dedans delà ville. Or, l'une des choses en quoy M. l'admirai Avoit plus dé pénsement et Pesprit tendu, comme aussi celle <iulestoit la plus nécessaire, estoit de trouver un moyen par kquel il peust estre secouru ; enfin il n'en trouva potot déplus certain queparun maretsoùil y avolt aucuns petits pasgages creux qu'il falloit réparer et racoustrer, ponvCà que l'eau y estoltprofonde,commeilfeit. Et après qu'il futasseuré qu'on pou voit faire entrer gens par û, U enadvertlt incontinent M. le eoDnestable, et du jour qu'il avoi( eu cognoîs- «ance de sa cavallerie j qui estoit approchée bien près de lui. M. le connestable luy manda qu'il Tapprocheroit encore de plasprès dans lelour qtf iï l'avolt adverty ; quq cependant il se pourveust de ce qui avoit donné moyen au capitaine Sainte-Roman d'y entrer, luy donnant assez à entendre que c'estoit .de bateaux, desquels 11 ne pouvoir flner ny en recouvrer en aucune sorte, seulement avolt deux ou trois petites naadles où 11 ne pouvoit tenir que deux ou trois hommes à la fois, encore à grande difficulté. D'autre part il esttacile à prâumer que M. le eonnestable n'cstoit en moindre sollicitude et travail d'entendement à rechercher et Imaginer toutes r'uses popr secourir ccste ville, et remédier qu'elle ne fust perdue à nostre veue, et par un seul défaut, qui estoit d'hommes, sçachant mesnfiement de combien elle importoiVà toute l'ouverture et estonnement de toute la France. Parquoy, après avoir longuement débatu^el consulté de tout ce falcl> la résolution

imi]

fut â*y faire entvMr gois par les endrotts et pM* Ages éejce marets, qu'on luy avoit dit seats et réparés pour cest effect ; et, pour traversar le courant de ce ruisseau qui y coule et èhreave ce marets, il feroit porter six ou sept bateaux dans lesquels passerojent les soldats, pendant qu'on donneroit rallarme à tout le camp de Tennemy ; estant ceste entreprisé Tune des plus ^ grandes et louables qui soit mémoire d^ hommes avoir esté practiquée, si les bateaux eutsent peu aborder à rive# comme il ne fto possMe à cause de la vase et de i'espesseur Àt la bourbe limoneuse, et que l'issue en éutt esté heureuse et respondante h la délibération. Ea. quoy l'on peuU de plus en plus esprouye^ les Incogneus jugements du Seigneur Dieu onudpotent, la disposition duquel prévient le plus souvent les pensées et propositions des hommes, . et sans lequel inutilemient et en vain travaille eeluy qui entreprend la gahle etdéfensedes villei. Ce que dire et narrer je m'excuaerois volontiers (comme d'un récit odieux et mal plaisant pour nous), si la suite et continuation de mon propos no m'y contralgiioit ; lequel palHant, et tfj récitant autant l'infDrttme que la proq[>ériti (selon que les Romains Tont diservé- en leurs histoires) , je me prouverois moy-mesme men* teut* ; en quoy, tant qu'il me sera possible, ne veux tomber de ma propre volonté et mouye^ ment ; combien qu'en' cela je désire grandement et supplie un chacun m'exeuser si Je ne puis parler sinon de ce que puis avoir sceu certainement, et qui me touehoit de plus près; estant du surplus les opinions et rapports si différens et conÂis, comme de chose aussi advenue et passée confusément et au dcspourveu, qu'A n'y eut homme de nostre costé qui ne pensast pins à se défendre ou démeslêr et retirer, qu'à considérer et remarquer les choses à PobII. Ainsi ce que j'en déduiraybriefvement sera une attenté et quverture de continuation que je prépare à quelqu'un qui aura ven et sceu davantage que . moy ,d'y adjouster ce qu'il sçaurapour le m\m% ; ou bien ceiuy qui escrit doctement nostre bis* toire françoise en hitin « , selon qu'il est parfoitement Instruict de la vérité, en eselalrcira toute doute et difficulté, pour la publier par toutes les nattons de ce monde ; protestant que

(g S9DS douic Meire fw*iA dont 9 perle d^4aw mp

épiiTQ dédicatoire et doui l'oûvriM^c fiut faoi de mcçt^ 4U*i] rat uttdalt et) (irsuicols, en fiaDon et eii espagnol.

Gt}£Rft&S Dfi BELGIQUE, LIV. IX.

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« que f en ây tt^ a citéi tMit p«ir éirc tocm idvis praolptement sar ptasleun et variablft dentés qui sont sur ce faict glosés et controuvés, que pour rcspondre à certains escrtts que kè ennemis ont divulgués et publiés, aussi pour en laisser nne mémoire à nos sucioesseurs. Doneques, pour retourner àmon propos, H. le eonnesCabje, pbur doimer commencement à son ^treprise, dès le dimanche huictiesme de ce mois d*aoust, partit de La Fère et voulut loymesme aller recognoistre les chemins et passages cpi!il devoit tenir, et par où ce secours de- T(Ht eitre conduict et entrer, prencCnt avecques luy la pluspart des princes et grands seîgneurs^ qui estaient en son armée, et autres capitaines expérimentés et de consdl^ avecques environ quinze cens oudeux mille chevaux , et de trois à quatre mil hommesdepied firançois et allemands/ y estant le capitaine Enard maistre de camp, et

Stre pièces de campagne. Arrivant avec tout i près d'un village appelle le grand Essigny, feit la demeurer en bataille toutes les troupes, tant de cheval que de pied , et luy, ayant choisi messleura de Mevers, prince de Condé, les comtes de VillçrsetdeSancerre, lessièursde Mont* morancy et Dandelot, et antres qui luy estoient propres et de jugement en cest aflkire, passa oultre, approchant le plus près de la ville qu'il peut sttis estre descouvert, jusques sur la descente du marets, n-apparoîssans adonc nuls ennemie. De là fht commandé au sieurde Fumet, qui avoit esté esleu pour eeste charge, d'aller et approcher encore plus près, afin de recognoistre seurement l'armée plus prochaine, 4îampée entre la ville et le marets, qui estoit Mlle du prince de Piedmont, et bien contempler et mesurer en son ^rit la distance depuis la ville Jusques aux plus proches de ladite armée,-qui estoient les Espagnols, et par mesme inoyeA la distance de deçà, au bout de delà du Aiarets, et quelle^ largeur le ruisseau qui pastoit au milieu pouvoit avoir. Avec luy forent envoyés deux gentilshommes, l'un de la maison de M. de Mavers, appelé le sieur de Montiez, et l'autre qui estoit au comte de Sancerre, que Ton disoit estre son parent. Le tout recogneu et parfaitement considéré et remarqué par le sieur de Fumet, ayant tiré et sceu*l'opinion de ees gentilhommcs sujr la distance de ces lieux, et autres' particularités concernantes sa commisiion, se retirèrent sans aucun empesche-

mênt la part où estoit M. le eonnestable, non-' obstant qu'à y eust deux enseignes d'Espagnols en garde dans le moulin deçà le marets, et qu'ils trouvassent plusieurs Allemans sans croix blanches ny rouges, ne pouvans sçavoir d'eux desquels ils ëstôient pource qu'ils ne parloient que leur langage et n'avoient point de truchement. Ils trouvèrent M. le eonnestable qui s'estoit assemMé avec sa cavallerie, ses gens de pied et artillerie, auquel iceluy sieur de Fumet feit son rapport de tout ce qui luy avoit esté commandé, 'appeilant à tesmoings les gentilshommes qui a voient esté envoyés avecques luy, lesquels respondans et alléguans raisons à M. le eonnestable de la distance de ces lieux, iceluy sieur de Fumet asseura'qu'il ne la penaoit du camp de Pennemy à la viHe, et de la traverse du marets, si longue que la jugeoient ces gentilshommes, mais que ce pouvoit estre environ cela. Après lequel rapport, M. le eonnestable avecques ses forces se retira à La Fère, pour adviser et conclure du surplus.

Dès le soir ensuivant, 9 de ce mois, il fut advisé de faire acheminer et passer les gens de )>ied, tant françois qu'allemans, sur un petit pont qui fat basty au dessoubs de La Fere expressément, et pareillement quinze pièces d'artillerie , à sçavoir : six canons , quatre longues coulevrines, deux bastardes et deux moyennes. Et dès le matin , au poinct du jour du 10 , feste de sainct Laurent , se trouvèrent iceux gens de pied en bataillé à La Justice, estans au nombre de sgze ensjeignes françoises et vingt-deux d' Allemans, ausquels s'alla joindre et assembler touje la cavallerie et gendarmerie à la mesme heure, laquelle toute la nuict avoit passé par dedans La Fère, pour y arriver àpoinct nommé. De ce lieu toute l^armée tenant ordre de bataille s^achemina droit à Sainct Quentin * auquel lieu arrivant environ huit ou neuf heures du matin, s'arresta et rangea en ordonnance , au dessus * et à l'endroit de ce iauxbourg d'isie, et au eosté mesmes où estoient logées les quatorze enseignes espagnollgi, qui Favoient gagné* dès le comqfiencement. Du mesme costé, par-delà l'eau et le marets, estoit campée l'armée du prince de Piedmont , faisant grande monstre et estant de longue estendue, et pour sentinelles estoient mises en un moulin qui estoit de nostre costé, cesdeux enseignes espagnolles d'iiarquebusicrs, dont j'ay desfà parlé cy-dessus, qui gardoient

FRANÇOIS DE RABUTIN

une petite obaoâsée par laquelle Ton poûvftit passer de Fautre part. A l'arrivée , ces Espa* gnols cuidèrent faire qaelqae résistance ; mais, en moins de rien , les nostres les rembarrèrent et chassèrent de là, les menanâ battans à conps d'harqueboses et coups de main , jusques oultre la chaussée. Au mesme instant fut afiFustée et bracquée nostre artillerie , qui tiroit si impétueusement dans ce camp du prince de- Piedmont , que l'on 7 voyoit tout le monde fuir et s'esparpiller de tous endroits ^ mesmement donnoit de telle sorte dans les tentes et le pavillon où couchoit ce prince , qui avoit esté monstre par un archer de ses gardes pris ce matin par nos coureurs y que Ton a sceu depuis ne îuy avoir ^té le loisir d'y prendre et endosser ses armef , estant contrâînct abandonner tentes et toutes autres choses, et avec son armée prendre un tour bien long au dessoubs de la ville, pour s'aller joindra à celle du comte d'Aiguemont , qui estoit campée celle part , mais je dis au plus grand désordre que l'on veit oncques. Chose qui donnoit si graid plaisir à regarder à tous ceux qui le voyoient, que le vouloir et le courage de combattre par mesme affection eiT redoubloient. Il y avoit un passage' fort à douter et dangereux pour nous, distant de ce fauxbourg d'Isle, où nous estions, environ une lieue. Pour lequel recognoistre et sçavoir si aucun 7 passoit, fut envoyé M. 4'£schenets avec un guide , lequel rapporta qu'il n'y avoit veu encore personne passer ny prendre le chemin pour y venir; mais qu'il seroit besoing y envoyer cent harquebùsiers à pied. Toutefois, U fut trouvé le meilleur que ce fust plustost une cornette de pistoUiers du tlingrave, là présent, afin d'avoir par eux plustost nouvelles s'ils estoient forcés, que de gens de pied, qui seroient plustost perdus que secourus, aussi qu'ils se pourroieiAplus aisément retirer. C'estoit adonc que M. le connestable estoit au plus fort de la diligence, qu'il rcdoublpit etrepartoit en toute sorte, pour avancer et Caire entrer ce secours ; mais n'7 pouvans les bateaux approcher rive, tant pour l'abondance des soldats qui s'y entassoient et y. entroienl à la foule , dont ils estoient si chargés , que , pour la bourbe et le limon où ils cstoient enfoncés, il n'estoit possible d'y en conduire et passer grand nombre; encore au.sortir des bateaux, à cause de la presse, les soldats ne pouvoient suivre les addr^ses et

sentes qui leur estoient appareillées; de foçon ^'ils s'esc^rtoient et se jetloient à costé dans les creux des marets, d'où ils ne pouvoient sortir, et demeurmént là embourbés et noyés. Cependant les ennemis, à ceste furieuse alarme, se retiroient tous à la file au camp du comte d'Aiguemcmt, où ils consultoient de ce qu'ib avoient à faire. Sefaisantce gros et tumultnaire amas d'hommes entendre et voir, tant par le bruit des armes et chevaux, que par les cris et' diverses voix qui remplissoient l'air jusques à nos oreilles, démonstroit quelque présage de sanguinaire entreprise. Ce qu'estant appercea .de M. de Nevers , et craignant sur tout ce passage suspect dont nous avons parlé, dit à M. le connestable qu'il voyoit terre couverte d'hommes, lant de pied que de chevalnCn l'armée du comte d' Aiguemont , à laquelle s'estoit allé joindre le duc de Savoyç avec la sienne ; qu'il estoit à douter qu'ils forçassent ce passage où avoit esté envoyé M. d'Eschenets'; pourlaat qu'il estoit d'advis d'y aller Iuy -mesme avecqucs plus grandes forces, ce qui fut trouvé bon, et dont le pria bien fcMt M. le connestable. S'esCant acheminé ce prince avec son régiment de gendarmerie , à sçavoîr de sa compagnie et celles des sdgneurs de Curton et d'Aubign j, accompagné de M. de Vassé, ne fut pas si test arrivé en ce lieu , qu'il trouva quinze cens ou deux mille chevaux d^à passés deçà le passage , et une si grande multitude qui passoit et vouloitpasser, qu'il n'estoit possible ta nombrcr, estant tous les gens de pied derrière eux ea b»> taille.. Et lors , quelques uns fqrent d'advis ( el comme il estoit facile à juger) de charger ce qui estoit desjà passé , et le renforcer sur'ce qui passoit, avant qu'ils fussent plus forts. Sur quoy 6it remonstré par aucuns capitaines estâLfk^ là n'estre chose raisonnable, ains que plus tost Ton sedevoit retirer que s'advancer davantage, pour kl furieuse contenance qu'ils démonstroient, et que M. le connestabip n'estolf point là vemi en intention de bazarder les forces de France , qui estoient de nombre beaucoup plus petites çt faibles que celles des ennemis, si une grande contrainte ne l'y fôrçoit ; et encore que les afiéctions et courages fuss^it aussi grands et forts, si ne falloit-il précipiter et soubsmettre à Vsdventure une lÎTaire de si grande importance, sans plus adi^antageuse occasion. PaÂ|iioy , s^r cet a4vis se retirant, M. de Mevers/alla joia-

GUERRES DE BELGIQUE, LIV, IX

Are à M. le prince de Coudé, qaeM. leconnestaWe avojt fait demeurer à rai moulin à veft avec la cavallerie légère ; et eux ensemble , tenans là main gauche, feirent si bien, que, sans avcune perte , se r'allîèrent à l'armée de M. le comiestable, qui gaignoit tousjours pays de sa reiraitte. Les ennemis cependant, se renforçans, s'advançoient et advantageoient sur nootf, se présentans beaucoup plus forts qu'auparavant, en huict gros bataillons de cavallerie et reitres, et tant s'approchèrent et rccogneurent de si près à loisir nostre petite armée, qui ne m<mt(Ht qu'une poignée d'hommes près de la leur, n'estant que de neuf cens hommes d'armes mal complets et quelques chevaux légers , qu'après ^voir quelque peu parlementé, le comte d'Aiguemont, selon que les ennemis meiunes en ont escrit, avec deux mille dievaux chai^ea dans un flanc, et les comtes llenr][ et Ernest de Brunsvich , avec chacun mille reitres, sousteùus par le comte de Hom avec mille hommes d'armes, donnèrent dans l'autre. En mesme instant les comtes Mansfel , de VuiUen , d'O»tiat et de GueUres, avec autres trois mille chevaux, vindrent enfoncer et se meder au milieu, le tout avec une si esmerveiUable furie, qu'ayans renversé les premiers rancs et ceux qui soustindrent ce premier dioc, tout le surplus de soymesme tourna en routte et fuite, en si grand désordre et incrédible confusion, que l'on y pouvoit juger et cognoistre une évidente punition divine , et un renversement de l'air qui jusqu'abrs avoit suivy le roy et les siens en V>utes ses entreprises, plustost que la faute de ceux * qqi en avoient la conduite, lesquels on ne peut accuser d'indevoir ou négligence qudconqc». Le comte de Schevalzbourg avoit esté commandé pour garder le passage avec son régiment de reitres , dcmt il fut après mal content pour n'avoir eu part au butm. U est très dlCKcile dédairer ou et par qui commença ce désordre, pour estre advenu toutà un coup; aussi qu'il n'y a homme maintenant à qui ou le regret, ou la peur et craintC; n'en ayent effacé la mémoire et souvenance. U est vray le commun bruit estre tel , que la plus grande occasion qui esmeut les ennemis, et qui leur donna hardiesse bazarder leur charge si prompteraent , fat quand un grand nombre d'hommes inutiles pour le combat, comme thrésoriers et marchands, et autres tdDei gens qui suivent une armée, ou

pour leur plaisir ou pour le profit , voyans les ennemis de si près , d'eux mesmes prindrent la fuite pour se sauver de bonne heure , et leurs daiiers et marchandises, et sembiablement les vailets que l'on feit retirer trop tard ; tous lesquels, se retirans confusément au grand galop et avec grandes crieries , firent penser à l'ennemy que nostre armée s'esbranloit desjà et estoit heure de poulser leur fortune et charger. Le désastre fut encore si général et commun, que M. de Nevers, lequel en retournant tenoit la main gauche , lors que la première chArge commença , de malheur se trouva en un vallon et chemin fort creux entre luy et l'armée de M. ie connestable , où voulant tourner *8on régiment pour présenter teste et soûstenir Pennemy , Ait chocqué et renversé^ et ses compa« gnies ouvertes et rompues de la presse et de la foule , laqueUe s'y trouva si confuse et meslée des ennemis et des François , qu'il ne fut plus question de tenir ordonnance et garder son rang pour combattre ; ains chacun pensoit à se sauver et détraquer des rencontres de l'ennemy^ cédant la moindre partie vaincue à la plus grosse et plus forte du vaincueur. Le sieur de Givry , Ueutenant de la Compagnie de M. de Ne^ vers , y fut fiait prisonifier adonc, et aussi tost rencontré.«Le sieur d'Espeuilles, enseigne de ceste <;ompagnie , y fat abbatu et jugé pour mort dès l'heure; toutefois Dieu luy conserva si bien l'entendement, que, sentant son cheval fort blessé, et se voyant hors d'espoir de se sauver sans estre tué ou demeurer prisonnier, donna son drapeau au sieur de Ch^elles êoa cousin , homme d'armes de ceste compagnie, pour essayer de le rendre, et qui le rendit en sauveté, et luy demeura prisonnier. Le aieur de Sainct-Simon , qui en est guidon, fiit aussi abbatu , et son cheval renversé sur luy ; mais un gentilhomme de la compagnie, qui a accoustumé de le suivre , nommé le sieur Daverly , le vint trouver et cognoistre, et le^releva et sauva, ayant tué d'un coup de pistolet celuy qui le vouloit emmener prisonnier. Quant à la, personne de M. de Nevers , après divers heurs et chocquemens, après luy avoir esté tirées maintes pistolades , dont la bonne trempe de son hamois le garentit , après avoir esté abbatu , et aussi tost remonté, après, à bref dire, avoir traversé infinis dangers , le Seigneur Dieu , le tenant soubs sa protection , luy feil grâce de se

FRAWÇOI» DR RAROTIN

(Knivoir retira et r'aliier en un Heaoù il trouva, • et fut mlivy de ses meilleurs amis et serviteurs; lesquels, voyans toutes ces choses réduittesen extrême danger irrémédiable, luy conseillèrent, et le conduisirent jusques à La Fère, pour subvenir au plus grand besoing de Tavenir. Je parle dé ces choses plus asseurement et clairement, pour en avoir plustost sceu la vérité que les autres* et aussi que eelles-cy me toudboient et appartenoient de plus près. Toutefois , pour dire un mot de oe qui pourroit avoir esté fait et seroit advenu es autres endroits de nostre armée I il n'y a aucune doute que beaucoup de gens de bien et vaillans hommes de nostre costé ne s'y*soient employés jusques aux derniers souq[Hrs dé leurs vies , comme Tout tesmoigné ou leur mort, o.u la prison. Ce néantmoins leur non&bre estoit trop petit , foible et mince pour soustenir le trop gros et trop pufssant des ennemiSy dont seroit advenue la victoire aux ennemis, laquelle ils doivent justement et à bonne causer attribuer à Dieu , ne Tayans acquise par leurs armes et leurs forces. En ce jour , dy je, il y eut beaucoup de gens de bien et vaiUÛis hommes de nostre party tués, blessés et prisonniers, les noms de tou^letiquels à la mienne volonté que je peusse sçavoir pour leur laisser en cest endroit le tesmoi^age qui leur est deu, de perpétuelle mémoire de leur vertu ,* ne youlaiit ëstre larron et receleur dé leur honneur et mérite. Mais pource qu'il ne peult estre parfaitement sceu de moy , je nômmeray les principaux, et ceux qui* sont venus à nia cognoissance. Entre autres hommes de renom, y fut tué ce tant estimé prmce, et t«nt plaihct pour les vertus qui reluisoient en luy, Jean de Bourbon , duc d'AngiJiien , lequel, après s'estre r'aliié et r'assemblé avecqucs quelques troupes françoises, combattit tant et si longuement, qu'il fut rué par terre, avec un coup de pistolet à travers le corps, et depuis releVé et emporté au camp dés ennemis, où il survesquitpeu de temps ensuyvant, et après fat renvoyé à La Fère, pour y.estre énsépulturé près de ses prédécesseurs, par le pnnce de Piedmont, avec tant d'hoimeur que luy peut faire adonc , eçtant bien fort regretté de luy et de tous les ennemis mesmes. Aussi y •{ut tué ce vaillant et brave jeune seigneur , le vicomte de Thuraine , après avoir autant bien fait et condbattu que les forces humaines le pouvoient comportet. l^ comte de Yillars y fut fort

blessé et long-temps t^tm en doute de oiort. Le fils du sieur de La Roche-du-Maine , les siears de Ghandenier t. enseignes de M. de Montp^ sier , de Guron, enseignedu prince de La Roebesur-Yon , de Goubines , enseigne de M. de La Roche-du-Maine, de Pleuvot, guidon de M. de Bordillon, de Sainct-Gelais, guidon de M. le aiareschal Strossy; tous ceux là y sont morte a^ec gloire et loz immortel, les âmes deaqnâs le Sei- , gôeur Dieu aura reoeu en béatitude étemeUe. Quant aux prisonniers, M. le connestable, après avoir offert à sa<»ifier sa vie pour penser remédier à ce désordre, estant fort blesisé en la hanche, fut enveloppé et emmené prisonnier, couune il en advint au duc de ]tf ontpensier , qui ^.iqprèi avoir rompu lances et jusques à un ^don qv^il recouvra, et s'estre exposé à tous dangers de sa vie , enfin le Tout-Puissant permit seulement qu'il restast prisonnier. Je çroy <m*au semblable n'y e^pargnèrent rien de leur foreeet vertu tous ceux que je nommaray cy après qui y demeurèrent prisonniers, à sçavoir : M . le mare«chal dé Sainct-André, seigneur d'autant bonne COnduitte et digne de louange qu'il en soit de ce règne; le duc de LongueviOe , le sêlgiieur Ludovic , prince de Mantoue ; les seigneurs de Vassé, le baron de Curton , de La Roche-du- Maine f et le Ringrave, colonel des Memans, toi» chevaliers de l'Ordre de France; je comte de La Rochefoucault,le sieur d'Aub^ny » les sieurs de Rochefoi:t en Bric, de Montbrung f^ fils de M. le connestable ; de Birbn, de La Chajppe&e Fircm \ de Saint-Héran, enseigne de M. le connestable ; de Neufvy , enseigne de M. de Bordillon^ de Bussay , lieutenant de M. le prince de La Rochc-sur-Yon*, de Montereul , soubs-Urâtenant de ladite compagnie ; de Marçay^goidon de M. de La Roche-du-Maine; le capitaine l'Advernade, enseigne de M. d'Arien ; le baron de Thouarçay , de la maison du Bellay ; les sîeurçdeMouy, deMolinont,.de Fumet, de Rezé et de Mùntsalès. Et plusieurs autres y forent tués,i)lessés et prisonniers ; les noms desqpaels, certainement, s'ils pou voient estre socîus, mériteroicnt estre escrlts en lettres d'or , et estre mis en lieux apparens, pour estre veus e% leas de chacun, et pour servir d'exemple et de mémoire à la postirité. Quant à nos pauvres soldats, tant françols qu^altemans , si tost qu'ils veirent la nuée arriver* coaunegens de «fuene (i)nMiberoa. •

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GUEftïfES DE BELGIQUE, LIV^ IX.

ie serrèrent tons en bataffions (juarrâs et lim joints pour attendre le cboc ; estans enfoneés et rompos en tons endroits , M en après fort ftdle à l'ennemy d'en foire nn cmel carnage et boQoberie, et le sor^dos forent emmenés prisonirfers i tronpeanx comme montons, lesquels, à la tenae dntoy Philippes an siège de Sainct- ÇtNntin, hiy furent présentés en triomphe, avec force enseignes , tant de cheval que de pied. diKise plefaM de pMé, et grandement à pleindre par nous, popr estre icelles compagnies de fonterie, en ce peu qu'elles se comportoient, autant beBes, bien complettes et bien armées, que 4'on. en avolt vèu en JPrance il y avoit long-temps. Le Iten du grand massacre et plus furieuse tuerie fut, comme chacun le tesmoigne , entre le ' grand Essigny et une maiAm de gentilhomme, . appdlée RizeroHes, en un grand chemin, apjwHé Blanl^Fbflsé, où chacun tiroit pour se sauref , et 1& estoient attendus pour y payer le dernier triimt de leurs vies. Ce piteux spectacle et très cruel sacrifice dura pour le moins quatre CNi cinq heures que le vespré commençoit , quanSl les ennemis poursuivfarent leur victoire jusques à La* Justice , distant une lieue de La Fère , et là s^arrestèrent et ne passèrent oultre, selon qu*fl leur cstoit très facile, et comme la loy de h guerre leur ordonnoit et permettoit, pour entièrement user de leur victoire, où ils eussent trouvé soudainement tout ce qui s'estolt sauvé tant estonné et effroyé, qu'au seul bruit de leur ▼eue et venue Ils demeuroient maistres partout oii Ils eussent passé sans trouvçr contredis Mais n semble que le supresme dominateur Dieu des victoires les arresta là tout court, et leur planta en cest endroit une barrière, pour n'entreprendre ojoltre ce que sa volonté l'avoit permis et le Youloi't. Et en cela et ce que depuis est ensulvy, on a peu claivement cognoistre ses estranges et ' Incogneus jugements. Quant à rartillerîe, Fon estime qu'eller fut toute perdue et emmenée des ennemis, réservé deux ou trois pièces qui ftirent chassées et emmenées Jusques k ceste Justice de La Père, que M. de Bordillon retourna depuis qoertf.

En ce lieu de La Fère se sauvèrent et retirèrent M. de Ifevers, le prince de Condé, le comte ûe Sancerre, M. de BordiHon et quelques autres seigneurs, capitaines et soldats, tant de gendarmerie que des gens de pied. M. de Montmorciiey et aucuns autres pHndrcnt autre ^ XVIK SIÈCLE, La PI. et Li PI.

adresse et xetrdte, estans tous ces princes et seigneurs si haraî^ et atténués, qu'il leur eust esté impossiMe de souffirir le moindre choc du monde, tant ils avoient eu de mal pour avoir soustenu refFort du combat si lo^g temp^, et pour veoh* ht desfoite des leurs, et la prise des premiers de Tannée, et le désespoir de pouvoir avitalller Salnct-Quentin. Cependant on arri- ^oit tousjpurs i la file, tant de ceux qui s'estolent escartés et cachés dans les bois ou autres endroits^ que d'autres qui s'estoient sauvés et eschappés des mains des ennemis, les aucuns tous sanglans et couverts de playes, les autres tant blessés qu'aussi tost estre arrivés explroient et rendoient l'ftme. En ceste tumultùaire et effroyable assemblée, s'esleva un bruit qui parvint jusques aux oreilles de ces princes, que M. le connestablê n'estolt encore pris et qu'il avoit raHié beaucoup des nostres, et combattoit. A ces nouvelles s'edevèrent tellement leurs esprits et courages, qu'ils recourure^it incontinent aux armes, et n'oyoit-on plus partout que demander hamois et chevaux, et trompettes sonner à cheval, ayant chacun recouvert ses forces et sentlmens pour venger la honte précédente; toutefois ce «Durmiire se trouya nul, et demeura assoupi en peu d'heures. En aprè^ peu à peu chacun commença à s'asseurer quand ron velt que les ennemis ne foisotent plus grandes poursuites, et lesquels Ton rapport^ se're^ tirer et prendre le chemin devers Salnct-Quentin, combien que la doute ftist ambiguë et suspecte qu'ils changeassent d'advis« et ne se remuassent de ce siège, comm^ de chose qu'ils tenoient desjà toute acquise , pour se saisir ()a plus grande estendqe que la fortune par ce bon commencement leur promettoit. Et craignoîton que, partans leur armée en deux, ib ne feissent marcher Pune des parties dever/s Compienne, où estolt le roy et toute la cour, et de là à Paris, pour saccager et esbran|er le cueur et fons de ce royaume, et qu'avec Fautre partie Ils ne vinssent assiéger La Fère, qu'ils sçavolent n'estjre forte, et où Ils pouvotent estre advertîs s'estre retiré le suiplus des forces de France, pour en parachever la totale extermination, et nous ester toute ressource et espérance de nons remettre sus. Laquelle délibération s'ils eussent soyvi, je crois que, sans l'aide du Seigi^ur Dieu, on- eust peu veoîr de grandes %iutaiJons et divers maux et malheurs advenir ; pour à .

quoy remédier, je pense que la grâce divine .inspira M. de Nevers, et le* hommes de conseil qui estoient auprès de luy, de faire deux choses promptement : l'une, qu'il envoya en extrésme diligence le sieur Descars divers le roy, pour Padvertir de ceste infortune, afin d'y adviser et pourveoir comme il estoit temps; et l'autre qu'il dépescha aussi-tost son trompette devers le prince de Piedmont, avec lettres escrites de sa main, par lesquelles il luy mandpit qu'encore qu'il eust pieu à Dieu luy dopner la victoire, si ne pou voit-elle estre si grande, qu'à cause du désordre qu'il pouvoit sçavoir y estre advenu, la meilleure part des forces du roy ne se fust retirée et ralliée au lieu de La Fère, où aussi il avoit pieu au Tout-Puissant le- retirer et sauver ; que davantage elle ne luy estoit succédée si entière, que de son costé il n'en fust beaucoup morts ou restés prisonniers ; pourtant qu'il luy envoyoit son trompette expressément pour le prier de très boi\ cueur Tadvertir dçs hommes de réputation qu'il sçauroi t estre morts ou prisonniers de sa part, et qu'au semblable il en feroit faire recherche par son armée et Ten advertiroit. Cependant M. de Nevers, avec tous les chefs et capitaines qui se retrouvoient •rière luy, advisolt de fotimir et asseurer les places douteuses et suspectées, lesquelles l'ennemy, en ceste soudaine terreur, eust peu surprendre, et quant à* luy, se résolvoit renfermer à La Fère. Toutefois, eu esgard k la grandeur et authorité de ce prince, et lequel il sembloit que Dieu eust réservé pour commander en ceste nécessité, il ne s'en trouva un seul de cest advis, et qui ne le dissuadast de ceste opinion^ Le comte de Sancerre volontairement s'en alla à Guise, et emmena avec luy sa compagnie et celle du prince de la Roche-sur- Yon, et les deux compagnies de gens .de pied de M. d'Estrée, et une du capitaine Pileux. M. de Bordillon demeura à La Fère avec sa compagnie, celles de M. de Lorraine, du comte de Villars, et les compagnies du capitaine Enard, maistre dç camp , et cinq ou six autres. Au Castellet estoit le baron de Solignac, qui en estoit gouverneur, avec sa compagnie de gens de pied et celle du baron de Clérac. APéronne estoit M. de Humières, gouverneur, avec sa nouvelle compagnie de cinquante hommes d'armes, et celles dejtf . le mareschal Strossy et du sieur de Langey, avec cinq ou six compagnies de

FRANÇOIS DE RABUTIN. [l«7]

gens de pied. Dereôhef M. de Nevers y renvx>ya les quatre du sieur de Grammont. A Corbie estoit M. de Chaune, qui en estoit gouverneur, avec sa compagnie et celles des sieurs de Villebon et Yassé, et celles de gens de pied.du jeune Bellefourière, et les deux de Blamecourt. Depuis, le roy y renvoya le sieur daCrèvecueur. A Han estoit le seigneur de Sepois, qui en estoit gouverneur, avec sa compagnie et trois ou quatre autres de gens de pied^^t depuis y fut envoyée,, comme on m'a dit, la compagnie de M. le mareschal de Sainct-André.'A Moiitdidier fut envoyé le sieur de Bussy d' Amboise avec la^ compagnie de M. de la Roche-du-Maine, et une ou deux de gens de pied. A Coussy estoit adonc M. de Boucha vanes avec une compagnie de gens de pied du capitaine des Hayes, et depuis y en furent renvoyées deux autres du capitaine Porcheux. A Chauny fut envoyé le sieur de Montigny, avec la compagnie de gendarmerie de M. de Montpensier, et deux autres de gens de pied.

- En ceste sorte fut soudûnement et en diligence pourveu à ces [places circonvoisincS de Saînct - Quentin, pour oster toute occasion à l'ennemy de s'en prévaloir et les soustraire d'emblé^. Oultre cela, ce prince envoya gens par tous les passées et endroits des enviixuui» à douze, quinze et vingt lieues loing, pour advertir tous ceux qui s'estoient sauvés et retirés que ils eussent à se rendre à Laon, où il se trouveroit, pour là rassembler les forces du roy^ promettant et asseurant, pour donner à chacun meilleure volontt de retourner, qu'en ce lieu il feroit faire une reveue et monstres générales avec argent; car adonc plusieurs compagnies, tant de la gendarmerie et cavallerie que des gens de pied, n'avoient fait aucunes moiiistres, et n'avoient de longtemps receu leur solde. Ces choses Uinsi ordonnées à la haste et selon la nécessité, le lendemain de ceste desfaite, M. de Nevers, à l'importunitc.et général advisde tous les capitaines, se retira à Laon, et avec luy le prince de Condé et quelques autres seigneurs et capitaines, accompagnés et suy vis d'environ cinq ou six cens chevaux au plus de toute l'armée françoise. Or, maintenant reviendray-je aux responses qu'eut ce prince, tant du roy que du prince de Piedmont. Le roy luy renvoya le sieur Descars, et par luy rescrivit qu'ayant esté advcrti de ces piteuses et triste nouyelles,

GUERRES DE BELGIQUE, LIV. IX

ce luy estoit une antant grande infortone qo'Q qu'il luy eust sçeu advenir pour l'heure ; tontefols, quMl avoit si grande espérance *en Dieu, qu'il ne délaisseroit et le secourroit au besoing; et que de sa part il avoit telle fiance en luy qu'il luy feroit comoistre le firuict de la nourriture qu'il en avoit fait, le priant mettre toute la peine qu'il pourroit à rassembler ce qui seroit sauvé de son armée, et le plus de gens qu'il luy seroit possible, laissant dans La Fère le sieùr de BordiUon le mieux accompagné qu'il pourroit ; et quanf à Guyse, qu'il n'eust sceu mieux faire que d'y envoyer le comte de Sancerre ; mais qu'il fiilloit aussi le secourir de ce qu'il verroit estre requis, et qu'il en auroit le moyen; qu'il envoyoit le seigneur de Pot dans Han, pource qu'il avoit sceu n'y estre point de chef. Pareillement qu'il seroit besoing y envoyer gens davantage gue ce qu'on disoit y avoir; mais que si d'aventure se trouvoit rière luy quelque chevalier de son Ordre, il entendoit qu'il y fust chef et y commandast. Au surplus, qrfil envoyoit le seigneur de Lorges à Noyon, pour y assembler les gentilshommes de sa maison et Jgs archers de ses gardes, et pour pourvolren ces quartiers là à ce qu'il estimeroit devoir estre exécuté, selon" les àf&ires de la guerre. Qu'il envoyoit d'autre part le sieur de NoaiUes à Coussy, et donnoit ordre le plus prompt qu'il estoit en sa puissance à toutes autres choses, comme luy dlroit ledit seigneur Descars, suyvant la charge qn'il luy en avoit donnée. L'advertissoit que le plus aggréable service cpi'il luy pourroirfaire, seroit Tad venir (Fheure à autre de ses nouvelles et de celles qu'il pourroit entendre des ennemis, pour selon icelles se conduire ; et que s'asseurant que luy et ses cousins le prince de Condé, dé Montmorency et comte de Yillars et autres gmg de bien qu'il avoit près de luy, ne luy faudroient à faire tout ce* qu'il leur seroit possible pour le bien de son service, il ne luy en feroit plus longue lettre, et. s'en remettoit du surplus sur le discours que luy en lëroit ledit sieur Descars. Le roy, K cest advertissament, avec toute sa cour se retira de Com][)ienne devers Sainct-Germain-en-Laye et à Paris, tant pour adviser à recouvrer et redresser nouvelles forces pour prévenir Tennemy en ce qu'il pouvoit*adonc exécuter, que pour asseurer et remettre en bonne espérance ta meiBeure part de ses pays, mesmèinent ceste

grande et très opulente ville de Paris, alors si troublée et en crainte, que chacun ne pensoit qu'à suivre et se sauver aux. extrémités de ce royaume. Mais l'admirable constance et grandeur de courage de ce grand roy, qui ne peut oncques fléchii' et varier pour aucune adversité, les retint et asseura, leur envoyant pour les consoler la royne son espouse, pendant qu'il s'employoit ailleurs à donner ordre aux affaires, et leur faisant proposer, par la voix et organe de Jean de Bertrandy, cardinal et arche vesque de Sens, son garde des sceaux, telles remonstrances , comme le Seigneur Dieu , l'ayant esleu et constitué leur roy, par mesme moyen luy avoit créé et laissé je cueur et l'afifectién . de les régir, conserver et défendre jusques à y exposer sa. propre vie, pourtant qu'ils fussent certains qu'il ne les délaisseroit et abandonneroit non plus qu'il avoit ceste ferme crédence, que la grâce divine ne l'oubliroit et ne luy dé- Cetuldroit; à laquelle, s'il avoit pieu luy envoyer ceste Infortune et adversité, c'estoit une admonition pour recognoistre le Tout-Puissant, qui départ toutes choses à son bon plaisir, autant aux grands qu'aux infimes; ou bien qu'il la recevoit comme gpnition et* cliastiment de ses fautes, ou peult-estre de son peuple; néant-* moins que le danger n'estoit si grand et inévitable, qu'il n'eust moyen d'y remédier, moyennant le recours que tout chacun devoit requérir et espérer du Dieu des: victoires, et que d'eux-mesmes se voulussent aider, et luy aussi mesmement en ceste nécessité inespérée. Sur qu&y ils avoient à considérer que tant que les deniers de son revenu s'estoient peu estendre pour, le soustenement de ses guerres, il ne les avoit importuné ne surchargé de demandes et ■edoublemens de tailles et autres contributions, ains que plustost aVoit voulu vendre et engager son domaine, et s'hypothéquer et emprunter d'ailleurs, que les escorcher et molester ; mais que maititenant il ne pouvoit plus satisfaire, pour les affaires qui luy redoubloient tous les jours, et comme ils le pouvoient veoir et cognoistre à leurs yeux ; et pourtant qu'il les priqit tous le vouloir secourir de deniers seulement, et que du surplus ils se remissent sur luy ; que de sa part il ne leur manqueroit volonté et I)onne affection, i)y de force et puissance pour tes secourir, ne de toutes autres choses qui appartiennent à authorité ti estât

ffti

FRAPWJOiS DE RàBUTIN

d'oa bon roy m^^ts a«8^ sobjecto. Ceux de Paris, recogpoissam le bon zèle et par&ite volonté de Sa M^esièf lay aceordèrent volontairement trois oens mille franes, oomme je croy que toutes les* autres prindpales. villes de ce royaume se cottisèrent et taUlèrent d'ellesmesmes pour luy fournir argent selon leur puissance et faculté. Ainsi, en.ceste partie^ 9*estant'le roy acquitté du devoir d^uu bon naturel de ^Tay prince, à remettre sessubjects estpnnés et espouvantés en bon espoir et asseurance, et s'estant pourveu et renforcé de deniers,' comme de chose la plus requise et nécessaire pour le faict de la guerre, employa en après toute diligence à i^ver et reserrer gens, envoyant vers les Suiâ^, ses anciens confédérés et alliés, pour leur demander secours ; ce qu'ils luy octroyèrent {rancbemént el de bon cueur, et fut faite levée en leurs cantons, d'un costé de six mille, soubs la charge du colonel Luc Reitre, de Basle, et d'autre eosté de huict mille, soubs la conduite de Clariz, de Huriz K Pareillement autant en manda à ses amis et alliés d'Allemagne, où fut envoyé le colonel Reicbroch^ afin de lever et amener gens' le plustost que se pourroit Caire, combien que le pays estoit alors si vuide et deq>ourveu de bons soldats^ ayans esté desja les meilleurs * levés et emmenés.du roy Philippes, ax^ssi que le baron PoUeville dès-lors y &isoit une autre levée nouvelle de vingt enseignes et quelques reitres ; tellement qu'il fut difficile à recueUUr hommes si tost qu'on eust Itten voulu et eost esté nécessaire.

Oultre plus, le roy advertit M. de Guyse d'appointer toutes choses en Italie le plus advantageusement et prudemment qu'ils'asseuroîtde luy le pouvoir faire, et qu'il se retirastavec les fbrces qu'il avoit avec luy au plustost de par deçà) où il éa avoit plus de besoing. Finalement le roy fit crier et publier, par tous ses pays que tous soldats, gentildiommes o« autres, qui: avoient suivi les armes ou les pourroient suivre et porter^ eussent à sa retirer à Laon, où estoit M. de Nevers, son lieutcâoant général, où là ils seroient miset receus es rodles et soubs fts charges des capitaines qui* leur seroient députés ; pour estre employés pour 'son service et pour la tuition de leur patrie, famille et biens; et que ceux qui voùdroîent (1) PU canUMi d'uck «-<â^ Redurod.

aller 4 la guerre pour leiu^plaisir se ratiriEatâU la part que seroit sa coraette, où là leur seroit dit et dâsiairç ce qu'ils anrolentà suivre et à Caire, et ce à peine d'estre déclairée « rebeto et mal affectionnés à Sa Majesté, » avec autres punition^ tant corporelles qu'abolissemeal de noblesse. Yoilà, au plus près de la vérité quç j'ay peu sçavoU*, l'ordre que le roy très dmêtien mit par tout le royaume, promptemerit iq[>rès eieste infortunée joumée^desCaite. Reste maintenanit à dire que le prince de Piedmoal ne vouloit adjouster foy ny à la lettre que H. de Nevers luy escrivoit, ny à ce que le trompette juroit et affermoit qu'il se fust saavé; cpimastrant et ne luy pouvant tomber en l'entendement qu'il ne fiist mort ou prisonniar, pour ce t^'adono le tumulte n'estoit pas encoreappaisé, et n'estoit autre bruit panny leur camp, sinon que la noblesse dé France estoit desfitite et toute ruinée, et tous les plus grands de œ royaume ou morts ou prisonniers. De sorte ipie le prince MansCel envoya chercher le sieur de Rezé, que l'on lui avoit dit estre de la maison de M. de Mevers, ppur sçavoirde luy^ et comme luy voulanl-soustenir de force qu'il sfavoit bieh qu'il estoit mort ou prisonnier, toutefois que . ledit sieur de Rezé luy maintint et asseura' tousjours le contraire* Ce nonobstant, le prince de Piedmont, ne se fiant etnê se contentant de ' tout cela^ le feit chercher parmy tous les morts, et ieit crier par toute l'armée que tous sokiate eussent à r^ésenter leurs prisonnîersi sana les desguiser et receler, à pein^ de la vie; touà lesquels prisonniers Ton dit qu'il feit pass^. entre deux^cqnes^ et regarder à la taille et * au visage, pour voir si ce prince y seroit recogneu« Eû&a voyant la vérité que luy avoit affermé le trompette, après s'estre eaqilîs de luj s'il y avoit beaucoup de gens morts de nostre costé, et s'il s'en estoit beaueoupsauvé,'^ que le trompette lui eust asseuré que les deux parte de l'armée s'estoieot sauvés à La Fère et ail^ leurs, que tous les jours à la file y en arrivoit, tant de ceux qçe l'on pensoit estre mprts^ oa prisonniers^ que d'antres nouveaux, et de {d«sieurs autres choses dont il l'interrogeoit peur le smrpr^odr^ le renvoya. Et depuis, les enne^ mis, sans attenter autre nouveUeté et changer d'advisi se remirent à kcontianation du sÊé^e de Saim^QuenUn.

^L'eicavoufai djure eijugpr, etcomaieU en»

GUERRES DE BEKGiQUE, LïV. IX.

fticileà croiret.çie le priooe de Piedmont, présamanl les fo^rces du roy n'ëstredu toirt desfaites, 8*estant sauvé M. de Nevers, séroicut bientost rassemblées, ausquelles le roy et luy, soudainemëDt et en une auict, es ferolent joindre d'autres des garnisons des villes de la fron* tièrtVpii estait derrière eux; avec cela que le lieu.de La Fère et le camp, qui y estoit. assis desjà, estoitfort, taitt de nature comme de ri^ . vières et mareséages, que d'artifice^ comme fossoyé et enclos de trenchées; par ainsi que, délaissant ses premières entreprises pour aller chei*cher et combattre Tennenn désespéré en lieu désavantageux, ce seroit tit>p légèrement hasarder la prospérité de la bonne e( fovorable fortuBe^He laquelle pour l'heure, se contenter ésioit asses et beaucoup ;'parquoy les ennemis se résolurent de poursuivre le siège deSainct- Quentin et de l*emporter à vive force, afin d'avoir en après le <Àemin plus ouvert et asseuré pour ei^amber et empiéter plus ayant* Un jour ou deux après que Mi de ^ievers fut Arrivé 4 Laon^ il fit^une reveue générale,Unt de la gèndarmeriec cavalierte et'reitres, ^e des gens de pied , françoîs çt allemand, qui estoient restés» et s'estoient sauvés et retirés là ; où trouva que de neuf cens à mille hommes d'armes, et de près de. mille chevaux légers et harquebu-^ siers à cheval* il n'en eust sceu alors mettre ensemble au- plus douxe oti quinze cens dievaux. De sept ou buict cens rekres (desquels estait pour l'heure général le comte de Bar* bixe), ne s'en trouvoit pais deux ou trois cens; lesqueb pouvmt-on à peine retenir qu'ils ne s'en voulussent retourner en leur pays ; et ceux qui avcuent esté faits prisonniers, et qui s'en rerenoient sur leur foy, disoient que l'eonemy leur avoit fait faire serment de ne servir le roy Ae France de six mois. Quant aux gens de pied, de quinze ou seize enseignes firançoises, il n^en fut tiouvéadonc que quatre au plus, encore si désarmées, et les pauvres soldats^ ou tant blesaém et dévalisés, ^il ne pouvoit estimer s'en pouvoir servir et aider. De vii)gt-deux enseigocs d'AUemans, fitisant le nombre de dix à douze mille hommes, U s'en sauva de trois à quatre mille, que le capitainftSteme, lieutenant do Riagrave» homme de bien et bon serviteur do roy t r'allia et rassembla^ lesquels ce prince Ût kgateù vt^ peUte ville nommée Bruère, à qpt pjBlÉte linie prte^ JLaeQ«Piiff4à^ p^ voir

de quelles forces estoit en ce temps Itf . de Nevers accompagoé pour faire front à l'ennemy s'il le fust venu chercher, ou pour s'opposer s'a eust voulu entrer en pays,: en cda l'on peult aussi évidemment appercevoir les'mirades de Dieu, lequel tenoit la bride aux aitreprises de ces grfuods princes. La compagnie de M. de Nevers et les autres de gendarmerie qui estoient là furent logées à Yaulx soubs Laon, à Sainct^ Marcd et aux faulxbourgs au desoubs de ceste montagne; la cavallerie es villages devers Cressy, et les reitresà Noyon et es villages, d'alenieur, où ik faisoient des maux presque autant que les ennemis mesmes. Su^ ce propos * je pourrais faire un fort'ample discoui^, si je voulois particulariser et déduire bien au long .les bienfaits, largesses et distributions charita- Mes que ce prince vertueux et débonnaire feit a l'endroit des pauvres soldats, gentilshommes et autres, qui estoient retournés de ceste misérable journée, blessés et desnués de moyens di se t>ouvoir guérir et résouidre d'eux-mesmes, oultre oe qu'ils n'avoi^t point esté payés de leur solde.

Mais, pour ne sembler trop affectionné dl partial,j'enremettray la preuve ettesmoignage à la voix et confession publique, et au ressentiment de l'obligatioii dont , aiqourd'huy et de leur vie, seront tenus tolis ceux qui l'ont expé* rimenté, et qui ne peuvent ou le doivent celer: pour le moins quand les hommes seront si malins que le vouloir taire, le Seigneur Dieu, scrutateur des cueurs, permettra que la vérité sorte en lumière» et luy en fera conidigne rétribution sdon sa grâce. Seulement veui-Je dire ce que chacun sçait, que sa bourse ne leur a esté jamais fermée, nj les viandes de sa cuisine, ny mecSne cdles appareillées pour sa propre personne^ espargnées ne.refusées^ surtout aux maladesf ny le travail et solicitq4e de ses médecins^ ^irur^iens et apothicaires pour les visiter, guérir, panser et soulager. En quoy l'on peult juger l'heup avoir esté d'autant plus grand pour nbu^ après ceste infortune, qu'un tel et si grand prince, et tant libéral se soit trouvé pour adoul^ cir l'aigreur du mal , et survenir à ceste néces- * site commune. Or, maintenant je retoumeray^. au àége deSainct -Quentin, et diray ce que j'ay peu sçavoir avoir esté exploitté dedans et de* hors jusques à l'entière prise et saccagemént S'iedk.^jpiey &ut4l sçavoir en premier llca

FRANÇOIS DE RABUTIN

que, la nuict précédente rentreprfee de M. le connestable, et à l'advertissemenl <îue M. l'admirai avoit de luy, il avoit feit tenir les passages, qu'il lui ftvoit mandé, prfts et appareillés jusques au point du jour, à laquelle heure il les felt rompre à fin que les ennemis n'en eussent cognoissance ; car autant que le jour duroit, ils ne bougeoient de se pourmener par les marets avec les nacelles. Et à ceste charge avoit commis le capitaineSaincte-Roman, et quelques soldats avec luy, pour recueillir et conduire ceux • qui lui eussent esté envoyés. Lequel Saftncte- Roman luy dit à son retour que les p^[ssages qu'il luy avoit donné en charge estotent si seurement habillés et réparés, qu'il eust pensé met> tre en la ville dix mille hommes avant qu'il eust esté jour; aussi à la vérité ils se trouvèrent si bons, que, nonobstant tous les empeschèmeris que j'ay dlct cy-devant, M. Dandelot y entra par là, et avec luy ime trouppe de quatre cens cinquante à cinq cens soldats, fort bons hommes, et cinquante ou soixante capitaines suffisans. II y entra aussi quelques gentilshommes pour leur plaisir, mais bien peu, comme le vicomte du Mont-Mostre-Dame, les sieurs de La Curée et de Nattas ; aussi y entra le seigneur de Sainct-Remy , gentilhomme fort expérimenté en foict de mines, et lequel s'estoit auparavant trouvé en sept ou huict places assiégées. Aussi y entra un commissaire de l'artillerie et trois canonniers, dont ils a voient affaire là dedans; car ils n'en avoient un seul auparavant, sidon de ceux de la ville, tels queb. Et combien que toute la troupe qui estoit déléguée pour mettre dans là ville n'y peust entrer pour les fatigues deJTennemy, dt autres -causes précédentes, si pcult-on croire que ce fut l'un des plus grands plaisirs et contentemens qu'eust sceu souhaiter M, l'admirai, d'avoir M. Dandelot son frère auprès de luy, pour y avoir un second soymesme, et sur lequel il se pouvoit du tout reposer et remettre. Après que M. Dandelot se fat .seiche et réchauffé, pource qu'il avoit estèlien fort mouillé, et qu'il eutrecogneu lout le circuit de la ville, M. l'admirai et luy de reclief répartirent les quartiers avec les gens qu'il avoit amenés. Et après que le sieur de Sainct-Remy eut bien tout veu et mesuré la contremine que Lanfort, anglois^ faisoit, il monstra à'M. l'admirai des lieux où il luy sembloit que il falloit contreminer , et pourtant dès l'heure il y meit des gens

en besogne. D'autre part ilf renvoya quérir le capitaine Lanquetot, pour remettre la charge de l'artillerie entre les mains du commissaire qui estoit entré, dont M. l'admirai se repentit puis après ; car elle estoit beaucoup mieux conduite et gouvernée par ledit Lanquetot. .

Deux jours se passèrent avant que M. Fadmiral sceust la route de M. le connestahlo, et le sceut par quelques soldats qui s'estoient esr chappés des- ennemis, et qui se vindrent jetter dans les fossés, qui luy comptèrent comme le tout estoit passé. Aussi furent^ veues peu après quelques enseignes des nostres, que les emiemis meirent en parade sur la teste de leurs tranchées» pour en estre plus apparent tesmoignagCy et pour intimider les assiégés. Et n'y a doute que ces nouvelles si fort descouragèrent, non-seulement le peuple, mais, si j'ose dire» une bonne partie des gens de guerre, que M. l'admirai avoitbien fort affaire à les asseurer et remettre r -mais surtout les ouvriers*^ car dèslors ils se cachoient dans les caves et greniers, de façon qu'il les lalloit arracher d tirer à force de là dedans pour les amener aux ouvragés; mesmemënt qu^aux plus importans lieux Ton n'y pouvoit besongner qqe de nuict, à cause du grand dommage que faisoit Partillerie ; quand les ouvriers estoient mis en besongne, et encore que Ton eust mis des 'guets de tous costés, si ne pouvoit Von bire en sorte qu'en moins d'une heure tous se desroboient^ Entre toutes les plus grandes nécessités que les assiégés eussent, c'estoit de traverses, pource que la courtine oq les ennenus adressoient leur artillerie estoit si veue par flanc des pièœs que ils avoient logées sur la plate forme d'IsiCf qu'il y avoit bien peu d'endroits oà Ton ne fus| descouvert depuis les pieds jusques à la teste, à quoy toutefois l'on remédioit le mieux quH estoit possible. Et ne se'dbit sur ce propos obmettre une invention de M. Dandelot, de lever une traverse, qui estoit de grand advantage et commodité; ce fut .qu'il se servit de vieux bateaux qui avoient esté autrefois faicts pour passer les rivières quand une armée marche, 1^quels il arrangea Içs uns sur les autres à force de bras, et les faisoit remplir de terre, tellement qu'en un- jour il feit ce que tous les. ouvriers ne eussent pu faire en un mois. Non en cela seulement, mais en toutes autres choses il s'employoit et faisoit mettre la main, comme

GUERRES DE BELGIQUE, LIV. IX

perionne de jugement et comme chevalier sage et expérimenté en toutes louables et vertueuses entreprises; et se peult dire que sans luy M. l'admirai à la longue n'eust peu satisfaire, et fust demeuré soubs le faix, au travail qu'il' luy lalloit supporter en ce siège. En ceste sorte passoicnt les affaires là dedans. Maintenant puis-je dire quelque chose de ce qui se faisoit au dehors, c'est que, peu de jours après ceste malheureuse route et desfeite, le roy Philippes arriva en son camp, et avec Sa Majesté plu- . sieurs princes et grands seigneurs ; à l'arrivée duquel furent fiiites par toute son armée maintes allégresses et salves, en signe d'aise et resjouissance, tant de sa venue que pour le triomphe de sa victoire, estant offert à Sa Majesté grand nombre de prisonniers et plusieurs enseignes, et autres despouilles de guerre. Ce qu'il eut à grand contentement et plaisir, et dèslors redoubla tous efforts pour en bref se faire rendre et obtenir ceste ville de Sainct-Quentîn, renforçant la batterie d'autre plus gros nombre d'artillerie et munitions qu'il feit amener de Cambray et faisant en toute diligence continuer et poursuivre les mines commencées,, et en entamer autres nouvelles. Bref, il ne s'y pcrdoit aucun temps qu'on ne l'employast pour advancer la prise de ceste viUe, afin qu'il eust moyen d'attenter et entreprendre autre chose avant que l'armée du rpy fust rassemblée et assez forte pour l'en divertir.

Cependant M. de Nevers estoit tousjours à Laon, donnant ordre d'amasser gens pour munir les villes à l'cntour, dépeschant nouvelles commissions à divçrs capitaines pour lever soldats, car alors le roy luy en avoit donné toute puissance; mesmement envoya M. de Jours pour lever là légion de Champagne, dont auparavant il avoit esté colonel; feit venir de Mets quatre ou cinq enseignes de la garnison, et au semblable de toutes les autres villes de la frontière en tira quelque jiombre des vieilles compagnies, et au lieu d'iccUcs en feit entrer d'autres nouvelles, pour s*en aider où l'affaire et la nécessité le pressoit plus fort. D'autre part, le plus souvent et d'heure en heure envoyoit gens en pays pour recognoistre l'cnnemy, et descouvrir ses entrep;*ises, et pour y remédier ; et faut dire qu'encore que les compagnies qui estoient à l'entour de hiy fussent desjà des prépcdcns voyages fort harassées et desfaites, si

ne leur donnoit-il guères de ï^it et< loisir pour sereposer ; mesmement le princ$ de Condé, avec la cavallerie légère, estoit ordinairement à cheval, et jour et nuict à la suite des ennemis, pour leur rompre les vivres, et les travailler d'infinité de fatigues. Dequoy ils estoient si irrités et faschés, que tous les jours M. de Nevers n'oyoit autres nouvelles, sinon que partie de l'armée, bien advertis du peu de gens qu'il avoit avecques luy, le venoient desfaire. Et est chose véritable que les espions luy rapportèrent comme trois ou quatre mille chevaux s^estoient desbandés, sans scavoir pour quelle cause ; et depuis l'on sceut qu'ils estoient venus sonder les passades des rivières qui estoient entre Sainct- Quentin, La Fère et Laon. Sur lequel advertissèment ce prince envoya cinquante ou soixante chevajox de sa compagnie, conduicts par un 'homme d^armes d'icelle; nommé la Brosse, auquel il commanda donner le plus avant qu'il pourroit jusques à se faire prendre, pour luy en rapporter certain advis. Et d'un autre costé estoit allé M. le prince de Côndé, pour les tenir de près, et pour en apprendre quelque chose. Cependant l'on advertit chacun de se tenir prest et sur ses gardes en armes, et meit l'on bons guets sur toutes les advenues. Toutefois, il n'advint rien de toute ceste doute, et fut trouvé qu'après s'estre approchés jusques sur le bord de la rivière d'Oyse, ils s'en estoient retournés. Il fut dit depuis qu'une compagnie de chevaux légers anglois,.desnostres, qui s'estoit révoltée devers les ennemis, et qui avoit saccagé et emmené les chevaux et meilleures bardes de leur capitaine, nommé Crey, a voient esté autlicurs et cause que les ennemis avoient attenté ceste délibération. A la vérité, et pour en faire une brefve conclusion, ce prince, estant là, s'cxposoit à divers dangers, en si petite compagnie qu'il se trouvoit pour lors, si l'ennemy le fust venu trouver ; mais il ne fut jamais mal dit que " celuy e5t bien gardé que le Seigneur Dieu tient soubs sa main.» Le comte de Sâncerre et M. deBordillon, en leur endroit, faisoient ordinairement sorties sur le camp de l'ennemy, et le plus souvent destroussoîcnt leurs vivres et charrois, et tailloient en "pièces leurs fourrageurs, ramenans chevaux et prisobniers, desquels ils apprenoient toujours quelque chose de nouveau, combien que ce n'estoientadverlissemens fort certains, et ne parloient la pluspart

FRANÇOIS DE RAfiUttN.

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4non qQ*fls vodoient aNer prendre Paris; ce Héantmoins endonnoient advis à M. de Nevers, qHl le mandoit au roy, lequel, de son costé, n'espargneroit rien de sa diligence et soHicilude jpour avancer le secours qu'il attendolt avoir de ses alliés et amis, ny à mettre sus celuy que de nouveau faisolt lever en ses pays. Mais les moyens les plus requis estoient adonc si courts, et les affaires sepresentoient en tant d'endroits, mesmement que ce baron de PoUeville, avec tme grosse armée, marcboit et entroit des)à es limites de ce royaume, sans cognoistre où 41 se ▼ouloit addresser, que Sa Majesté se trou voit quelquefois fort attédiée et «n doute, ausquelles le plus promptementdevoit entendre.*

Maintenant Je pourrai retourner au siège de Salnct-Quentin, pour dire que M.' l'admirai ayant eu cognoissancc.de ce nouveau appareil que les ennemis redressoient et de ce grand train d'artillerie qui, de renfort, estoit arrivé, et qu'ils redoubloient leur trenchées, et rebastissoient gabionnades et terreplains, il advisa et cohtrepensa plus que jamais au moyen qu'il pourroit avoir de faire entrer gens de guerre là . dedans, principalement de harquebusiers; Tant y a que, par Tadvertissement de quelques pescheurs, ilsceut qu'il y avoit un endroit dans le 'marest qui n'estoit gucres plus creux que jusqiies à la eeinture d'un homme ^ et, pour en estre plus certain, il l'envoya recognoistre par des soldats, qui luy rapportèrent ainsi estre;. parquoy, ayant sceu qu'il se devQit addresser en ses nécessités à M. de Nevers et au seigneur de Bordillon, il feit en sorte qu'il en advertit M. de Bordillon, pour le faire sçavoir a M. de Nevers, leur mandant la facilité de le secourir, le besoing qu'il en avoit, et que s'ils luy en- Yoyoient gens, le moyen qu'ils avoient à tenir ^vec les guides qui le conduiroient. De cas fortuit, M. de Nevers se trouva à La Fère quand M. de Bordillon reccut ses lettres Jequel mesmes luy feit responseet luy manda qu'il luy envoyeroit trois cens harquebusiers, qui estoit tout ce .qu'il pouvoit faire, l'advertissant du jour q\i'il les luy cnvoycroit, qui estoit, ce me semble, le vingl-deuxiesme ou vingt-troisicsmc du mois d'fioust. Pour cest elTect, en estant [le roy adverty, incontinent après ce prince assembla à Crécy en Valois le prince de Condé, MM. de Montmorency et de Bordillon, et autres chevaliers de l'Ordre; et capitaines, pour exécuter

ceste entreprise et essayer d*y fidre eàtrer ees Ux)ls cens harqudHisiers; et ftorent ordoimés pour leur faire escorte et les soastenir, si d^ad* venture ils estoient forcés et chargés, du cofité de Mouy, le seigneur de Sainct-Slmoâ« avec h compagnie de M. de Nevers, dont il est guklèn , et, du costé devers La Fère, le seigneur de Oiu* teluz, avec la compagnie de M. de BordiDoD, de laquelle il est lieutenant. Lesquels han|iiebusiers furent bi^ et seurement conduiets jusques sur le bord et entrée des passages qui avoient esté mandés, où ceux qui leur tvoieDt esté donnés pour escorte attendirent tant 1cmguement qu'ils peurent juger iceux pouvdr estre entrés; car de le voir ils ne pouvoient, à cause de la nuict et de l'allarme qui estbit par toot k camp des ennemis; toutefois depuis M. Fadmiral a dit et escrit que luy,' les attendant ao lieu par lequel ils dévoient entrer, pour leur faire donner le signal qu'il avoit mandé quand il seroit temps, envbron une heure aprfes mnuict, il ouyt l'allarme qui se donna au guet des ennemis, par où il fiedloit qu'ils passassent, et que sans poinct de faute MM. Dandelot, de Jamac et luy, qui estoient ensemble, ouyrent clairement le nombre des ennemis estre petit et avec effroy; mais après s'cstre recogneus, ei voyans qu'il n'y*avolt personne des nommés qui les chargeassent, donnèrent sur eux, et les massacrèrent de telle façon, que de trois cens harquebusiers qui estoient ordotmés (l n*y ea entra que six vingts, encore tous désarmés et gens nouveaux, qui ne luy apportoient pasx grande faveur. Quant au chef qui les conduisolt, il n'y entra point, mais un sergent seulement, ne cuidant pas qu'ils deussent venir si mal accompagnés; à cela alléguant davantage, qu^ayant veu asseoir les guets des ennemis deux ou trois fois ensuivans^ il avoit entre autres choses mandé audit sieur de Bordillon, par Tadvis des [capitaines qui estoient avecques lui^i^'il (allait envoyer des gens de cheval avecques des gens de pied, qui eussent donné aux eanemis à gauche et h droite du passage cependant* que ceux qui dévoient entrer. passeroient; ce qai se pouvoit faire sans danger, car il n^ y avoit point trente chevaux desdits ennemis au guet, et environ soixante ou quatre-vingts hommes de piod ; cl si ne falloit point craîndrequ'i! leur viifet renfort d'ennemis sur les bras, pource qu'il n'y avoit.quc les enseignes qui estoient logées

GUERRES DE BELGIQUE, LIV. IX

au bnxboarg d'Isle» qai estoient six ou sept» bien loing du passage ; tout le reste estoit passé Farmée ; et n'eussent passé de nuict si tost les destroicts des chaussées, que nos gens de cheval se fussent retirés, et cependant s'il y enst eumoyen d'envoyer encore plus grandes forces, tant plus aisément fussent entrés, ne trouvans aucuns empeschemens. Toutefois sur tout ce propos il ne faut douter que M. de Nevers et M. de Bordillon n'en ayent foict leur plein devoir, et n'y oublièrent rien qui peust donner bonne issue à ceste conduicte ; mais en cela et en faute qui en advint est plustost à accuser et reprendre la dé£aillance de cueur et couardise d'aucuns de ces soldats, qui aymèrent mieux se perdre et noyer que d'entrer, et les autres se cachèrent et absentèrent à l'obscurité de la nuict, coounegensde mauvaise volonté. Depuis ceste heure là M. l'admirai ne peut recouvrer à fiiire sçavoir de ses nouvelles à M. de Nevers, encore qu'il l'eust essayé en plusieurs sortes et par diverses personnes; mais le guet et les gardes des ennemis estoient si fortes et espesses, que nul ne pouvoit passer.

Entre les autres il y eut un gentilhomme pris, qui estoit lieutenant du capitaine Lestang, nommé Brion, honune bien asseuré et résolu, lequel lui promit, avant que partir, qu'il passe^ roit oultre ou qu'il seroit pris, comme il fut. Par ainsi M. l'admirai n'a voit plus à espérer qu'en l'aide de Dieu et en sa vertu, et à se bien défendre, sans plus attendre de secours. Pourtant employa toute peine qu'il pouvoit à hiv besongner et remédier aux lieux où il estoit plus de besoing, et mite autres aux contremines, lesquelles luy servoient à deux effects : l'un pour gagner le devant des ennemis *, l'autre, que paricelles il falloit essayer de trouver l'entrée d'un moineau qui estoit dans le fossé, lequel leur pouvoit beaucoup servir, et par mesme moyen l'entrée des tours, pource qu'il n'y avoit point de flancs que parie hault, lesquels estant battus, les ennemis en demeureroient plustost maistresqueles assiégés ; ainsi par ce moyen il ne demeuroitpoint de défense, et dont après ils s'apperceurent mieux. Lacontremine la plus advancée qu'ils eussmit estoit celle de Lanfort, angiois, qui estoit aussi celle de la plus grande importance; mais il sembloit qu'il ne s'y feist plus telle diligence comme auparavant; et cognoissoitpareiliement M. Fadinh 3^VX'wicLi,UPI.€iUI1,

rai que ledit Lanfort comm^çoit à sVstonner ; de quoy toutefois il ne luy démonstroit aucun semblant, ains au contraire luy disoit que de son costé il s'asseuroit qu'il luy tiaidroit promesse de gaigner tousjours le devant des ennemis. Il commença à se plaindre de la grande peine qu'il supportoit, et luy demanda quelqu'un pour le soulager ; dont M. l'admirai fut fort aise, car il ne lui en osoit bailler auparavant, craignant qu'il pensast qu'il eust quelque défiance de luy. Oultre plus, il désiroit bien luy donner quelqu'un pour apprendre et retenir quelque chose de son industrie et science, ^cor qu'il ne se passast jour qu'il ne l'allast voir une fois pour le moins.

Le sieur de Sainct-Remy travailloit de son costé, et fuisoit extresme diligence, mais il besongnoit en cinq ou six endroits ; aussi estoit-il secouru de^ compagnies de gendarmes, au quartier desquell^ il besongnoit, ayant ordinairement hommes auprès de luy qui solicitoient les ouvriers ; mais le pis estoit que tant plus la nécessité et l'afTaire de ce siège alloit en avant, et moins M. ladmiral estoit secouru de ceux de la ville, principalement pour avoir gens pour remparer; et afin de leur donner crainte de refuser, et par mesme moyen affection de s'y employer, M. Tadmiral feit faire une revue de ceux qui ne besongnoient point, et feit sortir à ceste fois cinq ou six cens personnes; lesquels, au vende ceux de la ville, estoient assez mal traittés des ennemis, les asseurant qu'il en feroit autant de tous les autres qu'il cognoistroit ne vouloir besongner. Mais, quand il en eust fait escarteler et mourir en divers tourmens, aussi peu en eussent-ils fait, tant estoient défaillis de cueur, ou mai affectionnés à se fortifier et défendre.

Les ennemis arrivèrent devant Sainct-Quentin le second jour d'aoust ; et depuis ce jour là jusqu'au vingt et uniesme ils ne brassèrent autres oeuvres que grotter et creuser trenchées, tant pour la seureté de leur artillerie que pour approcher et gaigner les fossés. Les assiégés cependant ne leur pouvoient donner grands empeschemens en fsdsant sorties sur eux , comme dict est, à raison du petit nombred'hommes qui estoit là-dedans ; et toutes les sorties que M. ladmiral faisoit faire estoient seulement pour prendre langue, et afin'd'estre advertis de ce qu'entreprQiMMent le^ emiemis» d'autant qu'il

FRANÇOIS DE RABUTlN.

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dootott qu'as n'entamasdent qaelqQes mine» nouvelles desqu^es H ne peost «¥<^ cognons sance. Ce jour, dès que la kieur commençs à poindre, ib saluèrent la ville en toute batterie ; 4Mur ce qu'ib avoient tiré auparavant estoîl de la plateforme du fisiubourg d'Isle, où ils voyoient besongner et eontreminer ; et continuèrent tout le jour à eanonner et recharger, non pas en un seul lieu, ne se passant guéri» nuicts qa'Hê ne remuasseat kurs pmes de lieu à autre pour fBàre nouvelle batterie. Il est à présumer que Foceasion qui les fett tant diSértr estoit pour attendre que ks^ entrées et mines (pi'ik fouilloient et creuaotent soi^ terre pour gagna? les fossés fussent parachevées; car, dès le pre^ mier ou deuxîesne jour. Ton eut cognoissance qu'ils commençoîent à peseher et retirer la terre du. fossé de leur eosté, et bientost après ils y affustèreot et assirent des mameletspar dessoubs lesquels ils traversoient et entr oient dans les fos* ses sans qu'on leur peust mal foire, pource qu'il n'y avoit aucuns flanc» pour commander au fossé, et par ou on tes peust battre et reoognoistre ; et toutes les pierres qu'on leur jettoii ne les pouvoîent endommager à ^use de ces manteieta s^r lesquels elles coubient , et qui les arrestotent,

Us conMnencèrent leur batterie à FeiMlroit du moulin à vent qui estOit près la perte Satnct- Jean; et entreprîodrent depme cest endroit jusques à la tour à Teau avec une telle furie, qu'il ne demeura une seule tour qui ne fiist fracassée etrazée, et la meiUeure partie de la courtine» ayaat en batterie en divers endroits de quarante à cNiqvante ptècea.

Tous ceux qui e^ienl là dsdana furent dé* eeus et trompés en une chose ; c'est c^'ilapen* soient la massonnerie des tours et des courtines beaucoup phis forDe , et de meilleur ciment qu'elle n'estoit, estant le parement de grez, et Tespesseur des murailles fort large ^ mais les matières estoienè si mauvaises qu'aussitost que le dessus fut escartelé et entamé, tout le reste tomboit de luy mesme à gros^ monceaux el quartiers,^do(it il y eut beaucoup de gens tués et blessés des mattoos et esckts de paitapeeta^

Sur le trois ou quatriesme jour de l^ir batterie,, ils passèrent dix ou douae pièces du costé du bourg d'kie, et les logèrent dans l'abbaye, dont ils battoient la porte où le feu s'estoit mia aux pouldresy ainsi^ qi»* on a ve* e^ft-d%wM. |ufr*

ques à ce que les enne^iis se fassent rendus Maistres des fessés, le seigneur de Sainct-Remy persévéra en bonne espérant de foire quelque chose de bon ; mais quand fl tes vit logés là dedans, il dit à M. Tadteiral qu'il ne leur pouvoit plue mal foire, d'autant que ils otoient gaîgné le dessus dte luy ; réitérai plusieurs fois qu'H n'avoit jsmMte mis le pied eïi sî mauvaise plaoe, et qn'il y a^o^ long tem^ que il en avoH adverty le fe^ rtyy ; é^a* q«e pour ceh ce gentil seigneur fàst estonné/ et qu'H en parlast de pu^lanimité, ainsestoHptastostfasd^etmarrry qu'il n'y trouvolt auteun remède, et tel qu'à l'eust BOubaiDé, estant au surplus homme ré* sotu et sage.

Depuffr le j^emfier jour de ht batterie jusques à la fin, mess^ur» l'admîrrf et Dandelot et le seigneur de Saluât- Remy altotent t^ous^ ter soifs reeognoistre les dommages et ouvertures que PartiHerie «voU fotcf; et k jour résorvotent avec les capitaines au qtiértferiksquels l'affaire touchort, die ce qu'ifc àvoîent à exécuter.

Après que la batterie eut continué trois ou quatre jours, il advint et s'engendra un certain effroy entre ceux de la ville et les gens de guerre mesmes^ dont M. l'admirai eut cogtiois^ sance se pourmonant de nuict que f on ne lé vuyoit point, qu'tt contrefoisoit le sourd etFaveugle. Et, pour y femélHer, il tint tm Hingage commun et général' à tous, en un lieu où estoient quasi tous les capitaines et plusieurs soldats; o'estoit que fermement avoit arrest* et résolu en son esprit et vouloir de garder eeste place avec les hommes qi^il avoir, et que si on k voyoit varier ou tenir propos de composition, il leur permettoit quflis^ le jettas* sent comme iasdie dans les fossés ; qu^au csâ semblable s'il s'en Irouvoit aucun (Veox qui kiy en parlast autrement il ne kiy en feroit péé moins. Et, pour «este occasion ne se' passoît jour que deux ou trois fois ne se pourmenast pair irâ' quartiers,' et qu'en y passant ncdemandast lesopinioifôaox capitaines, leur conférant et communiquant ce qui se faîsoit es autres endroits. D'autre part, la première harangue qu'ii kiur avoit foit d^ le premief jour qu'H entra dans la viDe, estoit que chacun e^fôt i l'advertir de co qu'on jugieroit pou^^oir servir à la conservation de ht fhm.

La batiterie des ennemis* continua jusqu'au sh^esDie jour/ e9«kraH»deu« heures après^midy»

GUERRES DE BELGiQUt, LtV. IX.

qu'ils se préseplèreol aussi eft phisiem eadroits dans ks fossés juMpies ^ux parapets, à la langoewr des pi^iw. A eeste heure là, le guet foi estait dans le doctier de la gnmde ésbse advertit M. radmifal que de toutes parts il ¥oyoit rangée de TeDiMOky se soettre en armes, et que plusieurs geos de pied s'achemi* QuieBt auic trauebées; 4)e qu'il fit sa¥oir en tous kê Qodr^JiLs^t quartiers de la ville, à fia quei)bacaueust àseteuir^sursesg«des,«BtÂm»M que oe laesuie jour ils voulusse^ donner Fassauit ; et iuy mesoie alla à trois ou quatre des breseibes tes plus proches de Iuy pour voir l'ordre qui y estoit ^euu ; où il trouva cbacua lûOfiatraDt semblant de vouloir faire son devoir et se bien défendre. Le scsiUable entendit-il de tous les autres endroits où il avoit envojié les gentilhopounea; qui ftit eaase qu'il s'en retourna fort content à la bresehe qu'il gardok;, qui estoit celle où il estimoit les eunemis adres* sar et tomiier leur prineipal elfort, pource qu'ik s'estoient fort opiniastrés à battre œst endroH* et à n'y bûsser aucune chose qui eust pu servir de flancs, mesmenteut que c'estoit vis^-vis de l'entrée qu'ils avoi^t faite au fossé.

Comme ils estoient tous att^idans l'assault, les ennemis mirent le feu en trois nunes, toutes lesquelles estoient soobs le rempart^ dont ks principales se trouvèrent aux quartiers de la compagnie de M. le daulpbin. Mais le dommage ne fot pas si grand comme ils l'espéroient; et eroy , à mon advisi, que cela fut eause qu'ils ae donnèrent point l'assault ce jour là; aussi, tu après ne s'escbauilèren;t trop aigrmenC, aim se contentèrent de venir recogooisif e les hres- €h«s du costé de M. l'admirai, et de v^cûr descicudre dans le fossé que gardait M. Dan* delot.

Après que les ennemis se furent retirés, M. Tadmiral alla visiter les douHuages qu'avoient fait ces mines, et trouva que par eeste ouverture ne pouvoient recevoir, n'encourir grand danger, toutefois qu'il y felloit besoagner : ce qu'il remit à quand il seroit nuict , ponrce qu'on n'y osoit toucher et s'y monstrer de jour, à cause de la veue qu'en avoit l'artillarie des ennemis.

Sur cela ne fault mibUer qœ le feu s'esloli mis en des maisonnettes couvertes de ehaulme, derrière les Ja^opips, et, en muias de demie heure, il y en avoit vingt ou trente bmsléess

encor, de mauvaise fortime, le vent étoit fort grand ce jour là, et «qui cbassoit le feu et la flamme droict au cueur de la vflle. A. la clameur et au bruit de cest accident, M. l'admirai y accourut avec un ou deux gentikhommes seulement, n'ayant voulu soufirir que davantage d'hommes le suivissent : mesmement, les gens de guerre qu'il reneontroit en son cfae^ min, il les renvoyoit en leurs quartiers, craignant que , soubs eeste occasi<m , les ennemis ne voulussent entreprendre de faire quelque effort, combien que pour Theure il n'y en eust pas grande apparence. Sa présence ne servit pas de peu pour remédier à ce fra, pource que tovs estoient tant estonnés qu'ils ne sçavoient que faire, ny a quel bout s'y prendre. M. l'admirai fit rompre deux eu ti>ois maisons au devaut, el & en sorte que ce feu fut esteint et ar resté.

Sur la minuict M d'en atla, comme de cous* tume, pour veoir ce qu'on pouvoit exploicter en chacun Modrok des bresches et de î'ouvertore des mines, y en estant trois principales au qoartier de M. le dauphin , sans celles que M. Dandelot son frère ^doit, et celle de la pone d'isle, où Ton travatHoit fort toutes les nuicts. il trouva que M. de Cusieux y avoit fort bien besongné eeste nuict, car la compagnie de M. le dauphin estoit départie en deux, et fe plus grand dommage qu'eussent fait les mines Mtoil advenu esk cest endroit, où estoit ledit aeigneurde Cusieux.

Un peu après le polnct du jour levé, le sel* gneur de Saîact«Remy alla trouver M. l'admirai pour Iuy dineque, retournant de la porte d'isle, a n'avoH trouvé qu'on y eust fort travaillé; ouiti^ plus, (^11 hiy semMolt que les gens de guerre se refroidissoient de la besongné, et qu'ils trouvoient difficile tout ce qu'on leur proposoK; enfin, que leur contenance ne Iny plaisoit point, Iuy conseillant d'aller jusques ta; ce qu'il fit incontinent, et le mena avecques Iuy. En y allant il Iuy commença ce propos : «qu'il le pkignoit fort de la peine* qu'il prenait jouff et nuict, votre si grande et insupportable qu'il ne Iuy sembloit qu'après on creust qu'il eust esté de si grande diligence, eu esgard à la dAîlité de la place, et pour le défauk f^ndpal qui estoit d'hommes; le voulant advertir en oubre que de si peu qu'il y en avoit, la phiapast peidoît cueur poinr se veoir

FRANÇOIS DE RABUTIN

trop foiUes. » Ce propos fat un peu kmg, de sorte qu'il les peut tenir jusques à ce qu'Us arrivèrent à la porte d'Isle. Parquoy M. l'admirai à l'instant ne luy en fit autre response, sinon qu'il luy dist qu'ils advisassent à ce qu'il alloit faire et besongner pour Theure. A quoy il respondit qu'il l'avoit desjà monstre au capitaine Sallevert et aux capitaines de gens de pied qui y estoient. Et, après leur avoir fait monstrer de rechef, il fit dès lors mettre la main et commencer besbngne. Il y eut bien quelque capitaine qui dit à M. l'admirai qu'aucuns des soldats se faschoient de l'artillerie qui les grevoit et endommageoit tort en besongnant; ce néantmoins, y demeurant là pour quelque temps , et devisant avec eux, les soUicitoit et encourageoit de préposer la tuition et défense de l'honneur et de la vie à la crainte et défaillance de courage; de façon qu'au partir de là il luy sembla les laisser en bonne volonté.

Il print son adresse, au partir de là, au quartier où estoit M. Dandelot son frère, pour luy dire qu'il seroit bon commettre quelqu'un pour commander en la compagnie du capitaine Sainctr André, à cause qu'il estoit malade et ne bougeoit de son logis. Son lieutenant aussi avoit esté fort blessé ceste nuict, et son sergent tué; tellement qu'il ne s'y trouvoit homme de commandement qu'un jeune homme qui portoit son enseigne. Lequel sieur Dandelot luy fit response qu'il avoit entendu comme le capitaine Sainct-André se portoit assez bien, et qu'il iroit passer en son logis , où ayant sceu qu'il n'y peust vacquer, y commettroit un autre. Et ainsi devisans ensemble, continuèrent leur chemin qui estoit commun à tous deux, pour aller où chacun d'eux tiroit et se vouloit rendre.

Après que M. Dandelot eut parlé au capitaine Sainct-André, pource qu'il commençoit à guérir et retourner en santé, il se fit porter en une chaire où estoit sa compagnie, pour y avoir plus d'authorité sur eux, et tirer plus d'obéissance d'eux que nul autre.

Ce jour, qui estoit le septiesme que les ennemis avoient commencé leur batterie, dès que la clarté le matin commença à se monstrer, ils canonnèrent de plus grande forie, et à plus grand nombre de pièces qu'ils n'avoient acooustumé; de sorte qu'il estoit facile à juger ce jour là qu'ils vouloient faire quelque grand effort. Ce que voyant et considérant M. Padmi-

rai, il appella M. Dandelot son frère, et le selgneur de Sainct-Remy, et les retira à part ; et, s'adressant au seigneurdeSainet-Remy,le pria de luy dire son advis de son entreprise, et qu'il voyait celles que les amemis faisoient sur eux (mesmementdes mines), le requérant luy déclairer le moyen qu'il auroit d'y remédier. Ils luy firent response qu'ils n'estoientàcette heure làày penser, mais qu'ilsn'y trouvoientun seul remède, pouroe que les ennemis estoient maistres des fossés, d'où ils pouvoient pied à pied gaigner le parapect, lequel n'avoit que cinq ou six pieds d'espesseur, et lequel ils leur lèveroient en moins de rien, demeurant le rempart si csrtroict, qu'il n'y auroit lieu pour eux retirer et couvrir, et aussi peu de moyens pour se retrancher par derrière , à cause que le rempart estoit si haut qu'il maistriseroit en beaucoup le retranchement ; adjoustant sur cela le seigneur de Sainct-Remy que M. l'admirai se pouvoît encore souvenir de ce que peu auparavant luy avoit dit, qu'il n'avoit en sa vie mis le pied en une plus mauvaise place. Quant aux contremines qu'il avoit commencé, il partoit à l'instant pour en faire fermer 'deux, et les tenir prestes pour y mettre le feu ; mais il craignoit que l'une, qui estoit la principale, ne fist tomber le reste d'une tour, la ruine de laquelle peust servir d'eschelle à l'ennemy pourmonter. combien que, s'il y voyoit quelque danger, il n'en proMlroit que ce qu'il en faudroit. Et, ces choses considérées, M. l'admirai dit quMl voyoit que l'on luy pourroit imputer qu'il auroit eu bien peu de considération de mettre enhazard les forces qu'il avoit, qui estoient des principales, comme de la gendarmerie, se voyant réduit en telle extrémité ; ce qui eust bien servi à conserver autres places, voire tout le royaume; mais qu'il avoit pensé une chose, à sçavoir : qu'il pouvoit juger qu'après la furieuse batterie qu'ils avoient redoublée, ils s'effbrceroient de les emporter d'assault ; parquoy il se falloit préparer et délibérer se bien deffendre; que si on les avoit bien frottés et battus la première fois, après ils essayeroient de les avoir et matter àla longue. Et cela voyant, en parlementant, ou par quelque autre expédient, il pourroit advertir et faire entendre ses nécessités au roy, oultre ce qu'il gaigneroit autant de temps. La concltision de son propos fot que Ton pouvoit ouyr les «anemis renforcer leur batterie , fai-

GUERRES DE BELGiOUE, LIV. IX.

sant penser que ce jour ite desployeroient toa* tes leurs forces, et mettroient toutes choses au dernier poinct pour les combattre ; pourtant il prioit un chacun se disposer à les bien recevoir et repoulser ce premier coup ; et le Seigneur Dieu en après les conseiUeroit du demourant qu'ils auroient à faire. Sur cela se départirent, et s'en alla chacun pour donner ordre à ses aCEûres. Avant poursuivre plus oultre ce propos, il est bien requis déduire le nombre des bresches et le nombre d'hommes qui y estoient pour les garder. La première estoit celle du capitaine Brueil, gouverneur de la ville, qui y avoit sa compagnie; la secmide, du capitaine Humes , lieutenant de la compagnie des £scossois, du comte d'Arran où elle estoit, et en cest endroit je veux dire que M. l'admirai a tesmoigné en ce qu'il en a escrit qu'il ne veit point, tant que ce siège dura, chefis ny soldats qui s'employassent mieux ny plus volontairement que ceux de ceste compagnie, ne qui monstrassent visages plus asseurés ; la troisiesme, du sieur de Cuzieux avec une partie de la compagnie de M. le dauphin ; la quatriesme, du sieur de La Garde avec une partie de ladite compagnie. La compagnie du capitaine Sainct-André estoit départie en trois, à sçavoir avec les capitaines Humes, Cuzieux et de La Garde. La cinquiesme estoit celle de M. Tadmiral avec une partie de sa compagnie, et le capitaine Gourdes avec quelques harquebusiers. A la sixiesme y avoit une autre partie de la compagnie de M. l'admirai, et le capitaine Rambouillet. La septiesme, celledeM. de Jamac, où estoit sa compagnie avec le capitaine Bue et ce qu'il pouvoit avoir de la sienne. A la huitiesme estoient les capitaines Forces, Ogier et Soleil, avec ce qu'ils pouvoient avoir de leurs soldats, et quatorze ou quinze hommes d'armes et archers, que M. f admirai avoit donnes au sieur de Vaulpergue pour leur commander. A la neufviesme, M. Dandelot y estoit avec environ trente cinq hommes d'armes qui luy avoient esté baiDés de toutes compagnies , et quelques gens de pied, harquebusiersdeSaincte-Roman, lequel se faisoit bien apparoistre entre les autres. La dixiesme» du capitaine Lignières avec ce qu'il pouvoit avoir de sa compagnie. L'unziesme, le seigneur de Sallevert avec la compagnie de M.' de La Fayette, et les capiuines La Barre et Hacqueville avec ce qu'ils pouvoient avoir de kurs compagnies. Et fouit noter que I

par toutes lesdites bresches il n'y avoit point huit cens hommes de guerre pour les deffendre, tant de pied que de cheval, bons et mauvais; car M. l'admirai n'avoit point meslé ceux de la ville parmy eux, aios les avoit départi es autres endroits, à «fin que s'ils eussent esté assaillis à escalades es endroits et lieux où l'on n'avoit point battu, ils eussent eu gens pour soustenir et en débouter l'ennemy.

Il y avoit eu précédemment beaucoup d'hommes tués et blessés, et autres malades, lesquels ne pouvoient faire aucun secours, non plus que s'ils eussent esté morts : mesmement à la bresche que gardoit M. l'admirai, le capitaine Gourdes y avoit du commencement plus de cinquante soldats des siens, comme ils furent nombres ce matin, et l'après-disnée, quand ils furent assaillis, ne s'en trouva que dix -sept; encor y eut-il cinq de ceux4à tués en sentinelle avant que l'assault se donnast. £t fut contraint M. l'admirai mander à M. Dandelot son frère qu'il le secourust de quelque nombre des siens, combien qu'il luy faschast fort, le sachant estre en lieu où il en avoit fort bon besoing ; si ne bissa-il pourtant de luy en envoyer ce qu'ilpeut.

Il a esté dit cy-dessus comme les ennemis redoublèrent le septiesme jour leurs batteries, ce qu'ils continuèrent jusques environ les deux heures après midy, qu'on les voyoit ce pendant dresser tous leurs préparatifs pour donner l'assault et de toutes parts. M. l'admirai alloit et envoyoit en tous endroits, à fin que chacun fust prest de les soustenir et repoulser. En fin, sans foire bruit et sans sonner tabourin, il veit trois aiseignes au pied du parapet lors qu'il fit présenter un chacun pour combattre; mais ils ne les enfoncèrent point par cest endroit, et commencèrent à couler, et à monter file à file à une tour qui avoit esté battue d'artillerie au coing du quartier du sieur de La Garde. Quand M. l'admirai veit qu'ils prenoient ce chemin, il fut fort aise, car ils y grimpoient et montoient fort malaisément, et si du lieu où il estoit il les voyoit un peu par le flanc, et leur donnoit le plus d'ennuy qu'il pouvoit avec trois harquebusiers qui luy restoient, pensans véritablement qu'il fust impossible les forcer par cest endroit. Finalement il veit ces enseignes qui montoient au haultj de la tour et se jettoient en bas ; mais il présumoit que ce fust dans une trenchée qui estoit devant le parapet, pour estre

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plus à coovert, jusqnes à ee que Toq Iny alU dire que les ennemis fcMTçoteat ceste bresche. Lors, se toiiniaiit devers ceux qui renvirou* noient, il leur dit qu'il la falloit secourir. Sur cela arrivant le sieur de Sarragosse, luy de* manda où il vouloit aller et qu'il veuloH faire ; auquel il respondit qu'il délibéroit aller aider et soustenir Teffort de cesie bresche que Ton forçoit , à laquelle il falloit tons mourir ou en repoulser les ennemis ; et sur cela il conunença à descendre du rempart. Et fault sçavoir qu'a* donc il n'estoit pas loing de la tour par où les ainemis entrerait ; mais il y avoit une longue traverse et hauUe, qui empeschoit de veoir ce qu'on faisoit. Estant M. l'admirai descmidu au bas du rempart, il veit tout ce quartier là abandonné, sans que personne y ût teste. Et ne sçay d'où vint cest effiroy, ne qui en fut l'autheur, si ce n'est qu'on n'avoit peu empescber la venue à l'ennemy, pour ne le pouvoir point descouvrir lorsqu'il vint à la bresche; de sixrte qu'y arrivans les ennemis en abondance, et s'y appellans les uns les autres, il fut facile s'y faire maistres, n'y trouvans personne de résistance. M. Tadmiral, seulement accompagné de trois ou quatre, entre lesquels esî4>it un page, et y allant pour ramasser les troupes et faire teste aux adversaires, ne fut si tosi là arrivé qu'il ne se veit enveloppé de tous costés. Cognoiasant donc n'estre plus en sa puissance de remédier à ce désordre, estant des|à la ville pleine de soldats ennemis, y entraus k» AUemans à grandes foulles, il fit ce qu'il peut pour tomber es mains d'un Espagnol, conmie il luy advint, aimant mieux en ce lieu attendre la commune et générak fortune^ et tout succès bon ou mauvais, qu'en foyaat acquérir une honte et reproche. Celuy qui le priât prisonnier, après l'avoir fait un peu reposer au pied du rempart, le voulut emmener en leur camp, et le fit descendre par la bresche mesme qu'il gai-doit, où il estuit seul ayant pordu toutes ses forces. De là le coula et fit entrer en l'une des minrs qu'ils avoi'^nt faitos pour gn'f*nor Ir-fossé. où il trouva à iiiiitrtj le cipitaine Alonce de Ca.iè/es, maistre de camp des vieilles bandes espagnoles ; auquel lieu survint incontinent le prince de Ptedmont, qui commanda audit Gazières le mener en sa tente. Voilà comme tout le fiiit du siège et de la prise de Sainct-Quentin s'est passé, eta estéiÛdjût par un discours qui m'est

t'H^NÇOiS DE RAfit}ï!ÉÎ. [ml]

tombé es mains, et que Ton m'a asaeofé avoir esté rédigé et mis fur escrit par U. l'admirtl mesme» et lequel j'ai mieux aimé suivre (commft prochain de la vérité ) que me trouva en fauUe.

Maintenant il m'a semblé boa d'y adjouster ce qu'au par-dessus j'en ay peu apprendre et sçavoir ; qui est que certainement à la bresche du taulxbourg d'Isie, m estoit M. de Jamac, il y fut aussi bien et vaiUasament eoeabattu que l'on^pourroit avoir jamais leu et veu^atre fait; de sorte que les«nnemis par les autres endroits estaus entrés dans la ville, et qui deçjà saeca^ geoieat et butiukoient partout, les vindrent prendre et desfaire par derrière, avant qu'Us pensassent leur monstrer visage : tellement que, pour résolution, avec le défaut qui y e^boit d'hommes, il y eut de la main de Dieu voolaat punir nos foutes. Les ennemis mesoies ont escrit que le premier assault fot donné à oe os« pitaine Gazières cy-dessus nommé, et au colonel iAsiffe, colonel de quinze cens AUemans, qui y furent presque tous tués et de^ts. Le second fut assigné au capitaine Navarret avee les Espagnols, et au comte de Meâgiie avec les Wallons. Le troisiesme au capitaine Jdian Romerou, avec trois enseignes d'Espagnols et deux mille Angiois; lequel tombant du hault de la bresche se rompit une jambe. Le quatriesme au capitaine Carrondela, avec trois enseignes de Bourguignons, qui y eut une main emportée.

Enfin fiit cette belle et riâfae WUe de Sainct* Quentin conquise et priaele vingt^epUesme jow d'aoust mil cinq cens cinquante sept, en laquelle ils trouvèrent de grands butins et ri<cfaesses, pour estre icelle ville un autgasin 4e diverses marchandises qui se transportotent es bas pays, et qui estoient aussi de ces lieux apportées pour le commerce et trafique de pardeçà, sans y comprendre encore plusieurs bons prisonnière qu'ils y recouvrèrent, lant de ce«x de la ville que des chefs et capitalises qui y estoient entrés pour la défendre. Quant à en nommer de ceux de la ville, il m'est fort diffiv^ile, pour en avoir bien peu de cognoissance. Quant aux gens de g^rre, je pourray niettre icy les noms de ceux dont j'ay esté adverti , tant de ceux qui y sont morts que foits prisonniers. M. l'admirai, comme principal chef, ainsi que l'on a peu voir cy-devant, fiit emmené prisonnier; toutefois dq>uis a esté quelque bruit qu'il fut au bazard de se sauver p«tr la conduiu

d'im Espagnol; mais n'estant ce mystère bien dressé et entendu, il fat reserré, et l'Espagnol pendu et estraitglé. M. Dandelot y fat pris aussi ; mais, se resentant eneore du mauvais traitement qu'il avoit reeeu d^eux en sa prison d'Italie, aima mieux adventurer sa vie que retomber utte autre fois en ceste captivité et fiiisère; de fiiçon que, luy aidant la grâce de Dieu, il se coula par dessoubs les bords d'une fente, et de nuict, après avoir sondé divers gués et passages dans le marets, trouva moyen de sortir de leurs guets et gardes, et se sauva à Han. M. de Jarn^ y demeura prisonnier, aussi firent les seigneurs de Sainct-Remy , de Humes, de La Garde, de Cuzieux, de Moidins, les capitaines BreuU de Bretagne, de Rambouillet, Saincte-Roman, Sainct-Àiidré, Lignières et So^ leil. Ccux-cy y faroat tués; et y moururent, comme l'on m'a dit, le fils du seigneur de La Fayette, le capitaine Sallevert, enseigne de la compagnie dudit sieur de La Fayette, les capitaines Ogier, Yicques, La Barre, L'Estanget Gourde^. Plusieurs autres y ont esté tués ou faits prisoiHiiers , les noms desquels me sont incognus, et ne les ay peu scavoir pour leur faire part de quelque mémoire de levr vertu : toutefois j'ai opinion que quelqu'un cy-après en pourra encore mieux escrire que moy , qui ne les kissera en oubly, et suppléera mon délault en ce que je pourrois avoir obmis.

Durant le temps de toutes les exécutions cy* devant déclarées, M. de Nevers n'estoit bougé de Laon , attendant d'y recueiMir et amasser toutes les forces du roy, et pour poiurvoir aux antres entreprises que d'aiHeurs les ennemis pouvoient mettre sus , et surtout de fournir et ttraoir les viile» circonvoisines de Sainct-Quentin, non seulement de soldats, selon qu'ils luy esloient envoyés et y arrivoient, mais aussi de toutes autres commodités et provisions, afin qu'ils passent par courses d'autant plus àSoi^ blir et rompre l'ennemy , en luy coupant les vivres, et massacrant \es soldais aux fourrages, et s'asseurassent et tinssent forts de bonne heure s'ils côtoient assiégés, prévoyant messiement l'obstinée continuation des emienm au siège de eeste ville, laquelle il doutoit à la km* gue estre prise et emportée, ne pouvant estre de hry en autre sarte secourue. Dont il ne fault douter qu'en son esprit il ne su^portast un fort grand et triste regret^ ainsi que mm visage

GUERRES DE BELGIQUE, LIV. IX

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et ses gestes le faisoient paroistre. Et pourtant d'heure à autre advertissoit le roy de tout ce qu'il sçavoit, et luy estoit rapporté estre advenu dedans et dehors ce siège : tellement que, le jour do la prise de ceste ville, le roy hiy jEaisoit response à ce qu'il hiy avoit esçrit , s'il ad venoit que l'ennemy emportast Satnct-Quentin, qu'il auroit à faire, lui avoit mandé que le mieux de sa charge et de son bict seroit de pourvoir Guyse, La Fère et Péronne, sans oubÛer Corbie, où il escriroit au sieur de Yillebon se retirer, et faire si diligemment travailter- au remplissement du boulevert et rehaulsement du retrencbementj^ que bientost ils se retrouvassent en leur perfec»tion. Oultre plus, il Tadvertissoit derechef que, selon qu'il hiy mandoit par le sieur de Sansac, si Sainct- Quentin tenoit, qu'ils dressassent une forme de camp à Han, pour retrencher eneor plus estroittement les vivres aux ennemis, et là où ils le prendroient que, retirant des places qu'il avoit laissé derrière toutes les garnisuas^ il les suivist à la queue et envoyas! les lans^ quenets qu'il avoit àSoîssons, Villiers-Cotterets et Doimnartin, pour se retirer la part eu U seroit; et quant aux François, que, lesdites cpia^ tre places pourvues, il les départisi à Laon et à Goussy , avec quelques bons ehefis, luy laissant le surplus de la charge de pourvoir à Gom* pienne, où, oultre les quatre compagnies qiir'il y avoit ordonnées des capitaines Gerteau et Fo»-^ taines, il se délibéroit d'y envoyer encor celles du capitaine Buchet. et une autre du capitaine Antoine de Novion. Or, quant à eeeaatp dont il est lait cy-dessus mention devoir estime dressé à Han, est à scavoir que, deux ou trois jours précédemment, entre autres mémoires que le roy avoit envoyés à ceprince, luy aiebargeoi t et l'advertissoit qu'il entendoit fortifier un camp à Han, ou se dévoient trouver, pour le eonsl* dérer et entreprendre avecques hiy , les seîg^urs de Sansac, d'Estrée et de ViUebon, et autres expérimenté» capitaine», suivant ce que M. le mareschal Sainct-André en avoit deqà foit désirer pour la fortification du camp^, qui un peu auparavant y estoit. Et d'autant qu'en caste entreprise Ton craignoit qo» les ennemi», se mettans entre ledit Han ei les vivres, et empesehafisent ceste entreprise, et contraignissent ceux qui seroient là-dedans de venir à~ la ba^ taille, Ton avoit pourveu d'avoir cinq cens muifideUed en farines, que le sieur de Chaulnoi

FRANÇOIS DE RABUTIN

gouverneur de Cori)ie, prcstoit au roy, pour la nourriture des forces qui entreroient dedans, suffisans pour un long-temps à vingt-cinq ou trente mille bouches, oultre laquelle quantité de farines, on en avoit encores autres quatre cens muis. Toutefois ces délibérations n'eurent aucun effect, et fut autre changement d'advis par la prise de Sainct Quentin, plus soudaine et plutost advenue que Ton n'espéroit; car, incontinent après, M. de Nevers n'avoit autres choses aux oreilles qu'adverUssemens des gouverneurs et chefs des places des environs, que Tennemy toumoit devers eux, se plaignans de leurs déEaults et nécessités , et demandans secours, ou d'hommes, de vivres, de pouldres, ou de quelques autres munitions : de sorte que l'on ne scavoit ausquels premièrement entendre, et là où estoit le plus proche et urgent besoing. M. de Bordillon, qui estoit à La Fère, encore que ce prince eust mis gens dans ceste place autant qu'il luy avoit esté possible, et l'eust munie au mieux que le moyen s'estoit peu recouvrer, ce néanmoins, craignant la longueur du siège , et ne voulant attendre l'extresme nécessité, vouloit en avoir plus que moins, et demanda à M. de Nevers secours de vivres et de gens. Parquoy fut commandé au président Bourgeois, que le roy avoit envoyé à Laon pour estre commissaire général des vivres, de luy envoyer des munitions qui estoient dans ceste ville de Laon, tant de farines que de vins; et d'un mesme train luy furent envoyées une ou deux des vieilles compagnies de gens de pied qui estoient venues nouvellement de Metz. Au comte de Sancerre, qui estoit à Guyse, se plaignant d'avoir fiiute d'hommes, pour avoir esté ceste place accrue d'une nouvelle fortification, disant que, par la revue qu'il avoit faite de ses gens, ne se trouvoit avoir que deux mil et trois ou quatre cens hommes de pied, où il estoit nécessaire de plus de trois mil cinq cens, fallut encore luy renvoyer autres quatre des vieille compagnies, lesquelles aussi estoient venues de Mets. Le capitaine La Motte Rouge, gouverneur de la Gapelle, envoya aussi advertissement à ce prince, comme par ses espions il avoit sceu que les ennemis, après la prise de Sainct-Quentin , délibéroient aller assiéger Guyse ou La Gapelle, et pource qu'il estoit besoing le secourir de gens. Ainsi, encore que M. de Nevers eust bien fort peu de compagnie^ de gens

de pied auprès de sa personne, et toutes celles qui y estoient estans encore nouvelles, si fut il force luy en envoyer deux des capitaines Fouquault et Brumes. M. d'Humières , gouverneur de Péronne, d'autre part disant avoir entendu pour vray qu'au partir de Sainct-Quentin les ennemis tiroient droit vers luy, demandoit encore plus grand nombre d'hommes qu'il n'avoit ; combien que sa ville fiist desjà pourvue de soldats en la sorte que j'ay dit cy-devant, l'on y renvoya les compagnies du capitaine Vezigues. Certainement il y avoit de grandes opinions et conjectures que les ennemis s'addresseroiafit à ceste ville, pour beaucoup de causes; entre autres, pour de tant plus renforcer Sainct-Quentin, et la tenir en seureté, estans ces deux villes voisines l'une de l'autre, et pour estre maistres d'une grande partie de la rivière de Somme, qui leur serviroit comme d'une barrière. Mesmement M. de Bordillon avoit mandé à M. de Nevers qu'il avoit sceu de l'enseigne de M. l'admirai, estant prisonnier au camp de Fennemy, qu'ils pourparloient desjà de tirer làr, 'ayans esté advertis, par un Italien et un soldat du capitaine Yicques, de l'endroit où ils la dévoient battre, qui estoit depuis la porte de Bourgongne jusques à une tour qui est pendente , et depuis le chasteau jusques à un flanc où le terrouer et le rempart ne valloient rien ; pour ces causes estoit bien requis y pourvoir à temps et heure. £t en cela se peult voir si ce prince avoit guères de repos, sans que je fasse ici plus ample narration d'infinité d'autres fatigues où sa personne et son esprit estoient incessamment tendus, que je laisseray à descrire à ceux qui l'ont peu voir comme moy.

Or, le roy Philippes avec son afmée estoit tousjours campé à l'entour de Sainct Quentin, sans qu'on peust sçavoir, à la vérité, ce q« de nouveau il vouloit attenter. Seulement, après que ceste pauvre ville eust esté tfnn bout à autre fouillée et saccagée, et vuide de tant de biens qui y estoient , commencèrent à la fortifier. Toutefois depuis, sur la fin de ce mois d'aoust, M. de Bordillon advertit M. de Nevers comme son espion luy avoit rapporté que les ennemis avoient tiré de leurs trenchées devant Sainct-Quentin quelques pièces d'artillerie, et estoit le bruit par tout leur camp que c'estoit pour aller assiéger Le Castellet. Ce qui fijt trouvé véritable; car, peu de jours q>rès,

GUERRES DE BELGIQUE, LtV. IX.

Fon sceut que pour vray il estolt enveloppé, et que le comte d'Aramberg ( autrement dit le Brabanson), chef de ce siège, estoit campé avec mil ou douze cens chevaux le long du marets et devers Tabbaye de Sainct-Martin. Au-dessus de luy estoient logés trois régimens d'AUemans, à scavoir : Monicbuissen avec dix enseignes, et plus haut, sur le chemin de Sainct-Quentin, un autre régiment de Porisvanholf de sept enseignes, où se faisoit une batterie de quatre pièces. Plus haut encore, entre les chemins de Sainct-Quentin et de Cambray, s'estendoit un autre régiment de Claes Holstat de sept enseignes ; et là estoit la plus grosse batterie de vingt et une pièces, qui tiroient aux deux bouleverts et à la courtine, avec une furieuse et admirable tempeste, comme les nouvelles couroieni parmy nous, et aussi que le tonnerre en retentissement en estoit le plus souvent entendu. Dedans estoit gouverneur, comme j'ay desjà dit, le baron de Solignac , gentilhomme duquel la valeur et bonne opinion que chacun avoit de luy faisoit croire qu'il ne rendroit ceste place qu'à l'extrémité, et esprouveroit le dernier danger avant que succomber de son honneur ; mesmement tant de braves entreprises qu'il avoit exécutées sur les ennemis durant le siège de Sainct-Quentin (entre autres] avoit destroussé quelque argent qu'on apportoit à leur camp), luy redoubloient une fort grande et louable réputation. De quoy s'asseurant M. de Nevers, et luy estant confermée ceste confidence par les advertissements que le baron de Solignac luy mandoit de garder ceste place tant longuement que le Seigneur Dieu luy presteroit la grâce, et jusques. au dernier souspir de sa vie, en donna advis au roy , dont Sa Majesté eut grand espoir et contentement. Et ce que confirma la response que sur cela en feit M. le cardinal de Lorraine, escrivant à ce prince que le sieur de Ricourt, cousin et parent du baron de Solignac, avoit asseuré le roy et luy que ledit de Sohgnacmourroitplustostdans Le Castellet, que le rendre sans extrémité irrémédiable. Ceste espérance, que pour le moins il tiendroit quinze jours ou trois sepmaines, faisoit faîfe toute diligence d'amasser et rassembler les forces que le roy proposoit mettre sus de nouveau ; de sorte que Sa Majesté avoit mandé et fait response à M. de Nevers qu'il s'asseurast que dans ce temps-là il auroit auprès de luy une XYI* siidJBy La PI. et La PI.

autant belle armée que la première pour empescherque l'ennemy n'entrastenpays. Etde faict, c'est chose certaine que l'on faisoit haster à grandes journées le secours des Suisses, et les bandes nouvelles d'Allemans que les coloneb Reichroch et Reifberg amenoient. Pareillement l'on avoit sceu que M. de Guy se s'achemineroit bientost de par-deçà, et, d'autre part, journellement arrivoient à l'entour de Laon quelques compagnies de cavallerie et fanterie, estans toutes les autres places bien pourvues, y ayant ce prince mis un tel et si bon ordre, qu'elles estoient hors de doute, ainsi que chacun le sçait. Mais tout le rebours de tout ce qu'on proposoit advint; cardes le six ou septiesme de septembre, suf le soir, vindrent autres advertissemens de M. de Bordillon, comme Le Castellet estoit rendu ; ce que M. de Nevers ne vouloit croire aucunement, pour autant que ce jour mesme le baron de Solignac luy avoit de rechef mandé qu'il n'estoit encore prest à se rendre, et qu'il délibéreit y mourir ou y faire un si grand service au roy qu'il en auroit à jamais mémoire. Et encore que les rapports redoublassent, si en demeura il toujours en doute, et ne luy pou voit tomber en l'entendement, jusques à ce que toute la nuict il envoya recognoistre et scavoir la vérité; et fut trouvé qu'il estoit ainsi, et que davantage, comme l'on rapporta, s' estoit rendu à bien petite occasion, veu qu'il n*y avoit autre bresche raisonnable pour donner l'assault, lequel, pour le moins, il de voit endurer, estant place de marque, encore qu'elle soit petite, autant defTensable qu'il en soit sur ceste frontière, autant bien pourveue de munitions (comme l'on dit que M. d'Estrée l'asseura) qu'il estoit possible. Ainsi ceste reddition, si soudaine et au despourvu, fut trouvée fortestrange de chacun, veu l'espérance précédente, et que l'on n'avoit point ouy plaindre ceux qui estoient là-dedans d'aucun défaut. Pour ce mescontentement et souspeçon, estant iceluy baron de Solignac depuis à Paris, le roy le feit arrester prisonnier ; lequel, se voulant justifier, a allégué, sur ceste si soudaine reddition de la place qu'il avoit en garde, les causes cy-après déclarées, à scavoir; qu'il avoit esté firustré du secours par luy requis et nécessaire à la conservation de sa place, qui estoit de deux mille hommes de garde, comme le seigneur d'Estrée, auparavant gouverneur, attendant le

FIBAISÇOIS BE R^BtJTlSl.

siège, les avoH antrefo» eoi. Davantage, qa'ayans trouvé les eimemis ce cbastean sans fossé da coeté que ils commencèrent leur frinr cipale batterie, et un bastion demeuré bas et à revesttr, exploitèrent tellement que les soldats ordinaires à la garde de ce bastion furent bienr tost contraincts l'abandonner, pour k grande quantité de bricque et terrain qui, de la courtine neufve, les endommageolt et tomboit ordinairement sur eux, estant si furieuse et violente la batterie, qu'en peud'heuresellefeit voye et chemin pour monter à cheval sur ledit bastion, estant facile pour venir de là à la bresche ; laquelle, combien que elle ne ùist de tout suffis -aante, s'aggrandissoit dans deux voilées de canon, et s'estendoit de six vingts pas ou plus, «'inclinant et courbant desyà le mur en ceste longueur^ et le terrain ouvert d'un pas en largeur, et de la longueur d'une picque en profond. Ce que voyans les soldats, qui ne se trouvoient là-dedans en nombre de trois cents, ny la moitié d'eux en forée et santé, prindrent tel et si grand estonnement et désespoir de résister, que, pour quelques remontrances que leur sceûssent faire leurs capitaines avec oSre de mourir avecques eux des premiers, ne les peurent asseurer et remettre en volonté de combattre et attendre l'assault. Réservé quelques gentilshommes et vieux soldats qui se présentèrent à toute fortune et s'ofhrirent à tout devoir, les autres prindrent résolution de quitter là tout, abandonnans k bresche, et déclarèrent ouvertement au gouverneur qu'ils ne combattroient aucunement, ne cognoissans, comme Ils alléguoient, moyen n'y apparence aucune de pouvoir résister et garder ceste place, ny faire un seul service au roy ; et pourtant qu'il valoit mieux réserver leurs vies à un autre qui seroit de plus grande importance. Qui fut un autant plus grand desplaisir et crèvecueur audit gouverneur et autres capitaines, que plus de réputation ils a voient ac^is, tant es guerres précédentes que freschement aux saillies de ceste place sur les ennemis, et jusques à renverser de leurs gabions et leur faire abandonner leurs trenchées. Durant le siège du Castellet, le quatriesme de septembre, M. de BordiHon advertit M. de Nevers qu'il avoit sceu que le roy Philippes ne deslogeroit d'auprès de Sainct-Quentin, jusques après avoir veu qu'il advieadroit du siège du Castellet, se-

ion qu'il Tavoit peu apprendre de quelques soldats qui avoient esté pris ce jour là à Yandeuil, lesquek luy avoient asseuré que la batterie devant le Castellet commençoit le lendemain. Ces soldats-là faisoient escorte à leurs fourrageurs, desquels en avoient este tués plus de quarante en ce lieu, et en furent emmenés force chevaux par ceux de k compagnie du comte de Yillars, que M. de Bordillony avoit envoyé, avec quelque nombre d'harquebusiers à cheval de la compagnie du capitaine Lamenaz, qu'il faisoit soustenir par deux ou trois cens harquebusiers à pied le long du marets. La compagnie de chevaux-légers du prince de Condé et une d'£8COssois, estans en embuscade près du grand Essigny, feirent rencontre de quelques gens de pied qui venoient à l'escorte des fourrageurs, desquels environ vingt furent exécutés et mis en pièces; et, sans leurs gens de cheval qui leur vindrent à secours, estans iceux gens de pied bien cinq cens, on eusl fait carnage de tout cek.

Après k reddition du Castdlct, M. de Nevers eut quelque opinion que les ennemis tournassent à Guyse, ayant pris ce chasteau pour s'asseurer de ce qui estoit à leur dos, et pour aussi rendre le chemin de Sainct- Quentin à leur camp libre et sans danger, afin que de l'un à l'autre on peust envoyer tout secours. Toutefois, se tenant fort bien asseuré du comte de Sancerre, vailknt chevalier s'il en est point au monde, et que la place estoit seurement pourveue et munie d'autant vailkns capitaines et soldats qu'il estoit possible les eslire, et généralement de toutes les autres provisions et munitions de guerre, il en avoit un grand repos et contentement en son e^rit, s'asseuraut que s'ils s'y adressoient ils trouveroient de ia besongne taillée pour un long séjour ; et cependant luy resteroit toujours k loisir de recouvrer gens, et si pourroit de plus en plus fortifier les autres pkces cireonvoisines, et finalement se présenteroit quelque propre occasion pour leur appareiller une strette qui leur feroit sentir jcomliâen seroit dangereux en pays d'ennemy s'estendre et eslargir. Toutefois il n'advint rien de ce que ce prince en espéroit ; car, peu de jours après la prise de ce chasteau, les ennemis, sans pas* ser phis odtre, prévoyans, à mon ad vis, autant clairement que nous leurs intérests et advantage» ae retirèrent à Fonssomme, où jà estoit campé

GUERRES DE BELGIQUE, LIV. IX

le roy Pbilippes avec l'autre partie de Fàrmée. Et estoient là, k mon jugement, sur le poinct de la délibération de ce qu'en après ils auroient à poursuivre; aussi que Ton disoitque le roy PhilippesaltendoitresponsedeTadvertissemeilt qju'il avoit envoyé en Espagne à l'empereur Charles son père, pour le resjouir de sa prospérité, le suppliant en outre luy commander et ordonner de ce qu^en après auroit à entreprendre. Il est facile à juger que, selon leurs mutations et diversités d'entreprises, il faUoit aussi que M. de Nevers changeast et accommodas! les siennes ; car alors ils estoient les plus forts, et nos forces encore si naissantes et petites, que c'estoit tout ce qu'on pouvoit faire que ruiner pays au-devant d'eux et à l'eniour, où l'on sçavoit qu'ils se vouloient eslargir et estendre, et au surplus fournir les villes où l'on ^ craignoit qu'ils délibérassent s'attaquer pour temporiser et les amener ou jusques à l'hiver, ou les faire consommer temps en si petits exploits, que l'on peust cependant réunir nouvelles forces pour aller au-devant d'eux. Or desjà en ce temps commençoit à s'engendrer entre eux un mutinement, mesme entre les Allemans et les Espagnols, tant pour le sac et butin de Sainci-Quentin, que pour les prisonniers de la journée de Sainct- Laurent; de sorte qu'on disoit parmy nous que le roy Philippes et le duc de Savoye, se voulans vendiquer et dire leurs les princes et grands seigneurs de France prisonniers, desquels la rançon excèderoil certaine somme limitée, et les voulans retirer et avoir presque comme de force des mains des princes et grands seigneurs d'Allemagne qui estoient en ce camp, les mutinèrent tellement, qu'ils délibéroient se départir et s'en aller expirant le serment de leur service ; ce que estant sceu de nous, estoient practiqués et retenus au nostre, et dès-lors peu à peuàla file s'y en retiroit. Avec cela les Anglois ayans esté fort maltraittés en ce voyage, aussi qu'ils avoient sceu comme les Escossois remuoient mesnage en leur pays , et leur faisoient une forte guerre, avoient d(»sjà demandé congé, et s'en vouloient retourner : toutefois, pour remédier à toutes surprises qui peuvent advenir soubs la crédence de telles nouvelles et bruits appostés, l'on ne délafssoit à pourvoir à toutes choses; mesmement pour la doute qu'on eost peu

feissent quelques raffles et destrousses improvistes, l'on contremanda M. de Senarpont, lequel auparavant l'on vouloit retirer de pardeçà, pour se mettre dans Abbeville, de ne bouger de son gouvernement de Boulongne et de Montereuil, pour tenir ceste contrée en asseurance, au lieu duquel y fut commandé M. de Sansac avec sa compagnie et celle de feu M. d'Anguien. Ayant le roy Philippes pour quelques jour» campé à Fonssomme, tant, à mon jugement,, pour les causes précédentes que pour estre cer* tainement adverty de nos forces et des empeschemens qu'il trouveroit, ou que luy pourrions donner s'il entroit avant en pays, prit dernière résolution d'aller assiéger Uan, où feit pren(ke le chemin à son armée, scachant la situation^ de ceste place fort commode à estre fortifiée, de laquelle un commencement estoit desjà projette et desseigné, et toutefois si iro§arJEaict et délaissé, qu'il ne pourroit faire grande résistance : et, s'asseurant l'obtenir en peu de temps, proposoit, en parachevant la fortification, la rendre l'une des plus belles places de guerre qui se peust venir sur toute la frontière, et ^i seroit comme le secours et appay de la viUe de Sainct- Quentin, qu'il délibéroit aussi rendre inexpu^iiable, pour avoir de ses Pays-Bas les stances et journées raisonnables de vetralttes pour entrer et sortir dans le royaume de France quand bon luy sembleroit. Or, pour dire ua mot de la situation de Uan, elle est entièrement plaine et descouverte, sans qu'il y ayt rien qui luy commande ; flanquée d'un costé de la rivière de Somme, et de l'autre d'un maretsd'estendue, en certains endroits, de plus de cinq cens pas, sans que il y ayt que bien peu de plai. ne et ter rouer sec pour y arriver. Il y a la villotte et le chasteau. La villette, en Testât qu'elle estoit pour lors, ne pouvoit tenir en sorte que ce fust ; et combien qu'il y eust quelques fondemens et sorties de bouleverts, si est-ce qu'ils estoient si peu apparans et mal défensables qu'il n'en falloit faire aucun estât. Le chasteau estoit d'assez bonne apparence, et se représentoit assez furieux, selon les anciennes fortifications., ayant la forme quarrée, flanqué de quatre gros bouleverts ronds, avec une grosse tour quarrée et massive de large espesseur, servant de plateforme aux courtines qui luy estoient

, ^__ alliées, et commandant en tout et partout ce

avoir que ces Anglois, on eux retournant, ne ' chasteau ;mais le tout estoit à sec de pierres et

FRANÇOIS DE RABUTIN

maçotidertè, sans qu'il y eust aucuns rempars ^ «ert^eplains, ny autres fortifications selon les Ififiodemes inventions, pour soustenir et défendre une place longuement contre TesmerveillaWe tempeste et furie de Tartilierie de maintenant. Toutefois, pour ne laisser du tout le Vïhemilfi libre et ouvert à Tennemy de entrer 'encoireplus avant s'il ne trouvoit quelque arrest, 'M. de Sepois, qui en estoit gouverneur, avoit donné avis au roy qu'on bruslast la villette, si î'on voyoit que le siège y vinst, pour ne laisser lieu àPennerayde s'ypouvoir loger; maisquant «lU chasteau, qu'on le pourroit tenir et garder pMv quelques jours, cependant que l'on se fortifieroit en avant ; car il estoit facile à juger qu'ayant pris Han, il neplanteroit là son but, «ins eu passeroit plus oultre, ou se jetteroit à ^droite ou à gauche, et s'adresserolt tousjours aux lieux foibles et faciles à estre en bref occupés, pour ne perdre et mal employer la saison qui luy estoit propre. Ces choses estans sceues de M. de Nevers, de Laon envoyii pour renfort le seigneur de Helly, chevalier sage et bien «tpérimenté, pour essayer d'y entrer, comme il leit> encore qu'il fust desjà enveloppé» ayant f^ombattu et passé sur le ventre de quelques ennemis qui le vouloient retenir et empescher ; et, d'autre part, M. de Montmorency prit le chemin à Amiens avec sa compagnie et celle de M. le connestable son père, et les quatre mille Allemans que le roy avoit mandé à M. de Nevers luy envoyer, combien qu'en ceste ville d'Amiens fussent desjà le vidasme d'icelle et les sieurs d'Auguessant et de Morvillier, avec leurs compagnies. Et à Soissons alla le prince de Condé avec une partie de sa cavallerie légère, départant le surplus le long des rivières pour en défendre les gués et passages aux ennemis, envoyant le baron de Clére à Noyon avec sa compagnie et une autre d'Escossois. Le roy, comme j'ay cy-dessus dit, avoit desjà pourveu à Compienne, envoyant oultre plus à Beauvais le seigneur de Marrivault, pour y recevoir et mettre dans la ville quelques compagnies de gens de pied françoises, desquelles il en devoit envoyer deux à Montdidier avec des farines et autres provisions. A Senlis aussi avoit esté envoyé le seigneur de Race. Quant à Chauny et Coussy d'un costé, l'on a veu cy-dessus comme elles estoient pourveues selon qu'elles le pouvoient comporter, et que l'on estimoit qu'elles

pourroient tenir, comme aussi de Tautrc part en estoit de Péronne, de Corbie et d'Amiens^ comme aussi de toutes les autres places le long de la rivière de Somme. En ceste sorte, et au mieux qu'il avoit esté possible. Ton avoit gamy les places circonvoisines de Han, afin que les ennemis, estans à ce siège, ne sepeussent eslar* gir et escarter pour recognoistre et empiétef d'avantage destendue, aussi pour faire tousjours le gast devant eux, et les affamer en leur rompant et coupant les vivres.

En cest endroit, et pendant que le roy Philippes séjourna au siège de Han, il m'a semblé n'estre point trouvé mauvais, ny hors de propos, faire une brefve digression d'autres parti* cularités et accidens adventis es autres endroits de TEurope, et toutesfois appartenanset provenans de ces guerres ; d'autant ou qu'ils tendoient à un mesme effect, ou estoient prédictions et présages de trdubleâ régtians, adversités présenter, et de Fissue qui en devoit succéder. L*on a peu venir, et selon que l'ay descrit briefvement, les Causés pourquoi Ai. de Guyse fiit envoyé avec une armée en Italie ; qui estoit, comme la plus commune opinion se publioit, pour le secours du pape, adonc réduit en fort estroite puissance. L'on a pu sçavoir aussi les exploits et exécutions qu'y a fait ceste armée^ et i'advantage et pi'ofits qui en sont revente et réussis au roy et à son royaume, dont je n*ay fait aucune mention, pour estre mal certain de la vérité; aussi que l'occasion de la faulte, comme il est croyable, redonde entièrement et est rejettée par la voix publique sur les plus proches du conseil du pape et le mauvais ordre que trouva M. de Guyse à son arrivée en Italie ; dequoy pareillement je ne veux traiter aucune chose, et délibère m'en taire, délai$sant h le déduire à ceux qui l'ont vu et le peuvent mieux sçavoir que moy, et reprendray ce que j'ay desjà dit. Leroy avoit mandé, incontinent après ceste routte de Sainct- Laurent \ à M. de Guyse qu'il pacifiast de par delà , et accordast{de toutes choses le plus advantageusement et sagement qu'il se confioit de luy, mesmement pour le repos du Sainct Père, pour, cela faict, se retirer de par deçà avec ses forces o^ il en avqit bç-soing. Ce prince incontinent le fit sçayojr a^ pape, et luy donna à entendre )a n^ce8»ité qui le rappellof t et révoquoit en France, e\ |e5 af-

(1) u iMitaiUe de Saiot-QueotlQ«

GUERRES DE BELGIQUE, LIV. IX-

Éaires qui environnoient le roy, qui estoient cause de hiy faire supplier Sa Saincteté le licencier et permettre qu'il se peust retirer, après avoir toutefois composé et transigé à son profit de ses affaires, selon son bon advis et conseil. Le pape, adonc desjà désireux de terminer ceste guerre, de laquelle il savoit celle de par deçà estre procédée, comme il cognoissoit évidemment, et laquelle il doutoit prendre fin par la ruine de l'un de ces grands princes, et finalement par la sienne, avec une confusion de Pestât ecclésiastique, et avec infinité de maux et dépopulation universelle, proposa plus qu'auparavant s'appointer avec le roy Pfailippes. Et dès lors, qui estoit le huictiesme de septembre en cest an, envoya les cardinaux Carlo Caraffe, Sainct-Fleur et Vitd, accompagnés de grands seigneurs romains et gentilshommes, avec bon nombre de cavallerie, devers le duc d'Albe, lieutenant général d*iceluy roy, qui estoit lors à Cavy, place assise en la campagne romanesque, assez près de Pilastrîne, pour en conclure et résouldre une pacification amiable. Tous lesqtieis â^eâtant assemblés à Génassan, lieu assez proche de là, en peu de jours tombèrent d'accord ; et, le mardy ensuyvant, qui estoit le quatorzième de ce mois, les susdits cardinaux retournèrent à Rome avec la paix entre le pape et le roy Philippes, à telles conditions que s'ensuit. Premièrement que, de la part du roy Philippes, le duc d^Albe fera les obéisssances et hommages qui seront convenables à notre Sainct Père le pape, comme dévot fils, et signe d'obéissance et humilité, pour impétrer grâce et pardon de luy ; aussi que le roy envoyera homme exprès vers nostre Sainct Père pour faire le semblable ; et que le pape, comme bon père et clément, le recevra et acceptera pour bon fils et obéissant, et du Sainct Siège apostolique, en le faisant participant des grâces communes aux autres princes chrestiens. Qu'iceluy Sainct Père renoncera à la ligue faite avec le très chrestien roy de France, et qu'il sera également pour l'advenir père commun et neutre. D'autre part, que le roy Philippes rendra désarmées sur le champ au Sainct Siège apostolique toutes les cités, villes, chasteaux et villages, assis en quelques païs que ce soit, qui auroient esté occupés depuis le commencement de ceste guerre jusqu'au jour ci-dessus déclaré. Que par mesme moyen l'on rendra, tant d'un costé que de

l'autre, l'artillerie qui a esté prise et transportée en ceste guerre, en quelque manière et lieu que ce soil ; et que de la part, tant du Sainct Père comme du roy Philippes, on remettra à toutes communautés et personnes particulières, ecclésiastiques et séculières, de quelque estât, degré, ou condition que ce soit, toutes contumaces et peines,' tant spirituelles que temporelles, èsquelles ils pourroient avoir encouru à cause de ladite guefre, en leur faisant pardon et grâce générale de leur rendre leurs estats, degrés, dignités, jurisdictions, forteresses, villes et chasteaux, offices, bénéfices, facultés et autres biens immeubles, desquels ils ont esté privés et despouillés ou empeschés en quelque manière que ce soit, pour occasion de ladite guerre seulement, et non pour autre; en déclarant expressément que cest article n'y comprend point et n'apporte aucun support aux seigneurs Marc Antoine Colonne et Ascanio de La Comia, ains resteroient aux contumaces où ils se trouvoient alors, et à la franche volonté et disposition du Sainct Père. Oultre plus, que Pallian seroit remis en Testât qu'il se trouvoit, au seigneur Jean Bernardin Carbon, confédéré et approuvé des deux parties, lequel jureroit fidélité au Sainct Père et au roy Philippes d'observer toutes les conventions passées entre le cardinal Caraffe et le duc d'Albe, pour le service de leur» princes, et demeureroit à la garde dudit Palliaa avec huict cens hommes de pied, les frais desquels se foumiroient par moitié. Adjoustant à tou9 ces articles trefves pour un certain temps» contenans passeport et saufconduit à M. de Guy se, et à tous les princes, seigneurs, gentilshommes, capitaines et généralement à tous soldats du party du roy très chrestien de sortir d'Italie et des pays appartenans au roy Philippes, tant sur terre que sur mer. Toutes ces conventions estant approuvées et accordées entre toutes les parties, le dimanche, dixneufviesme de ce mois, le duc d'Albe entra dans Rome, environ une heure de nuit, avec fort grandes démonstrations et signes de joie, tant par les salves de l'artillerie, qu'avec un nombre infini de fusées et autres allégresses que l'on a accoutumé faire, mesmement de par delà, à |la bien venue et amiable réception de quelque grand prince, et en preuve et apparence de réjouissance. Le lundy ensuyvant l'on tint consistoire, où furent esleus et députés deux légats

yi8

FRAiNÇOIS DE BtABUTI».

pour traiter la patx universelle, Fan qui estoit le cardinal Tiivolce, devers le très chrestien roy de France, et l'autre, qui estoit le cardinal Carlo Caraffe, vers le catholique roy Philippes*

£n mesme temps que se traittoit ceste susdite paix, M. de Guyse estoit parti d'Italie pour s'acheminer de par deçà, s'embarquant à Ostie dans les gallères et vaisseaux de France qui Tattendoient là, avec une partie des grands seigneurs et capitaines , et quinze cens ou deux mille harquebuziers esleus. L'autre partie de l'armée, soubs la conduite de M. d'Aumalle, retourna par les terresdu pape devers Bolongne et à Ferrare, et de là par les Grisons et lesSiuisses. Etainsi démembrée retourna ceste armée du voyage d'Italie.

En ces mesmes jours aussi advindrent de par delà estranges déluges et inondations de rivières à Rome et à Florence. Celuy de Rome advint ce mesme jour de la paix, quatorziesme de septembre; s'estant le Tybre, l'un des plus renommés fleuves de l'Europe, grandement enflé, comme s'il eust voulu menasser Rome de nonpareille ruine et démolition, croissant d'heure à autre,, la nuiet ensuivant commença à s'espandre par les plus prochains et bas lieux de Prato et les vignes qui sont à l'entour. Le lendemain s'estant eslargi et desbordé par la ville, et regorgeant par tous les conduits des rues et édifices, la crue se trouvoit encore en plusieurs lieux de la ville de la haulteur d'un homme et davantage, principalement en la place d'Agone, à la Rotonde et à la Doane. Tant y a que ceste merveilleuse et espouvantable inondation ne donna pas loisir au peuple de se réjouir de ceste paix, ains le rendit encore plus triste, esbahi et désolé qu'auparavant; qui fait croire cela estre advenu comme un signe et advertissement de Dieu, ou pour les choses présentes, ou pour les futures, ou, à mieux dire, pour nous esmouvoir à conversion et amendement de nos péchés. Or, ceste creue et furie d'eau dura tout ce jour, et jusques à quatre ou cinq heures de nuict qu'elle commença un peu à s'abbaisser et décroistre ; tellement que, le matin ensuivant, sur le poinct du jour, l'eau estoit desjà abaissée de plus d'une palme; etainsi, petit à petit décroissant, après midy chacun pouvoit aller facilement à se^ aflaires. Pour parler de la haulteur et de la crue^ aucuns ont dit qu'en plusieurs endroits elle a passé la marque qui en fut faile à l'autre grand déluge q^l

advint l'an mil cinq een» traite. Les autres ont voulu dire qu'il s'en &lloit bien d'une palme; sur quoy ils alléguoient beaucoup de raisons» entre autres} que les caves qui ont esté faites et cherchées dans Rome, car elle est augmentée en édifices d'un tiers, auroient, en s'abreuvant, receu et englouti une grande partie de ces eaues. Aucuns ont jugé que le grand nombre des rues neufves a esté cause de la creue; et les autres afferment que la terre, qui a estérehaulsée depuis ce temps-là , faisoi t sembler l'eaue plus haulte qu'elle n'estoit. Mais quoy que ce soit, il fault croire par la. commune opinion que eeste inondation a esté plus grande et impétueuse que la précédente, .veu qu'en la ville d'Horta et Nami, et tous autres lieux où elle passa, elle délaissa un admirable aM)atis et ruine, ayant emporté la moitié du pont Saincte- Marie, avec l'excellente chappelle que le pape Jules troisiesmey avoitfait édifier. Elle mina et remua certaines grosses pierres de marbre, et gros quartiers de pierre qui défendoient le pont du ohasteau Sainct-Ange. Elle démolit et renversa ime grande partie des bouleverts et bastions qu'on avoit fait édifier depuis un an joignant ce chasteau. Elle abbatit en oultre la moitié du temple et la plupart des édifices du monastère Sainct-Barthélemy, qui est assis en Tisle Tyberine. A bref conclure, il n'y eut dans Rome rues, palais, ny édifices où cest impiteux orage d'eau eust passé, qui ne porlast marque et tesmoignage du courroux et violence de cest élément irrité. Quant au déluge de Florence par le desbordement du fleuve d'Amo, l'on le juge encore avoir esté plus grand que celuy de Rome, et avec trop plus importantes et incomparables ruines et pertes, tant en démolitions d'édifices qu'en subversion et dépérissement d'or, d'argent, marchandises en toutes sortes de meubles, sans encore, qui est plus à plaindre, la mort et suffocation de plusieurs personnes. Il ruina en premier lieu, et démolit es plus entières parties les couvents et monastères des pauvres filles de Saincte- Verdiane , des Récluses et de Saincte- Marie nouvelle. Il emporta les ponts de Rubaconde et de la Trinité ; il abbatit quasi du tout et jusques à la prairie , et du costé de Sainct- Pol, le bourg d'Ognifanti; comme il feit du marché Neuf, où s'exerce l'art et artifice de filer et tistre la soye ; de sorte que tous les magasins et boutiques furent la pluspart dépéries et gas-

iées, qui estoit perte fort giande. Le palais da duc n'en fut exempt, et s'en trouva offensé en |)Iasieurs endroits. Quant à la région circonvoisine, le grand chemin de Cazentin fut creusé et enfoncé de telle façon, qu'il ne se pou voit plus racoustrer pour y passer; et y mourut au IxHirg septante quatre personnes, emmenant les maisons entières à Pontasienne, et demourans abysmés Pereole et Sainct-Donin, et plusieurs autres édifices le long de ce fleuve Âmo. Au surplus, pour parler de la marque où monta Feaue sur la place de Saincte-Croix, elle excéda quatre bons doigts de creue le déluge et inondation qui advint à Florence en l'an mil trois cens quarante -sept, qui fait juger que celle moderne estoit fort grande, veu que la précédente estoit comme admirable et incroyable. II y avoit la baulteur d'une toise et demie à Saincte-Croix : par la rue Belline, quatre toises ou environ; vers Sainct-Arabroise et Sainct- Ptenre Majeur, trois toises; joignant Monteoro, deux toises; à Castel, une toise et demie, et autant vers Nostre-Dame de l' Annunciade ; par la rue de Servi, deux toises; du costé de Saincte- Marie de la Fleur, deux toises ou environ, et autant quasi à Sainct-Jan; aux palais des Antinori et Strossi, une toise ^ et ainsi conséquemment à Saincte-Marie nouvelle, et par toute la ville de Florence. Or, pour faire évidente preuve que les esmerveiliables et incogneus miracles et faits prodigieux de Dieu l'omnipotent ne sont exécutés et démonstrés en un seul lieu, je pourrai encore icy adjousler qu^au mesme mois et presque jours semblables, advint de par deçà un déluge en la bien antique ville de Nismes en Languedoc, toutefois difîerent des autres en ce que ce n'estoit par desbordemens et ingurgitations des fleuves et rivières, mais par un esclatement de nuées et ouvertures des portes célestes, comme les philosophes l'ont voulu appeler; lequel accident advint le neufv.esme de septembre en cest an» avec tonnerres, coruscaiiou, tsclairs etfouidies si horribles et espouvantables, que tout le peuple pensoit ce jour estre le dernier période de ce siècle. Persévérant ceste fureur céleste jusques après huict heures de nuict, il tomba une si merveilleuse abondance d'eaue, que ces misérables citoyens pensoient subitement eux avec toute leur ville devoir estre engloutis et abysmés. Et combien qu'il ne fiist de longue durée, comme

GtJERTlES DE BELGIQUE, LIV. IX.

de douie ou quinze heures, si est-ce qu'il apporta un très grand dommage et întérest à ceste ville, laquelle en fut en plusieurs endroits et lieux, tant publics que privés,difformée et empirée, et le territoire circonvoisin fort dégasté et appauvri, d'autant que les champs et labourages en furent pervertis, encavés et creusés ou couverts de pierres et autres ruines, qu'un ravage d'eaues entraine et délaisse où sa force et violence cesse et diminue; et les oliviers, dont ceste province est grandement abondante, et qu'elle cultive soigneusement pour le grand émolument et profit qu'elle en tire des huilles, tous froissés et desrompus, et les vignes desracinées, arrachées et sablées, avec infinité d'autres dommages et calamités. Bref, l'on estimoit n'y avoir eu guères chose qui n'eust senti la pesanteur de la main de Dieu. Par ce déluge aussT furent descouvertes plusieurs antiquités cachées et ensevelies soubs terre, pour le moins depuis que les Goths mirent à sac ceste ville, mil cent ans sont passés, comme l'on le trouve, oultre le temps qu'elles pouvoient avoir esté faites auparavant, comme anciens sépulchres et monumens, grande quantité de médailles de bronze, et quelques unes d'or et d'argent ; grandes collonnes d'une pièce également proportionnées; testamenset épitaphesde pierre dure, escrits et gravés en lettres cancellates et romanesques. Se descouvrirent semblablement de beaux et riches pavés, et les plans de salles basses, chambres et portiques, desquels se trouvent encore des entablemens de marbre, porphyre et jaspe, marquetés à la mosaïque. Et davantage l'on a trouvé des fragmens de vases antiques, et quelques uns entiers, d'une terre rouge, si très fine et déliée, qu'elle mesme porte son vernis; lesquels les anciens faisoient apporter de Samos en Grèce, enrichis d'histoires ou ramages rustiques, fort plaisans et récréatifis à l'œil. Plusieurs autres singularités et choses rares y furent déterrées et mises en lumière, qui ont dotiaé un grand esbahissement à ceux qui les ont veues, lesquelles seroient trop prolixes et longnes à icy particulariser. L'on a voulu dire et affermer autres cités et lieux avoir esté frappés de semblables déluges, mesmement Venise et Rovergoe, dont Je ne feray description Tujar ^^"^ ^"^^^ ^^^^ *^^^ ^ ^^ vérité, ny \^^ ixT^ 0i»û\T^\ ^^^^ sutRra dire que plu-. s\f^i ^w^ô ^\W* Qï)^^ wiè dèanMislrés et sont

FRANÇOIS DE RABUTIN

apparus ; comme de la cornette de l'an précédent, des colionnes de feu, et en aucuns lieux une chasse de chiens abboyans en Tair ; et en d'autres , hommes armés combattans, et les deux soleils rouges et enflammés, qui ont esté veus en Allemagne, sans que je parle de plusieurs portentes^ et monstrueux ouvrages de nature, produits en ce temps sur la terre. Tous lesquels signes je ne puis juger estre autre chose que menasses et messages du couroux divin, nous admonestant ou à volontaire recognoissançe et amendement, ou à prochaine vengeance et punition de nos iniquités.

Puis que j'ay, le plus briefvement qu'il m'a été possible, discouru aucunes particularités et accidens advenus es autres endroits, mesmement en Italie, pour démonstrer que si en une sorte nous estions affligés de par deçà, les autres nations pareillement en autres variétés en ressentoient leur part, maintenant je retourneray au siège de Han, qui ne fat long, et où ne furent faites exécutions de grande importance, au moins dont j'aye esté adverty, et qui méritent grande longueur de propos ; car ayant le roy Philippes d'abordée dressé une très furieuse et soudaine batterie contre ce petit chasteau, où il n'y avoit, comme j'ay dit, aucuns remparts ny fortifications, et y estans toutes les murailles à sec, après avoir enduré quinze cens ou deux mille coups de canon, ayant fort grande et large bresche, tant à la grosse tour qu'à la courtine, luy fut rendu le douziesme jour de septembre.

Quand l'on vit que l'ennemy prenoit ce chelùin, la diversité et abondance des doutes commença à croistre. Car s'estant advancé jusques là, sans trouver grand contredit ny résistance, estoit encore en pouvoir de poulser plus avant, et suivre le chemin de Compienne, et de là droit à Paris, ou, suivant la rivière de Somme, tourner à main droite devers la Picardie et le Boulonnois, ou, voltant à la gauche devers Coussy, Soissons et Laon, se retirer en Chan4)agne. Mesmement le roy en avoit eu divers advis et advertissemens, lesquels il avoit fait sçavoir à M. de Ne vers ; entre autres, que ce baron de Polleville*, duquel j'ay déjà parlé cy-dessus, au partir de Saveme, avoit esté mandé du roy Philippes de le venir trouver en son camp avec sa trouppe, qui pouvoit estre alors de vingt en-

(I) Du latin porlemum^ prodige.— (s) polwUler.

seignes d'Allemans , et de douze à quinze cens chevaux, pour de là l'envoyer en Angleterre, et qu'au demeurant la résolution dudit roy estoit, après avoir prins Han,de faire une grande cavalcande jusques à Compienne, et en passant brusler et ruiner Chauny et Noyon. L'autre advis estoit que le roy Philippes, les choses susdites exécutées , avoit délibéré de faire passer sadite armée entre La Fère et Laon, et de là suivre les brisées de Champagne jusques aux environs de Mésières, pour de là la licencier et rompre, et par ce moyen, ruinant les pays du roy , sauver les siens. Ainsi , encores que nos forces fussent si petites adonc et foibles, que toutes ensemble ne fussent à la moitié près suffisantes pour luy présenter teste, et nous opposer à ses entreprises , si falloit-il néantmoins luy faire paroistre et croire le contraire, et luy donner à entendre qu'en quelque lieu qu'il s'addressast il trouveroit qui lui respondroit. Mais, ce qui advenoit le pl^s mal , c'estoit qu'il falloit de contrainte escarter et séparer nos troupes de loing, pour prévenir ces accidens douteux : tellement que, pour remédier à ce dernier advis il fut de besoing renvoyer M. de Jametz en Champagne avec sa compagnie, et pareillement M. d'Eschenetz avec la sienne ; et à M: de Jours, auquel, comme j'ay touché cy-dessus, avoit esté donne la commission de levef buict enseignes de la légion de Champagne, dont auparavant il estoit colonnel, fiit mandé de costoyer ceste frontière, et se jetter incontinent dans la première ville où il seroit adverti que ce Polleville se voudroit attaquer. Et d'autre part, pour fournir Soissons de soldats, estant l'une des plus belles villes, et en autant commode assiette qu'il en peult estre en toute ceste contrée, et le long du cours de ceste rivière d'Aisne, pour estre fortifiée selon quedesjà elle est bien commencée et avancée, y fut envoyé M. d'Estrée, avec deux autres compagnies de gens de pied levées nouvellement, oultre celles qui y estoient auparavant, et quatre-vingts harquebusiers à cheval, soubs la charge du capitaine Faverolles. Et, pour remédier aux advenues de Compienne, le prince de Condé avoit du bord de deçà ceste rivière d'Aisne estendu toute sa cavallerie légère, et avoit fait rompre tous les ponts et passages ; pour lequel mesme effect le roy avoit de rechef envoyé le sieurs de Charmazel et de Gondrin, estant au surplus la

ville de Compienne biei> pomme et manie de gens de goerre et toutes munitions pour arre»ter Tennemy en sa première furie/ Quant aux autres endroits, M. de Nevers ne voulut point encore bouger de Laon qu'il ne veist quelle addresse suivroit le roy Philippes après ce dernier exploit de Han, craignant surtout ce retour de Champagne.

Quant à la partie d'Amiens et de Picardie, M. de Montmorency y estoit, seigneur autant pourveu de sens et d'expériaice qu'il en peut estre pour son aage, accompagné de tous ces vieux et sages chevaliers que j'ay ci-dessus nommés : et les villes de cette frontière estoient par&itement gamiesd'hommes et toutes autres choses nécessaires. Que si Fennemy se ftist voulu tourner à Tun de ces trois endrtHts» la résolution estoit prise, à mon jugement, qu'en braslant au devant de luy le plat pays et ce qui ne luy pouvoit résister, hiy laisser en front tontes les villes fortes, ausquelke s'addressant, c'estoit le moins qu'il y pourroit consumer de temps que de trois semaines ou un mois, dans lequel séjour certainement nos forces pouvoient estre sur pied, et lesquelles à réitérés et redoublés mandemeos Ton faisoit baster et avancer, pour interrompre tous ces desseings et délibé^ rations dont l'on se doutoit. Toutefois, i^rès la prise de Han, le roy Philippes, sans pouker son armée plus avant en campagne, s'arresta a poursuivre et continuer le commencement de la fortification de ceste place, l'améliorant néantmoins, et y adjoustant ce que peult estre y avoitesté oublié. Vray est que cependant, pour s'eslai^ et accommoder des lieux circon voisins qui luy pourroient servir, et estoient propres pour la faveur et appuy d'icelle, et qui, estans occupés de nous, lui seroient grandement nuisibles et suspects, les envoya saisir, la pluspart desquels il trouva desjà brusiés, et ruinés et abandonnés, pouf ne les sentir tenables , ou pour n*y estre les nostres assez forts. L'une des premières entreprises qu'il fit fut ceHedeNoyon, dedans laquelle ville furent surprises les eom^ pagnies de chevaux légers du baron de Clere, et une autre d'Escossois, pensans des ennemis habillés de semblable parure que d'autres compagnies fr^nçoises, et lesquels ne portoleot croix ny escbarpes blanches ny rouges, que ce fussent amis et des leurs. Aînsî , trouvant tes portes ouvertes, leur fut après fort facile de se XYIi siÀcLE, U Pi. et U PI.

GUERRES DE BELGIQUE, LIV. IX

rmàre maistres de ceste ville: laquelle toutefois, neleur apporta grand advantage, pour avoir esté, d^ auparavant bruslée. Ils se saisirent» aussi de Chauny, non, à mon advis, qu'ils eussent en délibération de le fortifier pour attendre le canon, pour estre en situation fort difficile et comasandée de deux ou trois endroits, et î^ubjecte à autres imperfections, ains en y logeant bonnes et fortes garnisons, pour de tant plus fieunlemoit ffire la réooUe des vendanges et amas de vin, pour y avoir en ceste. contrée un vignoble de grande estendue, ainsi qu/8 la saison estoit arrivée, et conséquemment tant pour la conduite de tous autres vivres qu'ils vouloient retirer en leurs places fortes, que pour y avoir une fort grande aisance des meilleurs moulins qui soient sur ceste rivière. £n oeate sorte $'arrestèrent les ennemis aux fortifications de Sàmot-<)uentia et de Han , faisant cependant les garnisons des uns et des autres, courses ordinaires, destrousses et rencontres, sekm que les occasions et cas fortuits les addonnoient , continuansen cest exerciee et gu)9rre guei«oyable le surplus du mois de septembre et le oom« mencement de celuy d'octobre ensuivant; et ne veux oublier qu'en ces entrefaites peu à peu l'armée du roy Philippes s'affoiblissoit journellement, tant pour le retour des Anglois que pour le départemoftt d'autres garnisons ; aussi que, comme j'ay dit cy-dessus, beaucoup d'Aïlemans, expirant le terme de leur service , se retiroient à nostre party : et ce qu'ayant M. de Nevers fsit sçavoir au roy par le sieur de Montereuil , luy avoit mandé qu'il avoit fort aggréable, et que l'on en retirast le plus qu'il seroit possiMe : tellement que nos bandes d' Allemans, auparavant fort desfaites, se trouvèrent en peu de jours bien complettes, et du surplus l'on en dressa nouvelles compagnies. Et ne scay si sur cekt de ma seule opinion , j'oserois dire que ce mesoontentement précédent et affoiMissèment couvert, et non sceu de l'armée du roy Philippes, seroit cause qu'il n'auroit peu, ou aurott douté d'e&trepraKh*e et entrer plusavant: toutefois, requénmt cest argument plus subtile et mieux advertie diffinition que la mienne , je n'en diray pas davantage pour ce coup. Tant y a que, pour la considération de ces choses, et que l'hy ver s'approdioit, le roy redcubla toute diligence el soÛcitiMte db remettre ses forces ensemble, et redresser une autant belle et forte

722 FRANÇOIS DE RABUTIN

armée que son eonemy Teust peu avoir en l'assaiUant, afin d'avoir sa revencbe sur lay. Et pourtant de rechef fat envoyé an-devant des Suisses le sieur de Varassîeux, pour haster ceuu qui venoient de leur pays fireschement, lesquels estoient desjà sur les marches des duchés de Bourgongne et de Champagne, et les sienrs de Mandosse et Bois^Rigault furent envoyés à Lyon au-devant des quatre mille qui venoient de Piedmont. Pareillement en et temps, qui cstoit environ la myH)ctobre, le sieur de MaroUes, ordonné commissaire pour recevoir etconduire ks Allemans nouveaux de.Reitbefg, manda qu'ils estoient arrivés à Issutille, sur les lisières de Champagne. Et de ailleurs, MM. de Guyse et d'Aumalle estoient en chemin de leur retour, que Ton espéroit estre en bref, selon que ks no«* velles en estoient réoentement arrivées, et lesquels encore se hastoient pour ne déCedUir à la nécessité. Estans toutes ces choses rangées en telle disposition que Tay cy-dessus narré, et mieux encore que ne pourrois exprimer, le roy manda à M. de Nevers se retirer à Compiemie, où il avoit proposé recueillir son armée* Auquel lieu, incontinent que ce prince fat arrivé, s'en^ ploya à rendre ceste ville forte et défensable, adjoustant au naturel l'artifice, d'autant qu'il falioit qu'à la nécessité, et pour Theure, elle servist de frontière à la France, Cnsaat eu premier lieu eslever deux fort larges et hautes plateformes, et autant belles qu'il en soit en tout ce royaume; l'une pour commander sur toute la planure qui est entre la forest et la ville, et l'autre sur tout le bas et le cours de la rivière et le long de la prairie, et au surpfais départant toute diligence à remparer ceste viUe, flanquer de bastions, cazes-mattes, terrasses, cavaliers et traverses; de sorte qu'y arrivant le siège, rartillerie de Teniiemy y eust trouvé à manger et despendre pour un long temps. Avec totH cela feit desseigner et relever de trenchées t'eiiclosture d'un camp, s) large et spaeiense, qu'une armée de cent mille homnnes y eust peu loger avec tous équippages et provisions, et aussi seurement que dans une ville, avec toutes aisances tant de la rivière que d'estendue.

Pendant que M. de Ne vers entendoit à fortifier la vide de Compienne, et y dresser le camp et f enclore de trenchées, ne déiaissoiit pourtant, selon qu'H avoit aoeoustumé d'an user à;^Laon, d'envoyer joiiroeUe«ient voir «t

reeognoistre l'eunemy, mais je dy de si près, qu'H frisott peu souvent délibérations et sorties que ce prince ineontio^ot ne le sceust. Aussi, sur ce propos v«ux-je bien et puis affirmer de luy qu'il n'y a prince en tout le monde qui face plus grande dc^pense ny meilleure récompense aux espi#iM etàoeuiL qui h^y font certains rapports que luy ; qui est cause qu'estant seurement adverty il ne met rien au danger, et n'entreprend guères de besongnes dont U ne vienne heureusement à fin. M^is, pour ne donner opinion à personne que je veuille blandir m. flaùer, je diray qu'entre ai^tres entreprise^ que ee prince «yt ùii à Compienne, estant un jour, dont je me suis recwls, adverty que la garnison de Gl^ulny, qui estoit fort grQ38e« de qualone à qiiinse cens chevaux, ordinairement avoit aeeousUusé de sortir en campagne, et ne se oontentoit seulement de venir voiler et fiiire destro«sses bien avant en pais, ains trouvans nos gnmisons de Coussy et de Soissons, pour estre m plus gros nombre et les plus forts, les rembarroient jusques dans 1^ bois proches dudit Coussy, sans qu'ils les osas* sent attendre, proposa de leur dresser une cargue, et de s'y trouver si à poinct, qu'en une fois les récompoiseroit pour toutes. Parquoy, pour mieiOL câter ceste conduicte, voulut aller à Soissons^ sonbs eouleqr d'aller voir dix-huit enseignes de Suisses qui y estoient arrivées ; dnquel lieu manda incontinent à M. de Bordilkm se trouver à certain jour et endroit en em* busoade avec deux cens harqnebu^rs à pied H partie de ce qu'il avoit de cavallerie à La Fère; et hiy d'autre costé avec deux cens hommes d'onnes et l^s reitres, et le prince de Condé avec sa cavaUerie légère, à ce mesme jour se trouvèrent embusqués dans ces bois assez près de Chaulny, d'où fut envoyé le seigneur de Janli»* avec sa compagnie de cavalierie, pour setnondre ceste garnison k sortir comme elle bisoit précédemmisnt, et pour les attirer à i'escars^oucbe, connpe il feit fort bravesMut et hardiment. Et m faillirent ceux qui esifif ent demeurés au nombre de trois à quatre cens chevaux ^ quelques Espagnols à pied |i sortir, ealiinans que e'estoient senJexpent leurs vaisins or4inaires qui les venoient vo^*, et se jugeoient assez lorts pomr iiçs recevoir, ^squels foirent fort bi^, cpnune paneiUemeut 1^

GUÊRRÊÔ DE BELGIQtJÊ, LIV. ÎX.

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loifloosteolr» prenaot m ciMrgve de loiog w \m

I0 snrphM de «ei ôovm vu quUut cent cbeyiHiE 4PB s'y estaiMt antrcfoii veut fit qui c^vAtomièremMot ^ fioitifoiait, pwr de toui oria à Qft eoop fiiiredeifeitte et roiHia, at aa raodre la viotoira pl9« glarieuAe pt belle, «akm qoe 4om le £nI etloil sfwaooeol diepaeé at ap* piraiMé; maîe 4a inalbaor oe joor mevm eatoteot partie powr allaràleur aagip, où ik aivoieot eeté mandéa, at oa e'y trwva que oe oombre qw j'af dit ay-denene ; tous lasqaak loUata à la vérité démanetièreDt fort fraudda* viair et banfiesia à ea b\m défendre; ae aéaiit«mom, ae aeMw foîklea» m e'eiloigoàreiit par trop de kor fort. Ce qu'eetaot appereea de VL de Nevera, at qu'ils vepakat k reeaarmouf^bç plo» firoidemeot qw'ila ne aonloieAt, at aa- Oemi^nt qu'on «eluy avoit lait ealeiidre, aam^ iMnda aa copate 4e Barbisa. qai eeUNt adoœ chef 4ee reitiaet qa'il laarcbaet at ea laonetraet Ajrae eee treMpee» at cpi'U m mmi ea yaiia dee eQaami»; at d'acre part lee diavavx légers ae lœireat et gaigaèrem entre U yiUe et eux» 4e aorte qn'iU ee trouvèrent epveloppée; ok lut prie «n «epiutoe albanme, ohef de la eavaUerie qw mi^t àwmté^ dens Çhauny, et le eurplae de am «ene iqreot tnte ou prie, fit q«ant aox gène de pied eepa^aole qaî e^aetaiaot 4)0Qlés le loog d'wie trenobée » ae lâ^yaae eafonnés et (^leloe de tope endroîte, ee jettèrent dane nne petUe makon à eeat pae de la ville, laqaelle Us peFetoent povr ae défendre à coups d'berquebosades, et y résis* tèrem sî loogaem^t qv'Us peorept , et tant que le prince de Coodéfeit descendre à pied la compagnie d'barquabueîers du sieur d'AUigny pour les assaillir ; oe qu'île fieireot de telle ardeur et promptitude, qu'ils ^s forcèrent et rendirent aux aboie et en telle extrémité, que le capitaine, ne voulaat mourir là dedana mî^ séraÙemeat, sortit bors de ceste maison l'es^ pée nue au poing et une targe ep l'autre bras* qui fni incontinent saisi, eetent le surplus de ses gens exécutés oa prisouniers ; et ^ixm qu'il requérait et vouloit reudre sa foy, le capitaine JUtuuay le vint tuer assez près du prince de Condé « lequel , comme prince de grand cueur, et ue voulant supporter cest oulirecuidé outrage en sa présence, eu

voulut d'autant récompenser l^jeapitaine Laur nay , qui , pour éviter ceste foreur , allégua pour ses excuses que ce capitaine espagnol avoit blessé à mort le plus Vaillant de ses soldats , et qu'il sçavoit de vray qu'il avoit lait fort mauvaise guerre aux François pri* sonniers à la journée de Sainct-I^aurent; sup* pliant très humblement ce prince pour ces causes luy pardonner son impatiente et prompte cholère, cooune il feit. En après M. die Ifevers feit sonner la retraite , reprennent son chemin à Soissons, et faisant mareber au pas et en ordonnance ses forces, sans aucune perte ny rencontre , comme aussi leit M. de Bordillon à La Fère. Depuis l'on a sceu que l'aUarme m ûit donnée bien soudaine et escbauffée au camp des ennemis, qui n'estoit qu'à quatre lieues de là , tellement que ce jouTt quand les nouvelles y arrivèrent, desbandèrent plus de quatre miUe chevaux pour se mettre à la suite des nostres ; mais ils n'y per^ dirait ^e temps et peine, et y arrivèrent trop tard, combien que le lendemain, pensans que l'on y reUmmeroit et qu'ils pourroient avoir leur revanche, s'y embusquèrent et y appres* tèrept la bienvenue et réception; mais ce fot eu faute, et demeurèrent tousjours les frais sur eux; «tar ce ne fut celle part que M* de Nevers les alla revoir, aias devers Noyon,

En telles et semblables courses et entreprises » passa la pbispart de ce mois d'octolM, pendant que M ennemis fortiflirient Samet-Quen* tin, Han et Jje Castelet, où ils bescmgnoient à bras déployés, et en assiduité continuelle, v^yans leur armée journellement affoiblir par diverses causes et accidens, et pareillement que l'importune saison d'hyver approchoit fort, et doutans que l'armée de France, se trouvant forte et biai tost complette, comme ils açavoia^t et voyoient à l'œil qu'elle s'engrossissoit ordinairement, de premier œuvre s'y addresaeroit, où trouvant les ouvrages impariaitS) seroit aisé à recouvrer ce qu'avec grands frais aurait acquis et amélioré. Le roy Pbilippes dès lors, comme f on disoit, s'estoit retiré à Cambray et à Bruxelles, avec la pluspart des princes et grands seigneurs qui ont acçoQstamé de le suivre. Et le roy estoit aussi à Sainct-Germain-en-Laye, donnant ordre de i)9mettre et renforcer son armée de tous équi<^ pages; laquelle adonc se faisoit fort grosse, et

FRANÇOIS t)È RABUTIN

niukiplioît totis hÉ jonfs, car la plaspart des Suisses estoient arrivés , aussi estoient les bandes nouvelles d'Allemans; avec ce, Ton y ftvoit fait venir les autres vieilles compagnies qui estoient à Amiens. Et joumeHement s'y assembk>ient et venoient compagnies nouvelles de toutes les parts de ce royaume ; tellement que l'on n'attendoit plus, pour la rendre du tout comptette, que le secours qui retoumoît d'Italie, que l'on faisoit séjourner en Bresse et Lyonnois, costoyant ce baron de Polleville duquel j'ay tant de fois parlé cy dessus. Et pource qu'il tombe à propos, et que le succès de ses entreprises, tout autre qu'il ne le se promettoit, advint en ceste mesme saison, j'en diray icy un petit mot : c'est qu'après qu'il eut son armée dressée, au nombre, comme Ton estimoit, de dix à douze mille hommes de pied, où il y avoit six mille corselets et de douze à quinze cens chevaux, passant par les montagnes de Yaulges et le comté de Ferette, et laissant le Bassigny, entra dans la Franche- Comté entre la comté de Montbéliard et Lan* grès, ou messieurs les Comtois, soubs couleur qu'ils disoient y estre par luy contraincts, contre les promesses et pactions de leur neutralité, luy donnèrent passage, vivres et autres provisions de camp. Et de là vint deslcendre en la Bresse, espérant en peu de jours la saisir et s'en rendre maistre, par le moyen de certaines intelligences qu'il avoit avec quelques gentilshommes de ceste province, et autres de leurs voisins mal affectionnés envers le roy. Et d'abordée alla planter le siège devant Bourg, qui en est la principale ville, estimant la trouver despourvue de toutes choses de défense, et en bref Ipy estre rendue. Ce que toutes fois il ne trouva ; car le seigneur de La Guiche, qui en est gouverneur, et le baron de Digoine, qui y estoit son lieutenant, estans advcrtis de sa venue, ou s'en doutans, y avoient desjà fait entrer la compagnie dudit seigneur de La Guiche et quelques autres compagnies de gens de pied. Et d'autre part l'on a peu voir cy dessus comme le seigneur d'Eschenets avec sa compagnie le siiivoit continuellement de près, comme aussi faisoit le seigneur de Jours avec ses huict enseignes de la légion de Champagne ; lesquels luy tindrent tousjours si prochain voisinage, qu'aussitost que luy se trouvèrent près de Bourg, où ils entrèrent; en

quoy ils firent tm Ibrt grand devoir et service au roy et à la république ; et ainsi se trouva frustré de sa première opinion. Pendant qu'il arrestoit et entreprenoit ce siège, l'armée du roy, qui retoumoît de l'Italie, arriva toio^ours à la file ; et estans desjà venus deux mille harquebusiers fort braves, et soldats edeos, conduicts par M. le vklasme dé Chartres, furent conduicts et entrèrent dans ceste ville. Et d'ailleurs l'on y feit approcher couvertement, et sans faire bruit, quatre mille Suisses et trois mîtle lansquenets, estant toute la gendarmerie qui estoit arrivée et arrivoit joumellemeiit arrestée et logée es environs de luy, tant en la Bresse que Lyonnois et Masconnois, en intention de luy foire sentir'^le payement de sa téméraire et mal fondée délibération. Enfin, après qu'il eut par trois fois remué son camp devant ceste ville, se doutant, à mon advis, et prévoyant son danger advenir, le 16 de ce mois d'octobre , le seigneur d'Eschenets feit sortir de ceste ville , sur l'entrée de la nitiet, cinquante harquebusiers pour aller recognoistre son camp, et la contenance et asseurance de ses gens. Lesquels harquebusiers ayans tué d'arrivée les sentinelles donnèrent, et eurent teHe faardieese que d'enfoncer leurs corps de gardes, qu'ils massacrèrent en partie et tournèrent l'autre en faite, mettans en tel effroy tout le reste de leur armée, que dès l'heure e//e deslogea, et feit si grande diligence à marcher et se retirer, qu'avant que les nostres en sceussent certaines nouvelles et feussent prests à tes suivre, ils avoient desjà cheminé et passé quatre ou cinq grandes lieues sans regarder derrière eux, laissant plusieurs malades, vivres et meubles au lieu d'où ils départirent, et reprindrent le chemin de la Franche-Comté, d'où îli estoient venus. Bien tost après l'on sceut qu'ils se rompoient d'eux mesmes et abandonnoient ce baron de Polleville leur chef, pource qu'il ne leur avoit rien sceu tenir de ce qu'il leur avoit promis. Yoilà Tissoe et l'effect de l'armée du baron de Pollevîlle, que le commun populaire appelloit le secours que le roi de Bohème envoyoit au roy Philippes, et d'autres, l'entreprise du duc de Savoye, après qu'il eut essayé de mutiner le peuple de Bresse et de Savoye, parmy lequel je peux bien dire qu'il y en avoit l)eaucoup de très mauvaise volonté envers le roy et la France, desquels les aucuns s'effor-

GUERRES DE BELGIQUE, LIV. lit.

cèrent la démonfttrer alors, et ksaatr^s la dis-

IneonODeiit après la retraite de ce baron de PoUeviile, tootes ces forces qui estoient de pardelà prindfent le cbenuQ , et se retirèrent à Compienne, ob se laisoit le plus gros amas à raaseoiUée générale de Tarmée dn roy ; et estoit M. de Goyse desjà qndqoes jours de retour d'Italie, et arrivé à SainctTGemàainr-en* Lnye, oà il vint trouver le roy ; lequel, après y avoir qnelqoe temps sqoumé, le leit son lieutenant général sur toat son royaame, et renvoya en ce lieu de Gompienne pour dispo-

ser et commander sur toute son armée, retirant rière Sa Majesté M. de Nevers, pour luy donner intermission et repos, après avoir supporté toutes les fatigues et labeurs que l'homme peult soustenir et souffrir pour la tuition de ce royaume avec tant d'heur, moyennant la grâce de Dieu, que sa prévoyance et magnanime constance, avec bien petites forces, a tousjours prévenu l'ennemi en ses délibérations, et a tenu soubs bride et en doute la prospérité de son pouvoir, dont pour le moins l'Étemel laj fera condigne rétribution, et la France luy sera à jamais redevable.

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