CHAPITRE LXXI
Commeni le duc de Bourbon mourut, et dn maudefflent du roi, «t des lcure> que envolèrent le due d'Orléant et s«i alliés aux bonnes villes.
En après, durant ces tribulations, Louis, duc de Bourbon, oncle du roi de France , de par sa mère, lequel avoit bien soixante-dix ans d'âge, pource qu'il se sentit aggravé d'flge et de maladie, se fit mener à Moulins en Bourbonnois en son hôtel, auquel lieu trépassa ; et fut enterré en l'église des chanoines, laquelle il avoit fondée en son temps.
Auquel duc succéda son seul fils, le comte de Glermont, lequel,aprës qu'il eut par aucuns peu de jours été en grands lamentations, fait faire le service de son feu père, et ordonné ses besognes, s'en retourna devers le duc d'Orléans et les autres seigneurs à Chartres, et là du tout se rallia avec iceux, en ensuivant la promesse et la trace du dit duc de Bourbon son père, lequel duc avoit très long temps tenu, et lenoit encore à sa mort, de par le roi, l'office de grand-chambellan de France; lequel office, à la prière du roi de Navarre et du duc de Bourgogne, fut donné par le dit roi au comte de Nevers, à en user selon la forme et manière accoutumée.
Auquel temps aussi la duchesse de Bretagne, fille du roi, accoucha d'un fils, pour lequel lever elle envoya prier son frère le duc d'Aquitaine; mais pour ce faire, en son lieu y fut envoyé messire David de firimeu, chevalier, seigneur de Uumbercourt , atout certains nobles joyaux que lui fit donner et présenter le dit duc d'Aquitaine. Et entre -temps, le roi et son grand -conseil renvoyèrent encore une fois aucuns mandements par tous les bailliages et sénéchaussées du royaume, contenant que, sans délai , tous ceux qui avoient accoutumé d'armer, tant fiéfés comme arrière-fiéfés, vinssent à Paris devers lui pour le servir contre les ducs d'Orléans, de Berri, de Bourbon, les comtes d'Alençon et d'Armagnac, et autres ses alliés, lesquels, outre ses défenses et commandements, s'étoient efl'orcës et elTorçoient chacun jour de faire assemblées de gens d'armes, en dégfttant son royaume et ses sujets.
Et pareillement les dessus dits ducs et comtes écrivirent devers le roi et l'université de
Paris et plusieurs autres p>onnes villes et ci(és lettres contenant leur intention et la cause pour quoi ils faisoieut ces assemblées, entre lesquelles ils en euToyërent une ft la cité d'Amiens, desquelles la teneur s'ensuit, et étoient signées de leurs seings manuels:
« Les ducs de Berri, d'Orléans, de Bourbon et comte sd'Ârmagnac et d'AIençon, à nos très chers et bien amés citoyens, bourgeois et habitants de la ville d'Amiens, salut et dilectioo. Nous écrivons & notre très redouté et souverain seigneur monseigneur le roi de France en telle manière qui s'ensuit >
» Nous, ducs de Berri d'ChrIéansetde Bourbon, comtes d'AIençon et d'Armagnac, vos humbles oncles , parents et sujets, pour nous et tous nos adhérents , et bienveillants A nous.
» Gomme il soit ainsi que les droits de votre domination, couronne et nu^estè royale soient si notablement institués , vous en iceux , et iceux en vous, fondés en justice , puissance et vraie obéissance de vos sujets, qu'en tous les royaumes et seigneuries du monde votre do> mination, état et autorité resplendent ; et tant 6tes dignement consacré et oint, que du saint siège romain et aussi de toutes autres nations des royaumes des chrétiens êtes tenu et appelé roi souverain et singulier administrateur de justice, exerçant puissamment icelle, sans personne épargner, tant au pauvre comme au riche , et -comme empereur en votre royaume , sans avoir autre connoissance d'aucun seigneur que de Dieu et de divine mt^asté , par laquelle ce vous est singulièrement donné et octroyé.
» Soit aussi le corps de ceux de votre sang par vraie obédience et vérité franche uni par l'autorité de votre domination et nujesté royale à vous servir, soutenir, garder et défendre comme membre et sujet de vous, et à proprement parler et bien dire comme menibre et partie de votre propre corps, exemple de tous les autres si^ets , tant pource qu'ils sont plus tenus et obligés à la démonstrance de votre révérence et vraie obéissance que nuls autres de vos sitjets ; et en outre observer et garder ou faire observer et garder l'état et l'autorité de votre domination , tellement que sur tous au« très à vous sujets vous ayez telle puissance et domination , et telle liberté , autorité , faculté
et exercice , que comme roi et empereur appartient envers ses sujets. Par laquelle puissance de votre royale majesté , vous acceptes et révérez les bons, et au contraire vouscwri' gez et punissez les mauvais, en rendant et maintenantAchacuncequiest&luijetaussiafia qu'i un chacun vous rendez et administrez justice judiciaire par telle manière que par iceile vous tenez votre royaume en paix, premier À la louange de Dieu, et en après à l'honneur de vous et à l'exemple de vos bons amis et sujets , en ensuivant les voies et sentiers de vos prédécesseurs rois de France, qui par cette manière ce noble royaume ont toqjours tenu et gouverné en paix et tranquillité , et tellement que toutes les nations chréliennM , voisines et lointaines, voire aussi les otécréants, en leurs atbires et eontends, à vous et à votre conseil, comme fontaine de justice et toute loyauté, moult de fus <ml eu recours.
» Et comme il soit ainsi, très souverain seigneur, que votre honneur, justice et l'état de votre domination, à présent soit déboutée et blessée , et que & vous , sur votre royaume , n'est point permis ni souffert le gouvernement, ni aussi de la chose publique, au moins en teUe liberté que raison donne , comme il appert assez à tous ceux de bon et sain entendement ; pour quoi , très redouté et souverain seigneur , nous , les dessus nommés , sommes assemUés tous ensemble , pour aller devers vous vous humblement informer, et sekm vérité vous déuKHitrer l'état de votre personne , et aussi de monseigneur d'Aquitaine votre atné fils , et comment vous êtes détenu et traité de votre domination et gouvernement, justice et régne, et de la chose publique d'icelui, comme vous percevrez, nous ouis en cette matière. Et si aucuns sont qui veuillent dire le contraire , faites que par le conseil , délibéralion et avis de ceux de votre lignée et sang , loyaux et prud'hommes, et autres de votre conseil , lesquds qu'il vous plaira mander et bûcher, en tel et si grand nombre comme bon semblera , et que de fait et royaumeot tous pourvoyez à la sûreté et frandiise de votre personne et de monseigneur d'Aquitaine yolre fils atné, aussi de votre état, domination et jos» tice, et du bon régime et gouvernement de votre royaume, et de la chose publtcfue, et de bt