‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 132 sur 761 · LIVRE PRBMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PRBMIER

en ce royaume ne fat fait si manyais ni si IraRre taomidde , ni perpétré ; et tonlefois il dit en la requête qu'il l'avott dit pour le bien de TOUS et de votre royaume.

• Par quoi la chose est moult claire , selon tous droits et raisons écrits, qiie tout ce qui IM fait A Gbarties le dit jour est nul et de nulle valeur. Et qui plus est, la chose est plus digne de grand' peine et de grand' punition , au regard de lui : car oncques il ne daigna vous tant bonorer ou révérer que de si grand grief et déiest^Me forfait dont il étoit et est tant notoi> restent chargé, vous requtt pardon, rémission, grâce ou miséricorde quelconques.

» Et toutefois veal-îl maintenir que, sans conression de son forfait et sans demander grâce, vous lui avez remis ; qui est, contre tout droit et raison écrite, une chose délusoiro et iHusoire , et , A proprement parler, une vraie dérision de justice , c'est A savoir de laisser A on pécheur sans connoissance de son forfait, sans contrition , sans pénitence et sans de ce teire requête ni quelconque supplication. Et qui pis est , en persévérant notoirement , et nèiDemeoten la présence de son seigneur, en FoMination de son péché, outre ce qui fait est le dit jour, il contient erreur manifeste et aperte contradiction ; car il se dit avoir bien fait, et conséquemment il requiert et appert avoir ■érite et rémunération. Et toutefois veut-il Are que vous lui avez donné grâce et rémission : laquelle diose ne chet mie en bieti fait , mais en péché , et non en mérite. Et encore plus, car il ne fut oncques ordonné, avisé ni parlé pour le salut de l'ame du défunt pour qodconque satisfection foire A la partie blessée , UHpieDe chose vous ne devez ni pouvez par qmiqae manière pardonner ni remettre. Et par ainsi appert plus dairemrat par ce que dit est que ce qui Ait fait au dit lieu de Char- Ires fut fait contre tons principes de droit , contre tout ordre et principe de raison et de Jos^, et en violant icelles, en toutes choses , et par tous défàats , si notoirement en toutes ■es principes. Pour quoi, et par autres choses qui seraient trop longues A écrire, appert noloireaient, comme dit est, que tout ce qui (tat bit au dit Ueu de Chartres ne vaut rien et a'est pat cbose digne de récitation. Et si aucun Tooloit dire qu'il voulslt aucunement et se dût

tenir, si est la cbose moult claire , parce que ci sera dit que le devant dit traître vient directement contre le dit traité, et par plusieurs et diverses manières icelui a enfoncé et violé premièrement. Carquelconque chose que vous lui dissiez premier ou commandassiez, et que dorénavant il ne nous forfti ou procurât chose qui fût en notre préjudice, dommage ou déshonneur, et que ainsi l'eût promis et juré , néanmoins a fait tout contraire.

» Car, pour cuider damner la bonne mémoire de notre très redouté seigneur et père , et pour nous cuider perpétuellement détruire et déshériter, il a fait prendre voire bon et loyal serviteur le grand-mattre-d'hôtel, auquel Dieu pardoint ! et l'a fait emprisonner inhumainement et questionner et tourmenter, et tellement que ses membres par force de question furent dérompus par force de violence et de martyre qu'il lui fit souffrir; et s'efforça de lui faire confesser, contre votre dit frère, notre très redouté et souverain seigneur et père , A qui Dieu pardoint A l'ame I aucunes de ses charges , lesquelles autrefois faussement et mauvaisement il lui avoit imposées, pour vouloir couvrir son très mauvais péché, et parce vouloir derechef éteindre, planer et damner la bonne mémoire de votre dit frère , et tendre A votre destruction. Et le dit mattre-d'hôtel fit mener au lieu de sa mort ) lequel voyant sa mort devant ses yeux, affirma publiquement , et sur la damnation de son ame prise, que oncques en sa vie ne sut ni aperçut que notre dit très redouté seigneur et père pensAtmal ni trahison, ni autre chose qui fût contre le bien de personne. Et aussi pareillement n'avoit-il fait , mais vous avoit bien et loyaument servi tous les Jours de sa vie t et s'il avoit aucune chose dit au contraire ou confessé, ce avoit été par force de très inhumaine question ou tourmeiils qui hii avoient été faits , dont il %voit tous ses membres, comme dit est, dérompus.

» Et ainsi, sqr le péril de son ame et sur la mort que présénteinent il attendoit, il le prenoit ; et en celle affirmation persévéra jusqu'A la mort, présents chevaliers et autres plusieurs notables et diverses personnes. Et par ce , appert trop clairement qu'il vint dé fait directement contre ce qu'il a Juré et promis au dit lieu de Chartres. En après, car il a rccepté,

CHRONIQUES D'ENGUERRAND DE MONSTRELET

recelé et nourri, et de jour en jour nourrit les homicides et meurtriers qui à son commandement tuèrent votre dit frère , et toutefois ils furent exceptés et hors mis de ce qui fut fait . au dit lieu de Chartres et plus ; car il, par toutes les manières qu'il put , comme la chose est toute notoire, a vexé, troublé, empêché et poursuivi les oiBciers et serviteurs de votre dit frère ; et les nôtres a fait destituer et 6ter de leurs états, offices elservices qu'ils avoient entour vous et entour votre règne, sans occasion ou cause quelconque ; mais seulement en haine des dits serviteurs de votre frère et des nôtres. Et aucuns d'eux a voulu détruire en corps et en biens, et efforcé d'eux faire mourir; et aussi par plusieurs autres manières et moyens qui seroient trop longs & réciter, vient encontre le dit accord, comme la chose est toute notoire.

» Après toutes ces choses , le dit traître voyant et sachant clairement l'horreur et cruauté de son malfait, et que par quelconque manière couvrir ni pallier ne le pourroit , afin que vous et vos ofliciers n'eussiez aucune connoissance .sur son malfait à le mettre à exécution , aussi la vraie cause pour quoi il fil occire voire frère , c'étoit pour dominer et être dominateur , de fait a usurpé et encore usurpe l'autorilé et le régime de votre domination et gouvernement i desquels, comme de sa propre chose, il use pleinement ; chose qui doit être plus lamentable i tous vos sutjets et bienveillants. Car il a détenu et détient yobre personne, celle aussi de notre très redouté seigneur monseigneur d'Aquitaine, votre atné fils, en telle et si grande si^étion qu'il n'est personne , de quelque état qu'il soit , de votre royaume ni autre, qui puisse avoir accès à vous pour quelque cause qu'il soit , sinon par la licence et congé de ceux qu'il a à ce commis et OT;^onné8 de vers vous. A celle fin a débouté et jeté horsde vous etdevotrefamiUe les anciens et vaillants hommes et serviteurs qui longuement et loyaument vous ont servi, et leurs lieux a remplis de ses propres familiers et serviteurs , et d'autres tels qu'il lui a plu, et en grand' partie de gens étrangers et à vous non connus t et semblablement fit de notre très redouté seigneur monseigneur le duc d'Aquitaine.

» Ainsi désappointa et démit vos officiers, et

par spécial en tous les notables services et offices de votre royaume; et vos biens et finances de votre royaume il a laissé çà et lA, où bon lui a semblé et à son plaisir , et à son singulier profit les a employés et appliqués, non pas qu'il les ait dépendus aucunement au bien et au profit de vous en quelque manière, ni en aucun relivement de vos sujets : à laquelle chose avez eu grand dommage. Les autres, sons aucunes feintes et couleurs, les a vexés, travaillés et dérobés, et, à proprement parier, tes a dépouillés de leurs finances , lesquelles en ses propres usages et privées utilités il a [appliquées et converties, comme ce mi tout clair et tout notoire A Paris et ailleurs. Brièvement il a ouvert et introduit en ce royaume les voies de faire et commettre tous crimes et maléfices indifféremment , sans ce que punition ou correction quelconque de ce on attende aucunement être faite. Et tant que, sous ombre de défaut et négligence d'avoir exercé et fait Justice du dit fait très énorme et détestable haaùcidu , plusieurs autres homicides, maléfices et crimes sont commis en plusieurs et diverses parties de votre royaume , depuis l'adveaue du dit cas, disant les dits malfaiteurs qu'aussi bien passeront sans être punis, comme a fait celui qui a occis le frère du roi; qui est ouverture d'une grand' plaie. Et pour ee , très redouté et souverain seigneur , monseigneur de Berri, voire oncle, le duc de Bouriwn, le comte d'Alençon et les comtes de ClennoBt et d'Armagnac , et moi , Charles , en leur compaptie, en veuillant acquitter devers vous nos foi et loyauté, par lesquelles nous sommes obligés et contraints, ecmime vos très humbles parents et sujets , nous ensemble, avons mis l'an passé intention et propos de venir & vous, A voas démontrer les choses devant dites , le damnable régime de votre règne et sa prochaine et évidente dérision etdestructioa toti^, si longuement la diose demeure en tel éM. Afin donc que nous ouis et ceux aussi qui y seront qui veuillent rien dire au contraire , vous, très redouté et souverain seigneur, par l'avis, déUbè< ration et conseil de ceux de votre sang , des gens de votre conseil , seigneurs , barons et prud'hommes de voire royaume, tels et en tel nombre qu'il vous plaira être fait, missiez remède aux ioconvénieata qui advieaoeiit, et qfui

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