CHAPITRE LXXXVm
Comnieiit le comte Waleran hit enrojé en Viloii , à Coacf, de par leroy, et autres capitaines en plusieurs lieux coolre les dits Orléanois.
fil ensuiYant les besognes dessus dites, Walerao, comte de SaintrPol, fut envoyé de par le roi par toute la terre de Valois, villes et forteresses, pour icelles subjuguer et réduire en l'obéissance du roi : et pareillement à Coacy, avec lui grand' planté de gens d'armes d'archers et d'arbalétriers. Et en la comté de Vertus fut envoyé messire Philippe de Gervolles, bailli de Vitry-en-Pertois, atout grand' quantité de combattans, pour tout mettre en l'diéissance du roi. Et en la comté de Clermont fut envoyé le vidame d'Amiens ; et «n la eoffllé de Boulogne, d'Eu et de Gamache fat envoyé Ferry de Hangest, bailli d'Amiens, pour pareille cause que lesdevantdites : mais ceux de Crespy en Valois, qui est la mattresse ville de tout le pays, tantôt qu'ils surent la venue du comte deSaint-Pol, se soumirent do tout en l'obéissance du roi, et il les reçut humainement, et après s'en alla au chAtel de Pierretons, qui moult fort étoit et défensable et bien garni, et rempli de toutes choses appartenant à guerre : et lui là venu se prit & parlementer avecqoe le seigneur des Bosqueaulx, qui en étoit capitaine. Et enfin fut le traité fait, parmi ce que le dit comte lui fit donner pour ses frais, par le roi, 2,000 écus d'or i et avec ce emportèrent lui et ses gens tous leurs biens. Et la dame de Gaucourt, qui étoit dedans, s'en alla au chfttel de Goucy, là oA elle fut honorablement reçue de messire Rdiert d'Esne, qui en étoit capitaine.
En après, du dit lieu dePierrefons s'en alla icdni comte de Saint-Pol à la Ferté-Milon, très fort chfttel, et à Villiers-Caudères, appartenant an dit duc d'Orléans; lesquels, non pas tant seulement iceux, mais toutes les forleressede la dite terre, quand ils ouirent la nouvelle de la reddition de Pierrefons, tant fort Mtel, sang faire aucune résistance, se rendirent au dit comte au nom du roi ; lequel mit partout garnison de ses gens, et puis s'en alla en Soissonnois vers Goucy, auquel lieu, com- BK dit est, étoient dedans le chfttel messire Robert d'Esne, Rigault de Fontaineetplusieurs
autres gentikhommes tenant le parti du duc d'Orléans. Et dedans la ville du dit lieu de Goucy étoit capitaine messire Enguerrand de Fontaine ; et avec lui éleient plusieurs autres hommes, lesquels, quand ils eurent eu conseil l'un avec l'autre, de prime face rendÏTent la dite ville, et s'en allèrent avec tous leurs biens ; et le dit comte se logea, et ses gens d'armes, dedans icelle ville et en aucunes inaisons au dehors, et fit sommer le dit messire^ Robert qu'il rendtt la forteresse pour et au notn du roi ; ce que pas ne voulut faire : mais répondit que le duc d'Orléans lui avoit baillée en gisirde et fait faire serment de la non rendre sans son su ou exprès commandement ^ aussi eUc étoit très abondamment pourvue de vivres, habillements de guerre et autres besognes nécessaires, pour quoi il ne doutoit aucunement être pris de force, et avoit espérance que tandis qu'il la tiendroit , aucuns moyens se trouveroient par lesquels son seigneur et maître seroit en la grâce du roi.
Néanmoins , sa réponse ouïe , le dit comte Waleran fit environner et loger ses gens assez près de la dite forteresse, et icelle très fort combattre et travailler de canons et autres habillements de guerre. Et entre les autres choses , fit employer mineurs à grand' foison, pour miner la porte de la basse-cour, nommée la porte Mattre-Odon , qui étoit pour autant de chose un aussi bel , fort et notable édifice qui fftt ft vingt lieues à la ronde d'icelle ; et avec ce minèrent au-dessous d'autres grosses tours ; et tant continuèrent en œuvre que la besogne fut prête pour bouter le feu dedans : et enfin , après que le dit messire Robert eut derechef été sommé de lui rendre, et quepas n'y voulut entendre, fut par le dit comte ordonné ft un certain Jour que toutes ses gens hissent mis en armes prêts pour assaillir si besoin étoit.
Après laquelle ordonnance et que tout fut prêt, fit bouter le feu dedans; lequel feu , par le moyen des apprêts qui subtilement étoient faits dedans icelle, tant continua que flnablement la plus grand' partie de la dite porte Ait confondue, et chut tout ft plat; mais tant de bien y eut pour les assiégés que le mur qui étoit vers eux demeura entier; et par ainsi n'eurent les dits gens d'armes guère d'avantage pour les envahir. Si (tirent aucuns , tant
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CHROMQUES D'ENGUERRÂIND DE MONSTRELET.
d'une partie que de l'autre , morts et navrés à celte besogne ; et pareillement fut partie une tour cornière, qui éloit assez puissante , et ne put choir tout jus , pour le mur de la ville auquel elle s'appuya. Si demeura, sur la dite partie ain^i inclinée , un homme de guerre , qui ëtoit su?, pour la défendre contre les assiégeants; lequel fut en très grand péril de perdre sa vie ;'mais enfin, par la diligence de ceux de dedans , H fut mis à sauvetë.
Finableme,nt , après que le comte de Sainl- Pol eut été environ trois mois devant le dit chAtel de Conclu, fut traité fait entre le dit messire Bobert et le comte , par telle condition qu'il s'en iroii lui et ses gens, avec tous leurs biens poiftatifs , & sauveté où bon leur sembleroit , sous bon sauf-conduit ; et avec ce auroit pour ses frais douze cents écus ou environ. Lequel traité fini , se partit atout environ cinquante combattants , desquels étoient les principaux son fils Le Baudrain d'Esne, chevalier, Rigaolt de Fontaine, chevalier dessus dit, et Gaucher de Bessu ; et si ; étoit la dame de Gaucourt , dont dessus est faite mention. Et s'en alla icelui Robert et la plus grand' partie de ses gens demeurer & Crèvecœur et au Ch&tel-en-Gambrésis.
Après laquelle reddition , le dit comte y mit garnison de ses gens , et y commit & capitaine messire Girard de Herbannes ; et éloit avec lui en celle exercite Jean de Luxembourg, son neveu , le vidame d'Amiens , le seigneur Honcourt, et plusieurs autres nobles chevaliers et écuyers des pays de Picardie , et par spécial de ses seigneurs ; et ces besognes accomplies , s'en alla à Paris devers le roi. El là , tantôt après , comme chevalier sage , discret et de grand' prudence , et digne de rémunération , fut par le roi et son conseil élu et commis connétable de France ; et là lui fut baillée l'épée , en faisant par le dit comte le serment de bien et loyaument exercer le dit office, duquel fut déposé et jugé comme indigne messire Charles d'Albret i. El pareillement le seigneur de Rambures, chevalier, fut mis en office de maître des arbalétriers de France, au lieu du seigneur de Hangest s : lequel en fut déposé de
• Chsriet , tire d'Albret, Ail déposé par lettres du
* David, *ir« d« Rambures, fut initUué grand-mal-
par le roi ; et le seigneur de Loigny , de la nation de Bretagne , fut fait maréchal , et en fut démis le seigneur de Rieu *, pource qu'il éloit trop ancien, et ce fut fait par son consentement.