‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 151 sur 761 · CHAPITRE LXXXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXXIX

Comment la ville do Mojnieri el d'autres «eigneiirie* fureot miaea m la main du roi par i«s capitaine* et ofBcien.

En après, ceux de la comté de Vertus, quand le bailli de Yitry , c'est à savoir messire Philippe de Cervelles, fut venu , lui et ses gens , devant la ville de Vertus , tantôt se rendirent au nom du roi ; et pareillement toutes les autres garnisons d'icelle comté donnèrent diiéissance , excepté ceux du chftlel de Moyniers , dedans lequel étoient messire Clignet de Brabant et son Irère Jean de Brabant, et messire Thomas de Hersis et plusieurs autres, lesquels en rien ne youloient obéir aux mandements du roi; et pour ce, le dit bailli et ceux qui avecque lui étoient y mirent le siège el se préparèrent pour assaillir ; mais ce fut peine perdue, car icelui ch&lel éloit moult fort et bien garni de tous vivres et aussi d'artillerie , pour quoi les dits assiégés doutoient moult peu ceux qui étoient devant, et leur faisoient souvent des envahies. Néanmoins la besogne se continua par l'espace de trois ou quatre mois; au bout duquel temps le dit messire Qignet , et avec lui messire "Thomas , montés sur deux chevaux forts et légers, atout deux pages chevauchant derrière eux, partirent du dit ch&tel, el passèrent tout parmi l'ost et le siège qtû éloit devant eux ; et avoient chacim une lance en leur poing , et couroient tant que les che~ vaux pouvoient aller; et tant firent qu'ils échappèrent et s'en allèrent pour avtùr secours devers messire Amé de Sallebruce et à Luxeiobourg; mais ils ne revinrent pas atout le dit secours : car tantôt après Jean de Brabant , frère du dit messire Qignet, fut pris ainsi qu'il éloit issu dehors; lequel, par l'ordonnance du roi el de son grand-conseil, fut décapité en la ville de Vilry. El bref ensuivant , ceux qui

tre des arbalétriers par lettres da 20 février 1411, en remplacement de Jean de Hangest, sire de Longaevilte. * Lonis de Loiin; fut institué maréchal de Fraoee par lettres d« 4 février, m lieu do tin de Rica et da Bocbeforl.

UVRË PREMIER.

étoient dedans le dit chfttel de Moyniers le rendirent au dit bailli au nom du rei , et s'en allèrent, saufs leurs corps et leurs biens ; et il y mit garnison. Et par ainsi toute la marche de là environ fut mise en l'obéissance du roi.

Semblablement ceux de la comté de Glermont se rendirent du tout , sans faire aucune résistance, au vidame d'Amiens, qui y avoit été envoyé de par le roi, comme dit est; et ceux des garnisons, qui avoient fait moult de maux sur le plat pays, s'en allèrent sous saufconduit atout leurs bagues au pays de Bourbonnois ; et comme es autres lieux , furent mis gens de par le roi par toutes les forteresses.

En outre, le bailli d'Amiens alla i Boulognesur-Mer , et lui firent ceux de la ville et des forteresses de la comté bonne obéissance , réservé le ch&tel du dit lieu de Boulogne; lequel , le sénéchal de Boulogne , c'est à savoir messire Louis de Corail , natif d'Auvergne , chevalier, ne voulut pas rendre sans le consenment du duc de fierri, son seigneur, qui le lui «Vttt baillé en garde ; et pour tant le dit bailli d'Amiens et les Boulenois avec lui tantôt démolirent le ponirlevis du dit cb&tel , devers les diamps, et leur toUirent l'issue, et l'étouppèrent de grands fossés , tellement que par l ne pouYoit nul homme entrer ni issir. Et depuis fut tant pourparlé entre le dit bailli d'Amiens et icelui sénéchal qu'il eut jour d'envoyer vers son seigneur le duc de Berri, pour savoir s'il le tiendroit pour déchargé du dit ch&tel, et s'il seroit content qu'il fût en la main du roi ; lequel duc lui manda qu'il le délivrât , pour et au nom du roi, au dessus dit bailli d'Amiens, et s'en retoum&t à Bourges devers lui ; et ainsi en fut-U fait.

Semblablement furent mises en la main du roi toutes les seigneuries et appartenances de la comté d'Eu et de la terre de Gamache, et en furent démis et boutés hors tous ceux qui y étoient de par les seigneurs à qui icelles seigneuries appartenoient ; et en leurs lieux de par le roi furent commis autres soudoyers. Durant lequel temps furent aussi cueillis grands sonunes de deniers en la ville de Paris et ailleurs, pour payer les Anglois qui étoient venus servir le diic de Bourgogne , par la licence et autorité du roi d'Angleterre; et après qu'ils eurent reçu leur paiement , le comte d'Aron-

del, atout ses gens, s'en alla par Calais en An* gleterre; mais le comte de Kime, atout sa compagnie , demeura & servir le dit duo de Bourgogne.

Pour ce temps , tous ceux tenant la partie d'Orléans étoient fort déboutés, et ne savoient à grand' peine où eux sauver, car tantùt qu'on en savoit aucuns , fussent séculiers ou ecclésiastiques, ils étoient tantôt pris et emprisonnés, dont les aucuns étoient exécutés , et les autres mis à grand' finance; et mêmement enfurent pris en cette saison deux moines; c'est & savoir maître Pierre Fresnel, évéque de Noyon , lequel fut pris par messire Antoine de Craon, et de Noyon mené au ch&tel du Cro* toi. L'autre fut l'abbé de Forest-Moutier, et fut prisonnier au seigneur de Dampierre, amiral de France ; mais depuis , en payant grand' finance , furent délivrés et s'en allèrent chacun en son bénéfice.

Pendant aussi lequel temps , le seigneur de Hangest, soi disant encore maître des arbalé> triers de France, tenant le parti d'Orléans, s'étoit retrait secrètement, après le parlement de ^Saint-Denis, dont dessus est faite mention, au chàtel de Soissons; et pource qu'il avoit vo.. lonté et intention de trouver ses moyens devers le roi, envoya quérir par un poursuivant un sauf-conduit à Senlis, à Trouillart deMaucruel, qui en étoit capitaine et bailli , pour al> 1er au dit lieu de Senlis, et là séjourner. Lequel sauf-conduit lui fut envoyé , et sur ce s'en alla en icelle ville de Senlis ; mais, pour tant qu'au dessus dit lauf-conduit n'éloit pas mention du retour du dit Hangest , le fit le dit Trouillart prisonnier du roi, lui seizième de gentilshommes. Et bref ensuivant, lui et ses gens Dirent menés à Paris , et mis en Chàtelet, dont grandement lui déplut ; mais il ne le pouvoit avoir autre.

En outre, le comte de Roussy pareillement, qui s'étoit retrait en son chàtel de Pont-Arsysur-Aisne, après son retour de Saint-Denis, fui incontinent environné et assiégé des paysans de Laonnois et de la marche environ ; et s'as^ semblèrent bien mille cinq cents ou plus autour de la dite forteresse, et l'assaillirent terriblement par plusieurs journées , et tant continuèrent que, nonobstant qu'elle fût moult forte d'eau et de muraille, ils la dommagèreni

CHRONIQUES D'ENGUËRRÂNO DE MONSTRELET

moolt; et s'appeloient les dits paysans les Enfants du roi.

Si Tint en lear aide et pour les conduire le bailli de Yermandois, c'est à savoir Le Brun de Barris, cbevalier, elle prévôt de Laon. Et lors le dit comte, voyant la force et violence d'iceux , doutant être pris de force par les dits paysans, se rendit lui et son cb&tel, et ceux qui étoient avec lui , sauve la vie , an dit bailli de Yermandois, lequel le reçut ; et aprte qu'il eut mis garnison dedans le ditcbftteldepar le roi, emmena le dit comte et ses gens prisonniers en la ville de Laon, où ils furent par très long espace ; et depuis , en payant grand' flnances , ftarent délivrés.

Pareillement fût pris l'archidiacre de Brie, dedans la tour d'Ândeli, par les paysans dessus dits ; lequel archidiacre étoit fils naturel du roi d'Arménie ; et messire Guillaume de Gouci, qui tenoit ledit parti d'Orléans, se retrahit en Lorraine devers son frère, qui étoit évèque de Metz.

Page 1