‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 154 sur 761 · CHAPITRE Xa · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xa

Comment pliuieun capitaine* furent enroyéi de pkr le roi tur les frontières en, divers pays contre les Orléanois; et d'une grosse escannoache qui fut aérant Tlllefrancbe, au payi de Bourijonoois; et de la détrousse du comte de La Marche.

En ce même temps furent envoyés plusieurs seigneurs et capitaines de par le roi sur les marches et pays qu'adonc il tenoit pour ses adversaire s ; entre lesquels le comte de La Marche fut commis, et avec lui le seignenr de Ranv bui-es, A entrer en la duché d'Orléans, et icelle mettre en l'obéissance da roi. Et contre le duc de Bourbon qui avoit fort dégflté le p^rs de Charolois, furent envoyés Amé de Yiry, Fribourg et autres, lesquels très fort dêgfttèrent le pays de Bourbonnois, eux et leurs gens, dont ils avoient grand' planté en leur compagnie, et aussi le pays de Beaujolois. Et de fait allèrent courre A puissance et étendard déployé en très belle ordonnance devant Yillefhinche, où lors étoit le duc de Bourbon et avec lui son frère le bâtard, c'est A savoir messire Hector, qui étoit très vaillant chevalier, expert et renommé es armes et en fait de guerre , et avec ce fort puissant et bien formé de sa personne. Si étoient avec eux pour ce jour grand nombre de chevaliers et écuyers des pays du dit duc, lesquels, quand ils virent leurs ennemis devant eux, se mirent en très belle ordonnance; et alors saillirent dehors de pied et de cheval atout puissance ; et même-' ment le due se mit en bataille au-dehors de la vBIe pour iceux combattre. Et adonc se commença l'escarmouche très dure entre icelles parties; et y fut fait de grands appertises d'armes, tant d'un côté comme d'autre. Et par spécial le dit b&tard de Bourbon, qui conduisoit les coureurs par manière d'avanf^^rde, se porta pour ce Jour très vaillamment, et se férit dedans, ses adversaires très chevaleureusement et roidement ; et si avant s'y. boula, que le dit duc lUt en grand doute qu'il ne fût pris ou mort ; et pour le rescourre s'écria hautement A ses gens, en flrappant son convier des ëpe-

CHRONIQUES D'ENGUERRAND DE MONSTRELET

roDS s « Or sus avant ! mon frère est pris, siiious » ne le secourons. » Et lors, avecqne grand' partie de sa dite bataille, allèrent le ^awi cours jusqu'à leurs adversaires ; et y eut derechef très grand estour, et hommes d'armes portés à terre morts et navrés de chacune partie ; et enfin ceux de la partie de Bourgogne, qui menoient l'avant-garde, et lesquels conduisoit le dit Amè de Yiry, se retrahirent jusqu'à leur bataille, qui étoit un petit plus loin ; et le dessus dit bfttard qui avoit été porté et mis jus de son cheval, ftat remonté et retourna devers le duc son frère. Et par avant ce Jour n'étoit homme, de quelque état qu'il fltt, qui au dit duc l'eût onl noouneir frère. Si tarent morts, tant d'une partie comme d'autre, environ quarante hommes , et plusieurs navrés.

Après laquelle escarmouche, pource qu'il étoit tard vers les vêpres, les deux parties se retrahirent sans plus avant procéder l'une oon> tre l'autre ; c'est à savoir le dit duc et ses gens dedans Yillefranche, et l'autre partie se tira, en gâtant pays , devers la comté de Cbarolois.

D'autre part furent envoyés en Languedoc et au pays d'Aquitaine, et en Poitou, contre le duc de Berri , le comte d'Armagnac et le seigneurd'Albret ; c'est & savoir messire Guicbard Dauphin, mattre-d'hôlel du roi, et le seigneur de Saint-George , à l'un des lez ; et i l'autre côté, le seigneur de Heilly, maréchal d'Aquitaine, et Enguerrandde fioumonville, lesquels dégfttérent moult le pays des dits seigneurs. Toutefois, un certain jour que le dit seigneur de Heilly étoit logé en un gros village nommé Linières, il (ht, au point du jour, assailli des gens du duc de Berri , et la plus grand' partie de ses gens détroussés de leurs dievaux et autres bagues, et les aucuns en assez petit nombre morts et pris; et lui de sa personne, avec la plus grand' partie de ses gens, se sauva en déisndant dedans la forteresse d'icelle ville , laquelle tenoit le parti du roi, et par ainsi forent sauvés.

El quant au dessus dit comte de La Marche et an seigneur de Rambures, qui étoient entrés en la dite duché d'Orléans, oomne dit est dessus, faut un petit parler de leur gouvernement. U est bien vérité qu'ils pouvoient bien avoir de cinq à six mille conduittants ; lesquels tOr tent conduits par iceux seigneurs, en d^àtant

pays, jusqu'auprès de Yeuville-Ie-Chfttel ; et se logea le dit comte de La Marche en un village nommé Le Puiset, atout ses gens tant seulement, et le seigneur de Rambures fut logé en une autre ville. Or, est ainsi que ceux de la garnison dn dit lieu de Yeuville firent savoir les nouvelles de leur venue en la viUe d'Orléans, où il y avoit très grand nombre de gens de guerre pour la garde du pays. Si se mirent sus sous la conduite de B«rbasan, de Gaucourt, de messire Galliot de Gaoles et d'un chevalier lombard , environ six cents hommes d'armes et trois cents archers ; et sVn vinrent le plus secrètement qu'ils purent en un certain lieu où ils trouvèrent ceux de la garnison dessus dite, c'est à savoir de Yeuville ; lesquels , quand ils furent tous ensemble, pouvoient être mille eoirtMttants ou environ. Si se mirent k chemin et ebevauchèrent toute nuit pour aUer où le dit comte étoit logé , et avoient plusieurs guides qui les conduisoient. Toutefois , icelui eunte en (lit aucunement averti et fit armer ses gens , et traire vers son hôtel la plus grand* partie, et en autres lieux les fit tenir ensemble ; et avec ce manda et envoya devers le seigneur de Rambures lui noncer tes dites nouvelles, et lui signifier qu'il fût prêt pour le venir secourir si besoin en étoit. Et ainsi ftil le ditcomte et ses gens la plus grand' partie de la nuit en armes , attendant leurs adversaires ; mais quand vint vers le jour, par le conseil d'aucuns, ehaonn se retrahit en son hôtel pour soi reposer, ce que point tain ne devdit. Et quand ce vint on petit devant soleil levant, vint audit logis un chevaueheur de leurs adversaires, qui alla tout an long du village ; et après voyant qu'il n'y avoit point de guets et qu'ils n'étoient pas ensemble, retourna tantôt Tera ses gens, qu'il trouva assez près de la ville ; et incontinent en entrant dedans le dit logis, oommencèrent à crier : «Vive le roi 1 » et après y en assaillant iceux, cri^«nt:«ViveOrlèai»I » Et en alla grand' partie au logis du dit comte , qui vouloit oulr la messe. Auquel lieu il y eut très grand hutin ; car icelui comte avec aucuns de ses gens se combattit très vaillamment ; néannKHBS il M vaincu et pris prisonnier, et tout le logis généralement flit mis A déconfiture, et iceux pris et morts.

Après laquelle détrousse, le dessus éitcotnte

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