LIVRE PREMIER
un peu de gew, eomme il adtioDt souvent^
» Ile», etesl graml inoonTinient d'ouïr les eomplainUi pour longue expMUion en vos besognes, reprdsal la débilité de votre royaume; et mèaieinMit oo voit le seigneur Momberoo , le vieomte de Mural et «eux de la Rochelle , eux complaignanl sur ce que votre conseil ne ieor iiiit pas bonne expédition , et ce qu'ils pourswToit est pour le bien de votre royaume. Et disent les aucuiu que si autre provision n'y est mise , fisudra nécessairement qu'ils fassent paix aveeque vos ennemis ; et par ainsi étes<vous en voie de perdre plusieurs de vos bons vassaux.
» Item, quant est au fait de la justice de votre royaume et preaiérepient au regard de votre cour de parlement , qui est souveraine eoar de votre royaume, n'est pas ainsi gouvernée comme elle souloU ; «ar on y souloit mettre bauts et exo^onts eleros et notables prud'hommes de mûr âge, mûrs et experts en droit et en justice. Et pour le grand nom du droit qui étoit gardé en ioeUe cour, sans laveur d'aucune personne, non pas seulement les dvétiens , mais les Sarrasins y sont venus receroir jugement aucunes fois. Et depuis un peu de temps , par la faveur d'amis, de parens et de prières , aucuns jeunes hommes, ignorant le (Sitde justice , et indignes de si haut et si excellent office , y ont été rais , dont le nom , antoriié et bonne renommée de la dite cour est amoindri. Et aussi il y a autres inconvénients ; c'est à savoir qu'en icelle cour sont plusieurs fils, tirëres germains, neveux et affins ensemble ; et tel y a qui ainsi est du lignage , «omme le premier président; et par telle afiOnité se peuvent ensuivre plusieurs périlleux incMiTénienls m la dite cour.
> litm , en la cour sont plusieurs causes de pauvres gens comme mortes ; et n'en font point ceux de parlement telle expédition comme ils devroient par raison.
» /(»fli> quant estde la cbunbredes comptes, là soni trouvés tous mauvais accidents ; car ils sont tous ensevelis. Et combien que depuis un peu de temps y eussent été mis aucuns nouveaux , toutefois ne s'aperçoit-on point que aucone réparation y ait été Caite ; entre lesffuds nouveaux y a été mis Alexandre Boursier , qui par plosiears fois aété receveur-gè-
néral des aides , et n'a pas encore clos ses comptes, eomme on dit ; et là pouvez-vous être grandement fraudé , car celui qui devroit être réformé est mis à réformer les autres.
» Itentj et à mieux faire la besogne, le dit Alexandre a tant pratiqué que Jean Yautier, qui étoit son clerc, a été mis au dit office de la recette générale.
» htm, et jà soit ce que par les ordinations royales et par les serments que font les receveurs, vicomtes, trésoriers etautres officiers du domaine , néanmoins par eux doivent être payées les aumônes; mais par les dissimulations et tolérations des dites offices des comptes, la dite ordination est souventenfreinte, comme on dit.
» Itan, et quant est au fait de l'état des généraux de justice , il semble et appert que telle multiplication d'officiers pour le Ciit des aides est inutile en la grand' dissipation de la substance de votre royaume ; et finalement le grand nombre de^ élus et sergents qui sont dessous les dits officiers, qui reçoivent grands dons et grands pges , sont cause pour quoi toute votre substance est dissipée et amoindrie.
« Item , et pareillement est des autres officiers qui sans nombre sont mis en plusieui^ offices, par force d'amis. Et sembtoblement faut parler des généraux de justice ; car au temps du roi Charles , n'en y avoil qu'un ou deux au plus , et maintenant il y en a sept , dont chacun a cent livres de gages , suis les greffiers.
» Item , et qui voudroit parler des maîtres des requêtes de l'hôtel du roi et des autres oXBrciers, Dieu sait s'il y auroit à dire; car au temps passé 00 y mettoit anciens hommes et experts , connoissants les coutumes de ce royaume ; et si avoieht à répondre à toutes les supplications et requêtes , et signer celles qui se faisoient à signer , pour quoi elles étoient expédiées à la chancellerie ; et maintenant on n'y met que jeunes gens non sachants et non experts , qui n'expédient rien , si ce n'est par la voie du chancelier ; et à cette cause advient qu'on met plusieurs autres officiers extraordinaires pour suppléer leurs défouls ; lestjpiels ont grands gages en votre préjudice.
» Itm , et quant est au fait de votre dian-
CHRONIQUES D'ENGUERRAND DE MONSTRELET
cellerie , il est bien su que votre chancelier de France a soutenu maintes grands peines , et est bien digne d'avoir grands profits, voire sans préjudice du bien commun ; mais combien que pour ses gages il ne doive avoir que 2,000 4ivres parisis , néanmoins depuis vingt ans en ça il en a pris, outre les dits deux mille , autres 2,000 livres parisis , et outre le don de 2,000 francs sur les émoluments du scel.
» Item , et outre ce , il a pris le registre des privilèges et rémissions , qui monte sur chacune 20 sous parisis , et peuvent monter par an en une grande somme d'argent.
» Item , et avec ce il a pris autres 2,000 francs sur les aides ayants cours pour le fait de la guerre.
» Item , et avec ce il prend chacun an 200 francs pour ses vêtements.
» Item , il a pris et prend chacun an sur le trésor , pour sa chancellerie , de 5 à 600 livres parisis.
» Item , et outre les choses dessus dites, il a eu sur les tailles et impositions plusieurs grands dons qui se peuvent estimer & une grande somme d'argent.
» Item , il a légèrement passé et scellé lettres de dons excessifs, sans faire quelque résistance ; et les particolarités seront trouvées par les comptes de Michel , de Sabulon, d'Alexandre Boursier et de plusieurs autres , qui ne se sont pas feints d'y mouiller leurs soupes.
» Item , et à plus à plein déclarer le précédent article , on trouveroit plus de 6,000 fr. de dons particuliers , qui voudroit visiter les comptes des dessus dits et des autres receveurs-généraux , desquels dons le dit chancelier a scellé lettres, nonobstant qu'il sût bien que la dite finance étoit ordonnée pour le fait de la guerre.
» Item , en la dite chancellerie est venu un grand émolument d'argent , lequel émolument est & grand' somme de deniers ; et sont gouvernées les finances du dit scel par mattre Henry Malachienne et par mattre Jean Bude , contrôleur du dit scel de la dite chancellerie, et sur le droit du roi prennent doubles gages , c'est à savoir du notaire et du secrétaire sans leurs bourses ; et en prennent aussi dons et pensions excessives ; et ainsi est la chancellerie tellement gouvernée qu'il n'en vient pas
grand profit à vous , Jà soit chose que l'émolument du dit scel soit bien grand. Et quant est du droit des notaires, jà soit ce qu'ils prennent aucuns avecque eux tels que bon leur semble, comment ils se gouvernent il sera plus à plein déclaré au long quand besoin sera.
» Item , et aussi on trouve plusieurs officiers de votre royaume qui tiennent plusieurs offices incompatibles , lesquels ils font servir par procureur, qui par diverses manières extraient les finances de vos sujets. Et n'est pas à oublier comment , depuis un peu de temps en ça, votre monnoie est grandement diminuée en poids et en valeur, en tant qu'un écu est de moindre valeur qu'il ne souloit, de deux sous ; et les blancs de deux blancs , chamn de trois mailles, laquelle chose est au préjudice de vous et de votre royaume ; et par ainsi est la bonne monnoie expurgée, car les changes et les lombards cueillent tout le bon or, et font tous leurs paiements de nouvelle monnoie. Et faut savoir par laquelle procuration cette monnoie est ainsi diminuée. Et est la commune renommée que c'est par le prévôt de Paris , par le prévôt des marchands, et par Michel Laillier , qui ont attroit à eux la connoissance des monnoies.
» Item , et supposé que les devant dits vous tinssent aucun profit à l'occasion de la dite diminution , toutefois ce n'est pas comparaison à la perte que vous et la reine y avez , comme ce sera plus à plein déclaré par gens qui à ce se connoissent.
» Item, et jà soit ce que votre fille et vos dits sujets vous aient en bref exposé les défauts et coulpes des devant dits, toutefois il ne suffit pas ; car plusieurs jours ne suffiroientpasà vous exposer le mauvais régime des dessusdits et de leurs semblables. Et pour ce que plusieurs autres personnes en sont coupables, defrquelles personnes et de plusieurs autres choses votre dite fille et vos dits sigets s'en passent pour le présent , en espérance de le vous déclarer autrefois plus clairement pour le bien de vous et de votre royaume.
» Et pour venir , notre très souverain seigneur, aux dessusdits aide, confort et conseil que vous avez requis de vos dessus dits noUes et bourgeois, que vous pour le présent ares mandé, votre fille et vos sujets devant dits voa-
LIVRÉ PREMIER
droient bien qu'il plût à Dieu de eux donner grâce de vous bien conseiller et conforter ; car à ce faire sont prêts de , pour vous , exposer leur corps et leur avoir de bon et loyal cœur ; et ils y sont tenus. El ainsi ont^ils dernièrement conclu solennellement en la dernière congrégation , car ils se réputent être grandement obligés à votre royale majesté, tant de naturelle et légale obligation , comme pour les innumérables biens que vous leur avez faits.
» Premièrement, pour vous aviser, et afin qu'il TOUS plaise à remédier aux choses dessus dites , il nous semble que pour avoir une bonne et Juste finance, le plus tôt que faire se pourra, il est expédient que vous cloyez la main aux dits gouverneurs , sans nul excepter , et qu'ils soient démis de leurs offices; et avecque ce tous leurs biens , meubles et non meubles pris et mis en votre main ; et que vous soyez sûr des personnes jusqu'à ce qu'ils vous aient rendu compte de leur régime.
» Item , et il est nécessaire que vous anichilliez tous dons assignés et pensions extraordinaires , et incontinent vous mandiez tous vos receveurs et vicomtes, tant du domaine comme des aides , et aussi des grénetiers , et que vous leur défendiez que dorénavant, sur peine de confiscation de corps et de biens , ils vous apportent tout l'argent qu'ils pourront avoir , et que par quelconque assignation ils ne baillent à homme, de quelque état qu'il soit, fors à ceux tant seulement que vous ordonnerez de nouvel ; et aussi qu'ils apportent leurs états et toutes choses dont ils se voudroient aider; et quand ib seront venus , qu'ik ne parlent à nuls des goavemeursdessus dits sur la peine dessusdite.
» Item , et pour avoir autre et prompte finance , il est expédient et nécessaire , vu que les aides ont été ordonnées pour le fait de la guerre et défension de votre royaume , et non pour autre usage, que vous les retrayiez par devers vous dorénavant , et mettiez en votre main toutes aides de votre royaume ; ce que TOUS pouvez et devez faire, attendu qu'elles sontvôtreset qu'elles ne doivent tant seulement fors être employées en vos défensions quand le cas le requiert. Et considéré que vous en avez grand' nécessité , conune il appert , quelconque personne n'en devroit être mal content. Et sur ce veuillez avoir en mémoire le
bon gouvernement de votre père le roi Charles, à qui Dieu fasse merci! qui noblementemploya les dites aides, en tant qu'il chassa les Anglois, ses adversaires, de son royaume, et recouvra les forteresses qui étoient hors de son gouvernement. Et étoient ses officiers bien payés ; et si lui demeuraient grandes finances , dont il a laissé plusieurs, beaux joyaux.
» Item , et si ces dioses devant dites ne suffisent & vous aider , il nous semble que , considéré que vous avez vos finances en plusieurs lieux , vous pouvez prendre icelles finances , car elles viennent de vous , si comme on dit , sur plusieurs personnes qui vous seront dénommées. Jusqu'au nombre de mille et six cents , qui sont riches et puissants , et qui doivent supporter les pauvres; desquels il n'en y a nul qui ne puisse bien , sans lui grever, l'un par l'autre payer 100 francs ; auxquels restitution sera faite par certaine manière qui bien peut être avisée.
« Item , que à recevoir vos finances , tant du domaine que des aides , fussent ordonnés notables personnes , prud'hommes , craignant Dieu, sans avarice, qui ne se fussent oncquesi mais entremis des dits offices , qui eussent gages licites sans dons extraordinaires, et par lesquels les dites finances fussent distribuées selon ce qui est nécessaire , et l'autre mis en épargne.
» Item , qu'aux dites personnes ainsi élues seront contraints les dits receveurs et vicomtes de montrer leurs états , comme dit est.
» Itemy il soit requis que toutes les cédules de la dépense ordinaire de vous , de la reine et du duc d'Aquitaine soient diligemment visitées : et par ce pourra-t-on savoir à combien montent les dites dépenses pour an , qui ne montent pas à 200,000 fr. , autant que les gouverneurs en lèvent, tant sur le domaine comme sur les aides.
» Item , quant au regard de la cour de parlement , il est nécessaire que ceux qui seront trouvés non suffisants soient déposés , et en leurs lieux mises certaines personnes notables, et qu'on y garde les conditions anciennes.
» Quant aux généraux des finances , à la justice , trésoriers , greffiers , leurs clercs , y soit notablement pourvu et réduit selon le nombre et usage anciens.
CHRONIQUES D'ENGUERRÂND DE MONSTRELET
» lutn , en la duuobre des comptas pareillement , combien qu'en icelle soient aucuns bons prud'hommes anciens , qui vous dussent avertir de ce.
» Item , quant aux élus de votre royaume , et aussi aux receveurs des aides , il nous semble que , pour le bien de vous et de votre peuple , et afin que vous ayra plus de finances , si les juges eussent eu la charge des dites finances , vous eussiez gagné une grand' somme de deniers, lesquels emportent les dessus dits élus.
» Item , il nous semble qu'on devroit élire par bonne et vraie élection certains sages hommes , afin qu'ils soient seuls et pour le tout à votre conseil avec ceux de votre lignage , afin de vous loyaument conseiller et avertir de vos besognes et de votre royaume , non ayant l'œil à quelconque chose fors tant seulement au bien de vous et de votre royaume , et qu'en ce Taisant ftissent gardés et substantés de vous et de votre justice , en telle manière que tout ce qu'ils aviseroient pour le bien dessus dit Ittt mis à exécution , sans contradiction auHe , et • qu'ils fissent A vous les serments qui ont été faits , avec encore autres serments solennels , comme il «st dessus dit.
» Item , et nous semble qu'on devroit pourvoir aux frontières de Picardie et d'Aquitaine et des autres pays , en donnant A chacune partie raisonnablement somme d'argent pour la défension des dites frontières , pour contester à la malicieuse occursion de ce royaume, tellement et si convenablement que nuls inconvénients ne s'en puissent ensuivir.
» Item , et à pourvoir aux inconvénients qui viennent chacun jour par les prévôts, fermiers, et spécialement sur les pauvres et simples gens , il est expédient d'aviser bonnes et suffisantes personnes, ayant gages raisonnables, pour , de votre partie , avoir regard sur les prévôts et fermiers , sans grever les pauvres gens en demandant amendes irraisonnables.
» Item , etpourcequeles dits inconvénients sont moult grands, et qu'il y a plusieurs autres inconvénients et larcins qui ont j& grand temps duré , auxquels ne pourroit être si tôt pourvu, votre fille et vos s^jets devant dits comprennent et promettent d'eux y employer à leur pouvoir.
» Item , votre fille et vos sujets devant dits vous supplient , tant humblement que faire le peuvent , que vous veuillez remédier aux choses devant dites , c'est à savoir à ceux qui ont eu excessivement vos trésors sans cause raisonnable , et que vous veuillez ordonner aucunes personnes de votre sang , avec autres bonnes personnes qui ne soient point de l'appartenance des devant dits , qui puissent réformer tous ceux qui ont délinqué, de quelconque état qu'ils soient.
• Item , et qu'il vous plaise commander aux prélats et bourgeois des provinces ci étant qu'ils nomment tous ceux de leurs provinces qui ont conunis aucune défaute es choses devant dites.
» Desquelles choses, notre très souverain seigneur , votre fille devant dite et vos dits sqjets exposent très humblement , comme ceux qui entre toutes les choses désirent votre bien et honneur , à la conservation de votre couronne et domination. Et ne l'a pas dit votre dite fille pour en amender temporellement , mais pour faire son devoir ; car chacun sait bien qu'elle n'a pas accoutumé d'avoir les offices ni les profits , ni de soi entremettre sinon de son étude , et vous remontrer ce qui est & votre profit et A votre honneur , quand les cas le requièrent. Et ji soit ce qu'elle soit par plusieurs fois venue devers vous pour vous remontrer plusieurs des dessus dites choses , toutefois provision n'y a pas été mise, dont votre royaume est en si grand danger que plus ne peut. Et faut cette fois que vos bons et loyaux sujets s'acquittent devers vous. Et A démener la dite besogne , votre fille et sujets dessus dits requièrent l'aide de votre fils atné le duc d!Aqoitaine et le duc de Bourgogne , qui piéça a encommeocé la dite besogne et prosécution, sans épargner cœur ni ohevance ; avec lesquels s'est ijoutée votre dite fille , considérant les choses être raisonnables ; mais tant par de grands empêchements qui par diverses manières y ont été naguère mis par aucuns des gouverneurs dessus dits , doutant être repris, la dite prosécution a été délaissée , car ils se sont enforcés de l'empêcher de tout leur pouvoir, comme font ceux qui présentement sont.
V Requièrent aassi les dessusdits A nos très redoutés seignem, c'est A savoir de Nevèrs ,
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