CHAPITRE CXffl
Comment lea ambusadeun du roi et aulrct princM retournèrent i Paris, et adonc y rallèreol d'autre», qui trailtrent derecberà Ponloiie la quatrième paix.
Le mercredi douzième jour de juillet retournèrent à Paris les ambassadeurs du roi , des ducs d'Aquitaine , de Berri et de Bourgogne , qu'ils avoient envoyés devers les seigneurs dessus dits du sang du roi , c'est à savoir l'évêque de Tournai, le grand-mattre de Rhodes, les seigneurs d'Offemont et de La Yiefville , mattre Pierre de Marigny et aucuns autres ; et rapportèrent leur ambassade. Laquelle rapportée , un peu de temps après , par l'ordonnance du roi et de son conseil , les ducs de Berri et de Bourgogne, avec eux les ambassadeurs dessus dits, furent envoyés à Pontoise ; et le roi de Sicile , les ducs d'Orléans et de Bourgogne, les comtes d'Alençon et d'Eu vin-^ rent à Vernon, et de là envoyèrent leurs ambassadeurs au dit lieu de Pontoise, pour exposer aux dits de Berri et de Bourgogne, et aux autres du conseil du roi et de la bonne ville de Paris étant avec eux , les causes de leurs complaimtes et les périls et inconvénients de la guerre , lesquels à cette cause étoient en aventure d'avenir. En bref, l'un de leurs ambassadeurs, en beau françois, haut et clair, et en beaux termes, moult bien exposa le tout , dont en substance la teneur s'ensuit :
« A expliquer la crédence à nous baillée de la partie de nos seigneurs, c'est & savoir du roi de Sicile, du duc d'Orléans, du duc de Bourbon, le comte d'Alençon et le comte d'Eu ; à vous, mes très redoutés seigneurs de Berri, de Bourgogne, et à messeigneurs du grandconseil du roi, et de monseigneur d'Aquitaine, qui êtes en leur compagnie, puisqu'il convient que je dise la parole pour le bien de la paix, confiant en icelui qui est acteur de paix, et de la faveur et bonnne volonté des écoutants, je prends un mol du psautier : Oculi mei semper ad Dominum, au trente-troisième psaume, qui vaut autast dire ; Me» yeux sont toujour»
CHRONIQUES D'ENGUERRÀMD DE MONSTREUTT.
devers mon seigneur. Par rinlroduction du sage Platon, duquel j'ai pris mon thème, entre les autres notables dits envoyés à tous seigneurs et princes ayant prééminence au gouvernement , qui aux choses publiques sont préférées, ils doivent garder les commandements de leur seigneur. Premier, qu'en tout ce qu'ils feront ils aient regard à la cbose publique, en délaissant et mettant derrière leur bien particulier et profit. El selon que la chose publique, dont ils ont le gouvernement, représente un corps dont ils sont les chefs, elles sujets sont les membres, en telle manière que si aucuns des membres sont blessés, qu'il en descende douleur au chef. Et pour venir à mon propos, je considère ce royaume de France chrétien être un corps, duquel notre souverain seigneur le roi est le chef, et les sujets sont les membres. Mais en quel degré je mettrai messeigneurs du sang royal, qui nous ont ci envoyés, et vous aussi mes très redoutés seigneurs à qui nous parlons, je ne sais, car nous n'avons point de chef, si non notre roi, souverain seigneur et prince.
« Quant au chef, je ne vous compare pas , ni aussi aux membres, démontrant à vous garder votre prééminence ; mais il me semble que je vous puis et dois comparer aux membres particuliers de ce dit chef. Et pour tant qu'entre les autres membres du chef les yeux sont les plus notables et de plus grand' singulière et merveilleuse condition, je vous compare comme les yeux du dit chef, et pour trois choses très excellentes et très singulières, lesquelles trois choses il a entre les autres : premier, car les yeux sont, et doivent ôlre de leur nature en corps bien disposés de mesure, forme et de vue, figure, et sans quelque différence, comme quand un œil regarde droit et l'autre de travers, ou que l'un est clos et l'autre ouvert, tout le corps en est diffamé ; et de ce prend-il nouvel nom, comme borgne ou louche.
» Et ainsi me semble que nosseigneurs qui nous ont ci envoyés à vous, et nos très redoutés seigneurs A qui nous parlons, supposé que vous soyez plusieurs en grand nombre, toutefois êtes vous le regard sur tout le corps, et devez eire tous d'une volonté, tendants à une bonne fin , c'est * savoir l'œil d'entendement
par daire eonnoissance; et l'oùl d'effet par vraie amour et sans différence, Oadi tapientit in capite ejtu. Secondement, les yeux sont à la plus haute et évidente partie de tout le corps, et pourtant regardent et font regard sur tout le corps entièrement, comme dit le prophète Ezèchiel, au trente-troisième chapitre t Speadatorem dedi te dotnui Israël. Tout pareillement sont nosseigneurs du sang royal ; car pour la grand' et singulière affection qu'ils ont à leur maître et seigneur, et à toute sa domination et seigneurie, ils veillent continuellement sur la garde d'icelui. Tiercement, car pour la grand' noblesse de l'œil, qui est de la forme ronde, il a telle sensibilité de tous les membres de son corps que tantôt qu'aucun membre est blessé ou grevé de douleur ou frappé, il en pleure, comme dit le prophète Jérémie au dix-neuvième chapitre : Plorant phrabit, et edueet oeulu* meus hchrymam, quia eaptw est grex Domini.
» Et semblablemept fait & ce propos ce que récite Yalère-le-Grand, en son huitième livre de Marius-le-Tyran, lequel voyant la désolation de sa cité par son ennemi, laquelle il a voit prise par force, ne se put tenir de pleurer, ce que devroit faire un vrai œil. Certainement il doit pleurer la douleur des membres, comme fit Codrus, duc d'Athènes, lequel, pour gagner la bataille contre ses adversaires, se fit tuer de sa volonté, comme narre et dit Justinus, Frontinus, et ce même dit Yalère-Ie-Grand, au huitième livre. Et pour ce, tous nos seigneurs doivent être et sont de pareille condition, et je les ai èquiparés à eux, disant : OeuU met ttm~ per ad Dominum.
» En la personne des seigneurs qui nous ont ci envoyés, voire en la personne de nous qui avons cette charge reçue, non pas pourtant qu'aucun de nous se équipare & l'œil, mais comme très taumble serviteur de l'œil, et assis entre les menus membres du corps des devant dits, comme l'ongle du petit doigt, nommé le médecin de la dextre main, par la vraie diqx»sition de nature a accoutumé de servir et obéit à l'œil, à l'exemple duquel nous sommes contraints de parler de tant haute matière, laquelle ehose nous est moult griève, mais c'est pour le bien de la paix et pour obéir à l'œil ; Oetdi met temper ad DomMiv*»; Car en quelconque
UVBE PREMIER.
\Mkp dt&cun doit avoir regard & notre sei-
pieuii mais encore plus en temps d'adversité,
xfmvA dit Tulle, de l'Amitié, qui dit : << Viens
« à ton ami quand lu es appelé, lui étant en
» profiiiëritè } et quand il est en adversité, n'at*
> leads pas que tu sois appelé. » Mais |'en-
iMids ce de tous seigneurs terriens, supposé
^a'iis soient dissolus et non faisant les faits et
Jes œuvres du roi ou du seigneur, selon Tapos-
lole monseigneur saint Pierre, qui dit au
deuxième diapitre : « Soyez si^ets à toute
> créature pour l'amour de Dieu , et au roi
> comme au plus excellent. » Et derechef, soyez ol>èissants en la crémeur de notre seigneur, non pas tant seulement aux bons et justes, mais aussi aux non sachants. £t par ainsi, se peut dire de chacun le mot que j'ai pris : Oeuli wui $tmper ad Dominum.
• Et pour tant, messeigneurs qui nous ont d envoyés ayant l'œil d'entendement par claire connoissance , sont affectés par vraie amour à leur seigneur comme au chef, et & tout le corps de ee chrétien royaume, doutant que d'eux on ne die ce qui est écrit par Esale, au huitième ehapitre : SpeeuUuore* eju* eœci om- «m: Les regardeurs ou veilleurs sont tous aveu^Us. Et aussi qu'on ne dise qu'ils soient semblables au porc, qui les fruits chéant de Vaibre dévore, et jamais ne léveroit ses yeux à l'arbre. Voyant et pensant aucunes manières, que puis un peu de temps les ont tenus en la bonne ville de Paris, se deulent qu'ils ne voient tout le corps devant dit avoir et souffrir ime grande destruction ; par laquelle il puisse iMmtôt encourir et chéyr en une très grande maladie et très périlleuse, et telle que par continuation puisse être mortelle, que Dieu par sa sainte pitié ne veuille !
> Premier, ils ont entendu la prise des servilears du roi, de la reine et de monseigneur d'Aquitaine . desquels & iceux seigneurs tant ienlemenl appartient la connoissance et non & autres. Et après ont entendu que pareillement ( été fait des dames et damoiselles qui étoieal en la compagnie de la reine et de madame d'Aquitaine ; lesquelles choses , tant pour rhonneur de leur dite maîtresse, la reine, comme pour l'amour du sexe féminin, on dût noir par raison différées, et aussi pour l'honnmr de chasteté. Et le droit dit et commande
sur grandes peines qu'honnêtes femmes ne soient point traitées en public. Et aussi pour l'honneur ^de noblesse et de la noble maison dont elles sont extraites et issues, il semble qu'elles ne doivent pas être ainsi traitées. Et outre ils se deulent, car nonobstant que la connoissance de quelconque seigneur du sang royal aucunement n'appartienne, fors seulement au roi et aux seigneurs de son sang, monseigneur le duc de Bar fut pris, et encore est, etsiest cousin-germain au roi notre sire, dont moult se deulent les seigneurs devant dits, et par spécial le roi et la reine de Sicile, qui est sa nièce, lesquels grandement et affectueusement prient et requièrent pour sa délivrance, et aussi pour monseigneur le duc de Bavière, frère germain de la reine. Et derechef se deulent plus de la forme et manière qui fut tenue et eue à la prise ; car ils ont entendu, ainsi qu'on leur a lypporté, qu'ils furent pris par gens qui n'avoienl quelque autorité d'office royale, et en manière de peuple plein de rumeur et tout ému > lesquels par force rompirent les portes de l'hôtel du roi et de monseigneur d'Aquitaine, en disant paroles moult hautes et rudes au dit d'Aquitaine, dont il a pris, si comme on dit, une grande déplaisance , et par spécial qu'ils ne savent encore aucunes justes causes ni couleurs pour quoi ils font tels exploits ni se dussent faire. Et peutêtre que s'ils savoient aucunes justes causes, ils ne s'en émerveilleroient pas tant comme ils font. Et encore outre, car en continuant comme on dit, monseigneur d'Aquitaine a été et est privé de sa liberté active et passive s active, car il ne peut aller hors de son hôtel ou au moins hors de la ville de Paris; passive, car nul, de quelque condition qu'il soit, ou de son sang ou d'autre, n'ose parler ni converser avecque lui, fors ceux qui le gardent, ainsi qu'il est accoutumé de faire à un prisonnier honnête ; laquelle chose est moult griëve & lui et aux dits seigneurs d'être privés de la vision et conversation de leur souverain seigneur en terre, comme si c'étoit après leur vie perdre la vision de Dieu.
» Item, se deulent, car, puisque les choses sont advenues, vinrent lettres de par la ville de Paris envoyées aux dits seigneurs, et autres presque semblables envoyées aux bonnes villes
CHRONIQUES D'ENGUERRàND DE MONSTRÊLET.
de ce royaume, contenant en effet les exploits dessus dits avoir été faits sur le régime et gouvernement du dit seigneur d'Aquitaine, en les requérant que chacun ftt ainsi. Donc, quant aux lettres envoyées es dites villes, ils se dénient, car nul, fors ceux qui sont du sang royal, ne doit savoir quelque charge de leur gouvernement, ni qui donne charge à tels seigneurs ; et aussi n'y avoit la cause feinte ni vraie pourquoi les villes dussent faire tels exploits, car il n'étoit personne qui jamais se fût mêlé du gouvernement du dit seigneur d'Aquitaine. TA semble que ce n'étoit fors h induire et émouvoir le peuple à aucuns mauvais appointements faire au préjudice du roi, de monseigneur d'Aquitaine et de toute sa seigneurie, et aussi sur les dits seigneurs. Et aussi se deulent, car, par l'importunité d'aucuns, continuant la dite matière, furent impétrés mandements aux barons, chevaliers, écuyers et vassaux des dits seigneurs, contenant que, pour quelconque mandement des dits seigneurs ou d'aucuns d'eux, ne vihssent en leur compagnie ; mais se tinssent en leurs maisons jusqu'adonc que monseigneur le connétable ou aucuns autres des seigneurs étant dedans Paris les manderoient, dont grandement se plaignent , car oncques ne firent ni ont intention de faire chose pour quoi on leur doive ôter leurs vassaux ; et quand le roi & affaire d'eux, leurs dits vassaux le doivent servir en leur compagnie.
» Item, se plaignent de plusieurs autres paroles et mandements par lesquels plusieurs officiers de fait ont pris et encore prennent châteaux et forteresses, et s'efforcent encore de faire en mettant en iceux gens et officiers nouveaux, et' en déboutant hors leurs capitaines, châtelains, notables chevaliers et écuyers et prud'hommes sans reproche, qui toute leur vie ont servi bien et loyaument, et ont intention de servir le roi. Lesquelles choses devant dites, et chacune d'icelles, leur sont moult étranges, nouvelles et déplaisantes, et donnent occasion à tous états, tant au chef comme aux membres, de mal exemple et inobédience, et par conséquent de subversion et de ruineuse dotnination. Et ce très noble et 1res chrétien royaume a été gouverné longuement en bonne prospérité, principalement par la boone po>
lice d'icelui, en bonne et vraie justice, dont le fondement fut par trois choses par lesquelles il a excédé les autres : premièrement par science, par laquelle la foi chrétienne fût défendue, et justice de bonne police soutenue en ce royaume ; en par après la très noUe multitude de prud'hommes en chevalerie, par laquelle, non pas seulement ce royaume, mais toute la foi chrétienne en a été doutée et défendue ; et tiercement, le grand nombre de peuple loyal et sujet, comme très vrai obéissant à sa domination. Lesquelles trois choses, par telles manières et tels exploits, viendroient à totale perversité et perdition, et tellement que tout l'ordre est perverti, et que l'un occupe l'office de l'autre ; car les pieds qui souloienl porter le chef, les bras et le corps, vont au-dessus et le chef en bas, dont le corps et tous ses membres perdroient toute la règle et bonne disposition de nature, et ainsi que dit la loi civile : Remm eommixtione lurbantur officia. Pour laquelle chose nosseigneurs nous envoient à supplier au roi, à la reine et à monseigneur d'Aquitaine, et en priant et requérant à vous, nos très chers et très redoutés seigneurs, et aussi à vous nosseigneurs du grandconseil du roi et de monseigneur d'Aquitaine, qui ci êtes, et à chacun de vous à part lui et selon l'exigence du cas et possibilité, laquelle est pour avoir et emporter les remèdes convenables ; et il leur semble qu'en suivant l'opinion des sages physiciens, qu'abstinence est la préservation de maladie pour la santé da corps, et pour ce, de la partie des seigneurs devant dits, nous vous prions, et de la nôtre vous supplions que de ci en avant tels exploits et manières, ainsi que dit est dessus, et toutes commissions extraordinaires cessent du tout, par vraie exhibition de bonne justice, par laquelle honneur, prééminence et vraie liberté soient au roi et à monseigneur d'Aquitaine, comme au chef , soient honneur et prérogative accoutumée ; et aux seigneurs, comme ft l'œil du dit chef, vraie justice, en eux préservant toute offense & l'église, noblesse ; et au peuple, comme le corps, les bras et les jambes soit vraie et bonne et sûre paix, et comme dit le Psalmiste : Quia justitia et pax oteulata tunt. Auquel lieu, dit saint Augustin, que chacun demande paix en sa maison, mais jus-
lice, qui est sa soeur, se met en l'hôtel d'nulrui.
» Et pour ce, qui veut aroir vraie paix , il confient avoir sa sœur justice ^ et si aucun veut dire abstinence être périHeuse pour la cremeur de deux choses contraires, comme sont guerre et Justice rigoureuse, nous répondons, de la partie des dits seigneurs, que ces deox-là ils eschëveronl de tout leur pouvoir et paretfet, et s'emploieroientde très bon cœur à faire ladite abstinence et à expulser tous les gens d'armes portants dommage en ce royaume, par toutes les voies et par tous les moyens qu'ils pourront. Et quant au fait de justice rigoureuse, leur intention est d'ensuivir la manière de tons princes, considérants la sentence de nalon, quand un prince est cruel à la chose publique, c'est quand le tuteur chfltie craeilement son pupille du conseil qu'ils ont pris A le défendre et garder spécialement en ensuivant la coutume de leurs prédécesseurs de la très noble maison de France, lesquels ont toujours accoutumé d'avoir en eux pitié et débonnaireté, et laisser derrière rancune et malivolence contre ceux de la ville de Paris, ou de l'autre partie, qui de ce pourroient être coupable ou chargés. Et supplient au roi, à la reine et A monseigneur d'Aquitaine, peur avmr et obtenir tant d'un côté comme d'autre leur abolition.
» Et désirent les dits seigneurs, sur toutes les choses de ce monde, voir le roi, la reine et monseigneur d'Aquitaine en leurs franchises et libertés en aucuns lieux, comme A Rouen , à Chartres, à Melun, à Montargis ou en antre lien plus oonvenable hors de Paris, pour le premier accès; non point par malivolence qu'ils aient contre la dite ville ni contre les habitants d'icelle, mais pour eschever tonte occasion de rumeur, laquelle seroit tantôt et poanroît être entre les serviteurs des dits seigneurs et plusieurs de la dite ville.
» Et plaise aux dits seigneurs qu'en toute sûreté expédiente et nécessaire soient voies et manières avisées et mises avant A obvier A tous soupçons et inconvénients à la dite congrégation ; auquel lieu viendront les dits seigneurs de très bon cœur, pour aviser et pourvoir au bon état de ce royaume et au vrai pacifiementd'icelui. Et sur ce, soient avisées les manières possibles de sûrclé; car nosseigneurs,
et nous de leur partie, seront prêts d'entendre au bien, honneur, profit et A la vraie union du très noble chef du corps et de tous les membres dessus dits ; et si j'ai dit peu, messeigneurs et compagnons sont bien disposés pour amender; et si j'ai dit trop ou chose qui soit ou touche au déshonneur ou A la déplaisance d'aucuns, mes très redoutés seigneurs, plaise vous le m'impuler A simplesse ou A ignorance de loyauté très affeclée au bon état du roi, et de l'apaisement de tout son royaume, vu et considéré que j'ai été et suis par nature obligé par serment et service A cette chose faire, cuidant de tout mon pouvoir ensuivir le singulier désir que J'ai au roi de Sicile, mon seigneur et mon mattre, et au bien de cette matière ; et ne me soit pas, s'il ne vous platt, imputé de témérité ni autre mal-talent ou affection désordonnée que j'aie, ni eus oncques, ni entends A avoir, jusqu'A cette proposition des ambassadeurs dessus dits, c'est A savoir du roi de Sicile et des autres seigneurs. »
En après, tarent dites et proposées plusieurs paroles sur l'avis de la paix , d'une partie et d'autre. Et afin que ce royaume demeurftt en tranquilKié et que provision fût mise aux inconvénients, furent faits plusieurs articles sur ce, lesquels sont contenus en une cèdule , de laquelle la teneur s'ensuit :
« Premier, entre les seigneurs du sang royal sera bonne amour et union ; et promettront et Jureront être bons et vrais parents et amis; et de ce feront lettres les uns aux autres, et serments ; et en plus grand' confirmation de ce. Jureront et promettront pareillement les serviteurs phis principaux des dits seigneurs d'une part et d'antre.
n Item, les seigneurs du sang royal qui ont envoyé leurs messages et ambasjiadeurs feront cesser la voie de fait et de guerre, et ne feront quelque mandement de gens d'armes ; mais si aucuns en étoient faits, il les annuleront et fe« ront cesser du tout.
» Item, feront tout leur loyal pouvoir de faire faire rappeler et retourner le plus bref que feire pourront les gens qui sont de la compagnie de Clignet et Louis Bourdon, et autres leurs adhérents, par toutes voies et manières A eux possibles ; et si les dits gens de la compagnie ne vouloient ce faire, les dit»
CHRONIQUES D'BNGUERRAND DE MONSTRELET
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Migoeurs »'«iDpl(Meroieat «u service da loi, pour keui faire retourner ou détruire, et tous les autres ennemis du roi qui viendroieot gr»> ver son royaume.
a Item . promettront que des choses qui sont advenues à Paris ils ne porteront nulles rancunes, mal-talents ni dommages & la ville de Paris, ni à aucuns particuliers d'icelle, ni procureront à eux être (ail en aucune manière, soit sous ombre de justice, ou en autre manière comment que ce soit; et si aucune sûreté éioit avisée pour le bien de la ville et le particulier d'icelle, ils souffrent à le faire et procurer, et aider de tout leur pouvoir.
» lum. que les seigneurs jureront et promettront par leurs serments faits sur la sainte vraie croix, et dessus les saintes évangiles de Dieu, en paroles de prince et sur son honneur, faire et faire entretenir et accomplir loyaument toutes les choses dessus dites, sans aucune fraude ou calomnie de vérité ; et de ce bailleront leurs lettres au roi, scellées de leurs sceaux.
» Ittm. en ee faisant, les messagers et ambassadeurs des dits seigneurs requièrent au roi qu'il lui plaise annuler et révoquer tous les mandements des gens d'armes et de trait, et tassent cesser toute voie de fait et de guerre, excepté contre les dits gens de compagnies.
/(4m < semblablement tissent cesser et réduire tous les mandements, naguère donnés, à mettre en sa main aucuns ohAteaux et fortere»- SM , et d'iceux Ater les capitaines, et autres y commettre en lieu de ceux, ou en lieu des seigneurs auxquels les dits ch&teaux et forteresses appartiennent; et fassent ronettreles dessus dits au premier état quant 4 ce; et que la commiBsion par lui donnée après certain temps, pour le fait des dits prisonniers et autres appelés ou à appeler à bannissement, soit révoqué; et que, par justiee ordinaire et accoutumée du roi, soient contraints et convenus sans ce qu'aucuns commissaires particuliers de ce s'entremettent aucunement.
» htm , que le roi , la reine et monseigneur d'Aquitaine, ces choses ainsi faites et accomplies , soient un certain jour en aucun lieu dehors de Paris , auquel soient les devant dits seigneurs de chacune partie , pour confirmer bonne union entre eux et aviser aux beso-
gnes du roi et choses nécessaires à lui et A son royaume.
» Et si aucuns faisoient doute que les dits seigneurs ou aucuns d'eux vouloient induire I0 roi, la reine et monseigneur d'Aquitaine A aucune haine ou vengeance contre la ville de Paris ou aucuns des habitants d'icelle , ou & prendre le gouvernement ou attraire le roi avecque eux ou monseigneur d'Aquitaine, ou qu'à la dite congrégatiou ou assemblée fissoit aucun doute, les dits seigneurs sont prêts de bailler bonne sûreté possible là où on pourra aviser. »
LcMiuelles besognes, ainsi mises par écrit et conclues par les seigneurs dessus dits d'un côté et d'autre, se départirent un chacun d'eux , et retournèrent es lieux dont ils étoient venus. ' Et après que les ducs de Berri et de Bourgogne, et ceux qui étoient alliés avecque eux furent retournés à Paris, remontrèrent, en la présence du roi , les points de leur ambassade et le contenu de la cédule qui avoit été avisée par entre eux parties pour le bien du roi et de tout son royaume.
Et après que sur tout eut été avisé par grand' délibération de conseil, oùétoit l'université de Paris et ceux de la ville en grand nombre, fut accordé de par le roi et le duc d'Aquitaine, avecque le grand-conseil royal , que tout ce qu'ils avoient fait et rapporté s'entretiendroit. El sur ce fut ordonné à faire certains mande* ments royaux pour envoyer par tous les bailliages et sénéchaussées du royaume, pour être publiés par les officiers es lieux, accoutumés; desquels mandements la copie sera ci-après déclarée.
Durant laquelle tribulation, Qignet de Brabant , messire Louis Bourdon et autres capi* taines de cette partie vinrent atout bien seize mille combattants, en dégelant pays jusqu'en G&tinois; et baillèrent à entendre qu'ils venoient pour faire guerre aux Parisiens.
Lesquels, de ce non contents, envoyèrent au-devant d'eux jusqu'à Montereau-Fault- Yonne seize cent bassinets et grand nombre d'autres combattants , desquek étoit messire Hélion de Jaqueville ; néanmoins ils ne rencontrèrent pas l'un l'autre : pour quoi cette armée se dèrompit sans combattre.
£t adonc furent envoyés le connétable et