‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 187 sur 761 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

l'amiral de France , avecque eux f évoque de Tournai , de par le roi , à Boulogoe-sur-Mer, encontre la légaUon du nouvel roi d'Angleterre, c'est & savoir le comte de Warwick, l'évftque de Saint->])8vid et aucuns aulrestqui étoient venus à Calais. Si convinrent ensemble à Lo> linghcn, et là traitèrent ensemUe trêves entre les deux royaumes jusqu'au P&ques ensuivant, lesquelles furent publiées par tous les deux royaumes dessus dits.

S'ensuit la copie des mandements royaux dont dessus est faite mention :

« Charles, par la grâce de Dieu , roi de France, au baiUi d'Amiens et à chacun des habitants de la dite ville, salut.

» Nous vous faisons savoir qu'à l'occasion des prises et emprisonnements induement et sans cause faits des personnes de nos très chers et très amés cousin-germain et frère en la loi, les ducs de Bar et de Bavière , et plusieurs autres nos officiers, de notre très chère et très aniée compagne la reine, de notre très cher et très amè flls le duc d'Aquitaine, et aucunes autres dames et damoiselles de l'hôtel de notre dite compagne, de nos très cbers et Ifës amés cousin et neveux le roi de Sicile, le duc de Bourbon, les comtes d'Alençon et d'Eu, eux de ce complaignants, et de la manière de la prise, et des courroux et déplaisirs qu'en a pris notre dit fils, et de plusieurs autres choses par avant advenues en notre bonne ville de Paris, sont venus naguère en la ville deYerneuil, auquel lieu nous avons envoyé nos ambassadeurs notables ; et avec ce , avons envoyé des guis de DOS 1res chers et amés oncle et cousin h» ducs de Berri et de Bourgogne. Et après ce, les dits DOS oncle et cousin de Berri et de fiourgogae, avec les dits ambassadeurs, dirent envoyés de par nous , comme dit est, au lieu de Verneuil ; et aucuns bourgeois et habitants de la dite ville de Paris aUèrent, par notre ordonnance, à Pontoise, et nos dits cousin et neveux le roi de Sicile , les ducs d'Orléans et de Bourbon, et les comtes d'Alençon et d'Eu allèrent en la ville deYernoo, et de là envoyèrent leurs messagers et ambassadeurs au dit lieu de Ponloise exposer et signifier à nos dits onde et cousin de Berri et de Bourgogne , et autres de notre conseil de notre ville de Paris, étants en leur compagnie , les causes de leurs com-

piainles , et remontrer les péril» et incoav<K nients de la guerre , et autrement , leiquel* pour ce étoient en aventure d'adveoir en bref terme. Et après plusieurs parole* et conseils sur ce eus d'une partie et d'autre, furent entre eux conseillés et avisés sur le fait de la paix et union de ce royaume , afin d'escbever les dits inconvénients ; et sur ce furent bits phuieura artides contenus en une cédule, de laquelle la teneur s'ensuit :

> Premier, entre les seigneurs du sang royal sera bonne amour et vraie union ; et promettront et Jureront être bons et vrais parents et amis, et de ce feront lettres les uns aux autres.

» I$em. comme dessus et ailleun est déclara jusque là où il dit : Cbacon dira son opinion et délibération.

» Et Jà soit ce que , le contenu en icelle cédule bien vu et considéré, il semble qu'elle est juste et raisonnable pour le bien de paix, union et concorde à ceux de l'université de Paris, de notre cour de parlement , de nos gens des comptes, et aussi des bons citoyens et habitants de notre bonne ville de Paris, et qu'ils étoient prêts de la visiter; et sur ce, dire et rapporter le dit jour du jeudi , envers nous leur délibération et opinion, par la manière devant dite. Néanmoins gens de petit état et faculté, qui de leur autorité et entreprise ont eu une partie du gouvernement de la dite ville de Paris , et lesquels, au dit gouvernement étants, pour continuer guerre et division, laquelle par long temps a été en notre royaume , afin d'avoir toujoure la domination , ont voulu par leun fausses machinations plusieurs seigneun de noire sang et lignage et autres induire à la guerre , doutants que les roberies , homicides et autres grands maléfices et délits par eux en moult de manières commis sous ombre de l'entreprise du dit gouvernement ne fussent punis et d'eux prise vengeance, ont tant fait et procuré en persévérant en leur mauvais propos et parleurs faux machinements qu'il leurs été octroyé que le dit jour de jeudi a été continué jusqu'au samedi ensuivant, cinquième jour du dit mois, afin que durant et pendant icdui Jour ils pussent empêcher la paix , par horribles voies et damnables , et de quoi au plaisir de Dieu on saura en bref la vérité. Mais, au plaisir

CHRONIQUES D'ENGUERRAND DE MONSTRELET

dsDieu, qui à ce pourvoira, la dile université assemblée avec notre chambre de parlement et notre chambre des comptes, les collèges des églises et les bons citoyens et habitants prud' hommes de notre royaume et de notre dite ville de Paris, par spécial des plus notables et au plus grand nombre, non contents de ce, et doutant les inconvénients et périls qui sont apparents, et qui, à l'occasion de celle mauvaise et cruelle trahison, se pourroieitt ensuivre , désirants de tout leur cœur bonne paix et union entre ceux de notre sang et lignage maintenir, et justice régner à l'honneur et conservation de nous et de notre royaume , et voulants obvier aux entreprises damnables des empêchants sa dite paix , sont venus après dtner devers nous, en notre hôtel de Sainl-Pol, à Paris , et nous ont requis d'avoir audience pour le bien de paix , laquelle chose nous avons octroyée.

» Et ce fait , nous ont exposé les biens de paix , les maux et inconvénients de la guerre, et la nécessité qui étoit à procéder sur l'exécution de la dite cëdule , en nous requérant lé Jour du dit samedi être anticipé au Jour du vendredi précédent , avec aucunes autres prosécutions pour la sûreté de notre dite ville de Paris.

» Lequel jour de vendredi , désirants eux et veuilianls la paix, semblablemenl en notre dile maison de la ville, en Grève, vinrent cuidants trouver là l'un l'autre pour venir devers nous en notre dit hôtel de Saint-Pol. Mais ils trouvèrent empêchement ; car les dits empêcheurs de la paix , lesquels , comme dit est , sont de petit état et ennemis de paix , étaient J& venus en la dile maison de notre dite ville ; et avec eux aucuns varlets , tous armés , sous ombre d'autorité de gouvernement, lequel ils avoienl en notre ville de Paris. Pour laquelle cause les prud'hommes dessus dits, veuilianls paix, s'assemblèrent en la place Sainl-Germainl'Auxerrois, à Paris , et en plusieurs lieux, en grand nombre et notables , tous d'une volonté et d'un courage quant à ce. Mais, pour rompre et empêcher les assemblées des dessus dits notables hommes par toutes voies et manières qu'ils pourroient, les dits empêcheurs de la paix se mirent en peine, auxquels fut aucunement obtempéré; car ils partirent de Saint-G«rmain tous par ordre , ainsi qu'il avoil été appointé.

I>esquels ainsi venus au dit lieu de Saint-Pol , et ]& assemblés en notre présence , en la présence de notre fils, notre oncle et notre cousin, les ducs d'Aquitaine , de Berri et de Bourgogne , et de t)lusieurs autres de notre conseil , fut par nous la paix accordée, et que la dile cédule seroit mise à exécution, et que punition des dits empêcheurs seroit faite par raison et Justice , de quoi nos bons et loyaux sujets furent moult Joyeux. Et incontinent après notre dile ordonnance et volonté proférée, montèrent à cheval notre Bis, notre oncle et notre cousin devant dits , et s'en allèrent déprisonner nos cousin et frère , c'est à savoir les ducs de Bar et de Bavière, qui avoienl été longuement au Louvre, et autres plusieurs chevaliers , et nos oflQciers de notre compagnie et de notre fils , qui avoienl aussi été longuement prisonniers en notre palais et en notre Chfltelet, par force, puissance et volonté des dits empêcheurs de la paix. Lesquels empêcheurs voyant ce , et que bon gouvernement et Justice commençoienl 6 régner, se mussèrent comme renards, et s'absentèrent. Et de puis ni adonc on ne les put prendre ni trouver.

u Pour quoi il fait encore à douter que , par leurs inductions et faux mensonges , par lesquels ils pourroient aucuns altraire à leurs en> treprises et mauvaises volontés, ainsi qu'ils ont fait au temps passé, ne s'ensuivissent pires inconvénients que devant : à laquelle chose est métier d'obvier diligemment, à l'aide de Dieu, mêmement que la paix , qui tant est bonne et profitable , et laquelle nos dits cousin et neveux, le roi de Sicile, les ducs d'Orléans et de Bourbon , les comtes d'Alençon et d'Eu, depuis tout ce que dit est, ont envoyé leurs ambassadeurs à Paris, lesquels de jour en jour vaquent et entendent diligemment à l'exécution de la dite cédule, laquelle ils ont eue aussi pour agréable et approuvée, et tout ce qui par nous en a été fait. Laquelle chose pourroitêtre rompue , qui seroit destruction de nous et de notre dit royaume , et aussi de tous les bons et vrais sujets de nous. Pour ce, nous vous mandons et expressément enjoignons que contre toutes les choses devant dites , lesquelles nous signifions être vraies , et telles que ci-dessus sont spécifiées et déclarées, vous ne croyez ni ajoutez foi à quelconques maies et fausses rt'

UVRE PREMIER

lalions qui seraient au contraire faites par les dits empêcheurs de la paix, et que tous ne recueillez , ni souffrez être ni demeurer en notre ville d'Amiens ni au pays d'environ les dits empêcheurs de la paix , ni eux donner faveur par quelconque manière; mais les faites prendre et encbartrer; et nous les envoyez pour d'eux faire justice et raison , et eux punir ou faire punir tellement qu'au cas appartiendra.

» Et aussi, vous, bailli, faites les choses devant dites publier, tenir et accomplir pareillement par toutes bonnes villes et autres lieux en votre bailliage; et avec ce requérez de par nous toutes les églises de votre bailliage , tant collégiaux comme autres, auxquelles il appartiendra qu'elles fassent et fassent faire processions et dévotes oraisons pour la dite paix, afin que Notre -Seigneur, par sa grâce, veuille la dite paix entretenir perpétuellement. Et gardez bien que chacun de vous , tant qu'en lui est, ne commette faute, car ainsi nous platt, et en ce voulons être fait.

•• Donné à Paris le douzième jour d'août l'ao degra ce mil quatre cent treize, et de notre régne le trente-troisième. Ainsi signé par le roi et son conseil, où étoient les ducs d'Aquitaine , de Berri et de Bourgogne , le maréchal Longny. Ferron. »

Item, fut fait un autre édit , de par le roi, contre les gens d'armes et autres gens de guerre à préserver et garder le peuple contre eux et tenir paix , lequel fut envoyé par tous les bailliages et sénéchaussées de ce royaume, duquel la teneur de diot à mot s'ensuit, et est telle:

« Charles , par la grâce de Dieu , roi de France, au bailli d'Amiens ou à son lieutenant, salut.

» n est venu & notre connoissance que puis un peu de temps en ça plusieurs gens d'armes, archers et arbalétriers , gens de compagnie , routiers et autres gens de guerre , sans notre congé et licence donnés par nos lettres ou autres duement , se sont tenus et tiennent en plusieurs lieux et villes de notre royaume , pour eux traire vers notre ville de Paris, et en pillant et robant notre pauvre peuple , vivent sur icelni en dégfttant leurs biens, et font plusieurs autres grands dommages, maux et excès. De quoi notre dit peuple, qui en moult d'au-

tres manières est moult, oppressé , tant par guerre comme par mortalité et épidémie, naguère a été et seroit tout désert; et de ce pourroient venir grands et irréparables inconvénients à nous et à notre royaume , si par nous n'y éloit pourvu. Pour quoi, nous, vueillant pourvoir, préserver et garder de tout notre pouvoir notre dit peuple des dits robements , dommages et inconvénients , comme nous y sommes tenus, et en outre, vu qu'il est à présent appointé bon appointement et accord des débats et discords qui ont été entre aucuns de notre sang et lignage, lequel au plaisir de Dieu nous entendons à conclure et mettre à fin, nous vous mandons, commettons et étroitement enjoignons qu'incontinent ces lettres vues, toutes excusations cessants et mises arrières, et toutes autres choses quelconques, vous, par proclamations, publications et à haute voix , à son de trompe comme autrement, vous fassiez faire, en tous les lieux à faire , proclamations et publications accoutumées, es détroits et mettes de votre bailliage et ressort d'icelui, que vous verrez être à faire. Et faites commandement , de par nous , & tous capitaines, gardes , bourgeois et habitants des dites villes, châteaux, forteresses, ponts, ports, passages , juridictions par les dits lieux , semblablement que vous fîtes commandement ou fîtes faire à iceux gens d'armes, archers, aiiwlétriers, gens de compagnie, routiers et autres gens de guerre quelconques qu'ils viennent ou qu'ils s'assemblent , sans de nous sur ce avoir mandement ou licence, dont il appert par nos lettres - patentes faites et passées en notre grand-conseil, et de date subséquente à ces présentes ; et que, sur peine de perdre ou forfaire corps et biens , et sur quant que ils se peuvent méfaire envers nous , ils de ci en avant s'en retournent tantôt après ce dit commandement , sans là demeurer ou retourner, ni eux lÀ assembler par quelconque manière que ce soit.

H Et s'il est aucuns ésdits gens qui aient pris ou occupé aucunes villes, chftteaux et forteresses es termes de votre bailliage et ressort d'icelui, que vous leur fassiez ou fassiez faire commandement, de par nous comme dessus, que de là se partent, et qu'à vous tantôt, en lieu de nous, les rendent et baillent sans quel-

CHROMQUES D'E^GUERRA^D DE MONSTRELET

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que délai, afin qu'Us soient gardés, en commettant par vous à te garde d'iceux telles personnes que vous verrai Cire expédient A faire, Jusqu'A ce que par nous sur ce soil autrement pourvu. Et au cas que les dessus dits seroient i«rusant8 ou différants de ce faire, ou en demeure, que vous les prenez ou faites prendre et mettre prisonniers, en faisant par vous telle punition et justice qu'au dit cas appartiendra ; et aussi en prenant réellement et de fait les dites villes, ch&teaux et forteresses, lesquelles ils occupent; en faisant icelles garder de par nous, comme dit est; en procédant sur ce contre les devant dits et duioun d'eux par puissance d'armes, si métier est, et par toutes les meilleures voies et manières que faire se pourra ; en attendant et appelant pour ce devers vous de nos sujets, si métier est, et des nobles de votre bailÛageet ressort de là environ ; et faites tant que la force soit vôtre et qu'elle vous demeure.

<• Auxquels nos sujets nous mandons, par ces présentes, qu'à foire ce que dit est ils voi< sent avec vous, toutes fois qu'ils en seront requis, et que pour ce ils s'arment et assemblent de tout leur pouvoir, et à entretenir les choses dessus dites, vous baiUant conseil et aide.

» Et s'il advenoit qu'en ce faisant, les dits gens d'armes se mettoient à défense, ou aucuns d'eux fussent rebelles, parquoi il y convint aller de voie de fait contre eux, ou aucuns d'eux fussent morts ou mutilés, nous ne voulons qu'il tourne au préjudice des dits nobles ni d'autres qui seroient en votre compagnie et en votre aide; mais voulons qu'ils en demeurent quittes perpétuellement, dés mainte* nant et pour au temps advenir; et s'ilétoil métier, leur pardonnons et remettons. Et aussi voulons et ordonnons que si les dits in(4>édients et rebelles avoient armures, chevaux et autres quelconques biens, qu'ils soient employés et convertis es dépens et paiement de ceux qui les auroient subjugués, pris et emprisonnés.

» Et qu'il soit ainsi, nous donnons et conférons licence, autorité et mandement spécial à tous les dits sujets qu'ils puissent recouvrer et r'ùter leurs biens de ces gens-là, s'ils étoient contraints d'ioeux, et qu'Us leur voulsissent Otcr et emporter et garder, qu'en ee n'ait dé-

faut aucun. Et de ce faire vous donnons autorité et mandement spécial; et mandons et commandons à tous nos justiciers, olBciers et sujets qu'à vous et à vos commissaires et députés en ce faisant soit obéi; et vous prêtent et baillent conseil, confort et aide, et prisons, si métier est et de pat vous en sont requis. En vous mandant outre, à vous, nos cbers et amés, les gens tenants et qui tiendront notre parlement à Paris, et matlres des requêtes de notre h6tel, et gens tenants les requêtes de notre palais à Paris, à vous baillis et à tous autres justiciers, ofBciers, commissaires et sergents, ou à vos lieutenants, et à chacun de vous, si comme à lui appartient, que toutes les causes, querelles, dettes, biens et possessions quelconques des dits nobles, tenez et faites tenir, du jour qu'ils se partiront pour aller au dît fait avec vous, en état jusqu'à quinze jours après leur retour, sans eux t&'m, ou faire Ciire, ou attenter cependant quelque chose que ce smt ou puisse être au contraire des dits pleiges ou autres pour eux obligés ; lequel empêchement ou quelque chose, si elle étoit faite, remette^ ou faites remettre à son premier état et dû, et sans délai : car ainsi nous platt-U être foil par la teneur de ces présentes. A la copie desquelles lettres ou viditmu d'icelles, faites sous scel royal et sous l'original d'icelles, pour ce que par aventure ce présent original ne pourrait être porté ni exhibé tout partout où métier seroit, nous voulons être ajouté pleine foi pareiUement comme à l'original des dites lettrearoyaux.

» Donné à Paris , le cinquième jour d'août l'an de grâce mil quatre cent treize , et de notre règne le trente-troisième. Ainsi signées par le roi, en son grand-conseU, où étoient les ducs d'Aquitaine, de Berri et de Bourgogne, et le duc Louis en Bavière , vous et autres.

» Perron. »

Lesquels deux mandements devant dits furent portés à Amiens, et publiés le vingtdeuxième jour du dit mois l'an dessus dit

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